Le joyeux bordel

Malgré tout il y a la joie. Indéboulonnable. Je peux sombrer autant de fois que je le veux, ou pas, c’est toujours elle qui gagne. La joie de quoi ? peu importe ce que l’on peut bien lui accoler.

Je flanque le bordel sur mes toiles avec joie. Surtout quand je parviens à les terminer, que j’ai franchi des nuées d’hésitations et de doutes et que je me retrouve encore une fois à la fin avec pour seule compagne cette joie finalement.

Est ce que les gens éprouveront cette joie en voyant mes tableaux ? C’est une question qui revient sans cesse.

Personne ne me répond ce que j’ai envie d’entendre.

On me dit c’est beau

c’est intéressant

Parfois il y en a même qui achètent.

Mais personne ne me parle de la joie que j’ai réussi à capturer là, personne n’ose le dire ou personne ne la voit

je ne sais pas.

Est ce que ça suffit à ces messieurs dames des hautes sphères de l’art que ma seule thématique soit de trouver la joie dans le bordel ?

De la trouver et de tenter de la partager.

Ce sera court mon vieux.

Et bien tant pis j’ai envie de dire. Moi c’est la seule chose qui me fasse vraiment tenir après en avoir essayé toute une panoplie.

Je me réveille le matin et je me dis : allons z’y encore une fois flanquons donc un joyeux bordel et puis c’est tout.

Réaliser

Il y a toujours quelque chose de surprenant lorsqu’on réalise quelque chose. C’est le résultat. Enfin je parle pour moi évidemment. Notamment dans le domaine artistique, parce que c’est détaché de l’utile je crois. Si je fais un mur, j’éprouve la même sensation d’étrangeté qu’un tableau, mais cette sensation se noie presque aussitôt dans l’aspect « pratique », généralement la raison pour laquelle ce mur a été construit. Pourtant elle existe tout autant. La différence réside dans ce face à face avec la chose terminée. On pourrait dire que ça me regarde plus ou moins intensément, mais ça me regarde toujours. Une sorte d’hypnose si l’on veut dont on se débarrasserait rapidement pour vaquer de l’utile à l’utile, alors que dans le domaine de l’art, il me semble que ce serait pour aller vers plus d’inutile encore, pour tenter de toucher même parfois le fond de l’inutilité.

Car peut-on vraiment imaginer que de poser des lignes, des taches de couleur sur du coton, du papier ou du lin soit quelque chose qui fasse véritablement progresser le monde ? Je l’ai cru puis j’en ai douté énormément de fois au cours de ma carrière. N’y a t’il pas quelque chose de dérisoire à considérer le résultat lorsqu’on imagine la journée de travail d’un ouvrier à la chaine, d’un employé de bureau qui s’emmerde souvent la journée entière pour un salaire qui ne pourra jamais être à la hauteur de tout ce temps perdu pour eux, même si au final tout le monde se dit c’est pour le bien de ma famille, de l’économie de la boite, du pays, afin de se consoler de leur aliénation.

Evidemment non ce n’est pas vraiment comparable au premier abord. Et si je me suis souvent moqué du terme d’artiste me concernant, c’est parce que j’ai été moi aussi un de ces ouvriers, un de ces employés, au travers des milles et un métiers que j’ai dû effectuer pour me rendre utile, je me souviens aussi de l’ennui que j’ai dû traverser si souvent en les effectuant.

Mais réaliser un dessin, une peinture, parvenir à un résultat, à ce quelque chose qu’on réalise, que l’on place à distance de soi et qui nous regarde et ce même si on a conscience que c’est parfaitement dérisoire, parfaitement inutile au monde, cela recrée un lien avec une réalité.

Je ne saurais pas décrire cette réalité, d’autres s’en chargent extrêmement bien en utilisant la science ou le délire, tout ce que je sais c’est qu’elle existe, elle est presque palpable dans les dessins, les peintures que je parviens à extraire de moi-même et que j’accroche ensuite sur un mur pour me détacher d’une impression première. Impression d’insatisfaction bien souvent.

Cette insatisfaction en y réfléchissant un peu je crois qu’elle vient du constat qu’un dessin, une peinture ne peut être considérée par moi de la même teneur qu’une journée de travail comme tout le monde. Cette gène a entrainé un tas de difficultés, d’entraves pour me considérer comme un artiste, une sorte de pudeur que j’ai aussi confondu avec le fait d’être timoré.

Peut-être que tout cela est dû encore une fois à l’éducation, à considérer qu’il existe une frontière entre utile et inutile, et une grande confusion sur la notion de capital.

Le seul capital dont je n’ai jamais si bien disposé c’est tout ce temps qu’il m’aura fallu pour comprendre à la fin qu’un mur, une formule mathématique, un champs qui produit des récoltes, un dessin ou une peinture, ne sont qu’une seule et même chose. Ce sont des réalisations, qui une fois en dehors de nous sont exposées au monde, au regard du monde. Ensuite chacun s’affaire à leur trouver une raison, une utilité selon le point de vue qui nous appartient, une histoire personnelle ou collective, ce qui au bout du compte n’est qu’une fiction.

