Ce que j’en pense

Il y a toujours une occasion d’apprendre ou d’améliorer sa compréhension. D’affiner ses dégoûts jusqu’à les transformer même en plaisirs par la même occasion.Idée sans doute la plus précieuse de toutes celles qui m’auront traversé et que j’ai pu conserver, par chance. Ainsi la communauté sous quelque forme que ce soit me pose de très nombreuses difficultés depuis toujours. enfin j’exagère comme toujours, « nombreuses » pourrait se résumer à une seule mais permanente.

Je ne parviens jamais à trouver une place satisfaisante dans quelque communauté que ce soit.

Et quand je parle de communauté cela commence à partir du chiffre 2, puis la famille, l’école, l’entreprise, en passant par tous les types de services militaires et autres, l’association, le sport collectif, les mariages, les enterrements, les fêtes de tout acabit où on se réunit pour fêter Noël, les noces de papier d’argent, de diamant, et j’en oublie forcément, la liste n’est pas exhaustive et là je ne parle que de communautés aisément visibles, perceptibles, en couleur en bruit en odeur.

D’où mes tentatives multipliées de fuir toutes les communautés.

Lorsque j’ai découvert internet, l’anonymat me convenait tout à fait. Je visitais les tous premiers forum et me gardais d’intervenir même si l’envie ne me manquait pas. Cependant qu’inconsciemment je devais bouillir d’impatience d’intervenir justement. Je ne suis plus à un paradoxe, une contradiction prêts. Et je crois que cette dichotomie du désir est due surtout à de nombreuses tergiversations, encore accompagnées de doutes quant à cet espoir de trouver une place numérique d’autant que j’avais lamentablement échoué dans la vraie vie.

J’hésitais pataugeais dans mes doutes.

Bizarrement je suis arrivé tard sur les réseaux sociaux. Je n’ai ouvert un compte Facebook qu’après avoir largement dépassé la cinquantaine, puis encore un peu plus tard un compte Instagram pour poster des images de mes peintures, d’après des conseils répétés, insistant sur la nécessité d’y apparaître pour être « vu », « connu » en tant que peintre.

J’ai testé d’autres réseaux sociaux, sans intérêt.

J’ai crée des sites, un blog, et désormais j’ai encore essayé de me pencher sur l’utilisation d’un groupe Facebook privé à l’occasion de ma participation ( payante) à cet atelier d’écriture.

Et bien tout ça est bien pathétique, et je m’inclus dans ce tout ça, en tête de file même.

Car ce qui est évident désormais, le fruit de longues années d’observations issu de mon incapacité chronique d’appartenir à la moindre communauté, c’est que j’en perçois les intentions désormais avec une insupportable acuité.

Plus précisément derrière chaque façade mise en avant, l’aridité des êtres, la volonté de paraître pour tenter d’oublier un instant ce vide, le combler coûte que coûte et dans toute une collection de postures toutes pathétiques, une fois qu’on en a saisi l’intention justement.

Il résulte de tout ça cette sensation plus ou moins désagréable de se sentir seul même accompagné, tant qu’on a encore cette illusion enfantine d’être accompagné tout bonnement.

Et donc c’est un peu comme un secret, l’un des plus secrets du monde et sans cesse farouchement défendu que l’on aurait soudain élucidé.

Certaines personnes sont seules tout en croyant qu’elles ne le sont pas. Tandis que d’autres le sont, sans illusion, sans espoir, j’oserais même dire désormais résolument.

L’effort est le principal responsable de tous mes égarements au sein des communautés auxquelles j’imaginais pouvoir apporter très naïvement mon humble pierre à leur édifice.

Quel soulagement de m’en apercevoir en premier lieu, et en second lieu, quelle sérénité trouvée de n’avoir plus à en faire aucun.

Mobilisation générale

Non, rien à voir avec les élections, c’est à partir d’un poème. Mobiliser quelque chose pour démarrer la journée. Résister d’une certaine manière à une nonchalance qui amasserait ses troupes de tous côtés, qui selon la même stratégie éculée, assaille de façon circulaire, en brandissant son étendard « akoibon »

Se réveiller, s’extraire, poser le pied par terre, puis se tenir debout.

Sautiller vers la douche, tourner le bouton, vérifier que ce ne soit pas trop chaud, aller vers le froid progressivement ou d’un seul coup, voire le glacé.

