Rester là.

Le plus dur, le plus difficile, c’est de rester là. Sans doute y a t’il encore dans mon sang ce virus familial génétiquement implanté à « l’insu de mon plein gré ».

Tous les départs toutes les fuites, tous les exils continuent à fabriquer des leucocytes et des globules blancs et le programme crée par les anciens continue t’il son cheminement, son errance par ce dernier maillon de la chaîne que je tente d’incarner.

Rester devant la feuille à dessiner, fermer les écoutilles, ignorer le bruit du monde tout autour, exilé du brouhaha des réseaux sociaux, des foules allant par les rues les routes les chemins vers leurs emplois du temps respectifs dans une commune perte de temps aussi il se pourrait.

C’est à la fois une sorte de chance comme une malédiction qui s’empoignent sur le ring de l’instant et que je n’arrive pas très bien à arbitrer.

Accepter de s’asseoir tout d’abord peut prendre un moment.

N’y a t’il pas toujours un café à prendre ou à reprendre.

Une cigarette à allumer pour temporiser,

un chant d’oiseau qui distrait de l’inéluctable,

ou encore la chatte qui miaule

pour que je lui concède sa ration de croquettes, pas plus de 50 grammes attention !

Je ne veux pas d’objectif classique. Je ne veux pas faire un « beau dessin ».

Les beaux dessins j’en ai fait tellement qu’il ne veulent plus rien dire désormais.

Les beaux dessins sont frappés de mutisme, du gauche et de la droite, bing et bang !

Non ! creuser plutôt l’intérieur de cette coquille de noix qui réalise le dessin.

J’ai mis tous les prétextes habituels de coté, plaire et se faire aimer au plus loin.

La reconnaissance aussi, avec un sourire pathétique comme on s’excuse de ne pas pouvoir continuer plus loin, que ça suffit, qu’il faut respirer pour vivre qu’on étouffe etc

En stand bye, tous les engagements feulent et grognent dans leurs cages.

Non aujourd’hui j’ai une chose importante à réaliser.

Une chose majeure.

Je dois apprendre à rester là.

A m’asseoir devant ma feuille de papier avec mon crayon, mon taille-crayon, ma gomme.

Rester là pour dessiner

c’est tout.

Stay here.

The hardest, the most difficult, is to stay there. No doubt there is still in my blood this family virus genetically implanted "without the knowledge of my own free will".

All the departures all the leaks, all the exiles continue to manufacture leucocytes and white blood cells and the program created by the ancients continues its path, its wandering by this last link in the chain that I try to embody.

Stay in front of the drawing board, close the hatches, ignore the noise of the world all around, exile from the hubbub of social networks, the crowds going through the streets the roads the paths to their respective schedules in a common waste of time also there could be.

It's both a kind of luck as a curse that is stuck in the ring of the moment and that I can not quite referee.

Agreeing to sit down first can take a moment.

Is not there always a coffee to take or resume.

A cigarette to light to delay,

a bird song that distracts from the inevitable,

or the pussy that meows

for me to concede his ration of croquettes, not more than 50 grams attention!

I do not want a classic goal. I do not want to make a "beautiful drawing".

The beautiful drawings I made so much that they do not want to say anything anymore.

The beautiful drawings are struck with dumbness, left and right, bing and bang!

No ! dig rather the interior of this nut shell that makes the drawing.

I put all the usual excuses aside, please and be loved to the farthest.

Recognition also, with a pathetic smile as we apologize for not being able to continue further, that's enough, that we must breathe to live that we choke etc.

In stand bye, all engagements burn out and groan in their cages.

No today I have something important to realize.

A major thing.

I have to learn to stay there.

To sit in front of my sheet of paper with my pencil, my pencil sharpener, my eraser.

Stay here to draw

that's all.

Paradoxe

C’est avec des idées bien embrouillées que l’odeur du café m’extirpe des bras de Morphée et si la première phrase qui me vient à l’esprit ce matin est :

L’univers est une illusion.

Je n’en suis pas plus rassuré pour autant.

Car dans ce cas, comment parvenons nous à maintenir si solidement cette illusion depuis tant d’années, de siècles, de millénaires ?

Comment les règles que nous nous fixons depuis toujours, en maths, en géométrie, en physique, quelle soit quantique, ou autre continueraient-elles à produire des résultats à peu près toujours similaires ? Que nous nous obligerions à toujours vouloir similaires ?

Nous nous accrochons ainsi à des processus, des « how to » plus par confort, par habitude, en imaginant que le résultat sera toujours le même par ces moyens.

