Avoir la foi

J’ai toujours trouvé cette expression bizarre  » Avoir la foi » ou « posséder la foi ». C’est étrange le pouvoir des mots. C’est souvent inconscient. Quelque chose cloche, on ne sait pas vraiment quoi tant qu’on ne s’arrête pas dessus vraiment.

Avoir la foi ce serait donc posséder un pouvoir en quelque sorte qui te permettrait de tout traverser sans gravité vraiment parce que tu serais certain qu’au bout t’attend quelque chose. Pour certains un paradis peuplé de vierges, d’anges, de magnifiques paysages, d’êtres chers que l’on retrouve… Pour d’autre la gloire, la richesse, la réussite, Pour d’autres encore la sérénité, la joie, l’amour absolu…

Autant de concepts qui sont finalement limités à l’imagination humaine lorsqu’on y réfléchit, et surtout à bon nombre de frustrations que l’on s’engage à supporter dans l’espoir que cet investissement rapporte des intérêts.

Avoir la foi dans ces conditions ne ressemble t’il pas à un placement en bourse ?

Pour en revenir à cette exposition que je prépare puis je parler de foi vraiment ? Est ce que j’ai cette foi là, est ce que je la possède vraiment ?

Parfois j’observe à quel point je suis tenté par le fait de pouvoir l’obtenir. De pouvoir être assuré, rassuré. Mais je résiste à cette tentation bien sur et je laisse toujours le doute reprendre le dessus. Le doute et le diable si l’on veut qui comme chacun le sait se loge dans les détails.

En ce moment je suis obsédé littéralement par la notion de détail. Je scrute chaque toile à la recherche du défaut, du petit poc, d’un embu qui ressortirait comme une mèche rebelle. En fait je cherche le fameux bâton pour me faire battre.

Qu’est ce que ça veut dire exposer un tableau sur lequel on verrait un défaut ? Qu’est ce que je me dit ? Qu’est ce que je pense que les gens diront alors ?

Ce n’est pas sérieux, ce n’est pas professionnel, ce n’est pas suffisamment « clean » pour que ce soit un produit « vendable ».

Comme quoi on n’est tout de même tenu par quelques règles de base. Sans lesquelles on imaginerait « perdre la face ».

On peut aussi penser au respect envers le public. Présenter des choses impeccables pour ne pas le heurter.

Autant de détails sur lesquels mon regard s’accroche dans le doute parce que justement je me refuse à posséder la foi.

Parce que ce qui compte le plus c’est d’être tout simplement ce que je suis, sans masquer quoique ce soit.

C’est dangereux si le but est de faire du chiffre d’affaire.

Mais c’est aussi extrêmement libérateur de se dire : Bon j’ai vu toutes les imperfections, j’ai passé en revue tous les défauts et maintenant qu’est ce que je vais faire de tout cela ?

Les planquer ?

Ou bien justement m’en servir pour dire qui je suis ?

Et tant pis au final pour tout ce que l’on pourra dire j’aurais vraiment fait le job.

Le cheminement intellectuel ne débouche généralement que sur des impasses concernant les croyances. Sans doute parce que la croyance est la base à partir de laquelle nous pensons.

Au bout du compte on tourne en rond dans le doute et c’est une sorte de confort équivalent à celui qu’offre la foi.

Ni l’un ni l’autre ou bien les deux en même temps ?

On ne peut le penser en amont ni vivre l’intuition du moment avant de s’y trouver confronté.

Il faut juste être là. Etre vraiment là au moment où je me retrouve seul face aux murs blancs avec mes tableaux déballés

Il faut que les murs blancs soient exactement comme une peinture que je réalise au hasard et sans penser à rien.

Que j’accroche mes toiles comme je pose des touches en aveugle.

Puis enfin prendre du recul et comprendre ce que j’ai fait.

Comprendre ce n’est pas construire un discours encore.

C’est surtout du domaine de l’émotion.

Est ce que ça me touche ?

La foi si elle existe ne peut advenir que de la même façon que la grâce. En acceptant totalement l’ennui comme le corridor à traverser sans y penser, sans espérer rien de défini, sans tirer le moindre plan sur la comète.

C’est par l’ennui et une certaine fatigue, en s’engouffrant tout entier dans le vide que le miracle advient.

Mais tu vois bien que je puisse le dire, l’écrire et que cela se soit répété mille fois dans ma vie, je ne peux toujours pas dire que j’ai la foi.

Je ne possède rien d’autre que l’instant dans lequel je suis.

Techniques mixtes Patrick Blanchon Collection privée.

Chercher et trouver ( notes de préparation pour exposition)

S’il n’y a pas de « petit » lieu pour exposer il y a certainement plusieurs façons d’attribuer de l’importance à la façon d’accrocher ses œuvres. A un moment donné du parcours j’avoue que je ne m’en souciais pas. J’enchainais les expositions notamment avant la pandémie, et force est de constater en revenant dans mes souvenirs que souvent c’était pour moi une sorte de corvée.

Ce n’était pas dû aux différents lieux, mais plutôt à une zone de confort dans laquelle je me réfugiais. Car souvent les œuvres exposées ne me disaient plus rien, elles dataient de périodes enfouies et que j’aurais aimé oublier plus profondément encore.

C’est cette zone de confort et ce malaise vis à vis de la perception de mon travail qui me conduisait à prendre parfois « par dessus la jambe » certaines expositions.

A ces moments là il fallait faire le job et accumuler une quantité impressionnante de toiles sur les murs pour épater le visiteur potentiel d’une certaine façon, prouver que j’étais bel et bien un peintre. A ces moments là même l’idée d’être un artiste m’échappait totalement.