Comprendre le réel par la fiction ,n’est ce pas ce que l’on fabrique du matin au soir ? Cependant quelque soit la teneur, l’habileté, l’art lui-même avec lesquels on réalise toutes ces choses, que l’on se raconte toutes ces histoires, rien ne remplace ce choc, ce silence qui surgit entre la chose réalisée et celle ou celui qui la réalise.

C’est surtout lorsqu’on renonce à toute explication bien souvent que cette confrontation est la plus intense. Reste à savoir si l’intensité seule est suffisante, elle ne le sera jamais tant que nous aurons peur de l’émotion qui surgit de ce silence et sur laquelle nous poserons des mots, des montagnes de mots pour tenter de nous l’expliquer, de nous en rapprocher comme pour la repousser ou pour la fuir.

huile sur bois format 20×20 cm Patrick Blanchon 2021

Recommencer

La satisfaction est louche, la sensation qui l’accompagne est inquiétante en ce qu’elle semble inspirer le confort, et que ce confort glisse presque toujours vers une emphase, un genre d’outrecuidance. Disons qu’être satisfait me flanque souvent dans une sorte de dépression. La peur de réussir quoique ce soit est à proprement parler terrifiante. Aussi loin que porte le regard il n’atteint qu’un but et plus je m’en rapproche plus tout à coup il parait vain. Ainsi le but serait-il seulement le prétexte de toute cette excitation, à cette volonté impérieuse de mouvement. C’est ainsi que j’ai fini par lâcher l’affaire et de bonne heure s’il vous plait. Parce que je ne voyais pas de but à parvenir à n’importe quel but.

J’étais déjà arrivé avant même d’être parti. Je veux dire que je me faisais tellement d’idées que passer à l’action ensuite devenait ce surplus ou ce surcroit qui se métamorphosait en impossibilité. La goutte de trop qui fait déborder le vase si l’on veut.

Se détacher de l’idée du but n’est pour autant pas de tout repos. Il faut énormément s’entrainer. Et aussi apprendre à mettre sa fierté dans sa poche avec un mouchoir par dessus. Ne pas avoir de but par les temps qui courent vous transforme rapidement à vos propres yeux comme à ceux des autres en suspect.

Une singularité, un genre de trou noir dont on prendra grand soin de s’écarter le plus rapidement possible par crainte d’en subir l’attractivité. C’est sans doute pour cela aussi que j’ai tenté maintes fois de m’écarter de moi-même, souvent en vain évidemment, quand je parle de l’illusion des buts je sais de quoi je parle.

C’est dans les livres, la littérature, que les premiers soupçons concernant le but à atteindre me sont venus. Car finalement un livre ce n’est rien d’autre que cela, une histoire de but. Le héros est soudain extrait de son quotidien pour s’élancer vers un but qu’on lui fixe ou qu’il se fixe tout seul. Il traverse tout un tas de péripéties, il surmonte des obstacles invraisemblables, et pour finir au bout de toute une série de turpitudes comme de vicissitudes, mène l’ultime combat pour obtenir je ne sais quelle récompense. Si on examinait attentivement la teneur de cette récompense on s’apercevrait que c’est souvent la possibilité de revenir chez lui, de retrouver son quotidien. Tout ce que l’on place comme prétexte auparavant n’est rien d’autre qu’un leurre , de la poudre aux yeux.

Une histoire c’est juste une boucle.

Tout ce qui se produit d’un point A en imaginant aller vers un point B et tous les artifices qu’un narrateur, qu’un auteur emploiera ne seront que du délayage pour nous embrouiller les neurones vis à vis de l’essentiel. Si on sort de chez soi, si on sort de ce confort pour n’importe quelle raison bonne ou mauvaise, pas de doute qu’à un moment on y reviendra. Ce qui fait la différence avec le fait d’effectuer du sur place comme dans les rêves, c’est que l’expérience modifiera celui ou ceux qui la traversent de part en part.

A l’arrivée on retrouve le quotidien, mais on ne se retrouve plus soi-même. Ce qui au final n’est sans doute pas une si mauvaise chose.

Alors on recommence, on a acquis de l’expérience et on se dit ouf j’ai compris un truc là, je peux faire différemment. Et vlan c’est reparti pour un nouveau tour, on s’installe dans le confort apporté par l’expérience et on finit par transformer tout ça en axiome, en théorème en certitude… Jusqu’à ce qu’un nouvel élément déclencheur nous déroute ou nous dérange. Deuxième tome, troisième tome etc.

