Photographie

Vieil homme Quetta Pakistan 1986 Patrick Blanchon

La ruelle était écrasée de lumière et d’ombres et tout à coup ce vieil homme a surgit de je ne sais où.

Je me suis arrêté face à lui, il riait.

J’ai appuyé sur le déclencheur après avoir échangé quelques mots avec lui.

Il riait toujours comme s’il voyait en moi le jeune homme qu’il avait du être un jour

et je me suis bien sur mis à rire avec lui en me reconnaissant tout à coup moi aussi.

vraie voix

jeune, il m’agrippe, me suit partout, me harcèle. je cherche ma vraie voix. Quel con. navrante cette histoire de vraie voix. prononce vraie voix vite vraie voix vraie voix vraie voix vraie voix, encore, plusieurs fois. maladroit, noroit, anchois, wrap au poulet et voix au chapitre, pitre et curé. voilà. Jeune il n’est pas si différent d’un vieux. tout ça pour ça wouah wouah !

Voir en fermant les yeux.

Ce matin une bonne sœur me conseille de voir avec les yeux de Dieu. J’allais opiner sans réfléchir tant l’urgence de disparaitre dans quelque chose, peu importe quoi, me presse en ce moment.

Puis je me ressaisis évidemment. Sinon je ne serais pas là à vous le dire.

Voir avec les yeux de Dieu, bon Dieu qu’est ce que ça peut bien vouloir dire ….

Dieu déjà.

Et du coup j’ai fermé les yeux, j’ai gommé Dieu pour voir ce qu’il pouvait rester encore après cette dernière tâche déposée à l’encre sur le papier blanc.

Presque rien huile sur toile ( vendue) Patrick Blanchon 2019

Sensation et pensée

Par la lecture de quelques poèmes je vois cette bête venant rejoindre l’oasis. Une bête assoiffée par la sapience qui cherche folle à faire dégringoler son cavalier. Le contact frais ou brûlant de l’eau sur les babines et la langue comme le palais, vague, elle en cherche en vain le goût. C’est que la bête pense encore et ne s’est pas toute entière donnée à la sensation. De nouveau elle se remplit, gonfle sa panse en pensant encore étancher la soif.

Puis retourne à l’assaut de ses désert de son désir. Mais chaque matin elle s’en revient. L’oasis est toujours là. Peut-être avec le temps, la lassitude, viendra enfin le goût de l’eau, précis comme une sensation.

Un recueil posé pas loin quelque part dans mon atelier.

Silence de la poésie

Huile sur toile 40x40cm 2021 pblanchon

J’aurais voulu te dire tout ce que tes poèmes déclenchent au plus profond. A condition que ce que je puisse en dire ne soit pas vain. Et ce ne sera pas la vanité qui me barrera encore cette fois le chemin, mais la beauté de ce silence qu’on ne saurait déranger, de peur qu’il s’évanouisse, pour replonger dans la stupeur d’une hébétude à caresser en égoïste. Le silence qui suit la poésie, l’emprunter pour revenir à ses sources, et puis pas plus aujourd’hui.

The trooper

The Trooper est un morceau du groupe de heavy metal britannique Iron Maiden, extrait de leur album Piece of Mind, paru en 1983. Il est paru en 45 tours le 20 juin 1983 et a atteint la douzième place des classements britanniques.

Le morceau est inspiré du poème de Lord Alfred Tennyson, La Charge de la brigade légère, lui-même inspiré d’un fait historique, à savoir une désastreuse charge de la cavalerie britannique pendant la bataille de Balaklava, en 1854, lors de la guerre de Crimée. Les paroles retranscrivent le point de vue d’un soldat mort au combat et les guitares de l’introduction évoquent le galop des chevaux.

Le chanteur Bruce Dickinson introduit souvent le morceau, l’un des favoris du groupe en concert, par cette citation de Tennyson : « Into the valley of death rode the six hundred. Cannon to right of them, cannon to left of them, volleyed and thundered, ‘The Trooper.”

