La pensée agissante.

Ce matin je reçois dans ma boite mail un nouveau courrier de Mamie Annie. Je ne sais pas si vous connaissez Mamie Annie ? Non ? Et bien c’est une voyante bien comme il faut, c’est à dire que si l’on se fie à la photographie qu’elle met sur sa bannière on lui donnerait le bon dieu sans confession. Une petite dame âgée avec des cheveux blancs qui vous regarde le menton appuyé sur sa main avec un léger sourire bleuté derrière de simples lunettes à monture sécu.

Depuis quelques mois je collectionne les voyantes et les chamans, ainsi je
vous ai parlé de Mamie Annie, mais je ne vous ai pas parlé encore de Blanche qui ressemble à la fée Mélusine avec un petit coup de vieux et non plus de Cœur d’or dont je n’arrive pas à savoir si c’est un homme ou une femme finalement.


Le point commun entre tous ces personnages merveilleux c’est qu’ils proposent d’améliorer considérablement ma vie en me faisant gagner une somme énorme à des jeux de hasard. Pour cela chacun y va de sa recette personnelle : j’ai le choix entre le rituel de la grenouille bleue ou du bison vert, l’anecdote de l’herboriste style Hildegarde de Bingen qui découvre un chat perdu qui prononce un message caché, et désormais le rituel de la pensée agissante que seule une minorité de gens très riches connait et que pour la somme modique de 39 euros Mamie Annie se propose de partager avec moi.

C’est tentant je l’avoue. A une période ou tous les points de repères se
cassent la gueule les uns après les autres pourquoi ne pas se réfugier dans le
hasard et accorder sa confiance aux voyantes, magiciennes et chamans de tout acabit ?

Car finalement en quoi cela serait-il plus vrai ou plus faux qu’autre chose
? L’idée d’une arnaque bien sur vient derechef freiner mes tergiversations  et là un calcul s’opère: est ce que ça vaut le coup pour 39 euros de décider que je suis un con ou un rêveur ?

Car tout dépend encore une fois de la façon dont on veut voir les choses. Evidemment que je ne préfère pas être con mais rêveur ça ne me dérange pas trop dans le fond.

Je pourrais payer la somme rien que pour voir. Pour aller jusqu’au bout, d’autant qu’en prime, en bas de page est imprimée en rouge une garantie 100% de réussite ou remboursée ce qui est assez couillu tout de même.

Du coup je comprends un peu pourquoi mon camarade « le Délesteur » a
été ennuyé par le fisc il y a peu de temps. Lui propose de jeter un pavé dans
la mare ou de dormir à votre place si vous n’en avez pas le temps et cela coûte la modique somme de 19 euros en moyenne.  Du coup le fisc lui demandait des comptes sur ses ventes, « quelle longueur la mare vous avez dit ? Et puis le pavé que vous allez jeter dans la mare c’est du granit ? Vous avez des factures de fournisseurs ? » Ça laisse pantois sur le manque d’humour de l’administration fiscale et son inaptitude crasse à comprendre les manifestations poétiques en général et  artistiques en particulier. Enfin
bref je ne vous raconte pas ça pour changer le monde bien sur.

 Donc les tarifs de mon camarade le Délesteur, que je considère comme un poète-artiste sont  bien moins  cher que ceux de  Mamie Annie mais n’apportent   pas le même résultat non plus.

Mamie Annie me déclare quant à elle que je devrais déjà avoir presque 4 millions d’euros sur mon compte bancaire depuis longtemps, et que c’est certainement du  au fait que je n’ai pas encore adhéré au « rituel de la pensée agissante… »

Alors je me pose la question vraiment de cette différence entre les voyantes
et les chamans qui proposent la fortune contre 39 euros et l’action du
Délesteur de dormir à ma place pour 19 euros.

En fait la seconde action fait moins rêver et pour cause puisque qu’on en arrive à déléguer son sommeil à quelqu’un d’autre faute de temps. Cependant il y a un aspect  » terre à terre » plus rassurant quand même et puis le Délesteur ne promet pas la lune, juste des choses simples. Du coup je me demande si Mamie Annie ne devrait pas s’aligner sur les tarifs du Délesteur pour son rituel de la pensée agissante, ou si le Délesteur ne devrait pas ajuster ses tarifs à celui des cartomanciennes ? C’est cornélien voyez !

Bon je ne pense pas que je l’achèterais non plus à ces prix là …il y a peu
de différence en fait entre 39 et 19… c’est aussi pour ça que ça ne parait
pas crédible. Pourquoi ne pas proposer un prix plus important comme 7500 euros par exemple si c’est 100% garanti et remboursé en cas de pépin ? En  fait j’en viens à me demander si Mamie Annie, Blanche et Cœur d’or ne sont pas des artistes aussi, comme le Délesteur.

Du coup j’ai décidé d’augmenter considérablement le prix de mes tableaux
cette semaine parce que finalement artiste peintre c’est un peu pareil, si on
met des petits prix ça provoque une perte de crédibilité aux yeux de ceux qui
s’imaginent obtenir rapidement des plus values.

 

 

Black bird

C’était juste une petite forme noire et sautillante sur la neige. Alors l’enfant a pris un caillou, l’a placé dans l’élastique, et prenant soin de bien pincer l’ensemble entre le pouce et l’index il a tiré le tout pour le relâcher brusquement et balancer le projectile. Il y avait une chance sur pas mal de possibilités que ça ne marche pas. Mais ce coup là bingo ! Dégommé,  l’oiseau a vacillé un instant et s’est étalé sur le coté en n’ayant à peine eut le temps de déployer une aile.

