Le clito au crayon

Un travail au crayon, que je trouve émouvant, étonnant, dérangeant, provoquant, excitant, agaçant, amusant aussi parfois, et en même temps que je peux comprendre, accepter, aimer, parce que j’ai pris le temps de regarder, d’écouter.

Et évidement je ne suis qu’un homme. Je ne suis pas le mieux placé pour raconter le clitoris. Encore que… Mais bon.

10 clitoris pour clore cette journée humide via ce blog, dans cette période à pleurer à écrire, peindre et dessiner entre autres ou tout seul.

Il n’y a pas de mauvais sujet, mais il y en a d’excellents lorsqu’on décide vraiment de les étudier. De se laisser happer par la présence ou l’absence qu’ils peuvent sculpter en nous comme sur le papier. Dessiner la liberté rend libre sans doute celui qui la regarde couchée, étalée et que la pudibonderie comme l’hypocrisie ne peuvent pas gommer.

Il n’y a pas de sujet dérangeant à mon humble avis, seulement des regards dérangés tout au plus, car non habitués, surpris, étonnés ou obsédés par une vision binaire, un langage monosyllabique. L’onomatopée facile à dégainer lorsqu’on imagine que le danger peut surgir de partout, et pourquoi pas d’une mine de crayon…

La distance entre le regard et le dessin se comble par les deux bouts à condition d’être sans condition bien souvent. Dans l’offre et l’ouverture des deux côtés.

Il y a les dessins, les commentaires, l’engagement, cela fait un tout, Yaël Moon, une artiste dont le travail me touche, comme j’espère qu’il vous touchera également.

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Ce que je trouve beau est toujours à mi chemin.

Ce que je trouve beau est toujours à mi-chemin entre le doute et la certitude. On ne peut m’imposer ni le doute ni la certitude, l’impersonnel d’une opinion générale logée en moi-même qui à premier vue se hâterait systématiquement. Je passe mon temps à détruire cette opinion et ce faisant cette idée arrêtée qui, dans la même hâte m’ouvre un horizon plus large de ce qu’est l’impersonnel, c’est à dire l’Etre.

Je ne peux me maintenir longtemps ni dans le doute pas plus que la certitude face à l’Etre.

De la même façon que je joue un jeu dangereux avec l’espoir de rédemption. Dangereux parce que je sens bien que je dois renoncer du fond de chacune de mes cellules à l’idée d’une rédemption. Une idée extraire encore une fois du collectif aux prises avec l’impersonnel qui se résout dans l’à peu près. Dans la légèreté de l’à peu près de peur toujours de sombrer dans la précision.

Entre légèreté et précision qui se rapproche de cette idée de doute et de certitude quelque chose m’attire que je nomme la beauté.

Je n’ai pas trouvé d’autre solution que de me trouver moi aussi perpétuellement à mi chemin pour parvenir à regarder en face cette beauté.

esquisses visages Patrick Blanchon 2020
esquisses visages Patrick Blanchon 2020

Entre quelque chose qui ne s’achève pas et qui s’achève , dans l’entre deux d’une respiration.

J’ai toujours eu cette intuition que rien ne pourra jamais me sauver, qu’il n’y aura pas de rédemption et pourtant je persiste.

C’est encore une fois de plus la phrase de Klee qui revient de ce fameux point gris qui doit « sauter » par dessus lui-même.

L’idée d’un dépassement ultime à découvrir après que tous les renoncements aient tout réduit en cendre.

Pour la beauté du geste si je peux dire, pour la beauté d’un trait qui parfois disparait pour ressurgir chargée d’une vigueur neuve, qui elle aussi se dirigera inéluctablement vers le fragile, le vulnérable.

Dans un seul trait c’est toute cette beauté que l’impersonnel collectif et ce que je nomme l’Etre dessinent , de façon à la fois floue et précise. Ainsi tout cela, la ligne, réunit en elle le doute et la certitude comme pour montrer leur importance, la sensibilité de l’Etre au monde comme ma propre absence, ma disparition dans un simple trait, un don.

Je ne serai pas sauvé parce que je ne peux pas être perdu c’est ce que me dit ce trait au moment même où j’ai l’impression qu’il disparait, qu’il s’efface pour mieux ressurgir à un autre endroit du tableau.

Fais pas ci fais pas ça

Les premiers mois furent difficiles. Ayant conservé des souvenirs douloureux de l’école, y revenir en tant que professeur de dessin à la cinquantaine passée produisait en moi autant de trouble que de plaisir. Parce qu’on ne conserve que les mauvais souvenirs en général et que lorsqu’on arrive à nouveaux dans les lieux, d’autres surgissent comme l’odeur de la salle de classe, la bonne chaleur des radiateurs, et un je ne sais quoi indéfinissable en relation avec l’insouciance de ces années d’enfance probablement. Le taux de colorimétrie, de couleurs primaires, vives joue probablement son rôle aussi.

Du coup je n’avais pas envie de reproduire ce que l’on m’avait fait subir. Je ne voulais pas imposer d’autorité, pas de cadre trop sévère, juste partager avec les enfants un bon moment autour du dessin, les voir sourire et prendre du plaisir.

Ce fut une erreur évidemment. Je le compris rapidement, mais le mal était fait, j’étais un prof cool, je n’avais pas imposé de limite, pas de fais pas ci et fais pas ça. Et bien sur il ne fallut pas longtemps pour que je sois crucifié sur l’autel se la suspicion enfantine.

Ils eurent tôt fait de comprendre l’insincérité de ma démarche pédagogique. Ca ne les intéressait pas vraiment un prof cool. Ca les embêtait profondément. Car je devenais suspect, inclassable, forcément dangereux. Et, comme on le sait les enfants qui se sentent en danger n’ont pas froid aux yeux, ils peuvent devenir terribles.

