Opéra

Le mot opéra n’apparaît qu’au XVII ème siècle. Les non latinistes n’y verront probablement que de la musique , d’autres plus portés sur l’histoire de la peinture pourraient se souvenir que c’est le nom d’un rouge un peu plus soutenu que lie de vin.

D’autres encore pourront penser à l’idée de composition, à l’artiste qui laisse son empreinte et qui avant la Renaissance était tenu pour quantité négligeable.

A l’artiste on préférait les matières, leur matité ou leurs brillances, leurs qualités, leur préciosité, leur raretés prenaient le pas même sur la couleur. D’ailleurs comme l’indique l’excellent Michel Pastoureau dont je vous recommande de lire les ouvrages, la couleur venait ensuite, après les matières, quant à l’artiste il n’était aperçut généralement qu’au bout de toute la chaîne de critères qui au Moyen Age décidaient de l’importance ou non d’une Oeuvre.

Le fait que l’artiste passe pardonnez l’expression en « pole position » est somme toute une situation récente.

Et puis les temps changent tout le temps, les modes se démodent, rien ne se démode plus vite qu’elles.

Se lancer dans l’art aujourd’hui pour une ou un jeune demande une certaine dose d’inconscience et d’ignorance même au sortir des fameux Beaux Arts de n’importe quelle cité. Ce n’est pas parce qu’on a fait quelques années d’études, 5 en règle général qu’on est devenu artiste. Tout commence même pourrais je dire pour beaucoup avec ce handicap d’avoir fait ce genre d’études.

L’art conceptuel ne veut rien dire pour certains,ne leur dit rien du tout et ils lui rendent assez bien la monnaie de la pièce. En inventant leur art personnel- n’est ce pas déjà un pléonasme désormais ?

Car l’artiste du XXI ème siècle n’a rien à voir avec l’artiste d’auparavant. Il n’y a plus guère d’ateliers de grands maîtres chez qui apprendre son métier, les galeristes aussi, enfin ceux qui méritaient cette appellation également. Etre jeune artiste dans l’âme ne propose aucun laisser passer pas même envers soi-même au départ. Tourner en rond est la porte, les fourches caudines de notre époque, la seul issue possible si on ne devient pas fou avant.

Tourner en rond et utiliser à la fois la force centrifuge et centripète. Sans doute que nos voisins des galaxies proches comme lointaines connaissent tout ça et en use pour se balader dans le vaste univers. Les fameuses soucoupes volantes tournent en rond sur elle même elles aussi bien sur…. sauf que leurs pilotes connaissent les issues, les trous de ver, les raccourcis pour se déplacer d’un point l’autre des milles et une dimensions du temps et de l’espace.

Peut être même des différents univers allez donc savoir.

L’art de tourner en rond mène donc bel et bien quelque part ne vous en déplaise chers amateurs de ligne droite que les chinois considèrent hautement diabolique.

Quel rapport avec la musique classique, avec l’opéra ? Je crois qu’il vous faut pour cela vous débarrasser du sens commun, du qu’est ce que ça veut dire.

Revenir à la sensation de fréquence de vibration, d’onde. Laissez vous porter non par le sens de la musique mais par le tourbillon de sensations qui prennent leur source bien au delà de votre esprit. Au sens même du vide cosmique et des atomes ça tourne attention action !

Et puis à un moment donné une porte s’ouvre on ne sait comment, une issue vers une nouvelle version de soi comme de l’univers tout entier

on repart comme qui dirait à zéro.

Un nouveau monde

un nouveau langage

un nouveau sens à donner à tout.

C’est ce que m’a raconté à mi-mot Thierry Lambert lorsqu’il a commencé à dessiner puis à peindre ses kachinas Navajo.

Cependant par respect il ne pouvait s’emparer des codes et de la culture navajo, il ne voulait rien voler, rien déranger rien trahir. D’ailleurs cela n’aurait eu aucun sens.

Et Thierry et un homme tout d’abord d’un profond bon sens.

Alors il est revenu tout simplement à sa propre cosmogonie, à sa légende personnelle celle que nous possedons tout avant que nous enfilions notre petit uniforme de moi moi moi.

Il a crée ses propres kachinas avec son code à lui, sa grammaire son vocabulaire.

En traversant de nombreuses couches à la fois de savoir de connaissance et de naïvetés de croyances il est parvenu à cette source ce qui n’est pas une ballade touristique je vous le garantis.