Le gamin s’est approché en souriant au début. Il croyait à une blague, que l’oiseau allait partir aussitôt qu’il serait près de lui. Mais ça n’a pas bougé, c’est resté là inerte et là le gamin a compris qu’il venait de tuer un oiseau, son premier oiseau.

Alors c’était donc ainsi : le hasard pouvait aussi provoquer ça. Pensa l’enfant. Il ramassa le petit corps et le jeta par-dessus la haie du jardin et il tenta de ne plus y penser.

Il passa néanmoins une journée compliquée après tout il avait tué quelque chose sans le vouloir vraiment. Et ce qui le gênait il se demandait si c’était ce meurtre qu’il avait commis ou le fait qu’il avait agit sans le vouloir vraiment. C’était comme dans l’ordinateur une sorte de tache de fond pénible qui jetait une ombre sur tout ce qu’il avait connu auparavant. Le monde entier semblait avoir changé suite à son acte irréfléchi. Il avait traversé une frontière et se retrouvait en pays étranger.

Il n’en parla à personne bien sur, sans le savoir il sentait que cela n’était pas nécessaire vraiment.

Plus tard il embrassa le père qui rentrait du travail et ils finirent tous la journée après le repas devant une émission qui parlait d’une guerre quelconque quelque part dans le monde. La mère s’était endormie et le père n’était pas loin d’en faire autant, chacun sur leur canapé respectif.

 L’enfant caressait le chien machinalement et puis soudain  la mère se réveilla et lui dit d’aller se coucher, que demain il y  avait école.

Il se coucha et allumant sa lampe torche tenta de reprendre le récit d’une histoire qu’il aimait bien mais les lignes ne semblaient plus avoir de sens. Alors il éteignit la lampe et s’endormit.

En mémoire de R.Carver

Le pays des Purs

J’étais parti au hasard sans savoir où j’allais, juste une vague idée de pays à traverser, de nombreux pays, pour enfin parvenir à cet ailleurs qui m’aimantait depuis tant d’années. Et c’est ainsi qu’empruntant l’ancienne route de la soie, j’arrivais par Zahedan à une cinquantaine de kilomètres encore de la frontière sud ouest du pays des purs, le pakistan.

Arrivé depuis quelques heures de Téhéran par le car, je m’étais assis dans une des rares zones d’ombre de la petite gare routière. Il faisait une chaleur écrasante et pas un brin de vent. les façades blanches en pisé augmentaient encore par leur blancheur l’impression tremblante, vibrante de la lumière.

Il devait être aux alentours de 14h et le contraste des ombres et des lumières à son maximum, me rappelait Catania en Sicile et aussi ses larges rues où je ne voyais pas un chat.

Soudain dans un bruit de pétarade un pick-up surgit soulevant des nuées de poussière.Il n’y avait que quelques hommes à l’arrière, sans doute des afghans à leurs costumes, qui allaient remonter le Baloutchistan pour rejoindre Quetta ou plus au nord encore Kandahar. Je me levais aussitôt pour faire signe au chauffeur et lui demandais s’il n’allait pas vers Mirjavé la frontière.

D’un signe négatif de la tête, ce qui ici signifie oui il m’indiqua du pouce la plateforme du véhicule et empoignant mon sac je grimpais, reconnaissant de pouvoir bénéficier de l’air qu’allait produire le déplacement, et surtout d’atteindre la frontière avant la nuit.

Bientôt le pick-up sorti de la petite ville et nous atteignîmes une sorte de piste longeant un mur de grillage qui n’en finissait pas, les derniers kilomètres constituaient un no mans land entre l »Iran et le Pakistan.

Le poste de douane de Mirjavé était occupé par des milliers de mouches contre lesquelles un gros homme en uniforme et en sueur n’essayait même plus de lutter. Un ventilateur ronronnait et le bureau était encombré de papiers en désordre. Dans un angle du local exigu, un homme assis sur une chaise s’était assoupi.

Les formalités de douane furent promptes , nous n’étions que quelques voyageurs à nous retrouver désormais devant le nouveau véhicule qui allait repartir sur la piste et s’engager dans le désert.

Le chauffeur un grand diable de pakistanais à la peau brune et aux blanc des yeux extraordinaire paraissait joyeux et sa bonne humeur détonnait avec la fatigue que je pouvais lire sur le visage de mes nouveaux compagnons de route. Il faisait de grand gestes et nous aida même à enfourner nos sacs dans les cales de son navire étrange tout martelé bosselé de fer blanc. Nous montâmes et aussitôt assis le chauffeur alluma la radio dont il poussa le volume à fond pour nous faire profiter de son enthousiasme musical.

Doucement le soir venait, le soir vient vite dans ces pays et cela me surprit. A 18h il fait déjà sombre voir nuit. Éreinté par le voyage je m’assoupis.

Ce fut un coup de frein qui me réveilla, à moins que ce ne fut l’immobilité du bus.. Lentement autour de moi les passagers bougeaient, se dépliaient dans la faible lueur du plafonnier. Il fallait descendre nous avertissait le chauffeur toujours plus ou moins hilare. Nous nous étions ensablés et il fallait que tous aidions à la manœuvre en poussant.

j’appris que nous venions de dépasser Sin Ran et qu’il nous restait encore bien des heures de route avant d’atteindre Quetta qui se trouve à environ 15 heures de Mirjavé. Inutile de compter les kilomètres dans le désert parfois la piste se resserre, parfois celle ci s’élargit, et de temps en temps on a l’impression qu’elle a presque totalement disparue.

