Récalcitrant

Peut-être un mot associé encore à messie. Le messie récalcitrant. Un livre de Richard Bach l’auteur de Jonathan Livingstone le goéland. Que j’associe à des souvenirs du merveilleux voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf. Etre récalcitrant. Etre récalcitrant de nature.

Il ne pouvait s’empêcher d’être récalcitrant. C’est plus fort que lui.

La croyance dans le fait qu’être récalcitrant conduit à quelque chose dont on ne sait jamais rien d’avance. Le pire ou le meilleur peu importe. Etre récalcitrant pour s’opposer à une pente, à une destinée toute faite. Etre récalcitrant vis à vis de tout consensus. Récalcitrant face aux paroles creuses, aux pensées prémâchées, envers toute idéologie, tout dogme, toute vérité énoncée assénée, être récalcitrant en disant les quatre vérités à qui veut en n’imposer qu’une.

Le plaisir d’être récalcitrant pour l’être en oubliant tout des raisons qui nous aurons conduit à le devenir.

Etre récalcitrant comme certains sont par nature bon enfant, affables, urbains.

Un havre de paix, une ile, une bulle. Etre récalcitrant quelque que soit ce qui va se présenter à l’horizon. Une seconde nature.

Laquelle serait la première dans ce cas ?

Illustration peinture d’une élève parfois récalcitrante.

Point de vue

Je vois
Il voit

voyons voir

Le pronom et le temps comme point de vue.

La conjugaison délimite une profondeur de champs

Je vois des arbres qui demain ne seront plus.

J’ai connu un homme que j’ai longtemps appelé papa, il est mort en 2011.
Je n’ai que très peu connu cet homme que j’appelle encore papa silencieusement.

Depuis la fenêtre de la chambre l’enfant peut voir les collines sombres barrant l’horizon. Elles continuent encore aujourd’hui à barrer l’horizon ces collines.

Au crépuscule il enjambe le muret au fond du jardin, traverse le grand champs, parvient à la ferme et tend son pot au lait pour que la femme du paysans le remplisse.

Il y a un cerisier maigrichon. Pres du poulailler il y a un arbre maigrichon, c’est un cerisier qui produit des fruits acides.
Dans une description trouver le mot juste est plus important que d’aligner des mots qui ne veulent pas dire grand chose.
Un cerisier maigrichon. Un gamin maigrichon. Quelque chose qu’on voudrait dire en l’atténuant.
Un cerisier maigre ? Un cerisier chétif ? Un cerisier étique ? Malingre ? Décharné ?

Une fois il mettra le feu au poulailler, c’était le genre de bêtise à sa mesure.
Une fois il avait mis le feu au poulailler, c’est le genre de bêtise qui le caractérise en quelques mots.
Un jour il mettra le feu au poulailler, il fera cette bêtise.

Le goût de l’oseille réveille les papilles tout comme le goût des cerises acides.
L’acidité dont il a besoin.
L’acide contre l’alcalin. Le calcaire contre l’acide. Le salpêtre qu’il recueille sur les vieux murs dans des expériences de chimie en vue de la fabrication de nitroglycérine.
Le goût du salpêtre sur la langue n’est pas le même que celui du haricot vert qu’on croque à belles dents.
Faire rouler un petit pois entre la langue et le palais.
Croquer dans un petit pois, goûter à la fraîcheur d’un petit pois qui explose en bouche.

La tentation de l’omniscience, la facilité qu’elle propose et le doute où elle conduit.
Une vision kaléidoscopique crée par la multiplicité des points de vue, le rythme des textes, la longueur des phrases, les dialogues qui s’enchevêtrent.
Si l’on multiplie les points de vue, donc les personnages il est possible de créer un prisme doté de multiples facettes.
Doté, qui hérite en vue d’un mariage, qui fait honneur à l’image que désire renvoyer au monde une famille.

Il est possible de créer un prisme par la multiplicité des pronoms et des temps.
L’histoire est la restitution de ces multiples points de vue à l’intérieur d’une durée.

L’intérêt d’une histoire réside dans l’interaction entre chaque point de vue et la durée de cette interaction.
L’intérêt d’une histoire réside dans une durée au cours de laquelle interagissent des personnages qui ont chacun leur point de vue.

