L’horrible et le merveilleux.

L’horrible, ce vieux mot, veut dire beaucoup plus que terrible. Un affreux accident comme celui-là émeut, bouleverse, effare : il n’affole pas. Pour qu’on éprouve l’horreur il faut plus que l’émotion de l’âme et plus que le spectacle d’un mort affreux, il faut, soit un frisson de mystère, soit une sensation d’épouvante anormale, hors nature. Un homme qui meurt, même dans les conditions les plus dramatiques, ne fait pas horreur ; un champ de bataille n’est pas horrible ; le sang n’est pas horrible ; les crimes les plus vils sont rarement horribles. Guy de Maupassant, l’horrible Texte publié dans Le Gaulois du 18 mai 1884, puis publié dans le recueil posthume Le colporteur (pp. 181-196).

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Étymologiquement, le merveilleux est un effet littéraire provoquant chez le lecteur (ou le spectateur) une impression mêlée de surprise et d’admiration. Dans la pratique, on ne peut pas en rester là. La rhétorique classique limitait le merveilleux à l’intervention du surnaturel dans le récit et le décrivait comme un ensemble de procédés, ce qui a contribué à le rejeter hors du crédible et finalement hors de l’écriture. Une tendance plus récente l’identifie à cet éclair de ferveur qui est au cœur de toute expérience humaine : il en vient à désigner une qualité de présence de l’homme au monde et du monde à l’homme. Ou bien on finit par tout lui refuser, ou bien on finit par tout lui accorder. Il lui manque apparemment cette propriété essentielle des concepts : occuper un champ déterminé. Mais le problème est sans doute moins la contradiction dans les termes que le gouffre qui sépare deux stratégies définitionnelles : d’un côté, un discours scolaire ; de l’autre, une parole de l’ineffable. Ces postures intellectuelles désignent implicitement le même point aveugle de nos constructions mentales : là où la poièsis impuissante à décrire se réfugie dans le montrer et au bout du compte montre seulement qu’il y a du caché, de l’obscur. Le merveilleux nous fait acquiescer à l’impensable : c’est peut-être le point commun entre Aristote – qui présente le thaumaston comme une récupération de l’irrationnel par le vraisemblable –, les théoriciens de la Renaissance – qui cherchent un terrain d’équilibre entre le surnaturel et l’ornement – et les modernes – qui, dans nos sociétés de simulation, réactualisent le merveilleux comme rayonnement des possibles et clairière ouverte par l’art dans le retrait de Dieu, de la vérité et du monde. Encyclopédie Universalis

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Tout serait arrivé progressivement, par petites touches, comme un tableau élaboré patiemment, jusqu’à ce jour d’aout 1988, en fin d’après-midi, où je redescendais la rue Custine après une longue promenade sans but. Je me mis à penser soudain à la Grèce et particulièrement aux iles Cyclades et peu à peu je fomentais le projet de me tirer de toute urgence si possible là bas.

Parvenu dans mon gourbi, une piaule de 3 par 3 crasseuse, au 4ème étage d’un hôtel borgne, rue des poissonniers, je m’allongeais sur ma paillasse et fermais les yeux pour me calmer, compter mes respirations tant l’excitation m’avait gagné.

Partir en Grèce, aller vers le soleil et la mer et les monts chauves ponctués ça et là de petits buissons et d’oliviers représentait plus qu’un simple voyage d’agrément. Et à bien y réfléchir aujourd’hui, je crois que j’aurais aimé me rendre là bas par tous les moyens possibles et en finir en beauté.

Soit en me jetant du haut d’une falaise pour m’éteindre dans la mer vineuse, de façon tout à fait théâtrale, soit en me retirant sur je ne sais quel ersatz d’un Olympe imaginaire et me vider de toute substance, peu à peu en jeunant, afin de rejoindre, sec comme un coup de trique, l’ineffable.

J’avais à coté de moi ma bible, « Les mythes grecs » de l’excellent Robert Graves dans laquelle je piochais en cas de disette, ou quand la solitude s’avançait dans un état de décomposition un peu trop avancée.

Et là je relu le mythe d’Eurynomée la déesse qui danse sur les flots dans une lascivité agaçante et un désœuvrement quasi absolu et qui résout son problème en se laissant féconder par le vent Borée.

De cette union naît un œuf sans que l’on s’interroge sur un tel résultat de trop à la lecture. Et comme les deux amants viennent de se rencontrer, qu’ils veulent profiter tout leurs saoul de ce bonheur, ils confient l’œuf au serpent Ophion, qui par hasard évidemment passe dans le coin au bon moment.

Ce dernier pas bien malin finit par se vanter par ci par là d’être le géniteur si bien qu’il agace un peu tout le monde et qu’il reçoit un coup de talon dans les gencives, lancé par la déesse en question qui récupère son bien dans la foulée.

C’est exactement ainsi que sont nées les iles Cyclades, ce sont les dents perdues un peu partout dans la mer d’un hurluberlu reptilien qui la ramenait un peu trop selon le gout des dieux et des déesses.

Evidemment il y a comme pour toute bonne histoire divers niveaux de lecture et des questions surtout à n’en plus finir.

Qui donc était cette Eurynomée et pourquoi dansait t’elle sur l’eau et non au bal des pompiers comme il se doit ?

Qui était ce vent Borée et comment le vent peut il féconder quoi que ce soit ?

Et pourquoi donc un œuf ?

Un œuf que l’on remet à un serpent de surcroit pour qu’il le couve.

Soudain allez savoir pourquoi je me suis souvenu de vieux textes lus dans Lovecraft et dans lesquels un narrateur relate toujours une découverte qu’il vient de faire de lettres, ou d’un vieux manuscrit trouvé par une de ses connaissances évaporée la plupart du temps.

Cela parle de mondes obscurs, d’un savoir perdu, de monstrueuses structures architecturales qui ne sont pas bâties par la main humaine, bref : de mythes totalement absconses pour nous autres contemporains et il résulte à chaque fois une sensation bizarre qui se situe entre l’effroi et le merveilleux.

