Tout ce qui résonne

Je farfouille à l’arrière de la Dacia Logan break en reprenant mon souffle. Je viens d’accrocher 48 toiles qui seront exposées pendant un mois au centre culturel de Valloire, Savoie, France. Et plus une seule clope.

Faut que je me raisonne. Après une pénible vérification effectuée, l’unique tabac du coin n’est ouvert que trois demies journées par semaine et je suis arrivé le mauvais jour.

Cela m’avait effleuré l’esprit en quittant Saint-Jean de Maurienne. Mais il faudrait s’engager dans le centre-ville, se garer, voir la foule sous 35° en cette fin de matinée, avec en prime le risque d’un marché … la flemme.

J’avais hâte d’arriver en altitude, doubler le col du Télégraphe et acheter mon paquet de 30, peinard comme je me l’imaginais dans un petit boui-boui bucolique.

Raté.

Du coup je tapais à tire-larigot dans les plaquettes de gomme à mâcher. Je devais en être au moins à la dixième en une heure et je me sentais entre excité et fébrile. Pas à prendre avec des pincettes.

Je ressors le nez de la Dacia et elle est là juste devant moi. Une vieille dame toute fluette à mi chemin entre le phasme et la brindille.

Vous êtes responsable me demande t’elle ?

Juste de moi-même, et encore pas tous les jours je réponds.

Et là vlan en à peine deux minutes elle me déballe tout.

Elle a garé sa voiture à l’ombre sous l’auvent, elle espère ne déranger personne, elle est musicienne, prof dans deux conservatoires, elle est venue pour enfin pouvoir retrouver son âme sœur qui donne un concert dans la neige là haut vers le Galibier.

Quel coffre !

Je ne me rappelle plus du nom du concert ni du concertiste d’ailleurs. Mon attention n’était pas là. J’ai juste recueilli les paroles comme ça.

Cela fait 30ans que je le suis partout, oh mais nous sommes vraiment de très bons amis (gloussement d’aise). Par contre jamais aucun « rapprochement physique », c’est seulement d’âme à âme vous savez, totalement platonique.

Oui on peut le dire je suis une « Fan », une fan fanée ( gloussement de dépit).

Puis comme je me contentais de sourire elle a ajouté je ne sais plus quoi et nous nous sommes séparés comme ça.

J’ai enfin trouvé ce que je cherchais au fond de la bagnole, puis j’ai été numéroter mes toiles sur une feuille volante pour pouvoir envoyer quelque chose de propre au secrétariat par la suite.

Le centre culturel m’a mis à l’honneur vraiment. Une grande affiche qui surgit de temps à autre sur le panneau lumineux entre deux propositions de film. J’ai essayé de faire une photo mais la nuit commençait à tomber et l’écran était tout blanc.

Le lendemain matin en quittant Valloire je me souviens de la photo ratée et je me dis va en faire une autre c’est pas tous les jours que ton travail apparait aussi lumineux.

La vielle dame était dans sa voiture. Visiblement elle a passé la nuit ainsi enroulée dans une couverture.

Je me suis garé un peu à l’écart et je l’ai regardée sortir de son véhicule toute hirsute. En me voyant elle a remis de l’ordre dans ses cheveux et m’a fait un sourire.

J’ai répondu par un petit signe de la main puis j’ai quitté la ville.

En rentrant j’ai cherché sur internet ce fameux concert dans la neige. Cela m’étonne car j’en ai vu vraiment peu de la neige.

Rien trouvé.

Dommage j’aurais préféré que cette petite dame ne soit pas totalement folle comme j’en ai eu aussitôt le pressentiment en la voyant durant la toute première salve de secondes de notre rencontre.

Il y a ainsi des évènements sur lesquels mon attention se porte puis se focalise pour je ne sais quelle raison.

On dirait que ce sont comme des choses qui résonnent au fond de moi sans que je ne puisse les relier à un son original.

Peut-être que je suis probablement aussi cinglé que cette vieille dame finalement.

Peut-être que j’écris ces choses aussi pour tenter de me convaincre du contraire. La vérité c’est que je ne sais pas, c’est comme ça et voilà tout.

Affiche lumineuse Valloire Savoie
Maurienne Patrick Blanchon

Solitude du voir

Il existe une confusion de l’œil dont on ne se rend pas compte, que l’on prend même pour de la clarté tant nous sommes installés à l’intérieur de celle-ci.

Aveuglément nous croyons voir et nous croyons que tous nous voyons les mêmes choses.

Il ne nous vient pas l’idée de nous interroger sur cette confusion tout simplement parce que nous n’en sommes pas conscients.

Notre attention à tout ce qui nous entoure, si elle est personnelle au début de notre vie, se recouvre peu à peu de cette poussière crée par une sorte d’érosion naturelle.

Une poussière produite par les clichés, un frottement -silex contre silex-qui peu à peu comme une pellicule, un nouveau cristallin recouvre l’original.

On ne s’en rend pas compte tant l’obsession d’appartenir à un groupe prend le pas sur cette attention.

Cette obsession de ressembler pour s’assembler produit sur la vision, lorsque nous tentons dans parler, une catastrophe silencieuse.

On se heurte de nombreuses fois à un mur qui , au bout du compte finit par se nommer limite.

La limite est à peu près la même que celle d’un château, d’un village, d’un pays, la limite est aussi une identité qui nous permet à la fois d’identifier le semblable comme soi-même dans nos échanges quotidiens.

Sans cette limite assimilée la vie serait inconfortable. Nous serions pensons nous étrangers les uns aux autres, voire pire étranger à nous-mêmes.

Voilà une bien étonnante notion que celle du familier.

Le familier c’est de l’étrangeté oubliée par l’habitude de regarder sans faire attention à ce que l’on voit.

C’est à l’adolescence que cette notion de familier est remise en question par l’individu. Cependant qu’un phénomène extraordinaire accompagne cette remise en question. Nous rejetons un familier, celui que nous connaissons par la famille, par les limites imposées par celle-ci et qui nous attribue un rôle. Le rôle d’enfant.

La peur et le désir entremêlés de pénétrer dans la communauté des adultes nous obligent à imaginer de nombreux comportements afin de nous différencier de cet état, de ce rôle attribués par la famille.

Nous tentons de nous extirper de l’ennui, de cette relation figée avec le monde qui nous entoure.

Que ce soit en adoptant de nouveaux codes vestimentaires, en recherchant des groupes musicaux particuliers, en utilisant un langage appartenant à la communauté à laquelle nous briguons d’appartenir parce que nous pensons qu’ainsi ce sera plus facile, en étant accompagné dans l’épreuve, dans une solidarité qui se bâtit par le « contre » de parvenir à un « pour » inédit.

C’est la sempiternelle histoire des générations.

C’est ainsi que nous pensons forger notre « personnalité », mais en réalité nous esquissons plutôt les prémisses d’un personnage que nous souhaiterions devenir.

Ce que nous voyons ne devient plus que de l’utile, du nécessaire en accord avec la construction de ce personnage.