Dans le fond je ne suis pas loin de penser que c’est parce que nous imaginons ce résultat à l’avance que les processus fonctionnent. Les processus ne seraient alors que le prétexte à créer un chemin mental vers ce résultat attendu.

L’univers est une illusion.

Les aborigènes australien parlent du « Dream Time » depuis toujours. Et leurs rituels n’ont rien à envier à nos formules mathématiques, nos processus modernes de fabrication de ce rêve que nous appelons naïvement « réalité ».

Dans les rêves justement, il suffit juste de penser à une chose pour qu’elle advienne, immédiatement, comme par magie. Dans les cauchemars aussi d’ailleurs.

Cependant que nous n’en savons guère plus sur le contrôle de nos rêves que de la pseudo réalité.

Carlos Castaneda parlait d’un entrainement quotidien dont l’essentiel était de maintenir la conscience de ses mains pour s’enfoncer progressivement, habilement, dans le sommeil et les rêves.

En maintenant cette « attention » farouchement sur un point focal facile , nos propres mains, nous obtiendrions, avec l’habitude, la régularité et surtout la croyance que cela fonctionne, la possibilité de créer ainsi un pont, une passerelle entre ces deux états, l’éveil et l’endormissement, qui, j’en suis persuadé désormais n’est rien d’autre que la même chose sauf pour de très rares personnes.

En réfléchissant à cela et en établissant un parallèle avec le dessin, j’entrevois comme une sorte d’écho à ce qu’évoque Castaneda.

S’enfoncer dans un dessin finalement c’est aussi traverser la paroi poreuse des rêves et des pseudos réalités.

Hier j’ai voulu tenter cette expérience de partir ainsi au hasard des traits, des lignes, avec mon crayon comme objet de concentration. Sans justement vouloir établir de processus compliqué, en partant juste de la contrainte du trait de la hachure plus ou moins épais, plus ou moins resserrée ou écartée.

A un moment donné, je suis « tombé » dans le dessin tout entier sans savoir ce qu’il représentait, juste des vibrations de valeurs, des ondulations provoquées par le sens des hachures.

Comme on utilise le rythme des tambours on peut utiliser le son de la pointe du crayon comme signal auditif, comme source d’attention également pour pénétrer aussi dans ce monde bizarre de traces qui soudain forme un univers à part entière.

On peut alors comprendre que des forces qui n’ont rien à voir avec l’intellect classique exercent des pressions, des accélérations et des ralentissements, à la fois utilisant la lourdeur et la légèreté, pour résumer maladroitement.

Le dessinateur devient comme une antenne et la main prolongée du crayon devient cette partie mobile qui réagit aux informations captées.

voilà comment on peut vouloir atteindre un objectif : dessiner

et se retrouver sourcier ébahit par la cartographie d’un terrain étrange que l’on vient de « réaliser ».

PARADOX

It is with very confused ideas that the smell of coffee extricates me from the arms of Morpheus and if the first sentence that comes to mind this morning is:

The universe is an illusion.

I am not reassured either.

Because in this case, how do we manage to maintain this illusion so solidly for so many years, centuries, millennia?

How do the rules we have always set for ourselves, in math, geometry, physics, quantum, or other, continue to produce results that are almost always similar? That we would force ourselves to always want similar?

We cling to processes, "how to" more comfort, habit, imagining that the result will always be the same by these means.

In the end I am not far from thinking that it is because we imagine this result in advance that the processes work. The processes would then be only the pretext to create a mental path towards this expected result.

The universe is an illusion.

Australian aborigines have been talking about "Dream Time" forever. And their rituals have nothing to envy to our mathematical formulas, our modern processes of manufacturing this dream that we call naively "reality".

In dreams, just think of something to happen immediately, just like magic. In nightmares too.

However, we know little more about the control of our dreams than the pseudo reality.

Carlos Castaneda spoke of a daily training whose main thing was to maintain the consciousness of his hands to sink gradually, skillfully, in sleep and dreams.

By keeping this "attention" fiercely on an easy focal point, our own hands, we would obtain, with the habit, the regularity and especially the belief that it works, the possibility of thus creating a bridge, a bridge between these two states, awakening and falling asleep, which I am now convinced is nothing but the same thing except for very few people.

Reflecting on this and drawing a parallel with the drawing, I see a kind of echo to what Castaneda evokes.
 Sinking into a drawing is also crossing the porous wall of dreams and pseudo realities. 