Dans quelle mesure la nouvelle est-elle préférable au roman, et est-ce une affaire de préférence.
Dans quel ordre se poser ces questions
A t’il une préférence pour écrire nouvelle ou roman ?
Ciseler une nouvelle
Se répandre dans un roman
En quoi écrire une nouvelle agit-il sur une recherche morale, en quoi un roman s’en égare t’il ?

Tenir une place, tenir un point de vue, tenir une colline.
Tenir dans une durée.

25052023

le progrès technologique se substitue au progrès moral par le biais de la croyance en un système , c’est l’erreur de Rousseau et de tous les théoriciens qui suivent. Mettons en place un système qui palliera la défaillance. Le politique ne peut pas pallier la morale au sens où il n’y a de morale véritable qu’individuelle. Que le progrès moral est sans cesse à redéfinir pour et par chaque nouvel individu qui naît. Ce que l’on nomme morale vis à vis d’un groupe n’est qu’un ensemble de règles, ou une tradition qu’on suit parce que c’est plus simple de la suivre que de s’y opposer.

Est-ce que ce que je viens d’écrire m’appartient, où bien n’est-ce qu’une idée attrapée dans l’air du temps. Il est toujours difficile de discerner l’origine de nos pensées, pour autant qu’on s’intéresse à cette origine.
Reprise de la lecture de Bergounioux, son carnet de la décennie 80-90 et stupéfait de voir à quel point je m’y retrouve, le style est différent, les préoccupations concernant entomologie et géologie sont parfois éloignées encore que j’avais bien mes lubies aussi. C’est plutôt une affaire de ton, le ton d’une époque. Pas étonné qu’il lise Jürger. Dans les années 80 beaucoup semblent avoir lu Jünger. Il faudrait vérifier s’il n’y a pas une réédition du traité du rebelle pile au moment des élections.
Dans quelle mesure un homme qui écrit un journal ne se laisse t’il pas prendre à son propre piège. C’est à dire devient son personnage. Ne vit que pour ce personnage.
Et aussi parfois l’impossibilité de cacher une grande naïveté ou candeur entre les lignes.
« Une trentaine de pages à ce cahier. Que restera-t-il dans dix ans, dans vingt ans, si je suis encore là, de ces heures dont j’essaie de fixer la teneur ? Déjà ne subsiste plus, pour certaines, que la mention que j’en ai faite. Quinze jours, et la main de l’oubli a passé. Mais ce pâle témoignage est encore préférable à l’abîme qui nous talonne. »
Extrait de
Carnet de notes, 1980-1990
Bergounioux, Pierre

l’âge et peut-être un léger progrès moral font que ces mots réactualisent, quelques instants, des préoccupations anciennes, désormais vidées de leur ancienne importance. Une brève nostalgie, mais pas de regret.

Entendu qu’au Mexique- parait-il, il existe des joutes d’écriture, semblables à des tournois de catch. Les protagonistes sont masqués et leur prose est projetée sur écran géant. Plus spectaculaire qu’un blog.

Écrire dans le vide, écrire à vide. Avide d’écrire et de lire, encore oui. Mais je ne crois plus à ces histoires de postérité , je n’en ai plus besoin, ni même à la publication d’un livre comme objectif ou carotte pour écrire.
Dans quelle mesure la phrase juste au dessus de celle-ci dit-elle la vérité ?

Le retour à un journal est tentant. Tenir son journal au jour le jour ou régulièrement, et y noter tous les petits faits du quotidien qui ont attiré l’attention. Mais dans quel but encore sinon pour se relire à un moment ou l’autre, se souvenir, ou vérifier éventuellement des faits dont nous ne sommes plus vraiment certains avec le temps.

Un journal peut-être utile en cas de début d’Alzheimer. Si toutefois on se souvient que c’est soi qui l’a écrit, que ce n’est pas un roman.
Le progrès moral consiste à réduire bien des croyances, comme autant d’ objets, et probablement d’êtres imaginaires, de choses vagues qui autrefois furent qualifiées d’essentielles, d’indispensables et qui ne le sont plus. Le progrès moral est directement en lien avec un progrès de l’imagination. Une imagination plus claire ?
A moins qu’il ne soit la quintessence d’un parcours d’assassin.

