Traces, notes, essais sur « rentrer chez soi »

Un nouvel exercice qui prend appui sur le retour, un retour mais pas n’importe lequel il s’agit de retourner chez soi, revenir chez soi, à partir d’un point de départ, une ville, un lieu dans cette ville, ville étrangère, ville française, à partir d’un matériel biographique ou inventé peu importe, l’essentiel d’après ce que je comprends ( ne faut il pas dire en toutes lettres ce que l’on comprend d’une consigne ) est que le récit avance qu’on puisse se déplacer grâce au récit mais cette fois dans le sens inverse dont on a l’habitude au lieu d’aller vers un point B revenir au point A, (chez soi)

Ailleurs>>>>>> chez soi

Point B >>>>>>Point A

Pour illustrer, donner des exemples, on s’appuie sur des textes notamment celui de Jean Rolin  » le pont de Bezons » On pourrait aussi revisiter « le jardin des plantes » de Claude Simon mais ce sont plus des exemples A>>>>>B attention ! ne pas se tromper de sens !

Donc il faudrait que le récit avance à reculons. Peut-être en crabe, mais que l’impression aille tout de même vers l’arrière, si toutefois on prend comme parti pris que chez soi est derrière soi …

voici donc un point d’achoppement pas piqué des hannetons, où se situe vraiment ce chez soi par quoi le matérialiser ? Surement pas dans un je, peut-être un lieu, une maison, un immeuble qui serait une allégorie une métaphore ( toujours ce trouble quand je dois effectuer une différence entre allégorie et métaphore je remarque en passant)

Sur un plan spirituel il faut un paquet d’années d’entrainement, un entrainement régulier et à l’aide de combines plus ou moins douteuses, voire douloureuses, parfois même user du fouet, se flageller abondamment et souvent à une heure très précise à l’aide de ce petit engin que l’on appelle une discipline, version plus ou moins archaïque du bon vieux martinet.

chez soi… comment y retourner sans se tromper, sans s’égarer encore en fabriquant une idée d’un chez soi erroné, un chez soi fantasmé, une pure fiction du chez soi car dans l’absolu qu’est-ce qui me prouve vraiment indéniablement que je serais éloigné d’un chez soi, d’un chez soi qui à l’origine me parait évident clair indubitable. Et remarquez que je fais bien attention de ne pas écrire un chez moi mais un chez soi. le fait que je prenne garde à respecter cette partie de la consigne, parce que je la comprends 5/5 presque inconsciemment. Parce que le je ou le moi est fluctuant à un point tel qu’on a bien du mal à le déterminer géographiquement quelque part précisément. Que c’est la perception des lieux vus au travers de ce je ou moi qui peut à un moment donné, celui de l’écriture, comme s’il s’agissait d’une membrane, la faire vibrer, d’une façon chamanique une peau de tambour afin d’effectuer une sorte de voyage où l’on finit par se rendre compte que c’est l’attention que l’on porte à tous ces lieux et seulement celle-ci qui procure au voyageur l’impression d’être chez soi ou pas.

Aussitôt revient la forme de la spirale et toute son ambiguïté, ce petit cercle qu’on aperçoit là bas tout au bout est-ce le début ou la fin de cette spirale, question essentielle depuis la toute première fois où j’ai vu ce symbole. Qu’une telle confusion puisse exister entre le début et la fin je ne vois pas d’autre forme qui puisse mieux représenter par une image cette confusion.

Tant qu’on pense d’une façon rationnelle se déplacer de A vers B ou de B vers A, dans une sorte de rêverie perpétuelle d’allers et de retours.

