Tout est déjà fini

Et en même temps comme un puzzle à l’envers

toutes les pièces

une à une

voltigent lentement autour de l’espace de la toile

ou dans celui-ci

avant même d’avoir donné le premier coup de fusain, de pinceau.

Tout est déjà fini comme rien ne l’est vraiment.

Grattement de l’occiput, nerveux,

à s’arracher les derniers cheveux qui me resteraient encore

s’il ne faisait beau.

Si tout à coup

j’ouvrais en grand la porte de l’atelier

et que je me tienne sur le seuil à respirer à pleins poumons.

Il fait beau, oui comme jamais, comme toujours

quand on touche du doigt le silence,

au delà des désordres apparents et des ordres aboyés, implorés.

Je m’en fiche de la surface blanche

elle n’existe pas plus que la main qui s’élance

vers l’au delà d’ici.

Je m’en fiche de m’en foutre en prime, en sus,

je nage le regard perdu dans le bleu

sec et froid en tirant lentement sur ma tige.

Je m’en fiche qu’hier tout à commencé

demain tout sera fini

je m’en fiche je suis bien là

j’en suis sur désormais

quoiqu’il advienne et bien sur

il adviendra

des jours de chien, des jours de loup,

des jours aussi entre rien et tout

comme d’habitude

Je m’en fous tout est déjà fini

Il ne manquait plus que moi comme seule ombre au tableau.

Je m’en fous que tout soit à recommencer tous les jours

De jouer des coudes des pieds pour naître

Tout est déjà fini

juste le temps de fumer une cigarette

si rapide si brève

que tout est encore à oublier

que tout est encore à réaliser.

tout est déjà fini m’a dit l’ombre d’un merle sur la branche d’olivier

cet hiver.

Rien au delà

Crédit Photo Dominique Kret

Tous sont là en devenir de poissons non nés à venir ensablés dans les possibles à la queue leu leu en éventail en file indienne

Amorphe inscription dans la plage sans horizon.

Mais quand est ce que l’on va nager quand va venir la marée ?

réclame le collectif étêté

La marée ne viendra pas

L’eau disparaît laissant un gout de lune

âmes en suspension autour de la carne

pour des expériences cent fois mille fois cent mille milliers de fois renouvelées

dans l’à quoi bon

dans le peut-être

Jésus Marie Joseph et toute leur clique

Archanges et psychopompes

au chevet des débris d’espérance

dites le bordel dites le

Que vous vous faites tellement chier dans l’azur

Que l’inéluctable est toujours là à vous coller les ailes

Que l’ennui n’apporte pas toujours la grâce

Que demain sera comme aujourd’hui

L’avenir est déjà résolu

Nous pédalons pour faire tourner les bobines

D’un cinéma cosmique

Dont le moi-je spectateur est le rien et le tout

qui s’emmerde en bêlant à l’amour

en se gavant de pop-corn