La programmation

En ce moment pour des raisons techniques je me forme à la programmation. J’ai étudié le HTML et le CSS, qui était pour moi à peu près du même acabit que le mandarin classique avant que je n’y plonge le nez.

Puis, comme si cela ne suffisait pas, je me suis lancé dans le déchiffrage du langage PHP.

Bon vous allez dire:  » qu’est ce que ça vient faire ici sur ce blog où d’habitude tu nous déballes un tas d’idées saugrenues sur n’importe quoi et à peu près tout de préférence n’importe comment ? »

Et bien cela a un rapport. Enfin j’en vois un personnellement.

Imaginez que vous soyez obsédé par l’idée de vous rendre de Lyon à Paris et que vous ayez décidé de vous y rendre en train.

Vous avez étudié toutes les possibilités d’effectuer ce voyage auparavant si vous n’êtes pas impulsif comme je le suis.

A pied cela prendrait trop de temps.

A cheval également.

En voiture cela serait trop fatiguant.

Pour rejoindre le premier aéroport ça prendrait un temps dingue et puis les navettes ne sont pas non plus données, et les parking je n’en parle même pas.

Donc vous choisissez le train.

Il vous faudra donc consulter les horaires, vous enquérir du prix du billet, éventuellement le réserver sur internet et vous présenter à un moment ou à un autre sur le bon quai, face à la bonne voiture, dans laquelle, après avoir hissé votre bagage vous chercherez le bon numéro de place, celui inscrit sur le billet que vous consulterez attentivement pour ne pas vous tromper.

Bien.

Imaginez vous désormais assis, détendu, presque heureux de pénétrer dans ce roman que vous avez pris la précaution d’emporter avec vous pour passer le temps du voyage.

Et c’est là que l’homme assis juste en face de vous va vous parler.

-Vous allez à Paris ?

Vous hochez la tête avec une mine joviale ou circonspecte selon votre envie.

Et là l’homme se met à parler de Marseille.

Il vous parle de long en large de Marseille qu’il connait comme sa poche.

Mais vous, ça ne vous intéresse pas vraiment.

D’abord vous avez décidé de vous rendre à Paris.

Ensuite vous avez décidé de vous plonger dans ce roman.

Du coup l’homme devant vous qui vous parle de Marseille, vous le considérer comme une sorte d’hurluberlu ou un gêneur.

La communication passe mal entre vous, vous le constatez rapidement.

Vous ne le regardez plus en tentant de lire enfin les premières pages de votre livre avec l’espoir qu’il comprendra votre désintérêt.

Et il y a de bonnes chances pour que cela fonctionne. Au bout d’un moment l’homme se taira. Il ne vous dérangera plus.

Vous pourrez vous concentrer sur votre roman tout à loisir et au bout du compte vous atteindrez probablement la gare de Lyon à Paris.

Vous connaissez peut-être Marseille, ou pas du tout, peu importe. Ce n’est vraiment pas une préoccupation en ce moment pour vous.

Au moment de vous lever pour sortir du wagon vous aurez envie ou pas d’être poli et vous direz ou pas bonne journée à l’inconnu.

Et cela s’arrêtera comme ça , vous serez à Paris, vous aurez mis votre roman dans votre poche et vous vous dirigerez vers toutes les bonnes raisons que vous avez formées pour effectuer ce voyage.

Au bout de quelques heures vous ne penserez même plus à cet homme assis devant vous dans un train et qui avait tellement envie de vous parler de Marseille.

Pourquoi avait il cette envie à ce moment là particulièrement ? vous ne le saurez probablement jamais et cela vous importe peu au final.

Cependant, quelques semaines plus tard, vous serez dans un nouveau train avec la volonté farouche de rejoindre Marseille pour je ne sais quelle raison. Une ville pour vous totalement inconnue.

Vous repenserez à cet homme et vous vous direz alors: mais comme c’est drôle… vous aurez l’impression d’avoir découvert une sorte de parchemin délavé avec des caractères illisibles, mais qui contiennent néanmoins une information qui vous échappe.

Pas de panique !

Regardez bien…. en face de vous il y a cette femme. N’est t’elle pas à deux doigts d’ouvrir la bouche alors que vous vous apprêtez à ouvrir un nouveau roman ?

-Connaissez vous Paris ?

Si vous ne riez pas à ce moment là c’est que vous n’avez rien compris au film

vous êtes à coté de la plaque totalement.

Vous n’êtes pas plus ouvert sur la vie et le monde que le premier informaticien venu. Par contre vous êtes certainement bien plus disposez que je ne le serai jamais à comprendre les langues informatiques.

Et c’est exactement pour ces raisons que je vous propose deux nouveaux tableaux à l’acrylique sur papier.

Pour vous parler de poésie.

Vous connaissez la poésie…?

Une mise à l’écart

L’habitude nous joue des tours dit Maxime Le Forestier dans une de ces chansons que l’on écoute sans peser chaque mot, et qui nous servent parfois de bruit de fond. Un bruit pour tromper l’ennui ou le silence qui se tiennent au delà de notre brouhaha intérieur. L’habitude d’écrire chaque jour un petit texte ne déroge pas à cette règle, il suffit d’environ 30 jours pour créer une habitude et la transformer en addiction. Si l’on n’y pense pas, cela peut durer des mois, puis des années.

C’est à partir de cette réflexion que je me suis interrompu quelques jours d’écrire sur ce blog. Pour voir évidemment. Pour tenter une expérience. Une de plus.

Toutes les addictions ne sont pas nocives. Il y en a même de bonnes, à condition qu’elles aient une utilité. Et pour qu’une chose soit utile, cette utilité doit être reliée à un objectif, à une volonté. La racine latine de vouloir en dit long  » voleo » comme voler haut

Alors je me suis demandé qu’elle était cette volonté, pourquoi écrire ? dans quel but ? pour flatter quel égoïsme ?

Et puis une fois sûr que c’était bien cela, que pouvais je donc faire vraiment ?

vouloir et pouvoir se croisent et nous crucifient sans relâche. Tant que nous n’y pensons pas vraiment. Au centre de la croix il est un devoir d’accepter l’égoïsme comme un Christ salvateur.

Je n’ai absolument aucun grief contre l’égoïsme, ce serait sot d’en avoir étant donné qu’il est le moteur principal de la plupart de nos actions. De là à la louer à tort et à travers, je me méfierais cependant. Encore une fois ici, sur la croix, l’utilité se heurte à une notion de générosité tournant à vide puisqu’elle ne serait qu’un accord pris avec une croyance en la générosité elle-même.

L’altruisme est un égoïsme, tout comme l’amour. Ce sont des croyances, des accords pris depuis longtemps avec ces croyances sans même que nous ne prenions le temps nécessaire pour y réfléchir. Tous ces accords forment les murs de nos prisons de paresseux, dans lesquelles nous nous enfermons et que nous ne remettons que rarement en question.

Nos émotions nous gouvernent et il faut une bonne dose de recul et de patience avant que nous ne puissions prendre le dessus sur elles. La réaction à chaud si elle ne reste qu’à l’état de réaction ne vaut pas grand chose ni dans la peinture ni dans la peinture et sans doute dans tous les domaines de l’art. Les réactions sont multiples, incessantes et elles ne sont pas liées ni aux objectifs ni à la volonté. Pour la plupart elles sont issues de notre cerveau reptilien, profondément enfouies en lui d’autant qu’on les laisse s’exprimer librement sans jamais les transmuter en autre chose que ce qu’elles sont.

