Cheval

Mon premier meilleur ami, et sans doute l’unique c’est un cheval.

Et curieusement lorsque je pense à la sincérité, à celle que l’on croit nécessaire, obligatoire pour écrire

Je revois encore mon cheval

Il est noir comme celui de Zorro

Et son nom c’est le mensonge.

Sauf que je ne l’ai pas peint en noir

à menteur, menteur et demi.

Huile sur papier format 15×15 cm Patrick Blanchon Avril 2021

Pêle-mêle

Ce gamin, Alcofribas il ne faut pas que je le perde de vue. Comme d’habitude je ne prépare rien je laisse venir ce qui vient au moment où j’écris, et le coq se rue sur l’âne et vice versa. Cela me fait penser à ce mot : pêle-mêle. Le désordre complet d’après ce qu’en disent les dictionnaires. Et également un cadre destiné à recevoir plusieurs photographies. Un désordre et un cadre en même temps. Bizarre…Mais peut-on en attendre plus de n’importe quelle définition ?

Je m’aperçois que j’ai une sorte de rêverie récurrente concernant l’ordre. Un espace presque vide d’ où j’imagine que la quiétude pourrait surgir comme un joli diable de sa boite. Et en même temps à chaque fois que j’ai habité de tels espaces je n’ai jamais pu y juguler l’angoisse qu’ils me procuraient.

A 30 ans j’ai raté de nombreuses fois l’occasion de me pencher sur ce paradoxe. Je me souviens notamment d’un immense atelier que l’on m’avait prêté gracieusement durant quelques mois à Clignancourt. Tout y était si merveilleux, murs peints en blanc, grande verrière donnant sur les toits, lumière pénétrant à flot dans la grande pièce… je n’ai jamais pu me résoudre à y travailler tranquillement. Au lieu de ça je me réfugiais dans une petite alcôve qui mesurait 5 m2 pour écrire sur mes foutus carnets. Et j’y écrivais des choses sans intérêt , des chroniques ayant pour principal sujet ma poitrine oppressée ma bite ou mon nombril.

De temps à autre un croquis, une petite aquarelle vite faite. Et au bout du compte quand la tension parvenait au paroxisme je me ruais vers la porte, dévalait l’escalier de bois menant à la cour, me hâtais encore d’aller ouvrir le lourd portail donnant sur la rue et je disparaissais dans l’errance et dans la marche. Des kilomètres et des kilomètres à me fuir. Fuir comme on dégueule.

Je crois que l’ordre m’était d’autant insupportable qu’il m’apparaissait comme la première marche à gravir d’un escalier qui me mènerait inéluctablement vers la réussite ou à la gloire. C’était quelque chose d’entendu depuis le début, dès mes premiers vagissements de préma. Réussite ou gloire comme des revanches en héritage. Enfin un but qui aurait l’apparence d’un but mais qui, dans la réalité ne serait rien d’autre qu’un résidu de miel au fond d’une tasse dans laquelle un insecte se débat en vain pour s’en extraire.

Cependant je n’arrivais pas à discerner ce mouvement de va et vient entre ordre et désordre, ce mécanisme que j’avais finalement mis en place depuis des années.

L’ordre ce n’est pas l’ordre tel qu’on a voulu le faire entrer dans ma cervelle, ça je n’ai jamais vraiment pu m’en satisfaire et donc y adhérer. Cet ordre là je devais en avoir une vision déformée par la douleur, l’espoir et la déception que je devais traverser systématiquement pour tenter d’y parvenir. Mon dieu tout ces efforts pour découvrir le vain… la fatalité ou le destin..

Cet ordre n’était ni plus ni moins qu’une redite d’un événement dont nul ne parlait jamais. Un viol, un saccage que l’on tente de dissimuler derrière une apparente propreté, quelque chose d’harmonieux d’autant plus effrayant, puis presque simultanément pathétique que cette harmonie. Cette harmonie semble s’être vidée de tout l’essentiel. Une harmonie froide sans vie.

Le désordre à bien y réfléchir récupérait cette idée de vigueur, il la recyclait, la transmutait. Le plus souvent en ennui d’ailleurs. En une relation fixe avec le monde. Une fixité comme issue du regard de la Gorgone qui te transforme en bloc de béton. Et par dessus le marché armé le béton. Ou plus modestement un boulet.

Et c’est en boulet que je traversais la ville, une pierre qui roule a rolling stone créant ainsi cette fameuse impulsion propre à la cinétique, nécessaire au mouvement. Il n’y avait que ce mouvement d’important, le mouvement du corps pour se sentir vivant. Le reste, les pensées, les émotions c’était accessoire totalement, je crois que j’en doutais perpétuellement à un point qu’il m’était facile d’en changer à ma guise comme on s’empare d’outils, de couteaux de boucher pour découper la viande. Pour découper la réalité et le temps, la tailler en pièce.

Un besoin de désordre, d’ennui, de mouvement, un refuge finalement contre cet ordre accepté tacitement par tous et qui me renvoyait cette image d’inaptitude chronique à y participer de bon cœur.

Une impuissance que je me dissimulais ou contre laquelle je luttais inconsciemment en incarnant le désordre le plus flamboyant.

Mon intelligence du monde fonctionne par association. Il n’y a rien de logique en apparence là dedans. Une dispersion tellement évidente, tellement obsessionnelle finalement qu’elle ressemble exactement à celle d’une ménagère qui du matin au soir briquerait sa baraque juste pour se défouler et ne pas se pendre.

C’est en cela que je pense que l’ordre, le désordre, ce fameux pêle-mêle, sont souvent des mots employés machinalement par la plupart des personnes qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs chaussures. Ils n’ont pas fait 10 mètres dans mes mocassins.

Ce qui évidemment me rend responsable mais plus coupable. Responsable totalement cette fois et si j’ose dire « en pleine conscience » d’accepter cette chance d’être ce que je suis. C’est à dire cet apparent pêle-mêle. Ce cadre que l’on accroche à un mur de sa cervelle avec deux trois instantanés permettant d’identifier quelque chose pour, le plus souvent et seulement, se rassurer d’avoir été et pourquoi pas d’être encore, d’être toujours.

Non je ne te laisse pas tomber Alcofribas. J’ai juste appris un peu plus de choses sur la patience et l’écoute. J’attends que tu ressortes de ton trou ou que tu redescendes de ton cerisier, de ta tonnelle. Tiens j’ai apporté un bout de réglisse, je vais l’éplucher tranquillement en attendant, et à la fin je le laisserai sur le muret si le cœur t’en dit… il fait bon, l’air s’est réchauffé, les oiseaux commencent juste à se réveiller, pas de raison pour que ce ne soit pas une bonne journée.