C’était aussi cette sensation qui me tenaillait tandis que les yeux encore fermés je songeais à ce voyage en Grèce, je songeais au merveilleux dans lequel mon imaginaire enveloppait ce périple tout en tenant en joue dans un recoin de mon esprit mon but véritable qui était de crever purement et simplement, autant que ce soit possible.

Ce paradoxe me fit ouvrir les yeux et apercevoir les dizaines de cafards qui cavalaient allègrement sur le papier peint des murs de la chambre. Une frénésie affolante envers laquelle j’étais peu à peu par habitude et par lassitude devenu presque totalement indifférent.

D’un bond je me suis levé et muni de ma petite pelle en plastique j’entrepris soudain de les écrabouiller les uns après les autres dans une chorégraphie certainement totalement ridicule. Mais le cafard n’est pas bête, il progresse d’autant plus vite que l’information du danger vient se loger entre ses deux antennes.

Soudain j’aperçus ma tête dans le petit miroir au dessus du lavabo et je vis que je m’étais égaré.

Comment peut on ainsi passer des iles Cyclades au ridicule achevé me demandais je…

Accablé j’eus une envie de pleurer, totalement démuni vis à vis de ce choc qui continuait à se propager en moi, je veux parler de cette façon qu’à le merveilleux de sauter du coq à l’âne chez moi pour arriver à l’horrible, à ce degré supplémentaire de l’effroi.

Je pleurais donc autant qu’il me l’était encore possible tout en continuant étrangement à observer la scène. Comme si nous étions deux finalement. L’un qui vit comme il peut ce qu’il doit vivre, et l’autre qui l’observe.

Cette clarté soudaine concernant mon propre dédoublement m’en boucha un coin.

J’attrapais un mouchoir, séchait mes larmes, puis comme si j’avais accompli une chose prodigieuse, j’eus faim.

Je me fis des pates et assis sur le lit avalais la gamelle entière tout en réfléchissant.

Le ventre plein et l’esprit vide je pus enfin m’allonger de nouveau et dormir quelques heures.

Evidemment je me réveillai en pleine nuit, quelque chose grattait le mur et ce devait être ce bruit qui m’avait extrait peu à peu de mon sommeil. Je pensais naturellement aux armées de cafards arpentant, cavalant, galopant sur les murs de la cambuse, mais c’était trop fort pour que je retienne cette hypothèse.

Soudain il y eu des coups sourds qui provenaient de derrière le mur. Comme ceux d’une horloge étouffée.

Machinalement je me mis à les compter, il y en eu 13.

C’était ma voisine de palier, insomniaque et totalement cinglée qui était revenue de sa virée quotidienne. C’était aussi le code entre nous pour m’avertir qu’elle était rentrée et que nous pouvions nous retrouver pour boire un thé.

Je me levais donc, enfilais quelques vêtements à la hâte et j’allais traverser l’espace dans le couloir entre nos deux portes lorsque je restais bouche bée.

Tout avait disparu, je surplombais un gouffre immense qui s’ouvrait à l’infini de tous côtés, et une fois de plus je pus observer très attentivement comment l’inquiétude comme un ruisseau se rend vers l’abime océanique de l’effroi.

C’est exactement à ce moment là que j’entendis une mélopée, sans doute celle du vent, et que je devins soudain Eurynomée la désœuvrée magistrale, des ailes me poussèrent presque aussitôt et d’un léger coup de talon je quittais le seuil de la raison pour m’envoler vers la plus merveilleuse des sensations, celle de pondre un œuf.

Lost in the horizon 80×80 cm huile sur toile Patrick Blanchon

Secret, silence, solitude.

Une tentative de définition ratée d’avance.

Cela fait maintenant quelques années que je tourne autour d’une définition possible, compréhensible de l’art brut. Une définition personnelle tout d’abord qui me permettrait de l’enfermer dans quelque chose, semblable à un paragraphe proche de ceux que l’on trouve dans un dictionnaire.

Mais quelque soit la façon dont je veux m’y prendre je sens bien qu’une résistance m’en empêche.

C’est comme vouloir enfermer un oiseau en cage.

Aujourd’hui je vais remettre l’ouvrage sur le métier, encore une fois essayer de comprendre à la fois ce qui résiste à cette tentative de définition.

Et pour cela j’ai choisi trois mots, le secret, le silence, la solitude puisque le plaisir que j’imagine rechercher tiendrait à pouvoir dire en trois mots ce qu’est l’art brut.

S’il est possible de définir la source de l’art Brut en trois mots j’aimerais probablement que ce soient ces mots là.

Le terme d’art brut est attribué à Jean Dubuffet.

Encore que l’art brut ça ne veuille plus dire grand chose désormais. Encore que je sache qu’il faille rater encore une fois de plus.

On ne peut pas le cantonner l’art brut à un art des fous, à un art de la marge uniquement.

L’art brut finalement est une appellation générique commode pour le marché de l’art destinée à identifier tout ce qui n’est pas l’art classique, académique, et qui n’est pas non plus abstrait. Le but étant dans la logique marchande de nommer un produit pour le placer en tête de gondole ou bien dans les multiples rayons de son magasin.

L’art brut est avant tout un art d’autodidacte, d’ailleurs on ne parle pas d’œuvres on parle de créations lorsque Jean Dubuffet est le premier à utiliser le terme ( en 1945)

Dubuffet s’intéresse cependant à ce type d’art bien avant cette date.

Dès 1922 il connait déjà les travaux d’un médecin allemand, Hans Prinzhorn qui s’est constitué une sorte de musée d’art pathologique à Heidelberg. Dubuffet connait également les travaux du Suisse Walter Morgenthaler, médecin chef à la clinique de Waldau près de Berne. Ce dernier s’intéresse particulièrement aux créations d’un patient :Adolf Wölfli

Et si Adolf Wölfli n’était qu’un caricaturiste de notre propre monde ?