Et puis parfois aussi le manque d’argent, l’accumulation des factures, les appels répétés des banquiers, des huissiers me conduisaient souvent à n’avoir comme but que la vente. C’est dire qu’une exposition réussie était alors une exposition où j’avais vendu et une exposition ratée était lorsque je repartais bredouille.

Sans doute est-ce pour cette raison que je n’ai jamais vraiment fait de publicité, je n’ai jamais voulu mettre en avant toutes ces expositions. Mes sentiments négatifs prenaient le pas sur la richesse que chacune malgré tout m’avait apporté. Notamment les rencontres, les avis que certains visiteurs un peu plus loquaces que d’autres m’avaient confié sur ce travail.

Car parallèlement j’étais obsédé par l’idée de chercher quelque chose que je ne parvenais pas à trouver. Sans doute parce que confusément je ne tenais pas à le trouver. Je m’empêchais tout simplement l’accès à cette zone que j’estimais suspecte, dangereuse. On pourrait appeler cela le lâcher prise , la confiance totale, l’amour, et la liste n’est sans doute pas exhaustive pour tenter de nommer cette « chose ».

J’avais tellement rapetissé dans une idée de perte et de gain que j’étais comme scindé en deux. Dans mon atelier j’étais un géant et dans ces expositions j’étais un nain. je ne parvenais pas à faire la soudure entre les deux.

De plus les avis négatifs, comme l’indifférence du public me touchait de plein fouet. Je continuais néanmoins à afficher un sourire comme si cela n’avait aucune espèce d’importance. C’est dire à quel point on peut se tromper d’idée d’importance sur le chemin.

Ce qui m’a permit de tenir c’est à la fois l’orgueil et le fait d’abandonner les métiers alimentaires, de parvenir à être « sans filet » financièrement. C’était à l’époque une vraie folie. Mais je me rendais compte tout à coup que je ne pouvais rien faire d’autre que d’être tout entier dans la peinture.

J’avais déplacé ce personnage omniprésent dans ma vie, celui qui de toutes façons allait « réussir » un jour dans de multiples domaines déjà. Que ce soit la chanson, la photographie, une carrière de cadre, l’écriture, et pour finir la peinture.

J’ai toujours rêvé que j’allais réussir quoiqu’il se passerait jusqu’à la cinquantaine, et même un peu plus.

C’est à la soixantaine que le principe de réalité m’est finalement tombé dessus. Et que je me suis réveillé de ce long rêve.

Rien d’amer là dedans tout au contraire. L’orgueil peu à peu avait fait son travail de sape et avait détruit quasiment toutes mes chances les unes après les autres. Ce que j’imaginais être des chances.

C’est là où je me rends compte que peindre n’améliore pas seulement les tableaux au cours des années mais soi-même.

Le regard s’améliore sur beaucoup de choses que l’on ne voyait pas d’ordinaire.

Cet élan vers une forme de lâcher prise, jusque là j’appelais cela faire confiance au hasard et j’avais concentré celle-ci désormais uniquement sur l’espace de la toile.

Je n’arrivais pas à faire le lien avec ma vie toute entière qui ne m’apparaissait finalement comme une somme de non sens, de déboires, d’échecs. Du reste si je peignais c’était pour oublier tout ce désordre que j’avais traversé ou tenter confusément d’en rendre compte maladroitement pensais je. J’essayais d’extraire de l’ordre, de la beauté de ce désordre sans vraiment le savoir.

Parfois cela semblait fonctionner et on me disait j’adore cette toile, c’est beau, d’autre fois cela ne semblait pas fonctionner et soi on ne me disait rien soi en tendant l’oreille je récoltais quelques réflexions pas toujours agréables.

Je me souviens d’une femme âgée dont la posture arrogante m’avait fait suivre tous ses déplacements en catimini dans une exposition en Haute Savoie.

Parvenue devant une toile que j’estimais être une de mes œuvres majeures, voici qu’elle lâche à la personne qui l’accompagnait  » Mon Dieu comme c’est plat » . C’était en gros comme si on m’avait planté un couteau dans le dos ni plus ni moins. A la fois de la douleur, et de la colère.

J’ai bien sur repensé mille fois à cette anecdote et tout ce que j’en retire désormais c’est ce manque de confiance en moi à cette époque. Confiance dans les circonstances aussi car j’aurais alors du réagir vis à vis de cette personne sans doute, aller vers elle, lui parler, simplement donner mon opinion de peintre sans rien attendre en retour.

Mais j’étais comme je l’ai dit axé sur les ventes. Celle ci c’était certain n’achèterait rien il fallait juste patienter suffisamment pour qu’elle déguerpisse.

Voilà l’homme.

Quant au peintre il se tord encore les doigts. Tout simplement parce qu’il a laissé filer une occasion de partager quelque chose d’important, si difficile à nommer.

Ce que voulait dire cette femme à propos de la platitude qu’elle ressentait de mon travail j’aurais du la prendre dans mes bras car elle avait tout à fait raison. C’était plat car tout entier dans la couche apparente lisse et vernie. C’était plat car séduisant uniquement. Combien d’éléments nouveaux j’aurais alors pu récolter en ayant une bonne conversation avec cette femme qu’intérieurement j’affublais de sobriquets, de clichés moi qui ne cesse de protester justement contre tout cela ?

Tout et son contraire. L’homme et le peintre.