Ah oui j’ai fait fait quelques peintures il faut que je les mette comme on laisse des miettes sur le chemin avant de comprendre que les cailloux c’est mieux. les premières images sont des détails des tableaux qui suivent

Huiles sur bois Avril 2021 Patrick Blanchon

Petit garçon

Zeus le regarda de haut ce petit garçon cet Ulysse. Ce petit homme qui lève le poing vers lui et qui bredouille tout un tas de fadaises . Et bien sur Zeus le roi de tous les dieux à cet instant n’est plus rien d’autre qu’un père démuni.

Comment ? Je t’ai donné le vin le souffle le pain et le sang et tu me provoques ? Tu me rends responsable de tous tes maux ?

On peut être le roi des dieux et être soudain assailli par une confusion mortelle.

Tu vas voir ce que tu vas voir nabot mon enfant chéri…

Et paf pour commencer tu ne rentreras pas directement chez toi je vais te faire errer sur les flots pour t’apprendre à vivre mon petit têtard.

Et puis Zeus vaque à ses nombreuses inoccupations comme tout dieu qui se respecte.

Ulysse qu’as tu donc dans la peau dit Athéna, née de la cuisse de Jupiter. Elle l’admire et tient l’outil de sa vengeance en même temps, une vengeance simple de fille envers un père, rien de plus rien de moins.

Et le voilà le petit garçon avec ses compagnons et ils rament et ils rament sur la mer vineuse.

Ils s’arrêtent dans des iles bousillent des cyclopes, des monstres, tentent de séduire des jeunes filles, des magiciennes, et se prennent des bâches, puis tombent dans à peu près tous les pièges, voient un tas d’horreurs et de merveilles, certains meurent certains vivent.

Un jour ils arrivent dans cette région où vivent les sirènes.

Attachez moi à ce mat braille Ulysse je veux écouter leur chant.

C’est le vrai but de toute l’histoire.

Même Zeus ne peut rien quand le petit garçon comprend soudain que tout ce qui est sublime nait d’une totale incohérence.

On dit que les sirènes se sont jetées du haut des falaises après que le petit garçon les a écoutées.

C’est tout l’Olympe qui les a suivies mais ça on ne le dit pas. On ne le dit jamais.

Huile sur toile 120×90 Patrick Blanchon Collection privée.

Cette idée

Cette idée de toi que j’ai gardée comme une braise

qui me brulait et me réchauffait pendant que je marchais

je ne sais plus ce que j’en ai fait

ce que je n’ai pas fait

Pour l’oublier profondément

si profondément qu’elle se transforme

en mon cœur et mon souffle

pour que je ne puisse plus dire elle m’appartient.

Elle est juste une idée

qui va son chemin parallèle au mien

Et que je crois rencontrer encore

parfois comme une inconnue séduisante.

au hasard de la rue.

Cette idée de toi je ne l’ai plus.

Je l’ai usée à force de m’en rappeler

je l’ai souillée et sublimée

Tant et tant qu’elle s’est dissoute dans le présent

et rend parfois ce présent amer ou sucré

comme ce café noir qui toujours m’accompagne

et ces cigarettes parfois insupportables.

Cette idée de toi ce n’est pas mon idée

ce n’est qu’une trace laissée par d’autres

et que j’ai relevée comme un chasseur

dont le but est de tuer

d’achever.

Ce chasseur n’a pour arme que l’inachevé

qui ne tire que des balles à blanc

parce que c’est trop dur de tuer

parce qu’on s’enfuit toujours dans la pensée

les émotions pour ne pas voir la réalité.

Cette idée est un meurtre prémédité

un contrat qu’à la naissance j’ai signé

avant même de savoir parler.

Cette idée j’ai beau tenter de m’en rappeler

je ne m’en rappelle plus

ce n’est pas ma mémoire

ce ne l’a jamais été

Elle vient du Nord

emprisonnée dans l’ambre

comme un être fossile

une patience qui vient de loin

du fond de la mer baltique.

Cette idée m’a un jour donné une dignité

puis me l’a ôtée.

Et je me suis retrouvé nu

abandonné comme un coquillage

déserté.

Cette idée c’est juste ce son

ce vent qui souffle

cette musique qui m’emporte tout entier vers toi.

Huile sur toile format 30×30 cm Patrick Blanchon 2021

Exil

C’est le même sentiment, la même douleur, le même écho

tout persiste

joie et douleur se côtoient.

Même pour ceux qui viennent après

et qui ne t’ont pas connu.

La nostalgie peut se transmettre

ici pas besoin de règle

On se retrouve exilé comme on se retrouve juif.

Que ce soit par père ou mère

par la montagne et les rivières.

On est différent et on va passer sa vie à le refuser

et on va passer sa vie à l’accepter.

Peut-être que je n’irai jamais vers toi

Peut-être ne donnerais je aucun fruit

Pour tenter d’arrêter la chaine

conscient ou pas.

Peut-être qu’un jour j’inventerai la paix.

Même pour ceux qui sont venu avant

et que je ne connais plus.

Mais que je connais tellement

que je connais autrement.

Je ne sais plus de quoi tu es fait

à force de tout me rappeler

j’ai oublié la vérité.

Et pourtant tu es là

derrière mes yeux clos

Comme des larmes contenues

de lourds trésors amassés

qu’il semble impossible de partager.

Huile sur toile 30×30 cm

Coup de mou

Oh la la j’ai eu la trouille… et ce n’est pas encore totalement terminé encore. Affaibli, démoralisé, je me suis trainé ces derniers jours de la maison à l’atelier. J’ai fait appel à tout ce que j’avais pu glaner par ci par là comme astuce pour me rebooster, me motiver, m’auto flanquer des coups de pied aux fesses… et je vous avoue que seul le besoin de tacher de la toile ou du papier m’a maintenu la tête hors de l’eau.

Evidemment j’ai pensé à ce foutu virus en premier. On ne pense plus qu’à ça des qu’il y a la moindre défaillance désormais ce qui indique – qu’on le veuille ou pas -que nous sommes tout de même touchés par la psychose ambiante.

Même l’optimiste forcené que je suis l’est, ce qui n’est pas peu dire. Ou l’hypocondriaque plutôt car avant l’arrivée de la Covid ( vous avez remarqué le féminin ) j’étais plutôt accès sur le cancer des testicules, la tumeur du ciboulot, sans oublier la leucémie, le cancer des os j’en passe et des meilleures.

