Point de Pénélope sans Ulysse

C’est très facile pour toi, me dit-t ‘elle. Tant que tu imagines que je suis ta Pénélope ça te conforte dans ton personnage d’Ulysse.

Evidemment j’ai dit : mais je ne suis personne. Genre…

Elle me décocha une claque un peu moite, puis nous tournâmes les talons tous deux, dans une sorte de mouvement de ballet, à moins que ce ne fusse du quadrille, enfin bref , tout cela pour nous élancer loin désormais l’un de l’autre, vers nos destinées respectives.

Tous les amis communs périrent d’un coup comme il est d’usage

dans tout bon naufrage.

Et, c’est certain, Là Haut les dieux se gondolèrent comme à l’ordinaire.

Pénélope 2012 Huile sur toile 100×80 cm Patrick Blanchon Collection privée

Travail invisible

La confusion dans laquelle nous avons été forcés plus ou moins de pénétrer comme un pied trop grand dans une petite chaussure c’est celle qui mélange la notion de travail et de loisir, l’effort et l’amusement.

Internet est le lieu de cette confusion par nature. Où tout à chacun désormais se rémunère du temps qu’il passe à fournir du clic et des likes par le plaisir éprouvé au contact de l’apparente gratuité dans de nombreux échanges.

Mais ce n’est bien sur qu’un point de vue superficiel de penser que nous pouvons ainsi donner du temps en échange d’un accès gratuit à toutes ces ressources.

Tout d’abord nous payons un abonnement à l’opérateur qui nous fournit ce pseudo nirvana et ensuite il n’y a pas d’action que nous puissions effectuer qui ne soit désormais l’objet d’une analyse, qui elle même permettra de générer du profit pour les ténors de la toile.

Nous le savons plus ou moins consciemment tous, lorsque c’est gratuit c’est nous le produit.

Ces entreprises géantes qui se partagent les profits du net et qui ne cessent de croitre chaque année de plus en plus, savent créer l’addiction, et sont d’une créativité stupéfiante lorsqu’il s’agit de faire du fric.

C’est un nouveau paradigme qu’elles nous proposent et contre lequel nous ne luttons qu’ à peine, mollement lorsque cela nous apparait un peu trop évident, ou lorsque nous avons le temps et l’envie surtout de nous en préoccuper.

Englués dans ces addictions c’est justement du désir et du temps dont nous sommes de plus en plus écartés.

Il y a un travail invisible qui est une sorte de conjugaison de nos renoncements et de notre dignité devenue de plus en plus dérisoire désormais. Un travail de sape à n’en pas douter.

Fin des dialogues Huile sur toile collection privée Patrick Blanchon 2016

Excitation et apaisement

Il a fallu du temps pour que je parvienne enfin à renoncer à tout effort.

Cet effort pour s’exciter, cet effort pour s’apaiser.

Dans le fond des choses y en a t’il d’autres ?

Le pire est que je ne savais même pas que je faisais un effort à chaque fois.

Impossible de dire comment .

Juste que le temps est important.

Le reste demanderait des efforts inutiles.

Il ne reste tout au plus qu’un peu de nostalgie et d’espoir,

un tout petit amalgame. Une gratuité.

Un cadeau que l’on ne se sent pas tenu de rembourser.

Ocre et bleu Huile sur toile 60×60 cm Patrick Blanchon 2020

L’inquiétante étrangeté.

C’est une petite dame toute frêle qui ,cet été, va fêter ses 90 printemps. Mais « toute frêle » ne va pas bien avec l’idée de longévité. « Toute frêle » c’est ce que moi je me dis. Car cela m’inquiète et me rassure d’imaginer la fragilité comme une force. Peut-être parce que cette pensée sera née d’une confusion entre la notion d’opiniâtreté habituelle, qui exige volonté et force et qui se serait tout à coup envolée. Une pensée qui se métamorphoserait lentement comme un rocher qui s’effrite. Et qui depuis le plus petit grain de sable résiduel me susurrerait que la ténacité est désormais devenue synonyme de souplesse comme de fragilité. Un changement de paradigme qui s’opérerait par de petits à-coups sémantiques intempestifs. Un territoire quasiment vierge, inconnu, une fois les fourches caudines de la soixantaine passées. C’est comme si, au loin j’apercevais l’étincelante blancheur d’ une nouvelle acropole, et que je me mette sur un plan atomique, moléculaire, à ressentir plus que penser la pertinence de cette fameuse « inquiétante étrangeté ».