L’écrivain d’origine suisse, Blaise Cendrars a eut l’occasion de se rendre à Waldau et sans doute de rencontrer le travail d’Adolf Wölfli, et l’on peut bien sur penser qu’il s’en inspirera pour créer son criminel fou dans le roman Moravagine.

Ce qui caractérise l’ensemble de l’œuvre d’Adolf Wölfli c’est la profusion. Durant 30 ans il va réaliser 1300 dessins, 44 cahiers, et sa biographie imaginaire compte plus de 25000 pages. Il invente son propre univers, avec ses mythes et un langage. tout un univers qu’il semble maitriser parfaitement, et sur lequel il est intarissable un peu à la façon d’un encyclopédiste de l’époque de Diderot. Ce qui à mon sens est un pied de nez plus ou moins conscient à l’idée d’encyclopédie, et à la prétendue richesse que le savoir semble proposer à ses détenteurs en général.

C’est sans doute logique que lorsqu’on pense à l’art brut on imagine qu’il provient en premier lieu d’hôpitaux psychiatriques, qu’il est un art des fous. Mais ce serait à mon avis une erreur de réduire l’art brut au produit d’un dérèglement mental, ou tout du moins à une inaptitude de ses créateurs à vivre de façon dite « normale » en société.

s’il doit être le fruit de la folie ce serait celle dont parle Michel Foucault , c’est à dire celle nécessaire, imposée par la raison qui désire coute que coute se maintenir et régner.

L’Art Brut un enjeu politique autant que mercantile.

Il y aurait donc en deçà de la définition de ce qu’est l’art brut, un enjeu politique et mercantile.

Car dans ces deux zones on cherche à identifier ce qu’il est, ou plutôt ce qu’il doit être selon les buts recherchés qui n’ont pas de véritable affinité avec sa raison d’être principale, je veux parler d’un art du secret, du silence, de la solitude.

Le fait que cet art soit un art d’autodidacte la plupart du temps en opposition avec d’autres formes d’art issues d’un héritage, d’un patrimoine, d’un enseignement académique ou autre signifie également que le créateur est tout à fait capable de s’inventer ses propres règles, son propre univers.

Il n’a besoin de personne pour l’aider ni pour décider du beau et du laid en celui-ci.

Le créateur d’art brut est en premier lieu son propre spectacle comme son propre spectateur.

Il n’a besoin d’aucun public. Sauf peut-être afin de le considérer comme l’Autre hostile, pour le vilipender et ainsi renforcer plus encore, réénergiser si l’on veut les trois sources de son travail.

La notion de secret récurrente dans l’art brut.

Le secret: Il n’y a que l’auteur qui peut savoir ce dont il s’agit et personne d’autre. La notion de secret est le ferment d’une codification dont l’auteur seul connait la règle, le chiffrement.

Hier par exemple je suis tombé sur une vidéo de Youtube relatant le mystère d’un manuscrit remontant au 15 -ème ou 16 -ème siècle attribué certainement à tort à Roger Bacon ( 1214-1294) ( mais aussi à Léonard de Vinci, et Athanasius Kircher plus contemporains de la nature du velin sur lequel il est rédigé.

Bref il s’agit d’un ouvrage de 234 pages écrit dans une langue inconnue à ce jour et sur lequel on été dessinés d’étranges esquisses traitant de la flore, de la faune et aussi de figures à l’apparence mythique.

On peut imaginer qu’il s’agit de l’œuvre d’un soi disant fou, qu’il s’agit au même titre que l’œuvre de Wölfli d’une pièce d’art brut. Mais comme elle ne se situe pas dans le même contexte, qu’on imagine une pièce archéologique, et que celle ci doit receler un secret important, on l’étudie depuis des années, en vain. A ce jour personne n’a réussi à déchiffrer cet ouvrage. Si on le considérait comme l’œuvre d’un fou on ne perdrait pas autant de temps certainement et cet ouvrage trouverait sa place au musée d’art brut de Lausanne.

Il y a évidemment quelque chose de fascinant à considérer un univers étranger au notre et c’est humain d’imaginer qu’il possède des règles, des codes au même titre que le notre. Le fait est que les créateurs dits fous ou marginaux ne créent pas sans raison de tels univers, mais ce peut être aussi temps perdu que de vouloir y trouver les mêmes lois, les mêmes principes que dans le notre. Et même si tel était le cas , je crois que ce serait effrayant de constater à quel point notre univers dit normal est tout aussi vertigineux de déraison justement pondue par la raison que l’univers d’un Wölfli.

Ce qu’il ne faut pas non plus oublier je crois c’est que c’est seulement celui qui observe la création d’art brut qui lui attribue la notion de « secret » sans doute tout autant que son créateur. Il n’y aurait donc pas un seul secret, mais au moins deux et qui s’attireraient ou se repousseraient comme des forces électromagnétiques suivant les circonstances.

Pas de musique sans silence.

Le Silence, c’est le monde tout autour qui devenu incompréhensible, le monde réduit à la taille du brouhaha et donc le créateur est obligé de s’éloigner pour trouver sa propre qualité de silence comme sa petite mélodie personnelle.

Et évidemment la solitude, encore que celle-ci soit peuplée d’autre chose que ce dont on la peuple ordinairement. Cette solitude peut par exemple renforcer la connexion avec des êtres surnaturels, et là aussi il n’est pas rare de voir toute une mythologie personnelle s’inventer dans cette solitude.

Dans le fond les artistes de l’art brut, ces marginaux, ces soi disant fous ne sont pas si éloignés de chacun de nous. Ils ne sont la plupart du temps qu’une version exagérée de qui nous sommes mais que nous avons oublié car nous avons peur de quitter la norme après l’avoir remise en question.

Est-ce que ce blog finalement n’est pas une sorte de création d’art brut ?