Et cette bagarre perpétuelle entre les deux pour savoir qui va avoir raison. Cette apparente perte de temps qui s’appelle aussi la vie, cette apparente perte de temps sans laquelle pourtant nous ne pourrions rien apprendre, rien comprendre, marcher tout simplement à coté de notre propre existence.

Un ami aime raconter des blagues. Et il me dit souvent à chaque fois que nous nous voyons: Avec ton épouse que préfère tu ? avoir raison ou être heureux ?

Cela me fait toujours rire cela nous fait toujours rire. Nous restons dans cette connivence d’homme un moment. C’est souvent suivi d’un court silence. Comme lorsqu’on avale une lampée d’eau de vie. Faut savourer ce genre de moment.

Avoir raison ou être heureux. N’est ce pas la question la plus importante de toutes à certain moment de notre vie ?

Cela va très loin. Cela signifie que la raison n’est pas nécessaire pour pénétrer dans la joie, dans l’amour, pour aller vers les autres.

Cela ne sert même à rien d’être « raisonnable » pour monter une exposition, cela ne sert à rien d’être raisonnable en se disant que tout est basé sur le fait de vendre ses œuvres pour bouffer. Tout cela ne sert strictement à rien. tout cela ne rend pas heureux. Et c’est totalement vrai.

Même les expositions où j’ai estimé avoir réussi mon coup en vendant parfois plusieurs toiles me laissent désormais une amertume. Parce que je sais à présent que je n’étais pas dans l’état d’esprit pour être heureux. Je voulais avoir raison avec l’idée que je m’étais forgée : vendre tout simplement. La réussite n’était basée que là dessus.

Je peux mesurer à quel point cet état d’esprit s’est modifié désormais. Pour cette exposition à la fin du mois à aucun moment je n’ai pensé durant la préparation à vouloir vendre quoique ce soit. C’est presque suspect.

Mais non en fait je suis préoccupé par autre chose tout simplement, je mets tout en œuvre je crois pour favoriser cet instant où seul dans les salles de ce grand centre culturel je vais devoir faire confiance pour accrocher mes toiles. Je crois que c’est plus cela l’enjeu véritable pour moi de ce genre d’exposition. Et j’en mesurerais sans doute le résultat non pas à la raison, aux ventes, aux félicitations ni aux critiques mais seulement à l’évolution de mon impeccabilité entre ces deux mots : « chercher et trouver ».

Exposition Office de Tourisme de Lescar Patrick Blanchon 2020

La peur du vide

La toile est vide et il faut la remplir de quelque chose. C’est sans doute ce que je me dis lorsque j’entreprends de peindre à mes débuts. C’est à dire à partir du moment où je me mets à penser, où la conscience devient le capitaine du bateau qui répudie les rêves, les fantasmes, la naïveté à fond de cale.

Cette conscience capitaine se dit à elle-même qu’elle aura besoin pour exister de tellement de serviteurs et d’outils, de détracteurs comme d’admirateurs… Il lui faut remplir quelque chose afin de dissimuler ce qu’elle estime être le manque.

Il lui faut comparer, rivaliser, construire des échelles de tout acabit pour se positionner ainsi sur tel ou tel barreau de celles-ci … se mettre en quête d’une idée d’excellence sans même prendre le temps d’étudier ce qu’est véritablement l’excellence. Une conscience qui pour grandir s’appuie sur des rumeurs, des « on dit ». C’est une conscience qui n’existe que parce qu’elle se reflète dans l’extérieur, elle ne peut être sans miroir.

Et en même temps entravée à tout bout de champs par les émotions, les sensations, les sentiments, tout ce maelstrom émotionnel dont elle ne sait que faire.

La conscience est tout à fait consciente surtout qu’un jour elle s’éteindra avec le corps. Que la mort balaiera tout.

Elle devra fixer le vide en face avant de se laisser engloutir par celui-ci.

Il s’agit de trouver la bonne embarcation pour effectuer ce voyage, dans l’espoir d’abolir la peur.

J’ai essayé un tas de choses.

La musique, les filles, l’écriture, la peinture, la marche, l’alcool, l’apnée, la danse de Saint-Guy, l’étude du Talmud et de la Cabale, l’alchimie, les rituels chamaniques, j’en passe et des meilleurs… Je vous livre ça dans un joli désordre.

Auparavant je ne parlais jamais de ces choses. Elles me faisaient honte, elles me renvoyait à mon incohérence crasse. J’avais cette conscience aigue ( toujours elle) que toutes ces choses n’étaient que des pertes de temps. A chaque fois cette défaite, cette sensation de s’être fourvoyé.

Alors je me suis demandé ce qu’était le temps. comment pouvait-t ‘on perdre ce que l’on ignorait posséder ?

Car sans le savoir j »étais éternel vous savez, j’avais à la fois trop et pas assez de temps. Je ne savais pas employer le temps, comment peut-on employer une absence ?

C’est grâce à l’ennui que je suis revenu au rythme, à la musicalité et donc au temps.

Au début ça avait l’air ludique de taper sur des gamelles puis assez vite pas vraiment.

Se lever à l’aube pour se rendre à l’école, à la fac, à l’usine, au bureau, sur les chantiers, à Pôle-emploi, en formation, au supermarché, à la gare, au cimetière, à la maternité…

Il fallait bien compter sur le temps. Il fallait accepter que ce soit quelque chose d’entendu par la collectivité. Il faut passer par le temps pour rejoindre les autres, sans doute aussi traverser cette fameuse peur du vide, de la mort, pour parvenir à faire de soi un accueil serein.