Quelque chose qui remonte aussi à une origine enfantine, à la lecture des contes de fées. Au début tout est écrit pour que les choses soient normales, quotidiennes, familières et puis à un moment il y a une rupture dans la continuité logique du récit , un événement survient pour tout flanquer par terre, et ce qui est encore plus bizarre c’est que cette rupture nous l’attendions plus ou moins, nous nous y sommes préparés. Mais on ne le dit pas. On ne se le dit pas, cela doit rester un secret.

Nous nous aveuglerions donc volontairement pour ne pas entamer le plaisir et la peur mêlés dans le contact rare de l’étrangeté.

Cette étrangeté que nous tissons en urgence lorsque soudain le voile se déchire et nous ramène à notre fragilité, à notre souplesse, à notre volonté de vivre dans l’intimité du monde comme dans la notre.

La vieille dame parait-il commence à perdre un peu les pédales d’après les dires de ses filles lorsqu’elles en parlent. Elle mélange les prénoms des enfants et des petits enfants, elle se mélange les crayons en piochant dans son pilulier, elle loupe des rendez-vous inscris en gros sur l’ardoise au mur de la cuisine.

Parfois je suis invité à sa table et je l’observe. Elle se tient comme un petite fille sous l’assaut des tendres réprimandes de ses enfants qui s’inquiètent. Elle joue la naïve, elle pousse des ah et des oh pardon, comme pour dire, zut alors, mince de mince… je perds la boule.

De temps en temps je surprends une petite lueur au fond de son regard, comme l’éclat d’un sourire fugace, un aparté.

Femme au chapeau huile sur toile 13×18 cm Patrick Blanchon 2020

Tout va bien je vous dis ! C’est ce qu’elle dit souvent à ses filles alors que dans les faits tout à l’évidence semble partir en quenouille.

Chacun joue son rôle sa partition, au dièse et au bémol près.

Peut-être qu’il est nécessaire d’être en contact avec elle, avec cette inquiétante étrangeté, pour être dans l’intime vraiment, se débarrasser au final de tous les costumes mal taillés dont on s’affuble, en famille comme dans la vie en général.

Il y a ce silence apaisant qui l’accompagne si on lui prête un peu d’attention, comme des grains de sable qui dégringolent d’une falaise en bord de mer et qui d’un coup nous extraie des apparences, nous fait entendre le ressac. Et on se laisse bercer par le ressac bien sur avant de retourner dans nos foyers; de disparaitre encore dans le secret.

L’épineuse difficulté du genre

Se donner un genre sans en connaitre parfaitement les codes est ridicule. D’ailleurs on me l’a souvent dit : « tu veux te donner un genre qui n’est pas le tiens ». Ce qui est dommage c’est que toutes ces personnes ont disparu désormais. Car j’aurais vraiment voulu en savoir un peu plus sur ce fameux genre dans lequel elles m’avaient installé, malgré moi.

J’étais sur la route hier ou avant hier et j’écoutais un livre audio qui traite d’une méthode infaillible pour créer des romans à succès.

J’adore ce genre de littérature presque autant que les émissions débiles de la chaine M6 du genre « marié au premier regard » ou encore « l’amour est dans le près » , elles me détendent.

Lorsque je suis resté un peu trop longtemps dans mon mutisme et dans l’atelier à peindre, j’ai l’impression de prendre un bain de stupidité roboratif. Du coup, toute la gravité s’évanouit comme par magie, je me sens con absolument et j’avoue que j’y prends un réel plaisir.

Mais en fait il se pourrait bien que je sois un vrai con de raisonner de cette façon. Et l’origine de cette connerie vient du fait de mal comprendre la nécessité du genre.

Souvent je me retrouve perché dans de belles idées fumeuses sur la peinture et sur l’art et j’ai pour habitude de combattre la notion de « clichés ». Mais dans le fond je ne suis surement pas le dernier à les utiliser. D’ailleurs comment pourrait t’on y échapper ? Bien sur c’est impossible si l’on y réfléchit un peu.

On ne peut pas plus échapper à la notion de cliché, que de celle de logique, de causalité, et de mémoire, puisque c’est à partir de celles-ci que l’on s’invente en tant que « personne ». A vrai dire il vaudrait mieux parler d’archétype plutôt que de cliché, ça fait plus grec, plus ancien, et on renoue ainsi avec les origines de toute narration.