Pas de différence fondamentale avec le mouvement général de cet univers qui part d’un point minuscule pour s’expanser, se dilater et qui vraisemblablement à un moment donné se contractera à nouveau, redeviendra origine, dés à coudre, peanuts.

Nous sommes dans la respiration d’un profond ennui qui cherche à s’extraire de lui-même. Un bouddha sidéral dont chaque inspiration dure le temps d’existence d’une galaxie et qui détruit tout de fond en comble à chaque expiration comme il se doit.

Un rêve pulmonaire qui ne cesse d’échapper à toute fin par un mécanisme d’horlogerie, un coucou métaphysique qui chante à heure précise le moment de tout recommencer.

Que lui importerait le bonheur ou le malheur d’atteindre à un but qui dérangerait le mécanisme tout entier installant ainsi une volonté ?

Nulle doute que cette volonté ferait à ce moment précis où elle naitrait, tout dérailler. L’univers entier se fourvoierait aussi bien qu’un héros slave dont nous savons que sa seule issue est la tragédie ou le drame.

A contrario des super héros d’outre Atlantique qui réduisent le mystère en poudre avec leur sourire Colgate insupportable de suffisance.

On sait pertinemment que les choses finissent toujours mal, puisqu’on ne cesse de rêver un bien pour contrecarrer l’inexorable. Par contre nous ne sommes plus des perdreaux de l’année, faudrait arrêter de nous prendre pour des cons et stopper le gavage pour nous gonfler les foies.

Admettre que rien n’a de sens vraiment une bonne fois pour toutes et scruter tout ce qui peut sortir de cette prise de conscience ce serait une occasion comme une autre, pas meilleure ni pire, d’enfin recommencer.

C’est exactement ce que je m’efforce de faire en peinture. Je ne m’arrête pas à une idée, à un but, je peins à chaque fois comme si je n’avais jamais rien peint de ma vie. J’oublie tout. Je me fiche totalement de savoir si il y a une cohérence, une histoire, des péripéties, des cliffhanger , des rebondissements pour me leurrer moi-même, me captiver.

Je crois et j’espère que j’ai dépasser ce genre de curiosité malsaine pour ne m’engager que dans l’acte de peindre de façon à être le plus nu le plus démuni face à lui.

Certains jours j’ai l’impression que j’y suis, d’autres non, mais ce ne sont que des impressions, rien de moins rien de plus. La seule chose importante que j’en retiens, c’est le goût de recommencer. On n’y pense pas beaucoup tant on est obsédé par les buts les résultats, mais avec l’âge venant et avec lui la fin qui peut surgir à n’importe quel moment, l’art de recommencer pourrait ressembler à un genre nouveau de sinécure.

Huile sur toile 49x25cm Patrick Blanchon 2021

Pas besoin d’être content

Souvent j’ai peint des trucs qui, avec le recul me semblent vains.

Je les planque, les enfouis, comme des hontes. Je n’en suis pas content.

Et c’est souvent aussi lorsque par hasard un visiteur arrive et explore les piles de toiles, les cartons, les archives qu’il pousse des oh et des ah, tout un tas de petites onomatopées sensées exprimer l’admiration.

ça me fait drôle à chaque fois.

Ce qui ne me plait pas à moi ça plait à d’autres c’est d’ailleurs assez souvent comme ça.

Aussi pour résumer j’ai fini par faire comme Diogène avec son bol qui l’a jeté en voyant un enfant boire juste à même les mains.

Le résultat final de chaque peinture, pas besoin d’être ou non content.

Et plus ça va plus c’est ainsi chaque jour des choses naissent et meurent dans l’atelier, comme des fruits

mort humide, mort sèche

mais peu importe les résultats les énervements, la joie comme la tristesse

l’essentiel n’est pas dans un résultat

il est dans l’obstination de recommencer tout le temps.

Non il n’est nul besoin de s’accrocher à cette idée d’être content ou triste de ce que l’on fait.

On le fait du mieux qu’on peut à cet instant, comme on le peut

et c’est déjà largement suffisant.

huile sur papier 36×48 cm Patrick Blanchon 2021

Mettre en confiance

Je n’ai jamais vraiment aimé cette expression. Sans doute parce que « mettre » fait penser à maîtrise phonétiquement, et pour les esprits tordus encore bien d’autres choses. Faire confiance non plus ne m’a jamais convenu. Ce fer dans le faire je présume. Toutes ces propositions auxquelles on accole la confiance nécessitent une action. Et je pense que la confiance ne nait pas de l’action mais d’un état.

Chat de Sara 6 ans

Si je me sens bien dans ma peau, je n’ai pas peur de grand chose, alors la confiance vient naturellement sans effort.

C’est sur ce postulat que je communique avec les groupes d’enfants auprès desquels j’interviens. Je suis ce que je suis avec eux comme je le suis en général.

Je fournis des pistes de travail, des suggestions afin qu’ils dessinent et peignent dans une atmosphère calme et paisible le plus souvent possible. Il n’y a pas d’enjeu autre que celui de passer ensemble un bon moment.