Sans pour autant quitter l’humain. Pouvoir toujours s’énerver, se mettre en colère, avoir cette sensation de peur qui persiste encore malgré tout. Respecter si je peux dire cette enveloppe que nous projetons dans l’apparence. Parce que l’apparence compte sans doute autant que ce qu’elle dissimule.

Continuer d’avoir peur est donc important sans toutefois se laisser prendre à son chant d’incohérence.

C’est à cela sans doute que sert la peinture pour moi. Tout comme l’écriture. A être cette sorte de mat auquel s’accrocher pour s’approcher au plus près de l’incohérence, de la peur, et observer ainsi la naissance du langage.

Reste à savoir que faire de ce langage désormais. Bien sur il y a les tableaux il y a les textes, le tout dans un chaos effrayant certainement pour qui viendrait s’y pencher pour chercher du sens.

Effrayant pour qui aurait une idée toute faite de l’ordre, de la clarté et du sens.

Justement ce que je n’ai pas. Sans doute ce que je ne désire pas tout au fond de moi.

Je ne veux pas que tout ça ait un sens étriqué. Et j’appelle étriqué tout ce qui entre désormais dans la catégorie de l’information, du mot d’ordre.

Je voudrais que de ce chaos chacun puisse puiser un sens qui lui soit personnel. Comme la vie donne à chacun le pouvoir de l’interpréter, de la glorifier ou de la défigurer à sa guise.

La peur du vide m’a mené vers une idée de liberté surtout, vers une forme de générosité qui ne soit pas attachée à l’orgueil ni à une fausse humilité.

La peur de la mort a provoqué une révolte , puis une grande révolution, une grande agitation pour s’atténuer peu à peu avec l’acceptation du temps tel qu’il est vraiment : un présent continue dans lequel tout s’éteint et ressurgit sans relâche.

fonte des glaces huile sur toile 80×80 cm

Exposition « Voyage intérieur » notes.

Comme je le disais dans un texte précédent j’ai trouvé un titre générique à ce travail que je vais présenter fin septembre au centre culturel « Le Sémaphore » à Irigny.

D’ailleurs j’en profite pour vous inviter au vernissage qui aura lieu le lundi 4 octobre à 18h30, si vous êtes dans les parages bien sur.

Pour les autres je vais tout mettre en œuvre pour vous faire visiter l’exposition malgré tout. Sans doute avec des vidéos, des photographies et quelques textes qui me démangeront surement au fur et à mesure que cet événement se rapprochera, durant sa durée, et une fois terminé.

Pour l’instant j’explore, je fouille, de redécouvre une masse de tableaux réalisés entre 2018 et 2021. Il doit y en avoir pas loin d’une centaine de divers formats.

Evidemment je ne vais pas tout accrocher, la profusion ne fonctionne pas pour l’avoir déjà testé plusieurs fois dans d’autres expositions.

Cependant j’ai découvert sur WordPress une fonction intéressante que j’ignorais : le portfolio.

J’ai donc créer un projet intitulé « voyage intérieur » que vous pourrez désormais découvrir dans le menu du blog.

Pour le moment je me suis contenté de télécharger une quantité importante de photographies relatives à ce thème,  » voyage intérieur » Elles ne sont pas classées, elles sont un peu comme dans la réalité de mon atelier. Empilées par format sur des étagères.

Ce portfolio me sert de base de travail en quelque sorte pour effectuer des choix des tris et il évoluera au fur et à mesure de ce travail d’assemblage, vous pourrez le suivre.

Mon intention n’est pas de seulement présenter une « belle exposition » pour séduire le public. Il faut à mon avis qu’elle exprime ce cheminement que je tente d’effectuer pour m’extraire des clichés. Mes propres clichés surtout concernant tout ce que j’ai pu penser sur la peinture.

Il pourrait ainsi y avoir une sorte de parcours menant de la séduction facile vers une âpreté, une austérité qui représenterait (pour moi) ce que m’apporte ce voyage intérieur.

L’abandon de la séduction.

L’abandon d’une quête de reconnaissance.

L’abandon d’une illusion aussi sur ce que j’ai pu penser être l’art ou un artiste.

Une fois passé ce dernier cap, cette aridité l’exposition s’ouvrirait sur un champ nouveau : le langage de la couleur, de la simplicité des formes, car c’est cette voie vers laquelle je me dirige désormais.

A suivre …

Exposition

Dans quelques jours, à la fin du mois de septembre j’exposerai au centre culturel de Champvillard à Irigny près de Lyon. J’ai envie de partager quelques idées sur ce mot : exposition.

Tout de suite, je pense à la photographie. A la quantité de lumière nécessaire qu’il faudra laisser passer au travers de l’objectif pour qu’elle restitue une image plus ou moins fidèle d’une réalité.

Autrefois l’image ainsi capturée s’imprimait en négatif sur une couche argentique et il fallait ensuite l’inverser au moyen d’un agrandisseur. C’était une suite d’opérations alchimiques dans laquelle le facteur temps était l’un des éléments clefs.

Le temps de la prise de vue

Le temps de développement des films

Le temps d’exposition sous l’agrandisseur

Et enfin le temps nécessaire à révéler l’épreuve dans différents bains de produits chimiques.

Désormais avec la photographie numérique la notion de temps n’est plus tout à fait la même. Une immédiateté, une simultanéité font que le cliché pour moi a un peu perdu son aura magique. Happé presque aussitôt dans les collections, dans des dossiers, des sous dossiers informatiques, la photographie finit par pénétrer dans une zone trouble.