Lorsque Quentin Tarantino prépare un nouveau film il visionne 4 films par jour dans le genre qu’il a décidé d’investir. 4 films par jour cela fait un sacré paquet de films à la fin de l’année, c’est le temps qu’il lui faut en général pour s’approprier à fond tous les fameux codes du genre en question. Il ne commence vraiment à écrire qu’au bout de ce long travail d’une année. C’est un véritable travail d’universitaire quand on y pense. Et tout ça pour mieux pouvoir briser ces fameux codes en fin de compte à chaque nouveau film. A noter que Tarantino ne se soumet pas à un seul genre en particulier , il les exploite les uns après les autres à chaque long métrage qu’il commet. Son genre c’est de briser les codes des genres, c’est si l’ on veut sa « marque de fabrique ». C’est aussi pour cela que ses films peuvent toucher un peu tous les publics car ils sont lisibles à différents degrés comme tout chef d’œuvre.

Connaitre les codes d’un genre que ce soit pour faire un film, écrire un roman ou peindre un tableau et même pourquoi pas faire du commerce, draguer une fille, c’est aussi se rapprocher de la notion de cliché, d’archétype, de ce qui fonde toute narration, toute histoire. En un mot c’est ce qui plait aux gens, ce qu’ils attendent, c’est qu’on leur resserve une histoire dans un genre particulier qu’ils connaissent déjà par cœur le plus souvent.

Sans doute que l’impossibilité chronique que j’éprouve à m’engouffrer dans un genre est dû au déplaisir que provoque en moi la répétition. Répétition que je ne sais pas traiter autrement qu’en me réfugiant dans l’ennui.

Peut-être n’est ce finalement qu’une séquelle provenant d’une éducation bizarre. Une indigestion de rituels qui, enfant, me sont vite devenus pénibles jusqu’à l’insupportable car ils se terminaient toujours par un seul et même résultat, une insatisfaction à partager finalement. Un héritage lourd à porter.

La répétition des mêmes rituels entre Zeus et Héra et dont la cause, le prétexte est l’infidélité qui déclenche la jalousie. La lutte également entre deux versions du genre masculin et féminin sous laquelle se dissimulent des enjeux de pouvoir, de soumission et de domination, et toute la perversité que ces frictions peuvent produire.

Je me réfugiais souvent dans les mythes du monde entier que je dévorais dans mon petit coin tandis que les « grandes personnes » s’écharpaient dans la pièce à côté. Sans le savoir alors j’opérais une sorte de traduction de la répétition, du rituel, du cliché et de l’archétype. Tout cela bien sur fort embrouillé dans ma petite tête. Je n’avais pour seul outil alors que mon imagination et ma propension à faire du lien, des associations d’images ou d’idées vagues. En fait j’habitais dans le chaos, j’étais l’œil du chaos ni plus ni moins. Ce qui me conférait une étrange sérénité malgré toutes les vicissitudes que je traversais sans relâche comme bon nombre de héros de ces fameux mythes.

J’adorais lire et dans le fond c’était bien là le seul endroit où je prenais un vrai plaisir à la répétition. J’étais capable de lire et de relire la même histoire plusieurs fois sans jamais me lasser tant le cadre de celle-ci était pour moi rassurant dans sa solidité, dans son enchainement, et même l’irrationnel, la magie étaient à leur place, tout aussi rassurants finalement que tout le reste.

Sans doute que j’ai pris l’habitude de me raconter des histoires rien que pour cela, pour retrouver cette répétition rassurante, apaisante, et de préférence lorsque je me retrouvais confronté à des situations chaotiques.

Simplement je ne m’en rendais pas compte. Je m’inventais un tas d’histoires et je croyais au bout du compte qu’elles étaient réelles.

C’est comme cela que je suis devenu fou à lier probablement pour la plupart des gens que je côtoyais.

Avec l’apparition du petit écran et des héros de série comme Zorro, Thierry la Fronde, et Thibaud des Croisades, les choses ne pouvaient surement pas s’améliorer. Il y avait cette volonté d’identification héroïque d’autant plus forte je crois que ma véritable personnalité eut été en lambeaux pratiquement à chaque heure de la journée. Le manichéisme me servit beaucoup à ne pas sombrer durant une grande partie de mon enfance. Il y avait les gentils et les méchants, et, au vue de ce que je comprenais des grandes personnes, ça se tenait assez bien.

C’est à l’adolescence que j’ai du perdre le fil. Je veux dire que la confusion s’est abattue sur moi. Les bons et les gentils ça ne tenaient plus. il y avait les circonstances atténuantes, et parmi celles ci celles que j’ai commencées à me fournir personnellement pour esquiver mes premières exactions.

J’étais sorti du genre héroïque pour pénétrer dans l’avant-garde sans sas de décompression. Il n’y avait plus vraiment de raison de lire un livre ou de l’écrie selon un ordre établi, une chronologie ou une logique. Tout cela appartenait au classicisme révolu voire ennemi. L’originalité était le nouveau phare qui guiderait les jeunes créateurs dans les ténèbres si toutefois elles ne les épaississait pas encore plus.