Hier soir entre deux ateliers j’ouvre la fenêtre de la salle et je plonge le regard dans les tilleuls du jardin d’en face. Plonger le regard comme pour le nettoyer. Une certaine luminosité de la pierre du mur, dans l’ombre des feuillages, ces verts sombres à coté des tendres éclairés par la la lumière de la fin de journée, un petit bouleversement. Petit parce que pas le temps de m’y installer qu’un élève entre dans les lieux. Mais instinctivement j’ai pris une photographie. Tout à fait le genre de petit bouleversement qu’on peut noter dans les pages d’un journal le lendemain.

Coule œuvre

Installation de la fibre hier. L’un des deux types a sorti une mèche d’un mètre de long pour percer le mur de la rue. Je voulais voir ça de plus près et ai ouvert la porte d’entrée. Un serpent vert se tenait juste devant moi, il m’a fait face un instant, autant surpris que je l’étais je crois. Cela a duré quelques secondes, sa petite tête dressée et son corps ramassé en méandres prêt à l’attaque ou à la défense tel un ressort. Puis il a filé sur la chaussée en zigzagant élégamment, sans se presser , a traversé la rue pour s’introduire sous la porte d’entrée des voisins d’en face. Pas longtemps, il ressort et voici qu’il s’enfile dans un trou du trottoir, je vois encore la queue disparaître puis plus rien. Tellement surpris que je n’ai pas eu le réflexe de prendre une photo. Le technicien en a pris une, tellement surpris lui aussi. Mais je n’ai pas pensé à lui demander qu’il me l’envoie.
Ce que ça fait d’imaginer un serpent dans ses murs. Probablement dans le boîtier du compteur à gaz. Et en même temps j’imagine le technicien qui vient relever le compteur et qui tombe là-dessus. Peut-être qu’il ne parviendra pas à lire la consommation de gaz. Qu’il s’enfuira. qu’on ne paiera plus jamais le gaz que notre domicile sera effacé des listes… Faut pas rêver non plus. Et après tout il ne s’agit que d’une couleuvre. La couleuvre du gaz. Une de plus. Ou vieux serpent de mer.
Ce que ça fait d’imaginer un serpent dans ses murs quand même. Peut-être y en a t’il plusieurs, un nid. Merde pourquoi ma maison. Pourquoi moi.
Je suis allé voir ce que ça signifie comme symbole car le malaise reste tenace. Comme quoi on à beau faire vouloir être raisonnable, rationnel, et prendre les choses avec humour. On reste quand même à vouloir s’accrocher à quelque chose quand ça sort des sentiers battus.
Je préfère penser à une mue qu’à quoique ce soit d’autre. Une nouvelle peau. Ça ne serait pas du luxe.

Avaler des couleuvres est une chose mais les abriter chez soi… Retour à l’envoyeur.

Travaillé tôt ce matin sur un texte qui ne donne rien. Sur l’exercice de la semaine, les images glissées cassées, tourné autour de l’école communale, le chemin pour s’y rendre, pour en revenir. Les saisons qui passent et ce chemin interminable qui les traverse. L’école où l’on n’apprend pas grand chose de ce qui importe vraiment. Punitions et récompenses, information plus que formation, et ruse plus qu’intelligence. Le cœur n’a pas sa place ici. La notion de par cœur, une foutaise.

C’est à l’école aussi que l’on pourrait être attentif aux tempéraments des enfants, parvenir à les discerner et ainsi apprendre à rêver aux mélancoliques, à inciter à l’action les flegmatiques, et ainsi de suite. Mais évidemment Hippocrate n’est pas au programme. L’école ne forme pas elle déforme, le nivèlement par l’incomplétude.

Trouvé une lecture des vies minuscules de Pierre Michon en audio, mais André Marcon lit la première histoire celle de Dufourneau au pas de course presque sans respirer, ce qui m’amène au bord de l’asphyxie. La désolation des livres audio parfois. Je verrai pour les deux autres histoires sur la route tout à l’heure, ce sont d’autres acteurs.
En même temps les phrases de Michon ne sont pas données, il faut parfois s’y reprendre à plusieurs fois pour les lire d’affilée.

Un serpent c’est un peu comme une phrase ou vice versa. Ça peut être sinueux, se ramasser sur soi, bondir et mordre. Une phrase venimeuse. Un serpent admirablement bien ponctué de petites tâches sombres sur fond vert.