Il faut revenir au rien pour que soudain dans un état que je pourrais nommer pré chamanique, une sorte de calice, une coupe simple comme un Graal, tout arrive.

Il faut un rien pour qu’un tout surgisse.

Et le chevaucher ensuite, mais cela c’est une autre histoire que nous verrons plus tard.

Encore quelques mots sur la naïveté.

La naïveté, la notre, est la chose la mieux partagée du monde. Cependant qu’elle possède des frontières, des douaniers. L’éducation nous enseigne à la quitter, à en devenir des exilés. Nous la remplaçons peu à peu par un savoir et oublions ainsi la formidable puissance de la naïveté qui nous plaçait d’emblée au contact de la connaissance.

Je me souviens qu’enfant je comprenais le monde dans son entièreté dans sa beauté et sa laideur comme appartenant à un bloc insécable. C’était cet absolu connu et accepté sans effort. Puis on m’enseigna la nuance, la différence, tous les aspects de la dualité et je finis par répudier mon enfance comme ma naïveté pour pénétrer dans le monde commun. Le but, le moteur si je puis dire était d’être comme tout le monde puisque c’était l’illusion que l’on me proposait comme réalité.

Une abdication donc ou une trahison, selon le point de vue du moment où je me repasse le film.

Mais la vie continue comme le spectacle. Show must go on disent les américains.

Vers 30 ans j’étais ce petit homme imbuvable qui avait lu quantité d’ouvrages compliqués et vécu des expériences humaines innombrables avec l’avidité d’un collectionneur compulsif.

J’avais fait du savoir une arme redoutable, me battant avec des références, affligeant à mes adversaires réels ou imaginaires des cicatrices en miroir de ce que l’on m’avait infligé ou ce que je m’étais infligé tout seul pour en parvenir là.

c’est à dire ce pauvre type prétentieux qui se planque sous une belle apparence de savant cosinus.

Puis j’ai rencontré un ange.

Au trente sixième dessous ce n’est pas rare d’en rencontrer… encore faut il les reconnaître.

L’ange était une femme plus âgée, encore belle et désirable et je ne vis évidemment que la femme belle et désirable. Elle était disponible totalement à l’amour. Pas moi je dois bien l’avouer. J’avais encore tellement de choses à régler.

Ce fut au moment de nous quitter lorsque je retombais à nouveau dans la désespérance la plus sombre me traitant de tous les noms sur le mode incantatoire, que je décidais de m’éloigner de Paris, du monde en général pour aller me terrer dans un petit village du Portugal, que j’eus ce début d’intuition sur ce que pouvais signifier un retour à la naïveté et comment, tel un aveugle j’étais passé à coté d’un trésor.

Etre totalement disponible à l’amour… cette phrase continuait à me hanter en tache de fond de mes journées et de mes nuits.

En retrouvant le contact avec la nature je me dépouillais peu à peu de toutes mes vicissitudes d’intello à deux balles. Mes besoins se résumèrent à manger, boire et dormir et à écrire bien sur car à cette époque je m’accrochais encore à mon illusion de « devenir quelqu’un ».

Ce fut un peu comme un séjour au purgatoire et même certains jours au paradis.

C’était facile de l’imaginer vu le petit nombre de responsabilités que j’avais. L’écriture me sauverait de tout, et même de ma paresse cardiaque. Bien sur.

Et puis un matin, alors que je m’étais rendu à un petit établissement pour boire un vrai café, je la vis surgir sur le seuil. Elle venait me chercher. Elle était venue de Paris en avion, avait loué une voiture et était venu là me rejoindre me retrouver et me ramener. Personne n’a jamais fait ça pour moi je n’y croyais pas. C’est bien là le problème d’ailleurs je ne l’ai pas crue. Je n’ai pas cru à ce que je considérais comme de la naïveté. J’étais devenu une sorte de juif qui avait trop souffert et je refaisais la même chose au premier palestinien venu. D’ailleurs mon ange se situait à mi chemin, d’origine marocaine et juive.

Mais je voulus croire que j’étais soulagé d’un coup. je lâchais tout pour la suivre et c’est à ce moment là que je commis la plus jolie des erreurs. Car je la suivie pour elle et non pas pour moi. Je déviais encore une fois de mon axe qui devait être celui d’écrire un roman complet pour m’en remettre encore une fois de plus à la vie.