Car dans le fond l’originalité ne vient pas plus miraculeusement que de savoir les codes d’un genre. On est véritablement original avant tout parce qu’on connait toutes les idées instinctives de son époque, parce qu’on les a relevé soigneusement, et qu’ensuite partant d’elles on est parvenu à découvrir quelques idées neuves. Mais pour un chef d’œuvre ça ne s’arrête pas là, il faut encore travailler dur pour parvenir à trouver le super concept en examinant et rassemblant de façon judicieuse plusieurs idées neuves.

« La tentation de Saint-Antoine » huile sur toile Collection privée Patrick Blanchon

La clef de tout cela c’est de connaitre les codes. Et aussi de ne pas avoir peur de la solitude. Car au bout du compte, au bout de tout ce travail, on ne peut ressentir que ça en écoutant ce que les gens disent de notre travail. Il faut l’accepter et ne pas s’en plaindre. et puis parfois parmi le lot certains comprennent et deviennent nos porte parole. J’ai tenté plusieurs fois de le faire pour des amis artistes en écrivant sur leur travail. C’est un bon exercice que je conseille vraiment à tous les artistes. Regardez le travail des autres et exprimez vous sur celui ci, vous parlerez toujours de vous de toutes façons mais autrement.

Je crois aussi que le refus maladif du genre provient d’une immaturité qui se déguiserait en fausse maturité. De nombreux intellectuels tombent dans ce panneau et bien sur parmi eux en premier les artistes un peu trop cérébraux dont je fais naturellement partie. Encore que, fort heureusement je sois marié et que mon épouse se charge assez souvent de me remettre à ma juste place lorsque je commence à soliloquer.

Dans le fond on pourrait résumer les choses assez simplement que ce soit dans le cinéma, l’écriture, la peinture, quand à nos intentions véritables. Encore faut-il prendre le temps là aussi d’apprendre à bien les connaitre.

Une fois traversé tous les miroirs aux alouettes, que reste t’il vraiment sinon l’envie de toucher le plus grand nombre sans se soucier des critiques et des flatteries. Que le travail trouve son chemin dans le monde finalement, c’est bien la seule chose pour laquelle on le fait vraiment. Parce que ce qui nous construit réellement c’est cela, le travail, c’est à dire les actes que l’on réalise.

S’intéresser au genre n’est donc pas stupide ni innocent. D’ailleurs le grand public ne s’y trompe pas et c’est pourquoi les fans sont si nombreux pour tel ou tel écrivain, tel ou tel artiste en général, c’est parce qu’aimer un genre nous identifie en tant qu’individu et en même temps répond à une nécessité grégaire, voire religieuse si l’on veut.

Refuser la notion de genre est puéril autant que stérile. C’est comme si on se mettait à vouloir inventer tout seul un langage que l’on serait le seul à comprendre au final. Que d’effort à déployer ensuite pour diffuser cette nouvelle langue … et si malgré tout on y parvenait on s’apercevrait alors que ce langage n’est pas si nouveau qu’on le pensait, ses racines proviennent forcément d’une langue proche voir similaire, d’un cadre, et de ses différentes contraintes.

C’est grâce à ces contraintes, à ces règles, à ces codes que la créativité peut véritablement s’exprimer pour créer à partir des idées toutes faites d’une époque de véritables idées « neuves » et au bout du compte des « concepts ». La créativité est une approche de la contradiction qui n’a pour objectif que de la rendre harmonieuse, ou dynamique, et en même temps source d’intime et de familier.

L’épineuse difficulté du genre provient surtout de l’ignorance totale de ce qu’est le genre depuis les origines du monde, un récit qui nous fascine et nous entraine à l’imagination, à éprouver des sensations, des sentiments et au bout du compte des pensées. Le genre humain n’est pas un terme si vain que l’on pense même si parfois l’époque dans laquelle on vit nous fait douter de vouloir s’accrocher coute que coute à celui-ci.

Les zozios sociaux

Souris petit le petit oiseau va sortir ! Toute la classe est là alignée en rang d’oignons. les grands au fond les petits devant, l’institutrice, la maitresse sur le coté. Tout le monde est là face au photographe. Je suis le seul à tirer la gueule, je me sens toujours mal à l’aise en groupe et encore plus face à l’objectif. Un coup d’oeil à gauche, un à droite, tous mes comparses ont cette tronche enfarinée, une belle image à donner pour l’éternité. Le témoignage d’un moment heureux, l’apparence ostensiblement préservée par l’éclat d’une dentition, par l’affichage des crocs et des canines au bout de roses gencives. Je trouve cela parfaitement incongru, dégoutant.