Nous ne voulons pas voir autre chose.

Et cet « autre chose » cette vision personnelle qui nous appartient depuis notre naissance s’enfonce doucement dans l’oubli.

Elle ne disparait pas pour autant.

Le narcissisme de l’adolescent en est une résurgence.

Lorsque notre vision essentielle se confond soudain avec notre propre image à la surface des miroirs le risque est grand de se noyer dans celle-ci.

Il est même nécessaire que nous nous y noyons juste ce qu’il faudra pour parvenir à toucher le fond et remonter à la surface transformés soudain par l’asphyxie. Heureux, apaisé de respirer à nouveau, prêt à délaisser cette mise en abîme du Moi pour continuer le chemin vers Soi c’est à dire aussi vers l’Autre.

Ce sont la des rituels de passage très anciens mais dont la mise en scène n’est plus mise en valeur, en « vision » par notre société dite moderne qui les nomme archaïques, ou pire : ridicules.

Ce narcissisme qui autrefois était représenté par un danger à surmonter dans une série d’épreuves plus ou moins manifestes et encadrées par la communauté ne l’est plus.

Les limites de l’adolescence comme du narcissisme sont devenus d’autant plus floues que le système économique et politique dans lequel nous vivons semble avoir besoin de nous maintenir dans cet état infantile.

Attirer notre attention, notre vision, en nous faisant briguer l’appartenance à des groupes factices et éphémères est devenu le mot d’ordre de la société de consommation et des publicitaires qui ne cessent de nous abreuver de clichés.

Que peut donc faire l’individu emprisonné ainsi dans la solitude du consommateur ?

Que peut donc faire l’individu qui a de l’argent et celui qui n’en n’a pas ?

Y a t’il d’autre choix que de sombrer sans relâche dans cette belle image sans jamais devenir adulte ?

Ou bien devenir un consommateur dans un groupe de consommateurs ?

Ce ne sont pas des perspectives réjouissantes pour un adolescent et la révolte, l’envie de tout casser n’est pas très étonnante.

Lorsque je veux me souvenir de cette période je retrouve presque aussitôt la chape de plomb que l’ennui a posé sur mes épaules et qui dura de nombreuses années après ce qu’on peut imaginer l’âge légal du passage à l’adulte.

Mon adolescence dura certainement jusqu’aux abords de la cinquantaine.

Je crois que j’ai du explorer tous les abîmes et les abysses du narcissisme en sautant régulièrement dans ma propre image par dépit de ne rien pouvoir voir que celle-ci d’attrayant à regarder véritablement.

Cette solitude du voir est comme un athanor d’alchimiste, elle n’est qu’un contenant dont le contenu sera chauffé à blanc par le désir, la curiosité, toutes les faims et toutes les soifs.

Un cocon.

C’est la découverte de l’art qui progressivement m’a permis de trouver un point d’appui pour m’extirper des gouffres et remonter peu à peu sur une terre plus ferme.

Cela ne s’est pas fait en une seule fois. Parfois je croyais m’agripper mais la solidité se dissolvait soudain et je ne faisais que retomber encore plus bas.

Mais appréhender ce mystère avait suffit pour me donner le besoin de recommencer inlassablement à m’agripper.

Je suis allé ainsi d’échec en échec, d’aveuglement en éblouissement.

et je me désespérais bien sur avec la même intensité que j’espérais aussi en contre partie.

Je ne savais pas vraiment d’ailleurs pourquoi autant d’espoirs et de désespoirs passaient ainsi par qui j’étais.

Je subissais tout cela dans un aveuglement presque total.

Jusqu’à la cinquantaine où enfin je pu formuler cette question :

Mais pourquoi est ce que cela ne fonctionne pas ?

Comment puis me prendre autrement pour trouver l’apaisement enfin ?

A partir de cet instant les choses s’enchainèrent sans que j’en sois conscient.

Je tombais dans une grave dépression, je démissionnais de mon job et ne sachant pas ce que je pouvais faire de ma vie, j’ai fais le point sur ce que je voulais et ne voulais plus.

Je voulais être heureux et libre c’était les deux mots qui vinrent tout de suite.

alors je me suis mis à chercher les expériences auxquelles je pouvais associer ces deux mots et j’ai vu tout naturellement d’abord ma mère en train de peindre et moi enfant à ses cotés.

Puis je me suis vu moi même en train de peindre lorsque j’étais gamin.

Tout un monde que j’avais totalement oublié a ressurgit soudain.

Et là je me suis frappé le front j’ai poussé un eurêka.

Je vais donner des cours de peinture pour gagner ma vie, et je vais me mettre à peindre plus sérieusement que je ne l’ai jamais fait de ma vie.

Tout cela me rendra heureux et libre !

Facile à dire, un peu moins facile à mettre en œuvre.

Mais ce n’est pas grave le temps qu’il faut une fois qu’on sait ce que l’on veut.

Ce que j’ai découvert encore après cette prise de conscience est d’une richesse incommensurable.

Cette richesse ne sert pas à payer les factures pour autant.

Cette richesse permet de voir est c’est une nourriture inépuisable en même temps qu’elle prodigue une solitude comme jamais je n’en ai eu conscience.

Pour autant cette solitude n’est pas quelque chose de négatif comme souvent j’ai pu la considérer tant que je ne la comprenais pas.

Ce n’est pas une solitude crée par le manque de reconnaissance, par le manque d’amour, par un manque quelconque d’ailleurs.

C’est une solitude qui éclaire toute une vie, et qui me rend transparent si je puis dire. C’est à dire qui me permet de voir au delà des nombreux jugements, au delà des peurs et des espoirs, une réalité que je perçois telle qu’elle est, tout simplement, sur les carrés et les rectangles de papier ou de tissus sur lesquels mes élèves se penchent, sur lesquels l’homme que je suis se penche aussi.

Bien sur il y a des maladresses, bien sur il y a aussi l’excellence. Mais dans cette vision, grâce à la solitude que m’offre cette vision la maladresse et l’excellence ne sont que des mots, je ne vois que la danse, que le mouvement, que la beauté des valeurs, des opposés , des contrastes et toute leur profondeur.

Cette solitude n’enferme pas, tout au contraire elle rend heureux et libre.

Chat vu par Sarah 6 ans

La critique d’art

Je ne sais plus où j’ai lu ça mais comme je ne suis pas critique d’art ni universitaire vous comprendrez mon absence de référence. Et puis si je cherchais à obtenir la moindre crédibilité je m’appliquerais un peu plus. Ce qui n’est pas le propos. Je voulais dire que la critique d’art est un peu dans la mouise. Ce qui me fait penser à ça c’est la grande solitude de ce type bien mis qui tentait de parler de je ne sais plus quel peintre ( excusez me rappelle plus non plus )

La salle était presque vide à part un SDF qui avait trouvé refuge là pour se reposer, deux ou trois dames bien peignées, un employé de bureau et moi-même, toujours perdu dans mon errance.