Je n’ai pas de regret, pas de remords d’avoir effectué ce choix. La relation avec l’ange dura ce qu’elle dura. Pas loin d’une décennie, avec des hauts et des bas, des séparations douloureuses et des réconciliations délicieuses. Mais 10 ans plus tard je n’avais toujours rien écrit de valable. Je me considérais encore plus comme un pauvre type qui abordait la quarantaine.

Je vivais de petits jobs mal rémunérés, et je m’obstinais encore le soir à m’isoler pour replonger dans mes carnets. j’étais écartelé entre une idée d’écriture et une idée de vie « normale ». Ça n’allait pas évidemment car je n’étais pas disponible. ma part d’égoïsme- mon égocentrisme prenait encore trop souvent le pas.

Alors un jour je suis reparti encore, à Lyon profitant d’un déplacement d’activité de la boite qui m’employait à l’époque. Je continuais à écrire dans le petit appartement sous les toits que j’avais trouvé à la croix rousse. Je gagnais ma vie à peu près correctement. J’avais fait ce choix de me hisser un peu dans l’échelle sociale pour atténuer cette vision d’horreur que j’avais de moi. Je devenais « normal » mais j’avais déjà sacrifié énormément de choses précieuses pour en arriver là. Pour arriver à quoi ? à n’être qu’un pion interchangeable dans une grande entreprise et me gargariser du petit pouvoir qui m’était conféré.

Mais il fallait encore aller au bout de toutes les illusions.

Et puis me revoici à 60 ans, le temps aura filé comme dans les rêves. C’est en rencontrant Thierry Lambert un ami peintre que j’ai compris avant même d’aller plus avant dans l’amitié, l’enjeu important de cette rencontre.

C’est un ange lui aussi. Je sais mieux les reconnaître désormais, j’ai pris un bon paquet de plomb dans les fesses et la cervelle.

Et c’est en acceptant ce destin si je puis dire, ce hasard qui n’en est pas vraiment un que j’ai alors compris que tous nous avons le pouvoir d’avoir deux naivetés dans notre vie.

une première, innée, naturelle souvent considérée comme puérile, enfantine ignorance et une seconde, celle qui a dépassé tout cela et même le prétendu savoir dont nous nous targuons nous gobergeons. Cette seconde naïveté c’est de l’or alchimique il ne faut pas en douter et tant pis pour les moqueurs, tant pis pour eux.

Thierry Lambert est passé par le feu, l’air l’eau et la terre je le constate au fur et à mesure que je m’entretiens avec lui. Il dit peu de chose, tout ce qu’il dit est dans sa peinture et il me faut parfois creuser, le questionner, le déranger un peu pour obtenir comme des confirmations à ce que je sais déjà.

Cela m’apprend qu’écrire pour soi n’est que le premier étage de la fusée. Ecrire pour l’autre, pour les autres c’est tout autre chose. Espérons qu’un jour j’y parviendrai enfin, j’ai cette naïveté de l’imaginer.

Sans doute que le dessin, la peinture et l’écriture ne peuvent vraiment prendre leur source, leur justesse qu’à partir de cette seconde naïveté. C’est là certainement une partie de l’enseignement de cette rencontre avec cet artiste formidable qu’on ne saurait comprendre au premier coup d’œil. Et que d’ailleurs la plupart du temps on ne comprend pas.

Thierry ne se perd pas en longs discours, en palabres, il reste calme lorsqu’il dessine et peint pour exprimer ce qu’il a compris du monde et de la vie et qu’il désire partager avec nous autres.

Ce matin je suis tombé sur cette image d’une femme papillon chamane à nouveau. Elle m’avait happé déjà au début de notre rencontre sans que je ne comprenne vraiment pourquoi. Aujourd’hui je comprends mieux mon attirance pour la peinture de ce grand artiste dont les colères peuvent surprendre tout comme parfois les opinions tranchées. Il ne se laisse pas envahir par les doutes, il ne se laisse plus envahir par ceux ci. Il possède la connaissance, celle des enfants dans un regard d’homme mur qui a traversé sa propre humanité comme la notre. Il a fait ce choix d’effectuer une boucle entière, totale, sure comme son trait à l’encre désormais, comme aussi l’affirmation de ses couleurs sans nuance vives et joyeuses qui guérissent de tout notre prétendu savoir.

