peindre grand écrire court

hier vu un documentaire à propos de l’artiste Julian Schnabel. réflexion à propos de la taille gigantesque de ses tableaux. ça en met plein la vue. déjà relevé cela en photographie lorsque l’on passe d’un format carte postale à une affiche de métro. la démesure comme marque de prestige. comme signe caractéristique de l’œuvre d’art dans le domaine pictural. De nos jours. et à l’inverse et d’après les statistiques aperçues sur mon blog l’intérêt de plus en plus accru des lecteurs pour les textes cours au detriment des plus longs. Donc dans une exposition se perdre dans la vastitude mais pour lire il faut que cela soit bref. Peut-être la raison de l’intérêt des blogs poétiques. l’attention au texte, à une mise en page, à son aération. Surtout pas trop long car aussitôt synonyme de chiant.

peut-être aussi puis-je trouver là une sorte de non résistance de ma part, le fait d’être moi-aussi emporté dans la même vitesse pour écrire ces textes, négligent souvent orthographe grammaire et ponctuation. la résistance , le point névralgique de celle-ci serait donc d’apporter la plus minutieuse attention à toutes ces choses, au contraire, tout en les circonscrivant dans des formats brefs.

idem pour cette histoire de lecture à haute-voix. lire des textes cours. ne pas s’engager dans du long cours dans un livre entier. il y a aussi une forme de résistance chez le lecteur à ne pas vouloir se faire alpaguer. De désirer en toute liberté choisir son moment. Donc donc donc. c’est encore cette histoire de format qui est reposée sur la table. quel format pour quel type d’utilisation. proposer des formats sans les imposer. pas bien clair. exemple Youtube qui tient compte justement du manque d’attention pour sans cesse proposer de nouveaux contenus pour alpaguer l’auditeur. Dans ce cas encore une fois la nécessité d’un espace privé où les gens seraient libres de choisir à quoi ils désirent accéder. Par la notion d’abonnement redonner une responsabilité à ceux qui en sont finalement dépossédé par tout un système. peut-être qu’en étudiant une telle piste me sentirais-je mieux moins honteux ou coupable de faire payer un abonnement. Il faut que ce soit utile que cela engage une responsabilité de part et d’autre. comme pour les cours de peinture.

lire à haute voix

divers essais de lecture à haute voix ces derniers jours me laissent sur le flanc quand je mesure à nouveau la quantité de travail à fournir afin que le résultat ne soit pas d’un ridicule achevé. Mais je peux me déclarer au moins content de cette prise de conscience, sans laquelle aucun point de départ digne de ce nom ne serait envisageable. Sans laquelle je continuerais à patauger à l’intérieur de mes propres illusions. Avant de lire à haute voix il apparaît nettement qu’il faille d’abord lire le plus silencieusement possible le texte que l’on désire restituer. Par exemple les premiers mots de la confusion des sentiments-– livre que je ne cesse de lire et relire depuis une bonne semaine désormais — et que je pense comprendre à première lecture mais qui devient de plus en plus retors au fur et à mesure où je reprends chaque page chaque paragraphe chaque phrase et même chacun des mots. C’est bien là le même écart toujours que j’y perçois de la même façon entre les mots que j’écrirais dans un premier jet et leur relecture quelques jours semaines années plus tard. Avec la question lancinante : que cherche vraiment à dire l’auteur, le personnage et ce que j’en comprends vraiment moi-même dans l’immédiateté d’une première lecture : à vrai dire pas grand chose de réel. force est de constater que l’on croit bien plus comprendre que l’on comprend vraiment. et si cela se produit de cette façon pour un livre qu’en est-il de toutes les interactions d’une seule journée. Sans doute que le réflexe ancien qui m’entraîna à noter sur des carnets le récit de mes journées, au fur et à mesure qu’elles s’étaient écoulées doit avoir une relation intime avec le doute d’en avoir saisi quoique ce soit de réel justement.