Donc reniflements, maux de crâne à répétition, fatigue générale et transformation intempestive en cloporte se trainant du lit au canapé globalement une fois mon effort pictural de la journée mené plus ou moins à bien.

A grands renforts de Doliprane et de mantras, j’ai évidemment fait appel à l’esprit de Monsieur Coué, vaut mieux revenir aux origines qu’aux produits dérivés, comme la PNL et autres billevesées de développement personnel. Et aujourd’hui une petite semaine après, me revoici un peu plus en forme et apte à écrire de nouvelles bêtises.

Etre malade a ceci de bon qu’on est prêt à tout pour que ça se termine le plus rapidement possible. Etre malade rend créatif. Pas de façon directe, je veux dire pas pendant qu’on est alité. Non, pendant que tu es alité tu roupilles, tu sers les dents, tu te poses des questions sur l’après vie, et tu regardes le plafond. C’est plutôt lorsque ça va mieux que la créativité surgit, un peu comme la Grace tombe sur une bonne sœur au bout de 30 ou 40 ans d’ennui. Ou comme lorsque tu ressors de chez le dentiste qui vient de te soigner une rage de dents.

Toujours ce système des vases communicants.

Du coup j’ai revisité toutes ces pensées morbides que j’ai eu, du genre je vais crever c’est sur, que vais je donc laisser derrière moi, ou encore putain je m’y prends vraiment comme un gland pour communiquer sur mon art avec les gens, ou encore je suis un peintre de merde et je devrais laisser tomber tout ça pour passer à la plomberie ou à la peinture en bâtiment,.

On vient juste de faire appel à un artisan pour rénover notre cuisine et pendant le camping forcé, ajouté aux affres de la dépression causée par ce qui n’est qu’un petit refroidissement -plutôt classique au mois d’avril-, j’ai calculé que je me ferais des coucougnettes en or massif si je choisissais de gagner ma vie comme ça. Sauf que j’ai plus de 60 balais et qu’il fallait y penser avant mon petit pote.

Bref . On ne peut pas être et avoir été comme disait je ne sais plus qui.

Je crois que j’adore ça en fait. M’imaginer au bord du trou, quasi habillé en suaire, près à recevoir la première pelletée de terre. C’est une pensée obsessionnelle. Je peux être en train de faire la cuisine, bricoler, faire l’amour, me promener en forêt je ne peux pas m’empêcher de penser que je vais claquer. Que tout ce que je suis va s’évanouir d’un coup dans la stratosphère à tout jamais. PSSSHHHIITTTT ! et puis pas plus. Je tente d’affronter cette vision d’anéantissement totale depuis toujours. Depuis mon tout premier cours d’astronomie où le prof nous avait suggéré d’imaginer le rien avant l’arrivée du Big Bang.

Evanouissement direct.

Je ne m’évanouis plus à cette pensée. Je deviens juste morose. Ce qui n’est pas bon du tout pour le système immunitaire évidemment, tous les bons donneurs de leçon prônant la pensée positive le diront.

La maladie a cela de bon qu’elle nous rappelle un vieux principe quasiment perdu de vue dans ce monde ubuesque. Le fameux principe de réalité.

On possède un corps en plus d’un esprit et ce corps de temps à autre, surtout vers la retraite peu devenir un tantinet récalcitrant face à la jeunesse d’esprit qui a tendance à s’en foutre comme si celui ci avait toujours 20 ans.

Je ne suis pas fortiche en sondage mais si je posais la question à toutes les personnes ayant franchi la cinquantaine :

Dans ta tête tu as quel age ?

Bon nombre s’ils sont honnêtes donneraient une réponse qui oscillerait entre 7 ans et 25 ans. Je veux évidemment parler des plus lucides d’entre nous. Pour les autres qui se pensent terrassés par les années, accablés par le bagage d’expériences et de connaissances et qui confondent ça avec la connaissance j’ai peur de ne plus rien pouvoir faire pour eux.

Winston Churchill l’avait dit : la vieillesse est un état d’esprit et il avait parfaitement raison. C’est d’ailleurs ce qui l’aura conduit a faire tellement de bourdes dans sa vie et parmi toutes celles ci quelques fameux coups de génie.

S’imaginer vieux c’est souvent du à un excès de prétention si ce ne sont pas les articulations qui nous conduisent à le penser. On prétend avoir vécu, on prétend savoir un tas de trucs et souvent quand on regarde clairement les choses en face – ce fameux principe de réalité- de quoi s’aperçoit t’on je vous le demande ?

On s’aperçoit qu’on n’est sans doute même pas encore né. Que l’on est resté coincé dans une espèce de no man’s land à digérer du placenta en attendant d’avoir l’espoir de prendre un bon bol d’air.

C’est toujours une question de point de vue mais pas seulement, cela peut être lié à tellement de facteurs divers et variés qu’on ne peut qu’être humble en fin de compte face à la solidité, à la véracité de ce point de vue justement.

Je ne sais plus quel Bodhisattva fameux disait que l’esprit était changeant et qu’il ne servait pas à grand chose de s’y attacher de trop. Qu’il fallait plutôt le considérer comme un ciel avec des changement de luminosité, des éclaircies et des orages pas grand chose de plus. Cela demande un effort de distanciation qui ne se trouve pas sous le sabot du premier cheval venu. D’autant que désormais on n’en voit plus beaucoup des chevaux si on observe bien…

Donc un coup de mou pour tenter de recentrer le sujet car j’ai toujours tendance à m’égarer par distraction.

Un coup de mou c’est neutre finalement tout dépend comment on l’interprète, avec quelles lunettes on le regarde, parfois ça peut venir d’un rien ou d’un tas de bonnes raisons car -bien sur- il faut aussi de sacrées bonne raisons, et on est porté à se les fabriquer en cas de besoin. On n’imagine pas un coup de mou gracieux qui viendrait comme un cheveu sur la soupe un poil pubien d’ange , un cadeau du ciel. C’est forcément qu’un truc ne tourne pas rond. Comme si tout devait tourner rond. Du coup on s’invente des raisons mais surtout des fautes, une culpabilité.

Si je ne vais pas bien c’est parce que etc.

Bon on en perd du temps avec ça ,et j’en perds surement à vous narrer ces fadaises, où alors ça meuble, ça occupe le temps qu’il faut en attendant d’aller mieux en attendant que le train train reprenne que tout se remette à tourner rond.

