Opéra

Se lancer dans l'art aujourd'hui pour une ou un jeune demande une certaine dose d'inconscience et d'ignorance même au sortir des fameux Beaux Arts de n'importe quelle cité. Ce n'est pas parce qu'on a fait quelques années d'études, 5 en règle général qu'on est devenu artiste. Tout commence même pourrais je dire pour beaucoup avec ce handicap d'avoir fait ce genre d'études.

L'art conceptuel ne veut rien dire pour certains,ne leur dit rien du tout et ils lui rendent assez bien la monnaie de la pièce. En inventant leur art personnel- n'est ce pas déjà un pléonasme désormais ?

Car l'artiste du XXI ème siècle n'a rien à voir avec l'artiste d'auparavant. Il n'y a plus guère d'ateliers de grands maîtres chez qui apprendre son métier, les galeristes aussi, enfin ceux qui méritaient cette appellation également. Etre jeune artiste dans l'âme ne propose aucun laisser passer pas même envers soi-même au départ. Tourner en rond est la porte, les fourches caudines de notre époque, la seul issue possible si on ne devient pas fou avant.

Tourner en rond et utiliser à la fois la force centrifuge et centripète. Sans doute que nos voisins des galaxies proches comme lointaines connaissent tout ça et en use pour se balader dans le vaste univers. Les fameuses soucoupes volantes tournent en rond sur elle même elles aussi bien sur.... sauf que leurs pilotes connaissent les issues, les trous de ver, les raccourcis pour se déplacer d'un point l'autre des milles et une dimensions du temps et de l'espace.

Encore quelques mots sur la naïveté.

La naïveté, la notre, est la chose la mieux partagée du monde. Cependant qu'elle possède des frontières, des douaniers. L'éducation nous enseigne à la quitter, à en devenir des exilés. Nous la remplaçons peu à peu par un savoir et oublions ainsi la formidable puissance de la naïveté qui nous plaçait d'emblée au contact de la connaissance.

Je me souviens qu'enfant je comprenais le monde dans son entièreté dans sa beauté et sa laideur comme appartenant à un bloc insécable. C'était cet absolu connu et accepté sans effort. Puis on m'enseigna la nuance, la différence, tous les aspects de la dualité et je finis par répudier mon enfance comme ma naïveté pour pénétrer dans le monde commun. Le but, le moteur si je puis dire était d'être comme tout le monde puisque c'était l'illusion que l'on me proposait comme réalité.

Une abdication donc ou une trahison, selon le point de vue du moment où je me repasse le film.

Mais la vie continue comme le spectacle. Show must go on disent les américains.

Vers 30 ans j'étais ce petit homme imbuvable qui avait lu quantité d'ouvrages compliqués et vécu des expériences humaines innombrables avec l'avidité d'un collectionneur compulsif.

J'avais fait du savoir une arme redoutable, me battant avec des références, affligeant à mes adversaires réels ou imaginaires des cicatrices en miroir de ce que l'on m'avait infligé ou ce que je m'étais infligé tout seul pour en parvenir là.

c'est à dire ce pauvre type prétentieux qui se planque sous une belle apparence de savant cosinus.

Puis j'ai rencontré un ange.

Au trente sixième dessous ce n'est pas rare d'en rencontrer... encore faut il les reconnaître.

L'ange était une femme plus âgée, encore belle et désirable et je ne vis évidemment que la femme belle et désirable. Elle était disponible totalement à l'amour. Pas moi je dois bien l'avouer. J'avais encore tellement de choses à régler.

Ce fut au moment de nous quitter lorsque je retombais à nouveau dans la désespérance la plus sombre me traitant de tous les noms sur le mode incantatoire, que je décidais de m'éloigner de Paris, du monde en général pour aller me terrer dans un petit village du Portugal, que j'eus ce début d'intuition sur ce que pouvais signifier un retour à la naïveté et comment, tel un aveugle j'étais passé à coté d'un trésor.

Etre totalement disponible à l'amour... cette phrase continuait à me hanter en tache de fond de mes journées et de mes nuits.

En retrouvant le contact avec la nature je me dépouillais peu à peu de toutes mes vicissitudes d'intello à deux balles. Mes besoins se résumèrent à manger, boire et dormir et à écrire bien sur car à cette époque je m'accrochais encore à mon illusion de "devenir quelqu'un".