Le type en question était critique d’art c’était noté sur l’affichette. J’étais en pleine velléité de me goinfrer de connaissances cet hiver là. C’était probablement pour cette raison que j’étais rentré.

Et au moment où j’ai commencé à éprouver un petit début de compassion pour lui, j’ai bien peur d’avoir été soudain diverti dans mon élan par une sieste inopinée, un peu comme lorsque j’ouvre la télé.

Il faut dire qu’il avait tout bien fait pour je sombre dans les bras de Morphée. Il avait apparemment une telle trouille de donner son avis personnel, subjectif comme on dit, qu’il n’arrêtait pas de s’entourer de références, à l’histoire, aux différents mouvements picturaux, avec des noms , des dates et des lieux sur lesquels il enchainait moult digressions. Le truc soporifique à souhait.

Les dames bien peignées avaient l’air de boire ses paroles comme du petit lait. Avaient l’air mais ce n’était qu’apparence car l’une après l’autre j’ai bien vu qu’elles roupillaient les yeux ouverts.

Le type n’avait rien d’un symbole sexuel.

On aurait bien dit que tous nous nous étions fourvoyés de concert.

Le seul qui était vraiment là pour quelque chose c’était le clodo qui ne ménageait pas ses ronflements ce qui donnait à l’atmosphère quelque chose d’irréel je peux vous le dire.

Une fois mon petit somme terminé et après avoir quitté la salle en catimini je suis allé m’installer dans un café pour réfléchir à ce qui venait de se passer.

Je me suis dit que la critique d’art était certainement dans une putain de mauvaise passe.

Du coup en revenant chez moi j’ai tapé sur Google, faut bien se défouler un peu, et je lui ai demandé quelques mots clefs comme par exemple histoire de la critique d’art parce que je ne voulais pas rester sur une mauvaise impression.

Je vous passe les détails, les références, inintéressantes à souhait si vous êtes venu là pour vous détendre.

On pourrait diviser la critique d’art en trois genres approximativement.

Celle subjective, généralement rédigée par des écrivains en devenir qui cherchent à gagner leur croute tout en jouant des coudes pour se faire connaitre.

Celle scientifique où la référence est reine, et vis à vis de laquelle si on n’est pas soi-même un érudit on ne pigera pas grand chose.

Et puis celle journalistique, établie par les folliculaires de tout acabit qui jonglent entre les élections municipales , les faits divers, les kermesses et les chiens et chats écrasés. Ceux là non plus ne sont pas érudits pour deux ronds et ça ne les intéresse pas de le devenir non plus.

Ils veulent juste noircir du papier pour être payés et que l’on continue à faire appel à eux pour couvrir des expositions de village, de quartier , ce qui leur permet en outre d’assister à des pinces-fesses, des mondanités tout en sifflant quelques verres et en se bourrant de petits fours.

Cela fait plusieurs fois que je tourne autour du pot. Ecrire sur des peintres. J’y suis même parvenu. Quelques textes à peine. Avec beaucoup de difficultés en amont je dois bien l’avouer car je me pose à chaque fois la question du pourquoi.

Pourquoi écrire sur un peintre moi qui ne suis en aucun cas qualifié pour le faire. Je ne suis pas critique d’art. Personne ne me paiera pour le faire non plus alors pourquoi ?

Pour faire comme Baudelaire, me faire connaitre ? Bof j’y ai réfléchi j’ai passé l’âge.

Pour me faire des potes ? bof ça non plus ce n’est pas suffisant à mon avis.

Je dirais que ce sont plus de petits exercices que je me donne comme je donne des exercices de peinture à mes élèves.

D’ailleurs je le dis, je le répète à tout bout de champs. Ne faites pas des œuvres d’art ce n’est pas le but ici , vous êtes là pour faire des exercices détendez vous donc.

Pour le plaisir de savoir si je peux y arriver. Une sorte de petit challenge que je me donne. Evidemment pas n’importe quel peintre. Il faut que j’éprouve un minimum d’empathie. Que je parvienne à pénétrer dans la peinture et que celle ci m’apporte quelque chose. C’est tout à fait égoïste avant tout.

Cette lubie comme bon nombre dans lesquelles j’ai plongé offre toujours un second effet comme les bonbons kisscool.

Cela me permet de mettre un peu d’ordre dans le capharnaüm de mes idées sur la peinture, de m’approcher un peu plus d’une clarté au fur et à mesure que je tente de mettre la confusion en mots.

Ce faisant parlant d’un autre peintre je ne parle évidemment que de moi sans que je ne le sache au préalable. C’est une sorte de diversion qui passe par l’autre pour me ramener à moi-même, ou plutôt à la peinture. A ma façon de considérer la peinture.

Cela me fait réfléchir au pourquoi comme toujours.

On devrait apprendre ça à l’école des le plus jeune âge. J’imagine que l’on gagnerait un temps fou à se poser d’emblée des questions sur ce fameux pourquoi.

Possible que justement on ne nous l’enseigne pas à bon ou mauvais escient.

Si les gens passaient du temps avant toute action à se demander pourquoi ils veulent la faire, il se passerait sans doute beaucoup moins de choses.

Et puis aussi partir avec une idée claire de ce que l’on désire n’est pas du tout un gage de réussite, cela signifie que l’on écarte d’emblée les aléas. Or ce sont souvent les aléas, les accidents qui créent la saveur et l’amertume de l’existence.

Enfin c’est que j’ai découvert, c’est la poésie qui me convient.

Peut-être que ce n’est pas anodin que ce soit justement des poètes, des écrivains que j’aime lire lorsqu’ils parlent de peinture et de peintres.

Pour la poésie tout simplement.

Baudelaire critique d’art

L’œuvre et l’artiste

Hier je me rends chez le médecin pour un petit souci et la consultation ne dure que 5 minutes. Aux murs de son cabinet des toiles magnifiques. Il m’apprend que c’est lui qui peint, et sa joie quasi enfantine d’avoir vendu sa première toile. Lorsqu’il m’examinait quelques instants plus tôt j’avais été frappé par la fatigue que je lisais dans son regard, un œil voilé comme en ont les personnes malades du foie, les alcooliques. Et soudain nous parlons peinture et les traits de son visage se métamorphosent. Vraiment joyeux. J’attends la retraite et là je m’y mets à fond me dit-il.

Il me dit qu’il a un compte Instagram et que ça ne marche pas bien fort, du coup je lui donne quelques conseils et le soir je repense à notre conversation je vais voir ce fameux compte. Il poste ses peintures avec quelques mots clefs et presque jamais de légende.

Du coup je repense à cela ce matin et au texte que je viens d’écrire sur l’artiste-peintre Christophe Houllier, je m’interroge.

Je crois que cela devient de plus en plus une évidence que le public ne peut se satisfaire uniquement de voir des œuvres. Il faut que l’artiste donne de lui-même. Qu’il parle de lui, de son travail, des hauts et des bas qu’il rencontre sur son trajet. En un mot qu’il communique afin de trouver son public.