Il serait intéressant de se souvenir de notes prises sur le mythe de l’éternel retour quand j’étais suspendu aux textes de Mircea Eliade avant de découvrir son comportement plus que douteux dans l’entre deux guerres politiquement, ses sympathies avec la Garde de Fer d’ Antonescu ce qui me l’a fait lâcher des mains séance tenante tellement j’étais encore poreux aux rumeurs, à cette nécessité permanente désormais d’avoir des opinions bien tranchées sur à peu près tout et n’importe quoi. Par contre je ne me souviens pas d’avoir laissé s’ échapper les livres de Cioran, de les avoir laissé tombé des mains volontairement ou pas, ce qui est contradictoire vu qu’il se trouvait être à peu près dans la même situation qu’Eliade à l’époque. Donc un poids deux mesures et on ne se rend pas compte de tout ça dans l’instant évidemment, il faut revenir en spirale comme un rapace, aigle ou vautour, sur les lieux pour se rendre compte. D’où cette importance des lieux comme décor de nos petites tragédies personnelles, des grandes qui nous dépassent à priori, l’importance des lieux, l’importance capitale de l’attention que l’on porte dans l’instant présent à ces lieux lorsqu’on s’y trouve. D’où probablement une raison s’il en faut absolument une, de noter, de reporter toute cette attention quelque part, de l’écrire. Reste ensuite à savoir comment l’écrire, soit de façon chronique, les faits et les décors le plus objectivement possible, où bien déjà les mélanger, les malaxer dans cette bouillie de je et de moi… pour brouiller les pistes, mais brouiller les pistes pour qui pour quoi ? Va savoir …

Mais dans ce cas admirons le ridicule d’avoir à lâcher des mains tous les livres suivant la mode, la pensée du moment qui nous les rendrons par le biais du politiquement correct bénéfiques ou pas tolérables ou pas.

Et déjà est-ce qu’un livre quel qu’il soit peut se confondre entièrement avec son auteur ? plus encore avec ses opinions sur ceci ou cela ? Il faudrait être un lecteur de pacotille pour penser ça, d’un autre coté ne devons nous pas passer par toute cette pacotille justement pour saisir enfin sa raison d’être, la véritable raison d’être de la pacotille toujours la même: manipuler influencer, enfermer parquer surveiller punir.

Mais c’est au plus profond des camps que la pensée s’aiguise, dans l’acceptation, la révolte, l’indignation, beaucoup de chemins mène à Rome quand on est barbare et qu’on veut la détruire.

Au fond des camps les plus obscurs, lorsqu’on est le plus démuni, dans la pauvreté de moyens la plus extrême c’est là que l’humain nous différencie de l’animal et ce n’est peut-pas tant une question de volonté qu’une question d’intention et d’attention à tout ce qui nous entoure. Et admettons même que l’on s’imagine être mal intentionné que notre attention ne se porte que sur le pire toujours ce n’est toujours pas une affaire de vouloir, ce sont simplement les cartes qui nous sont données et avec lesquels nous participons au jeu collectif. Qu’ensuite quelqu’un se positionne en juge, qu’une société entière à un moment donné s’indigne de tel ou tel comportement à une époque donnée cela ne signifie pas qu’elle est en mesure de comprendre vraiment les mystères insondables des intentions et attentions qui nous animent. Qu’une intolérance en juge une autre n’a jamais apporté autre chose qu’une mise en abime de cette intolérance. Une spirale négative.

Mais parlons du fouillis, parlons de la confusion qui soudain vient s’interposer face à la consigne et qui m’entraine systématiquement dans ce genre de digression. Si c’est un réflexe, cela vaut aussi le coup de remonter à l’origine d’un tel réflexe autant qu’il me sera possible d’y parvenir. Je ne me mets pas la pression, il n’y a pas d’urgence, créer une spirale consciencieusement demande un certain temps et surtout une disposition d’esprit favorable à prendre ce temps.