Ce fut un peu comme un séjour au purgatoire et même certains jours au paradis.

C'était facile de l'imaginer vu le petit nombre de responsabilités que j'avais. L'écriture me sauverait de tout, et même de ma paresse cardiaque. Bien sur.

Et puis un matin, alors que je m'étais rendu à un petit établissement pour boire un vrai café, je la vis surgir sur le seuil. Elle venait me chercher. Elle était venue de Paris en avion, avait loué une voiture et était venu là me rejoindre me retrouver et me ramener. Personne n'a jamais fait ça pour moi je n'y croyais pas. C'est bien là le problème d'ailleurs je ne l'ai pas crue. Je n'ai pas cru à ce que je considérais comme de la naïveté. J'étais devenu une sorte de juif qui avait trop souffert et je refaisais la même chose au premier palestinien venu. D'ailleurs mon ange se situait à mi chemin, d'origine marocaine et juive.

Mais je voulus croire que j'étais soulagé d'un coup. je lâchais tout pour la suivre et c'est à ce moment là que je commis la plus jolie des erreurs. Car je la suivie pour elle et non pas pour moi. Je déviais encore une fois de mon axe qui devait être celui d'écrire un roman complet pour m'en remettre encore une fois de plus à la vie.

Importance des impasses.

Tandis que la plupart des aoûtiens s’apprêtent à affronter des kilomètres de bouchons dans un sens, alors que dans l'autre les juillettistes rentrent au bercail, je me pose la question encore une fois de l'importance des chemins de traverse, des bonnes et mauvaises pistes et comme toujours quand il y a trop de choix je vois se dresser une jolie impasse.

Qu'à cela ne tienne, voyons voir ce que l'impasse aurait à m'apprendre encore que je ne sache pas déjà. Il est possible qu'il faille me rabâcher de nombreuses fois les choses et que je me les rabâches moi aussi avant de tomber sur cette minuscule anomalie, cette singularité qui, tout à coup transforme les citrouilles en carrosse, les paillassons en tapis volant.

A nouveau je reprends la masse d'informations que j'ai recueillies ces derniers jours sur mon ami Thierry Lambert et sur sa modification de trajectoire. Celle ci m’intéresse car il me semble qu'elle ressemble à ce que vivent bon nombre d'artistes et pas des moindre. Je ne peux m’empêcher de penser à Picasso qui s'écarte de la peinture dite classique pour s'engouffrer dans le cubisme ( grâce en bonne partie à Georges Braque soyons juste) .

Déclarer, confirmer, affirmer.

Aujourd'hui j'aimerais porter mon attention sur ces trois mots que sont "déclarer, confirmer, affirmer." La façon de comprendre les mots, de revenir à leur source et ainsi d'explorer les malentendus ou l'indifférence que nous cultivons envers chacun d'eux permet souvent de mesurer une distance. Cette distance pourrait être une sorte de no man's land entre le sens commun et le sens individuel. Arpenter cette distance confère à la langue une charge d'émotion infinie. Arpenter cette distance permet de renouer à travers la langue avec le bon sens et je n'ai pas peur de le dire avec l'univers tout entier.

Tout d'abord le mot déclarer dans le contexte actuel est un terme souvent employé dans les citations de journalistes.

Untel déclare... On déclare les guerres, on déclare un bien, on déclare des travaux.

A l'origine ce mot signifie que l'on a peser ce que l'on veut dire, en indiquant avec clarté, sans ambiguïté la manifestation d'un fait, d'une chose, d'un événement. C'est d'une certaine manière indiquer la singularité d'une manifestation à un instant précis, datée dans le temps ou dans un contexte.

Cela fait réfléchir à la teneur de cette manifestation et partant nous permet de saisir qu'il y a des manifestations sur lesquelles il est important de prêter une attention dans le flux général et totalement inconscient de l'ensemble des manifestations.

"Pourquoi y a t'il quelque chose plutôt que rien" est une façon de déclarer un point important, une évidence tellement évidente que nous ne la regardons plus.

Dans notre époque ou la surveillance et le contrôle ont progressivement déshumaniser les êtres et les mots, la langue toute entière, la déclaration n'est plus qu'une formulation administrative.

On pourrait résumer ce principe à une déclaration de revenu ou à une déclaration présidentielle. Déclarer est devenu d'une banalité formidable comme les mis en cause du procès de Nuremberg paraissent d'une terrible banalité.