Importance des impasses.

Tandis que la plupart des aoûtiens s’apprêtent à affronter des kilomètres de bouchons dans un sens, alors que dans l’autre les juillettistes rentrent au bercail, je me pose la question encore une fois de l’importance des chemins de traverse, des bonnes et mauvaises pistes et comme toujours quand il y a trop de choix je vois se dresser une jolie impasse.

Qu’à cela ne tienne, voyons voir ce que l’impasse aurait à m’apprendre encore que je ne sache pas déjà. Il est possible qu’il faille me rabâcher de nombreuses fois les choses et que je me les rabâches moi aussi avant de tomber sur cette minuscule anomalie, cette singularité qui, tout à coup transforme les citrouilles en carrosse, les paillassons en tapis volant.

A nouveau je reprends la masse d’informations que j’ai recueillies ces derniers jours sur mon ami Thierry Lambert et sur sa modification de trajectoire. Celle ci m’intéresse car il me semble qu’elle ressemble à ce que vivent bon nombre d’artistes et pas des moindre. Je ne peux m’empêcher de penser à Picasso qui s’écarte de la peinture dite classique pour s’engouffrer dans le cubisme ( grâce en bonne partie à Georges Braque soyons juste) .

A une moment donné de la vie d’un artiste rien ne va plus et il faut alors miser tout le tapis sur un choix que l’on effectue. Et si tenir surtout un certain temps.

Qu’est ce que l’égarement en peinture ? si ce n’est justement cette impasse devant laquelle on se tient impuissant, lavé d’illusion, accablé, ruiné. Il me semble qu’on la redoute autant qu’on la désire.

Comme on le dit la nécessité de toucher le fond n’offre alors que la possibilité de remonter si l’on veut vivre. Si l’on veut encore avoir le désir de vivre et de créer surtout.

Ce désir de créer cependant se modifie en touchant le fond, il me semble qu’il n’est plus porté par les mêmes vecteurs : la gloire, la réussite, le pouvoir, disons l’égocentrisme ou le narcissisme de base pour tout artiste.

Une transmutation du vil au noble s’opère tout au fond des entrailles de l’impasse.

Chauffé à blanc l’être libère sa lumière, sans qu’il ne puisse plus désormais l’affubler de qualificatifs ni même imaginer en tirer partie.

L’être et la lumière ne font plus qu’un et c’est de cet alliage nouveau que l’oeuvre alors peut naître, chaque pièce est une affirmation nouvelle autour d’un axe inébranlable.

Encore faut il comprendre cette notion d’axe, son caractère essentiel. Le sacrifice qu’il faut accepter, un auto sacrifice avant de capter sa présence.

Une obligation de revenir à l’enfance, c’est cela le sacrifice en quelque sorte.

Revenir à l’enfance en empruntant une seconde peau, une mutation de naïveté si je puis dire.

Il y a la naiveté naturelle et puis il y a la naïveté décidée. Cette seconde ne cesse de remettre son propriétaire sur le bon chemin, le sien. Elle ne cesse de lui murmurer de ne pas regarder à gauche ou à droite en haut ou en bas.

Elle lui dit simplement fais ce que tu dois faire sans peur, sans espoir, sans te préoccuper du quand dira t’on. Elle dit sois là dans le présent de ton dessin, de ta peinture comme un enfant à ses jeux.

Vue de l’extérieur cela peut sembler puéril, égoïste, débile, inepte pour beaucoup. Mais beaucoup ne sont pas des artistes ils sont soumis à la loi du siècle qui est de suivre le troupeau.

L’artiste est dans une certaine mesure hors du siècle et du temps. Le moment où il crée est à la fois ici et là partout et nulle part.

Lorsque j’ai vu le lieu de travail de Thierry Lambert je n’ai pas été étonné qu’il ait choisi sa table de cuisine pour peindre.

S’embarrasser du moins de choses possible est aussi la résultante du contact des impasses.

Au bout de l’impasse ne sommes nous pas obligé de lâcher du lest ? de devenir plus léger, en apesanteur s’il le faut afin de s’élever pour enjamber les murs que nous avons nous mêmes construits.

Car évidemment l’impasse est en nous mêmes elle ne pourrait se situer ailleurs. Etre aux aguets de nos impasses c’est en même temps les inventer que les dépasser c’est je crois un pouvoir d’artiste, de créateur en général.