En même temps ce fut une belle leçon. Cela me fit revenir des siècles en arrière et je compris bien mieux la sévérité de mes maitresses et de mes maitres. J’avais pensé jusque là que la sévérité était tout simplement leur nature, que cette nature les avait entrainés à choisir cette profession qui leur permettait de donner libre cours à toutes leurs velléités de méchanceté. Ce fut une sorte de soulagement de constater que je m’étais trompé.

Au second semestre je décidais de changer de stratégie. Les vacances d’hiver avaient effectué ce rôle de tampon, de sas, qui leur permettrait sans doute de ne pas trop s’étonner du changement de cadre.

En janvier de cette année 2010 il faisait froid et pour obtenir le calme l’équipe d’encadrement de l’école demandait aux enfants de se mettre en rang deux par deux dans la vaste cour. Le brouhaha s’amenuisait rapidement et on pouvait alors faire l’appel. Puis calmement on intimait l’ordre aux gamins de rejoindre les salles de cours. Tout se passait à peu près bien jusqu’à la porte vitrée du bâtiment dans lequel ils pénétraient. Mais une fois cette limite franchie, c’était un joyeux bordel, les gosses cavalaient dans les couloirs en se donnant de bonnes bourrades, des coups de pieds et se jetant des quolibets et des insultes. Jamais je n’aurais cru que les petites filles notamment pouvaient désormais pousser de tels jurons avant cette année là.

On devait à nouveau imposer le calme avant de pénétrer dans la classe. Mais comme j’étais un prof cool c’était déjà un premier obstacle. Je tentais donc une première fois d’imposer le calme et le silence, mais comme ce n’était pas vraiment mon truc, il le sentait on ne me prit pas vraiment au sérieux. Du coup je leur indiquais l’entrée d’un geste en haussant les épaules.

Les dames dans la cour qui s’occupent de la discipline, les ATSEM ou ASEM n’arrêtent pas de hurler pour imposer le silence et l’ordre dans les rangs. Je trouvais ça stupide, de mon point de vue de prof cool évidemment. Mais je me disais aussi que c’était une énergie dépensée en vain et qui devait les épuiser correctement.

J’essayais malgré tout afin de créer un contraste entre les deux semestres. SILENCE !

Les gamins me regardèrent et pensèrent que je plaisantais. Il fallut que je prenne la pose, sourcils froncés, en me retenant de rigoler moi-même pour que, quelques secondes plus tard le doute s’installe. Je restais debout appuyé contre une table afin de trouver une position qui me paraisse juste entre fermeté et décontraction. Puis je croisais les bras, signe de fermeture, et j’attendis.

Il fallu quelques minutes pour que le calme soit enfin pur, sans crissement de pied de chaise sur le carrelage, sans toussotement forcé, sans pouffement irrépressible, et j’allais crier victoire lorsque le bruit d’un pet secoua tout à coup toute la classe de rire.

J’attendis avec l’impassibilité d’un moine zen que l’excitation retombe.

J’attendis et il fallut un moment encore aux enfants encore pour se rendre compte que c’était eux que j’attendais.

Cependant je décidais de ne pas broncher. D’attendre encore une minute ou deux dans le silence.

Les premières interrogations surgirent alors, on fait quoi aujourd’hui monsieur ? Je ne répondis pas. Les bras croisés, debout j’étais comme un arbre planté dans le sol et je pensais à mes orteils dans mes souliers, aux semelles de mes ces souliers en contact avec la surface froide du carrelage. A la chape de ciment sous le carrelage, à la terre sous la chape de ciment. Je me concentrais juste sur ça en ignorant toutes les questions des enfants.

Puis je me mis à m’adresser au premier rang avec une voix inaudible en murmurant en chuchotant, je tentais même quelques phrases en gromelot, et je fis exprès pour que même les enfants au premier rang ne comprennent rien.

Il y eu des remarques provenant du fond de la classe. On entend rien m’sieur, vous dites quoi ?

Je restais imperturbable.

Puis je me rendis au tableau et avec la craie je dessinais les formes géométriques de base. Et j’ajoutais une question : que peux tu dessiner avec ces formes géométriques ?

Enfin, je revins à la même place, je croisais à nouveau les bras et me remis à me concentrer sur mes orteils.

Encre Dubuffet

Il y eut des fou rire, des questions, des rires, quelques rots et quelques pets, mais je restais impassible, imperturbable.

Au bout d’un moment ce furent les élèves eux mêmes qui se chargèrent de la discipline. Les filles notamment qui devaient être les bonnes élèves les plus attentives se mirent à jouer les mamans, un garçon ou deux tenta de jouer les papa il y eut des cris, des révoltes, des règlement de compte en public.

Je laissais faire tout ça sans broncher en restant silencieux.

L’heure s’écoula ainsi. Et, presque parvenu au terme de ce cours, les enfants s’étaient calmés ou bien ils étaient fatigués, j’en profitais pour leur parler d’une voix calme paisible sans émotion.

Voyez vous les enfants une vie, c’est un peu comme cette heure de dessin. Pour trouver le calme nécessaire pour dessiner il faut passer par pas mal d’états différents, l’excitation, l’énervement, la joie, la colère, la tristesse aussi, l’incompréhension, tant que l’on est occupé à se laisser envahir par toutes ces émotions vous l’avez remarqué on n’est pas capable d’écouter, ni de dessiner.

Puis je regardais par la fenêtre les premiers rangs se reformer dans la cour, les ATSEM virevoltaient un peu partout en hurlant en invectivant les enfants de « fais pas ci fais pas ça ». Je déclarais la leçon terminée et aussitôt ils s’égayèrent dans les couloirs, oh leur excitation ne durerait que quelques secondes le temps de parvenir à la cour à nouveau d’être remis dans les rangs.