C’est confortable de tourner en rond ça peut mener à des transes de derviche comme à l’ennui, et encore une fois les résultats sont tellement surprenants pour un évènement aussi banal que l’on est bien droit de se poser quelques questions sur les véritables raisons, ontologiques cette fois, servant à l’équilibre d’un système qu’on ignore totalement impliquant ce fameux coup de mou et aussi pourquoi pas la rotation des planètes qui tournent en rond elles aussi comme à peu près tout dans la réalité qu’on nous assène régulièrement.

quelques uns de mes derniers travaux sous coup de mou :

Se forcer

« Si tu ne fais aucun effort, si tu ne te forces pas un peu, tu n’auras rien. » Cette condition pour obtenir m’a toujours paru louche.

Bien que j’ai obtempéré le plus souvent bêtement , ou plutôt lâchement, la bêtise excuserait-t ‘elle la lâcheté ou vice versa ? car les retombées en cas de manquement eussent été plus douloureuses que l’effort minimum à produire pour que l’on me flanque la paix.

Mais le plus souvent je freinais des quatre fers si je ne ressentais pas le besoin.

Ce à quoi on me répliquait que je n’avais pas de cœur. Ce qui devait correspondre à un truc comme mettre du cœur à l’ouvrage, y mettre tout son cœur, etc etc etc

Et si encore si je n’arrivais toujours pas de cette façon là à intégrer la grande fratrie des forcenés de l’effort, les vaillants, les intrépides face à la tâche, on me flanquait soudain le diable dans la peau.

« On ne sait plus quoi te dire, tu dois avoir le diable dans la peau. »

J’étais récalcitrant par nature et on aurait pu me laisser tranquille si on n’avait pas misé sur moi comme on mise sur un cheval de course.

J’étais l’ainé de l’écurie, foirer eut été inconcevable.

Mais que mettaient ils donc dans ce mot ? dans la réussite ? A vrai dire en observant cette fameuse réussite, je n’y voyais rien d’encourageant.

Un pavillon de banlieue, une télé couleur, deux voitures, le frigo toujours plein à craquer et puis cet air satisfait de soi surtout d’avoir pris de distance la misère, tout en méprisant l’air de rien ceux qui s’y trouvait encore… ce n’était pas bien baisant.

Si je ne me forçais pas, ils s’en chargeaient.

D’ailleurs ne se chargeaient ils pas de tout ?

Et moi comme un roi assit sur mon trône j’observais, je jugeais, pour ça pas besoin de beaucoup d’effort, pas besoin de se forcer.

Croquis d’enfant roi Patrick Blanchon 2021

Courroucer les dieux pour avoir du foin.

Tant qu’il y a de la honte tout n’est pas perdu. D’ailleurs elle ne sert sans doute qu’à cela à se remémorer les différents passages, les impasses, les culs de sac, de cette immense labyrinthe que l’on s’oblige, à partir d’un certain âge, à transmuter en épopée.

Et pourquoi donc fait-on cela ? Mais pour quitter ce monde sans regret évidemment en ayant à la fois cette impression de lui avoir donné un sens et partant, tenter de devenir un brin sensé soi-même.

Car en dehors de son contexte habituel, binaire, entre bien et mal , ce sentiment de honte dans lequel je m’engouffre régulièrement lorsque je pense à certaines périodes de ma vie, n’est probablement qu’un prétexte, tout au plus une marque, une scarification ou une série de tatouages dont l’utilité est de pouvoir en un clin d’œil et en utilisant cette cartographie de la douleur, revenir sur les lieux, dans les histoires, les atmosphères associés aux êtres rencontrés.

La honte est ce petit caillou dans la chaussure qui, s’il gène pour marcher, nous rappelle également que nous sommes bel et bien en vie. Peut-être que l’on trouvera cela un peu « tordu par les cheveux » , et on aura raison comme il est d’usage d’associer l’impersonnel à la Raison.,

Mais à cette époque de ma vie, la confusion était si forte qu’elle avait désintégré à peu près tous mes points de repère. La douleur était donc tout ce qui me restait, une douleur physique, pour contrer le malaise psychique, pour tenter de le contenir en un lieu précis, identifiable. Le malaise psychique est seulement lié à un trop plein d’imagination , à l’obsession d’embellir la réalité, et au besoin de tout casser lorsque celle ci ne me convenait pas, à la façon d’une ébauche que l’on efface pour la remplacer par une autre.

Je me souviens de rages de dents que je trimballais plusieurs jours et qui me rendaient dingues à me cogner la tête contre les murs. Il aurait suffit d’un coup de fil pour prendre un rendez vous en urgence chez le premier dentiste venu, mais je trouvais toujours un tas de raisons mystérieuses pour ne jamais le passer.

Je dis « mystérieuses » car une partie inconsciente semblait s’opposer obstinément à régler ce problème de rage de dent. Une part mystérieuse en moi qui s’acharnait à me détourner du plus petit comportement logique comme du soulagement et de la remise en question totale, insupportable, qu’il pourrait apporter avec lui.

Je sentais bien que quelque chose clochait, que je n’étais plus tout à fait maître de moi-même, et qu’une sorte de curiosité à mi chemin entre la naïveté enfantine et la superstition du sauvage semblait être le capitaine de ce navire qui ne voguait toujours que vers de nouveaux naufrages, de nouveaux désastres. Rien que pour voir ce que ça pouvait faire au final. Pour aller au bout du bout. De prime abord j’aurais tendance à dire que ce n’était que la contrepartie normale d’un sentiment de supériorité, d’une invulnérabilité terrifiante masquant la plus grande des fragilités comme d’habitude. D’un autre coté ces raisons ne sont que des raisons, des filtres posés à la hâte sur une sensation aussi fuyante qu’indicible. Une sensation aussi proche de l’effroi que de la jouissance dont on ne sait rien des frontières claires. Un no man’s land.

Si j’éprouve de la honte en repensant à cette époque c’est parce cette folie aurait pu être parfaitement acceptable si elle n’avait entrainé des dégâts collatéraux dans son sillage. Parmi toutes les victimes, le doute me tanne parfois d’imaginer qu’une ou deux puissent avoir été sincères. C’est à dire parmi toutes ces femmes égocentriques surtout qui auront pris le prétexte de l’amour comme je prends le prétexte de la honte pour s’excuser de vivre ou de se créer une raison de continuer pour ne pas voir en face notre inadéquation. Une vacherie que l’on s’obstine à ne pas voir dans un couloir, que l’on ne cesse de vouloir rater obstinément.