J’ai le sentiment de lui accorder moins d’importance même si la photo est bonne. Presque aussitôt ce qui jadis ressemblait à une jouissance, presque de l’ordre de l’orgasme…désormais appartient au domaine des satisfactions rapides, à quelque chose de souillé par une mentalité de consommateur.

Une fausse satisfaction puisque avalée par la banalité ayant envahit le regard. Un regard appauvrit toujours en quête de sensationnel exigeant toujours plus comme un drogué force mécaniquement la dose, en vain.

Exposer de la peinture. Exposer un travail de peintre qu’est ce que cela signifie désormais ?

A la fois pour les personnes qui ont l’amabilité d’accueillir cette exposition et pour moi-même?

Puisqu’il s’agit d’obtenir une image finalement de ce travail de peinture, il est clair qu’il ne suffit pas d’aligner les toiles les unes à coté des autres. Même en s’appuyant sur les critères habituels d’harmonie de couleur, de format, de thématique. Tout cela me parait tellement désuet, sans doute pour l’avoir trop souvent réalisé ainsi.

Il faudrait autre chose désormais.

Au moment où l’on m’a invité à exposer on m’a presque aussitôt demander un titre. Et j’ai décidé d’appeler cette exposition « Voyage intérieur ». Au début j’ai eu l’impression de me débarrasser de cette difficulté à titrer ainsi et j’en conserve encore un malaise. En fait je n’ai fait que reprendre le nom d’une collection réalisée entre 2018 et 2021. Le nom générique d’une quantité de toiles placées pèle mêle en tant qu’images dans un dossier.

En même temps que si je regarde les choses froidement, avec le plus de sang froid possible, ce titre reflète assez justement ce que je traverse avec la peinture.

A quoi peut bien faire penser ce titre pour une personne extérieure ? Sans doute à un cheminement spirituel, à un voyage imaginaire, à une quête.

Ce n’est dans le fond pas si éloigné de ce que je pense.

Ce voyage intérieur cependant est un voyage de peintre. La quête n’est pas vraiment celle d’une divinité, mais de ce que peut représenter la peinture le plus « réellement » possible. Or c’est cette réalité la plus grande difficulté puisque je pressens depuis toujours qu’elle se dérobe presque aussitôt la toile achevée. C’est d’ailleurs ce qui me pousse essentiellement à en commencer une nouvelle.

En fait c’est un jeu entre le peintre et la réalité, quelque chose qui se présente parfois sous une forme ludique lorsqu’on se souvient qu’il s’agit d’un jeu, ou bien de dramatique, de tragique sitôt qu’on l’oublie.

Et tout l’enjeu de ce voyage intérieur serait d’apprendre à naviguer pour ne pas sombrer dans une sorte d’addiction stérile à l’amusement ni non plus se faire happer par le désespoir.

Ce que les sages orientaux appellent la voie du milieu.

Il faudrait que cette quantité de lumière que j’ai pour tache de faire pénétrer dans les salles d’exposition où mes tableaux la reflèteront explique cela sans qu’il n’y ait besoin de longs discours.

Les écueils qui se dressent devant moi pour parvenir à ce but sont à peu près tous encore reliés au doute.

doute sur la valeur de mon travail essentiellement.

Car je regarde mes tableaux comme je regarde ces photographies numériques. Je veux dire qu’une fois achevés ils disparaissent presque aussitôt de mon champ de vision tant l’obsession d’en réaliser de nouveaux est pressante.

Il faudrait aussi que cette exposition parle de cela. De cette urgence à rechercher la satisfaction en vain.

S’exposer c’est aussi une exhibition. Le malaise surgit aussi de cette confusion je crois. Entre les termes anglais et français. Une aura d’impudeur flotte aisément dans ma cervelle et s’empare ainsi de tout mon travail comme le métamorphosant en quelque chose de proche de la masturbation. Et d’une certaine honte comme d’un certain orgueil qui vont de pair.

Pourtant il n’y a rien d’obscène à la surface des toiles.

Il y a seulement des traces de plus en plus visibles pour moi de cette impuissance chronique à rendre compte de la réalité de la peinture au travers de la peinture elle-même.

Il y a toujours cette question sans réponse et ce sur chaque tableau : Qu’est ce que peindre ?

Qu’est ce que peindre surtout sans s’appuyer sur le connu, sur le cliché, sur le déjà fait le déjà vu.

Il est aussi hors de question d’exposer pour montrer une habileté désormais. J’ai mille fois plus envie de désigner justement la maladresse comme une source féconde de l’ensemble de mon travail.

Maladresse à m’exprimer par la parole, par l’écrit, par la peinture, dans la vie en générale. Et ce en mimant souvent l’habileté telle qu’elle est ordinairement identifiée par la plupart des gens.

Sans doute est ce encore beaucoup trop compliqué. Sans doute faut il élaguer encore dans tout ça pour ne conserver que le plus simple, ce qui ne peut être ôté et que ma pensée souvent alambiquée me masque.

Parfois aussi je me dis que je m’impose des choses inutiles, dont tout le monde se fiche généralement.

Les gens veulent voir des tableaux du peintre, ils pénètrent ainsi dans les expositions, puis ils regardent si ça leur parle ou pas. Surtout si ça les touche ou pas. Ils font un tour puis ressortent avant de se rendre à une autre occupation, un restaurant, un cinéma, une randonnée en vélo. De cette exposition ils ne retiendront peut-être pas grand chose parfois sinon d’avoir coché une activité à accomplir dans leur journée.

voilà comment proche d’un but on s’en détourne. voilà comment le tragique prend le pas soudain sur le jeu.