Je me dis qu’il allait falloir être attentif, et laisser venir l’inspiration ainsi à chaque fois que je reviendrais désormais faire cours. Ne surtout pas préparer d’ébauche, de plan, de cadre à l’avance. Rester droit dans mes bottes de dessinateur et de peintre avant d’imiter ce que je pouvais imaginer qu’un prof de dessin fasse ou doive faire.

Tester différentes choses, montrer toute ma panoplie de Zorro et de Thierry La Fronde me semblait tout à fait opportun.

L’entrepreneur et l’artiste.

Certains parviennent à monter leur entreprise sans difficulté, comme d’autres à peindre des tableaux avec une aisance et une facilité qui décourageraient les plus persévérants, les plus besogneux.

Le fait que le succès attire le succès n’est plus à remettre en question. Comme l’échec attire l’échec non plus.

Pour celle ou celui qui réussit les frontières du possible s’ouvrent sur l’horizon alors qu’elles se referment peu à peu sur celle ou celui qui rate tout invariablement.

La confiance en soi et le doute permanent finissent par définir à gros traits l’identité des entrepreneurs et des artistes ainsi classés sommairement.

Voilà l’énoncé, l’hypothèse la plus souvent donnée, la réussite est liée à la réussite et l’échec à l’échec par la dose de confiance que l’entrepreneur ou l’artiste s’accorde à lui-même avant tout.

Mais que signifie avoir confiance en soi véritablement en tant qu’entrepreneur ou artiste.

De l’extérieur on ne voit que la photographie d’un moment du parcours, celle qui s’affiche en première page des magazines, des journaux, à l’affiche. Cette image semble être le but, la finalité et pourrait être traduite par les mots notoriété, reconnaissance, succès à l’emporte pièce.

Cette photographie n’est cependant que ce qu’elle est : un instantané.

Honnêtement on ne bâti pas une entreprise ou une carrière d’artiste pour se satisfaire si réussie soient elles, d’un cliché pris au 60 -ème de seconde, objectivement.

C’est dans la partie invisible qu’il faudrait aller pour comprendre à quel point la vie, les motivations profondes d’un entrepreneur peuvent ressembler à celle d’un artiste.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, je ne pense pas que ce soit l’argent la motivation principale d’un entrepreneur authentique.

Bien qu’on entende beaucoup parler d’argent, de gain, il n’est qu’une conséquence et jamais une cause.

Entreprendre, créer tient beaucoup plus du partage que du profit.

On peut ensuite creuser cette notion de partage et lui chercher des raisons bien sur.

Cependant , que ce soit par l’entreprise ou par l’art, je crois que l’on affine peu à peu nos motivations profondes , qu’on s’en rend de mieux en mieux compte qu’on élimine au fur et à mesure celles qui ne tiennent pas.

Cela fait plusieurs semaines, mois, que mon activité est au point mort financièrement en tant que peintre mais ça ne remet pas en question le fait que j’ai besoin de continuer à peindre et d’exposer.

ça remet en question les buts fixés et qui désormais sont illusoires, pour revenir à quelque chose de plus sain, de plus simple aussi.

Lorsque j’ai quitté le monde de l’entreprise en tant que salarié c’est posé le problème de l’indépendance financière. Comment gagner ma vie ?

J’ai examiner mon train de vie, mes besoins et j’ai tout mis sur une balance virtuelle avec ce que je pensais vouloir absolument à l’époque.

C’était un risque important que je faisais prendre à ma famille. Ce risque évidemment provoquait une pression, une urgence et l’objectif était de ne pas décevoir.

Cela me préoccupait tellement que ça brouillait ma vision. J’étais incapable dans le fond d’obtenir la paix, le calme, la tranquillité que j’avais espéré car j’avais toujours cette épée de Damoclès, la possibilité d’un échec à venir.

Du coup j’en ai parlé longuement avec mon épouse. Nous avons fait nos comptes, réduit nos dépenses en misant sur le fait qu’il s’agissait d’une sorte d’investissement. La patience était notre seule capacité commune d’investissement.

Ouvrir un cours de dessin et de peinture semblait être la meilleure solution à l’époque pour permettre à mon activité de peintre de ne pas être un pur fantasme.

Cela a fonctionné et j’en ai acquis une confiance dans le fait que je pouvais être autonome, même si la liberté financière était encore assez loin.

Ce n’était que le tout premier pas dans l’inconnu, mais c’était le seul que je pouvais effectuer vraiment. D’autres ont suivi ensuite lorsque le nombre de mes élèves s’est mis à grossir, mon chiffre d’affaire également et j’ai donc décidé de prendre un local plus grand.

J’ai pu ainsi avoir jusqu’à une trentaine d’élèves. J’ouvrais presque tous les jours de la semaine. Parfois même le dimanche. Je trouvais un peu de temps entre les cours pour peindre mais j’étais tellement content d’avoir réussi à créer mon activité que cela ne me posait pas de problème. J’étais parvenu à résoudre la première partie de mon équation : créer mon propre job et gagner suffisamment d’argent pour ne pas avoir honte de moi-même, pour ne pas avoir à éprouver de regret d’avoir osé tout lâcher de mon ancienne vie professionnelle. J’avais crée une autre forme de prison aussi mais je ne m’en rendais pas compte.

Cependant mon cerveau est fait d’une telle façon que je m’ennuie assez rapidement de tout. Je ne sais pas vraiment aller en profondeur. Lorsque j’ai commencé à donner mes cours je ne voulais pas affliger à mes élèves un enseignement académique et j’ai donc crée avec le temps, l’expérience une pédagogie originale. En fait je me faisais surtout plaisir. Et puis cela me permettait d’expérimenter tout un tas de techniques, d’idées en les partageant avec les élèves. A vrai dire lorsque j’y repense j’ai sans doute perdu beaucoup d’argent ainsi mais je ne pense pas que cela soit un si mauvais calcul au final.