Il y a encore beaucoup d’artistes qui ne le font pas ou le font mal. Moi-même je ne peux pas vraiment dire que je sois un expert en la matière.

D’un autre coté je ne souhaite pas non plus devenir cette sorte d’expert non plus. Je ne me formerais pas au copywriting afin d’acquérir tout un attirail de pèche pour hameçonner le chaland. Et ça me fait réfléchir aussi à la façon dont il est possible de communiquer sur son travail, sur la réflexion nécessaire à mener pour ce faire.

Cela demande un sacré travail déjà pour mettre en place les outils basiques : un site internet, une page sur les réseaux sociaux mais avec un peu d’acharnement et beaucoup de tutoriels il est assez simple d’y parvenir.

C’est autre chose de penser à son image, à cette image que l’on veut donner de soi à un public. Je crois qu’en art plus que dans n’importe quel domaine cette image ne doit absolument pas être factice, frelatée.

Il y a eut des précédents où l’on voit qu’il s’agit plus d’un personnage inventé de toutes pièces par l’homme pour propulser l’artiste. Je pense à Gainsbourg, à Dali, Blaise Cendrars, Picasso. En créant un personnage ils posent une sorte de barrière sur laquelle bute l’attention et celle-ci finit par s’y focaliser la plupart du temps. Cela suffira à la plupart des gens pour se satisfaire et ainsi joindre les deux images, celle de l’œuvre et de l’artiste.

C’est une sorte d’emballage, du packaging de haute volée parfois.

D’un autre coté si l’on communique naïvement avec ses tripes et son cœur, le risque est grand d’être considéré comme naïf, sympathique et neuneu tout à la fois. C’est à dire que la sincérité que l’on croit importante pour dire est presque toujours transformée en autre chose. La plupart des gens se disant lucides ont peine à y croire. Et du coup au lieu d’être le maître de sa propre image comme dans la stratégie précédente, l’artiste est victime en quelque sorte d’une image que peu à peu construit son public.

Oh lui c’est un artiste il est ravi.

D’où parfois les cris les pleurs et les grincements de dents.

Surtout si on attend quoique ce soit du public.

La position la plus confortable est de ne rien attendre de personne mais de faire le job malgré tout.

La priorité est de peindre et de faire tourner l’atelier pour les cours me concernant et j’ai presque instinctivement décliné les propositions de galeries, de salons, d’expositions un peu trop pompeuses afin d’échapper à la kyrielle d’ennuis principalement les mondanités qui s’y attachent dans mon esprit.

J’ai choisi naïvement d’être « authentique » et ce blog participe très largement à cet effort d’authenticité.

Cependant on peut se dire authentique, y croire et s’apercevoir au bout du compte qu’il ne s’agit que d’une fiction que l’on se raconte à soi-même.

Toujours ce fameux phénomène de recul cher au peintre.

C’est qu’il y a l’authenticité que l’on nous vend à tour de bras et puis l’autre dont on ne parle guère.

Il faut traverser la fiction de la première pour découvrir avec stupeur la seconde. Et mesurer à nouveau la montagne qui se dresse devant soi.

Une des solutions que j’ai trouvées pour pallier cette difficulté de l’authenticité c’est d’essayer de ne rien censurer sur ce blog par exemple partant du postulat que de toutes façons tout n’était que fiction, surtout la fameuse authenticité.

Même si je mets tout mon cœur, toute mon âme comme on dit parfois à rédiger un texte je sais d’avance que je me leurre en bonne partie sur ces notions. Cependant je le fais malgré tout. Pour voir jusqu’où ça peut aller dans la folie, dans la bêtise, dans le subterfuge, dans l’artifice que je ne suis absolument pas en mesure de voir au moment même ou je m’y engage.

Je crois qu’il y a autant d’efforts à faire pour écrire, pour communiquer, pour livrer cette fameuse image de soi au public qu’il en faut pour parvenir à devenir peintre. Les deux sont étroitement liés dans mon esprit aujourd’hui.

Il se peut même que ces deux actions à mener de front se nourrissent l’une l’autre et permettent ainsi d’évoluer.

Dans le fond cela pose à nouveau l’idée d’une limite raisonnable si je puis dire entre ce qui peut intéresser le public et ce qui intéresse l’artiste de livrer sur lui-même.

Les trois quart des choses que l’on imagine importantes pour soi n’intéressent que très peu le public finalement mise à part les voyeurs, les critiques d’art éventuels, les chercheurs.

Il faut faire des tests innombrables pour en être certain.

Amis artistes j’ai testé pour vous ! Sur les centaines de textes écrits durant ces presque 3 ans de blogging je n’ai fédéré qu’une petite audience et chacun de mes textes ne dépasse que très rarement les 5 ou 6 likes.

Mais ce n’était pas un but en soi d’avoir une foule de groupies, de fans de followers. Ce qui était important c’était de comprendre cette notion d’authenticité qui me bassine depuis des années. C’était de parvenir aussi à faire la part des choses entre ce qui m’intéresse moi et ce qui intéresse les autres dans le domaine de la peinture.

En fait on ne retient que peu de choses de l’ œuvre d’un artiste. Quelques pièces sur des milliers. C’est tout ce dont se rappellera le public. Ce n’est ni bien ni mal c’est comme ça.

La satisfaction du peintre ne peut venir que de sa peinture et de ce qu’elle lui apprend sur lui, sur qui il est vraiment.

c’est déjà un luxe inoui.

ça ne résout pas cependant le problème du repas.

Il faut vendre.

Dans ce domaine on est souvent tenté de vouloir réinventer la roue. On se voudrait original, différent des autres, parfois méprisant lorsqu’on détecte les stratégies cousues de fil blanc, lorsqu’on se dit :il ou elle y va fort de se mettre presque à poil devant son tableau. C’est que ‘l’idée d’avoir absolument à se démarquer est tellement forte qu’elle en devient une obsession.

On en revient.

Il est nécessaire d’en revenir pour passer au niveau d’après, retrouver des vies, et un bonus non négligeable qui est cette sérénité, ce calme face à toutes les observations que l’on pourrait nous faire sur l’œuvre, comme sur nous mêmes.

Comprendre ce que les gens perçoivent de tout ça est fascinant. Ce sont tout autant des fictions qu’ils s’inventent que nous le faisons nous mêmes.

Il y a une grande différence cependant entre la fiction et le mot que j’ai pris soin de garder pour la fin , le mensonge.

La différence c’est que la fiction aide à mieux comprendre ce que l’on appelle la vérité en tant qu’absence autour de laquelle on tourne de plus en plus étroitement sans pour autant l’atteindre jamais.

Huile sur toile ( détail ) Patrick Blanchon 2019

L’artiste peintre de l’Etre, Christophe Houllier

Aujourd’hui je souhaite parler d’un autre peintre. D’un autre. C’est venu en regardant une de ses vidéos sur Youtube et aussitôt me sont revenus des souvenirs de lecture de l’Illiade et L’Odyssée. Son nom est Christophe Houllier.