L’intelligence est liée au recul, au temps, nécessaires pour transformer une réaction en émotion et en sentiment. On ne peut agir que sur les composantes d’un sentiment, jamais sur le sentiment lui-même.

Quelle surprise de soudain constater la vanité d’une habitude, par cette sensation d’ennui ou de malaise qui surgit avec le temps avec la distance que l’on prend soudain avec elle!

Il n’y a pas d’entrée plus élégante que cette surprise et il faudrait toujours commencer par elle pour analyser nos malaises, plutôt que la peur.

Surprise de voir que l’on peut lâcher les béquilles et marcher soudain sans aide.

Surprise de constater à quel point on s’est égaré du point le plus central de notre volonté.

Surprise de constater également qu’on peut pénétrer au cœur des choses, au cœur de cette colère, de cette difficulté en considérant la surprise comme une porte et non comme un mur sur lequel on s’écrase régulièrement.

Pour cela il semble qu’une mise à l’écart s’imposerait. Une mise à l’écart de tous les accords passés avec l’ensemble des croyances et qui nous installe soudain dans un espace temps singulier et familier en même temps.

Prendre rendez-vous avec soi c’est cela cette mise à l’écart, dans un but purement égoïste, qui n’est que de se mieux comprendre.

Sans ce rendez-vous, on ne peut pas revenir au monde correctement, c’est à dire avec cet altruisme ou cette générosité débarrassés de leurs gangues de stupidité, de naïveté, en un mot de narcissisme inconscient.

Une mise à l’écart cela fait du bien d’autant qu’on pénètre en elle par surprise.

Un matin on se réveille et on se demande ce que l’on veut vraiment, ensuite on regarde autour de soi et on ne voit rien de ce que l’on veut vraiment depuis toujours. Quelle surprise !

On peut encore perdre du temps à mesurer l’égarement, le pourquoi du comment, mais c’est encore une façon de la prolonger, de prolonger cette habitude, cette addiction qu’est l’égarement, une fois la peur vaincue, celle de s’égarer justement ou pour rien.

On se rend alors compte d’une chose que l’on sait depuis toujours et que nous avons oubliée. La joie est toujours là.

Il n’y a pas à disserter sur la joie, mais plus sur ce qui la dissimule à nos propres yeux, ce qui l’a dissimulée, ces gènes qui ne cessent de nous priver du plaisir naturel d’être ici ou là tout simplement et que l’on ne cesse jamais de s’inventer en créant des accords dissonants avec nous-mêmes.

D’un autre coté et pour ne rien laisser au bord de la route sans remercier : sans ces gènes, sans cette cacophonie, comment pourrions nous vraiment écouter la note la plus juste, celle qui provient de nous si ne nous les inventions pas ?

Comment pourrions nous pénétrer en toute quiétude dans cette mise à l’écart afin de nous ressourcer au silence de la joie ?

Ces deniers jours je me suis mis à peindre sur des feuilles de papier avec de la peinture acrylique sans chercher à obtenir quoique ce soit vraiment, en renonçant à des accords pris avec tout ce que je crois savoir sur la peinture. Pour me désaccorder gentiment de ces croyances.

Il y a bien quelque chose de l’ordre du rituel à installer pour revenir à la joie de peindre, pour en étudier la gène qui ,sans effort, est toujours présente comme une compagne indéfectible.

C’est une exploration de ce qui peut encore gêner la joie et le plaisir de peindre pour peindre .C’est tout à fait égoïste évidemment. Un égoïsme qui je l’espère me permettra de passer du statut de héros à celui de fin stratège pour conserver le plus longtemps possible les yeux ouvert sur ce rêve joyeux d’être soi.

Le blogging, la peinture, l’hydre de Lerne annuelle

Tous les ans c’est la même histoire, les bonnes résolutions reviennent par vagues pour m’envahir la caboche et il me faut vraiment me ramasser sur moi-même, m’arcbouter farouchement pour tenter de leur résister. Mais parfois certaines sont plus virulentes que d’autres et il me faut encore ajouter à la résistance un petit quelque chose en plus. Mettons du bon sens, ou du discernement.

En tant que peintre la plus belle partie du travail est évidemment de peindre. Alors donc, une fois l’an, en janvier, tout me rappelle que ça ne suffit pas et ce d’une façon encore plus insistante que tous les autres mois. Je commence à m’accabler, à me juger férocement, à me chercher des poux dans ce qu’il me reste de cheveux et tout cela tourne autour des termes « stratégies, visibilité, notoriété, et évidemment « pépettes ».

Il faut faire tellement d’autres choses que de peindre quand on veut vivre de sa peinture vraiment que je l’avoue systématiquement les bras m’en tombent. Ce qui est un inconvénient majeur pour ma profession on en conviendra.

Du coup je passe par une période bizarre où un tas d’idées biscornues, de désirs troubles, montant de je ne sais quel lieu mercantile de ma psyché, finissent par m’assaillir et me prendre de façon obsédante, la tête.

A chaque tête qu’Hercule coupe, il en pousse deux autres, o quelle saleté que cette hydre de Lerne !

Faut-il améliorer le site web, afin de le rendre plus joli, plus  » responsive » , plus pro, et ainsi obtenir les faveurs Googolesques en matière de référencement ?

Faut il enfin sérieusement s’intéresser au fonctionnement ésotérique de ce putain d’autorépondeur auquel je ne pige que couic et que je paye pourtant chaque mois pour pas grand chose ?

Faut il s’intéresser à la création d’une boutique ? Et dans ce cas changer de CMS, troquer WordPress contre un Prestashop ?

Et puis commence alors aussi tout une batteries de tests, d’essais, pas vraiment concluants je l’avoue. Evidemment rien n’est simple lorsqu’on bidouille, un morceau de code par là, une classe CSS par ci. Je finis généralement par m’embrouiller copieusement dans toutes les ID

Du coup des heures et des heures de visionnages de tutos sur YouTube à s’en faire pleurer les yeux sur des sujets tellement éloignés de la peinture dans le fond que la confusion finit par envahir à peu près tout, et surtout elle érode largement le plaisir simple de se retrouver devant son chevalet et peindre de bon cœur.

Dans le fond c’est un peu la même chose dans la peinture elle-même, sauf que je l’avais oublié.

Au début on se trouve tellement dépourvu de tout ce que l’on imagine comme savoir, expérience, que l’on passe des heures innombrables à chercher en dehors de soi, des astuces techniques, des savoir faire, que ce soit sous forme de cours, de tutos, de formations et de stages, si ce n’est pas une école d’art.

On croit que toutes ces choses extérieures sont absolument nécessaires, que sans elles on sera condamné à ne rester qu’au niveau de l’amateur. C’est sans doute vrai en partie, mais pas complètement.

Toute cette confusion d’où vient-elle vraiment finalement ?

Peut-être du fait qu’on n’arrive pas vraiment à savoir ce que l’on veut, ni dans le blogging ni dans la peinture.

Et si on n’y parvient pas, je dirais en ce qui me concerne que je m’y refuse même, car « savoir ce que l’on veut » dirige généralement vers un seul objectif désormais qui est de « faire du pognon ».

Bon je n’ai rien contre le fait d’en gagner, j’ai même passé la plus grande partie de ma vie dans ce but lorsque je travaillais en entreprise. C’est d’ailleurs en raison de cette absurdité que j’en suis finalement parti.