J’avais à l’époque deux solutions. Satisfaire le désir des personnes qui venaient à mon cours de réaliser des copies de tableaux et de photos ou bien les emmener vers une autre idée de la peintre, en dehors de ce que j’appelle des clichés, afin de découvrir leur potentiel créatif.

La longueur d’un apprentissage académique me semblait fastidieuse pour des personnes qui souvent avaient dépassé largement la quarantaine. J’avais peur qu’elles ne s’ennuient comme moi je pouvais m’ennuyer dans un tel parcours.

Aujourd’hui que je regarde ce cheminement de prof je le trouve intéressant parce qu’il illustre un des principaux malentendus que rencontrent les artistes comme les entrepreneurs.

Il ne sert à rien de vouloir être original.

Il faut observer la réalité telle qu’elle est vraiment et comprendre les besoins des personnes qui veulent apprendre le dessin et la peinture.

Les besoins qu’ils parviennent à énoncer, comme pratiquer une activité de loisir, se détendre, comme ceux plus narcissique de se lancer à eux mêmes des « challenges » sont des besoins classiques, des besoins d’entrée de gamme que je dois parvenir à satisfaire de toutes façons si je désire qu’ils reviennent.

Je pourrais me satisfaire de cela seulement l’ayant compris.

Mais j’ai aussi compris que derrière ces besoins énoncés de façon confuse, il y en avait d’autres. Moins faciles à dire comme l’envie de s’épanouir, de se connaitre mieux, de partager quelque chose du plus profond d’eux mêmes. Des besoins liés à l’émotion qu’on ne peut mettre en mots. Un mystère.

Alors j’ai continué à inventer de nouvelles stratégies en m’appuyant sur la philosophie, sur les concepts, sur la poésie, sur la musique pour transmettre tout ce que je découvrais parallèlement en moi en le créant.

Plus qu’une idée de sincérité, d’authenticité qui ont comme limitations des valeurs morales, j’ai plutôt persévéré vers une mathématique particulière elle aussi qui produisait un résultat s’approchant de la justesse.

La justesse étant en même temps pour moi une des inconnues d’une équation à résoudre.

Je crois profondément que l’on peut se perdre totalement dans l’idée de liberté que ce soit dans l’art ou dans la création d’entreprise si on ne s’attache pas à l’idée de la justesse.

C’est extrêmement difficile d’autant que l’on possède en même temps ce rapport bizarre avec l’ennui avec la routine, avec la répétition.

C’est pourquoi la plupart du temps les séances à l’atelier ne se ressemblent pas, pas plus que mes tableaux ne se ressemblent comme on a l’habitude de comprendre le mot.

Je dirais que le lien qui réunit toutes ces choses est la volonté de dire la même chose de façons aussi variées que possible pour permettre une multiplicité d’angles de vue.

Une œuvre ce n’est pas un tableau, ce n’est pas un contrat, ce n’est pas un mois de chiffre d’affaire ni un bénéfice en fin d’année.

Une œuvre c’est la somme de toutes les actions que l’on effectue pour lutter contre l’ennui, contre la banalité, contre le « c’est comme ça »

La plupart du temps lorsqu’on se trouve confronté ainsi à cette œuvre le spectateur ne peut rien en dire à part c’est génial , c’est super, c’est beau et toute une collection que nous avons à disposition pour éluder ce que nous éprouvons en profondeur.

C’est à dire la réalité qui perce au travers d’un tableau ou d’une entreprise et qu’on ne voyait pas auparavant. En la découvrant ce qui est génial c’est que nous sommes aussitôt pris dans son mouvement et que nous devenons, chacun d’entre nous des acteurs ayant la possibilité de la vivre.

Importance des impasses.

Tandis que la plupart des aoûtiens s’apprêtent à affronter des kilomètres de bouchons dans un sens, alors que dans l’autre les juillettistes rentrent au bercail, je me pose la question encore une fois de l’importance des chemins de traverse, des bonnes et mauvaises pistes et comme toujours quand il y a trop de choix je vois se dresser une jolie impasse.

Qu’à cela ne tienne, voyons voir ce que l’impasse aurait à m’apprendre encore que je ne sache pas déjà. Il est possible qu’il faille me rabâcher de nombreuses fois les choses et que je me les rabâches moi aussi avant de tomber sur cette minuscule anomalie, cette singularité qui, tout à coup transforme les citrouilles en carrosse, les paillassons en tapis volant.

A nouveau je reprends la masse d’informations que j’ai recueillies ces derniers jours sur mon ami Thierry Lambert et sur sa modification de trajectoire. Celle ci m’intéresse car il me semble qu’elle ressemble à ce que vivent bon nombre d’artistes et pas des moindre. Je ne peux m’empêcher de penser à Picasso qui s’écarte de la peinture dite classique pour s’engouffrer dans le cubisme ( grâce en bonne partie à Georges Braque soyons juste) .

A une moment donné de la vie d’un artiste rien ne va plus et il faut alors miser tout le tapis sur un choix que l’on effectue. Et si tenir surtout un certain temps.

Qu’est ce que l’égarement en peinture ? si ce n’est justement cette impasse devant laquelle on se tient impuissant, lavé d’illusion, accablé, ruiné. Il me semble qu’on la redoute autant qu’on la désire.

Comme on le dit la nécessité de toucher le fond n’offre alors que la possibilité de remonter si l’on veut vivre. Si l’on veut encore avoir le désir de vivre et de créer surtout.

Ce désir de créer cependant se modifie en touchant le fond, il me semble qu’il n’est plus porté par les mêmes vecteurs : la gloire, la réussite, le pouvoir, disons l’égocentrisme ou le narcissisme de base pour tout artiste.

Une transmutation du vil au noble s’opère tout au fond des entrailles de l’impasse.