Cette banalité est la forme moderne qu'emprunte le mal pour continuer à faire ses ravages en passant la plupart du temps incognito.

Mais comme si cela ne suffisait pas son opposé, l'extraordinaire ces dernières 50 années lui aussi à subit une sorte de déflation proportionnelle si je puis dire à la banalité générale.

Ainsi une sorte de confusion s'établit aujourd'hui et nous ne savons plus vraiment où se situe la frontière entre banal, ordinaire et extraordinaire. Le spectaculaire n'est pas l'extraordinaire mais on nous le fait croire et nous finissons, abrutis, fatigués, sans plus d'espoir par le croire trop souvent.

L'extraordinaire advient lorsque nous portons notre attention sur la banalité et que nous l'épluchons patiemment pour découvrir son mystère.

La banalité ainsi dévêtue peut alors montrer son vrai visage, celui de l'horreur ou de la grâce, et le fait même qu'on puisse extraire l'une ou l'autre signifie à quel point le mot banal contient de confusion.

Il est devenu banal de déclarer.

Il est devenu confusion de déclarer à peu près tout et n'importe quoi.

Totem, point de repère, symétrie.

Il y a désormais une année que j'ai fait connaissance avec Thierry Lambert. Dès notre première rencontre j'ai su immédiatement que quelque chose d'important se passait. Comme dirait le poète Paul Eluard, il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous.

Je tente de me souvenir de l'état d'esprit qui était le mien encore à cette époque vis à vis de la peinture, et pour être honnête je dois dire que j'avais atteint une impasse, qui se manifestait par une production fébrile, hétéroclite, dans une sensation d'urgence et de désordre magnifique. Un orage phénoménal un soir d'été caniculaire.

D'ailleurs à cette époque ce genre d'orage n'était pas rare dans l'atelier de Verrerie où je travaillais en même temps que j'exposais à Saint Julien Molin Molette. L'éclatement des lourds nuages, l'averse mêlée au tonnerre et aux éclairs de foudre attisaient plus encore cette forme d'urgence ou plutôt cette panique que j'éprouvais alors à 59 ans de ne pas avoir trouvé encore ma voie. J'étais totalement hystérique, toute déférence gardée pour l'utérus féminin je devais encore ramper à l'intérieur en jouant des pieds et des coudes. En vain.

L'image obsédante du loser se collait à ma rétine sur chaque tableau que je réalisais ainsi mais je gardais tout cela pour moi évidemment. J’accueillais comme à mon habitude le monde aimablement derrière une apparence de bonhomie.

Le pire est que je vendais mes tableaux, je les ai toujours vendus et cela aiguisait d'autant plus la pointe de lucidité qui me pénétrait le cœur. Quelque chose en moi battait de l'aile comme un oiseau qui cherche une issue et se heurte aux vitres, aux murs, désespérément.

Par malchance j'ai des dispositions intellectuelles qui me permettent souvent de tirer partie, de faire feu de tout bois de tous les drames qui m'arrivent, me permettant de les atténuer sous couvert de philosophie, ou d'une soi disant quête de sagesse que je m'avoue péniblement parfois.

Proverbe indien

"Avant de juger qui que ce soit marche un peu en chaussant ses mocassins." C'est cette phrase qui vient s'inscrire au haut de ma page blanche ce matin. Je viens de revisionner les extraits de l'interview réalisé lundi dernier avec Thierry Lambert chaman peintre guérisseur et ma préoccupation est de restituer au public qui ne le connaîtrait pas ce que j'ai relevé d'extraordinaire, d'émouvant de sa personne comme de son art. Cependant Thierry reste simple, nature pour employer son expression favorite. Et cette simplicité au bout du compte est sans doute sa meilleure carapace.

Pour celui qui ne cesse jamais de penser, de réfléchir, de supputer, d'envisager, cette simplicité pourrait bien être confondue avec une forme aiguë de naïveté, une station un peu trop prolongée dans l'enfance, voire même j'en suis certain une forme d'idiotie. Nous allons tellement vite à juger les gens la plupart du temps.

Il me raconte ses premiers pas dans la vie sans effet de manche, et mon attention se focalise sur sa voix et le débit de celle ci qui se situe entre celle de l'enfant et d'un vieillard. On pourrait même ajouter une absence de genre en prêtant encore plus l'oreille.