Alors évidemment c’est difficile après tant d’émerveillement, de liberté, en choisissant tous les aléas d’une vie de peintre de revenir à nouveau vers ce questionnement et de redéfinir des stratégies que je connais au demeurant assez bien finalement.

Même si les outils changent, si je ne suis pas tout à fait à la page, le contenu est toujours le même: Promettre, faire saliver, répondre à l’avance aux objections de ne pas acheter, promettre encore, faire saliver à nouveau, au moins 7 fois si possible à la queue leu leu pour que ça pénètre les cervelles et puis balancer une urgence, accompagné d’un « call to action ».

Vendre des tableaux comme ça, j’avoue que je suis tenté une fois l’an, généralement en Janvier. C’est assez perturbant et à la fin j’arrive même à en rigoler tout seul.

Peut-on vraiment diviser à ce point son état d’esprit pour être à la fois peintre, camelot, et technicien en informatique ? C’est une colle encore pour moi.

Même si je vois parfois des personnes qui y parviennent et qui même ont l’air de remporter un franc succès, je me demande bien l’impact que peut avoir cette sorte de schizophrénie, globalement sur la justesse de leur art…

Peut-être suis je encore trop naïf, trop bohème, mais ce que je sais c’est ce que je ne veux pas surtout. Je veux rester peintre et n’ai pas vraiment envie de me transformer en homme d’affaire, ni en crack de la SEO, et surtout pas rester les trois quarts de la journée les yeux fixés sur des écrans à contempler des graphiques et des courbes pour me rassurer sur mon talent, sur ma sécurité et tirer je ne sais quelle fausse gloriole de toute forme de reconnaissance.

La question tout de même, importante à se poser à partir de là c’est pourquoi je continue à blogguer ou à peindre ?

Pour le plaisir de m’exprimer évidemment, et par les temps qui courent, sans doute que cela peut paraitre égoïste, inefficace absolument comme pas du tout rentable, je m’en fiche pas mal au fond. On m’a déjà fait le coup avec le temps, avec le genre de conneries telles que  » le temps c’est de l’argent » ou encore le temps perdu ne se rattrape jamais » … je connais la musique et surtout le silence comme d’habitude entre les notes.

Chaque année il y a un héros antique qui use son arc ses flèches et tout un tas de stratégies pour occire le monstre du marais. En vain du 1er de l’an à la fin janvier, après ça se calme une fois que toutes les têtes du monstre ont été calcinées méticuleusement..

Ce que je trouve beau est toujours à mi chemin.

Ce que je trouve beau est toujours à mi-chemin entre le doute et la certitude. On ne peut m’imposer ni le doute ni la certitude, l’impersonnel d’une opinion générale logée en moi-même qui à premier vue se hâterait systématiquement. Je passe mon temps à détruire cette opinion et ce faisant cette idée arrêtée qui, dans la même hâte m’ouvre un horizon plus large de ce qu’est l’impersonnel, c’est à dire l’Etre.

Je ne peux me maintenir longtemps ni dans le doute pas plus que la certitude face à l’Etre.

De la même façon que je joue un jeu dangereux avec l’espoir de rédemption. Dangereux parce que je sens bien que je dois renoncer du fond de chacune de mes cellules à l’idée d’une rédemption. Une idée extraire encore une fois du collectif aux prises avec l’impersonnel qui se résout dans l’à peu près. Dans la légèreté de l’à peu près de peur toujours de sombrer dans la précision.

Entre légèreté et précision qui se rapproche de cette idée de doute et de certitude quelque chose m’attire que je nomme la beauté.

Je n’ai pas trouvé d’autre solution que de me trouver moi aussi perpétuellement à mi chemin pour parvenir à regarder en face cette beauté.

esquisses visages Patrick Blanchon 2020
esquisses visages Patrick Blanchon 2020

Entre quelque chose qui ne s’achève pas et qui s’achève , dans l’entre deux d’une respiration.

J’ai toujours eu cette intuition que rien ne pourra jamais me sauver, qu’il n’y aura pas de rédemption et pourtant je persiste.

C’est encore une fois de plus la phrase de Klee qui revient de ce fameux point gris qui doit « sauter » par dessus lui-même.

L’idée d’un dépassement ultime à découvrir après que tous les renoncements aient tout réduit en cendre.

Pour la beauté du geste si je peux dire, pour la beauté d’un trait qui parfois disparait pour ressurgir chargée d’une vigueur neuve, qui elle aussi se dirigera inéluctablement vers le fragile, le vulnérable.

Dans un seul trait c’est toute cette beauté que l’impersonnel collectif et ce que je nomme l’Etre dessinent , de façon à la fois floue et précise. Ainsi tout cela, la ligne, réunit en elle le doute et la certitude comme pour montrer leur importance, la sensibilité de l’Etre au monde comme ma propre absence, ma disparition dans un simple trait, un don.

Je ne serai pas sauvé parce que je ne peux pas être perdu c’est ce que me dit ce trait au moment même où j’ai l’impression qu’il disparait, qu’il s’efface pour mieux ressurgir à un autre endroit du tableau.

Résister à l’urgence

Samsara acrylique et feutre format 30x30 cm Patrick Blanchon 2020

Lorsque je ne peins pas, j’éprouve au bout de quelques jours un malaise et alors, j’ai souvent besoin de recourir à l’urgence. La culpabilité crée une urgence, c’est à dire que je vais effectuer des actions, peu importe lesquelles, et qui, par leur accumulation, me procure l’impression de me sentir moins coupable.

Cette culpabilité provient du fait que je ne sais jamais la limite convenable entre ne rien faire pour recharger mes batteries, me reposer et plonger dans l’angoisse de l’à quoi bon. Entre le confort d’un repos accepté et l’agitation crée par la prise de conscience que peindre comme écrire me place à la marge. Ici se mêle à la fois le sentiment d’imposture, l’obligation d’orgueil, comme la tentative de rester humble, et tous les doutes nécessaires pour ne pas être englouti dans la certitude, la peur de me tromper.

Cette marge est à la fois le lieu de tout ce que je peux trouver à la fois pour peindre et pour vivre mon « personnage de peintre » Il y a là autant de merveilles que d’effroi. Cette marge j’imagine que c’est l’espace de l’intime et lorsque j’éprouve le bonheur de peindre ou l’angoisse d’être désœuvré, c’est tout ce que je place en amont de cette marge qui vacille. C’est à dire tout ce qui me constitue dans la vie de tous les jours, ma perception du monde ordinaire , mes avis personnels sur le monde et moi-même, mes peurs et mes certitudes, ma dualité perpétuelle entre doute et certitude. Il me faut dans le même temps résister comme si j’étais juste un observateur de tout ce qui m’arrive, un observateur qui résiste par l’impartialité que l’intime lui confère à la fois dans l’inaction comme dans l’agitation.

C’est parce que c’est plus difficile soudain de résister dans l’inaction que j’invente cette sensation d’urgence, impérieuse. Comme une autorité factice sur moi-même qui ne cesse plus de me sommer jusqu’à ce que j’accepte enfin de prendre le pinceau.

Cette autorité parfois je lui cède de bon ou de mauvais gré et tout va dépendre justement de la qualité de cette volonté de céder.