C’est donner à la vie une urbanité neuve dont elle se réjouit toujours. D’ailleurs mon ami Thierry Lambert est très urbain si on ne l’emmerde pas, si on ne se fout pas de sa gueule, il n’est pas différent de chacun de nous.

Sauf que lorsqu’il accorde sa confiance et son amitié il n’est pas comme la plupart d’entre nous qui considère cela souvent comme quantité négligeable, j’allais dire piétinable.

Lorsqu’il me raconte ses échecs, ses déceptions, ses dégoûts et il y en a forcément beaucoup en 30 ans de carrière il ne s’attarde pas longtemps. Il est traversé par une colère enfantine que je trouve admirable, saine, sans compromis, sans atténuation ni nuance.

Il faut avoir ce courage là n’en doutez pas, ne pas rester comme un idiot à vouloir ménager chevre et choux.

Il faut choisir, décider, affirmer une bonne fois pour toute qui l’on est et ce que l’on veut.

Pour cela il faut avant tout s’enfoncer dans une belle impasse. J’en ai connu de nombreuses également notamment une, l’impasse du Labrador dont le nom m’a toujours fait rêvé, à Paris dans le 15 ème. Si un jour tu lis ces lignes Lara reçois encore une fois toute ma gratitude. Mais je m’égare encore une nouvelle fois, sans doute en tournant autour de cette idée d’impasse. Etre dans l’impasse au sujet des impasses c’est tout moi.

L’indéchiffrable message

Deux faits sont associés dans ce petit texte.

D’une part la rumeur portée par les réseaux sociaux d’un vaisseaux spatial découvert par les observateurs de la NASA. D’autre part la pandémie provoquée par un virus nommé Covid 19, pourquoi un tel nom d’ailleurs me suis je demandé… sous cette patine de substantif scientifique.

Presque aussitôt m’est venue l’idée d’un code, d’un message envoyé par le fameux vaisseaux et dont l’avenir de l’humanité serait dépendante de son aptitude à le déchiffrer, ou tout du moins d’en comprendre la raison.

Que ces deux faits soient étroitement liés soudain provoque alors une étincelle, une intuition.

Le vaisseau spatial réel ou imaginaire peu importe n’est qu’un symbole tout comme la pandémie elle même en est un .

Dans ce monde éreinté par l’injustice, par les abus, par l’ignominie que provoque l’appât du gain, du pouvoir et de l’apparence, il n’est pas inopportun d’obtenir soudain de telles intuition et de ne pas les laisser filer dans l’oubli.

Un chaman véritable sait cela. C’est toujours dans un petit détail qu’il faudra focaliser son attention, c’est ce petit détail qui le fera voyager d’un rêve à l’autre en toute fluidité comme s’écrivent les textes de ce blog.

Il serait temps d’accepter enfin que le monde est désespéré et qu’il a soif d’autre chose, que cela provienne d’extraterrestres salvateurs ou belliqueux, d’un apocalypse, d’une pandémie peu importe en fait nos croyances.

Tous ces visages qu’empruntent l’espoir autant que le désespoir, fabriqués par ceux ci il faut aller au delà.

Dans cet ouvrage magnifique tibétain qu’est le Bardo To dol il est question de regarder les monstres bien en face en ne se laissant pas dissoudre totalement par la peur.

C’est à cette seule condition que l’âme pourra accéder au niveau supérieur, niveau qui ne sera pas non plus dépourvu de pièges et d’erreurs.

Il ne peut rien arriver de grave, je voulais juste dire cela doucement, sans bruit, même la mort n’est pas grave.

même l’apocalypse n’est pas grave, ni l’arrivée d’une civilisation extraterrestre.

La seule chose grave à mon sens serait de mourir con, rempli de ressentiment, de rancunes, de regrets et de remords.

La seule chose grave serait de n’avoir pas compris la force de l’amour qui lie dans la lumière tous les mondes comme autant de cœurs battants dans cette danse fabuleuse de toutes les vies, de la vie elle même.

Illustration Femme papillon chamane au vaisseau extraterrestre Thierry Lambert

Doucement

« Le masque des cœurs » Peinture de Thierry Lambert

Doucement, l’automne se perd dans l’écho des étés

pour ne pas glisser trop rapidement dans l’hiver

et je pense à mon ami là-bas attaché à son labeur,

à sa table, à ses pastels,

et le froid peu à peu arrive, le froid n’est jamais si loin.