Pour exposer convenablement la pellicule c’est tout un art déjà, il faut trouver la bonne ouverture, la bonne vitesse, se concentrer surtout là dessus sans doute. De toute façon l’image à venir ne sera pas la réalité on le sait déjà.

C’est hier qu’une phrase a surgit bizarrement : le fameux « tout ce qui se ressemble s’assemble »

Je l’ai cru durant longtemps. Désormais je n’ai pas vraiment besoin d’être rassuré par le message qu’elle propose.

Non ce n’est pas parce que ça se ressemble que ça s’assemble, c’est peut-être même souvent le contraire.

Enseigner la peinture.

C’est vraiment la rentrée. La reprise des cours, des ateliers, les longs trajets en voiture pour atteindre les différents lieux, la pluie sur le pare-brise, les embouteillages, les jeunes cons qui jouent la nuit avec les lignes blanches, une certaine forme de solitude également. Ce genre de solitude en groupe.

Comme je n’aime pas me répéter, proposer la même chose d’année en année j’essaie de me voir comme je regarde mes tableaux, à distance, en effectuant quelques pas hors de moi et en plissant les yeux.

Je cherche ces moments où le confort de l’habitude de l’expérience est traitre. Ces sortes de pseudo certitudes qui nous autorisent à penser la même chose invariablement. Comme par exemple je sais et eux non. Ou j’ai le droit de penser que je sais alors qu’ils ne sont encore qu’au stade de l’intuition. N’est ce pas déjà un tout petit peu mieux ? Mais tout de même il y a encore du boulot à faire de mon côté.

J’ai tellement eu de mal avec toute forme d’autorité que je ne peux pas me leurrer lorsque je me vois ainsi empruntant une figure de professeur autrefois tant détestée. Comme quoi la notion de modèle, de mimétisme va se loger loin dans les tréfonds.

Et puis on se rend aussi compte que c’est louche d’avoir tant détesté. Un peu comme avoir aimé par excès, adoré, s’être agenouillé ou prosterné.

Du coup je tente de rectifier, d’être plus abordable. De descendre d’un piédestal purement fictif de toutes parts que ce soit la leur que la mienne. Presque amical, alors que bienveillant suffirait.

Mais ça ne fonctionne pas non plus. Les sentiments n’ont pas grand chose à voir là dedans. A partir du moment où il y a une rétribution, un salaire, il faut faire le job, il faut faire ce pour quoi on est payer avant tout.

Enseigner la peinture.

Se retenir d’assener je ne sais plus quelle vérité sur la peinture, sur l’art surtout. Se méfier de cette facilité avec laquelle les phrases issues des pensées ressassées s’échappent.

Soudain s’apercevoir d’une lueur dans le « je ne sais pas ». Un je ne sais pas dépourvu de crainte, d’angoisse, d’inquiétude, de menace, de ce faisceau d’idées préconçues elles aussi, d’idées refuge.

Un je ne sais pas comme on lève l’ancre au petit matin ou au crépuscule. Quelque chose qu’impulse l’espoir en même temps que la résignation tient la barre.

Que viennent chercher les élèves ?

On finit par se dire toutes les années la même chose sans vraiment revenir là dessus.

Il viennent pour apprendre à dessiner apprendre à peindre voilà tout.

Marcher à coté de soi pour se frotter le dos. Se le répéter : ils viennent ici parce qu’ils imaginent ne pas savoir. Et ils l’imaginent tellement que pour eux cela devient cette réalité.

Trouver le bon point d’intersection entre ta réalité et la leur. Expliquer sans un mot que pour voler ce ne sont pas les ailes qui comptent mais le talon.

Et puis soudain voir le groupe.

Le groupe est une entité invisible durant longtemps tellement on se pense seul à enseigner.

Mais le groupe dépasse tout ce que le professeur peut apporter. Ces synergies invisibles qui peu à peu se mettent en place. Faire confiance au groupe voilà une trouvaille. Quelque chose de véritablement inédit.

Se retenir alors d’en dire trop.

Se retenir de parler, comme d’arpenter l’espace.

Observer le groupe s’enseigner à lui-même. Voir une nouvelle réalité peu à peu se créer ainsi.

Et puis à un moment la question on ne sait plus vraiment qui se la pose… Est ce l’élève ? le professeur ? le groupe ?

Cette question interroge toutes les parties simultanément.

Et le mieux c’est faire la même chose qu’un bijoutier face à une belle pierre. Sertir la question dans un silence. Attendre encore un peu et voir jaillir de ce dernier un Simorgh qui s’élève jusqu’au plafond de la classe.

De retour dans la nuit je me souviens

Sohrawardi décrit ainsi le Simorg dans ‘‘le chant du Simorg’’ :

« Le Simôrgh vole sans bouger et sans ailes…Il est incolore. Son nid est à l’Est et l’Ouest n’en est pas dépourvu…Sa nourriture est le feu… Et les amoureux des secrets du cœur lui confient leurs secrets intimes.  » Razavi 1997, 73).

Espaces Akashiques Huile sur toile Patrick Blanchon 2018

Partir de zéro, les liens avec l’Art Brut.

C’est à l’occasion de l’élaboration d’un programme de stage pour une association dans laquelle j’interviens que me vient l’idée de ce texte.

Je propose d’étudier l’art brut selon la conception première de Dubuffet.

Qu’est ce que l’art brut ? A l’origine C’est avant tout la création d’un univers personnel, réalisée en toute liberté, c’est à dire en se fichant du regard de l’autre.