Trouver le ton est une chose mais il en est une seconde, plus insidieuse si on n’y prend pas garde. celle de se trouver en mesure de conserver ce ton durant plusieurs paragraphes, plusieurs pages, un livre entier. Et il semble que ce n’est pas tant une affaire de souffle qu’encore une fois une compréhension intime du texte. Parvenir à retrouver le rythme de l’auteur au moment même où les phrases naissaient dans son esprit s’écrivaient sur le papier. Et donc je peux déjà percevoir qu’il existe deux types de lecture à haute voix. Une qui s’emparerait d’un texte afin de se mettre en avant, une lecture narcissique, et une autre plus humble plus terne plus servile qui se mettrait au service du texte tout simplement sans avoir besoin d’effet, d’en ajouter. Je me suis mis à songer à l’acteur Michael Lonsdale. De mémoire il me semble qu’il fut un des seuls à toujours conserver une intégrité de lui-même quelque soit le texte qu’il lisait et pourtant sans jamais produire le moindre effet, la moindre manifestation d’une interprétation personnelle. comment est-ce possible c’est un grand mystère.

Sans titre

Travail d’élève sur la matière.

De quoi a-t’on peur vraiment sinon de perdre quelque chose que l’on considère important. Et si on se demande soudain ce qui est important vraiment, à part vivre, pas grand chose ne se place sur le même plan. Les gens qui disent: « je ne pourrais pas vivre sans une telle un tel, sans ceci ou cela » — ne l’ont pas expérimenté sinon ils ne seraient plus là pour en parler. Ils ne perdraient pas de temps à parler pour ne rien dire. Toujours s’ attendre à ce que tout disparaisse. Le conserver dans un coin de la tête et, en attendant, faire comme on peut pour sourire comme un idiot à toutes les promesses entendues. Rester ainsi « sociable » Ce que l’on possède ou ne possède pas. Mais a-t’on jamais possédé quoique ce soit ou qui que soit. C’est dans les rêves du matin que je peux le mieux voir toute l’illusion d’une vie. Quelques lueurs passent dans la pénombre, vaguement identifiables comme personnes, mais le plus souvent ce sont plus des caractères que des âmes. Et ces caractères ne sont constitués que de leurs non-dits en tant que personnes approchées. La durée de la vie si illusoire aussi dans ces moments étranges où il est possible enfin de percevoir tout ce qui se dissimule sous l’agitation. Chercher la sécurité autant que la détester. Paradoxe qui se résoudra aussi contre toute attente dans ces rêves du matin quand on saisit que l’on n’a pas besoin de ce mot. Une grande douceur, tendresse ? Et qui nous enlace du seul fait de la comprendre. Une sensation de douceur et de tendresse qui vaut tous les discours. Je prononce le mot mort avec un o fermé alors que j’entends certains qui insistent sur cette voyelle, la dramatise. Il y a mort et mort selon l’imagination qu’il nous conviendra d’en broder. S’écouter parler. Air connu. Mais plus encore s’écouter parler de la mort. Des fenêtres s’ouvrent, le froid et l’air frais qui s’engouffrent dans la pièce presque vide. Pas de Maitre pas d’élèves juste des êtres qui dorment plus ou moins profondément.

D’une pierre 7 coups (minimum)