Cette année il ne s’approche pas comme un ennemi

cependant qu’il m’indique le danger des chaleurs

et doucement je décide alors de l’éprouver, de le sentir,

ma bulle contre sa bulle, contact plan entre le froid et la brûlure

perpétuelle qui ne cesse de me fondre et me confondre.

Le froid comme une stabilité, un recours possible.

Le messager apaisant qui ne dit mot mais est présent.

Entre le froid et mon ami j’établis des passerelles doucement.

Deux solitudes à l’oeuvre, deux galaxies qui tournent dans le vide obscur aveuglées par la lumière qui se recrée à chaque instant.

Alchimie et chamanisme réunis comme toujours.

Cette présence de l’absence encore mais douce et complice

Deux cailloux sur le chemin qui vivent leur existence de caillou

et rien de plus ni rien de moins.

Le projet est de fabriquer un livre commun

Une étincelle

Doucement en chacun j’imagine

comme une origine et une fin qui se saluent

Tu sais

toucher le fer glacé réveille le feu

Rappelle la douceur cruelle

que le froid et le feu entretiennent savamment

pour nous emporter dans ce songe des différences et des nuances.

Cette errance qui constitue le deux et tous les nombres ensuite

En partant de l’un

tout doucement que l’on oublie.

La vérité sur les légendes.

Quand j’étais gamin, et je le suis toujours un peu, j’adorais me réfugier au fond du lit avec une lampe de poche pour dévorer des livres de contes et de légendes de tous les pays du monde.

Chaque année, à Noël, ou encore pour mon anniversaire, je recevais ainsi un nouvel ouvrage relié, couverture blanche et filigrane doré, dans lequel je m’évadais presque aussitôt tant les conversations des adultes me semblaient ennuyeuses et vaines.

Il n’est donc pas étonnant que mon engouement pour l’émotion éprouvée durant toutes ces nuits à lire et relire ces histoires, n’ait provoqué chez moi l’envie d’en fabriquer à mon tour.

D’abord en tant que spectateur privilégié en recréant le monde depuis un point de vue fantastique, surnaturel, puis comme marionnette finalement de cet étrange auteur que j’avais extrait de la boue et de la glaise ce mélange d’envies contraires constitué par mes incapacités à vivre « comme tout le monde ».

Il faut partir avec un handicap au moins pour que la mayonnaise commence prendre.

Je repense à ce vieux dicton qui évoque les cordonniers comme ceux qui sont toujours les plus mal chaussés.

Et bien voilà je crois que j’y suis désormais.

Au bout de cette course à toutes les histoires qu’on s’invente ou que l’on invente aux autres se tient un personnage effrayant.

Une espèce inédite d’ogre.

Il se pourrait que tous les restes enfantins auxquels je tenais tant il n’en fasse qu’une bouchée.

Déjà j’éprouve une dureté terrifiante qui s’infiltre dans mon regard

Déjà la compassion à laquelle jusque là je m’étais accroché comme un naufragé, se dégonfle t’elle.

Cette âpreté de la vie quotidienne, son iniquité, son absurdité me procure comme une envie de meurtre désormais qui ne me quitte pas.

Il faudrait encore une fois que je m’ invente un héros pour me sortir de ce mauvais pas.

Hélas, j’ai bien peur de lui rire au nez en lui rappelant que les contes et les légendes ne sont que des histoires pour enfants.

J’en étais là et las de mes réflexions quand deux choses ont surgit soudain dans mon esprit:

La première au sujet des oiseaux .. Tu sais que les chercheurs auraient découvert une chose sensationnelle à leur propos ?

Les oiseaux auraient la faculté d’agir au niveau quantique sur leur cellules ce qui expliquerait la stabilité étrange de leurs formations en groupe.

Et la seconde chose c’est la vision d’un grand oiseau blanc peint par mon bon ami Thierry Lambert et qui se confond avec l’écoute d’un de ses nombreux silences.

Par chance je peux te montrer l’image de cette peinture qui va sans doute sauver toute ma journée en espérant qu’elle t’accompagne aussi dans la tienne.

Le mensonge de l’art.

Ce matin je me réveille avec la gueule de bois. Nuit agitée à élaborer des argumentaires de vente, des arborescences d’offres de formations, des plans, des listes.