La plupart du temps l’artiste est rangé dans la catégorie des marginaux, des fous, des autodidactes, son art est incompréhensible à monsieur tout le monde. Seuls une minorité peut s’éblouir du résultat.

En fait l’art brut existe bien avant que Dubuffet invente sa définition. On peut même dire qu’il existe avant toute autre forme d’art institutionnalisée.

On pourrait dire qu’un enfant qui n’a pas atteint l’âge de raison fait de l’art brut sans le savoir tout comme Monsieur Jourdain fait de la prose.

Désormais le champ de l’art brut est devenu confus d’autant que notre réceptivité vis à vis de lui a changé. L’art brut nous intéresse d’autant en raison d’une certaine prise de conscience vis à vis des clichés qui nous entourent. La publicité aura beaucoup contribué en creux si je puis dire à nous faire prendre conscience de ce carcan culturel dans lequel la plupart du monde occidental est enfermé depuis la fin de la Renaissance.

L’art brut est récupéré de toutes parts par les institutions, les Musées, les galeries, les salons et autres biennales. Une confusion l’accompagne désormais, on crée des sous familles de celui ci, comme la neuve invention, l’art singulier par exemple.

Peu importe en fait cette confusion.

Ce qu’il faut retenir c’est que l’art brut, cette impulsion est un formidable vivier de créativité. Aujourd’hui on parle même d’art Brut contemporain…

Pendant que tous les experts du marché de l’art tergiversent, classent, découpent, attirent ou expulsent ainsi les différents artistes nés de cette mouvance qu’est l’art brut, d’autres mouvement progressent en parallèle.

Je pourrais citer par exemple la peinture intuitive, une certaine partie également de l’abstraction, une peinture plus gestuelle qui se déclencherait à partir d’un point 0 en deçà de la pensée.

Ces deux vecteurs de l’art d’aujourd’hui rejettent en dehors de leur périphérie à la fois le mental comme le savoir en tant que capital, et aussi en tant qu’histoire , continuité ou héritage.

Finalement nous parvenons aujourd’hui à ce qui avait déclenché la Renaissance, la naissance de l’individu et en même temps celle de l’artiste.

A la fois à son apogée comme à sa chûte.

L’artiste appartient désormais soit à une élite, reconnu par un marché de l’art très sélectif et cette reconnaissance fait office presque aussitôt d’institutionnalisation.

Cependant, en même temps l’accès aux œuvres n’a jamais été aussi facile qu’aujourd’hui pour le grand public. Grace à internet des plateformes de vente en ligne se sont crées, tout à chacun peut promouvoir son art en créant un site ou en créant un compte sur un des nombreux réseaux sociaux.

Une profusion d’œuvres, d’artistes, que l’on pourrait dire non catégorisés a envahit le marché.

Cela peut rappeler la ruée vers l’or d’une certaine manière car grâce au buzz, à la promotion payante, à des stratégies habiles n’importe qui peut toucher le pactole désormais, vivre de son art sans avoir besoin de ce fameux marché de l’art.

Est ce que vendre des œuvres sur internet fait de soi un artiste ?

En observant beaucoup les réseaux sociaux je vois que l’on peut encore ranger les publications par famille, par catégorie.

Il y a les artistes qui font toujours la même chose en le déclinant de mille manières différentes et qui ainsi par un phénomène de répétition proche des spots publicitaires finissent par devenir indentifiables.

Dans cette catégorie il y a les locomotives et puis tous les wagons qui suivent.

A partir du moment où on pense qu’une stratégie fonctionne celle qui est copiée, répliquée sur des milliers de comptes ce qui donne le tournis car on a l’impression de voir la même peinture finalement réalisée par des milliers de personnes différentes.

Il y a les artistes amateurs qui ont finalement désormais autant de chances que les professionnels de vendre. Parmi ceux ci il y a les organisés et les désorganisés.

Des familles je pourrais évidemment en citer encore d’autres. Ce que je veux dire c’est qu’avec internet il est devenu extrêmement rare de voir un orphelin.

C’est à dire quelqu’un qui sort totalement du lot, dont le travail ne ressemble à nul autre. Un artiste d’art brut authentique.

Qu’on le range dans l’art brut ou l’abstraction peu importe.

Ce que je crois, peut-être ce à quoi moi-même je m’identifie, c’est que sans cette intuition de la présence de ce point 0, sans la volonté de l’approcher, de s’y laisser absorber totalement l’artiste d’aujourd’hui se condamne sans le savoir à un phénomène de réplication. Soit en répliquant lui-même sans même en être conscient ce qu’il a aperçu déjà et qu’il pense s’approprier comme auteur.

S’élancer vers ce point 0, vers l’absence totale de références comme de pensée, d’auto jugement tout en maintenant cette indifférence nécessaire au regard des autres est loin d’être une sinécure si l’on n’est pas fou, ou complètement abruti comme autrefois le grand public imaginait les artistes de l’art brut.

Mais au bout du compte c’est à partir de tout cela, de ce point 0 comme de cette confusion dans laquelle est engagé l’art brut, qu’une nouvelle renaissance est arrivée, elle est certainement même déjà là sans même que nul ne s’en rende véritablement compte.

Jean Dubuffet Pianiste 1944

Septembre.