 Yesterday I wanted to try this experience to leave random lines, lines, with my pencil as object of concentration. Without precisely wanting to establish a complicated process, starting from the constraint of the line of the hatch more or less thick, more or less tightened or removed. 

 At one point, I "fell" into the entire drawing without knowing what it represented, just the vibrations of values, the undulations caused by the direction of hatching. 


 As we use the rhythm of the drums we can use the sound of the pencil tip as an auditory signal, as a source of attention also to penetrate also into this weird world of traces which suddenly forms a universe in its own right. 

 One can then understand that forces that have nothing to do with the classical intellect exert pressures, accelerations and slowdowns, both using heaviness and lightness, to summarize awkwardly. 

The designer becomes like an antenna and the extended hand of the pencil becomes this mobile part that reacts to the information collected. 
 That's how you want to reach a goal: draw and to be found dowsing amazed by the mapping of a strange land that we have just "realized".  

Le bon sens

La chambre d’hôtel 1988 mine de plomb Patrick Blanchon

Cette envie de dessiner que je ne cesse de retenir fermement de toute la force de mon inertie, n’importe qui d’autre que moi pourrait en rire.

C’est ce que j’ai fait aussi bien sur, et puis au bout du rire, après le désespoir, la vanité, j’ai aperçu une petite lueur.

Alors j’ai décidé de repartir, d’aller dans le bon sens, c’est à dire évidemment le sens contraire duquel tout le monde s’engouffre régulièrement, inexorablement.

Au lieu d’aller vers l’extérieur, retourner vers l’intérieur, au plus profond de l’intérieur là où chaque ligne, chaque point, chaque forme ne saurait trouver le moindre écho.

Dans ce silence sidéral dans lequel gisent les masses, les vides et les pleins comme ces galaxies presque invisibles au premier regard.

Remonter la ligne ténue des leçons bien apprises pour retrouver la maladresse, la vie, le mouvement et sortir du tombeau comme Lazare ébahi de respirer à nouveau.

Le simple est difficile

Quelque part sur la route de Romans. Photo Patrick Blanchon

On confond souvent la simplicité et la facilité, mais je peux t’assurer que c’est une erreur grossière d’appréciation.

Ce qui parait simple à première vue, est souvent le fruit d’un labeur acharné, de nombreuses heures de travail, s’il ne faut pas aussi compter en jours, en mois, en années.

La confusion est facile, car nous recherchons en général la ligne droite pour rejoindre deux points , c’est ce qu’on nous apprend à l’école, au travail, dans la vie de tous les jours.

Si on regarde un itinéraire sur Maps on peut le penser, prendre l’autoroute va plus vite que d’emprunter les routes secondaires. C’est une évidence pour la plupart d’entre nous car aussitôt nous vient cette pseudo évidence que nous mettrons moins de temps.

Sauf que ce n’est pas toujours la réalité.

Sur l’autoroute, il peut y avoir bien plus de ralentissements car le trafic est plus dense, tout le monde choisit cette option.

Sur l’autoroute, le risque d’accidents est plus important que sur les routes secondaires, plus meurtrier aussi.

Sur l’autoroute les tentations ne manquent pas de s’arrêter à une station service pour boire un café, se rendre aux toilettes, et si tu regardes le temps perdu, tu vas te rendre compte très vite que ce n’est pas si avantageux que tu le pensais.

Sur l’autoroute, tu dois aussi payer ton trajet.

Peut-être que si comme moi tu choisis d’emprunter systématiquement les routes secondaires, tu t’es aperçu d’une chose étonnante.

Emprunter les routes secondaires exige d’avoir un nouveau comportement.

La vitesse ne sert à rien sur les routes secondaires, elle est absurde.

Elle te permet de développer ton sens de l’initiative, de l’orientation.

Combien de fois ai je lancé le GPS et ai je du modifier la trajectoire proposée pour la rendre plus simple que ce qu’il me proposait ? je ne le compte plus.

Emprunter les routes secondaires t’initie à une chose qu’on a tous plus ou moins mise de coté : le relief, et mieux encore une vision globale de la géographie des lieux que nous devons traverser.

Cela ne se fait pas en un seul trajet bien sur. Il faut parfois des jours, des mois, pour commencer à tirer profit de l’expérience qu’apporte le choix des routes secondaires.

Tiens un exemple :

Avant lorsque je devais me rendre à Romans, je prenais l’autoroute, et je mettais environ une heure à une une heure trente suivant le trafic.

C’était harassant car je devais bien sur revenir le soir par le même trajet.