Si cette volonté provient d’une sorte de rage, de désespoir, de ce sentiment de culpabilité ou d’imposture, alors les actions qui s’enchainent sont colorées par cette palette d’émotions que je nomme arbitrairement « négatives » et les actions que je mets en place ne sont que du « désordre », ce que j’imagine moi être du désordre, ou ce que j’en sais parce qu’au fond de toute cela rode la vision d’un ordre fantasmé. Cet ordre là ne peux jamais s’atteindre, il surgit par surprise sur le tableau, et je ne sais ou plutôt je me refuse à savoir si j’en suis le responsable, l’auteur. Cette volonté d’ignorance fait partie de cette résistance à l’urgence. L’urgence de s’enivrer d’être un auteur de quoi que ce soit, d’être enfin vivant pleinement et donc apte aussi à crever pleinement. Toujours cet écart entre merveille et effroi.

Finalement l’urgence contre laquelle je résiste c’est celle qui me pousse à vivre coute que coute comme de mourir coute que coute, avec le risque identifié que tout cela ne soit au final que du vent. Tout ça pour rien. Peindre alors est un enjeu autour duquel je tourne comme un électron autour de son noyau dans cette épreuve qui rassemble le « non faire » et le « faire n’importe quoi »

J’oscille sans arrêt entre ces deux pôles pour écouter ce que me dit cette urgence tout en lui répondant soit par le non faire soit en faisant n’importe quoi. Je veux dire que je suis entrainé par l’intime à éprouver et surtout à rester attentif à ce double mouvement qu’elle crée. Résister en même temps que céder à l’urgence, c’est cette recherche dont chaque tableau au bout du compte sera le résultat.

Samsara Acrylique et feutre 30x30cm Patrick Blanchon 2020

Trouver le calme en plein centre de toutes les agitations. s’approcher au plus près de la vacuité de l’agitation comme du calme. C’est cela qui me fait peindre comme pour être en même temps que ne pas être, pour créer quelque chose, un tableau, mais probablement du texte aussi qui me dépasse dans la durée. Pas seulement après moi, mais aussi avant. Résister à l’urgence pourrait se résumer alors à devenir un point microscopique, ce qui me fait penser à l’élément déclencheur du big bang. A la naissance de l’univers, une convention en fait, car le point lui sait bien qu’en amont l’univers ne nait ni ne meurt pas vraiment. Que la ligne déborde de tous les cadres

La potion magique pour artiste

En cette fin d’année, j’ai fouillé dans mes vieux grimoires pour retrouver la vieille formule d’une potion magique.

Le temps et les intempéries dues aux nombreux déménagements ont un peu abimé les pages, j’ai essayé de combler les trous, et puis je l’ai testée cette potion.

Bon elle n’est peut-être « magique » que pour moi. Du coup pour voir, j’ai envie de la partager, dans une émission de podcast

Si tu ne l’as pas encore fait du peux même t’abonner pour recevoir les prochaines notifications, en attendant je te souhaite le meilleur en cette fin d’ année un peu étrange qu’est 2020.

On a l’art du temps présent qu’on peut.

C’est en écoutant une chanson de Georges Brassens, la ballade des dames du temps jadis que cette idée de titre m’est venue. Parce qu’au final entre l’art et moi il y a bien de l’amour, et beaucoup de nostalgie parfois aussi, celle justement dont je me méfie le plus quand je la vois surgir. Cette sorte de nostalgie qui laisse à penser qu’il y eut autrefois des jours meilleurs, un art meilleur, où le beau et la mesure étaient tout. Et que tout serait à jamais révolu.

C’est probablement un peu vrai que la notion de mesure ces 60 dernières années aura été oubliée. Faut il s’en plaindre ou faut il s’en réjouir ? Peu importe puisque tout ce que l’on pourrait en dire dans ce contact encore trop rapproché de l’évènement serait certainement trop subjectif. Il faut du temps pour parvenir à comprendre une époque, à quoi servent les avant gardes, les réactionnaires et en l’occurrence aussi ces longues périodes de paix que nous aurons traversées en Europe.

Il est possible que la paix à long terme dissimule autant de toxicité que la guerre. Les muscles s’affaissent, le dos se voute, le cerveau n’est plus irrigué de la même façon, dopé dans les combats par l’adrénaline. Sans doute est ce pour cette raison qu’on voit désormais fleurir toutes ces salles de fitness, les films catastrophes en tout genre, et des personnages politiques ressemblant à des monstres dépourvus d’humanité mais qui ne cessent pour autant pas de la singer autant qu’ils peuvent assez cyniquement.

Ce que notre génération, celle des sexagénaires dont je fais partie laissera derrière elle ce sera certainement une jolie matière pour explorer philosophiquement l’égocentrisme et la démesure. Quant à l’art de cette génération, il apprendra certainement à nos héritiers que quelque soit la façon dont on aborde la mythologie, par la grande porte ou l’entrée de service, c’est en premier lieu toujours de la mythologie.

Reste à savoir ce que nos héritiers feront de cette notion de mythes. Car ceux ci qu’ils soient égocentriques, personnels ou universels, ne cessent d’évoquer toujours à peu de choses près les mêmes thématiques. Ce qui change justement depuis les années 50 jusqu’à nos jours c’est une façon d’aborder ces thèmes jusque là inédite.

Quand j’étais gamin je croyais dur comme fer que si je prenais une pelle et que je me mettais à creuser dans le jardin suffisamment longtemps j’atteindrais la Chine. C’est ce genre de mythe personnel qu’on n’invente pas. Mais que l’on transforme à sa propre sauce pour le rendre plus digeste, comestible selon notre capacité à comprendre ce monde.

L’art issu de cette génération increvable de Boomers, c’est un art individualiste à première vue mais qui n’est pas si en opposition avec un art qui se donnerait des allures collectives. L’art est une chose, tous les qualificatifs que l’on peut lui attribuer une toute autre chose. Je crois que notre génération tellement critiquée pour son indolence, son égoïsme, aura permis à la collectivité lorsqu’elle s’en rendra compte de mieux relativiser tout ce que l’on peut dire sur l’art et ses manipulations surtout.

Sous prétexte de faire de l’art certains se seront égarés particulièrement dans notre génération. Il se seront égarés plus ou moins volontairement comme les croyants se seront égarés aussi en apprenant que Dieu était mort.

Car la rupture historique que nous avons vécue en matière de religion nous l’avons également vécu en matière d’art et en bien d’autres domaines. Peut-être même que boomers et rupture seront synonymes dans les dicos futurs.

On peut prendre les choses sous l’angle psychanalytique et faire référence à l’Œdipe pour expliquer cette nécessité de démolir les pères que ce soit en art ou ailleurs. Mais elle n’est qu’une grille de lecture parmi d’autres, un mythe oserais je dire comme tous les autres.

Peut-être que justement ce legs soulagera l’espèce à venir de ses croyance en la sacro sainte « réalité », ou « vérité » selon le bruit que nous avons envie de formuler avec nos bouches. La réalité et la vérité ne sont rien d’autres que des mythes elles aussi et si nous le savons désormais c’est parce que notre époque aura beaucoup œuvré consciemment ou pas pour nous le garantir.

La croyance dans le mythe de la réussite professionnelle, dans le mariage, dans l’abondance, dans l’exploitation illimité des ressources, laisse la place désormais à des mythes différents, le chômage, le divorce, la précarité, la pauvreté et la restriction évidente liée à la croissance démographique galopante. Suivant comment on manipule les grilles de lecture, comme on agite les mythes on gouverne les foules.