Si l’art brut me fascine autant et depuis des années il y a sans doute un certain nombre de raisons à cela et que j’ignorais encore jusqu’à ces derniers jours. Car il n’y a a pas beaucoup de différences entre le travail effectué par Wölfli par exemple, ou celui de mon ami Thierry Lambert qui se revendique plutôt de la Neuve invention c’est à dire d’un art « pas tout à fait brut » et cette profusion de textes rédigés sur ce blog. Tous les ingrédients finalement s’y retrouvent et notamment les trois mots dont je parle dans cet article.

Le secret car souvent je me sers de références personnelles et dont je ne cite pas vraiment les sources. Le silence car c’est souvent en m’extrayant du brouhaha de la pensée, comme du quotidien, au creux de la nuit que j’écris ces articles, ces récits, ces poèmes. Et la solitude essentielle enfin celle que j’ai fini par accepter totalement et amicalement en renonçant à l’idée de groupe, de chapelle, d’église, souvent cristallisés autour d’une raison, d’une idée, d’une pensée unique. Il n’y a pas non plus de volonté de reconnaissance qui me pousse à écrire ces textes. C’est bien plus une élaboration lente, patiente d’un univers personnel je crois avec ses tentatives de définitions, son vocabulaire presque semblable à celui du dictionnaire. Presque semblable c’est à dire un tantinet monstrueux, évidemment, ou fabuleux, comme on le voudra.

Tentation de Saint-Antoine
Technique mixte sur toile format 50×60 cm Collection privée.

Que dire des départs ?

A chaque fois c’est la même chose, à chaque fois que j’apprends la nouvelle d’un décès, je tombe dans le mutisme. Je veux dire que je ne dis absolument rien, aucune condoléance, aucun message de soutien, pas le moindre geste, pas le moindre signe, aussi sec je rentre dans ma coquille, je calfeutre porte et fenêtres et je mets des boules Quies ! j’attends que ça se passe.

Que l’on parle d’autre chose surtout.

Je ne supporte pas les témoignages d’affection, les embrassades, les étreintes. C’est un peu comme un Noël à l’envers, chaque veillée funèbre, chaque enterrement, cela n’a vraiment rien d’un cadeau.

Je ne crois pas être un monstre pour autant. Simplement le tragique m’horripile au plus au point et je trouve qu’il vire généralement à la comédie à ces moments là, une comédie avec des fous rires qui tombent toujours au mauvais moment.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Je me souviens de tellement de poignées de mains, d’embrassades, de phrases que l’on dit à ces moments là pour prouver je ne sais quoi à je ne sais qui.

Je me souviens de toutes les larmes qui roulaient et que je pouvais pas retenir. Et puis un jour je crois que c’est suite à la disparition brutale de mon père, je n’ai plus voulu entendre parler des départs. Je suis resté sur la touche à chaque fois que l’on m’annonçait ce genre de nouvelle.

C’était plus fort que moi. Incompréhensible. Un blocage total. J’ai perdu des tas d’amis ainsi. Parce qu’allez donc vous expliquer, vous excuser d’un tel manquement à l’ordre général des vivants et des morts…

La mort, toute mort me laisse muet et bras ballants. d’ailleurs je ne dis pas la mort, je dis les départs.

Et en même temps quelque chose au fond de moi ne cesse de protester contre la mise en scène de la mort. Je suis contre tout ça , résistant encore une fois de plus.

La mort c’est la vie je me dis vraiment.

ça fait partie des choses quotidiennes naturelles. Pas de quoi en faire tout un pataques.

Pour le mort quelle importance je me dis aussi, il est mort il est tranquille, il a accompli ce qui devait s’accomplir.

Est ce qu’on va pleurer pour chaque brin d’herbe, chaque feuille , chaque escargot qu’on écrabouille chaque pâquerette qui se fane et disparait ?

Au delà de ma très petite personne, et des turpitudes humaines, de ces tragédies et comédies de notre nature humaine, la mort est quelque chose de commun et en même temps paisible dans mon fort intérieur.

Aucun besoin, pas la plus petite nécessité de prouver que je suis là pour participer désormais à la moindre clownerie funèbre.

Sans doute parce que les morts chez moi ne meurent jamais. Ils sont toujours là et nous nous entretenons souvent à propos de choses insignifiantes, parce que l’on rit et que l’on pleure ensemble à chaque instant de la vie.

Alors que dire de ces départs puisque il n’y a pas vraiment de départ véritable.

Je crois surtout qu’il y a beaucoup de peur et méchanceté dans toutes ces affaires funestes. Il faut enterrer quelque chose soudain de toute urgence comme pour s’en débarrasser, et aussi pour savoir où il git à tout jamais pour qu’on n’y pense plus et qu’aucun fantôme ne surgisse soudain au pied du lit.

Madame Valentine, ma mémé Varenne. Collection privée.

Les iles de la Tranquillité.

Soudain je me penchai sur cet art qui consiste à porter une attention particulière à la plus petite peccadille afin de s’entrainer à célébrer.

On laisse filer tellement de choses par inattention. On les regarde sans les voir. Ou alors on les regarde pour en retenir quelque chose à profit, avec intérêt dans un espoir d’en recevoir des dividendes.

L’attention commandée par l’intérêt sans doute.

Mais cette attention là, celle dont je suis en ce moment même en train de vous parler, elle n’enlève pas les doutes. Elle en fait une matière, que l’on peut déposer dans un creuset.

C’est au travers d’elle en la chauffant d’innombrables fois à la flamme du doute, de l’hésitation que l’on parvient enfin à percer sa gangue confuse, boueuse. C’est alors que la croute se fendille, qu’elle laisse échapper quelques étincelles de clarté, et dont on ne sait la plupart du temps que faire tant qu’on est jeune et inexpérimenté dans cet art.

L’ultime étape est donc d’installer une estrade, de la décorer de lampions, voire de jolis bouquets, asperger le tout ensuite d’un brin de vétiver, Enfin, mettez vos plus beaux atours et grimpez ensuite au beau milieu !

Une fois tout cela effectué plus ou moins dans le bon ordre, essayez vous à célébrer.