Du jour où je me suis penché sur le problème, car perdre tout ce temps était vraiment un problème pour moi, j’ai regardé attentivement une carte de la région et j’ai compris qu’il existait plusieurs moyens d’atteindre Romans par de petites routes, parfois même de simples chemins.

Comme j’avais à m’y rendre une fois par semaine à l’époque j’ai fait plusieurs trajets en changeant d’itinéraire à chaque fois, pour tenter d’améliorer la durée du trajet.

Ensuite la qualité des routes aussi est devenue un critère car parfois la route était si étroite, que croiser un autre véhicule posait un problème. Il fallait se garer laisser passer l’autre et reprendre son chemin.

Ce que je veux te dire c’est que souvent pour simplifier quelque chose il faut passer du temps à expérimenter cette chose, en considérer les contours, les limites.

Et puis le moteur de cette recherche de simplicité est important et il faut absolument que je t’en parle

Le moteur, ce n’est pas l’intention de gagner du temps comme on pourrait le penser à première vue.

Le moteur c’est l’intérêt que l’on porte à la moindre chose qu’on entreprend comme par exemple se rendre d’un point A à un point B.

Le moteur c’est le plaisir finalement, que cet intérêt ne manque jamais de déclencher et qui n’est pas seulement une récompense en fin de parcours. Non l’avantage de l’intérêt que l’on porte aux choses c’est qu’il a le pouvoir comme une sorte de batterie, de produire le plaisir de façon quasi instantanée.

On ne s’en rend pas compte tout de suite vraiment, et c’est cela la beauté de toute démarche vers la simplicité.

Alors oui le simple est « difficile » tout simplement parce peu d’entre nous décident d’effectuer la démarche pour le trouver, parce que la plupart confondent le simple et le facile, et le facile avec l’évident.

Étrange discipline.

Encore un mot qu’il me faille sonder absolument de bonne heure avant de faire quoique ce soit d’autre, c’est à ça que se résume ma discipline si l’on veut.

D’une somptuosité de velours et d’une austérité de bure ainsi s’amène cette discipline.

A la fois outil de flagellation utilisé par les psychotiques frappés de mysticisme intense, branche de je ne sais quel grand arbre virtuel du savoir humain, et routine mise en place dans une journée, décidée à l’avance morose, pour ne pas s’écarter d’un droit chemin hypothétique.

Evidemment je manque totalement de discipline, je n’ai jamais éprouvé le besoin de faire appel à celle ci et même j’éprouve une aversion auditive immédiate dès que son nom est prononcé.

Je cherche à fuir ce mot perpétuellement car il me rappelle des persécutions ancestrales, des inquisitions diaboliques, des tortures réitérées que j’ai connues dans mon enfance.

Sans t’en parler dans le détail, tu l’as bien compris, un mot peut ainsi provoquer des dégoûts à répétition et tout dépend bien entendu de la façon dont tu l’as approché durant ton existence.

Car pour être franc j’ai autant d’aversion que d’engouement pour la discipline.

J’adorerais parfois être discipliné.

J’adorerais savoir exactement la règle à suivre comme un gosse appliqué qui tire un peu la langue pour indiquer la concentration de son plaisir à éprouver le goût de la discipline.

J’ai sur le bout de la langue surement d’autres mots qui, modifiant avantageusement, ravalant sa façade morose, rendraient la discipline mieux envisageable.

Il y a « fouet, pénitence, adepte,contrainte, obéissant, police … « 

et puis oh tiens ça alors :

ART !

Du coup me voici tourneboulé d’un grand coup par cette découverte

N’ai je pas depuis tant d’années mit toutes mes billes dans le mot ART ?

Et si dans le fond je n’étais rien d’autre que ce psychotique mystique inquisiteur qui se flagelle je ne serais pas si étonné que ça.

Je ne sais pas quoi dessiner.

Ulysse regarde les sirenes se jeter dans la mer

Ils sont arrivés par un petit matin froid de la fin octobre. Je les entends de loin qui saluent Sylvie en train d’éplucher des légumes pour la soupe du soir. Pépiements d’oiseaux, rires, et les voici à la porte de l’atelier.

toc toc toc on peut entrer ?

Et chacun reprend à peu près les mêmes places autour de la grande table tout en demandant des nouvelles de chacune, chacun, et en obéissant au même rituel à chaque fois, c’est comme un jeu :

Je me mets où ?

Et sans attendre ma réponse, je n’ai en fait qu’un silence à proposer, les élèves s’installent comme à chaque fois aux mêmes places.