Toujours des relations tumultueuses avec les groupes mais pas autant qu’avec moi-même. C’est pourquoi je m’efforce de temps à autre. Faire au moins une chose difficile par jour disait mon père et de préférence le matin. La participation à une exposition collective. La participation à un atelier d’écriture. Aller voir une exposition. Prendre le métro de Lyon. Aller au cinéma. Déjeuner ou dîner avec des amis. Il y a des jours où c’est possible et d’autres pas du tout. Mon épouse qui tout de même est psychanalyste rit. Et elle n’oublie pas d’ajouter tout un tas de choses que je ne dirai pas ici. Ces choses sont souvent justes. Mais je feins de ne rien entendre car je déteste la psychanalyse sauvage. Quand je paierai on verra je réplique. Donc j’étais parti pour écrire quelque chose d’important et voici que je l’ai déjà presque oublié. C’est dire ce que je pense de l’importance. Si, ça y est , ça me revient. Je voulais parler de l’accumulation impressionnante de signes qui surgissent soudain en moi et autour de moi ( mais n’est-ce pas la même chose?!) Concernant à nouveau l’importance des protocoles. Enfin retirons importance pour le moment, ça je sais que c’est moi qui l’ajoute pour faire le malin. Encore ce matin avec Jacques Roubaud qui pour sa promenade quotidienne établi un plan. ( je mets en bas de page la vidéo je ne vous la raconte pas) Oui on peut parler d’accumulation car ça arrive de tous les cotés en ce moment. Protocole par-ci, mode d’emploi par là, agenda, emploi du temps et toutes les occurrences possibles en relation avec le fait de ne pas rester les deux pieds dans le même sabot. Occurrences dont je me serais encore fichu il y a de ça moins de six mois. Mais six mois comme la touche finale, la pierre d’achoppement, le dénouement probable d’un processus de toute une vie pas moins. C’est à dire : se dire ce que l’on va faire avant de le faire. Rien de plus bête n’est-ce pas. Oui bien sur, sauf que non. Il ne s’agit pas de se prendre trop au sérieux dans l’élaboration de tels protocoles. Pas plus que trop à la légère non plus. Et c’est là toute la difficulté que je commence à résoudre, ouf. Tenir en équilibre entre gravité et légèreté voilà à mon avis l’essence de ce que je comprends d’une bonne marche à suivre. C’est à dire poser un certain nombre de choses d’actions de projets à faire, mais sans s’y attacher comme un âne bâté, et sans les bâcler comme des corvées non plus. Trouver le bon rythme le bon tempo le bon moud qui aide à traverser ainsi ne serait-ce qu’une seule journée, en passant d’une tâche à une autre, comme un musicien de jazz saute d’une grille à une autre. Ce qui signifie que cette découverte effectuée pour une seule journée, il est possible de la calquer pour toutes les autres de la semaine. Voire même de calquer la semaine. Puis pourquoi pas le mois tout entier. Je ne suis pas ici en train de parler de développement personnel ni de marketing, mais d’une apocalypse totale, absolue. Si on veut bien se rappeler de l’étymologie d’apocalypse évidemment. Ou sinon je ne suis pas contre les appellations « pierre philosophale »  » fontaine de jouvence » Ce qui grossièrement se résume pour moi de pouvoir passer d’une activité à une autre sans perdre la plus petite quantité d’énergie. Autrement dit encore: d’une pierre 7 coups puisqu’il y a autant de jours dans la semaine. Bien ceci étant posé reste à remplir la feuille, surtout à réfléchir comme la remplir. Et ce n’est surement pas une mince affaire encore qu’il ne faille ni le prendre trop au sérieux, ni s’en ficher comme de l’an 40. Tout un art quoi.

Lien vers la vidéo

Vide-grenier

6h du matin j’accompagne mon épouse à Saint-Clair du Rhône pour installer son stand au vide-greniers. Pendant que je fais la queue devant le parking j’allume la radio, France Culture une émission d’Alain Veinstein, une rediffusion de 2020. L’invité est Bernard Dufour qui a écrit un bouquin. Un journal qu’il a transformé en bouquin. L’homme m’est presque aussitôt antipathique. Ce qui est souvent le signe d’une résonnance avec des éléments personnels qui me sont honteux, intolérables. Il évoque la mort de sa seconde femme décédée d’un cancer. Se plaint qu’il ne puisse plus partager avec elle l’usage d’une vie sexuelle ou érotique, une vie « agitée » en raison de la chimiothérapie. Bien que je puisse tout à fait comprendre les tenants et aboutissants de sa plainte le fait de la rendre publique me gène. Et aussi me renvoie à Paris dans les années 90. De ce que j’avais à l’époque détesté ou refoulé quant à toute une population d’artistes réputés extrêmement fascinés par leur activité sexuelle. En plus c’était pour la plupart de vieux tromblons, ce qui donnait à ce genre de propos un aspect fortement libidineux- forcément dérangeant parce que ridicule- sous couvert de l’Art évidemment. Je repense à ces années, celles de la trentaine et me revient presque aussitôt ce malaise entre la découverte surprenante d’un coté puritain ou pudibond chez moi alors que je ne m’étais jamais gêné jusque là. Ce reflet d’une dépendance à la libido chez les vieux alors que je suis désormais devenu presque vieux aussi. C’est à dire à l’époque la crainte qu’on ne puisse donc jamais s’en défaire, qu’elle serait collée pour toujours à soi, aussi ridicule grotesque que cela puisse paraitre. J’ai écouté un morceau de l’émission, puis arrivé à destination j’ai déchargé les cartons avec mon épouse en laissant tourner le moteur en raison d’un problème de charbons toujours irrésolu. Il faisait froid, c’était encore la nuit. Nous étions garés à la porte C du grand gymnase où j’ai lu sur les murs sur une affiche, qu’une association d’archers existait. L’idée m’a soudain traversé de me renseigner. Toujours eu cette envie de tirer à l’arc. En photographie appuyer sur le bouton pile poil au bon moment m’obsédait. En peinture décocher la touche qui tue, c’est à dire qui sitôt qu’on la pose efface le peintre et fait surgir le tableau. En écriture dire ce que j’ai à dire en allant droit au but et découvrir que j’avais autre chose à dire que ce que je croyais avoir à dire. Puis le retour par la petite route départementale, toujours de nuit, la traversée de villages morts, de rues vides, de grandes étendues de pénombres, les champs alentours. Et enfin l’arrivée au parking à la même place qu’occupait le véhicule avant que nous partions.

