Caroline

« Caroline » Huile sur toile 100x 80 cm Patrick Blanchon traitement numérique.

Une migraine terrible depuis le matin me pousse à trouver une pharmacie avant de passer à l’intercontinental. J’ai passé la nuit à développer mes films dans la petite chambre de l’hôtel et une fois ceux ci accrochés à la ficelle qui traverse la pièce j’ai préféré sortir car les mouches sont affolées depuis l’aube et ne cessent de se cogner à la vitre de la fenêtre.

C’est là juste devant moi que je la vois, de dos, ce sont ses épaules frêles que j’ai remarquées en premier et ensuite la nuque à la peau claire et encore ensuite le chignon brouillon de cheveux roux. Et puis ce chemiser à carreaux aux camaïeux de verts doit aussi y être pour quelque chose… c’est sans doute pour cela que je n’ai pu me retenir de l’aborder.

Elle vient de Birmingham et se rend en Indes où elle a décidé de passer une année. l’autobus qui l’emporte est garé à l’entrée de la ville et tous les voyageurs sont affalés dans le parc voisin, tous jeunes et amateurs de haschisch que l’on trouve facilement ici, à Quetta me raconte t’elle.

Je lui propose de boire un café à l’intercontinental mais elle n’aime que le thé et cependant acquiesce. C’est sous les pales des ventilateurs au plafonnier de la grande salle que j’ai pu remarquer qu’elle avait de beaux yeux verts et un regard bien grave. Et aussitôt j’ai su qu’il ne servirait à rien d’être gentil avec elle.

Nous restâmes un long moment silencieux en nous dévisageant et puis je lui appris que j’allais à Lahore pour quelques jours, que j’allais prendre un train en fin de journée et, comme elle paraissait lasse de ses camarades de voyage, je ne sais pourquoi, je lui proposais de m’accompagner.

Nous nous quittâmes ensuite assez rapidement, je lui laissais juste l’horaire du train et je repartais vers mes occupations en la laissant finir son thé.

C’est quelques stations plus loin, tard dans la nuit, que le train fit de nouveau halte. Alors nous vîmes à nouveau le cortège des mendiants monter dans le wagon et réclamer l’obole aux culpabilités mal adressées. Puis ce fut le tour des vendeurs de thé et de cacahuètes. Et puis juste après avoir savouré un délicieux thé au lait brûlant et graisseux au gout de cardamone elle appuya sa tète contre mon épaule et dit c’est bien d’être là dans la nuit dans ce train.