Et je m’en aperçois ainsi toujours avec amusement : pour que tout marche bien le groupe semble recréer une sorte d’organisation particulière de l’espace, il renoue avec cette configuration qui, inconsciemment lui semble la meilleure, une configuration idéale.

Alors nous avions décidé de revenir au dessin, vous vous souvenez ? ok donc on s’y remet cette semaine.

Oui mais on fait quoi ?

Je souris car cette petite phrase prononcée par Geneviève toujours plus ou moins inquiète, me rappelle une autre histoire sur les oiseaux.

Quand les oiseaux déjeunent où dînent, je ne sais pas si tu l’as déjà remarqué, il y en a toujours un qui se tient à l’écart . C’est souvent le plus chétif, le plus misérable d’apparence, mais son rôle est primordial . C’est la sentinelle que le groupe a délégué pour prévenir d’un danger éventuel. Celui qui va lancer l’alerte pour que tous fuient et rejoignent la sécurité.

Oui mais on fait quoi ?

Tout le monde rit en regardant Geneviève. Elle comprend et se met à rire aussi.

J’en profite pour rebondir sur ce micro événement.

voilà exactement ce qui se passe quand vous vous dites je veux dessiner !

vous éprouvez l’envie de dessiner en pensée tout d’abord et puis vient le moment où vous vous installez à la table, vous prenez une jolie feuille blanche, vos crayons sont taillés la gomme est là, tout est bien rangé autour de vous.. et c’est à ce moment là exactement que l’angoisse arrive généralement et qu’on se pose la question

Oui mais je dessine quoi ?

J’aimerais que tu réfléchisses un instant à cette peur manifestée par cette interrogation. De quoi cela parle t’il ? Non pas de l’absence d’idée comme on pourrait le penser, mais plutôt de l’embarras du choix car nous aimerions TOUT savoir dessiner et en même temps que nous imaginons, que nous décidons dans notre for intérieur que TOUT n’est pas intéressant à dessiner.

C’est vraiment un faux problème par excellence et c’est en cela que je dépiste sa trace que je reconnaîs à chaque fois l’angoisse : elle se manifeste souvent par ce genre de faux problème, par un perception erronée du réel.

Pourquoi décider qu’il y aurait de bonnes ou de mauvaises choses à dessiner je l’ignore. A mon sens tous les sujets se valent. La difficulté n’est jamais le sujet, mais la façon de l’appréhender, la façon de le mettre ou non en « valeur » .

Ce qui m’intéresse dans mes cours ce n’est pas que tout le monde fasse la même chose même si je donne le même sujet à tout le groupe.

Non ce que j’aime c’est que chacun l’interprète à sa façon, de son point de vue.

Donc tu ne sais pas quoi dessiner c’est le signe de la panique qui peu à peu t’envahit quand tu veux te mettre à table et c’est tout à fait normal.

Et je vais te dire pourquoi.

Tout est dans la tête ! quand nous décidons de faire quelque chose nous avons besoin d’un objectif, et d’une méthode pour parvenir à cet objectif. C’est comme pour voyager. On part d’un point A pour rejoindre un point B et on regarde la carte ou on allume son gps pour que le tracé ou la voix nous y conduise. On fait confiance ensuite à ce qui est évident et on ne se pose plus de question.

Cependant que pour dessiner n’importe quoi ce n’est pas si simple. La plupart du temps on ne sait pas par où passer.

Quel tracé doit suivre la main et le crayon pour rejoindre le dessin idéal que nous avons dans notre tête ou sur le modèle que nous essayons de reproduire.

C’est la raison pour laquelle les élèves font aussi confiance au professeur, car celui ci serait détenteur de ce savoir du tracé qui leur manque -pensent t-ils .

Ce n’est ni vrai ni faux à vrai dire.

Comme d’habitude la vérité se situe à mi chemin et de façon plus nuancée.

Il y a mille façons possible de dessiner quoi que ce soit, il y a les mauvaises façons très nombreuses, et les bonnes qui ne sont pas moins nombreuses.

Car dans le fond, on peut envisager le dessin de beaucoup de manières diverses et variées: Est ce qu’on veut faire un croquis ? une oeuvre détaillée, fouillée ? va t’on dessiner à la mine de plomb ? à l’encre ? au feutre ?

Quelle technique choisir pour rendre au plus près l’idée de dessin que l’on désire. Et désire t’on d’abord quelque chose de particulier vraiment ?