Elles m’auront en tous cas appris que l’égocentrisme peut aussi être une sorte de vertu. Tous les riches le diront, la première règle qui mène à la fortune étant de ne s’occuper que de ses propres affaires.

Cette honte est une mine d’or inépuisable. Je ne me lasse pas d’y revenir comme un ouvrier à la mine , chaque jour pour la forer comme un filon avec une ardeur renouvelée à chaque nouvelle pépite que je découvre.

Ces textes que j’écris sont en quelque sorte , le résultat de nombreuses excavations explorées , des galeries, des catastrophes obligées, plus ou moins anticipées ou préméditées et qui, à un moment ou à un autre, créeront l’éboulement opportun. Effondrement final ne servant qu’à éprouver la solidité d’une obstination, d’une persévérance, d’un courage ou des innombrables petites lâchetés un peu plus avant.

Les mots sont les cailloux, la terre, le sable que j’extraies chaque jour de ces explorations . Ces textes sont comme les petits monticules que laissent les taupes dans les jardins qu’elles ont dévastés. Ces buttes crées par un animal aveugle mais obstiné remettent en question l’équilibre faussement paisible des jardins à la française, leur aspect mesuré à la lumière des excellentes raisons. Excellentes raisons qui ne sont que des pansements servant à délimiter les frontières du trivial et de l’élégance, du beau et du laid, du vrai et du faux, d’une grille de lecture finalement en valant mille autres . Mais qui par le fait d’avoir été adoptée par le plus grand nombre fait foi.

Chaque texte est ainsi un terril. L’or que je découvre est invisible, il est dans le silence entre les phrases, entre les mots.

L’or est dans le gris des longues plages du Nord dont je suis l’habitué.

Est-ce de ma faute si à cette période de ma vie je cédais à toutes les tentations non sans les avoir en premier lieu provoquées ?

Aujourd’hui j’essaie d’arrêter la séduction comme on tente d’arrêter l’alcool, le tabac, en vain le plus souvent. Disons qu’au moins j’aurais identifié la cause de nombreux déboires en m’en prenant à celle-ci.

C’est comme si j’essayais de me racheter en fin de parcours en m’inventant une morale toute nouvelle, et je comprends bien que c’est encore une fois de plus une vision tordue de la fameuse réalité. Comme si d’un seul coup on pouvait rebrousser chemin, déclarer pouce et rentrer tête baissée dans le rang.

Sans doute serait ce alors plus intéressant de voir les choses telles qu’elles sont. Comme des forces et des faiblesses. Des vecteurs qui, de rebondissement en rebondissement font avancer l’histoire, et évoluer les protagonistes.

Entre 18 et 25 ans je possédais un don, une facilité qui me semblait aller de soi. A séduire comme on respire. D’une façon totalement spontanée presque sans aucun calcul. Du moins c’est ainsi que je préférais voir les choses bien sur.

Aussi m’était ce facile de me retirer soudain, une fois la séduction passée, au moment d’assumer de véritables responsabilités car c’est là que je ne trouvais plus rien de naturel. Le moindre effort en ce sens m’apparaissait artificiel comme un nouveau placage sur de l’ancien, comme une mode en chasse une autre mettant soudain le doigt sur la vacuité de nos engouements, de nos emportements tout en installant un poste de douane entre le nécessaire et le superflu.

Mais j’étais encore confus et je ne voyais pas beaucoup plus loin que le bout de mes chaussures. Ce qui m’importait était la satisfaction immédiate de besoins élémentaires me considérant toujours plus ou moins en état de survie.

J’avais perdu le fil avec ma famille, j’étais seul au monde, je ne m’en plaignais pas trop car c’est bel et bien moi qui avait décidé tout cela même si l’effet s’était soi disant produit sur un coup de tête une dizaine d’années en amont.

Sans doute une impossibilité de mener à bien un rêve de gosse. Devenir ermite ou explorateur de contrées inconnues, se retrouver livré à soi-même en pleine jungle ou en plein désert parce qu’il était une évidence livresque que les trésors s’atteignent de cette façon et pas d’une autre. Cela aurait été ridicule de se retrouver à poil dans le bois de Boulogne de Vincennes ou de Meudon. Ma foret imaginaire en aurait prit un sacré coup.

Mais Paris remplace aisément toutes les forets, chaque quartier est un nouveau territoire peuplé de bêtes sauvages, avec ses dialectes, ses us et coutumes, ses croyances. Je ne sais plus quel raisonnement tordu me faisait penser que pour devenir ce héros je devais en premier lieu m’enfoncer dans l’anonymat. Rompre tout lien familier avait été la première étape, et durant une bonne dizaine d’années je tentais de rompre avec moi-même du mieux que je le pouvais, c’est à dire maladroitement, comme un sauvage doté d’un os dans le nez qui sans cesse reproduit une sorte de cérémonie d’initiation.

Se jeter ainsi dans l’anonymat, dans cette ville aux milles et un possibles au travers de pérégrinations dignes d’une danse soufi m’aura appris quelque chose de la transe. Sans doute la naïveté me laissait elle encore croire qu’à force de creuser son propre trou on atteint un jour la chine vraiment. Devenir Chinois en voilà un joli but pourquoi pas ?

Sauf que chinois ça a l’air simple et qu’il faut forcément corser un peu les choses.

Donc chinois d’accord mais lettré, savant et bien entendu artiste et donc magicien. Je crois que j’ai toujours possédé en tous les cas cet esprit chinois du méandre qui oblige à mépriser la ligne droite parce qu’elle est bien trop triviale, ou diabolique.

Mais je fais le malin au moment où j’écris ces lignes. J’essaie encore d’atténuer, ou d’exagérer, de modifier cette fameuse réalité. Revenons à cette constance dans l’usage de la séduction …

C’était plus fort que moi comme on dit.

Assez rapidement les jeunes femmes m’ennuyèrent. Obsédées de projets face à celles ci je ne faisais évidemment pas le poids. Construire un foyer, une carrière, faire des gosses et les élever, tout cela avec une efficacité et un pragmatisme à faire pâlir d’envie Machiavel ne pouvait évidemment pas être ma tasse de thé. Je me projetais déjà oui bien sur mais j’étais déjà arrivé avant même d’être parti.

Finalement ces jeunes femmes ne me proposaient rien d’autre que de revivre la vie de mes parents dans une version à peine corrigée d’un placage moderne.