Le quartier Saint-Lambert a beaucoup changé depuis mon enfance. J’habitais avec mes grand-parents à cette époque au 15 bis rue Jobbe Duval 7ème étage de 1960 année de ma naissance( à l’ex hôpital Saint-Michel, au 33 de la rue Olivier de Serres et qui a été démoli depuis en juin 2017 pour que l’on construise à sa place le village Saint-Michel ) à 64, peut-être même 65. Disons environ 5 ans puisque j’étais déjà entré à la crèche ou à la maternelle de la rue Dombasle. Jusqu’à récemment j’aurais été incapable de fournir autant de précisions sur les lieux les rues, leurs patronymes, leurs emplacements caractéristiques et particularités tous ces souvenirs se trouvaient profondément enfouies dans ma cervelle ou ailleurs-car nous n’avons pas de preuve indubitable que la mémoire soit quelque part dans la matière grise- Rien n’est scientifiquement prouvé encore, à moins que sur cela aussi je puisse me tromper – Jusqu’à ce que je veuille bien me pencher sur le sujet, ces souvenirs oubliés, au détour d’un atelier d’écriture et que je découvre Google Earth qui jusque là ne représentait pas autre chose pour moi qu’un des mille et uns gadgets crées pour détourner le plus systématiquement possible notre attention de l’essentiel ( je suis un tantinet paranoïaque si cela peut toutefois vous rassurer ou m’excuser) Grâce à Google Earth j’ai pu revenir sur les lieux et me rendre compte vraiment de ce qu’ils sont, et ce faisant établir une sorte de relation avec ce qu’ils furent du temps de mon enfance. Ce qui est assez extraordinaire en regardant la vue street view c’est de s’apercevoir ça et là de tous ces petits changements, comme par exemple la disparition d’un magasin dont j’avais oublié l’existence mais dont l’absence subitement remarquée sur la vue que m’offre l’écran de mon ordinateur me saute soudain aux yeux. Ca alors le marchand de couleurs n’existe donc plus et qu’ont t’ils mis à la place, un salon de beauté… voilà comment les choses ont commencé en m’apercevant de certaines anomalies sur ces photographies j’ai pu retracer par certaines absences par certains trous la présence d’une réalité qui pour moi reste immuable. C’est à dire que c’est cette attention ancienne à la devanture d’un marchand de couleurs et dont je ne retrouve pas la présence dans le décor actuel qui m’entraine à douter de quelque chose concernant la réalité en général. Je veux parler de celle qu’on ne cesse de se fabriquer avec ou sans attention justement.

Encore que nous pourrions nous demander dans quelle mesure nous sommes vraiment maitres de nos attentions. Surtout dans l’enfance, et plus encore la petite enfance… Pourquoi ai-je conservé l’image de cette devanture particulière désormais transformée en salon de beauté. C’est le mot beauté qui me met sur la piste. tout me revient brusquement j’étais amoureux d’une petite fille pour autant qu’on puisse être amoureux entre 0 et 5 ans évidemment. Elle se nomme Magali, je me souviens qu’elle est brune et qu’elle a les yeux en amandes, et surtout quand elle me souri je me sens immensément heureux, la joie pénètre ou jaillit je ne saurait dire exactement la trajectoire de cette joie, peut-être que l’image qui la représente le mieux soudain est celle d’une spirale , elle peut venir de la large circonférence extérieure ou de la minuscule au fond cela ne change rien à sa nature, à l’incroyable puissance de cette joie , cela me fait associer à une autre image que je vois désormais se déployer , le même effet que lorsque les ouvriers de la voirie ouvrent les vannes sur les trottoirs avec leur clef étrange pour faire jaillir l’eau qui s’écoulaient joyeusement elle aussi vers la rue Dombasle puisque notre rue était légèrement en pente.

