De peindre

Cheminement de l'écriture le matin. Reprendre un vieux texte pour le réduire. écrire comme on se chauffe. En remettre une nouvelle couche.

Tu n’es pas là, tu n’y arrives pas. Inspire. Profondément. Maintenant danse. Laisse danser le corps, le pinceau. Respire. Voilà tu y es. Tu y arrives. Et ce n’est plus toi. C’est un pinceau qui danse.

Pas compris comment une pensée pouvait parvenir au bout de mon pinceau. J’ai toujours peint sans y penser.

Près de l’étang de Saint-Bonnet de Tronçais dans l’Allier, les roseaux peignent sans pensée. Plus loin à Oullins sur le bord de l’Yseron, les longs bambous encore verts achèvent le tableau.

toute toile commencée demande qu’on l’achève mais on n’est pas tenu de l’écouter tout le temps.

L’inachevé c’est un chemin offert à l’autre.

Rien n’est irrémédiable en peinture sauf si toi tu veux en décider autrement.

On ne peint pas pour exposer son travail. on peint parce qu’on ne peut pas faire autrement.

Dire je peins pour vivre est souvent plus juste que le contraire.

La sensiblerie existe en peinture, mais tu ne la vois toujours que chez les autres. Elle te dégoute au début, puis tu comprends qu’elle est ta propre idée de la sensiblerie.

Ce que tu appelles sensiblerie est cet obstacle que tu places inconsciemment sur le chemin vers l’autre.

Ta mère, tout bien réfléchi, n’était que sensiblerie. Et elle te défendait de parler sitôt qu’elle reconnaissait dans tes propos sa propre sensiblerie. Elle disait: –arrête de te réfugier dans la sensiblerie. ta mère a toujours refusé une trop grande proximité avec l’autre quel qu’il soit. Et on peut bien dormir dans un même lit, avoir des enfants, les éduquer sans jamais se départir d’une tel règle que l’on s’impose comme on enfonce un clou dans sa paume.. Je crois que le refus de la proximité la renforce encore plus. Les enfants surtout le ressentent. ce qu’elle nommait sensiblerie était-ce vraiment de la sensiblerie, c’est plutôt ce qui lui appartenait le plus qu’elle ne cessait jamais de vouloir dissimuler. Parce qu’elle se faisait un idée d’elle de femme forte. Parce que mon père était un enfant colérique d’une sensiblerie monstrueuse. Il l’aurait dévorée toute entière si elle n’avait pas eu l’intuition de dissimuler ses véritables sentiments aussi bien à lui, à nous, et au bout du compte à elle-même. D’ailleurs si on s’appuie sur les faits seulement, sa volonté d’être incinérée, que ses cendres soient dispersées, indique bien à quel point elle s’éloignerait un jour définitivement. Qu’elle recouvrirait sa liberté, qu’elle serait à ce moment là, une inconnue pour nous tous. Lorsque mon épouse que j’ai connue quelques semaines avant le décès de ma mère, voit la scène, elle comprend aussitôt l’intensité de la tragédie. Nous sommes allés le jour même de l’incinération faire graver une plaque  » ASTRID » et acheté une concession pour déposer ensuite la plaque. Ton père cependant a respecté à la lettre les volontés de ta mère. Les cendres furent malgré nos tentatives, mon épouse et moi de l’en dissuader, dispersées sur un ensemble de galets au milieu du jardin du souvenir. Et regarde un peu la sensiblerie ici : des années il se sera recueillit sur une tombe vide, face à la plaque que nous avions fait graver, sachant pertinemment qu’il n’y avait pas d’urne, pas de cendre ici. Il n’y avait là qu’un « ici-gît » extrêmement pathétique voire grotesque, un ci-gît sans dépouille. Cela en dit long sur l’imagination de chacun. Lui aura continué à s’imaginer avoir perdu la femme de sa vie alors que durant toute l’existence de celle-ci il l’a traitée comme une moins que rien. Parce qu’il en avait peur dans le fond. Le despotisme vient souvent de peurs irraisonnées. Quant à moi j’ai toujours eu un doute vis à vis de cette femme que j’ai appelée maman. Enfant je la sentais fausse. Mais elle n’était que seule, profondément, et vivait dans un malaise permanent de ne jamais pouvoir s’exprimer vraiment. Elle s’essaya à la peinture et y réussit. Du moins pour la reproduction, la copie, elle avait l’œil. Ce qui lui a manqué je crois c’est d’oser créer quelque chose qui lui appartienne. Mais comment y parvenir dans des conditions pareilles. Cela aurait nécessité qu’elle tombe le masque totalement. Qu’elle fut vraiment elle-même. et sans doute qu’ils se séparent mon père et elle. Elle devait penser qu’elle l’aurait tué. Car dans cette histoire elle aussi s’imaginait que son époux n’était qu’un enfant dissimulé dans une carapace d’ogre insatiable. Ainsi vont les imaginations et elles sont sans limites. la peur de le tuer ou de perdre un certain confort, peut-on jamais savoir. Enfin mon père changea du tout au tout après sa disparition il devint une sorte caricature de lui-même. . Mon père devint cet enfant égoïste à la sensiblerie désastreuse peu après qu’il fut seul. Il parlait à sa chienne comme à une vraie personne. Et c’était pathétique de voir cet homme qui fut à un moment de ta vie ton pire ennemi, ton Dieu, tomber le masque pour de vrai. tu devins le père de ton père par un étrange renversement des choses. Le grondant comme un enfant capricieux. Le remettant en place comme jamais avant tu n’aurais eu l’audace de le faire. A ces moments là il me semble que c’est cette partie scellée de ta mère et dont tu as héritée qui disait enfin sa vraie vérité. Mais à quoi bon s’acharner sur un vieil enfant. cela aussi tu l’auras vite compris. L’écriture sans doute t’aura aider à déballer ton sac à exprimer ta colère de nombreuses fois, bien que ce ne soit évidemment pas la même chose, et surtout parce que l’on ne règle pas ses compte en écrivant.