Souris petit le petit oiseau va sortir. Je la connais parfaitement celle là. On me l’a faite tant de fois. Je sais parfaitement que ce n’est pas un oiseau. C’est encore un assassinat, quelque chose de convenu auquel on est sensé obéir sous peine de crever. Et si on n’obéit pas c’est simplement pour conserver un peu de dignité comme un héros grec agonisant devant le mur de Troie.

Je regarde une fois de plus défiler le fil d’actualité des différents réseaux sociaux auxquels je suis désormais lié, par curiosité au début, puis en me rassurant par des raisons professionnelles que je ne cesse de contourner. Je n’arrive pas à me positionner vraiment depuis deux ans. J’oscille sans cesse entre indignation, révolte, gentillesse et méchanceté, en n’arrêtant pas de vouloir provoquer surtout. En bref je fais la gueule comme sur la photo.

Une sainte horreur de ce consensus. J’ai arrêté de liker pas mal d' »amis » peintres, atterré par le reflet de ma propre obscénité que je perçois dans leurs publications sans doute.

Obscène, c’est drôle que ce mot me vienne soudain, je ne suis pourtant pas à première vue un puritain. Du moins c’est ce que je pensais jusqu’à ce que ce mot surgisse pour qualifier mon sentiment face à une tel exhibition du désir sur le coton et le lin, dans un format jpeg.

Il y a une telle facilité à publier les images de ces tableaux, à les publier et à les republier sans relâche qu’on ne peut pas ne pas éprouver comme un vertige. Le même vertige qui tombe sur l’imprudent qui voudrait tout voir d’un coup d’un musée. Une saoulerie dont la fatigue au bout du compte énerve tant l’œil qu’il renonce et s’aveugle.

La répétition inlassablement d’un même type de travail produit sur moi un effet contraire à ce qui est peut-être recherché par ces amis peintres. à part quelques uns dont je ne me lasse pas, par affinité, par une sorte d’élan grégaire, tout le reste finit par se barrer en quenouille, à m’ennuyer.

Cela ne tient pas à la qualité de ces travaux, de ces images postées. Plus à la notion d’exhibition qui finit par décimer mon propre désir de voir.

J’ai toujours eu finalement cette même relation face à toute exhibition exagérée. L’abus de nudité provoque une nostalgie de la tenue, du vêtement. à trop m’en raconter on finit par trop m’en imposer et je n’entends plus rien du tout.

Du coup sans doute pour me venger je pratique la même chose. Je publie et republie parfois jusqu’à 10 fois par jour.

Et, dans le fond je me demande si ce n’est pas une sorte de course à l’échalotte ces zozios sociaux, comme des poules à qui on aurait coupé la tête et qui continuent sur leur lancée à courir.

Souris petit, le petit oiseau va sortir… et au bout du compte chaque image que j’ai sous le nez devient une bite ou une vulve qu’on étale sans vergogne sous mon nez dans un cadre autorisé, pour le « meilleur confort utilisateur ».

Du coup j’oscille. Un jour je la montre, un autre je la remets dans ma culotte.

Abject, pitoyable mais attirant

Du pain et des jeux. Rien n’a vraiment changé. Et ça ne changera probablement jamais non plus. Autant s’en faire une raison. Tout ce qu’il faut traverser pour s’extraire de la boue, de la fange un texte seul ne peut en rendre compte. Un tableau seul non plus. Il faut au moins une œuvre, une vie entière figée dans l’encre et la peinture, à l’instar de ces tablettes qui n’attendent qu’un Champollion. Et qui ne sera évidemment encore qu’une interprétation. Une trahison.

C’est la vie comme disent les vieux. Un petit coté totalement abject, pitoyable, mais tellement attirant tout de même comme disent les dames bien propres sur elles des voyous.

Chronos nous grignote d’un instant l’autre sans même que nous ne nous en rendions vraiment compte. La force de la croyance en notre intégrité perpétuelle, cette gageure, est proportionnelle à l’aveuglement dans lequel par reflexe nous nous réfugions.

Le je s’expanse à fortiori d’une absence, d’un vide de plus en plus vide contre lequel on lutte, en vain.

Une érosion, une entropie diront les savants faiseurs de mots et de charabia. Moi je dis que Chronos est loin d’être occis; Chronos n’est pas mort du tout, il continue à baffrer comme un cochon en se repaissant à chaque lambeaux de notre naïveté, de notre totale inconscience d’individus « modernes ».