Cet ensemble hallucinant de changements de modifications, de bouleversements sur tous les plans de la société humaine comment l’art pourrait-il ne pas y faire allusion ? Cependant jamais auparavant dans l’histoire une société , une civilisation n’avait connu autant de changement en un si petit laps de temps.

A quoi cela servirait il à un artiste de ma génération aux prises avec tant de bouleversement dans son présent de se tourner vers les canons de la beauté grecque ? Sinon à se réfugier dans la nostalgie d’un passé qui d’ailleurs n’a probablement jamais existé tel qu’on nous le raconte encore de nos jours.

Au demeurant lorsque j’étudie la forme bizarre qu’aura incarné l’époque dans laquelle j’ai vécu un grande partie de ma vie elle ressemble à un simple caillou un peu différent des autres qui aura attiré l’attention du promeneur par sa bizarrerie en premier lieu.

Ensuite si je l’étudie plus attentivement j’y aperçois malgré tout une composition de base géométrique comme toutes les autres, qu’elle soit plus inclinée vers le cercle, le rectangle ou le triangle peu importe en fait. C’est son universalité qui me saute désormais immédiatement aux yeux une fois la bizarrerie traversée.

Je crois que c’est au même constat que bon nombre d’artistes qui se seront appuyés sur un mythologie individuelle, une mythologie personnelle, parviennent plus ou moins au terme de leurs œuvres. Le bizarre si bizarre puisse t’il apparaitre rejoint toujours l’universel et ce quelque soit ce que l’on peut subjectivement en penser.

Ce reflexe de rejet du grand public pour une grande production de l’art contemporain ne provient que du manque de recul et de cette absence de connaissance des liens qui s’opèrent entre l’étrange et le familier. Puisque dans la société de l’individualisme exacerbé dans laquelle nous vivons notre subjectivité a été élevée au niveau d’un simple slogan marketing. Elevée ou abaissée suivant le point de vue que l’on veut bien adopter. Car au final cette soi disant subjectivité n’est que de façade, elle ne fait que répéter inlassablement la rumeur de cette pensée unique dont on l’affuble.

L’artiste du 20 -ème siècle l’artiste de ma génération l’a bien compris et en joue sans vergogne. Puisque le sentiment de honte et de culpabilité font partie eux aussi des artifices du mythe. C’est en traversant cette honte et cette culpabilité, en revenant à la source par la masturbation, la rumination d’une histoire la plus personnelle possible qu’ils ont su faire exploser les frontières du personnel pour montrer combien elles étaient illusoires, combien le personnel, l’intimité, la vie privée étaient des concepts des outils susceptibles de manipuler le quidam moyen à l’intérieur de nos sociétés, jusque dans le modèle tant chéri de démocratie.

Dans le fond un clou chasse l’autre et tout n’est que recommencement pour l’être humain au sein de son environnement afin de mieux saisir à la fois cet environnement et partant lui-même.

Si la démocratie est née en Grèce il y a maintenant fort longtemps, elle est probablement née suite à un moment de fatigue vis à vis de l’éthique. Je crois que les artistes boomers plus ou moins consciemment ont saisi cette loi universelle qui oblige de passer d’une recherche artistique formelle à une recherche d’éthique puis en découvrant le fait qu’on peut tout autant s’égarer dans cette dernière achever leur parcours en se vouant à la cause politique, finalement la seule qui vaille. Les artistes égocentriques du 20 ème siècle ne peuvent pas aboutir à un constat autre que celui ci.

Performance de Joseph Beuys, mythologie personnelle d’un accident vécu qu’il ressasse et dont chaque objet devient un symbole.

Et c’est ce qui est formidable justement. C’est de comprendre que quelque soit la façon dont on veut aborder l’art celui ci nous conduit à l’universel, à la morale, même pour la mettre à bas, puis à l’éthique personnelle et enfin au politique.

Nous avons accès à l’art que nous méritons et ce n’est en aucun cas une sanction. On a l’art du temps présent qu’on peut, et ce pouvoir dépend du chemin parcouru à chaque instant que ce soit dans l’égarement le plus total comme à la rigueur et à la mesure dans lesquels il est capable d’imaginer un salut.

Peu importe ce que l’artiste exerçant son art peut vraiment en penser personnellement. L’artiste est un vecteur plus ou moins prolixe, un catalyseur, un athanor dans lequel brûle et se modifie le minerai du temps présent, un creuset dans lequel sont déposées toutes les contradictions d’une époque qu’il traverse avec plus ou moins d’enthousiasme et de bonheur.

C’est en travaillant à son art que peu à peu l’artiste apprend par sa vision d’abord subjective à traverser le subjectif et partant se transforme profondément lui-même . C’est ensuite lorsqu’il est parvenu à s’extraire de l’illusion ou que ses œuvres passent l’épreuve du temps pour toucher un autre éveillé que l’on peut vraiment saisir la profondeur de ses œuvres, leur secret, leur silence . Tout ce dont le subjectif affiché dissimule dans l’immédiateté du temps présent à ses contemporains.

Trouver le bon moment

Hier je parlais du cadre, de l’importance de celui-ci pour se représenter la valeur d’un dessin, d’un tableau, en l’isolant d’une simple table ou d’un mur afin que l’œil et l’imagination, l’esprit puissent se concentrer dessus. Aujourd’hui il est possible de trouver un moment, un bon moment pour parler du temps comme d’une table ou d’un mur et de cet instant où l’on décide d’écrire, de peindre, le bon moment…

L’Allée des Soupirs 120×80 huile sur toile Patrick Blanchon 2015

L’invention du temps

« L’éternité c’est long surtout vers la fin » Peu importe que cette citation soit de Franz Kafka ou de Woody Allen, c’est un débat stérile dans lequel je n’ai pas envie de perdre ni de vous faire perdre du temps ce matin.

Cependant cette phrase est intéressante car elle est probablement en tache de fond dans la cervelle des premiers hommes qui ont inventé le temps.

Si nous n’avons pas le temps, nous sommes dans l’éternité, tous les jours vécus dans celle-ci se valent.

Le temps servirait alors à créer de la différence en premier lieu. Il y aurait un passé un présent et un avenir, on pourrait ainsi mieux se situer soi-même et situer nos actions, les événements de notre vie dans une durée. Le temps nous extrait de l’ennui provoqué par le sentiment d’éternité comme d’une obsédante enfance.

Dans ce cas dire « je n’ai pas le temps » c’est résister à quelque chose de métaphysique probablement, quelque chose d’inscrit si profondément en nous-même, dans notre être quelque chose de l’ordre de l’intime.

Temps collectif et temps personnel.

Si pour tout le monde une heure c’est soixante minutes, si pour tout le monde s’impose la notion collective d’un temps, il n’en va pas de même pour notre appréhension du temps.

Nous n’avons pas la même sensation de l’écoulement de cette heure suivant son contexte, son environnement, et notre état d’esprit.

Il y a des heures qui passent lentement, interminables, et d’autres qui s’évanouissent en un clin d’œil.

Et pourtant si l’on en revient aux faits c’est-à-dire aux horloges, aux pendules aux montres et aux cadrans c’est bel et bien de la même heure dont il est question.  N’est-ce pas étonnant ?

C’est par cette sensation du temps en chacun de nous confrontée à celle éprouvée du temps collectif que nous pourrions nous interroger sur la véracité de cette notion de temps comme sur notre propre véracité si j’ose dire.