Au bout d’un petit nombre d’essai infructueux grâce auxquels je compris que je n’étais pas apte pour cette vie là, je me rabattis sur des femmes plus âgées.

Pourquoi ce type de femmes en particulier ? Je ne me suis pas vraiment posé de question à l’époque, je fonctionnais à l’instinct uniquement, au ressenti. Elles étaient disponibles, elles ne voulaient pas vivre d’histoire compliquée, elles désiraient profiter de la vie tout bonnement. Des conquêtes faciles finalement. Et puis elles ne s’embarrassaient pas d’avenir et de projets. S’aimer dans l’instant sans obstacle, et retomber chacun de son coté épuisé mais soulagé prêt à vaquer à de nouvelles errances en toute impunité.

Aimer est simple de cette façon. Si on peut appeler ça comme ça évidemment.

Les femmes qui me trouvaient à leur gout étaient ni plus ni moins les victimes d’une analyse marketing personnelle menée inconsciemment. Par tâtonnement j’avais fini par comprendre ce qu’elles recherchaient en urgence et ce qui pouvait être susceptible avec un minimum d’effort de déclencher le passage à l’action.

Oh ce n’était pas coucher qui m’intéressait le plus, Ce n’était pas la satisfaction benoite d’améliorer non plus un tableau de chasse. C’était probablement à la fois plus bête et plus simple, comme toujours. Juste obtenir un peu de chaleur humaine sans trop perdre en dignité. D’ailleurs cela ferait une excellente accroche publicitaire pour un réseau de rencontres.

Venez prendre votre petite dose de chaleur humaine …

Le problème ne se situait d’ailleurs pas tant au niveau de la chaleur humaine que dans une définition acceptable par toutes les parties du terme de dignité. La dignité dont je sentais la présence au fond de moi avait peu de choses à voir avec la dignité des dictionnaires ou de la plupart des bouches qui utilisent le mot.

Protéger mon intégrité contre les mensonges du monde serait plus pertinent sans doute que de parler de dignité. La fierté associée à mon avis en excès généralement au mot dignité n’était pas un objectif. La dignité que j’évoque c’est plutôt la rondeur d’une note juste, une dignité du vivant, du sensible, qui n’a rien à voir avec la morale ou même l’éthique comme ne cessent jamais de les brandir les intégristes de la dignité, les héros mal digérés de toutes les histoires à dormir debout pondues du coté de Disneyland ou Hollywood.

Un dignité de plante verte ou d’arbre, ou de chat m’aurait convenu mille fois mieux. Une réaction logique à l’environnement, logique et élégante, nécessitant peu d’efforts et n’ayant comme objectif que l’efficacité et la préservation de l’espèce.

Ma honte est directement liée à l’animalité, au vivant que j’éprouve si fortement toujours en moi et à cette dignité erronée rabâchée que je n’ai jamais eu de cesse de détruire pour en découvrir une autre plus juste, en meilleure adéquation avec mon véritable ressenti

Sans doute est ce une démarche de hors la loi, de marginal, d’artiste, de timbré absolu, peu importe dans le fond comment nommer cette démarche. Et surtout est ce que ça sert à quelque chose de la nommer et d’expliquer toutes ces choses. du chinois pour la plupart de mes contemporains…

Ce n’est donc pas pour retrouver une fausse dignité perdue que j’écris ces textes, que j’extraie toute cette boue et ces rochers tout autour de mon propre vide. Ce n’est pas non plus une confession à proprement parler. Plutôt une sorte de récapitulation des faits afin de dénouer chaque nœud que cette culpabilité, cette honte, ce magnétisme du collectif laisse toujours en tâche de fond.

Aller jusqu’au bout d’un chemin que l’on a décidé et ce même si on sait qu’on tombera sur une catastrophe est ce du courage ou de la bêtise finalement ? Et comment faire autrement pour trouver ce fameux sens à la vie et au monde ?

Comment utiliser les voix de la fiction pour déboucher sur une réalité neuve, vierge, inédite ? Il semble que c’est un pari que je me serais fait à moi-même depuis le début de ma vie. Qu’importe le résultat dans le fond comme pour le pèlerin qui atteint Compostelle et qui découvre comment tous les chemins mènent à Rome.

Le narrateur est donc le héros et forcément il doit en voir de toutes les couleurs ce qui prouvera ou éprouvera sa volonté à rejoindre un but.

Depuis les grecs il en est ainsi. Ulysse fait les quatre cents coups puis rejoint son île, Pénélope.

Fin de l’histoire qui satisfait le plus grand nombre, le rassure.

Sauf qu’en vrai les choses ne se passent jamais ainsi. Il y a une suite à cette Odyssée. Pénélope est d’un ennui éreintant, Télémaque est gonflant, ne reste plus que le vieux chien à balader sur l’ïle.

Alors Ulysse vieillissant se demande.

Et si j’osais encore cracher à la figure des dieux ?

Et si je repartais une fois encore sur la mer vineuse à la rencontre des sirènes, des cyclopes et de tout ce joyeux bordel qui sont les ingrédients incontournables de toute véritable aventure ?

Puisque tout est raté absolument puisque les dieux semblent une fois de plus avoir gagné … Voilà bien l’homme et le héros tel qu’on l’attend : C’est quand tout est perdu et que cela semble définitif qu’il se risque encore et toujours …

Pour quoi ?

Mais pour rien justement, absolument pour rien ! Courroucer n’est pas un but seulement un moyen.

Pour en revenir à la honte, ce qui serait le plus honteux au final serait de penser avoir gagné ma petite place au soleil, d’être enfin content d’être comme tout le monde de m’être assagi victime consentante du rouleau compresseur des années.

Le plus honteux à bien y réfléchir ce n’est pas tant de trahir les autres que soi-même. Et il semble d’ailleurs que les deux soient toujours fortement imbriqués ce qui procure une démarche de crabe à une grande partie de l’humanité.

Car lorsqu’on en a terminé avec sa propre trahison on n’éprouve plus d’élan à trahir qui que ce soit. On n’a juste à dire oui au merde ce qui est amplement suffisant.

Comme disait un grand oncle rebouteux en me toisant gamin

>Ne fais pas l’âne pour avoir du foin mais courrouce les dieux et tu verras….

huile sur papier format 15×15 Patrick Blanchon 2021

Gravité

Je n’ai jamais été doué en conjugaison. Dès l’enfance un mal de chien à comprendre le passé et toutes ses déclinaisons du simple à l’antérieur en passant par le participe passé, toutes ces notions d’achèvement ruinaient le moindre espoir dans le futur déjà. C’était comme s’il existait une force invisible d’une puissance terrible qui transformaient le moindre souvenir en tête réduite, en peau de chagrin, des masques hideux de carton bouilli.