Et tout cela baigne dans une jolie soupe où les légumes sont taillés en brunoise de façon cartésienne et mathématique. Pour que n’importe comment la raison continue d’avoir raison.

Expansion du je expansion de la raison jusqu’à l’ultime. L’incohérence magistrale, du salmigondis, du charabia.

Et tout le monde fait semblant de se comprendre. Mais oui, absolument, j’abonde dans votre sens, j’opine du chef, soutenons nous dans cette galère probablement temporaire.

On le sait tous au fond. On a obligatoirement tous la même intuition.

Mais on ne veut surtout pas l’entendre.

On continue à faire le pitre, le sérieux, le cosinus, la ménagère, l’homme qui assure qui rassure. La médiocrité finalement est devenue une religion moderne.

Nike, Google, Amazon sont les manifestations de notre paresse et de notre capitulation face au désir.

Les profiteurs pratiquent la sodomie à tout va, ils s’enfoncent comme dans du beurre. On gémit à peine et on ne sait même pas si c’est de plaisir ou de douleur, ou tout bonnement pour se sentir un peu exister.

Acheter a remplacer tant de choses. Une dérivation, un hack du désir et de la satisfaction.

Il faut traverser plusieurs fois le rien pour se rendre vraiment compte des dégâts Pour se sevrer, se désintoxiquer.

Une fois réveillé, on piaffe. On hallucine, on se pince. Non mais quoi je me réveille pour tomber sur ce cauchemar ?

Ayuto !

Le plus difficile commence alors. Regarder les choses en face.

Voir Chronos, comprendre sa fonction essentielle finalement de la même nature que celle des vents et des eaux. Attaquer l’illusion révéler le mouvement, la fluidité des formes et cette Energie intarissable qui ne cesse de les faire apparaitre et disparaitre.

Une éternité comme une béance inouïe s’ouvre alors dans l’instant et ça aussi parait de prime abord abject, pitoyable comme une resucée de nouvelles croyances, mais c’est tellement séduisant qu’on a envie de s’y perdre à chaque fois comme au printemps.

L’érotisme japonais estampe.

Parvenir à rien

Une expression si familière qu’on ne la regarde même plus. Et pourtant je perçois son importance mathématique brutalement désormais. Pour parvenir à rien le but, l’espoir, l’intention est que quelque chose surgisse, une fois le 0 traversé de part en part. Que le 1 soudain advienne. L’unité.

ça ne sert à rien de la clamer à tue tête. Surtout à l’autre. Cela renforce l’idée de séparation.

Parvenir à rien en soi calmement, discrètement, sans tapage.

Attendre que la pression du vide atteigne son point de rupture.

le big bang.

Anonner alors un ah silencieux.

Se réfugier dans le salmigondis total.

S’y enfoncer profondément. Comme la termite dans sa galerie.

Eprouver sans broncher la longue série des métamorphoses.

La déformation des os crâniens pour parvenir à l’orthognathe,

sentir pousser sur le front une paire d’antennes monoliformes.

traverser enfin comme on prend un raccourci champêtre tout l’hémimétabole

Et au bout du compte découvrir une paire d’ailes, puis une autre …

Comme soudain on aperçoit l’infini des nombres qui s’élance vers lui-même.

Révolution personnelle Opalka

Ame

L’aide médicale de l’État (AME) est destinée à permettre l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière au regard de la réglementation française sur le séjour en France. Elle est attribuée sous conditions de résidence et de ressources. À noter que l’AME n’est pas applicable à Mayotte.

En effectuant une recherche sur un célèbre moteur de recherche voici la première chose sur laquelle je tombe.

L’âme sans accent circonflexe. Sans tambour ni trompette.

Etre en situation irrégulière suffirait pour bénéficier du dispositif.

Sauf à Mayotte.

Bon.

Ca ne résout pas la question du jour, la première de la journée, ai je une âme ?

Mon opinion sur le sujet est climatique. Parfois oui parfois non. Encore une fois de plus je ne parviens pas à trancher. Je reste dubitatif.

D’un coté ce serait chouette d’imaginer, de l’autre ce serait terrifiant d’être certain.

La position du milieu, la tiédeur, le « p’tête ben que oui p’tête ben que non » normand, ni oui ni non, quoique inconfortable est malgré tout ce que je considère le plus juste me concernant.

Si j’avais cru vraiment avoir une âme je ne me serais jamais conduit comme je l’ai fait

si j’avais été certain de ne pas en avoir je serais surement désormais en prison pour perpète.

Je ne sais pas du tout si cela me conduira à être plus ou moins heureux à la fin.