Frotter ensuite énergiquement, enfiler les claquettes pour ne pas glisser sur le carrelage mouillé, descendre à la cuisine, préparer le café, attraper la tablette, puis récapituler l’important, les petites choses retenues comme ça, les prendre entre deux doigts avec dans l’autre main une loupe de diamantaire.

Avaler la première gorgée, allumer une cigarette, laisser un instant reposer.

Puis s’y mettre.

Et puis parfois quelqu’un passe pour dire

— tu es vraiment sûr que ce que tu fais là est essentiel ?

Résister à la facilité de s’emporter.

Rester mobilisé.

Pas d’image. J’ai cherché mobilisation je ne suis tombé que sur des gens faisant de la gym. Pareil pour résistance. Sur Pinterest ces deux mots sont essentiellement associés à du fitness par l’algorithme…

Submergé

Librairie de Paris, Place Clichy à Paris.

Je ne pouvais pas tomber mieux que sur cet atelier d’écriture , déjà je retrouve cette sensation d’être presque totalement submergé. Je m’accroche à des pensées, des phrases récurrentes qui ne cessent de tourner en boucle. Comment je vais faire ? Je n’ai pas le temps, suis débordé.

ça me fait rire.

Car mes élèves me disent exactement la même chose lorsque je leur propose des ateliers, des exercices, du travail personnel à faire à la maison.

On se dit tous plus ou moins ce genre de chose. Une défense, un barrage contre l’atlantique, en l’occurrence cette apparent chaos qui nous tombe littéralement dessus et dont on cherche l’issue en redoublant d’efforts pour s’organiser, souvent en vain.

En vain parce que la sensation éprouvée, l’adrénaline qu’elle déclenche ne se trouve pas sous le sabot du premier cheval venu.

On aime ça se faire peur n’est-ce pas, même si on ne se l’avoue pas facilement, si on se réfugie derrière l’idée du sort, bon ou mauvais.

40 jours à me creuser la tête pour réaliser les exercices quotidiens de cet atelier d’écriture, ça peut évoquer la traversée du Sinaï, le déluge, un tas de choses parmi lesquelles aussi un jeûne, un carême, des sauterelles qui voltigent et une manne aussi.

La régularité est une clef possible, je l’ai déjà. 2200 textes publiés sur ce blog me rassurent un peu sur mes capacités. Sauf que là il y a un cadre c’est un peu plus difficile et en même temps c’est peut-être justement ce qui me manquait, je ne suis pas totalement dupe.

Donc submergé d’accord, mais avec masque, palme et tuba.

J’ai tout de même passé une grande partie de la journée à pondre trois paragraphes, une tache de fond de tous les instants. le résultat est ici :

Les talents courent les rues

Je chipe le mot à Raymond Carver, un de mes auteurs fétiches. Tout ça pour parler du génie évidemment, à ne pas confondre avec le talent. Car le talent répond à des critères d’habileté alors que le génie explore le ridicule comme s’il s’agissait d’un filon de diamants.

Je pense à ces choses alors que je suis de permanence dans mon expo de Sablons, guère sollicité par les très rares visiteurs, qui d’ailleurs sont plutôt des adhérents de la médiathèque dont je partage les locaux.

Je pense à cette période où je photographiais un peu tout et n’importe quoi, des poteaux des troncs d’arbres, les sols de tout acabit, les murs, et l’écoulement des caniveaux entre autres. Des photographies qui bien qu’en noir et blanc et de très belle facture sur papier baryté de chez Agfa ou Ilford étaient proprement imbitables pour les rares proches à qui j’avais osé les exhiber, justement par crainte du ridicule.

Et aujourd’hui je tombe sur ce nouvel exercice d’écriture qui prend comme inspiration les sols justement, et je découvre le travail de l’artiste plasticien Regis Perray. Un gars capable de nettoyer son atelier 7 à huit heures par jour sans utiliser de produit chimique en plus. Un type qui aime tellement balayer qui a dépoussiéré une route entière menant à la pyramide de Gizeh en Égypte. Tout ça pour faire des photos avant pendant après et les exposer.

Alors ridicule ou génial ? Ce sera à chacun d’y réfléchir.

Mais tout de même à une époque où on ne touche plus terre m’est avis que cet artiste met tout en œuvre pour attirer notre attention sur quelque chose qui lui semble important et souvent tristement ridicule pour la plupart d’entre nous : le sol sans lequel on ne peut pas tenir debout ni avancer !