Chauffé à blanc l’être libère sa lumière, sans qu’il ne puisse plus désormais l’affubler de qualificatifs ni même imaginer en tirer partie.

L’être et la lumière ne font plus qu’un et c’est de cet alliage nouveau que l’oeuvre alors peut naître, chaque pièce est une affirmation nouvelle autour d’un axe inébranlable.

Encore faut il comprendre cette notion d’axe, son caractère essentiel. Le sacrifice qu’il faut accepter, un auto sacrifice avant de capter sa présence.

Une obligation de revenir à l’enfance, c’est cela le sacrifice en quelque sorte.

Revenir à l’enfance en empruntant une seconde peau, une mutation de naïveté si je puis dire.

Il y a la naiveté naturelle et puis il y a la naïveté décidée. Cette seconde ne cesse de remettre son propriétaire sur le bon chemin, le sien. Elle ne cesse de lui murmurer de ne pas regarder à gauche ou à droite en haut ou en bas.

Elle lui dit simplement fais ce que tu dois faire sans peur, sans espoir, sans te préoccuper du quand dira t’on. Elle dit sois là dans le présent de ton dessin, de ta peinture comme un enfant à ses jeux.

Vue de l’extérieur cela peut sembler puéril, égoïste, débile, inepte pour beaucoup. Mais beaucoup ne sont pas des artistes ils sont soumis à la loi du siècle qui est de suivre le troupeau.

L’artiste est dans une certaine mesure hors du siècle et du temps. Le moment où il crée est à la fois ici et là partout et nulle part.

Lorsque j’ai vu le lieu de travail de Thierry Lambert je n’ai pas été étonné qu’il ait choisi sa table de cuisine pour peindre.

S’embarrasser du moins de choses possible est aussi la résultante du contact des impasses.

Au bout de l’impasse ne sommes nous pas obligé de lâcher du lest ? de devenir plus léger, en apesanteur s’il le faut afin de s’élever pour enjamber les murs que nous avons nous mêmes construits.

Car évidemment l’impasse est en nous mêmes elle ne pourrait se situer ailleurs. Etre aux aguets de nos impasses c’est en même temps les inventer que les dépasser c’est je crois un pouvoir d’artiste, de créateur en général.

C’est donner à la vie une urbanité neuve dont elle se réjouit toujours. D’ailleurs mon ami Thierry Lambert est très urbain si on ne l’emmerde pas, si on ne se fout pas de sa gueule, il n’est pas différent de chacun de nous.

Sauf que lorsqu’il accorde sa confiance et son amitié il n’est pas comme la plupart d’entre nous qui considère cela souvent comme quantité négligeable, j’allais dire piétinable.

Lorsqu’il me raconte ses échecs, ses déceptions, ses dégoûts et il y en a forcément beaucoup en 30 ans de carrière il ne s’attarde pas longtemps. Il est traversé par une colère enfantine que je trouve admirable, saine, sans compromis, sans atténuation ni nuance.

Il faut avoir ce courage là n’en doutez pas, ne pas rester comme un idiot à vouloir ménager chevre et choux.

Il faut choisir, décider, affirmer une bonne fois pour toute qui l’on est et ce que l’on veut.

Pour cela il faut avant tout s’enfoncer dans une belle impasse. J’en ai connu de nombreuses également notamment une, l’impasse du Labrador dont le nom m’a toujours fait rêvé, à Paris dans le 15 ème. Si un jour tu lis ces lignes Lara reçois encore une fois toute ma gratitude. Mais je m’égare encore une nouvelle fois, sans doute en tournant autour de cette idée d’impasse. Etre dans l’impasse au sujet des impasses c’est tout moi.

Enfermé dans la tête.

Ce confinement que nous traversons tous et ce de manière mondiale désormais est une métaphore prodigieuse.

Si ce petit virus de rien du tout provient effectivement d’une chauve-souris qui, la plupart du temps est aveugle et se déplace au radar, si l’on veut bien aussi se souvenir de l’allégorie de la caverne de Platon, on peut toujours trouver des liens entre toutes ces choses.

Nous sommes essentiellement constitués de cette nécessité d’établir des liens entre les choses, notre intelligence s’est construite au cours des milliers d’années de cette façons, nous n’y pouvons pas grand chose, disons que c’est le destin, la fatalité ou ce que tu voudras finalement car cela n’a pas vraiment d’importance.

Nous cherchons des liens entre les choses dans quel but ? pourquoi ?

Parce que nous sommes enfermés dans nos têtes.

Je ne vois que cela.

Et il y a toujours plusieurs façons bien sur de vivre cette situation, car il faut bien la vivre, nous n’avons pas le choix non plus.

Soit tu la vis bien

soit tu la vis mal

Je le laisse le choix de décider ce qui est bon ou mauvais, ce ne sont finalement que des directions pour orienter des pensées et pas grand chose d’autre.

Le moteur de ces pensées est en revanche digne d’intérêt en tous cas

Qu’est ce qui va te pousser des le matin à t’arracher les cheveux ou à raler sur ta vie et sur le monde ?

Qu’est ce qui au contraire va faire que tu savoures un thé et observes le jardin, les premières feuilles et que tu prêtes enfin attention à un chant d’oiseau ?

Tout le monde n’a pas de jardin je sais mais admettons que tu sois enclin à ouvrir ta fenetre, en ce moment même en ville on peut à nouveau entendre les oiseaux chanter …

Je pense à tout cela ce matin et à toutes ces personnes enfermées autrefois dans des camps, camps de prisonnier, camps de concentration..

La grande masse de tous ces pauvres gens était bien sur terrorisée, dans le plus grand désespoir lorsque par wagons bondés ils étaient parvenus à survivre au voyage et qu’on les précipitait dans des baraquements glacés sans nourriture ou à peine.

La grande masse se désespère ou au contraire pousse des cris de joie d’une violence difficile à supporter comme dans les matchs de football, la libération des pays occupés , l’election d’un démocrate à la chute d’un dictateur.