Une vague autorité divine incarnée par le père la mère dans mon enfance, puis un peu moins à l’adolescence , mais plus du tout acceptable à l’âge adulte.

Le refus catégorique de cette autorité la plupart du temps. De quelque autorité que ce soit d’ailleurs. Surtout du patron qui prend la place du père, après avoir déboulonné les professeurs des écoles, de fac, puis à la fin tout ceux qui semblaient esquisser le moindre signe de maîtrise ou de contrôle.

Aujourd’hui je suis le cul entre deux chaises à chaque fois que je tombe sur le moindre tuto sur internet.

D’un coté la soif de savoir, de l’autre le rejet de toute divinité qui s’incarnerait dans un maitre ou un prof.

Cela va jusqu’au rejet de ma propre autorité en tant que prof car malgré les apparences il semble tout de même qu’une certaine cohérence existe.

Comme tout serait plus simple si j’étais certain d’avoir ou de ne pas avoir d’âme.

Il en va de même pour ce que tout le monde nomme le cœur.

J’ai passé un temps fou à essayer de savoir si j’en avais vraiment.

Ou des tripes.

Ou de la tête.

Je ne parle même pas du cul.

Bref il faut bien traverser tout cela, cette rumeur, afin de se faire sa propre opinion sur chacune de ces choses.

Lorsque je suis ému par quoique ce soit est-ce que cette émotion m’appartient vraiment ou bien n’est ce somme toute qu’une sorte de réflexe conditionné à un certain type de stimuli externe, un conditionnement ?

J’en suis toujours à douter de ça à plus de 60 ans.

Du coup c’est un tel sac de noeuds à dénouer que les bras généralement m’en tombent.

Je deviens un manchot tout à fait acceptable.

Avec une certaine opiniâtreté car mon plus grand défaut comme sans doute ma meilleure qualité est d’être obstiné.

Je rejette tout en bloc. Du moins je m’y efforce un peu tous les jours.

Juste pour voir ce qui reste, ce résidu. Dans l’espoir sans doute d’atteindre à ce pressentiment de n’être vraiment pas grand chose enfin. Une périphérie excitante de la certitude comme du doute.

ça m’occupe.

Evidemment je pourrais faire autre chose.

Je pourrais décider.

Je pourrais faire un choix.

J’ai bien peur que plus j’avance en âge plus cela ne devienne difficile.

Une sorte de condamnation à douter jusqu’au bout comme Cézanne.

Le talent en moins pour l’instant, la naïveté sans doute en moins désormais aussi.

Avoir une âme garantirait la cohérence alors de tous les fragments. Cela ne me servirait qu’à cela en fin de compte je crois. Avoir une âme de peintre, pour le reste, les anges, les louanges, le paradis je crois que je m’en tape totalement.

Et puis tout à coup la Callas chante et je perds pied. Je ne sais plus rien.

Une voix qui traverse les couches épaisses de ma brutalité. Qui me renvoie au fond des âges et dans l’avenir tout en même temps.

Dans un instant suspendu en tous cas.

Si l’âme existe c’est dans la voix qui chante qu’elle se repère sans doute le plus. Un souvenir, une prémonition mêlés.

Ce que je ne vois jamais à la surface de la toile toujours trouble, sauf en de trop rares occasions.

Cette rareté désespérante voilà. Tout ce travail à produire pour obtenir si peu me dégoutte.

L’humilité alors une fois de plus s’impose. Se taire et écouter, se taire et regarder. Voilà ! et patienter en attendant que le miracle nous extirpe du doute comme de la certitude.

Achille et Hector

Sans vouloir jouer les psychanalystes, à la lecture du récit de l’Illiade quelque chose m’avait déjà inquiété enfant. L’intention qui se dissimule sous tout acte héroïque était inquiétante. Tout comme le premier contact visuel avec le sol grec aura été inquiétant. Cette beauté, ce bleu du ciel, des portes, des volets tranchant sur le blanc de chaux des bâtisses. Ces myriades d’iles comme autant de fragments, de traces encore visibles d’une catastrophe antédiluvienne. La beauté et l’effroyable toujours étroitement associées.

Allée des Soupirs Huile sur toile 120×80 cm Patrick Blanchon 2014

Qu’Achille et Hector soient encore considérés comme des héros, si mythologiques soient-t ‘ils, la qualité de leurs actes cependant n’est pas du même tonneau. Cela ne part pas d’un même type d’intention. On pourrait résumer cela en parlant d’intention claire, louable, d’une vertu sociale qui s’oppose à une autre plus trouble, plus égoïste, plus humaine finalement. Hector est le perdant du combat qui l’oppose à Achille. Même les dieux s’en mêlent étonnamment.