On dirait bien qu’il s’est retrouvé à voguer lui aussi comme beaucoup de ses compatriotes après la chute de Troie cette antique cité parfois nommée aussi Ilion – d’où le titre de l’Illiade- bâtie puis délaissée par les Eoliens l’une des quatre tribus de la Grèce Antique.

Il y a un mystère que nous ignorons dans cette antique cité qui poursuit sa vie de « Polis » grecque au cours des siècles antiques. Ici on ne parle pas d’un état mais d’une communauté de citoyens libres et autonomes dont le but est selon les dires d’Aristote le « bien vivre ».

Cette expression n’a sans doute pas grand chose à voir avec ce que nous nommons aujourd’hui au 21 ème siècle le bien vivre ou le vivre ensemble.

Les idéaux sont à l’origine de l’héroïsme et fabriquent du modèle à suivre ce dont à mon sens nous manquons désormais cruellement.

On peut imaginer que le héros appartienne à une élite, qu’il soit issu d’un groupe dominant, d’une monarchie et c’est juste, c’est souvent ainsi.

Il se peut alors étant donnée l’aporie des institutions actuelles que de graves difficultés empêchent l’irruption d’un demi-dieu en leur sein. Quoiqu’on nous fasse apparaitre comme artifice cela ne reste que de l’artifice. Avec un peu d’imagination on pourrait même dire qu’ils n’atteignent à peine le minimum d’humanité pour nous gouverner.

Pourtant cette qualité que nous éprouvons innée à l’être humain, je veux parler de cette possibilité d’accéder à l’héroïsme n’a pas disparu. Il faut seulement la chercher ailleurs que dans les gestes, les histoires, les lieux habituels parfois improbables et je le crois de plus en plus dans le domaine de l’art et des artistes.

Christophe Houllier est pour moi de la trempe des héros et je suis son histoire comme jadis je plongeais jusqu’à des heures tardives de la nuit nourrissant mon inquiétude, tentant de la calmer de la comprendre dans les récits mythologiques.

Un héros surgit puis s’évanouit laissant la place à un autre.

Pour reprendre cette image de Troie et de sa fin on assiste en filigrane à un changement de paradigme, à un glissement de ce que les anciens fils des airs et des vents avaient légué à l’humanité antique et qui savait composer avec le hasard et les dieux en bonne harmonie vers quelque chose qui ne s’est sans doute pas achevé au moment où j’écris ces lignes.

Cette rébellion parce que soudain on pense avoir un peu d’esprit, incarnée dans Ulysse.

Enée disparait au profit de ce Grec rusé qui défie les dieux et qui s’en trouve d’ailleurs punit par un long exil.

Ce qui est étrange c’est que c’est la divinité tutélaire de Troie, Athéna, qui l’aidera dans son périple et plaidera souvent sa cause, n’hésitant pas à lui confier conseils et subterfuges au besoin pour attendrir les Dieux vengeurs.

C’est que les écrivains qui ont créent ce long récit -L’Illiade et l’Odyssée- dont on ne se souvient que d’Homère n’étaient pas des perdreaux de l’année. On peut dire qu’ils en connaissaient un rayon en matière de psychologie humaine ou divine et qu’ils s’en seront donné à cœur joie pour tout nous raconter dans le menu.

La lecture cependant comme la peinture nécessite d’aiguiser son discernement autant que son regard. Cela demande du temps, la denrée la plus précieuse de nos vies que nous avons parfois du mal à trouver dans l’agitation du quotidien.

Regarder le travail de Christophe Houllier me relie donc à la mythologie et à ses héros en premier lieu.

Il se définit comme un peintre de l’être ce que j’avoue avoir trouvé un peu exagéré au départ. Mais cela m’a aussi attendri et puis il faut bien un titre après tout, pourquoi pas celui là. Et puis au début aussi il avait beaucoup de mal à dire, beaucoup de maladresses, de difficultés, mais il s’est accroché, il a énormément travaillé j’en suis souvent resté baba et c’est au travers de citations philosophiques qu’il emprunte à Spinoza qu’il tente de définir sa quête et de nous parler de sa peinture.

Une évolution fulgurante s’est produite sans doute due au confinement, à la crise sanitaire à la difficulté majeure de ne pas pouvoir exposer durant toute une année voire plus.

Il a travaillé parce que sans doute c’est ce que l’on pouvait faire de mieux durant une telle période.

J’ai vu qu’il cherchait à épuiser quelque chose au travers de ses petits formats crées pour le 111 des arts. Pour ce faire il a voulu utiliser les lambeaux de papier tachés de couleurs qu’il lui restait. Des scories d’œuvres terminées appartenant à plusieurs collections achevées.

Fragments Christophe Collages Houllier 2021

C’était troublant de ne rien vouloir perdre ainsi, je me rappelle me l’être dit déjà lorsqu’il avait évoqué sa démarche.

En fait c’était pour clore semble t’il une période en beauté. Faire « propre » . Etre « clean » comme on dit désormais.

Aujourd’hui il reprend un projet qui est resté en jachère durant une année pour l’exposition Art et Chapelles.

Ce sont des grands formats, une taille imposante sur lesquelles il veut montrer à la fois le partage et l’humilité, deux qualités qui lui sont chères.

Ce que je comprends c’est qu’il est en train de nous parler d’humanisme dans une époque où celui si n’est plus résumé qu’à des mots d’ordre, des poncifs. Quel courage !

Le hasard fait extraordinairement bien les choses d’autant qu’on sait les voir de manière détachée.

Il se trouve que ces deux œuvres doivent se rejoindre dans une cohérence malgré des techniques de mise en œuvre différentes. La première fut réalisée avec des collages la seconde à la peinture à l’huile.

C’est drôle mais je vois là aussi un changement de paradigme, une métamorphose d’un héroïsme vers un autre qui durant le processus d’élaboration de la seconde œuvre reste assez énigmatique. Christophe lui même laisse parfois échapper un doute, et presque aussitôt un espoir de parvenir à réunir ces deux pièces dans une « cohérence ».

Je me suis interrogé bien sur sitôt que j’ai entendu ce mot qu’il a prononcé bien des fois au cours des vidéos partagées de son travail.

Pourquoi donc s’obstiner autant à vouloir produire de la cohérence ? De quoi finalement veut il donc parler au travers de ce mot ?

Il ne pouvait s’agir que d’une cohérence esthétique. Il devait y avoir quelque chose d’autre.

De plus exposer dans des chapelles, est une chose, créer spécialement des œuvres à cette fin en est une autre.

Dire que Christophe est croyant qu’il possède la foi n’explique pas non plus de manière satisfaisante ce que je ressens par rapport à son travail.

C’est vrai que celui ci provoque une émotion semblable à ce que j’ai ressenti en rencontrant Fra Angelico notamment. Une grâce qui jaillit du lumineux de cet ensemble.

Non le fait religieux contient beaucoup trop de mots d’ordre et je préfère le réduire à son origine le partage.