Se pose t’on la question du fond de cette angoisse réelle d’avoir à dessiner quoique ce soit ?

Pour t’aider à dépasser ce stade du « savoir quoi dessiner » j’ai crée une méthode, et même mieux que ça : une machine à idées

Son utilisation est à la fois simple, efficace et même amusante ! je t’en parle dans mes contacts privés

https://urlz.fr/aSST

J’adore dessiner, mais je ne le fais pas.

Et voilà c’est toujours la même phrase qui revient, j’adore, mais …

Cela pose des questions sur l’utilisation du mot adorer et cela me rappelle le veau d’or, les icônes et les iconoclastes. Il y a dans l’adoration quelque chose de pourrit qui entraîne que tôt ou tard on ressente l’envie de détruire l’objet de toute adoration.

C’est humain je crois bien. Enfin c’est un constat que j’effectue souvent en écoutant les histoires de couples qui se déchirent et quand je me souviens de tous ces « mon chéri comme je t’adore, ma petite caille comme je t’adule… etc. »

Alors j’ai envie de dire, arrête « d’adorer dessiner »,

dessine tout court et on verra bien après non si le mariage dure

Il y a comme ça des navigations que l’on envisage d’emblée désespérées ou désespérantes entre l’espoir et la déception.

Remonte à la source de l’espoir pour envisager clairement tes déceptions.

Mieux encore ris de celles ci à chaque fois qu’elles adviennent car la déception est joyeuse dans le fond, elle t’indique l’écart de tes espérances avec ce que tu es vraiment.

Savoir bien dessiner

Parmi ces trois mots deux ne servent à rien et je vais t’expliquer pourquoi.

La plupart des gens pensent qu’il faut savoir dessiner, et donc que ça s’apprend.

Mais rappelle toi quand tu étais gamin tu t’en fichais complètement, de savoir dessiner, tu dessinais et puis voilà !

Ensuite que peut bien vouloir dire « bien dessiner » par rapport à qui ? par rapport à quoi ? Savoir bien dessiner implique aussitôt un savoir mal dessiner .. oh mon crayon balance entre les deux pôles j’ai les chocottes maman !

Bon ok si tu feuillettes les carnets de croquis de Léonard de Vinci, et que tu as comme ambition de dessiner comme ça, il va te falloir bosser un peu.

Mais pourquoi voudrais tu dessiner comme Léonard de Vinci, puisque c’est déjà fait, plié, enterré, il n’y a qu’un Léonard et puis voilà !

Ensuite rappelle toi aussi qu’à son époque il n’y avait pas les smartphones ni les reflex numériques qui permettent désormais d’avoir des photographies nettes et sans bavure, de jolis portraits, de jolis paysages.

Alors tu peux prendre ça comme un challenge de dessiner aussi bien que Léonard bien sur, tu peux copier sa manière, mais est ce que ça va vraiment t’apprendre à dessiner je ne le crois pas.

Car pour moi dessiner c’est avant tout s’exprimer avec justesse, montrer qui on est, donc la seule chose que tu peux faire c’est dessiner comme toi tu le sens. Et pour ça tu n’auras besoin que de temps chaque jour pour t’y mettre et réfléchir sur ce que tu as fait au bout d’un moment.

Au début ton œil sera pratiquement aveugle, tu ne verras pas grand chose, et tu auras tendance à dire bof, c’est pas terrible, aller corbeille…

C’est une erreur, garde tout au contraire, dans un pochette, et mets bien la date à chaque fois que tu réalises un dessin, ta signature et la date. Parce que tout ce que tu fais en dessin compte, tout ce que tu fais en dessin est précieux. Parce que si tu mets ce que tu dessines à la corbeille cela veut dire que tu as perdu ton temps et que tu n’estimes pas ton effort.

L’estime de soi est importante ( sans en abuser non plus ) alors conserve, chouchoute tout ce que tu produis et tu m’en diras des nouvelles dans quelques années quand ton œil sera plus ouvert quand sur ces premières esquisses tu comprendras qu’il y a avait déjà la trace, les prémisses d’un talent à venir.

Concernant le « bien dessiner » c’est souvent un avis qui provient des autres. C’est assez facile dans le fond de « bien dessiner » quand tes dessins correspondent à ce qu’attendent le plupart des gens concernant un visage, un paysage.

Mais dans le fond « bien dessiner » est souvent un mensonge que tu commences par te faire à toi-même.

Alors peut-être que « savoir bien dessiner » n’est rien d’autre qu’un faux problème que tu places sur ton chemin pour ne pas te mettre à dessiner vraiment.