Hector a tué Patrocle le meilleur ami d’Achille, son alter ego. Peut-être , même si on ne le dit pas dans le récit, s’agit il d’une relation, d’un amour homosexuel. En tous les cas il y a quelque chose d’inconsolable à première vue chez Achille qui l’oblige à nourrir une colère, une volonté de vengeance, et c’est à partir de ce noyau d’intentions qu’il parvient avec l’aide d’Athéna qui empruntera les traits du frère d’Hector afin de l’entrainer au combat, et qu’il terrassera son adversaire tout en refusant, en premier lieu, qu’on lui accorde une sépulture digne.

A cette époque laisser un cadavre sur le champs de bataille c’était vouer l’ âme du héros comme du gueux à errer dans l’ombre éternellement.

C’est grâce à Priam le roi de Troie qui n’hésitera pas à traverser seul sur un char les lignes ennemies pour supplier Achille qu’enfin ce dernier cèdera. La dépouille d’Hector sera ainsi rendue, ointe comme il se doit et même un peu plus, puis on la brulera dans une jolie cérémonie qui lui assurera enfin de rejoindre les champs Elysées.

Une différence d’intention qui se résume entre égoïsme et altruisme, individu et société. Il n’en demeure pas moins que tout héros reste un modèle. Que ses intentions soient « bonnes » ou pas. Chacun illustre un travers ou une vertu tout comme chacun des dieux de l’Olympe.

L’ambiguïté réside souvent dans le doute provoqué par le mélange des genres. Si un dieu, une déesse possède le droit à l’ambiguïté, et c’est même quelque part souhaitable qu’il ou elle puisse en jouir, chez les humains les vertus et les défauts doivent apparaitre plus tranchés.

En tous cas on comprend bien que les littérateurs tentent de résoudre les doutes comme ils le peuvent. Leur but est avant tout altruiste et sert à l’édification d’une société, d’une mentalité. C’est clair et net au départ en tous cas.

Que nous puissions découvrir désormais autant d’ambiguïté de nos jours à ces récits nous place à peu près à la même échelle que ces anciennes divinités. C’est ce que nous briguions plus ou moins depuis toujours.

En cherchant à nous accaparer leur pouvoir, à devenir des divinités, nous avons aussi hérité de cette ambiguïté, que nous tentons souvent en vain de réduire ou d’expliquer.

Cependant à moins d’un coup du sort extraordinaire qui nous conforterait dans l’ineptie, nous ne sommes toujours pas des dieux. Nous ne sommes qu’ambiguïté et c’est bien là notre punition si l’on veut d’avoir entretenu en nous mêmes et sur nous mêmes, tellement d’orgueil de vanité et d’ignorance.

Cela n’empêche nullement les studios hollywoodiens de continuer à vouloir perpétrer le même schéma de ces héros des temps antiques sous de nouveaux costumes. Lorsque je tombe sur de vieux Western, un film de cape et d’épée un meeting politique américain, je retrouve systématiquement mes inquiétudes enfantines et je suis à l’affut des intentions de ces personnages, pas celles que l’on veut absolument nous faire ingurgiter pour aller boire du coca et bouffer du mac do, mais plutôt celles que se passent sous le manteau les sectes évangélistes de tout acabit et qui ont finit par envahir l’Europe avec le temps.

Tout ce puritanisme exporté depuis des cervelles enfumées outre atlantique a finit par venir nous empoisonner l’existence.

En visionnant récemment une émission sur les Kennedy, sur leur obsession dynastique phénoménale, derrière toutes les belles images diffusées, matraquées sur la tête du bon peuple américain, on est bien en droit d’imaginer facilement le pire coté coulisse.

On retrouve un peu de cette vieille histoire, de ces antiques combats ou des héros revêtus d’armes et d’armures éblouissantes s’entretuaient allègrement que ce soit dans l’arène ou sur des champs de batailles prévus à cet effet.

On a malgré tout bien du mal à imaginer un Trump, un Macron en Hector ou en Achille. On a sans doute les héros qu’on peut comme tout le reste, ou à peu près.

Depuis que nous sommes des dieux, l’immortalité nous avachit.

Il n’y a pas beaucoup à perdre, si on a encore le courage de parier qu’il sera décidé un jour prochain que nous redevenions tout simplement mortels et que l’on envoie tous les héros de quelque origine fussent-t ‘ils se faire voir chez les grecs, comme on dit.

Si ça se trouve c’est déjà commencé et sans pop corn.