Plus on vieillit moins on sait de choses

Et ce qui est drôle c’est que moins on sait de choses plus on a envie d’en apprendre. Enfin je parle pour moi évidemment, d’autres se complairaient j’imagine dans cette certitude que propose l’ignorance à chacun.

Il y en a même qui disent ( à Cambridge notamment et d’après des études sérieuses )que plus on vieillit moins on aime les autres… Il faut vraiment être perclus de certitudes ou être l’esclave obligé des chiffres, des statistiques pour en arriver à ce point là non ?

Et ce n’est pas tout : plus on retrouve cette capacité de découvrir, plus on redevient jeune, enfin dans la tête, parce que ça ne change pour les artères, ni l’usure des articulations, enfin c’est subjectif, c’est d’après mes observations matinales. Comme quoi l’ignorance peut mener à tout et à son contraire.

Encore faut-il l’accepter.

C’est le plus difficile. Accepter l’ignorance, s’en approcher, la domestiquer peu à peu comme un animal. Puis la nourrir, la caresser dans le sens du poil, au bout d’un moment, comme une chatte elle se met sur le dos, elle se laisse faire.

Sans doute faut-il aussi un peu de ruse.

Donc je me suis lancé dans un atelier d’écriture avec François Bon, parce que je ne sais rien de l’écriture, j’ai accepté enfin que je possédais cette ignorance là et qu’il fallait que je m’en occupe comme de ma chatte. Sinon elle risque de grimper sur les toits elle aussi, et de se tirer je ne sais où en me laissant en pleine confusion, voire même, horreur ultime, seul avec mes certitudes.

Donc c’est assez laborieux, c’est une autre sorte de travail de force, et qu’il convient d’aborder avec le plus de simplicité possible, de modestie surtout.

Je trépignais d’avoir mon accès au site pour y publier mes premiers exercices, et maintenant que je l’ai, reçu ce matin dans ma boite email je me retrouve comme un jeune couillon qui se rend à un premier rendez-vous galant.

C’est fou comme soudain on peut tout oublier et se retrouver dans des états que l’on a mis tant de peine, d’années, de turpitudes, à enfouir au plus profond de la mémoire.

Une mémoire de sensations surtout, kinesthésique, qui se manifeste surtout chez moi par une moiteur dans les mains alors que je déteste serrer ce genre de mains. Vous voyez, on déteste souvent le plus ce qu’on est finalement. Pour ça qu’il vaut mieux s’en passer. De qui on imagine être surtout.

Donc difficile de tout mener de front en tous cas. Il faut que je m’organise mieux voilà, ça peut prendre un peu de temps, suis pas une flèche de ce côté là.

ça résiste énormément sitôt que j’en parle. La notion d’ordre et l’aboiement se confondent souvent.

De plus j’ai une difficulté homonymique avec le terme consigne.

Mais c’est surement une affaire d’oreille, un bouchon de cérumen, une malformation de l’oreille interne, rien qui ne puisse se modifier par l’attention, l’intention, un ou deux coton tiges, beaucoup de travail.

Donc je vais publier ailleurs une partie de mon travail quotidien, ce qui ne veut pas dire que j’abandonne ici. J’ai essayé de lâcher ce blog, mais c’était juste un coup de bambou, je sais que je ne peux pas vraiment m’en passer.

Pour suivre mes progrès, dans la mesure évidemment où il puisse y en avoir et qu’en outre ça vous intéresse, je vous laisse le lien

https://www.tierslivre.net/ateliers/author/pblanchon/

L’écriture se nourrit de l’écriture.

Photo de Deeana Arts sur Pexels.com

J’ai retrouvé un vieux carnet. Sa couverture est différente de tous les autres carnets que j’avais l’habitude d’utiliser ,celui-ci est revêtu une couverture noire. Un couverture légèrement plastifiée de couleur noire, avec des motifs bizarres incrustés. Des sortes de vagues. Je crois que c’est cette singularité d’apparence qui lui a permis d’échapper à l’autodafé de 2001. Tous les carnets à couverture verte sont partis en fumée, un dimanche, en Suisse. Sauf celui-là.

Parce qu’écrire m’enfermait m’avait t’on dit alors, ou peut-être me l’étais je dit tout seul. A moins qu’encore une fois j’ai mal interprété une parole, une pensée, un non-dit, cela arrive aussi, plus souvent qu’on le pense. Bref j’ai pensé qu’il fallait choisir entre vivre et écrire pour l’amour d’une femme.