Cela m’avait déjà fait ça je m’en souviens lorsqu’il y a maintenant presque 30 ans j’ai commencé à jouer aux échecs. Je rêvais les parties durant la nuit et je me réveillais la tête dans le cul évidemment.

Alors peut-être que toi aussi tu ne dors pas très bien en ce moment parce que tu ressasses ta journée passée ou celle à venir. Tes rêves ressemblent à de grosses lessiveuses d’où l’on t’extirpe rincé, crevé au matin.

J’ai envie de dire que c’est plutôt une bonne nouvelle pour toi, c’est parce que quelque chose bouge au fond et que ton cerveau lance les dés , invente des futurs possibles durant la nuit.

On dit souvent que lorsqu’on veut trouver la solution à un problème il faut s’endormir en y pensant et la solution arrive le matin. C’est vrai !

Et tu vois, ce matin, la première chose qui m’est venue à l’esprit, avant même de prendre mon café, c’est l’art.

Et je me suis aperçu que je n’étais plus du tout hypnotisé par celui ci désormais

Tu sais cet art tel que je l’ai ou que tu as toujours perçu ou tel qu’on te l’a toujours présenté et qui dans le fond (c’est dur à avaler) mais tant pis aller je te le dis

L‘art n’est rien d’autre qu’un gros mensonge de plus.

Et oui, pendant que la Californie crame, que l’Amazonie crame, que l’Afrique crame, pendant que partout le monde est en train de cramer, de se déliter, j’ai bien l’impression que tous les mensonges s’éventent en même temps et que tout est en train de s’évaporer vers le ciel bleu.

La démocratie, mensonge.

La république mensonge.

La politique mensonge.

Le terrorisme mensonge.

bref comme tout part en cacahuète, pourquoi pas l’art aussi ?

Evidemment je n’invente pas le fil à couper le beurre, l’art est déjà parti en cacahuète depuis belle lurette avec la plupart des créations inventoriées avec l’étiquette « contemporaines »

Evidemment les bidules en plastoque de Jeff Koons posés au centre de la cité, c’est le pied de nez ultime à toute velléité de gravité, de sérieux dont pouvait encore s’auréoler l’art jusqu’à peu dans le fond.

Alors effectivement vu sous cet angle comment ne pas rigoler de ceux qui gravement vont te parler d’art. Qui vont pontifier sur l’art.

Tu auras alors deux solutions: leur rire au nez ou en sourire.

D’un autre côté l’art à toujours existé. L’homme ne peut s’en passer.

L’art du mensonge accompagne la recherche du beau depuis toujours et ce n’est pas un hasard si les deux marchent cote à cote.

Peut-être n’est ce plus tant le beau que l’on cherche désormais mais le juste et cette dérive du beau vers la justice est encore une errance j’en ai bien peur.

Car tout de même lorsque je regarde les statues du paléolithique, lorsque je regarde les cariatides étrusques, lorsque je sombre dans le regard obscur d’un Modigliani, quand je suis secoué tout entier par les frontières inouïes que Marc Rothko installe entre ses grands rectangles de peinture. Cette émotion n’est pas mensongère. Elle est écho, résonance face à un silence, un mystère. Est ce pour autant le « beau » , je ne sais pas.

Et je ne parle même pas de « l’étoilement totémique » des œuvres chamaniques d’un Thierry Lambert qui par la symétrie nous ramène à un essentiel perdu dans le fond des temps.

Le beau est devenu presque une banalité désormais. C’est d’ailleurs la seule chose que les gens disent dans mes vernissages globalement.

Intérieurement je leur dis oui si vous voulez , c’est beau mais ça ne nourrit pas .

La beauté ne nourrit pas au sens propre comme au figuré.

La beauté des œuvres d’art comme la beauté des femmes comme la beauté des romans, comme la beauté des mensonges, ce qui la rend belle justement c’est le mystère qui généralement les accompagne.

Que ce mystère soudain vienne à s’éventer c’est comme un soufflé qui retombe et on n’a plus qu’à être bienveillant avec la maîtresse de maison désolée tout en n’en pensant pas moins en repartant.

Le mystère du trait de Matisse

C’est en regardant à nouveau toutes les images des dessins que j’ai photographiées il y a peu de mon ami le poète peintre Thierry Lambert que me revient une petite expérience vécue il y a quelques années avec un élève de l’atelier.