Sans doute n’y parviendrez vous pas du premier coup, peut-être aurez vous un ton trop perché, des tremblements dans la glotte, des sueurs froides, ou serez vous pris d’ivresse et déblatérez des bêtises aussi grosses que vous.

Ce n’est pas grave du tout !

Osez célébrer. Pour un oui et pour un non.

Célébrer un instant c’est tirer le fil ténu de l’étincelle pour extraire un soleil, une étoile.

Il faut savoir le doute comme la nuit, ces nids.

Et après des années, un jour sans doute, accepter

que quelque chose prenne son envol, sans regret.

l’accompagner ainsi à l’aide d’une pierre blanche, marquer le coup.

Oh on s’intéresse aux grands faits d’armes, à l’extraordinaire inventé par l’ennui pour se distraire de l’ordinaire.

Essayer l’infime peut aérer l’esprit.

Et surtout améliorer le ton le timbre des discours

Et vous verrez, en célébrant ainsi mille petites choses que la magie existe, qu’elles vous le rendront mille fois !

Vous croyez que c’est encore trop peu ? vous dites : temps perdu …

tout cela parce que vous croyez posséder le temps alors que ce n’est que l’illusion qui souvent vous possède.

Le résultat de cet art n’est pas visible à l’œil, il est sans tapage, ni fanfare.

Cette estrade est évidemment intérieure.

C’est là qu’en tant que capitaine vous dirigerez au mieux le navire.

Fendant l’ennui, la paresse, toute l’apparente médiocrité des jours, pour atteindre de plus en plus souvent les îles de la Tranquillité.

Je ne dis pas que c’est facile, ni difficile.

Je vous dis juste : essayez persévérez et vous verrez !

Abondance et prolixité.

Juin couvre de fleurs les sommets,

Et dit partout les mêmes choses;

Mais est-ce qu’on se plaint jamais

De la prolixité des roses? (Hugo,Chans. rues et bois, ).

Trouver l’équilibre entre l’abondance et la prolixité n’est pas une mince affaire, en peinture comme dans le reste.

L’abondance émerveille tandis que la prolixité agace, c’est le revers de toute médaille.

On pourrait aussi dire plus simplement aller du tout au rien, et aussi tout ou rien comme s’il s’agissait de bornes à ne pas dépasser, à ne pas franchir, une sorte de cadre.

C’est aussi une façon d’exprimer l’emploi que nous faisons de l’Energie. Sans canalisation, elle s’éparpille dans les champs et s’enfonce rapidement sous la terre pour rejoindre la nappe phréatique. Parfois elle n’a même pas le temps d’atteindre à la bonne profondeur, le jour se lève, avec lui la chaleur, et l’évaporation.

Pourquoi cette bêtise d’ôter les haies, les arbres, les bocages si ce n’est pour courir vers la prolixité des moissons, et le profit.

L’ignorance est souvent prolixe car ne sachant rien elle ne cesse de tâtonner dans toutes les directions sans jamais pouvoir se satisfaire d’un lieu, d’un temps où se poser.

S’en rendre compte et crier Eureka ne règle qu’une petite partie du problème.

On peut comprendre tellement de choses avant de les connaitre.

L’abondance est souvent représentée par une corne en spirale large à la sortie, mince à son début.

C’est exactement ce que disait mon bon maître Eckhart :

Il faut qu’un homme devienne véritablement pauvre et aussi libre à l’égard de sa propre volonté de créature qu’il l’était lors de la naissance. Et je vous le dis, par la vérité éternelle, aussi longtemps que vous désirerez accomplir la volonté de Dieu, et que vous soupirerez après l’éternité et après Dieu, -tant qu’il en sera ainsi, vous ne serez pas véritablement pauvres. Celui-là seul a la véritable pauvreté spirituelle, qui ne veut rien, ne sait rien, ne désire rien.

Mince à son début la corne d’abondance s’élargit en effectuant une spirale pour s’achever en une ouverture large. C’est en empruntant cette spirale, semblable à celle utilisée pour le jeu de l’Oie que la prolixité s’affaiblit peu à peu pour se métamorphoser en silence, en vide.

C’est ainsi surement que naît la poésie, ce mot moderne de la Grâce.

A cet instant il suffirait de presque rien pour qu’un big bang explose et que tout recommence, encore et encore.

On ne sait jamais

Mais on peut le prévoir vous savez, on peut se préparer à cet instant, en évitant de se faire à l’avance la plus petite idée.

Etre vide pour accueillir ce qui vient, pour accueillir ce maelstrom qui nous cueille et nous emporte.

On ne sait jamais, c’est une locution ancienne à dire, à murmurer, à chuchoter

assis sur un banc devant les petits tourbillons de feuilles qui s’élèvent soudain du sol.

On ne sait jamais.

S’il faut se préparer c’est seulement à cela, à être vide et c’est exactement ainsi qu’on peut observer ensuite comment tout se remplit comme si la coupe n’avait pas de bord à l’infini.

J’avais préparé tout un tas de choses car il faut occuper l’esprit, lui faire croire.

Puis en poussant la porte je me suis dit, merci maintenant chacun pour soi.

Et ce fut ainsi exactement, tous arrivèrent sous la pluie, tous avaient fait le chemin.

Chacun de son coté pour se retrouver là ce soir à partager le grand vide que je rapportais de ce voyage.

tous avaient les yeux grands ouverts j’ai bien pris le temps de voir.

Au moment du discours, j’avais déjà prévu que ça se passerait comme ça.

J’avais oublié, et j’ai du improviser avec l’instant.

Ce fut léger et bref.

Un crépitement d’applaudissements s’est engouffré à l’infini

Puis nous avons bu plusieurs coups

il faut bien ça.

C’était chouette je me suis retrouvé en les retrouvant.

vous voyez bien, on ne sait jamais.

La satisfaction.

Je crois qu’il existait autrefois un terme pour désigner la fatuité, on disait d’une telle ou d’un tel qu’il arborait un « air satisfait ». Ca ne s’utilise plus qu’en littérature et encore, un « air con » fonctionne sans doute beaucoup mieux désormais.