Que ce soit dans le malheur ou la joie une sorte d’hystérie collective nous emporte en masse à certains moments de cette histoire collective.

Et puis il y a les solitaires, ceux qui n’ont pas l’habitude , ceux qui ont peur de la transe collective,et parmi ceux là ils y a les dessinateurs dont j’ai retrouvé la trace peu à peu ce matin .

En allant à Venise je m’étais arrêté, il y a des années de cela, devant une galerie où des toiles de Zoran Music me happaient littéralement.

Je m’en souviens comme si c’était hier, il y avait vraiment quelque chose de tellement puissant dans ces dessins et dans ces peintures que les larmes me sont immédiatement montées aux yeux. Ce qui est assez rare en matière de peinture, je ne me laisse pas impressionner tant que ça je peux te l’assurer.

Mais ce jour là j’ai pleuré devant ces toiles. Et encore aujourd’hui je ne sais pas si j’ai pleuré de tristesse ou de joie. L’émotion ressentie était si forte qu’elle paraissait gommer toute ces catégories dans lesquelles on a l’habitude de la ranger.

Ce jour là j’ai découvert deux choses : un immense peintre et comment une émotion n’avait pas besoin d’être nommée pour tout emporter de moi dans un même instant , au même moment à la fois dans les abysses et les splendeurs de cet organe étrange qu’est le cœur humain.

Si j’ai envie de t’écrire ces choses aujourd’hui, c’est que dans cette histoire de confinement, d’enfermement dans nos têtes nous avons toujours le choix de basculer vers la joie ou vers la tristesse, parfois aussi nous n’avons pas le choix l’émotion nous plaque au sol ou nous fait croire que nous pouvons marcher sur l’eau…

Cependant comme tu dessines c’est une excellente idée de mettre tout cela un peu de coté à un moment de ta journée. Tu peux t’installer dans un endroit tranquille, poser mentalement toutes ces pensées et ces émotions, et te vider la tête en dessinant.

Se vider la tête et regarder dans la ligne de crayon, dans le trait, dans la valeur de gris ce qui vient se déposer, est ce trop plein ou trop vide , est ce ou pas ce qui te préoccupe en ce moment.

Et puis ensuite une fois le dessin terminé, tu peux le ranger dans un tiroir, dans un classeur, et ne plus du tout y penser. Tu auras fait quelque chose de mystérieux et de tout simple, tu te seras « exprimé(e) » et cela vois tu… aucun enfermement aucun confinement n’est assez puissant, n’est assez fort pour t’empêcher de le faire si tu en éprouves la nécessité.

Comment apprendre à dessiner en s’amusant ?

Vous caresser depuis longtemps le projet de dessiner mais vous ne le faites pas.

Pourquoi passez vous plus de temps devant la télévision, à lire un livre, à regarder votre Smartphone, à aller vous balader dans les rues où à la campagne, plutôt qu’à vous asseoir et dessiner tout simplement ?

Peut-être que vous vous dites que ce n’est tout bonnement pas une priorité dans votre vie, à moins  qu’au contraire, vous en ayez tellement envie, que vous refrénez inconsciemment cette envie en vous inventant toute une série d’excuses.

Peut-être avez-vous envie de dessiner mais vos expériences du passé ont fini par vous obliger à croire que vous ne valiez pas grand-chose en dessin et vous avez peur de retrouver ce sentiment d’échec qui ne vous aidera pas à passer un bon moment en compagnie de la gomme et du crayon…

Si le dessin n’est pas nécessaire à votre vie, vous ne dessinerez certainement pas c’est entendu.

La nécessité, l’envie, nous sommes bien d’accord ce n’est pas la même chose.

Cependant si vous désirez vous améliorer en dessin, c’est une véritable nécessité de s’entrainer.

Peut-être vous êtes vous déjà  inscrit(e) à un cours de dessin,  le mien par exemple, vous  vous êtes exercé, à dessiner, le professeur vous a accompagné en vous donnant quelques conseils à chaque séance… qu’en avez-vous fait ? Avez-vous recommencé par vous-mêmes les exercices ? Ou bien quelques mois se seront écoulés au rythme d’une séance par semaine et vous pensez que vous progressez bien sur, mais c’est long et fastidieux. Parfois vous vous dites que vous devriez vous exercer seul, mais pour tout un tas de bonnes ou de mauvaises raisons vous n’y parvenez pas.

Laissez-moi-vous dire une chose importante :

Si vous ne dessinez pas par vous-mêmes, votre progression sera plus lente voire inexistante.

Le dessin est-t’il pour vous un effort à fournir, proche de celui que l’on doit fournir pour un véritable travail ?

Et si je vous disais que l’on peut apprendre à dessiner

En s’amusant

En se détendant,

Me croiriez-vous ?

Comme je vous comprends, vous avez du mal  à me croire, et bien sur moi aussi je suis passé par là.

En tant que peintre, je n’utilise le dessin qu’au minimum de ses immenses possibilités et je me suis demandé la raison de cela.

Est ce par ce que je ne me sens pas suffisamment à l’aise en dessin pour compter sur lui ?

En fait oui et non.

Je sais dessiner, je dessine souvent, mais de façon schématique, juste ce qu’il me faut pour construire une peinture. Ensuite le véritable travail s’exerce à la peinture elle-même et je ne retrouve à la fin presque aucune trace du dessin d’origine.

Cependant suis vraiment honnête quant à ma position vis-à-vis du dessin ? Vous voyiez  que moi aussi je peux me réfugier derrière des excuses.

Et c’est pourquoi j’ai décidé de reprendre les crayons, la gomme et m’y remettre.

J’ai décidé de tout reprendre une fois de plus à zéro cette fois ci en dessin !