C’est à dire dessiner comme tu es comme personne .. et voilà ce qu’a super bien compris Mac Donald quand il t’invite à venir « comme tu es » dans ses établissements.

Si ma manière de voir les choses dans ce domaine te plait, n’hésite pas à t’abonner à mon blog, et puis il y a aussi un lien que je place juste en dessous pour faire partie de mes contacts privés

https://urlz.fr/aSST

Avant de prendre ton crayon

Les élèves arrivent par petites grappes en ce matin d’automne. J’ai mis un peu de chauffage dans l’atelier car le froid est arrivé d’un seul coup. Tout est en ordre, j’ai passé le week-end à tout réorganiser.

Les crayons sont désormais classés dans des pots par gradation, les gommes sont avec les gommes, les taille crayons avec les taille crayons, la pile de papier est bien droite sur l’étagère, rien ne saurait dépasser, j’ai même retirer pas mal de tableaux aux murs pour aérer la pièce, pour que la lumière circule mieux.

Aujourd’hui séance dessin. Je vais vous demander de faire un dessin d’observation !

J’ai cabossé une bouteille d’eau en plastique pour qu’elle présente un bon paquet de facettes de lumières et d’ombres et je l’ai placée au centre de la grande table où tous viendront s’installer.

C’est un exercice d’observation ai je prévenu.

Ils sont tous là désormais, et pendant que je vais préparer le café je les observe du coin de l’oeil.

Tous se sont lancés directement dans l’ouvrage. Ils sont concentrés, il y a toujours les mêmes phrases qui reviennent évidemment:

comment est ce qu’on s’y prend pour faire ça, je ne vais pas y arriver, dans quel sens on prend la feuille, est ce qu’on va peindre après ? Oh mais je n’ai jamais fait ce genre de truc je ne sais pas comment démarrer.

Je ne dis rien cette fois, je verse le café dans les tasses. J’ai décidé de ne rien dire pendant un quart d’heure, on verra bien où ils en seront après cela.

Je me paie même le luxe d’allumer une cigarette et je sors dans la cour, le chat est là lui aussi, il grimpe à l’échelle pour rejoindre les toits, au delà de ceux ci un peu de brouillard et peut-être comme une lueur de beau temps qui va bientôt percer au cœur de l’automne.

Enfin le temps est écoulé, et je reviens voir les travaux.

Pour les problèmes effectivement je n’ai que l’embarras du choix , le format, la proportion, la verticalité, les valeurs.. justesse et maladresse, je n’ai juste qu’à piocher finalement, sur chaque feuille rien ne fonctionne vraiment.

Bien tout le monde s’arrête et on revient au début !

Quelle est le meilleur outil du dessinateur ?

Son crayon ?

Non

Trouver la bonne gradation ?

Non

savoir regarder ?

oui mais plus précisément ?

L’observation !

Exactement

La plupart des gens dessinent ce qu’ils pensent et non ce qu’ils voient parce qu’ils n’observent pas leur sujet vraiment.

Ils le pensent et le dessinent voilà tout et c’est exactement à ce moment là que tous les problèmes commencent.

Si tu veux dessiner quoique ce soit commence par regarder attentivement ton sujet.

Trouve un axe, tend le bras et mesure avec ton crayon , place des points de repère en l’occurrence pour la bouteille ça va t’aider, plisse les yeux pour gommer les détails et ne voir que l’essentiel. Observe ton sujet avant de prendre ton crayon. Si possible tu peux aussi le réduire à des formes géométriques simples. Comme dans la vie, chaque problème peut se découper en petits bouts et le résoudre sera beaucoup plus simple comme ça.

Evidemment à ce moment là je sors ma vieille histoire de bocal de cailloux et de sable et je rajoute la petite phrase qu’un ami m’a appris récemment, et on peut encore ajouter l’eau car il y a toujours la place pour l’apéro… bref !

Ensuite fais attention à l’environnement, la plupart des gens sont hypnotisés par leur sujet et ne regarde pas ce qui l’entoure.

C’est ce qu’on appelle les formes « négatives ».

Si tu arrives à restituer les formes négatives en premier correctement, ton sujet va apparaître comme en creux et ainsi il sera bien positionné sur la feuille selon le format choisit.

Avec ces quelques conseils ils se remettent au travail et je vois les bouteilles s’améliorer, c’est à dire que tout revient dans l’ordre dans le fond, les bouteilles sont des bouteilles et voilà tout.