Car d’un moment à l’autre notre état d’esprit peut se modifier, nous pouvons passer de l’ennui à la joie, de l’enthousiasme à la tristesse parfois en un laps de temps étonnant.

Le temps personnel est -il mesurable de la même façon que le temps collectif ?

On se rend compte assez vite que non.

Une heure de récréation passe parfois bien plus vite qu’une demi-heure de travail, et parfois c’est tout le contraire.

Ce temps-là, ce temps personnel ne peut pas se calculer en heures, pas plus qu’avec les outils classiques permettant de mesurer la durée. Alors comment en rendre compte ?

Par les sensations qui nous traversent dans la durée ?

Par les faits, les actions, les résultats, les réussites et les échecs ?

Par les pensées ?

Sans doute une sorte de mélange de tout cela.

Car ce qui reste de ce temps personnel écoulé, ce sont des souvenirs de sensations, des souvenirs d’actions, des souvenirs de réussite ou d’échec et encore bien d’autres éléments qui composent l’atmosphère, l’ambiance qui forment le décor dans lequel notre silhouette tel un fantôme à pouvoir de renaitre et se déplacer.

Cette silhouette, ce fantôme est ce nous ? Est-ce une fiction ? Une reconstitution fabriquée de bric et de broc ? Quel lien pouvons-nous vraiment établir entre ce fantôme du passé, ce fantôme de l’avenir et nous dans l’instant présent ?

Les universaux , de bons moments pour se situer dans l’espace-temps ?

Pour le savoir il faudrait pouvoir se fier à ce qui ne change pas, ne changera jamais, trouver ces fameux « universaux » ainsi que le dit Aristote, qui ont le pouvoir de relier les dits et faits de plusieurs, qui seront conçus comme propres à toutes ces versions différentes, singulières de nous-mêmes.

Associer la notion d’universalité à ce fameux bon moment est peut-être une piste. Il faudrait alors trouver ce qui ne change pas, dans le temps, ce qui reste valable hier comme maintenant et le sera irréfutablement demain. L’enfance est-elle envers et contre tout ce fameux bon moment dont nous avons l’impression qu’il ne change pas ?

Et encore quelle difficulté de les établir ces universaux !  Car on se rend compte avec un peu de recul combien les idées que nous avons de nous-mêmes et du monde qui nous entourent peuvent changer.

Les idées, les opinions, les pensées sont mobiles et fluctuantes et si nous nous basons sur celles-ci pour prouver notre propre existence dans le temps nous nous heurtons à la variété, comme à notre diversité, au changement. Changement et durée sont liés étroitement, intrinsèquement.

D’autant que les supports sur lesquels nous les posons, tout ce qui permet d’étendre la mémoire et de la conserver vive se modifie aussi très rapidement désormais.

Que ce soit l’imprimerie avec son procédé offset qui ne garantit plus la pérennité des livres , désormais produits dans le cadre de la grande distribution, les supports numériques éphémères eux aussi  sur CD, DVD Disques dur internes, externes et désormais en Cloud.

Une volatilité des données permettant d’inscrire la mémoire de cette pensée, des émotions, qu’elle soit collective ou personnelle ne nous permet plus de croire dans la même idée de pérennité que nos prédécesseurs.

On n’inscrit plus grand-chose dans le marbre pas plus que sur de beaux et résistants parchemins.

Tout est sujet désormais à s’évanouir du jour au lendemain.

Ce qui provoque une sorte d’étrange cancer : les reproductions, les copies, des remastérisassions, les remake, des photocopies à l’infini, des sauvegardes monstrueuses.

L’information est ainsi conservée dans l’éphémère et l’obsolescence et on croit pallier le risque de disparition, de perte d’évanouissement, par une multiplication compulsive un clonage institué en norme qualité

Relations entre temps collectif et temporalité personnelle.

Les relations existent entre le temps collectif et la temporalité personnelle. Mais de quel genre de relation peut-on parler ? Est-ce une relation d’égal à égal ? Est-ce une relation dominant dominé ?  J’ai toujours eu tendance à penser que le temps collectif l’emportait sur le temps personnel. Ce n’est peut-être pas si tranché que cela. Je crois qu’une interaction entre ces deux temps peut être envisagée dans un cadre où l’importance de l’individualisme désormais prime sur l’importance du collectif. Ce qui me fait m’interroger et donne ainsi un peu d’eau à mon moulin, c’est justement cette absence à peine dissimulée de vouloir se projeter vers l’avenir lointain

Nous n’avons pas la même vision de l’avenir que nos ancêtres des civilisations anciennes, qui eux nous ont laissé des traces de leur passage dans la pierre, dans l’architecture et qui sans doute subsisteront encore longtemps après que notre civilisation aura disparu.

L’intention qui se trouve à l’origine de ces visions d’avenir est fort différente de la nôtre. Les anciens ont inventé une idée, une croyance en l’éternité de leurs œuvres architecturales notamment qui semble ne plus nous intéresser aujourd’hui. A part les archéologues et quelques passionnés.

Nos productions en général ne sont fabriquées que pour être rapidement consommées afin de recueillir un profit immédiat, un profit de l’instant présent. Les produits n’ont pas cette nécessité d’être durables, mais au contraire, ils doivent s’abimer, se briser, défaillir dans un délai imparti afin que les consommateurs en achètent de nouveaux qui eux aussi seront obsolètes rapidement.

En tant qu’individu, nous avons été éduqués par cette production dans le cadre de l’obsolescence. La nouveauté est un mot d’ordre, un mot clef que les pages de vente n’oublient plus de rappeler pour créer le réflexe pavlovien d’achat.

Cette vision économiste du temps, de la durée des objets impacte plus ou moins consciemment tous les domaines de la société. On assiste à des modifications profondes concernant ce qu’on nommait autrefois une carrière professionnelle, mais aussi le mariage, jusqu’à la notion de contrat de travail, de moins en moins indéterminé désormais, tout indique cette érosion nécessaire, « naturelle » dans le nouveau paradigme que l’absence de vision claire sur l’avenir occasionne dans nos esprits.

Ce qui paradoxalement nous rend plus enfantin encore que toutes les sociétés que nous considérions comme « primitive » ou « obscurantiste » c’est bel et bien cet oubli, crée volontairement ou pas à des fins mercantiles.

Cette vision économiste qui nous renvoi en enfance, le politique se calque également dessus. Quel homme politique propose désormais une véritable vision d’avenir ? Aucun, les bureaucrates et les banquiers ont investi le pouvoir législatif et exécutif et perpétuent désormais cette même idée du court terme favorable à maintenir un vague souvenir dans la mémoire électorale à seule fin d’être réélus.

Tous les slogans de la nouvelle vague de New-Age 2.0 concernant le carpe diem, l’instant présent sont directement tirés de ces mamelles gonflées d’illusions, de croyances que le système capitaliste aura crée dans sa vacherie fondamentale. Et le pire c’est qu’il contrôle tout ce qui est susceptible de pouvoir le renverser. La fabrication de la marge n’est qu’à cette fin, crée une différence acceptable afin de mieux la gérer.

Comment alors s’y retrouver dans ce que j’appelle ce temps personnel ? Comment dénouer les nœuds formés par cette interaction avec le temps imposé le temps collectif qui sert ainsi un pouvoir aussi temporaire que ses réalisations ?

Comment se projeter dans l’avenir soi-même si même la société ne trouve plus que c’est un but digne d’intérêt, ou plutôt veut le faire croire à ses citoyens.