Cela fait des années que j’ai mis en place cette manière de faire. Ce n’est pas venu tout seul mais avec le temps, l’expérience.

C’est grâce à une intuition qui m’a permis de sortir du train train, d’une zone de confort que peu à peu la pensée, appuyée par l’observation des résultats, que j’ai pu créer ces espaces temps propices à la créativité enfantine.

Comme n’importe qui d’entre nous un enfant a besoin que l’on reconnaisse son importance, qu’on lui accorde une attention.

C’est la seule chose véritable à faire que de parvenir à prêter une attention à chacun d’eux lors de ces séances récréatives.

Les laisser s’exprimer oralement en premier lieu et ce même si, parfois leurs propos cherchent à sortir du cadre, d’une convention habituelle, des règles ordinaires qu’un professeur se hâte d’installer pour ne pas se laisser déborder.

Cette crainte d’être débordé est délicieuse car elle m’indique régulièrement que je ne fais pas suffisamment attention. Elle m’est très utile et je ne cherche pas à m’en préserver tout au contraire je l’entretiens comme un petit monstre toujours affamé au fond de moi , c’est un enfant comme tous les autres.

Et ce même lorsque soudain la petite Chloé 7 ans vient me trouver pour raconter à voix haute tous ses rêves dans lesquels des animaux formidables se jettent sur elle pour la dévorer. Ou bien lorsque c’est elle qui se met à manger les autres, ce qui n’est qu’une variation sur le même thème.

Quand la petite Sara 6 ans m’énonce toute la liste des animaux qu’elle a envie de dessiner avec force détails verbaux plus ou moins ragoutants, je patiente jusqu’à ce que la liste se termine. Je regarde les commissures de sa bouche qui doucement s’élèvent vers le haut marquant la satisfaction qu’elle éprouve à cet instant d’être écoutée.

Quand la petite Manon se renfrogne mystérieusement suite à un conseil que je formule sur son dessin, je n’insiste pas non plus, je lève un pouce et je dis : je te demande de bien vouloir m’excuser ce que je viens de dire n’est rien d’autre qu’une sale habitude d’artiste qui désire toujours changer ou améliorer les choses. Et elle le comprend tout à fait, elle se rengorge, tourne les talons et parvenue à sa place je la vois s’absorber de nouveau sur son dessin et sa peinture comme si je lui avais donné une clef précieuse. Je me suis excusé et je lui ai donné l’importance qui convenait à cet instant là précisément. Je lui ai montré que le principal ne venait que d’elle et que les jugements extérieurs étaient susceptibles de ne pas être forcément les meilleurs.

Ces petits moments ne durent qu’une heure en moyenne, et je les trouve toujours trop courts. Cependant cela suffit amplement pour qu’ils puissent maintenir la concentration dont ils auront besoin. En général tout le monde fait deux ou trois dessins par séances avec ajouts de peinture.

Il en ressort souvent des choses magnifiques, non pas selon les critères artistiques classiques qui définissent le beau ou le laid, cela nous nous en fichons je crois.

Non ce qui est important c’est qu’ils découvrent peu à peu la liberté de tracer la ligne qu’ils désirent sans se retenir. Ou du moins, car à cet âge il la possède encore cette liberté, qu’ils puissent l’associer au plus grand nombre de souvenirs positifs pour la conserver le plus longtemps possible.

Je ne suis que le servant à la fois vigilant et bienveillant de leur liberté d’enfant.

Les chats de Rose 6 ans

Faire plus avec moins.

La peinture comme toutes les autres activités humaines nécessite un minimum de réflexion. A l’époque où nous comprenons que les ressources ne sont pas illimitées, du moins celles que nous avons l’habitude de gaspiller, on est en droit de s’interroger sur la notion d’excès et de contraintes

J’ai toujours déclaré que pour peindre il ne servait à rien d’avoir beaucoup de tubes de couleurs. Le but était d’entrainer les élèves à leur en apprendre la fabrication. Du moins au début c’est important de comprendre comment effectuer des mélanges. C’est un peu comme un musicien qui fait des gammes. Une gymnastique mentale qui au bout d’une habitude deviendra intégrée, inconsciente.

Grace à cet exercice on n’a plus besoin de réfléchir longtemps pour trouver la bonne température de couleur, pour trouver de bons accords entre chaud et froid et les nuances de complémentarités qui procurent une conversation harmonieuse des nuances, des valeurs et des tons à la surface de la toile.

Avec peu de choses on peut faire beaucoup, c’est que j’essaie d’enseigner.

Ici par exemple je n’utilise que deux ocres, un jaune et un rouge auxquels j’ajoute du blanc de zinc et du noir d’ivoire c’est tout.

Ensuite tout est une affaire de créativité personnelle pour fabriquer les mélanges et les organiser dans l’espace du tableau.