Coule œuvre.
Cool œuvre.
Imprécation pour que ça vienne un de ces quatre jeudi.

Lier, délier, entretenir.

Se lier. Lier des relations, passer du temps à les entretenir, être attentif, se rappeler au bon souvenir de, faire un signe, donner des nouvelles, en prendre, penser aux autres, s’intéresser aux autres, aller vers les autres. Autant de termes implantés de longue date dans la cervelle et qui produisent ce bruit de marteau-piqueur. Une cacophonie, une panique de l’ouïe. Je me suis toujours senti incapable d’effectuer ces actions ainsi qu’on me le demande sans cesse depuis ma naissance. Non seulement incapable mais de plus je suis entré en résistance vis à vis de cette chose impérieuse, le contact.
Je ne me sens pas naturellement porté vers le contact. Bien sur au début il a fallu que je me force un peu. Beaucoup. La grégarité, faire comme tout le monde, apprendre les codes, serrer des mains, claquer la bise, tapoter un dos une épaule, passer deux doigts sur une joue, tout cela je l’ai fait. Mais sans vraiment en éprouver un réel plaisir. Cela fit partie des innombrables initiations, le passage obligatoire pour faire partie d’une communauté.
Ensuite on oublie ces résistances car trop content de bénéficier de l’illusion d’être devenu élément d’un groupe.
Tant qu’on ne quitte pas le groupe l’oubli peut être bénéfique. C’est un genre d’hypnose progressive. On s’invente une cordialité, une fraternité, une famille de la même façon que dans les nuages on aperçoit des têtes de chien, ou sur les vieux murs on voit des paysages fantastiques. On veut y croire. Tout n’est que volonté. Jusqu’à la blessure. La blessure nous ramène à l’éveil, à la vraie vie. A la vie du corps, de la matière. On prend un peu de distance avec le virtuel, l’imaginaire, et on affûte ses sens pour mieux voir, mieux entendre, mieux sentir surtout.
On ne veut pas que la blessure se referme, on ne veut pas re sombrer dans l’oubli, dans l’illusion. On se décale. On se délie, on s’éloigne, on se terre, on s’isole, on devient silencieux, on ne donne plus signe.
Et puis on entre encore plus profondément dans l’oubli, dans le monde des pierres, des arbres, des astres morts, dans un travail pour se nourrir, car il faut malgré tout vivre, il faut accepter que vivre est un choix, que vivre n’est ni une bénédiction ni une malédiction. Vivre est un choix de longue date. Rien n’est plus juste que l’expression c’est comme ça. à condition d’en avoir étudié minutieusement chaque terme.
On parvient ainsi à sentir un oiseau se poser sur une branche, une herbe se relever d’un pas qui l’a écrasée, à retrouver dans l’étang le son des sources, et celui des pluies. Un cercle s’est crée, peut-être en est on un des multiples centres, suivant notre appréhension des périphéries.
Se lier se délier n’a plus de raison fausse d’être comme de ne pas être. On prend les choses comme elles viennent, on n’est ni triste ni gai ni de les voir surgir ou repartir. On ne bouscule plus l’équilibre précaire du silence amical qu’on aura mis tant de temps à bien vouloir accueillir.
Pour un peu on dirait bien qu’on est fin prêt soi-même à partir ou repartir

C’est comme autrefois ce vieux solex qui ne démarrait pas, on effectuait de multiples tentatives et on finissait par se fâcher, s’énerver contre la machine, puis on laissait tomber, on allait à pied. Le lendemain on démontait la bougie, on la nettoyait calmement, on la replaçait gentiment et tout à coup le moteur repartait de plus belle. Quel air penaud on avait sous le sourire.