Le terme de con étant tellement générique dans la langue que l’on pourrait considérer qu’il frôle le surnaturel. Suivant l’intonation avec laquelle il sera prononcé il sert de synonyme à une kyrielle de termes plus ou moins oubliés.

Il y avait aussi le terme de « ravi » qui me faisait sourire à propos de Michel Rocard notamment. Ou encore un « air béat » comme celui qu’adoptait ma voisine Michelle lorsque soudain elle constatait que je n’étais pas le gentil garçon qu’elle avait dédaigné par ennui.

Sans doute est-ce en partie la raison pour laquelle je me suis toujours méfié de la satisfaction? Que sitôt celle-ci atteinte je m’empressais de passer à autre chose pour ne pas rester englué dedans.

Et comme ce n’était pas normal j’ai eu de nombreuses fois l’idée de consulter. Mais à la pensée de régler ce petit soucis, d’être satisfait de comprendre pourquoi je n’étais jamais entièrement satisfait, évidemment j’ai botté en touche.

En ce qui concerne l’idée de la réussite c’est exactement la même chose. Il suffit que l’on me dise : Tu es à deux doigts d’y arriver pour que le trouble le malaise naissent. D’ailleurs il m’arrive de m’effrayer régulièrement tout seul à cette pensée, je n’ai pas vraiment besoin de quiconque.

Et si soudain je réussissais, et si soudain j’étais satisfait … quelle catastrophe !

J’en plaisante bien sur car je ne vois pas vraiment que faire d’autre que d’en sourire.

La vérité est que tout bien pesé, tout bien considéré, la satisfaction comme la réussite ne m’ont jamais vraiment appartenu. Ce ne sont rien d’autre que des opinions extérieures que j’ai du faire miennes à un moment ou à un autre lorsque j’atteignais un résultat dans une suite d’opérations.

Cette suite d’opérations n’avait pas pour but la réussite ou la satisfaction , c’était bien plus généralement l’envie de préciser une définition, d’explorer une théorie personnelle, de tenter quelque chose dont je n’avais pas vraiment la netteté mais que je devinais au delà de la confusion.

Or le sentiment de satisfaction ou de réussite m’auront toujours entravé, me barrant la route, me frappant en plein vol tel un col vert buté par un chasseur.

Il me semble que c’est vers le soleil, la lumière, la clarté que je fais route maintenant après avoir traversé toute la noirceur de la nuit, ses chimères, et ses désirs troubles.

Comme si au final un choix tout de même s’était opéré entre l’ombre et la lumière.

C’est ce choix qui est important, sans doute le plus important de tous les choix ! Et il serait vraiment dommage de le perdre de vue désormais en accordant un crédit exagéré à toute idée de satisfaction, comme de réussite.

Il n’y pas d’oasis, pas de halte qui tienne, comme il n’y a pas de vieillesse, pas de fatigue. Il n’y a que des vues de l’esprit. Cet esprit qui se réfugie parfois dans la paresse par peur d’être aveuglé par la lumière de se dissoudre totalement en elle.

Silhouettes en bleu huile sur toile 24×30 cm Patrick Blanchon 2021

Les temps sont en train de changer.

Réveil de bonne heure avec arrière gout de splif. Une remontée bizarre puisque cela fait bien 25 ans que je ne touche plus à rien. Est-ce qu’on peut avoir des hallucinations aussi de ce coté là… ? bizarre bizarre et cette chanson qui tourne en boucle pour accompagner l’odeur de cannabis comme il se doit :

“The Times They Are A-Changin » de Bob.

Les temps sont en train de changer.

Est ce le temps qui change ou bien les êtres ?, on pourrait se poser la question.

Si j’avais du temps à perdre comme on dilapide un héritage.

Mais non j’ai un tas de choses « à faire », il faudrait que je m’y mette de toute urgence. Et c’est justement à cause de ça que je m’installe devant mon clavier pour écrire ma bafouille matinale.

C’est toujours comme ça, l’urgence crée la résistance.

Sans urgence, sans menace, personnellement je ne ferais probablement pas grand chose en dehors des clous. Je crois que je vivrais « au ralenti » comme une marmotte sous la neige.

Le danger m’oppresse et en même temps m’inspire.

Et évidemment tout cela influe terriblement sur la perception du temps, cela donne même parfois l’impression de le contrôler.

Mais je n’ai pas envie de contrôler le temps pas plus que d’être contrôlé par celui-ci.

Alors si les temps doivent vraiment changer c’est justement sur la perception que nous en avons, pas vraiment sur quoi que ce soit d’autre.

Je pense à tout ça en triant des photos de mes tableaux, ce qui me plonge dans une multiplicité de moments justement à chaque fois.

Ces tableaux peints à différents moments de ma vie, je leur trouve une unité désormais alors qu’auparavant je cherchais cette notion d’unité à l’extérieur de moi-même.

C’est à dire que je ne me posais pas la question vraiment de savoir ce que pouvait représenter cette unité pour moi. Je faisais confiance à la notion d’unité collective comme on faisait confiance à un médecin qui diagnostique un cancer.

vous savez suivant le médecin les chances de s’en sortir peuvent varier de 1 à 600… c’est dire comment on nous a pris et comment on nous prend encore pour des couillons.

Rien qu’un exemple, ma mère, son généraliste lui avait dit d’avaler du charbon car elle se plaignait de flatulences à répétitions. Cela a duré quelques années comme ça jusqu’à ce que finalement elle ose aller voir un autre toubib qui lui n’a pas lésiné sur les examens. Au final on lui a diagnostiqué un cancer du colon au stade 4. Autant dire qu’elle n’avait plus la moindre chance d’en sortir indemne.

Au delà de la colère on peut réfléchir sur cette confiance aveugle que l’on accorde aux mots comme à certains experts. C’est en cela que les temps sont en train de changer aussi je crois.

Grâce à internet notamment.