Ce sont des exercices qui permettent d’emmagasiner des expériences visuelles qui resserviront tôt ou tard. On ne parle pas ici d’œuvre d’art bien sur.

La dernière palette de la série est un mélange de jaune de Naples et d’ocre rouge. Juste en changeant une couleur ou sa nuance on peut encore obtenir de nouvelles pistes

Le recours à la médiocrité

Rien n’est jamais blanc ni noir ce serait trop beau, trop facile et pourtant ce constat semble renforcer le fantasme d’autant plus. La naissance des gris, et de ce que l’on pourrait aussi nommer la médiocrité provient sans doute pour une bonne part de la déception.

Et cette déception est comme une course à l’envers qui entrainera celle ou celui qui lui cède à briguer l’insignifiance comme un anti trophée.

Il y a quelque chose de totalitaire dans la médiocrité quand elle est sciemment bâtée, lorsque que le mal s’empare d’une volonté pour lui enseigner la vertu du banal, lorsqu’elle l’érige en sacerdoce. La seule idée résiduelle de l’excellence alors est la notion d’ennemi. Cette excellence déviante obsédée de trouver de l’ennemi du saboteur partout et surtout en soi.

Recourir à la médiocrité est contre toute attente une quête, mais c’est une quête d’autodestruction, un sacrifice étroitement lié à une métaphysique étrange et troublante. Cette quête invente pour produire son mouvement à la fois une réduction et une emphase et c’est du frottement de ces deux forces que l’étincelle grise de la banalité, de la médiocrité, d’un oubli de soi très peu catholiques surgissent.

Il se pourrait même que la médiocrité comme la notion de banalité du mal ainsi que l’exprime Arendt soit directement issue d’une méconnaissance volontaire, d’un déni farouche de l’empreinte judéo chrétienne laissée par 2000 ans d’histoire. On pourrait même désormais ajouté arabo judéo chrétienne que ça ne modifierait peu cette hypothèse, bien au contraire.

Car la médiocrité, le banal vers lesquels tout vaincu de l’excellence institutionnelle– c’est à dire morale et religieuse – se tourne a besoin de se relier à un faisceau de raisons et de preuves en creux, en négatif pour extirper une sorte d’épreuve en noir et blanc qu’il nommera vite positif, une sorte d’anti raison, qui doit son existence à une abdication totale, à la volonté farouche de ne pas faire d’effort vers la Raison une fois décidé que cette dernière est décidemment trop louche, qu’elle suinte l’appât du gain et le commerce accompagnée de la cohorte de négociations, de mensonges obligés, de tergiversations et de palabres vécues désormais comme inutiles voire toxiques.

La médiocrité s’empare alors du Trône et jette « banalement » la Raison aux chiens, aux juifs et aux arabes, matérialisation enfantine d’un extérieur de soi et en soi qui nous accablerait d’autant qu’on cherche justement à s’élancer vers une ligne d’horizon totalement farfelue. Quelque chose qu’on aurait pu en d’autre temps nommer le romantisme.

Car dans le fond des choses quelle différence cela fait-il d’obéir à un peintre raté qui devient Führer ou à une garce que l’on se choisit comme divinité tutélaire, vers lesquels on ne cesse de tendre, d’ériger les vestiges de tout ce que nous avons été avant de le jeter au feu. Assuré par je ne sais quel postulat zoroastrique que bruler libère de quoi que ce soit…

Le recours à la médiocrité est donc une sorte de victoire sur une idée de bien qui ne tient plus, que l’on n’a pas la force de tenir encore car des paroles, des pensées, des idées accablantes concernant son bien fondé l’ont faite vaciller puis s’écraser sur un sol imaginaire en nous.

Tout est parfaitement imaginaire d’ailleurs dans ce combat vers l’annulation de soi au profit d’un ordre métaphysique fantasmé, d’une entité pure, que ce soit une race ou une toute une hiérarchie angélique peu importe- dont on sait pertinemment qu’on ne fait pas partie. Que cette race pure est l’idéal qui nous brulera les yeux tel un soleil noir qui nous aveuglera de plus en plus. Mais que l’on continue néanmoins à fixer obstinément.

Notre monde est directement issu de l’organisation d’un peuple dont la médiocrité fut le seul but à un moment donné de son histoire. Une médiocrité élevée à la taille d’une idole banale. Mais dont on aura été fasciné par l’efficacité, dont on est encore fasciné au moment où j’écris ces lignes en 2021. Nous sommes à la fois désormais nos bourreaux comme nos victimes dans cette nouvelle organisation mondiale qui aura placé la banalité du mal à la tête de presque tous les pays désormais.

Point n’est besoin à cette banalité de vociférer comme autrefois pour se faire entendre. Sa voix est au fond de chacun d’entre nous et nous commande peu ou prou, qu’on le veuille ou pas, nous n’y échappons pas. Même la révolte est contenue en option, en bonus, en jouet pour gamin sur ce paquet cadeau que l’on remet à chaque humain désormais à sa naissance.