Sur le rythme

Naissance des formes 36×48 cm huile sur toile 2016

J’observe. Une idée vient, plongée. Elle parait bonne. La maintenir dans la durée oui mais comment ?
Chaque jour, la répétition, impossible à tenir. Impossible car cette régularité imposée n’est pas naturelle, elle ne produit pas une musique. Elle fait un bruit de marteau-piqueur. Pourtant je m’acharne, chaque jour à obéir à l’instance d’une idée qui vient en acceptant pleinement son éphémère. Elle surgit je m’y accroche un instant, le temps de quelques centaines de mots, puis j’ouvre la main elle repart. Je crois que c’est parce que j’ouvre ainsi la main à un moment précis, difficile à définir d’ailleurs, qu’elle reviendra à un moment ou à un autre. Je crois que parce que je ne veux pas la retenir absolument dans une main, l’emprisonner, qu’elle acquiert confiance et revient.
Quand ? Je ne le sais pas. Il faut du silence en deux notes pour pouvoir les entendre.
Le temps de l’écriture est peut-être un genre de partition. Des idées viennent se poser puis repartent qu’on retrouve quelques mesures plus tard en aval. Sans doute est-ce tout l’attrait d’un journal. Voir ainsi ces idées aller et venir au fur et à mesure des textes qu’on écrit, des fragments de longueurs inégales. Il y a un rythme dans tout cela, un rythme naturel je crois. Et donc de la musique. Rythmes et cycles, comment les repérer, comment sortir de la partition pour en juger, et en juger a t’il vraiment un intérêt ? Un oiseau a t’il la possibilité de quitter le ciel pour se regarder voler ?
Cette obsession de l’image envoyée, cette obsession des réceptions, comme on la trouve étonnante quand tout à coup elle se dissipe. Ça ne dure pas longtemps. La lucidité aussi possède son propre rythme comme la naïveté.
Mais si l’on parvient aussi à dépasser ces catégories à n’écouter que la musique, rien de bien grave.
La seule chose déplaisante vraiment en état de fatigue est le bruit des marteaux-piqueurs, et la publicité assénée un peu partout dans les boites mail, la télé, les slogans et les mots d’ordre des couples.
D’où prendre soin de sa santé, bien dormir, manger sobrement le plus possible, aller toucher un arbre de temps en temps. Être en mesure de supporter le rythme des choses même quand il ne semble pas produire de la musique.
Rester dans une ignorance de ce qu’est la musique, ne pas se faire d’idée sur ce qu’est véritablement la musique.
Etre ainsi surpris autant par une musique que par une idée. Et ne pas refermer la main, les laisser vivre leurs vies.

Images glissées cassées au travers d’une lecture

Dispositif personnel détournement d'un exercice d'atelier d'écriture.
Ouvrir une page Wikipédia sur un sujet qui m’intéresse, laisser venir les associations
Exemple avec Ernst Lubitsch né le 29 janvier 1892 à Berlin, mort le 30 novembre 1947 à Bel air ( Los Angeles)

Le fait qu’il naisse un 29 janvier, même jour que moi, me le rend proche aussitôt. Combien de personnes ai-je rencontrées dans la vie nées un 29 janvier. Et encore pas directement mais par leurs ouvrages ou par ouïe dire Que des morts à bien y réfléchir. Tcheckov, Romain Rolland, Blasco Ibanez, Barnett Newman, Maurice Joyeux, Henri Queffelec et donc Ernst Lubitsch, pour ne citer que les premiers qui me viennent à l’esprit
Cette proximité de dates, l’intérêt déclenché par une proximité astrologique, ce que ça vaut vraiment, aucune idée. Semble puéril, enfantin.
Cela m’indique tout de même à quel point je fus imbibé jadis enfant dans les propos astrologiques et combien tout ça perdure.
A Paris dans l’appartement de la rue Jobbé- Duval, en jouant sous la table de la salle à manger.
Dans les journaux que mes grand-parents lisaient, un magazine, la grand-mère surtout, lisait à haute-voix les minces paragraphes de chaque signe astrologique des habitants du lieu. Elle prononçait bien fort le nom du signe pour qu’on l’entende du fin fond de l’appartement, jusque dans la salle de bain.
POISSON pour nommer celui du grand-père et s’il y avait une menace qui pesait, un danger, quelque chose à redouter, elle prenait un plaisir non dissimulé à le dire.