Une erreur d’Edouard Levé.

visionné il y a deux jours une vidéo sur la réception d’un bouquin. « Inédits » d’Edouard Levé. Ce que j’en conserve en mémoire tourne en boucle depuis lors. Sorte de tâche de fond. Si tu veux faire un roman tu te plantes. Phrase que je trouve à l’instant même où je l’entends parfaitement exacte vu mes tentatives avortées dans ce domaine. Maintenant ce que j’en comprends est peut-être différent. Comparer ce que l’on comprend, revenir à la source et réfléchir. Comparer à l’intention de celui qui émet cette phrase. A sa vision personnelle de ce qu’est -pour lui- le terme littérature. Et aussi prendre en compte une notoriété, un parcours, des preuves qui l’autorisent à imposer cette vision. Se comparer à cela est une ineptie à priori. Et puis toujours l’idée d’écrire pour le « populaire » que l’écriture soit abordable comme la peinture le serait dans mon esprit. Ou dans ma volonté bizarre parfois qu’elle le soit. Alors que tout compte fait si je regarde assez froidement qui je suis je n’ai pas grand-chose de « populaire » justement. Et donc je me demande si certains ne sont pas tentés d’apparaitre ce qu’ils ne sont pas, c’est à dire vouloir écrire des fictions, des romans pour avoir l’air. Peut-être est-ce un peu ce qui serait reproché à Edouard Levé ici. C’est que n’est pas populaire qui veut seulement l’être. Un London, un Mark Twain, un Dickens, peuvent être classés dans cette catégorie des écrivains populaires. Voire Maupassant, En fait tous les écrivains qui ont écrit des histoires pour gagner de l’argent et se nourrir, Balzac aussi écrivain populaire. Zola sans doute moins, étrangement, à part quelques uns de ses ouvrages les plus connus. Mais ils ont quelque chose de plus que ce qu’on pourrait appeler populaire aujourd’hui. Ils ne prennent pas le peuple pour un ramassis de crétins. Leurs récits si simples sont-ils en apparence, partent d’une pensée souvent profonde, et d’une expérience vécue. Alors que la fiction pour la fiction n’est souvent qu’un jeu d’esprit sans vraiment beaucoup de substance. Je me souviens par exemple avoir mis du temps à lire Calvino autrefois, et bon nombre d’auteurs du même genre–Notamment Borges. Trop intello, trop philosophique, trop ludique. Carver me correspondait beaucoup plus dans le genre populo. Oui mais justement c’est tout le contraire du populo Carver. Sauf qu’il s’appuie sur le réel. Grande différence avec la création de pays étranges, fantastiques, de villes improbables. Donc si tu veux écrire un roman ne cherche pas à écrire un roman. Ecris des textes au jour le jour, appuie toi sur la réalité. Prends des notes, exerce-toi à composer des listes de mots, à prendre une locution et l’épuiser. Travaille le fragment. Et ensuite relève les manches et pose-toi la question de savoir comment assembler tout cela. Grande chance que tu tombes sur un roman déjà écrit sans le savoir. Ou du moins son corps, sa substance, sa trace. Que ça devienne ensuite publiable est une toute autre paire de manche, mais ne pars plus bille en tête à vouloir écrire « un roman ». Ne commets plus cette erreur. Et pas la peine pour autant de te rendre vers les olibrius de l’olipo, ni de t’agenouiller devant Perec toute déférence gardée vis à vis de son travail. Reste toi.