Je ne trouve toujours pas ça bête. J’ai au moins essayé. Et tant pis si ça n’a pas marché. L’expérience valait la peine. Brûler des années de labeur ne peut pas être complètement une sottise. C’est aussi se préparer à une autre étape. Sauf qu’on ignore encore tout de cette étape, il arrive même que l’on imagine des choses qui s’avèrent ensuite totalement différentes de ce que l’on a pu imaginer. C’est très humain.

Donc ce carnet…

Maintenant que je l’ai retrouvé, je retrouve aussi mes toutes premières difficultés à écrire. Ce devait être le tout premier carnet que j’avais acheté, je l’avais trouvé dans une urgence, je n’avais pas réfléchi à la couverture. J’étais entré chez le marchand de journaux dans le quartier de la Gare de l’Est où je travaillais comme receveur dans une petite imprimerie et j’avais dégoté celui-là, sans réfléchir ni à la couleur ni à la reliure. Par une pulsion voilà comment c’est arrivé dans ma poche à l’époque.

Je perdais tellement mon temps, je m’entrainais farouchement à le perdre en ne rien voulant faire de mon esprit que parfois j’avais des montées de panique ou de culpabilité.

ça résistait.

Et, bien que je ne possède pas d’ambition, il m’est venu cette lubie ( les autres parlaient de lubie ça me revient). La lubie d’écrire.

Mais je ne voulais rien écrire de scolaire. Car quand on commence on pense tout de suite à écrire des rédactions, faire un plan, trouver des idées, toutes ces choses là que l’on apprend si péniblement parfois à l’école. Des mauvais souvenirs pour moi.

Alors écrire en partant de ça, ce n’était pas bien possible.

Donc le premier jour j’ai écrit la date sur la première page. Le 17 avril 1985. C’était un mercredi, le jour de Mercure, le 107 ème jour de cette année là, ce qui donne 8 en numérologie. Aujourd’hui j’aurais plein de chose à dire sur cette date et sous cette date si c’était à recommencer. Donc le 8, autant dire un infini qui se redresse, qui se tient droit comme un I. Il me fallait certainement ce toupet là. Redresser l’infini sinon rien.

Et je parle de ne pas avoir d’ambition, et bien mon colon…

Donc j’écris la date. Et puis ce jour là ce fut tout. Un grand espace blanc se tient au dessous.

Mais tout de même un espace rempli de quelque chose. Et je ne sais pas comment qualifier nettement ce quelque chose. Je ne sais pas si c’est une impuissance soudaine qui me saute aux yeux. Je ne sais pas si c’est un espoir que j’ aperçois et que je ne veux pas perdre trop rapidement. Que je désire conserver vierge de toute rature, de toute bêtise dont je suis tout à fait capable.

Je regarde cette page avec cette date et rien d’autre.

Après tout déjà mettre la date, c’est placer un signe, une marque, une pierre blanche. On croit que ça ne demande pas d’effort mais c’est probablement faux. C’est le début de quelque chose, d’un engagement. Et sans doute que ce vide sous la date indique justement à quel point la mesure de cet engagement est soudain envisagée.

S’il faut trouver une raison à tout, et particulièrement à ce dont on ne cherche pas de raison quand on le fait.

C’est là que l’écriture rejoint pour moi la peinture.

Agir avant, réfléchir ensuite.

Parce qu’il y a la force cinétique. Même si à cette époque je n’avais qu’une très vague idée de ce que pouvait être la force cinétique.

Le fait d’impulser un mouvement ce n’est pas rien.

Mettre juste une date sur un carnet ce n’est pas rien. C’est impulser quelque chose, une intention, un mouvement et personne ne sait, ne peut savoir quand ce mouvement s’arrêtera.

La page blanche sous la date c’est aussi l’infini des possibles et bien sur la première confrontation avec l’embarras du choix. Ce n’est pas rien de voir tout ça, comme de ne pas le voir aussi. Sinon sans doute qu’on ne ferait pas grand chose. Peut-être même qu’on ne ferait rien.

Le détachement, ce mot me revient en revoyant cette date et la page laissée vide. Quelle souffrance à l’époque d’avoir un avenir à remplir sans savoir quoi faire vraiment de ses dix doigts. Et la honte aussi qui m’était tombée dessus par bouffées quand je regardais la vie autour. Toutes ces personnes assises dans la rame, lorsque au petit matin je grimpais dans le RER. Quel courage avait le monde et je me disais que je n’en avais pas. Sauf de me lever au moins pour me rendre à ce travail.