Attention je ne parle pas des réseaux sociaux et des mille et un avis de tout à chacun sur une pandémie. Non je parle d’un accès libre à un savoir véritable.

Doctissimo, Wikipédia pour ne citer qu’eux voilà ce qui va probablement provoquer des changements, qui les provoque déjà. L’ordre des médecins, comme tous les ordres du même acabit, c’est à dire les lobbies n’ont plus qu’à bien se tenir.

internet, c’est le dernier bastion de la démocratie. N’importe qui peut accéder au savoir désormais quasiment gratuitement, n’importe qui peut prendre la parole et s’exprimer, donner son avis. Tout le monde est au même niveau sur internet. Tu peux dire que ce restaurant est dégueulasse dans un avis, que le pain de cette boulangerie est fabuleux, tu peux dire que ce médecin est un charlatan ou qu’il est excellent. Ton avis compte au même titre que n’importe quel compte d’entreprise.

A condition de savoir comment faire évidemment, mais cela aussi s’apprend gratuitement.

En France par contre donner son avis c’est souvent dire que ça ne va pas si on remarque bien.

Parfois je me dis que je suis pareil, je vois les choses en noir, en négatif, mais ce n’est pas moi seul c’est toute la population française je crois qui adore se baigner dans la fange des critiques. On doit avoir ça dans le sang comme un cancer qui nous ronge petit à petit.

Du coup c’est ainsi qu’on a inventé le minitel tandis que les autres pariaient sur internet…. Parce que des ingénieurs avaient eu une idée de génie, des experts en qui on faisait une confiance aveugle.

3615 Domina évidemment y avait de quoi casser 3 pattes à un canard.

Du coup on a pris un peu de retard à force de se regarder le nombril évidemment.

Je suis descendu me resservir une tasse de café, machinalement je mets la radio…. Bla bla bla les élections, le chômage, il faut créer des emplois, l’écologie va tous nous sauver et caetera.

Le boniment des camelots de la foire d’empoigne.

Je ne crois plus vraiment à l’emploi. Je crois qu’il va y en avoir de moins en moins des emplois. Quelqu’un a déjà inventé l’aqueduc qui mettra un terme au métier de porteur d’eau. Comme Uber met un terme à la profession de chauffeur de taxi. C’est comme ça c’est la vie.

Les temps sont en train de changer. Les mentalités avec. Cela a toujours été ainsi et on pousse des cris d’orfraie à chaque fois.

ça doit venir du cerveau pas de doute, tu sais , le truc qui existe entre les deux oreilles et qui ne sert à rien pour la plupart des gens parce qu’ils l’ont remplacé par l’habitude, la routine, le train train.

Lorsque ça déraille ça fait mal. Tôle froissée, pleurs d’enfants, sans compter la clameur des camelots qui se fait d’autant plus forte que le silence après l’accident est insupportable.

La publicité

Encore un voyage vers Lyon et j’allume le poste de radio pour tomber sur une émission de France Culture. Une interview de Mercedes Erra.

Présidente exécutive de Havas Worldwide, spécialisée dans la gestion des grands comptes. Elle fonde en 1995 avec Rémi Babinet et Eric Tong Cuong l’agence BETC Euro RSCG spécialisée dans la communication et la publicité. Elle est aussi notamment : 

·         membre actif du Comité français de Human Rights Watch

·         un des membres fondateurs du Women’s Forum for the Economy and Society

·         membre permanent de la Commission sur l’image des femmes dans les médias

·         présidente du conseil d’administration du musée national de l’Histoire de l’immigration

Bon ça va parler de publicité ce qui n’est d’emblée pas ma tasse de thé et je m’apprête à changer de station lorsque après quelques phrases prononcées par la dame je ne trouve pas bête ce qu’elle dit.

Je n’aime pas le mot marketing je préfère parler de communication

une entreprise qui ne communique pas ne va pas bien

On peut faire de quelque chose de petit à priori quelque chose de bien plus grand

Les anglo saxons étaient partout je me suis battue pour imposer une autre vision

Du coup tiens où en suis je avec mes difficultés personnelles en matière de communication ?

Suivent quelques anecdote notamment sur la promotion de la Peugeot 106 qui à priori était considérée par les hommes comme une voiture de femme d’une façon péjorative, ce qui du coup donne une piste de campagne surprenante et qui fonctionnera au delà des attentes.

Montrer tout à coup que même les hommes sont prêt à tout pour utiliser cette voiture , placer des sentiments comme l’envie, la jalousie attribués généralement aux femmes comme motivation masculine c’était évidemment très fort.

Voilà bien la fonction de la créativité. Celle de résoudre un problème avant tout autre chose. Sur quelques signaux faibles imaginer un autre monde qui pourrait advenir comme un changement de mentalité par exemple.

On évoquera également la campagne pour Air France «  »FAIRE DU CIEL LE PLUS BEL ENDROIT DE LA TERRE ? Et la dame ajoute imaginez une hôtesse de l’air qui tend une assiette à un passager, avec un tel slogan, avec les valeurs que ce slogan induit, c’est autre chose que d’être seulement dans un avion à servir la soupe.

Bon. Je ne sais pas si les hôtesses ont apprécié tant que ça, si cela a véritablement changé leurs vies.

Ce qui est certain c’est que la direction d’Air France a été séduite et c’est évidemment tout ce qui compte puisque un client satisfait c’est un client qui revient.

Par contre sur la méritocratie que madame Erra prône je suis mi figue mi raisin.

Sans doute parce que je n’ai jamais marché dans cette combine là depuis l’école. Sans doute parce que mériter quelque chose par la production d’efforts a surtout entrainé l’effet inverse chez moi, des trempes quand j’avais de mauvaises notes. Et sans doute que tout mon masochisme aura pris sa source dans ce constat que j’étais plus doué pour rater les choses que pour les réussir d’après les dires de mes parents, très à cheval sur cette notion d’effort et de réussite, à s’en gangréner la santé d’une façon exagérée.