Septembre est là de nouveau avec son cortège de clichés bien ancrés dans la mémoire. Que ce soit l’odeur de craie et d’encre mélangée à celle des malabars de mon enfance, les longues marches à trimballer un cartable pesant par tous les temps, quelques fragrances intempestives de décomposition, peut-être aussi le parfum des cèpes, des girolles dans les sous bois. Et puis toutes les effluves du neuf. Le neuf des livres et des cahiers, le neuf des vêtements, le neuf et l’ancien dosés savamment comme l’été et l’automne qui pour quelques jours se mélangent, s’épousent dans la flamboyance des feuillages, la récolte des pommes juteuses sucrées acides..

La rentrée agite le bocal toujours de la même sempiternelle manière. Un tiers d’espérance, deux tiers d’incertitude.

Bientôt tous les créanciers que l’on avait oubliés durant ces quelques semaines de répit vont ressurgir sous forme de plis recommandés, de tintements de sonnette inattendus, d’huissiers aux traits compassés masquant à peine les menaces à venir.

Les comptes bancaires oscillent déjà entre le rubicond et l’incandescent. Bientôt la petite voix melliflue du banquier au téléphone proposera un crédit pour mettre tout à plat, regrouper tous les crédits. Vivre à crédit, mourir à crédit toute la réclame incessante là dessus. La boite mail déborde.

Et puis la valse des plateformes téléphoniques. Ce petit temps de silence agaçant en diable lorsqu’on décroche, le brouhaha qui nous envahit les tympans et cette voix qui pratiquement toujours commence par un cher monsieur enchanté(e).

Sans oublier les impôts de toute nature, taxe d’habitation si l’en reste encore un peu, foncière ça ne s’arrange pas, et sur le revenu cette peau de chagrin.

Du coup il n’est pas de très bon ton de faire le mariole en septembre. Et encore Dieu merci je ne prends plus le métro, j’habite désormais au vert.

Au diable Vauvert.

Et bien pour cette année je trouve que nous avons eut notre content de déprime de marasme, d’accablements en tout genre. Je m’indigne, je m’élève contre toute velléité de déprime accentuée, je trouve que la coupe déborde le vase, que ce serait trop facile, et même d’une paresse crasse que de se laisser aller ainsi encore à la tristesse comme à l’angoisse.

je dis merde voilà !

La sensation de satiété est là pour une fois. Elle a eu le temps pour bien monter au cerveau. On a bien mâché, dépecé ruminé toute les peurs et les angoisses, l’inquiétude et la malchance des mois passés.

Place au courage et à la résistance.

C’est une idée qui me vient ce matin en buvant mon café mais je trouve qu’il est grand temps de me créer un petit guide personnel pour résister à la déprime automnale.

La première chose que j’ai trouvée en tant que peintre est de monter l’intensité des couleurs des mes toiles. J’ai comme une envie de saturer celles-ci d’orange, de jaune et de rouge.

Sans doute que plus j’avancerai vers l’hiver plus ces toiles me feront mal aux yeux, sans doute que je réinterviendrai pour leur flanquer quelques gris, me méfiant soudain des marques trop ostensibles de joie et de bonheur.

Mais pour l’instant tant pis ce sera comme ça. De la chaleur et de la couleur vive.

Résistance1 Acrylique sur toile 100×80 cm Patrick Blanchon 2021

Peindre et se taire.

J’ai beaucoup écris sur la peinture. Sans doute beaucoup trop. En fait je cherchais à me rassurer de quelque chose tout en espérant que le partager m’aiderait à me libérer de cette angoisse primordiale.

Souvent j’ai regretté d’en avoir trop dit comme si j’enfreignais une règle tacite, une sans doute des plus importantes de l’art, celle imposée par la qualité de silence dont se revêt l’œuvre une fois au jour.

Cette recherche de limite finalement enfantine pour faire réagir le mystère. Pour que le mystère m’épingle me crucifie sur une croix quelconque. Me ramène au quelconque en guise de punition.

Car toute punition provenant du mystère non seulement le prouve, mais aussi le renforce à la façon d’un clou pénétrant l’épaisseur d’une tête de bois.

Le résultat est que durant presque une année je n’ai cessé d’osciller entre peindre et écrire.

Peut-être pour en arriver au final à peindre et se taire. Ou écrire et ne plus peindre.

Il faudra désormais que j’escalade encore la pente d’un versant comme de l’autre pour améliorer la qualité du silence.

Duo peinture à l’huile sur toile 100×80 cm Patrick Blanchon 2018

Se retenir d’être génial

La plupart des cons « comme vous comme moi « dixit Georges Brassens , après moult réflexions et circonvolutions, ne le sommes qu’en raison d’un frein invisible sur lequel nous appuyons pour ne pas abuser de notre génie.

Sans doute à cause de cette histoire de lampe magique. Trois souhaits seulement ça fait réfléchir…parfois durant des années, parfois toute une vie, et malheureusement en vain. Force est de constater qu’à la fin on se retrouve avec un billet de loto gagnant mais qu’il y a hélas prescription.

Le génie sort alors de la lampe sans qu’on ne lui ai rien demandé. Et là il dit simplement « pour un con tu te poses là » et pfffuittt il s’évanouit en volutes serpentines dans le néant dans lequel assurément nous finirons par lui emboîter le pas tôt ou tard. Plutôt tard.

Comment faire alors … faut il souhaiter en premier lieu pouvoir souhaiter autant de choses qu’on le désirerait tout au long de la vie ou bien souhaiter s’affranchir une bonne fois pour toute du souhait en général ?

Les deux se valent probablement mais tout cela évidemment ne fonctionne que si on ne loupe pas la première marche : croire en son propre génie !

Génie dans un tourbillon …dessin sur tablette Patrick Blanchon 2021.