Cette ligne de temps qu’impose tacitement tout art de la conjugaison ne correspondait pas à ce que j’éprouvais du temps en général. Pour moi le temps n’était en rien linéaire mais un simple phénomène de bifurcations permanent, comme on en trouve dans les sous bois au carrefour de plusieurs sentiers. Qu’importe alors d’en emprunter un par choix puisque ce choix serait arbitraire tant qu’on ne savait pas où il menait.

Je me suis souvent interrogé sur cette force antagoniste, venait t’elle de moi ou bien de l’extérieur ? N’était t’elle pas somme toute quelque chose de naturel participant à un équilibre qui dépassait la compréhension de notre espèce ?

Et puis j’ai vu la grande marche du progrès durant ces 50 dernières années. Il y eut des merveilles et des drames mais au bout du compte cette force reste toujours énigmatique. Je crois qu’aujourd’hui bon nombre de savants planchent sur cette question et sans doute passerais je l’arme à gauche sans avoir connaissance d’une découverte qui rendrait enfin possible son utilisation dans le bon sens.

Chaque fois que j’ai voulu m’élever il m’aura fallu lutter contre la gravité. Que ce soit pour gravir un monticule à pied ou à vélo ou encore prétendre à gravir les fameux barreaux de l’échelle sociale, ou encore aller plus haut encore dans ce que je pouvais comprendre de l’amour et de l’art, de la peinture notamment.

A chaque fois quelque chose se met en travers, m’entrave et je dégringole.

Pour une bonne part les raisons de ces dégringolades peuvent s’expliquer plus ou moins simplement mais il y a toujours un facteur mystérieux sur lequel il est difficile de poser une définition universelle. C’est toujours cette gravité.

Le seul travail que j’ai pu faire c’est de tenter d’éliminer au fur et à mesure des années comme des scories dans une mine, toutes les choses sur lesquelles j’exerçais une possibilité de contrôle.

J’ai éliminé ainsi le besoin de reconnaissance, le désir de gloire, le désir de fortune qui sont généralement les principales causes de ces dégringolades pour ne plus me focaliser que sur l’amour seul. Encore faut il s’entendre sur ce terme. Pas un amour qui compenserait un quelconque manque mais plutôt le réceptacle de ce trop plein que j’éprouve toujours à plus de 60 ans.

Cependant malgré tous mes efforts, mes renoncements, mes choix je vois bien que la gravité reste telle qu’elle a toujours été. Elle est comme ces programmes informatiques ou génétiques et comme ce qu’en disent les sages dans les écrits sacrés quelque chose de gravé dans le marbre depuis le début des temps et contre laquelle on ne peut rien sauf espérer.

Quand on voit tous ces millions, ces milliards que nécessite le décollage d’une simple fusée pour quitter l’atmosphère on peut être dégouté ou ébahi, hypnotisé en tous cas par cette volonté de vouloir à tout prix lutter contre la force de gravité qui nous emprisonne.

Souvent j’ai pensé que toute cette ferraille, tout ce carburant, toutes ces formules mathématiques étaient peu de choses par rapport à la puissance de notre esprit et à toutes les capacités de celui ci que nous ignorons toujours.

Oui j’ai cru qu’un jour il serait possible de voler dans les airs sans avoir recours qu’au désir bien contrôlé.

De manger à sa faim sans avoir besoin d’argent et entrer dans le moindre magasin

De faire l’amour naturellement sans avoir besoin de parader comme un dindon ou d’élaborer des stratégies fumeuses.

Et bien sur de se rendre à n’importe quel point de l’univers pour le visiter sans fusée.

La clef de toutes ces questions de tous ces rêves il semble bien que ce soit notre relation à la gravité.

Elle est surement de la même nature que n’importe quelle particule liée intrinsèquement à la vision de l’observateur.

Aussi la solution serait de trouver cette fréquence, une sorte d’harmonique particulière, une formule magique ne serait pas si ridicule que ça en a l’air.

On prononcerait alors ce son et le voyage commencerait

Peut-être alors comprendrait on que la gravité est comme une portée sur laquelle poser des notes pour pénétrer dans la musique du monde jusqu’au confins de l’infini.

huile sur toile Patrick Blanchon 2021

L’intelligence financière

Aussi surprenant que cela puisse être les personnes intelligentes, cultivées, bénéficiant d’emplois qualifiés peuvent être des billes en matière d’argent. La raison de cela est que l’intelligence financière ne s’apprend pas à l’école pas plus qu’à l’université. En écoutant sur la route que j’emprunte pour me rendre à mon travail un nouveau livre audio intitulé « Père riche, père pauvre » de  Robert T. Kiyosaki, je ne suis pas surpris de comprendre que j’appartiens à cette catégorie. Une véritable bille dans le domaine de l’intelligence financière.

La première réaction qui me vient évidemment c’est d’aller chercher des responsables, que ce soient mes parents, ou bien les institutions, et me plaindre des lacunes que cette éducation m’aura laissées dans le domaine de la gestion de l’argent. Ensuite, si je réfléchis, je peux aussi me dire que je ne me suis que très peu intéressé à ce problème, et que le seul responsable de ce manque d’intérêt c’est à la fois l’air du temps, un idéal de gauche, l’impression laissé par la déflagration de mai 1968, où encore le passage d’une comète, et pourquoi pas la configuration interlope de mon thème astral.

La vérité est que je n’ai fait que suivre les règles que l’on m’a inculquées. Je n’ai guère eu de créativité dans ce domaine.

J’ai travaillé presque toute ma vie pour les autres et pour l’Etat et malgré un sursaut tardif dont j’ai pu bénéficier en 2008 et grâce auquel j’ai crée mon propre emploi, ma propre entreprise, je ne suis jamais devenu « riche ». La liste de mes actifs véritables ne se réduit qu’à une peau de chagrin.

Même si, il y a peu, je me félicitais encore de posséder un toit, de n’avoir à rendre de compte à personne sauf moi-même, de bénéficier d’une voiture, et de toute une armada de meubles hérités de mes ancêtres, d’objets connectés, de quelques œuvres d’art, et d’une collection de cartes postales, en fait cela ne représente pas grand chose. Je ne peux pas décemment m’illusionner encore en me disant que ces objets entrent dans la liste de mes actifs.