blessure

Peinture numérique

Ce qu’offre la blessure c’est la mort et c’est la vie, l’épreuve d’éprouver que l’on surmonte bon an mal an. Sauf quand on s’y attache. Le goût salé du sang qu’on lèche, si enivrant. Ce qu’ôte la blessure est l’illusion d’une illusion, le bien-être change de main, une partie rapide de bonneteau. Le bonheur d’avant, un vieux goût trop sucré, un goût de pêche Melba. On s’en écœure de nostalgie. Mais la blessure te réveille. Tu découvres de nouveaux goûts, pas seulement celui des citrons acides. Ce que produit toute blessure c’est un bonjour ou un ciao qui nous revient comme un écho, il aura fait un long voyage, un court chemin. mais dans un cercle. Un cercle, une petite bulle dans laquelle tu te tiens Par les blessures qui cicatrisent, l’écorce de l’arbre , la noirceur du raifort parisien. Que pousse l’un vers le ciel, que l’autre s’enfonce dans la terre. En haut en bas. vous y voyez de l’importance, peut-être même une préférence. moi pas. Quand le mal est fait on le connaît mieux, pas pour autant qu’on peut se dire— j’en ai vu d’autres— non. Tout de même pas. C’est l’inédit de chaque blessure qui nous enseigne l’inédit.

Attirance et répulsion

Se pencher attentivement sur le rythme attirance-répulsion. Que ce soit en peinture, dans l’écriture et bien sûr les êtres que l’on côtoie. Comment ces rythmes naissent, à quel moment la répulsion devient attirance ou le contraire. Ce n’est jamais vraiment tranché. Comme si toujours il fallait laisser une chance à ce mouvement interne de s’effectuer selon sa propre pente. Chez certains êtres la réalité des relations se construit ainsi par ce binôme d’émotions indissociables. Cela peut même changer rapidement en l’espace d’un instant sans que rien ne soit arrêté. Sans qu’un choix soit décidé une bonne fois pour toutes. Ou alors si cela arrive c’est que l’autre est mort. Et encore ce n’est même pas vrai. Je repense à la conversation de Villeneuve sur Berg. Cet homme qui vient dit-il d’un univers bourgeois et qui devient éducateur d’abord dans le monde carcéral des adolescents puis de la prostitution, de la délinquance. Ce qu’il dit sur l’établissement des limites. A partir du moment où les jeunes sont astreint à des horaires fixes pour se lever le matin, déjeuner, travailler, s’amuser, qu’ils peuvent s’appuyer sur des repères leurs conditions de vie peuvent nettement s’améliorer. N’est-ce pas le propre des jeunes des ado d’être pris dans cette mécanique d’attirances et de répulsions qui les domine. Et qui sait aujourd’hui quand se termine cette fameuse adolescence. Dans ma tête je suis en même temps jeune et vieux. Je suis toujours soumis à l’attirance répulsion comme un adolescent. Sauf que j’en ai conscience que je continue à étudier ces forces en présence perpétuellement présentes en chacun de nous. Même si sous prétexte de maturité on pense les avoir domptées. Et que pour ce faire on se soit bardé d’habitudes de rituels ou d’œillères. Et on appelle ça la maturité ou la sagesse. Je dirais bien un gros mot à ce point précis de ma pensée. Mais non. Un sourire suffit. Le sourire du chat du Cheshire. Ces derniers temps une attention plus accrue à certains faits divers. Un jeune tue sa petite copine. Plusieurs fois. Attirance-répulsion dans sa version la plus ultime. Est-ce que j’aurais pu tuer à leur âge, non car à l’époque j’étais trop tenu par une morale déjà. Je connaissais un minimum de limites entre l’imaginaire et la réalité telle qu’il en faut bien une pour vivre avec les autres. Par contre des pensées de meurtre certes oui. Le fait que le passage à l’acte ne s’effectue pas ou s’effectue justement n’est-ce pas du à cette confusion entretenue entre le rêve et le réel. Toutes ces histoires à dormir debout sur l’amour… plus belle la vie, l’amour est dans le près, prendre les vessies pour des lanternes… mais allez vous éclairer la nuit ensuite avec une vessie à bout de bras hein. Hier soir le groupe des adultes. J’aurais dû m’enregistrer. Je leur ai proposé un exercice en peinture où l’habituelle rêverie liée à la profondeur était bannie. Pas question que l’on voit un paysage, pas question que l’on utilise les plans pour s’enfoncer dans la profondeur et cette rêverie. De la surface voilà ce que je veux, tout et rien d’autre dans l’épaisseur et la surface. Du crade et surtout pas du joli ou du beau. Je crois avoir aperçu ça et là dans les regards de véritables lueurs meurtrières. Une seule personne pour le moment a bien voulu jouer le jeu. Et encore pas assez crade. Mais je ne vais pas me plaindre que la mariée soit trop belle aller.