Si ces quelques réflexions sur le dessin t’ont plues et que tu as envie d’en savoir plus, tu peux t’abonner à mon blog et aussi t’inscrire à mes contacts privés.

Très bientôt tu vas pouvoir prendre connaissance de formations sur le dessin, la peinture, et aussi la vision personnelle de l’art qui est la mienne.

c’est ici : https://urlz.fr/aSST

« Je ne suis pas motivé »

« Eli Eli lama sabaktani. » Patrick Blanchon peinture à l’huile.

C’est le matin, pas besoin de réveil, le jour n’est pas encore levé et en plus aujourd’hui on change d’heure, on passe à l’heure d’hiver. Je me lève et descend directement à la machine à café comme tous les jours exactement.

Ensuite je regarde la chaudière murale, et je constate qu’elle a buggé encore une fois, un code 125 qui clignote, il faut appuyer dessus pour relancer la fabrication d’eau chaude. Le chauffage on n’y pense même plus, les techniciens doivent venir pour faire un désembouage. Le corps de chauffe est plein de merdes. Il y a des matins comme ça, on se lève et déjà les bras t’en tombent direct quand tu regardes la situation bien en face.

Tu peux te plaindre tout haut, trépigner, gueuler, vociférer, mais je doute que cela change quoi que ce soit.

La vérité est toujours ailleurs, je veux dire au fond de toi parce que tu t’en remets au hasard, à la fortune, et que tu n’as pas suffisamment réfléchis à une stratégie. Tu n’as pas fait de choix vraiment, tu n’as pas établi de priorité dans ta vie.

Ainsi la maison que nous avons achetée il y a de cela quelques années est devenue un gouffre financier, parce que tu n’as pas bien planifié les travaux, parce que tu as voulu faire des économies de bout de chandelles, parce que tu as une putain de conscience de pauvreté et que ton leit motiv c’est de « faire attention à ne pas trop dépenser »

Alors au bout du compte tu te réveilles la tête dans le cul et tu te dis :

« Oh ben ce matin avec tout ça je ne suis pas motivé. »

Tu bois le café sans y penser en cherchant ton paquet de clopes, il est resté sur la table de l’atelier. Tu traverses la cour et entre dans celui ci et là tu regardes le bordel, tous les travaux en plan, le décor de théâtre de 4m de long inachevé alors que les délais se raccourcissent dangereusement.

Tu penses à toutes ces commandes que l’on t’a fait et que tu n’as pas commencées.

Tu te dis merde, avec tout ça je ne sais pas ce qui se passe dans ma vie, je ne suis pas motivé.

Alors évidemment tant que ça restera comme une sorte de slogan matinal ça ne va pas changer. Tu ne seras pas plus motivé après l’avoir prononcé. Tu vas bien sur entrer dans l’atelier et faire semblant mollement. Peut être ranger un ou deux tiroirs, passer un coup de gesso sur une toile que tu n’aimes plus, faire une ou deux fenêtres sur le décor de théâtre pour te donner bonne conscience.

Mais au fond de toi tu sais la vérité maintenant.

La vérité c’est que tu avances bille en tête sans plan d’action, que tu fais surtout ce qui te plait en mettant de côté les contraintes, en imaginant qu’à un moment de la journée, de la semaine, du mois, de l’année , de ta vie, tu vas être investi d’une sorte de grâce que tu appelles faute de mieux: la motivation

Il est peut-être temps de changer de point de vue tu ne crois pas ?

Il est peut-être temps de se souvenir que rien n’est jamais complètement perdu,

que tu dois reprendre confiance en toi, en tes capacités, que tu remettes de l’ordre dans tout ce bordel.

Oui il est temps d’agir enfin mais pas n’importe comment, pas comme tu le fais d’habitude.

Assis toi à une table, prends une feuille de papier et remonte le fil de tes envies.

Qu’as tu vraiment envie de faire ?

Je vais t’apprendre un secret que tout le monde dissimule au fond de soi par confort, parce que c’est un secret honteux, un peu comme tous les secrets.

Tu ne peux pas te motiver si tu ne décides pas de ce que tu veux faire de ta vie, de tes années, de ce mois, de cette semaine, de cette journée, de cette heure de cette minute.

Et tant que tu n’auras pas effectuer ce travail véritable, en profondeur d’établir la liste de tes priorités il y a de grandes chances que tu continues à te lever tous les matins en déclamant un « je ne suis pas motivé » signe avant coureur d’une journée merdique au terme de laquelle tu seras encore un peu plus désespéré par toi-même