Non sans difficultés nous parvînmes enfin à extraire le bus de son ensablement, à la lueur rougeâtre des feux arrières nous étions une dizaine à ahaner en chœur ce qui resserra un peu les liens entre nous car le bus remit d’aplomb tout le monde partit d’un grand rire de soulagement.

Je ne sais quelle heure de la nuit il devait être, je n’ai jamais porté la moindre montre. En tous cas nous étions bel et bien réveillés et mes compagnons de route se mirent à sortir de leurs sacs de quoi boire et manger et cassèrent la croûte. Bientôt on n’entendit plus que le bruit de papiers froissés et celui de la mastication un peu bruyante de certains.

Le chauffeur en profita pour remettre un brin de musique lancinante et nous nous arrachâmes de cet endroit funeste contents visiblement de repartir.

Comme je n’avais pas eu le temps de faire de provision et que je ne buvais ni ne mangeait l’un des voyageurs un homme entre deux ages me tendit un morceau de pain rond avec un sourire et une gourde d’eau. Je le remerciais et gloutonnement avalais cette nourriture providentielle.

Puis complètement réveillé cette fois j’observais les voyageurs plus attentivement. Ils étaient magnifiques dans la lueur montante de l’aube.Des nez aquilins, des yeux de biches des barbes soignées et leur couvre chef de larges turbans rayés de beige et rose me renvoyaient au souvenir de mes lectures enfantines des Mille et unes Nuits, de Sinbad le marin, et aux exploits bien sur de Marco Polo le Vénitien qui avait peut-être jadis emprunté lui aussi la même route que nous, cette fameuse route de la soie. J’appris bien sur par la suite que le premier occidental à parvenir à Quetta ne le fera qu’en 1828, et c’était un anglais.

Je ne savais rien d’eux, de leurs histoires respectives et ils me semblaient nobles jusqu’au bout des ongles. Leur moindre geste était élégant qu’ils se taillent la barbe avec de petits ciseaux en se regardant dans un miroir, comme c’est la coutume sitôt que l’on est désœuvré, ou bien c’était un chapelet que leurs doigts égrenaient lentement et je voyais leurs lèvres balbutier des prières… cette première rencontre avec ce que je pris pour les habitants du pays des purs, ignorant que j’étais alors me redonna confiance dans ce projet de voyage insensé que j’avais formé d’une façon insouciante.

Enfin, nous parvînmes après un pneu crevé et deux ou trois ensablements encore, à Quetta le lendemain vers 16h.

Fondée en 600 par l’empire Perse Sassanide,Quetta sera annexée par le Califat Rashidun eu VII eme siècle. Par la suite le territoire sera intégré à l’empire Omeyyade et Abasside.
Les Moghols aussi ont occupé la ville. l’empereur Humayun fils de Babur, ce dernier descendant du grand Tamerlan, venu du fin fond des steppes d’asie centrale autrefois conquises par le grand Gengis Khan, laissa son fils Akbar à Quetta agé d’un an lors de sa retraite vers la perse. Il reviendra deux ans plus tard.

C’est dans un nuage de poussière que le bus s’immobilisa sur la grande place du bus stop terminal. Mes compagnons aussitôt descendus du véhicule récupèrerent leurs sacs puis s’égayèrent soudain et je ne les revis plus.

Un premier regard autour de la vaste place me fit découvrir de petites batisses dont les toits étaient plats.Le rez de rue étant la plupart du temps occupé par des échoppes. j’essayais de deviner ce qui était indiqué sur les panneaux, mais rares étaient les traductions en anglais. Enfin j’aperçu un panneau qui semblait m’indiquer un hôtel et je me dirigeais vers celui ci.

Le soir tombait doucement, les cris des enfants m’accompagnaient car ils m’avaient repéré soudain et me demandaient d’où je venais et qui j’étais, parfois l’un d’entre eux m’appelait doctor comme pour guetter l’approbation dans mon regard. Je faisais non de la tête mais dans le pays des purs c’est la signe de l’acquiescement et je ne l’avais pas encore assimilé.

Retour à l’enfance

Patrick Blanchon Peintures enfantines, photo DKret

Un jour que j’en avais par dessus la tête, que je piétinais, que je faisais des bonds, que je m’allongeais des heures sur mon lit à écouter ma respiration, un jour donc je me suis lever et je me suis dit :  » bon ça va merde je reviens en enfance ! »

alors j’ai virer toute la paperasse qui traînait sur la table ronde de la chambre, j’ai tout enfoncer d’un grand coup de talon dans un carton.

J’ai scotché, plutôt 5 fois qu’une pour être bien sûr.

Et je me suis étiré en baillant un bon coup.

C’est à ce moment que je me suis mis à dessiner et à peindre comme un enfant à la gouache sur de petites feuilles de papier bon marché.

Ce fut une révélation vraiment, toutes ces lignes maladroites, ces erreurs, ces pâtés quelle jouissance ! C’était juste pour moi, pour m’amuser comme un enfant.

Chaque fois que je terminais une de ces petites peintures je les déposais sur le rebord de la cheminée de ma chambre d’hôtel et je m’asseyais devant pour les regarder.

Je me souviens que j’avais pris comme idée de départ le joueur de flûte de Hamelin .. allez savoir pourquoi.. en tous cas ça a fonctionné

j’ai tenté plusieurs techniques différentes gouache, aquarelle, acrylique, toujours comme un gamin jusqu’à peindre même avec les doigts. Des dizaines de petits tableaux en quelques journées.

C’était juste à un moment où l’écriture m’avait tellement terrassé que je n’en pouvais plus de voir le monde au travers de son filtre.

Le retour à l’enfance par la peinture m’a lavé de quelque chose de mortifère , peut être d’une adolescence qui n’en finissait pas se s’achever.