Viscosité, fluidité

Donc la viscosité et la fluidité sont des adjectifs peu utilisés dans la conversation ordinaire. moi le premier c’est assez rare que je les utilise ce qui en soi ne casse pas trois pattes à un canard, je veux dire que ce n’est pas bien grave. Mais en revanche ce sont des sons qui devraient sortir plus souvent de ma bouche pendant que je dispense des cours de peinture. La viscosité d’une peinture, sa fluidité. Et que ce soit à l’acrylique ou à l’huile sont des mots qui font référence à une sensation de peindre. C’est à dire à ce que l’on éprouve lorsque les poils du pinceau atteignent la surface de la toile, c’est à dire entre ce que l’on imagine et ce qui arrive vraiment. Et à mon humble avis la viscosité comme la fluidité d’une peinture peut jouer en la faveur ou la défaveur de ce processus sans même que l’on en soit conscient. Est-ce que l’on parle facilement de la sensation aujourd’hui dans une conversation ordinaire. non pas trop. En revanche il m’arrive de prétendre vouloir exciter l’attention des élèves sur celle-ci en cours. Pas toujours avec succès. Car s’ y intéressent-ils comme je le souhaiterais , surement pas. Donc on tente le coup une fois, dix fois, cent fois, et au bout il peut y avoir une lassitude c’est humain. Et on finit parfois par faire l’impasse, on ne parle plus trop de ces sensations là comme de bien d’autres d’ailleurs. voilà comment on passe de pas trop à plus beaucoup et finalement à plus rien.. Donc il est important de se reprendre ! Une des raisons majeures tient dans la perception que nous avons du temps. c’est qu’ il faudrait prendre le temps de parler de toutes ces choses et on ne l’a pas toujours. Ou on se dit que l’on n’a pas le temps. On le cherche mais comme d’habitude on ne le trouve pas. J’essaie en ce moment d’en parler voyez-vous et je découvre que ce n’est plus si simple qu’autrefois je l’imaginais. Donc comment exprimer la sensation que procure la viscosité sans utiliser de mots scientifiques que personne ne comprendra. Donc ne pensez pas à la viscosité du poisson, pas plus qu’à son poisseux ( poisson poisseux ) là n’est pas le sujet. Pensez à la viscosité d’une peinture. Trouvez la viscosité qui vous convient. J’imagine assez facilement qu’elle n’est pas tout à fait la même pour chacun. La viscosité d’une peinture est affaire de gout probablement. La charge du pinceau est plus lourde lorsque la peinture est visqueuse. lorsque le pinceau arrive au contact de la toile il la marque d’une touche épaisse. Pour l’acrylique il faut ajouter des additifs afin de parvenir à la viscosité souhaitée. Sinon on est souvent obligé d’introduire du blanc dans les mélanges. comme on mettrait de l’eau dans son vin. Ce qui n’est pas toujours du meilleur effet surtout quand on veut vraiment exprimer quelque chose. La peinture perd en intensité et on s’égare assez facilement dans les gris colorés, dans la pâleur, le terne, le monotone, l’ennuyeux. Pour la fluidité en revanche c’est assez simple il suffit souvent d’ajouter de l’eau à la peinture acrylique. Sauf qu’on perd en intensité de pigment. boire ou conduire, toujours la même histoire. Concernant la peinture à l’huile c’est différent la viscosité suit un chemin tracé, traditionnel, ancestral, académique. Du maigre au gras par la superposition de couches, d’abord fluides, c’est à dire que la peinture sera diluée dans de la térébenthine, elle s’appliquera avec une brosse rapidement et on pourra la sécher plus rapidement en l’essuyant au besoin. Mais si vous n’avez pas de térébenthine une bouteille de Whyte Spirit ( en français Esprit Blanc?!) fera tout aussi bien l’affaire et pour bien moins cher. Plus vous avancer dans le travail plus vous rajouter du gras c’est à dire de l’huile de lin. Tout le problème réside dans cette règle en ce qui concerne le visqueux et le fluide. Car pour le confort de peindre il faut trouver le meilleur mélange entre le pigment et l’huile qui ne vous freinera pas lorsque vous vous mettez au travail. Il y a déjà tellement d’éléments susceptibles de faire obstacle. S’en rajouter de supplémentaires uniquement dus à une méconnaissance en matière de viscosité ou de fluidité serait ballot. Donc vous rajouter un peu d’huile à vos pigments et vous testez le mélange. Quand il n’y a plus de frein à votre créativité et que vous trouvez plaisir et joie à peindre c’est que vous venez de découvrir une petite pierre philosophale en matière de peinture. Ensuite les règles étant de plus en plus faites pour être contournées, vous pouvez tout aussi bien démarrer un tableau avec la viscosité qui vous convient, peu de personnes y verront à redire, pas même moi. Maintenant parlons de la fluidité . comment l’expliquer simplement. Sans doute faudra t’il un autre paragraphe pour en décrire le principe. ou un nouveau texte tout simplement. Peut-être plus tard dans la journée, ou un autre jour. Gardez une oreille collée au plancher.