Voilà donc un texte un premier jet qui laisse la part belle au bavardage, à la digression, à l’émotion aux sentiments bref tout ce qui vient dans un premier jet finalement et dont on a probablement besoin dans un premier temps. Mais est-ce que ça correspond à un texte publiable dans le cadre de l’exercice donné ? Surement pas. Il va falloir se contraindre après s’être autorisé à ouvrir les vannes. De quelle façon, avec quels moyens peut-être en revenant aux lieux, à la descriptions des lieux en choisissant de dessiner ce que l’on voit, cette spirale, et non ce que l’on pense voir, comme en dessin.

je remarque aussi un glissement par rapport à ce que je voulais dire en ouvrant ce traitement de texte et ce qui, au bout du compte, est désormais inscrit sur la page. Car au début je voulais parler d’un lieu où règne le désordre le plus total, probablement le premier lieu susceptible d’incarner pour moi le désordre, le fouillis, la confusion dans tout son mystère, son effroi et en même temps sa beauté. C’est un entrepôt qui se trouvait juste à quelques rues de là tout près des anciens abattoirs de Vaugirard détruits entre les années 1978 et 1985. Mon grand père marchand de volailles sur les marchés des boulevard Brune Lefebvre, notamment, avait un copain qui était le propriétaire de cet entrepôt, et il n’était pas rare que pour aller chercher de la marchandise dans un des frigos qu’il avait juste à coté il fasse un détour pour que les deux compères boivent un coup.

Quelquefois j’ai dû l’accompagner dans le petit matin, sans doute parce que grand mère travaillait et ne pouvait s’occuper de moi, sans doute devait-ce être aussi certains week-end car l’école ou la crèche étaient alors fermés.

Bref, j’étais fasciné par ce lieu en désordre dans lequel on pouvait trouver des objets extrêmement hétéroclites, cela pouvait aller d’une collection de mannequins à taille humaine, à une série de flippers, des piles de livres qui montaient jusqu’aux plafond, des bicyclettes, des chevaux de bois séparés de leurs manèges, des distributeurs électriques de friandises notamment un distributeur de Bubble gum comme il en existait encore un à l’angle de la rue Jobbe Duval et de la rue Dombasle. Il y avait là une telle accumulation d’objets sans queue ni tète, amassés sans aucun ordre, aucune logique qu’aujourd’hui je pense que c’était vraiment fait dans une intention particulière, un refus de l’ordre, une sorte d’opposition absolue à un ordre donné, en tous cas d’un ordre qui ne correspondait pas à la notion d’ordre que le propriétaire se faisait de l’ordre. Et le fait que mon grand-père et lui soient copains me permet aussi d’associer énormément de petits détails concernant celui-ci que tout le monde dans la famille considérait plus ou moins comme un pauvre type, en raison justement de son désordre permanent, farouche. Ce qui me permet aussi de comprendre à quel point cet haine du désordre a pu naitre aussi chez mon père comme pour tenter de compenser quelque chose par ricochet, en miroir en boomerang, de refuser quelque chose, cet héritage paternel. toujours pour les mêmes raisons qu’on refuse d’ailleurs un tel héritage, la sensation d’un manque d’amour, de reconnaissance. Comme si l’amour était une chose qu’on puisse posséder se donner se reprendre, s’échanger.

Sur l’un des murs de l’entrepôt il y avait une petite affichette, je savais déjà lire à quatre ans grâce à grand-mère qui m’y aidait chaque jour, et donc je lu :

Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place

ça me fait toujours le même effet en y repensant, à la fois une envie de rire en me souvenant des lieux, de ce fatras, et en même temps aussi de la mélancolie, une nostalgie d’une époque où des anonymes comme ce copain du grand-père et probablement aussi mon grand-père avaient posé les bases d’une résistance auxquelles ils se seront accrochés toute leur vie durant sans la moindre reconnaissance de leurs proches. Une résistance contre un ordre qu’ils avaient déjà vu à l’œuvre durant la dernière guerre, un ordre dont enfant ils avaient aussi souffert durant la première celle qu’on avait appelée la der des der

Oui sans doute faudra t’il élaguer tout ça pour le rendre digeste, plus présentable. Mettre si on veut un peu d’ordre, ah ah ! et aussi sans doute et surtout encore plus d’humilité de pauvreté, s’absenter en temps qu’individu pour laisser les mots la langue fondre toutes ces choses les digérer et les restituer avec la beauté le mystère dont elle seul a le secret. Peut-être que revenir chez soi participe aussi de cette acceptation justement, de tout donner à la langue qui nous nourrit depuis toujours, cette langue française qu’un petit métèque tente de s’approprier à sa façon sans pour autant renier ses origines.