Je ne faisais que des travaux d’ouvrier pour éprouver je ne sais quelle idée de dureté de la vie. J’ai toujours entendu ça. Que la vie était dure. Je voulais en avoir le cœur net. Et toutes les qualités dont j’étais doté, les études que j’avais faites et qui allaient m’emmener vers un destin logiquement tracé, j’avais eu un doute, puis j’y avais renoncé. Je ne voulais pas être un bœuf qu’on conduit à l’abattoir. je m’accrochais à cette idée que j’étais un âne.

Bander comme un âne surtout dans mon souvenir. Incarner une certaine bêtise, proche de la sauvagerie naturelle. Une masculinité qui devait m’attirer comme un aimant.

Alors que cette page blanche justement était d’une féminité évidente. Une ouverture en tous les cas, quelque chose en attente et en même temps une offrande. Et je ne l’ai pas vue à cette époque.

L’écriture se débloque sans doute quand on ne trace plus la frontière entre les genres, quand on lâche prise vis à vis de ce cloisonnement. Peut-être qu’une grande partie de ces carnets verts que j’ai brûlés n’était rien d’autre qu’une tentative de rapprochement vers le féminin. Un féminin personnel dont j’ignorais tout et dont la présence m’envahissait d’autant plus que je voulais l’ignorer.

Cette date et rien au dessous c’est surement un première prise de conscience qu’il y a quelque chose qui m’échappe et que j’associe à un détachement à effectuer justement par l’écrit.

Encore que le ridicule n’est pas loin de vouloir se détacher à 25 ans. Se détacher de quoi ? a t’on vécu vraiment suffisamment pour vouloir se détacher comme ça ? Et tout ce parcours autour de mon nombril dans mon souvenir ne parle que de ça. Du fait qu’avant tout il s’agit de vivre pour pouvoir écrire des choses qui ne sont pas des inepties.

Je mettais des sous de côté, j’avais un projet de voyage, ça m’aidait à tenir d’avoir un projet. Dans quelques mois j’aurais suffisamment pour prendre le bus pour Istamboul, puis de là je rejoindrai Téhéran et ensuite le Pakistan, puis l’Afghanistan. Et à la fin j’explorerais l’Inde, je me rendrai à Goa pour me la couler douce. C’était ça en gros le projet. Et faire des photographies en noir et blanc, des photographies artistiques.

Et tous les matins quand je posais mon cul sur la moleskine du RER je pensais à ce projet et çà m’aidait à tenir. Je me disais que j’allais faire des choses de ce genre, des provisions de souvenirs extraordinaires pour plus tard, pour ne pas m’ennuyer de trop quand je serais vieux. Je n’étais jamais dans autre chose que dans une peur de l’avenir à cette époque et c’est ça, cette trouille qui faisait faire tout et n’importe quoi.

Il fallait que je trouve cette féminité en moi, pour m’apaiser. C’est pour ça que j’ai acheté ce carnet à couverture noire, ce n’était pas si bête que j’ai pu toujours plus ou moins le penser. L’écriture se nourrit de l’écriture, comme la féminité se nourrit de la féminité que l’on accepte peu à peu.

Et ce n’est pas une affaire de genre, ni d’état civil. Cette difficulté ne touche pas que les hommes, certainement beaucoup de femmes aussi.

Parce que les définitions les plus intéressantes ne se trouvent que très rarement dans les dictionnaires.

Une génération de crétins des alpes

Les trentenaires ne m’aiment guère et je leur rends bien. Malgré la tolérance inouïe qui m’habite généralement, sitôt que j’aperçois un spécimen de cette génération d’imbeciles, je bifurque.

Pourquoi tant de haine me demanderez vous sans doute…

Et bien je vais vous le dire !

Comme disait leur idole entre 2007 et 2012 lors de ses apparitions pathétiques dans des talk show pour débiles profonds.

Car c’est bien ces jeunes cons, ils avaient entre 18 et 20 a l’époque qu’ils l’ont sponsorisé, avec pas mal de vieux chnoques qui ,je le souhaite, bouffent désormais les pissenlits par la racine.

Sarkozy et sa droite décomplexée, et toute la kyrielle de caniches à sa suite pour prôner la valeur du travail ( bosser plus pour gagner plus )

Déjà à cette époque le président de la France n’était rien d’autre qu’une marionnette qu’on agitait, pardon qui s’agitait toute seule. Une caricature de président qui faisait presque regretter un Jacques Chirac que ma génération avait très largement conspué dans son rôle lamentable de ministre de l’intérieur.