aller-retour

Rare que dans les gares je paie un aller-retour. L’aspect effrayant du trop pratique. Et puis tellement bordélique je serais capable de perdre le billet. Pourtant l’aller-retour je ne connais que ça. Des voyages incessants animés par le fioul de l’espérance, des retours toujours en pilote automatique. Je paierai demain, je paierai quand il faudra revenir. Je serrerai le billet dans ma poche. En attendant entre l’abstrait et le figuratif, je continue de voyager. Comme s’il fallait que de trop de raison avalée je m’insurge, redevienne idiot ou sauvage, peigne — n’importe quoi. Parce que ce “n’importe quoi” est devenu le socle de ma raison.

Huile sur toile 40×50

force et faiblesse

Ce que c’est que la force ce que c’est que la faiblesse, pas grand chose d’autre qu’une permutation, un interrupteur. Encore du binaire. Moi je dis que force et faiblesse sont des mots fourre-tout. Que l’invisible qu’ils voudraient nous imposer est incomplet, amputé, rabougris. Que derrière les mots force et faiblesse se tiennent des rires d’enfants, des gazouillis d’oiseau, le grand silence de l’hiver et les fanfares de juillet. tout autant. Une équidistance qui permet aux silences de prendre des couleurs ou des refroidissements. Une équidistance pour passer le temps.

Cette toile faite dans la matinée par dessus une autre on pourra toujours me dire force et faiblesse, ça n’a pas vraiment d’importance. D’où elle surgit telle qu’elle est aujourd’hui c’est un état du silence qui peut changer demain. Comme change le temps, comme tout change et reste pareil si on regarde bien.