Et bien laissons reposer les choses comme pour un tableau, le tableau, la langue le texte savent toujours beaucoup mieux que tout ce que nous pensons savoir. Il suffit parfois d’accepter cette attente, d’observer le moindre petit signe et de tendre l’oreille. Bref de faire attention. et quand ça commence à communiquer à créer un dialogue c’est peut-être ça aussi revenir chez soi

J'ai terminé ce texte et puis je les ai entendus tous ceux qui n'ont jamais cessé de me dire "tu n'en fais qu'à ta tête". Mais je ne leur en voulait pas, je ne leur en voulais plus j'étais soudain comme libéré d'un poids. Peut-être n'est il pas déraisonnable complètement d'imaginer  avoir entrevu enfin  quelque chose, concernant l'oubli, la confusion le désordre et le soi-disant manque d'attention, toutes ces maladresses qui furent des refuges. Et cette impression d'être un soldat d'une armée des ombres en guerre depuis tant d'années, toute une vie dans cette guerre qui ne cessent d'opposer l'ordre au désordre. Que pourrais-je encore trouver comme raison pour expliquer ce conflit perpétuel qui tienne vraiment la route ? Aucune vraiment, que ce soit l'appât du gain, la quête de pouvoir, la quête de savoir pour dissimuler celle du pouvoir et du profit, aucune de ces raisons ne tient justement raisonnablement debout. Je ne vois en cette guerre fratricide qu'un malentendu permanent concernant les mots, particulièrement le chez-soi, le chacun pour soi, et bien entendu l'amour comme toujours. 

Au bout du compte j’ai écrit un texte pour le site TIERSLIVRE totalement différent de ce que j’avais imaginé. Voilà l’homme.

La ville

Rue Jobbé Duval

Evidemment ce n’est pas la rue de Gaité de Perec, il y a longtemps que je n’habite plus à Paris sinon j’aurais probablement essayé le coup des enveloppes et aussi le découpage réel / imagination, mais je n’habite plus à Paris depuis bien longtemps tout ce que j’ai c’est Google Earth et la mémoire pas très fiable d’ailleurs la mémoire c’est pour ça que je m’appuie sur des photographies mais même avec des photographies ce n’est pas non très fiable la mémoire. En tous cas j’essaie on verra bien quelques textes par ci par là au fur et à mesure dans l’ordre où ça me revient on verra bien

Les pavés sous les pneus des roues de la voiture, on ne dit pas encore véhicule, les pavés et les pneus de la voiture qui roule sur les pavés c’est la première sensation physique de la ville, ça fait quelque chose comme tougoudougoudou tougoudougoudou on tourne on va tout droit tougoudougoudou on tourne on va tout droit tougoudougoudou et puis à un moment on ralenti une voix dit on arrive, une autre répond merde il n’y a encore pas de place, on se gare en double file pour décharger les valises. La rue Jobbé Duval est légèrement en pente alors on peut entendre le bruit du frein à main accompagné du bruit mou d’une vitesse qu’on passe avant de couper le moteur. Pas longtemps il faut faire vite pour décharger les valises. Klaxon d’un camion, peut-être un de ces gros camion poubelle il faut se dépêcher, portière qui claque, redémarrage du moteur, une odeur d’essence très agréable et puis l’odeur de la ville, l’odeur de Paris, indéfinissable mais reconnaissable entre toutes.