Dans la vallée de la mort chevauchèrent les six cents. Le canon à droite d'eux, le canon à gauche d'eux, ont volé et tonné, “Le soldat”.

La face B du 45 tours est occupée par une reprise de Cross-Eyed Mary, un titre du groupe Jethro Tull composé par Ian Anderson et paru sur l’album Aqualung en 1971.

Cette chanson est une reprise, interprétée à l’origine par Jethro Tull sur l’album Aqualung de 1971. C’était la chanson en face B du single de The Trooper. 

Cross-Eyed Mary est une chanson sur une autre forme de fatalité, mais plus humoristique. Il s’agit d’une écolière prostituée mais pas en termes aussi grossiers. Elle va avec des vieux salauds parce qu’elle leur rend service, donnant aux gens ce qu’ils veulent parce que cela les rend heureux. C’est une chanson amusante.

-Ian Anderson

Entre ces deux titres j’ai lu la préface de Mademoiselle de Maupin, de Théophile Gauthier, manifeste Parnassien, refus de la morale comme du lyrisme. Drôle d’histoire que celle de la beauté et de tous ces déguisements des personnages. Drôle de modernité aussi concernant les genres. Drôle d’actualité aussi quant aux propos tenus sur un journalisme de bon ton prônant la vertu, la morale, mais connaissant par cœur ou plutôt sur le bout des doigts tous les textes licencieux. Se rendre mi -19 ème ou ailleurs, montre bien que si tout à l’air de changer, rien ne change vraiment. Le plus vieux métier du monde et l’art me semblent aujourd’huiétroitement liés de tous temps.

Tardivement

Photographie prise au musée archéologique d’Andros, Grèce.

Si tardivement te vient aux lèvres, n’aies pas peur. C’est un réflexe. Une ineptie engendrée par la vieille sensation de l’âge, du temps qui passe, du temps passé, de la mort à venir. On dit tardivement toujours dans une urgence. Cette panique fais-toi une joie de l’écouter. il n’y a que la joie qui mène à cet instant. Et s’il n’y en a qu’un seul ce n’est pas triste. C’est toute la beauté de l’éphémère, la fleur qui s’ouvre, l’insecte qui brûle, le cœur qui bat.

Que ce serait beau

Boutique en ruine à Rafina.

Que ce serait beau de s’en souvenir et d’arriver à l’aujourd’hui comme si cela avait été demain. Prêt pour la vie comme pour la mort et sans vouloir tirer profit. Sans calculer son intérêt. Et tout payer rubis sur l’ongle. Dans la traque tranquille d’un peu de besoin. Ou dans un rêve conscient de ses fragiles limites. Non pas être indifférent au monde mais le prendre tel qu’il est dans son indifférence. Parvenir même à s’en réjouir puisque cette indifférence est garante de cette paix nouvelle qui s’avance avec l’âge.

Que ce serait beau de s’en souvenir et dans l’instant celui-là même où on l’ oublie parce qu’on possède encore un but une opinion, tous ces bagages que l’on tire un peu partout et surtout lorsque l’on veut rester chez soi.

Que ce serait beau d’être là comme un arbre, rendre à la saison son fruit, à l’oiseau son nid, humble et noueux en un tronc planté profond en terre, donner de l’asile comme de l’ombre. Être arbre comme on est pierre ou mousse. Être là comme sont dans le fond toutes choses et êtres.

Que ce serait beau d’avoir l’ouïe fine l’œil perçant et la bouche close à savourer le spectacle incessant, éternel recommencement. Que ce serait beau d’apprécier à sa valeur juste tout recommencement.

Que ce serait beau d’y parvenir enfin, d’éprouver cette fierté d’y être enfin parvenu, sans perdre de vue la nuit noire sans étoile, que ce serait beau de se souvenir d’avoir peur encore une dernière fois, de retrouver toute la fragilité de l’instant, de se dire dans un murmure j’ai vécu tout cela et non rien que cela. Puis partir comme on part en voyage sans plus savoir d’où on vient ni où on va. Que ce serait beau, ce serait trop beau.