Dans quelle mesure

Une expression qui revient souvent. La recherche permanente d’une distance adéquate. En peinture bien sûr c’est devenu une évidence de poser le chaos en premier lieu puis de se reculer pour tenter d’y déceler un embryon d’ordre à venir. Pour l’écriture je peine. Pourtant c’est à mon avis exactement la même chose. Lâcher sur le blanc tout ce qui vient, ça pas de problème pour le faire. Mais ensuite comment trouver cette fameuse distance pour déceler un ordre, c’est à dire souvent une amputation du superflu de l’inutile, ça j’ai du mal. Impression que si j’y touche je trahis quelque chose, une spontanéité que je place sans doute à un degré qui ne le nécessite pas. Un degré supérieur sacré pour moi. Ce sacré et ce moi si intimement imbriqués qu’ils ne parviennent justement pas à se détacher à prendre leur mesure. Autrefois quand j’écrivais sur mes carnets, c’était le recul apporté par l’écoulement du temps entre écrire et relire qui permettait, croyais-je, de prendre la mesure. Sauf que je ne corrigeais rien. J’éprouvais un malaise le plus souvent. Entre ce que l’on croit écrire d’intéressant et que l’on découvre banal par la suite. Banal ou bien qui indique trop la faiblesse, la maladresse, l’ignorance qu’on n’est pas en mesure de supporter à la relecture parce qu’encore trop attaché au moment, à l’imagination associée à une ambiance d’écriture. A ce personnage de narrateur que l’on s’invente aussi afin de se lancer dans le blanc. C’est sur ce point précis, la mesure, qu’il faut encore réfléchir. Se mettre à la place de l’autre, souvent un danger. Ou alors la fatigue de toujours écrire la même chose sous tant de façons différentes que l’on finirait par appréhender enfin cette chose, et partant l’ayant découverte se trouver enfin en mesure de la simplifier. Dans quelle mesure ai-je la sensation que cette simplification me coute. L’effacement serait-il toujours le prix juste à payer. Ou encore, autre solution, placer une confiance indéfectible dans le lecteur en n’imaginant aucun lecteur en particulier. Une confiance dans le vrai Soi. Qu’un ou deux seulement parviennent à découvrir toute la complexité vaincue pour parvenir à ce simple et je serai bien content je crois. Mais étaler mon mode d’emploi, mes empêchements, mes blocages peut tout aussi bien être utile. C’est aussi être humain plus qu’écrivain à proprement parler. Je retrouve soudain le même empêchement quant à l’objet froid que représente pour moi une œuvre trop polie, trop léchée, trop parfaite dans une grille de lecture où l’on a placée, une grille qui a tout bonnement inventé une telle perfection. Autrement dit , il faut qu’une œuvre me dérange un peu. Que ce dérangement me ramène dans une certaine mesure à son origine, sa source chaotique.