Vous savez il y a quelque chose que l’on appelle le seuil d’incompétence dans les entreprises et il parait que l’on installe les personnes afin qu’elles ne puissent jamais dépasser ce seuil de compétences. C’est assez dingue non ?

Il me semble qu’il n’y a pas que dans les entreprises que les choses peuvent se passer ainsi.

Il n’y a qu’à regarder un peu dans notre tête et vous verrez que souvent nous croyons savoir un tas de choses mais  à la vérité si l’on creuse vraiment, ces choses finissent par s’évanouir bizarrement et on découvre alors que l’on est tout bonnement incompétent.

Ce peut-être un sale moment à passer pour notre fierté ou pire pour notre orgueil.

Mais je crois plutôt que c’est un immense cadeau que votre intuition, votre esprit, appelez cela comme vous le voudrez, vous offre.

En fait tant que le vase est plein on ne peut rien mettre de plus dans ce vase.

Se rendre compte de son niveau d’incompétence dans n’importe quel domaine que ce soit libère de la place, et une fois la petite déception passée, procure également énergie et espoir.

Quand vous vous apercevez honnêtement que vous ne savez pas grand-chose, cela laisse le champ libre pour apprendre enfin.

Comment dessiner en s’amusant alors ?

Ce qu’il y a de bien quand on découvre son niveau d’incompétence, c’est qu’on découvre par ricochet quelque chose d’immense, et c’est la modestie.

Terminé l’obligation de se transformer en personnage de tragédie grecque  pour effectuer quoi que ce soit, sortir les poubelles ou construire une étagère, et même dessiner.

Ce changement de point de vue vous oblige alors à comprendre que rien n’est vraiment magique dans la vie telle que vous le pensiez.

En fait il y a bel et bien de la magie pourtant mais je veux dire qu’elle n’est pas là où vous l’imaginiez.

La magie opère quand vous êtes enfin simple, débarrassé des anciens enjeux souvent imbéciles que vous mettiez sur vos objectifs.

Alors sortir les poubelles, construire une étagère ou dessiner devient une sorte de jeu auquel vous vous sentez serein et enthousiastes de participer.

Dans le fond vous pourriez remplacer le mot « dessiner » par un autre verbe je crois que ça marcherait aussi très bien.

Ce qui n’est pas amusant c’est de rester figé dans une position qui ressemble à ces anciennes citadelles qui ne cherchent qu’à se protéger ou se défendre parfois contre des ennemis réels mais aussi imaginaires.

Quand on se rend compte que tout cela est une perte d’énergie et de temps, dessiner alors peut faire naître le sourire et en même temps vous extraire de la morosité, et de la tragédie.

Depuis quelques mois j’ai le projet de partager de plus en plus  ma passion pour la peinture et bien sur le dessin, enfin ma passion pour l’art en général serait plus juste.

Comme dit l’adage il faut remettre cent fois l’ouvrage sur le métier et donc j’ai commencé à écrire un peu sur ces sujets.

Vous pouvez trouver tout ça sur un site que j’ai crée il y a quelques temps. Il n’y a pas encore beaucoup d’articles mais si cela vous intéresse, je vous laisse l’adresse du lien ici

Et pour être informé régulièrement de mon avancée en dessin et dans le reste vous pourriez vous inscrire à mes contacts privés.

Bon dimanche à vous !

Patrick

La ligne claire

Entre la ligne confuse, la ligne qui apparaît comme par mégarde, la ligne épaisse qui cerne tel un plomb la couleur, la ligne protéiforme presque invisible et qui s’accentue pour indiquer une ombre puis s’évanouit à nouveau aux abords de la lumière, il y a entre toutes ces lignes plus ou moins poilues, comme retranchées dans la peinture, la découverte, ou plutôt la redécouverte de la « ligne claire ». C’est une expression que j’emprunte à l’un de mes amis Facebook, Michel Cadière, formidable artiste dont je vous invite à explorer les travaux.

La ligne claire, est apparut plusieurs fois dans ma rétine cette année et à diverses occasions j’ai éprouvé envers elle cette sensation familière qui doit remonter à l’enfance et qui flâne encore avec ma passion ancienne de la bande dessinée.

Il y avait quelque chose de clair, de limpide, de rassurant à feuilleter les albums de Tintin dans lesquels je pouvais rester des heures sans éprouver le moindre ennui. Une case recelait tellement d’informations que je m’y abîmais littéralement. Le livre alors s’agrandissait comme un univers immense et chaque dessin était un fragment de la même nature des fractales qu’il suffisait d’explorer attentivement pour rejoindre l’histoire toute entière au delà de l’intrigue elle-même.

Je crois que bon nombre de dessinateurs de ma génération doivent beaucoup à Hergé. Puis à l’adolescence j’ai découvert Corto Maltese et j’ai lâchement laissé tombé Tintin. A la tranquillité, la quiétude de Tintin, mon anxiété adolescente aura préféré la rapidité du trait de Hugo Pratt. D’ailleurs Corto ne veut que dire cela « rapide » en Espagnol.

Et puis les années auront passé. J’ai peu à peu diriger mon attention sur la couleur, sur la peinture et j’ai délaissé le trait peu à peu.

Cette année 2019 c’est à l’occasion de ma rencontre avec Thierry Lambert que j’ai pu retrouver tous ces souvenirs d’enfance perdus. Son trait extraordinaire de netteté et de clarté, un trait qui ne connait pas l’hésitation, m’a redonné le gout du dessin. Et, au delà de Thierry plusieurs autres comme Michel Cadière, comme Caroline Ortéga, Mister Turtle, et Antoine Meurant et désolé pour tous ceux que je vais oublier, mais tous ces artistes m’ont aidé pour retrouver l’envie, la nécessité de dessiner avec plus de clarté désormais.