Dans quelle désespérance nous étions donc alors…

Et bien en 2017 les jeunes cons et les vieux de la dernière pluie ont remis le couvert en élisant Macron.

Mais là j’ai tenu ferme: aucun regret d’avoir vu Sarko disparaître. Pas le moindre soupir de nostalgie pour Hollande non plus à vrai dire.

Mais Macron mon Dieu … comment ont ils pu…?

Trop de Mac do et de soda, trop de console Nintendo ?

trop d’ignardise surtout.

Cette génération de crétins des alpes me fait même douter désormais des frontières de la Suisse. Ne s’étendent t’elles pas à l’Europe toute entière…?

Du coup je crois qu’ils auront été implantés à la naissance, d’un gène inédit de la stupidité, probablement issu d’un autre monde… les extraterrestres qui ont du rencontrer des myriades d’handicapés du bulbe ont du les collectionner de par les galaxies lointaines et pour se faire un peu de ronds il auront sûrement signé un accord avec les puissances involutives de la Terre pour leur refourguer.

L’art de détourner l’attention

Qu’est-ce qui nous donne l’impression d’être qui nous sommes ? Qu’est ce qui nous maintient dans une configuration particulière de cet état que nous nommons « moi », de façon plus ou moins stable ?

Et qui ou quoi nous oblige à avoir une opinion, une attirance pour ceci ou cela, et de la répulsion , de l’indifférence pour le reste ?

L’attention n’est t’elle pas le chef de file de ce processus.

Maintenant, cette attention nous est t’elle personnelle vraiment ou bien n’est t’elle pas un programme ?

Depuis l’enfance on ne cesse de me dire de faire attention à ceci plutôt qu’à cela. Et bien entendu j’ai toujours trouvé révoltante cette séparation que l’on m’obligerait à pratiquer.

Sans doute est-ce la raison pour laquelle j’ai passé une grande partie de ma vie à faire attention à tout et une autre à rien. Toujours selon ma perception personnelle des lois de l’équilibre et l’étude des vases communicants.

J’en ai tiré des conclusions souvent étonnantes et qui, peu à peu, sans que ce ne soit à priori mon but premier, m’ont écartées du groupe.

Il eut été compliqué et vain d’expliquer à chaque fois les raisons qui me poussent à ne pas placer l’attention au même niveau que la plupart de mes proches, des différents groupes amicaux, professionnels que j’ai eu à fréquenter.

Le terme d’hypnose me semble assez bien approprié concernant l’usage de l’attention lorsqu’il s’agit d’utiliser celle-ci pour atteindre à un but. Hypnose voire transe.

Pour résoudre une équation mathématique on doit se concentrer sur le monde des chiffres et ne plus rien percevoir d’autre que des chiffres. Ce qui me sera impossible tout au long de mon existence. C’est cloisonner le monde d’une manière douloureuse pour moi. J’ai expérimenté cette souffrance, cette douleur là et je ne l’ai pas trouvée utile.

Je pense être d’une race primitive et instinctive avant toute chose. Mon esprit fonctionne par analogie la plupart du temps. Cela me permet d’établir des liens qui paraissent totalement saugrenus pour mes contemporains modernes, en établissant des relations entre des choses qui apparemment ne devraient pas en avoir.

C’est comme si depuis toujours je m’appuyais sur la théorie des fractales qui veut que l’on puisse examiner la réalité comme une mise en abîme continue, toujours présente à chaque instant et lieu où se porte le regard, la pensée et la rêverie.

Je peux aussi bien trouver des relations entre la plomberie et la philosophie, la menuiserie et la spiritualité, la peinture et les arts martiaux. C’est à dire que pour moi les cloisons qui séparent apparemment chaque discipline et dont on ne cesse de me parler ne sont qu’artificielles.

Peut-être est-ce une affaire de disponibilité. Peut-être que le seul luxe que je me soies jamais offert n’a été que de prendre mon temps afin de me rendre disponible.

Il existe probablement un art de se rendre disponible au monde et de ne pas focaliser son attention sur un objet unique, mais au contraire cet art là permettrait d’ouvrir celle-ci à un périmètre bien plus vaste.