Sans doute aussi parce que plus tard j’ai voulu rattraper le temps perdu et que j’ai mis les bouchées quadruples en travaillant comme un dératé, ce qui n’amène rien de bon justement à part la jalousie la méfiance chez les collègues comme chez les supérieurs.

Pourtant gamin j’avais senti rapidement que faire des efforts pour réussir appartenait à une époque révolue, que ma génération allait devoir payer les pots cassés de cette facilité avec laquelle la génération de mes grands parents, de mes parents s’en allaient à la guerre avec des étoiles dans les yeux.

Cet arsenal d’outils afin de cultiver en soi le belliqueux, le rageur, on dirait aujourd’hui le mind set du winner était gardé par des lieutenants inflexibles : la discipline et la volonté.

Tout ce qui me faisait cruellement défaut même en ayant essayé de m’y employer de tout mon cœur de toute ma ferveur enfantine pour faire « plaisir » à papa et maman.

ça ne me faisait pas plaisir du tout voilà la vérité. Ca m’emmerdait même absolument de faire des efforts.

Je n’en faisais donc que le moins possible afin de conserver mon intégrité.

A côté de ça je développais autre chose surement sans que je n’en prenne véritablement conscience.

Hasard et nécessité, j’ai depuis longtemps fait la paix avec tous ces troubles. C’est grâce à cette résistance à l’effort finalement que je me suis tant intéressé à ce qu’il était vraiment, ses motivations profondes , et aussi la notion de résultat- cette fameuse réussite- que l’on se passe comme un témoin sans jamais remettre en question la forme. Des générations de somnambules qui pour réussir seront passées à coté de leurs vies.

Il y a quelque chose d’ingrat tout de même à écrire ces choses. J’ai bénéficié dans ce mouvement vers l’Eldorado d’avoir été logé, nourri, blanchit, privilèges que d’autres n’ont pas eu. Ce qui en outre aura provoqué ce sentiment de culpabilité, de trahison d’un membre qui rejette son groupe sa caste, qui ne fait rien pour continuer à porter le flambeau.

Quelle publicité pourrais je faire sur moi-même qui ne me ferait pas vomir dans la foulée ?

Quel slogan inventer pour reconstruire toute une histoire mal lue sans doute ?

Je n’ai plus l’âge, voilà ce que je me dis, il est trop tard, c’est fichu.

Voilà ce que dit une voix probablement paternelle. Tandis qu’une autre féminine lui répond : tu te trompes, tu y a mis le temps mais te voilà enfin prêt.

La conviction voilà également un mot clef important pour réaliser une campagne publicitaire. Il faut un alignement authentique incontestable, être convaincu que l’histoire à vendre tient debout.

Et le miracle c’est qu’une fois que l’on s’en convainc, elle devient la seule histoire, celle qui balaie toutes les autres.

J’ai éteint le poste de radio sans écouter la suite, je me suis dit qu’il y avait là déjà suffisamment de matière à réflexion pour la journée.

Dans ma coquille Techniques mixtes Patrick Blanchon 2013

Le format

La chose est assez simple à comprendre, tellement simple que tout le monde s’en fout. C’est comme si c’était entendu depuis le départ comme pas mal de choses que l’on fait ainsi, sans y penser.

Et pourtant j’ai beau le répéter, ça rentre par une oreille et ça ressort intact de l’autre. Pas un pli, pas une striure, propre comme un sou neuf, l’information est comme une assiette d’amoureux transi, C’est juste un peu plus froid à l’arrivée.

Et à chaque fois je rencontre des yeux ronds et une bouche bée.

Tu es sur ? Tu nous l’avais vraiment dit ?

Oh ben je l’ai dit déjà 1000 fois au moins comme tout un tas d’autres choses, il se peut même que sur ces 1000 fois tu m’aies écouté pratiquement tout le temps. Le problème c’est que l’information n’a pas du passer par le cerveau.

Si tu as un truc à dire pense au format dans lequel tu vas le dire.

ça ne sert pas à grand chose de peindre une tasse à café sur un tableau de 1 m sur 2.

Encore que désormais on nous ferait croire que tout est possible, et même pire.

Si tu veux provoquer oui tu peux. Tu peux faire une fresque sur le mur Est de la mairie en ne peignant que des poils de cul vus au microscope si ça te chante. On vit une période où il faut surprendre coute que coute et sur tout, alors vas-y te gène pas.

Par contre moi je reste sur ma position, par respect envers tous ceux qui ont réfléchi un tant soit peu à cette question.

Le format est important je n’en démords pas.

Et puis il y a une histoire, on ne peut pas balayer l’histoire d’un revers de manche à sa guise nom de Dieu !

Imagine un peu le Sacre de Napoléon sur un timbre poste pour prendre les choses à l’envers…

Comment ? ce serait rigolo ? RIGOLO ????

Et les Nymphéas en pin’s pardi, hilarant !

Mais bon je ne dois plus vraiment être dans le vent t’as raison, après tout aujourd’hui tout est comme ça

On parle de tout et de rien n’importe comment, n’importe où, tout est sans dessus dessous.

Comment ? je parle comme un vieux réac ? mais c’est quoi pour toi un réac ? Juste quelqu’un qui te rappelle qu’il existe quelques règles de base dans la vie… voilà tout

Le réac comme tu dis c’est le dernier bastion avant la foire d’empoigne totale, avant la boucherie générale : le libéralisme 3.0

Le format est une résistance au chaos depuis que l’on trouve des troisièmes voies partout pour tout embrouiller. Et à dessein !

D’ailleurs il n’y a qu’à regarder ce que propose cette troisième voie en général : c’est le chaos et pas grand chose d’autre.

Les Tony Blair, les Macron et tous ces petits malins profitant de la confusion généralisée entre fond et forme en politique comme dans l’art contemporain, tu vois où ça nous mène ?

Au bordel ! ce qui ne sert plus à grand chose vu qu’on a fermé les maisons closes.

Ah ça te fait rire ? T’as raison esclaffe toi, rira bien qui rira le dernier !