…20 marks par jour, au lieu de 100 par mois ! en 1912, la même année que la représentation de Miracle est filmée, ce n’est pas la passion du cinéma qui fit entrer Ernest dans la cinéma mais plutôt l’appât du gain…

La notion de glissement d’une image à l’autre. On part sur Ernst Lubitsch à Berlin on arrive soudain dans une chronique astrologique en 1965 à Paris.
Le personnage de Meier est à rapproché de celui de Schlemilhl
Meier personnage crée par Lubitsch et qui est l’archétype du comique juif-allemand.
Schlemilhl ou l’étrange histoire de l’homme qui avait vendu son ombre , personnage d’une histoire de Adelbert Von Chamisso. Publié en allemagne en 1813, parut en France en 1822, traduction Hyppolyte Chamisso

Qu’un homme vende son ombre pour se retrouver à réaliser des films dans lesquels il joue le rôle de Meier la boucle semble bouclée
Lubtitsch sera à cette époque aussi célèbre dans ce rôle en Allemagne que Harold Lloyd et Chaplin en Amérique, Max Linder en France
En 1916 Lubitsch abandonne sa carrière d’acteur pour se consacrer à ses propres films ( 1918 Les yeux de la momie, et Carmen ) ( 1919 la princesse aux huîtres ) Il réalise également quelques films historiques ( la Du Barry et Ann Boleyn) ainsi que des comédies. Il acquiert une stature internationale et en 1921 sera invité aux Etats-Unis pour la première fois.

Le cinéma et le théâtre d’ombres, la lecture de l’histoire de Peter Schlemilhl continue à produire son effet sur la lecture de la biographie de Lubitsch.
Cette histoire je l’ai lue alors que j’étais enfant parmi tous les autres contes, je l’avais oubliée et voici que tout à coup elle ressurgit avec son aura prémonitoire de menaces.
Ce qu’elle signifie c’est que la réussite ne va pas sans un sacrifice important, ombre ou âme, qu’on peut poursuivre cette erreur jusque la limite de l’ultime avant de soudain prendre conscience de l’illusoire d’un tel but
Mais il est souvent trop tard, la déchéance est le tribut à payer à l’égarement. On jette la bourse de Fortunatus dans un puits et le diable avec. La seule quête qui vaille ensuite est de retrouver son cœur.
Ainsi retrouver le cœur redonnerait en même temps une ombre et une âme à celui qui les aura perdues.
Toujours enfantin en premier lieu, puéril. Ces mots qui surgissent comme une résistance, un barrage.

En filigrane une reconnaissance de la judéité ashkenaze, mélange de fatalité et d’humour. A rapprocher étrangement de la mentalité sicilienne, notamment ceux qui ont dû émigrer en Afrique du Nord. Ce qui rapproche c’est bien cette notion de “cœur” d’humanité, d’acceptation de l’autre, de sa reconnaissance. Une plénitude de la reconnaissance. La plénitude d’un ciel bleu.
A moins que ce ne soit que mon fantasme personnel que je ne cesse de projeter sur ces communautés.

Je passe la période Hollywoodienne qui ne parait pas être un succès.

Qu’est-ce qu’on appelle la Lubitsch touch ? qu’est- ce que j’en retiens, ce qui m’intéresse d’y trouver quant à l’écriture…
.Un mélange subtil et sexy d’humour et d’esprit de retenue.
-Un contrepoint de tristesse poignante pendant les moments les plus gais d’un film.
-C’était l’utilisation élégante de la super blague. Vous aviez une blague et vous vous sentiez satisfait, puis il y avait une autre grosse blague dessus. La blague à laquelle vous ne vous attendiez pas. C’était la Lubitsch Touch
-.. un style qui fait allusion au sexe, de manière ludique adulte dans ses thèmes, sans jamais franchir la ligne de démarcation invisible qui séparait le charbon du génie.
-La Lubitsch Touch » peut être considérée de manière concrète comme dérivant d’un dispositif narratif standard du film muet : interrompre l’échange dramatique en se concentrant sur des objets ou des petits détails qui font un commentaire spirituel ou une révélation surprenante sur l’action principale.
-Dans son sens le plus large, cela signifiait aller du général au particulier, pour se condenser soudainement en un seul instant rapide et habile cristallisant une scène ou même le thème entier … l’idée d’utiliser le pouvoir de la métaphore en condensant soudainement la quintessence de son sujet dans un commentaire ironique – un commentaire visuel, naturellement – qui disait tout

L’attirance pour les contraires n’est pas une légende. C’est la première réflexion qui me vient après avoir noté toutes les vertus lubitschiennes.