Il y a un véritable partage dans ces peinture.

Le partage d’une action que je considère héroïque de vouloir peindre notamment au moment où toutes les élites du marché de l’art, les intellectuels de l’art ont décidé que la peinture était morte quelle ne servait plus à rien.

Christophe porte quelque chose sur les épaules. Une fois je lui ai confié cette histoire de Saint Christophe qui porte un enfant sur les épaules pour traverser une rivière. Que cet enfant soit le Christ peu importe en fait et je trouve même plus beau encore que ce ne soit qu’un simple enfant et que cet enfant pèse de plus en plus lourd à chaque pas effectué vers l’autre rive.

C’est de l’humanité sur les épaules cette charge, cela vaut bien tous les Christs du monde si j’ai bien tout compris des mythes et de leur fonction.

Dans ces dernières peintures qui m’ont vraiment ému aux larmes je dois l’avouer j’ai découvert quelque chose de moi de très humble soudain. Sans doute un clin d’œil de cet enfant qui espère devenir homme tout simplement, qui désire naitre au monde et faire renaitre le monde tout en même temps.

Parfois j’ai aussi peur parce que je vois de nombreux combats perdus d’avance, je peux mesurer la déception, la douleur et cet effort parfois surhumain de se raccrocher à cette idée de cohérence envers et contre tout.

C’est aussi la beauté de cette peinture, c’est aussi ce qui m’émeut sans doute le plus, c’est savoir que le risque de chute est inouï, qu’il peut annihiler totalement l’être encore enclot dans l’orgueil. Et aussi comme cette chute est souvent nécessaire pour que la gangue le cocon éclate et fasse soudain surgir le fruit ou le papillon.

Il y a quelques jours j’ai parlé de la notion de fréquence, d’une vibration qui passe par la peinture. C’est ce choc vibratoire que j’ai rencontré dans ces œuvres présentées par vidéo. Ce qui me laisse imaginer ce qu’elles peuvent produire dans la réalité.

Je ne possède pas une foi inébranlable, du moins je ne m’y attarde plus vraiment comme levier pour peindre. Je peins pour respirer je peins parce que je ne peux pas faire autrement et puis la gloriole, la célébrité tout comme la richesse m’effraient énormément par le nombre invraisemblable de conneries que je me sentirais obligé surement à débiter sur la peinture et sur moi même le cas échéant.

Mais parler d’un autre, parler d’un frère d’arme cela ne me demande pas d’effort et je le fais avec plaisir parce que tout simplement ça me fait plaisir de le partager avec ceux qui ne connaissent pas ce peintre.

Souvent quand je pense à la vie , à nos choix je vois mille possibles, milles sentiers milles chemins, c’est comme si nous n’étions au delà des apparence qu’un seul être silencieux qui se serait démultiplié à l’infini.

Certains sombrent d’autres s’accrochent et créent ainsi du changement ,du possible qui devient avenir. Peu importe dans le fond les mots sur lesquels ils éprouvent la nécessité de s’appuyer pour se mettre en branle, pour devenir héroïques que ce soit la ténacité, la régularité, la cohérence, la beauté, l’héroïsme…

Ce qui me parait de plus en plus évident c’est que la peinture en tant que discipline est une tutrice , une maitresse, un enseignement qui nous modifie en profondeur. L’art est nécessaire en cela qu’il peut modifier nombre de mauvais penchants en actions nobles à condition qu’on veuille bien lui obéir et ne pas entraver son souffle, se l’accaparer.

Je détecte cela chez Christophe Houllier ce mélange d’obéissance et de rébellion héroïque envers une destinée et contre une fatalité, qui pour résumer serait celle d’être un véritable artiste du temps présent.

Pour conclure ce texte et revenir à ce qui l’a impulsé, voici le lien de la vidéo en question dont j’ai parlé. Et puis je voudrais aussi rendre hommage à tous les écrivains qui se dissimulent sous le nom d’Homère, à ces deux ouvrages que sont l’Illiade et l’Odyssée et qui sans doute sont un leg d’une humanité qui tend à disparaitre de nos jours. Une humanité où la notion du collectif du partage du courage et de la cohérence ont formé le socle l’argile avec lesquels on a modéliser l’archétype du Héros. Evidemment ces héros là nous parlaient d’une conduite à tenir en temps de guerre et ils paraissent désuet dans la partie de notre monde où la guerre semble avoir disparu

La guerre ne disparait jamais ce que nous en voyons à l’extérieur n’est qu’une représentation de ce qui se passe à l’intérieur de chacun de nous. Impulser un modèle héroïque pour ne pas sombrer dans le désespoir, le chagrin, l’amertume, la violence, redonner de l’espoir au plus grand nombre en la beauté et l’équilibre, à la réflexion sur ce que nous faisons, sur une certaine idée d’humanité, voilà je crois ce que proposent l’art et les artistes dont fait pour moi absolument partie Christophe Houllier.

Site de Christophe : https://www.christophehoullier.art/

Chaine Youtube :https://www.youtube.com/channel/UCI9GoZ3CCKUDcy2XJCYXZug

Trouver la fréquence

Avec un poste de radio c’est simple, il suffit de tourner le bouton pour trouver la fréquence. On la connait. Avec la peinture on la connait aussi mais elle n’est notée nulle part. Il faut faire un effort de mémoire, un effort de vision, un effort d’épiderme pour la sentir lorsqu’elle arrive comme par hasard.

Cela ressemble beaucoup à l’état amoureux. Mais il ne faut pas trop s’y fier.

ça dépasse l’état amoureux que l’on connait par cœur, je veux dire presque de façon automatique, ce reflexe de bave pavlovien. Et cette joie dont on ne saurait vraiment pas quoi faire qu’on se réfugierait aussitôt dans la tristesse pour contrebalancer un peu l’excès.

La mollette à tourner c’est celle de l’émotion qui nous cache beaucoup le vrai nom des stations.

Silence sidéral juste le bruit de fond originel

et paf une étoile filante, la voilà

fermer les yeux pour bien suivre la lumière.

Huile sur toile 60×80 cm Patrick Blanchon 2018

Déceler

Les derniers tableaux sont recouverts de couches fines mais nombreuses. Un travail qui s’opère en deux temps comme si j’avais besoin de m’enfermer dans le format pour en saisir les limites, me cogner la tête dessus comme un de ces xylocopes se heurtant de façon répétitive, obstinée aux carreaux de la verrière. A cet instant je suis inconscient, je ne sais pas ce que je fais et je refuse de le savoir. Je tache la toile de couleurs et la strie de traits au fusain pour remplir un espace.

C’est moins sans filet qu’autrefois. Je sais que je peux agir ensuite sur les valeurs et sur l’organisation des plans beaucoup plus aisément qu’avant où je me désespérais de me retrouver bloqué au milieu du tableau.