Huile sur toile 60×80

Attirance et répulsion

Se pencher attentivement sur le rythme attirance-répulsion. Que ce soit en peinture, dans l’écriture et bien sûr les êtres que l’on côtoie. Comment ces rythmes naissent, à quel moment la répulsion devient attirance ou le contraire. Ce n’est jamais vraiment tranché. Comme si toujours il fallait laisser une chance à ce mouvement interne de s’effectuer selon sa propre pente. Chez certains êtres la réalité des relations se construit ainsi par ce binôme d’émotions indissociables. Cela peut même changer rapidement en l’espace d’un instant sans que rien ne soit arrêté. Sans qu’un choix soit décidé une bonne fois pour toutes. Ou alors si cela arrive c’est que l’autre est mort. Et encore ce n’est même pas vrai. Je repense à la conversation de Villeneuve sur Berg. Cet homme qui vient dit-il d’un univers bourgeois et qui devient éducateur d’abord dans le monde carcéral des adolescents puis de la prostitution, de la délinquance. Ce qu’il dit sur l’établissement des limites. A partir du moment où les jeunes sont astreint à des horaires fixes pour se lever le matin, déjeuner, travailler, s’amuser, qu’ils peuvent s’appuyer sur des repères leurs conditions de vie peuvent nettement s’améliorer. N’est-ce pas le propre des jeunes des ado d’être pris dans cette mécanique d’attirances et de répulsions qui les domine. Et qui sait aujourd’hui quand se termine cette fameuse adolescence. Dans ma tête je suis en même temps jeune et vieux. Je suis toujours soumis à l’attirance répulsion comme un adolescent. Sauf que j’en ai conscience que je continue à étudier ces forces en présence perpétuellement présentes en chacun de nous. Même si sous prétexte de maturité on pense les avoir domptées. Et que pour ce faire on se soit bardé d’habitudes de rituels ou d’œillères. Et on appelle ça la maturité ou la sagesse. Je dirais bien un gros mot à ce point précis de ma pensée. Mais non. Un sourire suffit. Le sourire du chat du Cheshire. Ces derniers temps une attention plus accrue à certains faits divers. Un jeune tue sa petite copine. Plusieurs fois. Attirance-répulsion dans sa version la plus ultime. Est-ce que j’aurais pu tuer à leur âge, non car à l’époque j’étais trop tenu par une morale déjà. Je connaissais un minimum de limites entre l’imaginaire et la réalité telle qu’il en faut bien une pour vivre avec les autres. Par contre des pensées de meurtre certes oui. Le fait que le passage à l’acte ne s’effectue pas ou s’effectue justement n’est-ce pas du à cette confusion entretenue entre le rêve et le réel. Toutes ces histoires à dormir debout sur l’amour… plus belle la vie, l’amour est dans le près, prendre les vessies pour des lanternes… mais allez vous éclairer la nuit ensuite avec une vessie à bout de bras hein. Hier soir le groupe des adultes. J’aurais dû m’enregistrer. Je leur ai proposé un exercice en peinture où l’habituelle rêverie liée à la profondeur était bannie. Pas question que l’on voit un paysage, pas question que l’on utilise les plans pour s’enfoncer dans la profondeur et cette rêverie. De la surface voilà ce que je veux, tout et rien d’autre dans l’épaisseur et la surface. Du crade et surtout pas du joli ou du beau. Je crois avoir aperçu ça et là dans les regards de véritables lueurs meurtrières. Une seule personne pour le moment a bien voulu jouer le jeu. Et encore pas assez crade. Mais je ne vais pas me plaindre que la mariée soit trop belle aller.

cendres

Fascination pour cette cendre qui dévore peu à peu le papier blanc de la gitane, tenue entre deux doigts, aux phalanges velues. Main de ce grand-père d’une bienveillance inquiétante. À retrouver ce souvenir et après avoir lu un article sur Yves Klein sur le blog de Lisa une phrase semble réunir ces deux événements mes tableaux sont la cendre de mon art phrase que je trouve d’une justesse inouïe. La cendre de la cigarette se mêle au bleu des peintures de Klein, participent étonnamment en même temps à cette fonction du visible, d’ouvrir une porte vers l’invisible.