Une nécessité de maturité s’impose alors pour soi-même afin de s’extraire de cette glue, de cette volonté commerciale et politique d’infantilisation généralisée.

C’est un conflit évident entre l’enfance et l’enfance, l’enfance vue sous l’aspect d’un temps collectif et celle vue d’un point de vue personnel, individuel. L’une est dénigrée, abaissée au titre d’une anecdote, on détruit une idole pour la remplacer par une autre presque semblable, mais en toc.

Trouver le bon moment

Trouver le bon moment alors ce pourrait être ça : endosser une responsabilité, une maturité  vis-à-vis de l’avenir tout simplement. Trouver le bon moment d’effectuer une action c’est comprendre également l’impératif de justesse de celle-ci dans un cadre plus vaste qui rejoint à la fois les plus anciens de nos aïeux comme les plus lointains de nos descendants. C’est avoir cette intuition soudaine de n’être qu’un point sur une ligne constituée de milliards et de milliards de points et qui tous ont une utilité pour comprendre le temps, le passé le présent et l’avenir au sein même de cette immense feuille blanche, presque totalement vierge que représente l’éternité.

Trouver le bon moment, le juste moment c’est avant tout faire en soi le tri entre illusion et réalité, entre mensonge et vérité pour s’apercevoir comment les définitions de tous ces termes sont assujetties, elles aussi, à un moment, à une époque et qu’elles peuvent être transformées modifiées par notre propre vécu.

Sans doute n’avais je pas toutes ces idées clairement en tête au début de cette crise sanitaire, peut-être n’étaient elles que sous une forme de sensations encore, d’intuitions. J’aurais pu les conserver encore longtemps dans cet état nébuleux si je n’avais pas décidé d’utiliser mon temps, de trouver le bon moment pour tenter de m’en rapprocher chaque matin, jour après jour en écrivant ces lignes.

Trouver le bon moment ce n’est pas s’appuyer sur le hasard ni sur la chance, c’est une décision responsable, mature, un ras le bol de l’éternité de  l’infantilisation que nous impose nos sociétés modernes dans le but qu’on ne puisse justement jamais poser le doigt dessus. C’est revenir à l’Enfance telle qu’elle a toujours été, nettoyée de tous les mensonges que l’on a posés sur elle dans l’existence immature d’un adulte qui ne sait plus voir plus loin que le bout de son nez.

La goutte

C’est souvent le soir, à l’heure de la goutte, de la gniole le « dijo » le pousse café, que les langues se délient et que planent dans l’esprit des convives des souvenirs bucoliques. C’est toujours à ce moment que John nous fait le coup : Si c’était à refaire etc …

Puis il se met à chialer sur sa vie ratée soi disant, sa femme qui l’a quitté et l’ingratitude crasse des gamins.

Les premières fois nous nous étions attendris mais désormais on sait qu’il faut juste remplir à nouveau son verre, qu’il enfilera comme les autres cul sec pour parvenir enfin à se taire totalement.

Les personnes qui disent ce genre de chose, le si c’était à refaire je m’y prendrais différemment m’ont toujours cassé les pieds.

Soit ce sont des malhonnêtes, soit des cancres profonds de l’existence.

Si c’était à refaire est une sorte de jugement à l’emporte pièce sur la vie qui par le ressentiment qui s’y dissimule indique l’aridité d’une âme perdue dans le désert de sa propre ignorance, et d’un manque crasseux d’imagination.

Si c’était à refaire cela fait penser à ces examens, ces concours où on pense avoir échoué et dont on va nourrir le regret, le remords jusqu’à la Saint Glinglin. Qui va aussi servir de justification à de nombreux ratages par la suite. Il y a du ressentiment, de la hargne, et à mon avis un manque total de respect envers soi-même, la vie et le hasard de la part de ces personnes à mon sens difficiles à fréquenter.

En triant mes vieux dessins je pense à ma vie d’autrefois, à ce constat de pauvreté qui ne cessait de m’obséder. Pauvreté d’argent bien sur mais ce n’était pas le plus important. La pauvreté de connaissance, d’expérience, la pauvreté comme état dans lequel on s’installe comme dans un lieu confortable parce que ça rassure, voilà à quoi je me suis mis à penser soudain.

Dessin au fusain buste Patrick Blanchon 2003

Et puis évidemment à tout ce que l’on espère, comme une sorte de du, bien installé ainsi dans ce lieu rassurant.

Quand on se sent pauvre on espère devenir riche, c’est une sorte d’axiome.

Et si ça ne se passe pas comme ça et bien on avale son verre de goutte cul sec et on proclame que si c’était à refaire

Quelle connerie.

Comment dire à cette personne qu’il n’y a pas de pièce à y remettre, que tout était parfait au moment où l’on pensait commettre la plus belle des erreurs, tout est parfait en l’état, même si des années après tu crois encore que tu as fait une erreur.

A moins que cette douleur que tu éprouves à chaque fois en y repensant ne te serve justement de lieu confortable à nouveau pour te plaindre sur ton sort à tire larigot.

Je crois que cette période de confinement permet de revenir sur certaines périodes de notre vie, de les revisiter avec un regard neuf, tout comme ce regard neuf que je porte sur mes anciens dessins, mes anciennes peintures. A l’époque je me disais bof, ce sont des ébauches, des brouillons, des études, ça ne valait pas un pet de lapin. Parce que j’étais jeune et me sentais indigent en tout.

Je suis toujours indigent à 60 ans, c’est à dire que je suis conscient de mon ignorance crasse en de multiples domaines. Mais je ne me dis pas si c était à refaire, j’ai compris qu’il n’y a rien, absolument rien à retoucher à toutes ces ébauches et brouillons, à toutes ces études qui d’ailleurs n’en sont pas.

Ce qui à mon sens est bien plus intéressant c’est de considérer que tout est parfait en l’état et que nous avons seulement ce chemin à faire de nous en rendre compte.

Cela peut paraitre présomptueux à première vue. On pourrait dire quel orgueil, quel impudence ! Par rapport à quoi finalement ?

Par rapport à ce que l’on considère être aujourd’hui une œuvre d’art ? Par rapport à ce que l’on considère aujourd’hui être une vie « réussie » ?

Le problème c’est que lorsque tout le monde se met d’accord pour considérer la beauté en art cela devient de la laideur. Il en est de même pour toute considération collective de la réussite. Ce ne sont pas des notions collectives, ce sont des expériences personnelles et il faut parfois des efforts individuels d’explorateur, d’anonymes pour les présenter et les représenter au collectif pour qu’enfin il s’y habitue. C’est ainsi que naissent les nouveaux paradigmes.

Il n’y a pas à dire si c’était à refaire, il faut d’abord revenir vraiment à ce qui a été fait et sans doute l’étudier de différents points de vue, ce qui permet au minimum de changer le notre, sclérosé dans l’arbitraire.

Ce qui n’empêche absolument pas de déboucher une bonne bouteille d’aguardiente par exemple et de trinquer tranquillement entre amis, le jour où c’est possible.

Fais pas ci fais pas ça

Les premiers mois furent difficiles. Ayant conservé des souvenirs douloureux de l’école, y revenir en tant que professeur de dessin à la cinquantaine passée produisait en moi autant de trouble que de plaisir. Parce qu’on ne conserve que les mauvais souvenirs en général et que lorsqu’on arrive à nouveaux dans les lieux, d’autres surgissent comme l’odeur de la salle de classe, la bonne chaleur des radiateurs, et un je ne sais quoi indéfinissable en relation avec l’insouciance de ces années d’enfance probablement. Le taux de colorimétrie, de couleurs primaires, vives joue probablement son rôle aussi.