J’ai déjà évoqué dans un texte * l’art de marcher en forêt que pratiquent les indiens d’Amazonie. Ils ont bien compris que leur survie était liée au fait ne pas focaliser leur attention sur un détail mais de voir leur environnement dans son ensemble. Pour eux le danger vient du détail car il capture l’attention et rend extrêmement vulnérable le marcheur à tous les prédateurs qui le guettent.

Il y a peu j’évoquais aussi une manière de résister sans résister qui participe de la même philosophie.

Dans les cours de peinture que je dispense j’utilise beaucoup l’art de détourner l’attention de mes élèves de leurs travaux.

Je parle beaucoup, de tout et rien, je fais des blagues, ou alors, tout soudain, je parle de choses saugrenues pendant qu’ils dessinent ou peignent afin justement qu’ils ne soient pas totalement hypnotisés par ce qu’ils sont en train de faire et surtout parce qu’ils sont en train de penser de ce qu’ils font.

L’art de détourner l’attention, peut avoir un aspect bénéfique. Encore une fois c’est une affaire d’intention.

Il peut aussi être utilisé à très mauvais escient par des gens peu scrupuleux et aux intentions peu louables.

Les « merdias », qui sont les laquais du pouvoir connaissent cet art sur le bout des doigts. D’ailleurs je crois qu’ils n’ont été crées qu’à cette seule fin.

Gouverner en détournant l’attention des citoyens de l’essentiel a toujours été le propre de tout gouvernement depuis la nuit des temps. Et la raison vient de chacun de nous, de cette croyance surtout que nous pensons être ce que nous sommes à cause de l’attention que nous portons à certaines choses plutôt qu’à d’autres. Rester dans l’inattention demande un courage exceptionnel auquel nombre de nous renoncent. Et en y renonçant ils se vouent à devenir les esclaves d’attentions qui ne leur appartiennent pas.

Nous pensons aussi que nous sommes libres à partir de l’attention de choisir qui nous voulons être. Mais ce que nous pensons dans ce domaine est souvent du déjà-vu, nous nous contentons de vouloir ressembler à quelqu’un, d’être inspiré par une telle ou un telle et de devenir une sorte de clone par imitation de processus observés plus ou moins attentivement.

Si nous faisions tout le contraire, si nous allions seulement chercher en nous-mêmes ce que nous sommes , si nous détendions ce muscle de l’attention au point de nous offrir un champs plus vaste d’investigations, nous serions à la fois effrayés dans un premier temps de tout ce que pouvons découvrir ainsi, puis libres dans un second temps et surtout joyeux d’être qui nous sommes.

Beaucoup de personnes veulent être heureuses, joyeuses mais elles oublient souvent que pour parvenir à cet état, le passage par la souffrance, la douleur est souvent nécessaires, voire obligatoire.

La raison de la confusion provient d’un détournement de l’attention encore une fois de plus concernant les mots et ce qu’ils recouvrent. On confond trop plaisir, consommation, et joie car notre attention est focalisée sur le mot obtenir, confondu lui-même avec acheter.

Camisole numérique

Depuis quelques temps je lis de plus en plus de posts, d’articles, de billets dont leurs auteurs (triées) font part d’un état de dépression, de maladie, de confusion mentale aussi intempestif qu’incontrôlable.

J’ai d’abord pensé à un effet indésirable dû à toutes ces injections qu’on nous a fait subir au pas de charge ces derniers mois, puis à l’atmosphère mortifère produite par les américains sur l’Europe et qui a forcé la Russie à réagir violemment, et puis à ces élections législatives qui arrivent, à toutes ces foutues promesses qui pleuvent de tout cotés, et puis j’ai arrêté de penser.

J’ai levé le nez et j’ai vu de gros nuages blancs qui s’effilochaient sur fond de ciel bleu.

J’ai vu le vent agiter les feuilles de l’olivier, écouté aussi la porte de l’atelier qui grince, sans subir l’agacement habituel que ce couinement provoque généralement.

Je me suis soudain senti bien calme, présent dans ma cour à lire puis à écrire ce billet.

Cela fait quelques jours que je ne regarde plus trop les informations, ni à la télé,ni sur le net, nulle part.

Je sais qu’il se passe tout un tas de choses bien sur , mais je m’en fous. Je me concentre sur ce que j’ai à faire et quand je n’ai rien à faire je me concentre aussi sur ça,

ne rien faire proprement n’est pas si facile qu’on croit.

Je crois qu’on peut parvenir à s’échapper un temps de cette camisole numérique qui nous maintient dans une acidité de cornichon.