Evidemment j’ai tout égaré de ces dessins et peinture dans mes multiples déménagement, on avance à condition de rester léger.

Une chose me stupéfie encore quand j’y repense : pourquoi avoir choisi ce thème du joueur de flûte de Hamelin …? Je n’en sais toujours fichtre rien et au fond peu importe.

Et vous savez quoi ? en voulant retrouver le livre je vais sur google et je ne trouve pas meme pas en vente chez Amazone.. bizarre non ?

Patrick Blanchon Peintures enfantines 1985 Photo DKret

PS: Peu après le publication de ce petit article j’ai reçu dans ma boite mail un ensemble de photographies envoyé par un ami qui, par chance avait conservé celles de cette époque. Un grand merci à D. !

Comment je peins

Juste avant le Yin et le Yang
Huile sur toile 120x90
Année de réalisation 2018
Juste avant le Yin et le Yang huile sur toile 100 x 80 cm

Je sors dans la cour pour sentir le temps qu’il fait tout d’abord. En général j’ai avec moi une tasse de café noir que je sirote doucement en écoutant les premiers oiseaux chanter. Ce chant qui vient du fond des temps, à la frontière de l’aube et de la nuit , m’apaise car je suis dans mes pensées bien avant l’aurore et celles-ci ne m’occupent que par jeu, divertissement, m’éloignent par désœuvrement de l’essentiel.

Une fois le seuil de l’atelier franchi, j’ai toujours un petit malaise, une petite épreuve à traverser entre l' »à quoi bon » et le « je ne sais pas quoi faire. »

Bien sur je fais des plans sur la comète, bien détaillés, fouillés, documentés, et en les relisant je fume ma cigarette matinale.

Puis j’envoie tout cela bouler et je m’installe devant ma toile vierge ou inachevée.

Je reste là sans rien faire un petit moment. J’essaie de comprendre et je ne comprend jamais. Mais je renouvelle la tentative pratiquement chaque matin. Sans cette tentative à quoi bon renoncer?

Puis, une fois rendu à l’évidence, désarmé par celle-ci, je prépare mes couleurs, en général seulement les 3 primaires avec un peu de blanc dans le centre de la palette.

Et puis je disparais, réapparaît, au fur et à mesure des effacements, des ajouts, des erreurs, des tons gris ou sales, des excès de gras, des manques de gras, des couleurs trop vives, des couleurs trop ternes.

Et tout cela ne tient qu’à moi, et moi je tiens à lui … à tout ce désordre dont j’ai besoin absolument pour trouver l’ordre.

Le Graal c’est un peu ça la quête… Et les pièges sont nombreux avant d’y arriver. D’ailleurs je ne cesse de tomber dans tous, sans doute parce qu’au fond je sais très bien de quoi il s’agit.

Il faut faire des centaines de tableaux pour le comprendre, pour en être définitivement certain. Et des que l’on croit comprendre, surtout ne pas s’y arrêter, ce n’est jamais cela vous comprenez.

Ce sont juste, chaque tableau un indice, une coquille vide, celle d’une défaite toujours renouvelée.

Il n’y a rien d’important là dedans, rien que l’on puisse voir sur un seul tableau, non ça je ne pense pas qu’on puisse le voir, j’ai beaucoup espéré la dedans.. mais c’est passé.

J’imagine que quelque chose se situe entre tous les tableaux, oui il y a cette histoire dont je vous parle un peu, l’intimité du peintre si l’on veut.

Ah j’oubliais de préciser ne tentez pas de faire comme moi, vous n’y parviendrez pas, je m’entraîne depuis trop longtemps et maintenant je me tais, il est l’heure d’y aller .

La photographie.

Patrick Blanchon photo de rien ou de pas grand chose.
Patrick Blanchon Photo de rien ou de pas grand chose

Je ne me souviens plus très bien mais il me semble que ce doit  être en automne lorsque, plongé dans un nouveau livre, j’entendis grommeler un homme dans la pièce attenante. Celui là est  dessinateur et on lui a confié malgré lui visiblement la mission de photographier la maquette d’un complexe universitaire et ça l’emmerde profondément.

La pièce est aveugle et la lueur du néon clignote au plafond projetant des ombres désordonnées sur la blancheur du carton plume.

Il râle,  convaincu de se trouver à bout de force. La boite sort d’une énième charrette,tout le monde est nerveux, un projet pharaonique, impossible de le rater.

 Je m’approche et, depuis la porte j’observe son manège. Par toute une série de contorsions l’homme tente de trouver un angle adéquat, mais à chaque fois en vain, les ombres sont tenaces.

Et si tu utilisais une feuille de papier blanc comme réflecteur ? Lui dis-je…

 Il me toise comme on regarde un idiot qui vient de dire un truc intelligent et qui du coup fait douter de l’idiotie.

Je vais chercher une ramette de papier machine et en extrais  quelques feuilles que  nous installons à l’aide de cales.

Cela fonctionne et j’en profite bien sur  tout de go, et sans que je ne sache vraiment pourquoi pour  évoquer mes talents naissant de photographe

« Je pourrais bien m’occuper de prendre les photos lui dis je la prochaine fois et de plus je pourrai les développer et effectuer les agrandissements. »

A la vérité je ne savais de la photographie que très peu de chose, durant l’été précédent  j’étais parti en Irlande avait un vieux Nikormat d’occasion et en plus acheté à tempérament.