Chaque année la maison perd de sa valeur avec l’érosion du marché immobilier dans la région , frappée par la pénurie d’emploi. Ma voiture est encore potable, mais elle me coute certainement bien plus qu’elle ne me rapportera chaque mois. Les œuvres d’art ont plus une valeur sentimentale qu’autre chose, et les objets connectés ne le seront que par la décision d’une obsolescence plus ou moins programmée.

La seule chose qui reste à la fin est cette retraite minable que l’on va bientôt m’octroyer après toutes ces années de bons et loyaux services. Voilà à quoi mène le fait de suivre les règles, de faire confiance à l’éducation classique, aux banques et à sa bonne étoile.

Bien sur j’ai toujours dénigré plus ou moins cette envie de devenir « riche », ce n’était pas mon but dans la vie, je ne trouvais pas de motivation suffisante qui m’aurait enclin à m’intéresser vraiment au sujet tant j’étais obnubilé par le désir de fonder une famille, d’assumer le paiement des factures, puis de pouvoir m’exprimer. Ces occupations prennent un temps précieux et disons que ce furent mes seules vraies priorités.

A ce propos on ne réfléchit jamais vraiment à ce que sont véritablement nos priorités dans la vie. On fait des choix souvent par défaut. Enfin, pour moi c’est tout à fait comme cela que les choses se seront produites tellement la notion de projet sera restée vague, abstraite, parfois même saugrenue dans un contexte de pure survie.

Dans ce livre « Père riche père pauvre » l’auteur raconte son histoire, celle d’un gamin élevé par un père très instruit appartenant à la classe moyenne. Ce dernier bénéficie d’un salaire correct, mais se trouve toujours en difficultés à chaque fin de mois. C’est son père « pauvre »

En revanche le père de Mike, son meilleur ami , n’a jamais fait d’études, mais il est riche. La question que se pose alors le gamin est de comprendre comment faire de l’argent .

Les deux amis s’associent et décident d’aller frapper à toutes les portes du quartier pour récupérer de vieux tubes de dentifrices usagés qu’ils feront fondre pour récupérer le plomb. Ensuite grâce à un moule en plâtre il fabriqueront de fausses pièces, ils feront effectivement de l’argent. Au pied de la lettre.

Découvrant malheureusement que ce n’est pas légal ils devront renoncer à développer leur activité.

Mais comment devient t’on riche ? Comme fait-on de l’argent ? telles sont les questions qui ne cessent de tarauder le jeune Robert. Il décide donc de s’adresser directement au père de Mike pour lui poser la question.

Le père « riche » de Mike ne délivre pas son savoir comme un professeur classique. Il faut faire des efforts pour acquérir celui ci. Robert et Mike l’apprendront à leurs dépends en travaillant dur dans la société de ce père riche pour des sommes dérisoires au début, puis pour rien par la suite.

A chaque fois que Robert se plaint, s’en suit une leçon de vie que le père riche lui enseigne.

Voilà ce que font la plupart des gens dit-il, ils se plaignent du manque d’argent. Ils pensent qu’en avoir plus résoudra tous leurs problèmes, mais ils se trompent. Ce n’est pas avoir plus d’argent qui résout le problème c’est bien plutôt d’utiliser ce que tu as entre les oreilles.

Désormais Robert et Mike travaillent dans une épicerie qui appartient à père riche.

Le mieux qui vous puissiez faire pour bien comprendre les choses c’est de travailler pour rien leur dit il .

Comment ça pour rien ?

Et bien à partir de maintenant je ne vous donnerais plus un seul cents voilà tout.

Mais c’est illégal répond Robert.

Les gens riches ne suivent pas les mêmes règles répond père riche.

Au fond de l’épicerie on remise de vieux illustrés pour les rendre à l’imprimeur. La couverture est déchirée afin de ne plus pouvoir les commercialiser. Ces revues termineront au pilon.

C’est alors que Robert et Mike ont cette idée de demander à récupérer ces revues et d’ouvrir une bibliothèque de prets en offrant l’accès à celle ci par un système d’abonnement mensuel et modique aux gamins du quartier.

A condition qu’il ne revende pas les revues a bien précisé l’imprimeur. Et voilà ils font de l’argent désormais en toute légalité…

La première partie du bouquin est passionnante car elle me permet vraiment de comprendre un point de vue que je n’ai jamais eu sur l’intelligence financière. L’histoire de ces deux amis et de leurs relations avec ces deux pères, riche et pauvre, les enseignements qui accompagnent cette histoire sont des petites pépites qui me permettent de comprendre pourquoi le capitalisme risque de continuer encore durant un bon moment. Tout simplement parce qu’il n’est rien d’autre qu’un jeu avec ses propres règles qui ne sont pas les règles que l’on apprend dans une famille classique, à l’école, ou à l’université.

Ce n’est pas vraiment l’argent en lui-même le protagoniste véritable de cette histoire, mais bien plus le pouvoir que procure une véritable intelligence financière. Ce peut être considéré comme un art même si ça peut choquer la plupart des gens que je connais. Un jeu et un art. Et plus je vieillis plus je suis porté à croire que jeu et art ne sont qu’une seule et même chose.

Evidemment ce bouquin a déclenché une véritable révolution qui sera d’ailleurs passée pour ma génération totalement inaperçue. Faire du fric évidemment c’est beaucoup moins excitant à priori que la révolution sexuelle qui nous aura préoccupée assez largement.

Lorsque je fais le bilan, et que j’observe tous ces jeunes qui veulent désormais acquérir leur « liberté financière » en créant leur propre business je vois qu’ils se réfèrent à des gens comme  Robert T. Kiyosaki bien plus qu’à des gens comme moi qui ne sont finalement capables que de parler d’art, de littérature, de culture en général ou de se souvenir de leurs aventures tant sexuelles qu’humanistes.

Je ne sais pas s’il faut s’en réjouir, le regretter… et quelle importance de perdre encore du temps là dessus. La vraie question à se poser c’est de savoir ce que sont nos véritables actifs et comment les faire fructifier. Je ne vais pas me refaire évidemment, ce serait ubuesque d’ouvrir un compte d’actions ou d’obligations à mon âge, sans compter que j’aurais l’impression de me trahir totalement en tournant ma veste.

Quels sont les actifs véritables, ce que l’on peut faire fructifier… ? Cela vaut la peine de réfléchir à cette fameuse intelligence financière qui au demeurant prend la finance comme prétexte mais nous parle de bien autre chose si on sait lire entre les lignes.