Quelques arbres chétifs désormais, autrefois il n’y avait qu’un seul arbre dont le tronc était enserré à sa base dans une plaque de fonte décorée de motifs amusants, des motifs plutôt géométriques et avec une légère ressemblance à des motifs floraux, des feuilles d’acacia, cela faisait penser à des feuilles d’acacia comme il y en avait sur les acacias au bord du canal dans l’Allier une plaque de fonte de forme circulaire comme on en faisait en ce temps là, peut-être au siècle dernier et même celui d’avant, peut-être des plaques crées pour la ville à l’époque de l’Art nouveau quand il y avait encore des fonderies dans la ville, avant que les fonderies ne deviennent des salles de spectacles des musées des cinémas mais ça ne se fait plus de poser ce genre de plaque circulaire en fonte ouvragée comme celle-ci sur un ilot circulaire bordé d’un fin liseré de pierres taillées , au beau milieu de la rue Jobbé Duval. Cette petite rue qui commence rue des Morillons et s’achève à la rue Dombasle à moins que l’on prenne la rue dans l’autre sens ce sera évidemment le contraire dans le 15ème arrondissement de Paris autrefois ce petit arbre chétif était le seul arbre de la rue, et il n’y avait pas de banc pour s’asseoir aujourd’hui ils ont planté plusieurs arbres mais ce sont des arbres aussi chétifs que le premier et ils ont ajouté un banc. Qui peut venir s’asseoir ici sur ce banc. En tous cas c’est à cet endroit, en ce lieu que la rue forme une sorte de renflement ça ressemble à une petite place mais c’est une place sans nom puisque tout du long la rue s’appelle Jobbé Duval.

c’est au 15 bis de la rue Jobbé Duval, une lourde porte que l’on pousse après avoir poussé sur un petit bouton qui dépasse d’une petite plaque dorée il se trouve au milieu de la plaque dorée et il dépasse, pas de beaucoup mais suffisamment pour que l’on comprenne que c’est sur ce bouton là qu’il faut appuyer, le bouton, la plaque dorée tout est près de la porte ça fait un bruit long de grésillement quand la porte s’ouvre mais elle ne s’ouvre pas toute seule il faut la pousser elle est très lourde. Ils habitent tout en haut de cet immeuble il faut traverser un couloir avec des glaces, on dit des glaces mais elles ne se mangent pas ce sont des miroirs ces glaces et elles sont sur les murs de chaque coté du couloir on peut se voir dans la glace puis dans l’autre glace puis on pousse une autre porte, vitrée celle-ci mais beaucoup plus légère une porte plume et on se retrouve devant la porte de la loge des concierges, on les appelle les Gassion il y a un monsieur et une madame Gassion, sur la porte de la loge des concierges, de madame et de monsieur Gassion il y a un rideau et sur le rideau une fausse cigale en plastique. quand on toque à la porte de la loge pour dire bonjour comment allez-vous madame et monsieur Gassion on entend le bruit d’une cigale et aussi le gazouillement d’un canari c’est un vrai canari jaune dans une cage métallique mais la cigale c’est une fausse elle aussi . Il y a beaucoup de portes avant d’emprunter l’ascenseur à droite de la loge sous l’escalier si on ne veut pas monter 7 étages par l’escalier, un escalier avec un tapis rouge et qui sent l’encaustique et l’ odeur du café.

A l’angle de la rue Jobbe Duval et de la rue des Morillons si on remonte c’est sur la gauche si on descend c’est sur la droite il y a une boulangerie dont la devanture n’a presque pas changé. Il y a des choses qui changent dans la rue Jobbe Duval et il y a aussi des choses qui ne changent pas. Le marchand de couleur par exemple a changé, il n’a pas seulement changé, il a disparu complètement, à la place il y a un salon de beauté. Par contre la boulangerie est toujours là et sa devanture n’a presque pas changé. Les propriétaires ont changé, et aussi la présentation des choses à l’intérieur de la boulangerie, avant sur la gauche lorsqu’on entrait dans la boulangerie il y avait un présentoir qui ressemble à un présentoir de parapluies sauf qu’à la place des parapluies le boulanger plaçait des surprises . Dans ces surprises il y avait une surprise et beaucoup de papier journal chiffonné en boules, la surprise c’était un jouet en plastique et il y avait aussi je crois bien des bonbons.