Pourquoi ai-je choisi Lubitsch ?
Mon intérêt pour le montage vidéo en ce moment m’entraîne à examiner de plus près ma façon de voir le cinéma et la vidéo. C’est à dire toute image mouvante, glissante et la façon surtout de passer d’un plan à un autre. Nous sommes tellement imbibés dans cette vision, moderne, en opposition au cinéma d’autrefois ( longs plans fixes ) ou même à l’image fixe, peinture photographie, que nous ne nous en rendons mêmes plus compte. C’est devenu complètement inconscient ( en tous cas pour moi )
J’avais déjà repéré ce phénomène enfant alors que je m’immergeais dans la lecture des bandes dessinées. La vitesse avec laquelle on s’immerge dans un code sans même l’analyser consciemment. On saisit inconsciemment le code.

Ce phénomène d’immersion aura toujours été prioritaire je crois. D’abord je m’immerge, je suis submergé, et longtemps après je réfléchis à la façon dont cela s’est passé, ce que ça a produit, pour en extraire des réflexions que je nomme personnelles.
Il en va exactement de même avec la peinture et l’écriture.
Je me laisse submerger, comme si je n’attribuais plus aucune confiance à l’analyse, à tout ce qui peut constituer un mécanisme de défense, de protection, une stratégie de combat. Puis, à un moment, principalement en temps de crise profonde, généralement financière, la pensée, l’analyse, ressurgissent
L’image de la Vénus de Botticelli dans son coquillage qui sort de la mer
L’allégorie de la renaissance.

Certainement à associer aussi avec Dante et Béatrix
Ou avec ma vie sentimentale dans son ensemble.
Qu’un visage, une silhouette, qu’un être que l’on pense connaître puisse ainsi glisser vers l’allégorie
Ce glissement provient certainement d’une instance profonde de modestie, d’humilité véritable, le gant retourné de l’orgueil.
Je sais que je ne peux te connaître donc je plonge dans l’inconscient là où nous pouvons peut-être nous rejoindre et nous perdre en même temps.

Mon premier reflexe était de placer la Vénus de Botticelli en illustration. Puis j’ai pensé à son San Sébastian, bien supérieur en sérénité à mon sens malgré toutes les flèches qui le transpercent.

Il se peut que le mot sérénité soit un mot clef. Non pas une quête de sérénité comme souvent on se trompe à le dire, mais plutôt une longue, et parfois fastidieuse et pénible vérification qu’elle est belle et bien à l’intérieur de soi, qu’on ne puisse rien faire vraiment pour la perdre.

Ce qui encore une fois parait puéril, enfantin, naïf naturellement.

indélébile

par un mystère que je ne cherche pas à élucider les corrections que j’effectue dans l’éditeur ne sont pas prises en compte à la publication des textes. Donc les fautes deviennent indélébiles. On ne peut plus dissimuler l’inadvertance ou l’ignorance aux regards du lecteur. Et du coup je me demande pourquoi vouloir dissimuler. Certains puristes s’en soucieront plus que je ne m’en soucierai désormais. Ce sera leur souci, plus le mien. Après tout le véritable lecteur comme le véritable amoureux aime souvent plus les défauts que les qualités en l’autre ce qui le rassure aussi de n’être pas trop différent. Aussi vive l’écriture buissonnière, les tâches d’encres indélébiles, tout ce qu’on ne peut cacher pour vouloir donner de soi une image qui n’est qu’une image.

Nourrir, entretenir.

en chemin 120×90 cm huile sur toile

j’ai placé un tableau inachevé dans ma dernière exposition dont le titre est « en chemin », d’ailleurs la toile aussi est ainsi nommée. Ce qui me fait rebondir sur l’achevé. L’achevé ne peut être qu’un jugement temporaire en ce qui me concerne. Tant que je suis vivant je peux toujours reprendre une toile que j’ai à un moment ou l’autre désignée comme achevée voire même inachevée et inverser les mots comme les usages. la croyance car s’en est une logée profond qu’une toile sera par définition achevée définitivement quand je le serai également n’est pas un manque de confiance en soi, mais plutôt une forme de lucidité parfois insupportable.

Il me semble qu’un tableau se nourrit au fur et à mesure du temps du changement de regard, de tout ce qui ne cesse jamais de nous traverser, nous entretenons bien plus qu’une surface une épaisseur une croyance ainsi. A même niveau que l’espoir sans les inconvénients des déceptions, c’est vivre avec ce qui nous entoure qu’on le peigne ou pas.

Un tableau peut avoir le même sourire que le chat du Cheshire.