La ligne claire si tu veux ce sera dans une certaine mesure le fil d’Ariane qui se trouve parallèle à la ligne écrite sur ce blog chaque jour et qui sans doute me guide dans le labyrinthe de façon tranquille désormais, sans urgence, mais jour après jour.

Illustration « Jardin du Luxembourg » Antoine Meurant

Le dessin et la peur.

Pigeons de Picasso.

Je regarde la main qui transmet au crayon son hésitation, son trouble, sa peur et sur la feuille blanche le dessin qui surgit.

Comment décrire ce que je ressens à la vue de tous les tremblements de la ligne, de son aspect « poilu », et pourquoi devrais je annoncer soudain une défaite alors que ce je constate est une victoire ?

Car ce qui compte vraiment dans cette action de dessiner n’est ce pas d’être au plus près de soi dans le fond ?

Ce n’est pas ressembler à quelqu’un d’autre qui serait plus adroit plus habile que je ne le suis.

Je crois que le vrai dessin, avant toute chose nécessite seulement cette honnêteté.

Ce que l’on appelait autrefois la spontanéité et puis toute cette errance vers une idée de l’art, du beau, au travers les comparaisons, les jugements, la culpabilité, la honte, le désir autant de couches successives pour étouffer ce que je suis, ce que j’ai toujours été, ce que je serai toujours.

Il y a une grande ambiguïté dans mon esprit qui aura confondu longtemps l’art et le mensonge.

Si j’ai pu atteindre à l’habileté commune j’en ai ressenti un malaise formidable.

Alors j’ai tout largué encore une fois de plus pour revenir à la source, au dessin, à la main à la peur et au désir.

Mais le désir avait changé ce n’était plus vouloir bien dessiner, bien peindre, bien apparaître au monde.

C’était revenir vers le jardin d’éden, avant la chute.

Revenir à l’enfance de l’art.

Je regarde ce tableau de Pablo Picasso, ces pigeons qu’il aura toujours utilisés pour évoquer l’enfance, et aussi en creux la relation avec son père. Et puis son propos à propos de la peinture, qu’il aura mis des années, une vie toute entière pour réapprendre à peindre comme un enfant.

C’est vrai que ce fut un homme probablement monstrueux aux yeux des autres, de ses proches surtout, mais aujourd’hui je ne me suis jamais senti si proche de lui dans la solitude que propose cette quête de sincérité qui n’a rien à voir avec l’envie d’être une « belle personne » un « grand artiste ».

« On dessine pour se trouver et on rencontre les autres. »

Expulsé en 1934 du groupe surréaliste pour avoir dessiné des portraits, Alberto Giacometti a du passer par des galeries de New York avant de pouvoir revenir exposer à Paris. Ce n’est qu’en 1962 qu’il obtiendra le grand prix de la sculpture à la Biennale de Venise, puis le grand prix national des arts à Paris en 1965.

Cette citation, comporte deux verbes qui me paraissent important dans toute démarche artistique, plastique , notamment pour le dessin.

Si tous les chemins mènent à Rome comme on a coutume de le dire, en dessin, je ne pense pas qu’il existe tant de chemins praticables que cela.

Tu auras le choix entre la copie, que ce soit celle de dessinateurs connus, ou bien partir de modèles photographiques, ou encore aller t’installer dans la nature, ou à l’arrière salle d’un bistrot afin de t’entraîner.

Car avant toute chose il faut s’entraîner beaucoup avant de trouver son style.

Cependant il existe une autre voie, à la fois plus rapide et plus longue, et qui consiste à ne pas se référer à des choses déjà vues, des choses extérieures, à répudier toute idée de copie, et d’aller trouver en soi, le modèle de ses propres dessins.

Cela demande beaucoup de courage et de naïveté.

Du courage parce qu’il faudra sans doute essuyer des critiques plus acerbes de la part de l’extérieur, et de la naïveté si l’on se tient pour un original, un singulier qui réinventerait à lui seul le monde.

On rencontre souvent ce second cas de figure chez les dessinateurs autodidactes, et ce n’est pas tant l’orgueil qui les aiguillonne qu’une étrange impossibilité de rentrer dans quelque moule qu’il soit.

« C’est plus fort qu’eux » s’exprimer prend le pas sur apprendre ou s’entraîner ce qui ne veut absolument pas dire qu’ils n’apprennent ni ne s’améliorent. Simplement ils s’inventent tout seul leur apprentissage qui n’est pas celui qu’empruntent tous les autres.

Ces deux voies majeures pour apprendre à dessiner sont longues et nécessitent de l’exigence.

C’est cette exigence, cette forme d’impeccabilité en quelque sorte qui va pousser le dessinateur à passer des heures à corriger ses traits, à gommer ce qui est bancal, à regarder, observer encore et encore son travail jusqu’à ce qu’il parvienne à une idée d’excellence tout à fait subjective d’ailleurs.

Ceux qui seront les plus exigeants, mais aussi les plus acharnés à refaire, à s’améliorer, ceux qui maintiendront cette régularité à poursuivre ce rêve un peu fou quand on y pense de représenter un monde -extérieur ou intérieur-peu importe, ceux là sont les vrais artistes.

Ils peuvent être inconnus pendant de très longues années pour tout un tas de raisons qui viennent d’eux mêmes ou du public qui les ignore ou les boude quand il s’agit de montrer leurs travaux.

C’est qu’une fois les dessins effectués après de nombreuses années de patience, de travail, il faut parvenir à rencontrer les autres, ou tout du moins prendre son courage à deux mains pour oser exposer son travail.

Bon nombre de dessinateurs ont alors un double parcours du combattant à réaliser.

Cependant je ne pense pas qu’il puisse exister d’oeuvre véritablement inconnue.

Tôt ou tard le talent rencontre les autres.

Et puis ne mettons pas la charrue avant les bœufs, le sable avant les cailloux.

N’oublions pas le premier verbe de cette citation « on dessine… »