Au retour c’est  le choc, les diapos que je regarde me restituent très exactement toutes les émotions que j’ai vécues là bas entre Cork et Galway. Magique !je retrouve l’odeur de la pluie sur les champs de tourbe, le brouhaha nasillard des pubs et le gout de la bière brune sur ma langue et par-dessus tous les vastes cieux , cette lumière merveilleuse qui les traverse en jouant avec  les nuages. La photo au début c’est un peu  ma petite madeleine de Proust.

J’avais découvert la photographie par hasard elle ne devait plus me lâcher, tumultueuse passion,  maîtresse envahissante pendant de nombreuses années.

-Je vais en parler au  patron- répliqua t’il et nous en restâmes là pour cette journée. Il continua ses photos, moi ma lecture et je n’y pensais plus.

Ce fut à la fin de la même semaine  que je fus convoqué dans le bureau de la direction.

« Alors il parait que vous êtes photographe aussi ? Nous avons une nouvelle version de la  maquette des photos à  prendre c’est très urgent etc »

Et c’est ainsi que le soir même après mon travail je couru à la petite boutique photo du boulevard Saint Antoine toute proche de mon domicile pour acheter un agrandisseur et tout le nécessaire à développer les négatifs et à tirer les photos. J’avais pris soin d’acheter une dizaine de bobines de film 24×36  de la tri x pan en vue du test que j’allais passer.

Durant tout le week-end je sillonne Paris pour prendre des photos, et me hâte de remplir mes 36 poses. A cette époque pas d’internet et je ne suis même pas sûr de savoir si je connaissais l’existence des ordinateurs.

  je dois tâtonner un peu, me rendre à la bibliothèque et à l’aide de quelques notes  apprendre à développer les films et réaliser les tirages mais je m’en fiche, j’ai enfin  découvert une vraie passion qui me hisse d’une sensation d’ennui profond et du coup ça me donne la pèche, ça m’excite je sens à nouveau la sève remonter.

 Je m’étais engagé et je ne voulais pas décevoir, ça a fonctionné.

Au final j’ai fini par travailler comme photographe tout en conservant ma fonction première d’archiviste,j’effectuais des photos de chantier, de maquettes, que je développais dans ma petite chambre la nuit. La boite me remboursait mes frais de produits et de papier sans que mon salaire ne soit augmenté, j’en profitais donc pour acheter bien plus que nécessaire sans être rancunier on peut quand même se venger. Après tout ne m’avaient ils pas félicité m’apprenant que mes tirages étaient meilleurs que le labo qu’ils avaient l’habitude de fréquenter

Et puis tout s’est barré en couille à nouveau, l’ennui à nouveau, l’amour et l’argent, et le désir d’ailleurs. j’avais dû oser demander une augmentation et ça n’a du tout plu à mossieur le directeur financier qui m’entretint de la vie, de ses nombreux écueils, de la pluie, du beau temps mais point d’argent.

J’ai quitté mon job d’archiviste-photographe et j’ai trouvé un emploi de gardien de nuit, place Vendôme dans les locaux d’une boite informatique célèbre. J’avais pris la décision de devenir photographe et j’avais besoin, pensais-je, de plus de temps libre pour me parfaire dans cet art. J’ai jamais rechigné à trouver les pires boulot ça devait être dans le fond une forme inédite d’ascèse. 

Moquette au sol, odeur de propre, vastitude des bureaux, et du hall où je suis  assigné une grande partie de la nuit avec Yafsah le Kabyle édenté, Rahim et Berouzi deux iraniens bac +7, la seule vraie contrainte est  de monter dans les étages de ce palais moderne suivant un itinéraire et un tempo bien réglés.

Yaksah  est de jour et je le rencontre  sur le seuil en train de fumer. Nous échangeons quelques banalités et puis je  m’installe derrière un large comptoir dans ce hall démesuré. Peu de temps aprés les copains iraniens arrivent  et nous voici  prêts à traverser la nuit,comme embarqués dans ce gigantesque vaisseau aux boiseries luxueuses pour un salaire de misère.

Beruzi sort le jeu d’échec et le dico, Rahim potasse des manuels d’informatique. Ils m’enseigne le farsi, le persan, les échecs, et je commençeà me débrouiller plutôt pas mal

. J’adorais ces nuits passées ensemble à discuter de leur ancienne vie à Téhéran, de leur culture qui particulièrement chez Beruzi était immense. Il m’ apprit à comprendre Omar Khayyâm, Ibn Arabi, Afiz, mais aussi l’Etranger d’Albert Camus comme nul prof aurait eu l’idée de le faire et aussi les implications terribles qu’avaient eut le renversement du chah d’Iran ,l’avènement de Khomeiny. En 1985-86 la guerre avec l’Irak était en cours et c’était là une des raisons principales pour lesquelles mes deux amis m’accompagnaient dans ces nuits étranges et formidables. Lorsque plus tard j’atteindrai l’Iran,des les premiers pas effectués dans ce pays je comprendrai plus profondément  sa grandeur malgré le chaos religieux et politique qui y régnait alors : Même les bouchers avec qui je sympathisais à Istamboul avant de prendre le bus m’avaient ému lorsqu’ils m’avaient demandé au cas ou j’eusse avec moi de la « musique américaine » de pouvoir l’écouter en échange du gite et du couvert dans leur modeste maison de la banlieue de Téhéran.

Y a-t-il un peuple ailleurs dans le monde ou la poésie est si populaire que le moindre de ses membres connaissent par cœur  les paroles, les vers de ses poètes les plus raffinés.. ?