Ni homme ni femme ni enfant ni vieillard mais un peu de tout cela en même temps qui fait que l'on reste étonné, parfois mal à l'aise, ou au contraire en confiance en l'écoutant.

Je me demandais ce qu'elle me rappelait cette voix car bien sur il n'y a pas de fumée sans feu. Nous sommes des filtres par lesquels passent nos émotions, notre mémoire, nos idées, nos dégoûts et nos joies. Cependant dans la voix de Thierry une continuité formidable à dire le bon et le désagréable sur le même ton me surprend. Aucune emphase, pas de changement brutal de tonalité, pas de tentative de séduction. Il raconte tout de façon égale

Soudain je me suis rappelé de cette voix. Elle appartenait à un saint homme de ma jeunesse que j'avais rencontré au 36 ème dessous. Une pointure, un érudit magistral... mais n'anticipons pas, pas de digressions. Restons là avec Thierry.

 » A un moment j’ai compris que je tournais en rond »

Il y a quelques jours de cela je me suis encore rendu chez mon ami Thierry Lambert, à Saint Hilaire du Rosier au pied du Vercors. L'expression se rendre est la première qui me vient car effectivement il n'y a pas besoin de muraille, de douve, de pont levis, à mettre entre lui et moi. Peu à peu une amitié se tisse au fur et à mesure des mois qui passent et où ponctuellement nous nous retrouvons. Cela faisait plusieurs mois que je songeais à l'interviewer sur l'homme, l'artiste et le chaman qu'il est. Un matin cela m'a paru être une évidence et j'ai fourré mon micro et ma tablette dans mon sac pour prendre la route, comme d'habitude sans avoir de plan vraiment précis. En acceptant de laisser faire le hasard qui se débrouille plutôt pas mal sans mon intervention en général. Il faisait très chaud et lorsque je suis arrivé. Thierry m'a offert un verre d'eau naturellement, puis tout le reste à suivi, dans une fluidité magique. Le matériel s'est connecté sans anicroche, le micro a tout enregistré, la vidéo également et au bout d'un moment nous n'y pensions même plus. Pour démarrer cette série d'émissions que je veux réaliser avec lui je lui ai demandé de me raconter son enfance à Saint Hilaire du Rosier. Ce qui m'a frappé tout de suite c'est qu'il reprenait pratiquement les mêmes mots que dans une autre interview que j'avais vue de lui. Comme s'il avait apprit par cœur ce parcours de l'enfance à l'age d'homme et qu'il le restituait ainsi comme une sorte de récit mantra de lui-même. C'est sans doute la raison pour laquelle je l'ai interrompu plusieurs fois en le questionnant sur de petits détails afin d'en savoir plus.

Eugène Boudin l’ombre au tableau des Nymphéas.1

Quand on parle de peinture impressionniste le grand public ignore généralement le nom d'Eugène Boudin. Pourtant, on a surement du mal à l'imaginer aujourd'hui, c'est le premier peintre à poser son chevalet en extérieur et à peindre directement ce qu'il voit. Sans lui Claude Monet n'aurait sans doute jamais réalisé les nymphéas il le reconnaîtra tardivement, à la fin de sa vie. Le peintre Raoul Dufy se revendique également un élève de Boudin. Mais qui donc est ce peintre presque inconnu du public ? Je vous propose de m'accompagner dans cette exploration qui s'effectuera sur plusieurs articles.

Tout est dans la manière.

"Tout est dans la manière" je me disais cela ce matin en écoutant les voix radiophoniques sortir du poste en déjeunant. Comment monter le moindre événement en épingle en faire des tartines est une spécialité de journaliste.

Il se pourrait d'ailleurs que la publicité en général se soit abreuvé à la source folliculaire depuis belle lurette.

Cela explique le formidable pouvoir des médias désormais dont l'esprit de cancan aura tout envahi jusqu'à la moindre oeuvre d'art dont on se sentirait obligé d'établir une chronique.

Présentez-vous

Ces deux mots je les ai toujours redoutés. Non pas que je ne sache parler de moi cela je sais très bien le faire, mais cette forme d'injonction associée à l'instant présent, dans l'instant présent, m'a toujours profondément ébranlée. C'est qu'on vous demande en deux mots de bien d'être là, de l'être vraiment , devant... Lire la Suite →

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