Ce qui persiste c’est ce refus du sujet préalable en ce moment. Tout me dégoute tellement comme si à chaque fois que j’avais une idée je tombais sur un cliché écœuré. Ce refus est une façon de lutter et je le trouve souvent vain, c’est lorsque je parviens à cette conclusion que je peux peindre. Démuni de tout. Du fond de la vanité je peins voilà ce que j’ai trouvé pour me mettre au travail.

Parallèlement j’ai des éblouissements au fur et à mesure que je tache la toile. J’ai cette sensation d’être à la fois à l’origine du monde comme à sa fin. Quelque chose dépourvu totalement d’émotion l’observe en même temps qu’il se crée et se dissout au fur et à mesure des touches, des aplats, des lignes qui séparent et réunissent les formes les masses. Ce sont des dizaines de tableaux qui défilent ainsi et que je détruis au fur et à mesure pour trouver un équilibre.

L’équilibre c’est le seul point fixe, l’obsession sans quoi l’effort ne pourrait pas se poursuivre, sans lequel la vanité envahirait tout pour produire un à peu près, une satisfaction facile.

Un équilibre unique jamais vu auparavant et qui je crois et constitué d’une somme de petits déséquilibres à peine visible dans la réalisation du tableau.

Je me dis que c’est grâce au hasard. Je m’en remets totalement au hasard dans cette phase. Lui seul peut m’extraire. Mais il faut que je me jette totalement dans l’enfermement pour qu’il puisse prendre les rennes.

C’est lorsque je suis totalement coincé, désolé, que le hasard met la dernière touche comme un escrimeur et qu’alors je tombe dans le véritable travail.

Je frotte avec du blanc parfois légèrement teinté de feu ou d’eau, de chaud ou de froid pour déceler ce qui est là sur la toile et que je ne peux pas voir.

Là encore une vigilance due au refus m’oblige encore à détruire beaucoup de ces merveilleuses images qui me passent sous le nez.

Il y a quelque chose en relation avec le mythe de Syssiphe et de Tantale. L’un pousse un gros rocher qui retombe systématiquement tandis que l’autre assoiffé a le menton dans l’eau et ne parvient jamais à se désaltérer.

A ces moments là je frotte encore, je retire, je dégage de nombreuses choses plaisantes. Le plaisant est une agression.

Quelque chose s’allie à l’obstination peu à peu grâce aux blancs, une sorte de joie tranquille d’effacer commence à monter.

Il y a des adieux, des au revoir quand un contraste s’attenue, qu’une transparence surgit, que seul le dernier segment d’un trait résiste et que j’ose l’ôter finalement.

Je ne sais pas où je vais mais je sais que j’y vais.

Je crois que c’est ce qui terrorise le plus les élèves, de ne pas savoir où ils vont lorsque je leur donne un thème et quelques contraintes.

une foule de questions surgit et des oui mais en pagaille, puis le silence juste le bruit des pinceaux sur la toile, l’essuie tout qui se déchire et se froisse.

Je ne suis pas meilleur que mes élèves face à la réalisation d’un tableau. Mais peut-être que je perds moins de temps à me questionner. J’agis et ensuite je réfléchis c’est à dire tout le contraire de ce que l’on a tenter de m’apprendre depuis le début.

Si je pratique ainsi c’est parce que je sais que je ne suis pas si intelligent que ça. Que c’est toujours « ça » qui tire les ficelles. j’ai fini par comprendre que c’était une sorte de destinée de l’accepter comme autrefois les vikings parlaient du destin.

Il y a quelque chose de sombre, de mélancolique, une profonde tristesse je crois dans laquelle je ne cesse de pénétrer d’aller et venir. Elle est la matière même de ce qui peut constituer l’idée de la peinture que je me suis construite. Je me suis toujours méfié des peintres de la joie, des peintres solaires. Je ne suis pas de ce bord là même si parfois j’ai tenté de pénétrer dans cette joie je l’ai toujours trouvée pire que ma mélancolie et j’ai tourné les talons.

Je me disais que je n’avais pas les épaules. Pas assez de couilles. Les peintres de la joie et leurs ébats je n’en suis au final que très peu admiratifs. Leur rage est différente peut-être même en sont ils totalement inconscients comme ils sont inconscients lorsqu’ils bandent comme des ânes sur leurs modèles.

C’est chiant de toujours réfléchir. Mais je ne sais pas faire autrement. J’ai l’impression d’être vieux vraiment et de plus en plus à chaque nouvelle découverte comme si le hasard me trahissait de façon nécessaire aussi provoquant une formidable érosion de tout ce en quoi je croyais, de tout ce qu’autrefois je désirais aveuglément.

J’aime cette érosion j’aime ces moments où je pénètre dans l’idiotie totale en peignant et j’aime aussi en ressortir, y réfléchir.

J’ai cette idée en ce moment que la peinture sert à déceler. J’ai cherché le mot scellé sur Google mais je ne vois que des cachets de cire. Je voulais plutôt parler de quelque chose de caché plus qu’enfermé. Quelque chose de dissimulé par l’apparence et qui lorsque on le décèle, descelle les murs et élargit la vision.

Cette nuit toujours le même format 70 x70 cm. Il doit y avoir une raison numérologique, une logique mathématique pour laquelle j’ai acheté ces rouleaux de toile et que j’ignore encore. Je me dis aussi que je n’ai pas besoin de le savoir, juste d’aller jusqu’au bout de ces rouleaux, une toile après l’autre et on verra bien.

A l’acrylique cette fois plutôt qu’à l’huile. Les temps de séchage, une urgence de peindre, les expos qui font leur retour bientôt. Je peux trouver tout un tas de raisons. On peut toujours en trouver à tout. Ou bien se laisser juste conduire par le hasard. Sans doute qu’au final ça revient au même.

Acrylique sur toile 70×70 cm Patrick Blanchon mai 2021.

Pour Gaston.

Cette violence, la pensée voulant la dompter est pire.

supplice de la délicatesse de l’élégance.

J’ai saisi tout d’un coup la brutalité

comme une beauté

dans une pierre tachée de couleur

laissée derrière lui par Gaston.

Une sainte horreur des manières

me monte aux lèvres

comme un effroi

me rend muet.

Pierre peinte Gaston Chayssac

La peinture aujourd’hui.

Aujourd’hui le critique d’art et l’homme de la rue, l’honnête homme, sont réunis dans un même empêchement lorsqu’ils sont confrontés à la peinture. Leurs gouts importent moins que l’importance des références qui souvent leur manquent. Dans un univers où les références sont aussi nombreuses que les individus, les peintres de tout acabit cela signifie la caducité toute entière de ce mot.

Puisqu’il parait inutile de ne s’appuyer que sur la notion subjective du beau, sur l’impression qu’une œuvre produit sur les sens. Qu’il convient comme dans une urgence à trouver du sens plus que de la beauté. Cette notion de sens souvent associée à l’utile, c’est à dire des critères se trouvant souvent en dehors du champs de l’art tel qu’on le connait depuis toujours. Des critères politiques, économiques, scientifiques, philosophiques etc. L’art et notamment la peinture se trouvent ainsi les otages de cette volonté d’utilité, du sens au dépens de la sensation, du gout, de la subjectivité.