Du coup je n’avais pas envie de reproduire ce que l’on m’avait fait subir. Je ne voulais pas imposer d’autorité, pas de cadre trop sévère, juste partager avec les enfants un bon moment autour du dessin, les voir sourire et prendre du plaisir.

Ce fut une erreur évidemment. Je le compris rapidement, mais le mal était fait, j’étais un prof cool, je n’avais pas imposé de limite, pas de fais pas ci et fais pas ça. Et bien sur il ne fallut pas longtemps pour que je sois crucifié sur l’autel se la suspicion enfantine.

Ils eurent tôt fait de comprendre l’insincérité de ma démarche pédagogique. Ca ne les intéressait pas vraiment un prof cool. Ca les embêtait profondément. Car je devenais suspect, inclassable, forcément dangereux. Et, comme on le sait les enfants qui se sentent en danger n’ont pas froid aux yeux, ils peuvent devenir terribles.

En même temps ce fut une belle leçon. Cela me fit revenir des siècles en arrière et je compris bien mieux la sévérité de mes maitresses et de mes maitres. J’avais pensé jusque là que la sévérité était tout simplement leur nature, que cette nature les avait entrainés à choisir cette profession qui leur permettait de donner libre cours à toutes leurs velléités de méchanceté. Ce fut une sorte de soulagement de constater que je m’étais trompé.

Au second semestre je décidais de changer de stratégie. Les vacances d’hiver avaient effectué ce rôle de tampon, de sas, qui leur permettrait sans doute de ne pas trop s’étonner du changement de cadre.

En janvier de cette année 2010 il faisait froid et pour obtenir le calme l’équipe d’encadrement de l’école demandait aux enfants de se mettre en rang deux par deux dans la vaste cour. Le brouhaha s’amenuisait rapidement et on pouvait alors faire l’appel. Puis calmement on intimait l’ordre aux gamins de rejoindre les salles de cours. Tout se passait à peu près bien jusqu’à la porte vitrée du bâtiment dans lequel ils pénétraient. Mais une fois cette limite franchie, c’était un joyeux bordel, les gosses cavalaient dans les couloirs en se donnant de bonnes bourrades, des coups de pieds et se jetant des quolibets et des insultes. Jamais je n’aurais cru que les petites filles notamment pouvaient désormais pousser de tels jurons avant cette année là.

On devait à nouveau imposer le calme avant de pénétrer dans la classe. Mais comme j’étais un prof cool c’était déjà un premier obstacle. Je tentais donc une première fois d’imposer le calme et le silence, mais comme ce n’était pas vraiment mon truc, il le sentait on ne me prit pas vraiment au sérieux. Du coup je leur indiquais l’entrée d’un geste en haussant les épaules.

Les dames dans la cour qui s’occupent de la discipline, les ATSEM ou ASEM n’arrêtent pas de hurler pour imposer le silence et l’ordre dans les rangs. Je trouvais ça stupide, de mon point de vue de prof cool évidemment. Mais je me disais aussi que c’était une énergie dépensée en vain et qui devait les épuiser correctement.

J’essayais malgré tout afin de créer un contraste entre les deux semestres. SILENCE !

Les gamins me regardèrent et pensèrent que je plaisantais. Il fallut que je prenne la pose, sourcils froncés, en me retenant de rigoler moi-même pour que, quelques secondes plus tard le doute s’installe. Je restais debout appuyé contre une table afin de trouver une position qui me paraisse juste entre fermeté et décontraction. Puis je croisais les bras, signe de fermeture, et j’attendis.

Il fallu quelques minutes pour que le calme soit enfin pur, sans crissement de pied de chaise sur le carrelage, sans toussotement forcé, sans pouffement irrépressible, et j’allais crier victoire lorsque le bruit d’un pet secoua tout à coup toute la classe de rire.

J’attendis avec l’impassibilité d’un moine zen que l’excitation retombe.

J’attendis et il fallut un moment encore aux enfants encore pour se rendre compte que c’était eux que j’attendais.

Cependant je décidais de ne pas broncher. D’attendre encore une minute ou deux dans le silence.

Les premières interrogations surgirent alors, on fait quoi aujourd’hui monsieur ? Je ne répondis pas. Les bras croisés, debout j’étais comme un arbre planté dans le sol et je pensais à mes orteils dans mes souliers, aux semelles de mes ces souliers en contact avec la surface froide du carrelage. A la chape de ciment sous le carrelage, à la terre sous la chape de ciment. Je me concentrais juste sur ça en ignorant toutes les questions des enfants.

Puis je me mis à m’adresser au premier rang avec une voix inaudible en murmurant en chuchotant, je tentais même quelques phrases en gromelot, et je fis exprès pour que même les enfants au premier rang ne comprennent rien.

Il y eu des remarques provenant du fond de la classe. On entend rien m’sieur, vous dites quoi ?

Je restais imperturbable.

Puis je me rendis au tableau et avec la craie je dessinais les formes géométriques de base. Et j’ajoutais une question : que peux tu dessiner avec ces formes géométriques ?

Enfin, je revins à la même place, je croisais à nouveau les bras et me remis à me concentrer sur mes orteils.

Encre Dubuffet

Il y eut des fou rire, des questions, des rires, quelques rots et quelques pets, mais je restais impassible, imperturbable.

Au bout d’un moment ce furent les élèves eux mêmes qui se chargèrent de la discipline. Les filles notamment qui devaient être les bonnes élèves les plus attentives se mirent à jouer les mamans, un garçon ou deux tenta de jouer les papa il y eut des cris, des révoltes, des règlement de compte en public.

Je laissais faire tout ça sans broncher en restant silencieux.

L’heure s’écoula ainsi. Et, presque parvenu au terme de ce cours, les enfants s’étaient calmés ou bien ils étaient fatigués, j’en profitais pour leur parler d’une voix calme paisible sans émotion.

Voyez vous les enfants une vie, c’est un peu comme cette heure de dessin. Pour trouver le calme nécessaire pour dessiner il faut passer par pas mal d’états différents, l’excitation, l’énervement, la joie, la colère, la tristesse aussi, l’incompréhension, tant que l’on est occupé à se laisser envahir par toutes ces émotions vous l’avez remarqué on n’est pas capable d’écouter, ni de dessiner.

Puis je regardais par la fenêtre les premiers rangs se reformer dans la cour, les ATSEM virevoltaient un peu partout en hurlant en invectivant les enfants de « fais pas ci fais pas ça ». Je déclarais la leçon terminée et aussitôt ils s’égayèrent dans les couloirs, oh leur excitation ne durerait que quelques secondes le temps de parvenir à la cour à nouveau d’être remis dans les rangs.

Je me dis qu’il allait falloir être attentif, et laisser venir l’inspiration ainsi à chaque fois que je reviendrais désormais faire cours. Ne surtout pas préparer d’ébauche, de plan, de cadre à l’avance. Rester droit dans mes bottes de dessinateur et de peintre avant d’imiter ce que je pouvais imaginer qu’un prof de dessin fasse ou doive faire.

Tester différentes choses, montrer toute ma panoplie de Zorro et de Thierry La Fronde me semblait tout à fait opportun.