La peinture alors et surtout permet de revenir par la bande tôt ou tard à cette notion de gris. L’art en général. Faire quelque chose de tout ce gris voilà un but qui en vaut bien un autre. Enfin c’est celui que j’ai décidé de suivre délaissant tous les autres au fur et à mesure que j’explorais ma propre médiocrité, ma propre banalité.

Gris colorés Ocre jaune et rouge. Format 40×40 huile sur toile Patrick Blanchon 2021.

Le passage à l’acte en peinture

Je ne sais pas s’il faut vraiment parler de l’autre qui se situerait en dehors d’un cadre, en dehors de la toile. Probablement que si tel était le cas ce ne serait qu’une projection inconsciente, un leurre obligé pour tenter d’exprimer à la fois le mutisme et la violence qui en découle de la part de celui qui se donne pour objet la peinture. Sans objet il semblerait qu’il ne puisse pas y avoir cette impérieuse nécessité qui reste lovée sur elle-même dans une attente qu’il s’agit de conduire jusqu’à la limite de l’insoutenable.

C’est d’une certaine façon que peut se produire le passage à l’acte de peindre. Une certaine façon une fois que tous les doutes ont été épuisés, ont été rendus caduques, quand la pression atteint un paroxysme et conduit à la nécessité d’une séparation.

Cette séparation d’avec l’autre, qu’il soit en dehors ou à l’intérieur de soi, est un outil, au même titre qu’un pinceau, qu’un chiffon destiné à produire de la différenciation. Et ce qui est étrange c’est que pour produire cette différence il faille pénétrer en premier lieu dans l’indifférencié, dans le chaos. Il s’agit de détruire un ordre appartenant à l’autre et qui est insoutenable dans les limites qu’il pose, par l’entremise du cliché.

Le passage à l’acte en peinture est avant tout iconoclaste, il est d’une certaine façon mystique dans le refus de s’abandonner à la quiétude fallacieuse de tout cliché. Le passage à l’acte traverse l’inquiétude que provoque toute retrouvaille avec le cliché. Il cherche à détruire un sentiment d’inconfort directement produit par le confort du cliché.

Cet inconfort est une relation à l’autre que l’on sent fausse depuis toujours et dans laquelle on se trouve pieds et poings liés. Castré par une morale ou une éthique probablement mal comprise, mal apprise comme un devoir bâclé.

C’est aussi la certitude que le lieu de rencontre entre l’imaginaire et la réalité est un trou noir, une sorte de passage obligé et par lequel le peintre se doit de pénétrer- comme une mission qu’il se serait donné, ou qu’un autre en lui ou à l’extérieur, lui aurait intimé l’ordre de mener à bien, ou plutôt à terme, jusqu’à la fin, l’ultime.

Cependant que le peintre ne sait rien des tenants et aboutissants de la mission, il n’aura retenu que la fin de la proposition, l’ultime.

Et cet notion d’achèvement qui se confond avec la finalité, avec la mort lui sert à la fois d’aiguillon comme de repoussoir, c’est de là que provient le trouble, l’immobilité dans laquelle il se réfugie en contemplant la surface vierge de la toile à venir.

Dans cette tension le peintre perd tout, dans un élan vers ce rien qui lui permettra d’affronter le choc, de l’amortir, entre fantasme et réalité. Entre ce qu’il imaginait que la peinture est, et ce qu’elle est objectivement, ou réellement. Une déception.

Cette déception ressemble à celle que l’on peut éprouver vis à vis de l’éthique quand cette dernière ne garantit plus aucune raison d’être face à la sauvagerie. Quand l’éthique ne rassure plus, ne protège plus, ne justifie plus. Quand on se rend soudain compte qu’elle ne fut qu’un prétexte à accepter une faiblesse, à mieux vivre une impuissance. Un mensonge comme tant d’autres.

C’est à cet instant, qui peut ressembler à une révolte, que le premier coup de pinceau surgit de l’inconscience, parce que l’inconscience est devenue la seule source, vitale, à laquelle le peintre s’abreuve. Narcisse regarde l’autre un instant, son reflet à la surface paisible de la toile et cela lui est tellement insupportable qu’il se jette dans celle ci tout entier à la fois pour détruire cette image et retrouver une unité. Janus au deux visages.

Cela parait risible, loufoque, d’aborder ainsi l’acte de peindre bien sur. Pour la plupart des gens qui ne peignent pas et la plupart des gens qui peignent surtout.

Pourquoi couper ainsi les cheveux en quatre ? Que de temps perdu, et bien sur le « tu ferais bien mieux de peindre plutôt que d’écrire de telles conneries » ne tardera pas.