Étrange cette ronde qu’il faut effectuer, programmée à heures fixes et durant laquelle je peux  voir par étage s’organiser le sens de la hiérarchie.Au premier étage, les bureaux quasiment collés les uns aux autres, sorte d’open space précurseur avec son absence d’intimité, les piles de dossiers, l’exiguïté des postes de travail ,les plafonniers aux néons pisseux . Plus on gravit de marches plus on atteint  de plus vastes bureaux avec cloison et porte verrouillée à double tour de plus en plus cosi et ponctué de lumières d’ambiance trés mignonnes-sauf les jour de ménage ou les femmes de ménage ayant besoin d’y voir plus clair actionne les interrupteurs des plafonniers.

 Et puis tout en haut, quasiment sous les toits, loge Dieu  ambiance ultra feutrée d’appartement bourgeois ,fauteuils en cuir de je ne sais quoi mais cher,  confortables, cuisine impeccable avec de quoi préparer un lunch, un petit dej, un repas à n’importe quelle heure du jour, comme de la  nuit. Evidemment, j’en profite pour siffler des litres de jus de fruits, éventrer les sachets apéritifs, et me préparer un joli petit café. Dieu ici pète dans la soie comme dans le cuir.

-Polyphème je m’en fous je suis Personne et je t’emmerde.

Alors je m’assois sur le fauteuil en cuir, pivote  silencieusement vers l’œil de bœuf qui donne sur la place Vendôme et, de haut, je contemple  la nuit se refléter sur les vitrines des joailliers . Je reste un moment là , à  peine distrait par les ombres des couples qui se meuvent tard dans la nuit derrière les fenêtres du Ritz.

Parfois je m’endors ainsi et c’est la sonnerie du  téléphone qui me réveille… Beruzi qui a repéré le numéro du poste  m’avertit : le contrôleur arrive.

Alors je me rends à la salle d’eau en marbre sombre, me passe un peu d’eau fraîche sur le visage et redescends pour rejoindre mon poste.

Il y a tant de confort et de luxe que cela m’abrutit et les horaires de nuit ont complètement  décalé mon rythme de sommeil je passe des journées étranges, à me  réciter  des quatrains en persan et en imaginant des stratégies tout autant lumineuses que  fumeuses aux échecs… je dormais déjà peu à cette époque et quelques heures de sommeil après mon retour à la chambre je prends mon appareil photo et je vais par les rues photographier, amasser, avaler, croquer, dépecer, avec une avidité rageuse tout ce qui m’interpelle.

Les nuits où je suis de repos, je range la chambre, réinstalle mon laboratoire et développe mes photos.Une grande ficelle traverse la pièce et un à un comme les chasseurs accrochent leur gibier tué j’accroche mes clichés avec de simples pinces à linge  en bois au fur et à mesure qu’ils sont rincés à l’eau claire pour les débarrasser des résidus de fixatif. Combien de positif ai-je tiré de tous ces négatifs … une sensation encore plus prononcée d’errance mais mêlée cette fois à des accents persans,des figures d’échecs, et une sensation profonde de toucher à quelque chose d’essentiel passe comme un ange pendant que j’écris ces lignes.

 La lecture de la poésie persane se mêle encore un peu de façon mystique à cette quête qui aurait j’imagine débuté avec la photographie.Cette quête 

je vais encore la poursuivre en empruntant d’autres chemins  d’autres routes, bien sur il y aura  d’autres chambres étroites et aussi parfois d’autres  plus vastes, tellement plus  vastes que là non plus je ne pourrai m’y résoudre… Pourtant j’ai un peu avancé avant de repartir j’ai appris à équilibrer les blancs, les gris et les noirs profonds.

De mémoire encore toutes ces années après je me souviens de la chanson que chantait Beruzi et Rahim «  n’aies pas peur petit oiseau perdu sur ta branche, n’aies pas peur et la suite se perd avec mon ami dans les ténèbres de l’âge de fer dans lequel nous allions pénétrer

Quelques mois plus tard vous me retrouverez à la Porte de la Villette, mon sac en bandoulière. C’est enfin décidé : je pars pour la Turquie  je quitte tout, je vais faire des photos de la guerre, celle dont on parle dans les journaux pour qu’on ne voit pas celle qui est en nous… 

Je ne sais quand je reprendrai ce récit, tout à l’heure, demain, dans un mois …ce n’est pas important tant elles sont devenues plus accessibles désormais.

moi qui autrefois notait les moindres détails dans des petits carnets terrassé par la même trouille que le petit Poucet …

J’ai tout brûlé un jour de déprime , grâce ou à cause du quotidien que l’on doit vivre en couple, je m’en voulais d’avoir passé tant de temps à vouloir éviter la vraie vie .. je me sentais si démuni face aux obligations nécessaires à ce que bien des gens appellent « harmonie » ou pire encore « Amour »je ne voyais dans tout cela qu’une suite catastrophique de compromis.Alors j’ai dit c’est l’ écriture que je dois assassiner, brûler, évacuer de ma vie, répudier. Cette distance qu’elle pose entre la vie et la vie qu’on en finit par s’y perdre et ne plus savoir si je est bien soi ou encore un autre.

Mais non, en fait l’écriture n’y est pour rien, c’est seulement un autre miroir et il suffit de s’en souvenir.

Devenir précieux

Je ne ferai pas de pub pour ce magnat de la finance et tairai donc son nom. En appuyant sur une mauvaise touche de mon smartphone alors que je recherchais un certain type de contenu sur YouTube une voix nasillarde genre super décontractée à l’américaine  inonde  la cabine de mon Kangoo et me dit : « Tout ceux qui travaillent pour un salaire sont des loser… »

J’allais reprendre les choses en main, et changer de vidéo mais les virages que j’abordais me rendait l’opération périlleuse et je ne sais quoi en moi capté par ce discours m’en empêcha.