des fréquentations

Dans ce mot, fréquentation, il y aurait à la fois fréquence et tentation. À la fois une sorte de mouvement qui serait presque immédiatement stoppé par une peur irrationnelle. Celle d’être pris dans ce mouvement et de ne pas pouvoir m’en dépêtrer ensuite. C’est la raison que je trouve comme Picasso trouve en non cherche, à mon peu de fréquentations. Mon côté ours. Je ne cherche pas la compagnie. Mais je sais la trouver si j’en éprouve la nécessité, le besoin. Souvent par la fréquentation des livres, et en échangeant quelques commentaires sur le net. Il y a aussi la fréquentation de mon épouse et de ma chatte, mise à part cela pas grand chose d’autre. Je ne me souviens plus de l’auteur de ce propos qui déclare que nous sommes la résultante des cinq personnes que nous fréquentons régulièrement. Il y a du vrai probablement. Quand je fréquentais des prostituées, que j’écoutais leurs propos avec mon camarade Richard qui leur tirait les tarots, j’éprouvais bien plus souvent qu’aujourd’hui l’envie de me rendre à l’église, de me faire pardonner de je ne sais quel péché commis. Quand je fréquentais des imprimeurs j’étais obnubilé par l’importance des repères, par l’opacité des encres, le poisseux, et les vieux murs. Quand je fréquentais uniquement les bouquins, j’étais voué du matin au soir au hasard des découvertes dans les multiples bibliothèques où je me rendais. Quand je fréquentais des cons j’étais con, etc etc. Ce propos est finalement pertinent. Choisir ses fréquentations peut-être d’une importance capitale. A condition que cette importance soit calibrée par un but à atteindre ce qui me manqua régulièrement. Et puis je m’imagine mal me dire je vais fréquenter un tel pour avoir une chance d’arriver à cela. C’est l’homme que je suis que j’ai toujours été. Et cette vision ne fut pas une sinécure. Car si j’observe attentivement, froidement les comportements désormais je peux comprendre que je suis non seulement un ours mais aussi un idéaliste indecrottable. Je suis le genre d’homme capable d’envoyer un message et à livrer le fond de ma pensée ou de mon cœur sans même mesurer les conséquences que cela peut produire sur autrui. Et ensuite je suis tout autant capable de m’étonner de ne pas recevoir de réponse. Quoique désormais je trouve beaucoup plus de plaisir à envoyer des messages que d’en recevoir. C’est un fait. Enfin je comprends aussi qu’une bonne partie du mystère revêtant toute « réussite » ne tient guère que dans un seul mot : le réseau. Un réseau que l’on commencerait à construire jeune et qui s’étofferait au fur et à mesure des années. Un réseau à qui l’on enverrait aussi les « bons » messages. Pas n’importe quelle pensée qui vous traverse l’esprit. Bref tout un art auquel il est nécessaire de s’exercer une vie entière. Jamais je n’ai désiré entretenir de réseau. J’ai traversé la vie allant de sphères en sphères et je n’ai pratiquement jamais conservé de liens avec les personnes rencontrées. Sans doute est-ce dû à cette sensation permanente de n’être que de passage ici-bas. Et aussi le poids de l’exil, tout un héritage qui m’a appris qu’un jour ou l’autre il est possible de devoir tout perdre pour se reconstruire dans un ailleurs. Que l’on n’a pas la possibilité de rester lié sinon par une nostalgie absolument létale à tout ce que l’on a cru être ou avoir, comme aux personnes nous entourant dans une existence qu’on ne retrouvera jamais plus. Vivre ainsi sur le fil comme un moineau voilà ce qui est inscrit dans mon ADN. Vouloir le changer, le modifier serait remettre en question tout l’effort de mes ancêtres, ne plus vouloir appartenir à cette famille imaginaire, changer totalement de film. Il en résulte une atmosphère, sorte d’aura attachée à qui je suis peu engageante pour la plupart des gens que je croise. Les gens sentent ça plus qu’ils ne peuvent vraiment l’expliquer. On ne cherche donc pas non plus à me fréquenter principalement en raison de cette aura. Cette carapace que j’ai mise en place plus ou moins consciemment comme d’autres passent leurs temps à tisser des réseaux. Possible qu’en tant qu’artiste je sois handicapé par cette réticence concernant le mot fréquentations. Mais chaque fois que j’ai essayé quelle déception, toujours eut l’impression d’être hors jeu. C’est le bon mot car tout cela finalement n’est qu’un jeu. Et moi j’aime jouer de moins en moins avec le temps.

Détails

On écrit un texte, on peint un tableau. On en flanque souvent beaucoup trop. Dans ce cas zoomer sur quelques détails seulement peut redonner de l’élan. sur cette toile 60×80 j’applique la même technique que sur les petits formats précédents ce qui m’oblige à multiplier les formes pour fractionner l’espace puis à les remplir selon qu’il sont des ombres ou des lumières. Je ne sais pas du tout où je vais mais ce dont je suis sûr c’est que c’est trop rempli, qu’il faudra supprimer des formes en agrandir d’autres, trouver un équilibre.