Tout parait simple pour ces gens qui n’ont absolument pas peur d’être « autre » et de s’immerger par dessus la tête dans le cliché.

Parce que ça fait du bien, parce que c’est beau. Parce que la couleur ira parfaitement avec le canapé. ça décore bien le mur.

ça bouche un vide.

Ecrire aussi nécessite un passage à l’acte pour s’extraire de la facilité tout à fait factice de ne pas se laisser aller à dire n’importe quoi.

Soigner les phrases, les mots, la structure, rendre tout ça limpide, compréhensible, puis fignoler jusqu’à le conduire à ce cliché qui vient en premier lieu et qui se nomme littérature. Puis trouver cela débile, vain, insupportable.

Ecrire bite en lettres capitales. BITE. Passer à l’acte ainsi. Comme un gamin qui écrit une bêtise sur le mur des toilettes de l’école.

Qui a écrit Bite sur le mur des toilettes ? Qui veut deux heures de colle et nettoyer cette saleté ?

Collages sur papier format 24×30 Patrick Blanchon 2021

Ne pourriez vous pas peindre des fleurs et des paysages apaisants ? Et puis ça se vend bien ce genre de choses vous savez, je ne comprends pas votre obstination à vouloir être original, différent, bref, à voir systématiquement midi à quatorze heure.

Elle est belle, pour moi elle est belle. Une petite soixantaine, encore pas trop mal foutue, bourgeoise jusqu’au bout des ongles avec cette lueur de défi au fond de l’œil qui ne cesse de vouloir osciller entre le mépris et l’admiration. Une sorte de feu rouge sur le trajet. Et moi un bolide lancé à vive allure qui ne respecte pas vraiment les feux rouges pas plus que le code de la route en général.

Un assassin dans l’absolu. Sans doute est ce pour cette raison que je roule en vrai avec encore plus de prudence que n’importe qui, je sur respecte les règles pour que l’on ne me découvre pas en tant qu’assassin.

Car la première envie, et qui me conduirait tant la pression est forte, tant la violence que je perçois dans l’événement est claire, de passer à l’acte, évidemment je ne peux plus que la représenter seulement sur une toile. La voie publique n’est pas le lieu souhaité des orgies ni des assassinats.

C’est une fois la porte d’un chez soi refermée, dans la quiétude des foyers que le drame peut enfin être soulagé, étalé, exhibé à ce que l’on nomme « les proches ».

La peinture me sert à ça, à n’avoir aucun proche de ce genre, plus jamais. A me tenir éloigné même de moi-même. Surtout de moi-même, ,cet autre tellement défiguré.

Il faut que ça dure

J’avais neuf ans lorsque nous quittâmes la Grave et la maison de mon arrière grand père. Après son décès elle était devenue notre. Pourquoi faut-il toujours une disparition pour devenir propriétaire ? C’est cette question qui m’est revenue cette nuit plus de cinquante années plus tard . Une association d’idées qui ressurgit tout à coup et qui place la mort en préambule pour posséder quoi que ce soit. Elle ne regarde probablement que moi cette association d’idées. Mon coté irrationnel face à toute velléité de possession. Peut-être même que cela déborde même le cadre de l’immobilier. Peut-être que pour « posséder » l’attention de l’autre il faille que quelque chose doive absolument toujours mourir. Une sorte de reflexe mis en place probablement dans cette enfance et dont la mise en place date de ce jour où je me suis senti si déchiré de devoir quitter cette maison.

Au fond de moi il y avait une envie que les choses durent. Qu’elles n’en finissent jamais. Mais je devais cependant me rendre à l’évidence. Dans la réalité les choses avaient une fin. Quelque chose d’irrémédiable. La mort d’un arrière grand père, un déménagement, et mes relations si intimes à cette époque avec la nature, avec l’eau, avec la pèche et aussi avec Anne-Marie.

Je me souviens encore de notre maladresse lorsqu’il fallut nous embrasser pour la dernière fois devant le portail. La voiture de mon père chargée à ras bord, nous étions prêts à partir pour de bon. Anne-Marie est arrivée en courant depuis le carrefour du Lichou je l’ai vue arriver de loin. Une petite silhouette qui grossissaient pour parvenir enfin à taille réelle devant moi.

-Tu pars ?je voulais qu’on se dise au revoir …

Et dans l’étreinte maladroite j’ai du faire un faux mouvement, son bracelet montre se défit et la montre tomba sur le goudron de la route. La route goudronnée de frais qui mène au sud est du village vers Herisson, l’Aumence et la foret de Tronçais; la route que j’adorais prendre en vélo lorsque je désirais la solitude et la tristesse plus fort que tout.

La montre en miettes au sol, les larmes dans les yeux d’Anne-Marie. Un instant qui reste à jamais figé à défaut de tant d’autres perdus pour toujours. Comme s’il fallait à ce moment là que je puisse retenir quelque chose qui dure. Qui soit imputrescible. C’est souvent par la douleur que l’on fabrique de l’éternité . Le bonheur est si volatile, je me le suis dit tant de fois tout au long de ma vie.