La voix reprenait  « tout ceux qui sont riches ne travaillent pas  pour un salaire  » puis cela partait dans l’explication de diagrammes impossibles à regarder évidemment.

Et enfin le thème de la préciosité fut abordé.

L’Amérique est une échelle qui commence à 4 dollars de l’heure et si vous  voulez monter comment pouvez vous vous y prendre ?

Apparemment il devait s’agir d’une conférence car j’entendais des voix proposer des réponses comme travailler plus, être plus malin que les autres etc…

Et le conférencier illustra son discours  avec l’exemple d’un employé d’une célèbre chaîne de hamburgers :

-« ok tu travailles chez X tu gagnes 4 dollars de l’heure, tu souris tu te retrouves à 5 et si tu portes la casquette tu vas vite arriver à 6… »

Il suffit juste d’avoir le bon état d’esprit ajoute-t’il …

Et soudain, l’émission commença à m’intéresser vraiment.

Le conférencier visiblement très riche et reconnu comme une pointure par son audience continue…

Quand vous commencer vous êtes à 4 dollars vous comprenez , pas 5 non 4 c’est tout à fait suffisant ! et ensuite vous avez le choix : soit vous restez à 4, bon aller 5 dollars toute votre vie, soit vous monter à l’échelle …

Et quelle  vie vraiment merdique de choisir de rester à 5 dollars !

Mais si vous changez votre point de vue, votre état d’esprit vous pouvez aussi vous dire : pourquoi est ce que je gagnerais pas 10 dollars de l’heure ?

Et comment faites vous ?

réponses du public: on demande une augmentation au patron, on travaille deux fois plus etc 

Vous n’y êtes pas du tout !

Pour gagner 10 dollars de l’heure il faut que vous soyez deux fois plus précieux que vous ne l’êtes !

Je vous le dis on ne travaille pas pour de l’argent on travaille pour de la valeur ajoutée ce qui n’est pas la même chose.

Puis le conférencier raconte qu’il est en semi retraite et qu’il envisage d’aller passer quelques jours sur une plage idyllique quand il reçoit un coup de fil et qu’un entrepreneur lui propose un projet à 60 millions de dollars pour sa poche.

Il revient à la charge en expliquant un peu plus son parcours et revient au fait que lui , il a su se rendre tellement précieux dans son domaine de compétence que ça ne pose aucun soucis à ce genre d’entreprise de le solliciter pour de telles sommes qui pour moi appartiennent au domaine du surnaturel.

Du coup j’ai allumé une clope et j’ai ouvert un peu la fenêtre pour aérer.

Il faisait froid et le voyant de ma jauge d’essence était passé à l’orange.

J’ai songé à ma vie de peintre alors que je revenais d’une exposition bien loin de chez moi . Je n’avais vu personne de la journée sauf la fille sympa de l’accueil.

Et là je me suis dit : bien sur il faut que je devienne plus précieux. 

Du coup la question du comment se posa …je savais que ce n’était pas en demandant une augmentation, ce n’était pas en travaillant plus non plus car je passe pratiquement 15 heures par jour à bosser et je ne gagne pas grand chose en rapport de tout ce boulot.

Mais cette phrase m’avait marqué profondément : comment m’y prendre pour devenir plus précieux … 

Perdu dans ces pensées j’ai bien failli déraper dans un virage.

Il faut se méfier des mots qu’on utilise et qui nous attirent comme des lucioles dans l’obscurité.

Une histoire banale

C’est l’écrivain Robert Graves qui la raconte dans son magnifique travail sur la mythologie grecque lorsqu’il évoque une des multiples visions cosmogoniques  des anciens. 

La déesse Eurynome dansait sur l’eau et s’ennuyait lorsqu’elle fit la rencontre du vent Borée qui pour l’occuper la féconda.

Amoureux le couple voulant encore profiter du bon temps confièrent le fruit de leurs ébats, un « oeuf »,au serpent Ophion qui n’avait pas grand chose d’autre à faire.

Or Ophion trés fier de son nouvel emploi clama un peu partout qu’il en était l’auteur, ce qui ne plut guère à la déesse qui dans un même temps récupéra son oeuf et décocha un coup de talon dans la machoire du reptile dépité.

D’après les notes de bas de page  de Robert Graves ce coup de pied et les dents perdues du pauvre Ophion seraient à l’origine des Iles Cyclades.

Cette histoire de confiance et d’usurpation d’identité est bien banale je vous avais averti.

Cependant il y a de l’or dans toute banalité, il faut la chauffer un peu pour s’en rendre compte.

Lorsque dans les années 60 naît le pop art impulsé en Angleterre par 
Richard Hamilton et d’Eduardo Paolozzi (milieu des années 50) , et parvient outre atlantique le grand public ne retiendra que le nom d’Andy Warhol.

Mais qui connait en Allemagne Gerhard Richter ? Hormis les initiés assez peu de personnes connaissent son travail sur la banalité des photos de famille qui est considéré comme le pendant du pop art Allemand

Cette banalité pour Richter lui servit de matière pour créer une série d’œuvres  en noir et blanc d’après des photographies mal cadrées mal exposées , bref des photos qu’on dirait ratées.

Ce que le commun nomme « banal » pour l’artiste était une mine d’or de réflexions sur un paradigme qui lui est cher : l’importance de l’aléa, du hasard dans l’élaboration de son oeuvre.

En prenant appui sur ces clichés en noir et blanc et les reproduisant à la perfection en peinture ,s’opère une disparition celle de Gerhard Richter lui même. Ainsi par la reproduction tout en même temps servile et magistrale d’un cliché le peintre parvient-il à s’émanciper de la toile complètement face à un  spectateur éprouvant alors le même malaise que  devant une photographie pourrie et surtout anonyme.