Pour un peu je tenterais bien de concocter une posologie spéciale anti déprime, avec comme ingrédient un peu de chaux, du salpêtre et du calcaire.

À lécher sucer avaler… je ne sais pas trop

Enfin pour rétablir un équilibre basique en tous les cas.

Autodidacte

Je peux l’avouer même si je prends garde à ne pas m’en servir, ce mépris vis à vis de toute forme de subordination face à toute forme d’autorité est là. Et bien là. En tâche de fond. Ca doit venir encore de l’enfance. Mon père asseyait tout son pouvoir sur cette autorité de celui qui sait sur ceux qui ne savent rien. Je me suis énormément bagarré avec ça, mais vous savez bien que l’on finit par sympathiser plus ou moins avec ce que l’on déteste le plus puisque ça nous appartient, et qu’il faut l’accepter comme tout le reste.

L’agacement me vient rapidement sitôt que je m’en rends compte. Si par exemple un élève me flatte, s’il s’abaisse à me confier ses inaptitudes crasses que pour mieux me rehausser, me flanquer sur un piédestal, ça m’agace. Je serre les dents, je fais tout pour ne rien montrer, mais bon sang parfois j’adorerais frapper du poing sur la table.

Cette facilité qu’ont les gens à se soumettre à une autorité me rappelle bien sur mes toutes premières abdications perpétuellement. Encore que pour moi ce ne fut pas du tout facile, j’ai du endurer pas mal de raclées avant de m’y mettre. Et le pire c’est qu’une fois qu’on a accepté, la résistance passée provoque une sorte de vertige. On se dit tout ça pour ça. c’est une question d’âme, et aussi d’une idée de vouloir la conserver intacte, de fabriquer tout seul dans son coin un tri entre le propre et le sale.

Avant de se jeter dans l’arène finalement. Et alors on comprend que l’arène est le seul destin du taureau d’élevage.

Donc sur le plan du paradoxe je ne suis pas bon dernier. Puisque je suis professeur d’arts plastiques, ce qui revient à être le chantre plus ou moins d’une autorité, que dis je d’une institution, celle qui a fait de l’art désormais un petit entre soi.

Sauf que je suis un prof dissident, j’ai lu le traité du rebelle plutôt de bonne heure. Et pratiquement tout des observations d’Ernst Jünger sur les insectes. Ce qui surement aura entrainé la fabrique des astuces dont je me sers pour enseigner, pour tenter de faire comprendre surtout à mes élèves qu’il n’y a pas de haut ni de bas. Qu’ils en savent autant que moi pour ainsi dire, s’ils prennent seulement la peine d’aller au fond d’eux mêmes.

Sauf qu’ils ne pensent pas avoir le temps. Voilà d’où vient l’argent au final, simplement du fait qu’ils pensent gagner du temps à venir suivre mes cours.

Je peux proposer des raccourcis bien sur. Débloquer des situations, proposer des paliers. Mais en fait je ne peux pas faire beaucoup plus car seul le travail personnel peut leur faire comprendre à l’intérieur d’eux-mêmes ce qu’ils pensent trouver à l’extérieur.

Dans le fond j’aimerais qu’ils comprennent que le vrai travail est de nature autodidacte plus que tout autre chose.

C’est surement difficile à comprendre tellement le mot ne bénéficie pas de gloire, de renommée, qu’il est terni presque toujours par l’idée qu’il faille beaucoup de savoir, de science pour créer quoi que ce soit.

Ce qui est faux, archi faux.

Et cela ne veut pas dire que les autodidactes sont des abrutis célestes non plus et qu’il faille les porter aux nues.

Pas du tout.

Car beaucoup d’autodidactes possèdent des références, ils ont lu énormément, puis ils ont décidé de laisser tomber tout ça , tout ce qui justement venait de l’extérieur.

Ils se sont poser une seule question. Que puis je faire tout seul ? voilà tout. Et ils l’ont fait.

Que le résultat ensuite plaise au plus grand nombre ou à une élite, ce n’est pas important, on s’en fout.

Mais le plaisir de créer quelque chose qui n’appartient qu’à soi est un des plus grands plaisirs que je connaisse.

Et vous savez, quand ça n’appartient vraiment qu’à soi, ça finit toujours plus ou moins par toucher tout le monde dans le fond. Mais toucher tout le monde n’est pas un but premier il faut aussi s’en rappeler.