Il faut que ça dure, cette inconscience qui soudain se déchire pour parvenir à une conscience. Comme un accouchement qui permet de perpétrer le souvenir, la vie coute que coute. Il faut que ça dure et ce d’autant que l’on sait pertinemment et de plus en plus que rien ne dure.

Curieusement je ne pense jamais à mon « après « en peinture. Je n’en suis pas du tout obsédé comme j’ai pu le voir chez d’autres peintres. D’après les dire de M. sur C. notamment il n’y a que cela qui compte, cette fameuse postérité. Et le nombre d’actions commises en vue d’espérer cette existence d’outre tombe si je puis dire du peintre à travers son œuvre Le nombre d’exactions surtout. toujours cette violence liée à la notion de survie. De se survivre aussi apparemment..

C. est mort depuis belle lurette désormais et sa cote est tombée en chute libre; Ses toiles ne valent sans doute plus grand chose, la postérité ne semble pas avoir envie de retenir son nom en lettres de lumière comme il l’espérait tant à haute voix. Quelque chose de pathétique et de ridicule en même temps. D’enfantin et de sénile en même temps.

Peut-être qu’il faut que ça dure pour s’extraire de ça aussi de cette puérilité comme de cette forme de folie dont la vieillesse nous revêt. Il faut que ça dure, la mémoire, l’œuvre, la trace. En un mot tout ce qui n’est pas moi et ne le sera sans doute jamais en fin de compte que dans un regard autre. Un regard qui se rassure d’être soi un moment en passant. Un relais que l’on se passe ainsi de l’illusion vers l’illusion à la surface des toiles.

Collages et fusain sur papier format 30×40 cm Patrick Blanchon 2021

Il faut que je perde les êtres aussi pour qu’enfin il m’appartiennent. Pour que je puisse les contempler à loisir dans leur entièreté. Dans l’achèvement. Dans ce que je considère naïvement sans doute comme une possession, comme dans cette sensation d’achèvement. Une sorte de convention enfantine là aussi. Tout à fait comme lorsque je me tenais sur le bord du Cher ou du canal du Berry et que je jetais ma ligne dans l’eau. Le désir de pécher, que quelque chose de l’ordre du hasard vienne se prendre à l’hameçon était d’autant plus vif qu’une fois le poisson ferré et déposé dans la bourriche je l’oubliais quasiment totalement pour pouvoir retrouver le plaisir de lancer la ligne de nouveau.

Pareil somme toute avec n’importe quel objet de conquête. Que ce soit un job, une compagne, un tableau réalisé et ce quelque soit la peine. Un retour automatique au désir comme une sorte de soupape de sécurité. Il faut que ça dure, le désir surtout. D’objet en objet peu importe. Peu importe les objets, les réussites ou les défaites. Les divorces, les ruptures, les tableaux réussis ou ratés.

Cette volonté de durer, animale finalement, cette volonté de survie, elle me rendait quasiment invulnérable autrefois. Ce qui n’est plus du tout le cas désormais.

Désormais je tremble pour un oui pour un non. Je sens que tout m’échappe et de plus en plus fréquemment. La peinture m’échappe d’autant je crois que ma vulnérabilité envahit le principal de qui je suis. Je me lance dans des urgences soudaines, peindre coute que coute n’importe quoi n’importe comment. Il me faut un résultat le plus rapidement possible et ce jour après jour. Peu importe la qualité de ce résultat. Je suis souvent atterré en premier lieu de me découvrir tellement « autre » sur la toile que tout ce que j’avais pu croire. Encore un reflexe de défense que cette altération et cette stupeur.

Un lent travail que je pourrais rapprocher du travail de l’arbre sur son tronc pour se stabiliser dans l’espace entre ciel et terre. Entre soleil et pluie. Quelque chose sans tapage. Juste un ajustage quasi imperceptible d’équilibre. Une économie d’effort pour que là aussi les choses durent. Pour peindre jusqu’au bout. Et aussi pour peindre une sorte d’essentiel le plus rapidement que je le peux. comme si je cherchais un raccourcis dans ma mémoire, dans « mes moires » comme dans un « gris moire »

Toute lenteur est ennemie dans ces cas là. Et pourtant il me faut aussi ces moments de lenteur, comme un naufragé se raccroche à une bouée, à un morceau de bois qui flotte. J’oscille entre des périodes extrêmement méticuleuses, maniaques et le je m’en foutisme le plus total, le lâcher prise à ma façon. Comme on jette une pierre en fermant les yeux pour ne pas voir la cible et ainsi espérer l’atteindre selon les lois les plus intimes du hasard. Comme on pêche. Pour que quelque chose qui semble ne rien avoir à faire avec tout ça continue de durer.