Je veux dire dans le cadre étroit que forment les commanditaires, les institutions les différents acteurs de ce théâtre que l’on nomme le marché de l’art.

Ce que produisent la majorité des artistes peintres en dehors de ce cadre n’est qu’une sorte de scorie obligée, un dépôt laissé par cette formidable explosion qui aura eu lieu dans les profondeurs de l’exploration du sens par une poignée d’intellectuels dont les pensées sont récupérées tôt ou tard par un système économique et politique, basé lui-même sur une pensée religieuse que l’on peut circonscrire dans le mot monothéisme.

Ce monothéisme qui imprime à la planète entière son empreinte, et qui au final caractérise le patriarcat dans toute sa splendeur passée comme sa décadence actuelle.

Tous ces efforts que le fils aura produit pour admirer et se faire admirer par le Père. Les engouements, les stratégies, les calculs , les bénéfices et les pertes, les trahisons et les rebellions auront conduit le fils face à un silence, face à une absence, un vide qu’il aura désespérément tenté de meubler, par la profusion, l’abondance jusqu’à se rendre compte que cela ne sert à rien.

La peinture que je découvre en ce moment ne parle que de ce vide envahit par du trop plein. Du trop plein par lequel le peintre se sera laissé distraire. Et même l’art Povera, l’art pauvre, ou encore le minimalisme ne peuvent évacuer de façon satisfaisante la question de la solitude, de l’absence, de l’inexistence du Père.

Par la sensation, le gout, l’émotion, je ne rejoindrai jamais mes ancêtres, aucun Père, aucun aïeul si ce n’est par le biais de la nostalgie.

Cet art là semble tout à fait révolu et si on le voit encore ça et là surnager c’est parce qu’il est comme un naufragé en sursis qui imagine toujours, qui conserve l’espoir d’une bouée, d’un salut.

Cette idée saugrenue du salut.

J’ai toujours préféré la vision du pire qui me semble la plus réaliste.

Le pire c’est que bon nombre de toutes ces peintures finiront leur vie dans des brocantes des vides grenier, des foires à l’encan , des greniers ou des caves , des déchetteries, des bennes…

aux ordures.

Bien sur lorsque je suis reposé, alimenté convenablement, dans un égoïsme exacerbé de consommateur béat je peux hausser les épaules en me contentant de la satisfaction de peindre comme il me chante. Mais j’alterne de plus en plus rapidement les phases d’euphorie avec celles de dépression.

Cette dépression répétitive et avec elle la fatigue, j’imagine qu’elles sont les symptômes sur lesquels je peux le plus solidement m’appuyer pour voir un changement s’opérer. Etrangement et contre toute attente c’est cet élan vers le pire qui me parait le plus inspirant désormais.

Le ras le bol d’un genre, d’une fiction qui au fur et à mesure où je tente de le repousser de m’en défaire me laisse entrevoir autre chose d’indéfinissable encore.

Derrière le pire se tient ce que je n’imagine pas être le meilleur mais plutôt une direction, une orientation. Comme une brise qui sera capable de gonfler à nouveau les voiles du bateau immobile.

D’impulser quelque chose.

Quoi ? je n’en sais rien.

En ce moment je procède surtout par élimination.

Je liquide.

N’existe t’il pas un espace quelque part, une intersection paisible où la notion du beau, sans raison, sans cause subsiste encore, subsiste toujours entre le monde et moi et qui nous réunit ?

C’est le questionnement de toute une vie.

Cela explique en partie mon gout pour les quartiers insalubres, les zones industrielles, les usines, ces monuments modernes dédiés à la production comme à une divinité insatiable.

Parfois la compassion, ce résidu religieux m’anime encore et je me traite de naïf ou d’enfant, durement, comme un père son enfant qui ne veut que sa survie.

La compassion en art comme dans l’enseignement de l’art sert t’elle vraiment à quelque chose sauf à temporiser la violence, à affadir cette impulsion première issue du dégout, de la fatigue de la désespérance ?

Si elle n’est que cela c’est une lâcheté comme presque toute les mimiques sociétales, dont le but premier est un profit encore.

Le beau comme le vrai sont des questions du temps présent plus que jamais.

Le peintre comme le critique marchent main dans la main face à un tel questionnement je crois.

Et le pire c’est que toute amélioration ne viendra pas des réponses mais d’un art de formuler au plus près les « bonnes questions » sur ces sujets.

Peut-être un art nouveau existe t’il déjà à ce sujet, j’ai posé la question à Google, mais hélas il est resté muet.

Blue Green Brown Rothko 1952

Voir

Circulez il n’y a rien à voir. A l’extérieur ce pêle-mêle s’il est mué par l’avidité ne vous apportera rien de bon. Juste un peu plus de confusion. Au contraire fermez les yeux, ne regardez plus durant quelques instants et c’est comme ça que vous verrez enfin ce qui gît abandonné.

Vous gisez là repliez sur vous-mêmes, en deçà de ce bavardage incessant, cette avalanche intarissable d’images, oui vous ! enseveli sous l’abondance artificielle.

Un jeûne s’impose. 40 jours d’abstinence, tiendrez vous ?

Une liquidation quasi totale de cette violence vous sera certainement salutaire.

Car c’est une violence n’en doutez pas de vous assommer ainsi continuellement, de vous abreuver, sous perfusion permanente via tous les écrans.

Un goutte à goutte par lequel s’enfuit votre essence qui se mêle à toutes les eaux usées et finit par se confondre avec le fleuve vulgaire, le fleuve grossier des eaux usées.

Peut-être est-ce nécessaire d’y plonger pour à un moment se réveiller. Le miracle est assez rare.

Tout au contraire vous voici emporté ballotté noyé vers l’océan des clichés innombrables qui charrient des continents de banalités.

Naufragés du toc et du plastoque voilà ce qui nous pend au nez lorsque soudain on s’éveille.

Mais alors quel étrangeté de voir ! Rien ne sera jamais plus pareil.

Peut-être est ce un mouvement naturel que ce dégout soudain qui mène à un éveil.

Un système inédit de vases communicants.

Vous êtes désormais seul pourtant.

Quelque chose ne va pas sans rien.

Vous êtes seul à voir.

Et chaque tentative pour le dire est un coup d’épée dans l’eau.

c’est la règle avant d’apprendre que le silence est roi.

Quelqu’un vient j’entends ses pas

Aujourd’hui je veux faire du Zao Wou ki me dit on

Mais bien sur, assoyez vous donc confortablement surtout

ça risque de secouer un peu.

Dites moi d’abord ce que vous voyez dans les tableaux de Zao Wou ki

Pouvez vous en parler ?

Si oui je vous conseille de renoncer.

Faites plutôt de jolis pâtés

Salissez vous un brin les doigts

Pour ça vous n’avez guère besoin de moi.

palette Huile sur fiche bristol Patrick Blanchon 2020