Et encore  je retiens particulièrement une citation de cet artiste :

« j’ai une santé moyenne, une taille moyenne (1,72 m), je suis moyennement beau. Si j’évoque ceci, c’est parce qu’il faut avoir ces qualités pour pouvoir peindre de bons tableaux. »

Pour un artiste qui est l’un des plus côté du monde, cela fait réfléchir et je me suis dit qu’il avait peut-être lu Robert Graves et l’histoire d’Eurynome et d’Ophion. On lui avait confié un oeuf mais il ne la ramenait pas.

Créativité et Serendipité

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Lorsque l’on parle des  » créatifs », à quoi pense tu immédiatement ? Est ce que tu n’es pas en train de penser à ces personnes stressées qui boivent des litres de  café, fument comme des pompiers, s’agitent dans tous les sens de façon apparemment désordonnées?

Tu les vois peut-être aussi se prélasser sur un divan pendant des heures en ayant l’impression qu’ils ne fichent rien ?

Ou alors tu as des images de grandes salles open space avec des types qui jouent au baby pendant que d’autres ont la tête dans leur écran les yeux explosés et une barbe de 3 jours?

Voilà quelques clichés concernant la créativité.

Quand à la définition que donne par exemple Wikipédia :

« La créativité décrit — de façon générale — la capacité d’un individu ou d’un groupe à imaginer ou construire et mettre en œuvre un concept neuf, un objet nouveau ou à découvrir une solution originale à un problème.

Elle peut être plus précisément définie comme « un processus psychologique ou psycho-sociologique par lequel un individu ou un groupe d’individus témoigne [d’imagination et] d’originalité dans la manière d’associer des choses, des idées, des situations et, par la publication du résultat concret de ce processus, change, modifie ou transforme la perception, l’usage ou la matérialité auprès d’un public donné[réf. nécessaire]. » Elle croise notamment la créativité individuelle avec la sérendipité ; l’aptitude à utiliser des éléments trouvés alors qu’on cherchait autre chose.

Opérationnellement, la créativité d’un individu ou d’un groupe est sa capacité à imaginer et produire (généralement sur commande en un court laps de temps ou dans des délais donnés), une grande quantité de solutions, d’idées ou de concepts permettant de réaliser de façon efficace puis efficiente et plus ou moins inattendue un effet ou une action donnée… »

La créativité, tu l’as compris, doit avoir un but !

Et c’est là que l’on peut discuter des raisons pour lesquelles tu hésites à peindre par exemple car tu te demandes aussitôt dans quel but ?

Est ce que c’est parce que ça te détend de peindre ?

Est ce que tu penses que tu as du talent et que tu vas pouvoir vendre des tableaux ?

Est ce que tu as parié avec toi-même que tu étais capable de réaliser des tableaux ?

Est ce que tu crois que tu es un génie et qu’il faut quand même que tu offres au monde quelques preuves de celui ci ?

Et du coup je peux te poser une question ?

Et si la créativité était une fonction naturelle que l’on retrouve aussi bien chez l’être humain, la plante et l’animal ?

Et si la créativité c’était l’art de jouer avec les circonstances de la vie ?

Et si en peinture il suffisait d’oser faire confiance à sa main et à ses yeux pour être créatif ?

La sérendipité  toujours d’après Wikipédia :

« La sérendipité est le fait de réaliser une découverte scientifique ou une invention technique de façon inattendue à la suite d’un concours de circonstances fortuit et très souvent dans le cadre d’une recherche concernant un autre sujet. La sérendipité est le fait de « trouver autre chose que ce que l’on cherchait », comme Christophe Colomb cherchant la route de l’Ouest vers les Indes, et découvrant un continent inconnu des Européens. Selon la définition de Sylvie Catellin, c’est « l’art de prêter attention à ce qui surprend et d’en imaginer une interprétation pertinente »1.

En France, le concept de sérendipité adopté dans les années 19802, prend parfois un sens très large de « rôle du hasard dans les découvertes3 »Alain Peyrefitte avait fait un usage sans rapport du conte oriental Voyages et aventures des trois princes de Serendip de Louis de Mailly en 1976, dans Le Mal français. Sa généralisation a fait l’objet de remises en cause, le hasard intervenant toujours, par définition, dans une découverte ou une invention. On ne peut connaître que ce qui existe déjà, et le sentiment à la vue d’une chose nouvelle se confond aisément avec la surprise d’un événement fortuit. D’un autre côté, on ne trouve jamais que ce qu’on est préparé à voir.

Parmi les nombreux exemples de découvertes et inventions liées au hasard, figurent notamment le four à micro-ondes, la pénicilline, la dynamite, le Post-it, le Téflon, l’aspartame, le Viagra, ou encore le super-amas galactique Laniakea.

L’existence de la sérendipité est un argument fréquent dans le débat public pour défendre des options d’organisations interdisciplinaires contre la tendance à la spécialisation croissante des champs qui résulte de l’approfondissement des recherches. Cet argument se trouve particulièrement à propos de l’organisation de la recherche4″

Alors pourquoi je te parle de sérendipité ?

Si tu débutes en peinture tu vas trouver que ce que tu fais est souvent moche et bon à jeter à la poubelle … parce que tu te compares à des tableaux connus. Si tu faisais abstraction de ce que tu connais tu verrais ton travail complètement différemment.

Ensuite il faudra affronter le regard des autres mais maintenant, tu connais la musique, c’est pas bien grave n’est ce pas …?