Celui ci s’était confronté à la copie d’un dessin d’Henri Matisse et malgré mes conseils sur l’attention à porter sur l’intelligence du trait de ce dernier, rien ne tenait debout.

Il y a une apparente simplicité dans les dessins de Matisse que je retrouve dans ceux que j’ai photographiés. Mais justement on peut s’y laisser prendre et les décréter faciles alors qu’il n’en est rien.

L’observation est la qualité principale du dessinateur et, de celle-ci une autre en découle tout aussi importante qui est l’esprit de synthèse. L’œil analyse, l’esprit simplifie par le geste assuré et ce geste pour aboutir à la fluidité demande des années et un travail acharné, ou tout du moins régulier. Je ne suis pas loin de penser quand je vois mon ami que le geste aiguise l’intelligence tout simplement et que ce n’est que dans ce sens que l’art surgit.

Le talent dans le fond ne tiendrait qu’à ces deux qualités pour la démarche plastique que l’artiste effectue dans le dessin.

En revanche en peinture, le trait de Matisse disparaît presque totalement. Il ne resurgit que chichement pour rehausser parfois une ombre un contour, mais la peinture semble avoir gommé toute velléité d’affirmation par le trait.

C’est sans doute un passage obligé encore que celui de s’acharner durant des années à réaliser le désir de maîtrise et puis l’abandonner parce qu’on comprend qu’il n’était qu’échafaudage finalement, que l’essence ne se situe pas là.

Dans le fond le paradoxe qui me touche souvent quand je reprends les bouquins de Matisse c’est la science et l’innocence qui se mélangent en effleurant le maladroit sans jamais y parvenir vraiment.

C’est que d’accepter le maladroit totalement est encore une étape et il me semble que d’en prendre conscience, d’assumer la maladresse, par une alchimie mystérieuse, la fait disparaître.

Cela demande plus que du travail, de l’acharnement et de la régularité, c’est une sorte de saut quantique que l’être effectue pour relier tous les paradoxes dans l’athanor de l’instant.

J’entends le son du stylo noir sur le papier blanc, c’est un son continu sans hésitation, et sans pause, la main qui le tient ne se soucie ni d’adresse ni de maladresse, c’est une main confiante en elle-même sans peur, sans espoir, sans attente, c’est la main d’un grand artiste dont je regarde les images et qui m’inspirent à la célébrer.

L’hippocampe du cœur

Dessin en noir et blanc recolorisé par opération numérique . Artiste peintre : Thierry Lambert 1996

Vieux cœur ami chevauche cent mille tempêtes depuis la très ancienne Eocène,

A vu déjà tant de jours tant de nuits, fécondé et meurtri par les amours passagères

La gestation est lente, sur le trajet fougueux du cheval des mers, mais le tracer rarement dérape ou se reprend,

voire jamais.

Vieil organe marin battu par la lune séparée, voguant d’abysses noirs en surfaces colorées , ton œil mi clos se souvient-il des récifs disparus par dessus le jeune Sahara ?

Et encore au bout des pôles si amicalement chantés hier encore , ton museau, ton mufle, tes naseaux se souviennent-ils toujours de l’haleine chaude projetée par les poumons des dipneustes, des sarcopterygii fantômes ?

Et des bulles d’espoir et des bulles de rêve ?

Dans les vieux chants qu’invente l’homme, nulle trace franche et confiante de tes compagnons de route, mais des mythes et légendes couvent l’absence

devant celle ci la protégeant et la dissimulant, dorment de jeunes sirènes.

Oh mon cœur comme tu t’es bien battu au grès des chants d’incohérence pour fondre et résister au futile, pour protéger les œufs confiés par les déesses !

Eurynomée la belle s’en souviendra j’espère, à la dernière heure des temps,

je n’ai rien du serpent qui fanfaronne en vain j’ai porté humblement les fruits que la belle m’a confiée

et sur un seul mot d’elle je m’apprête à les lui restituer.

Le corps de cendres

Chaman blanc Fresque amazonienne Thierry Lambert

A quoi sert un chaman si la nature n’est plus, à quoi sert un chaman si les animaux disparaissent, à quoi sert un chaman si même l’homme s’évanouit en fumée ?

Aujourd’hui je prends des poignées de cendre blanche derniers vestiges des antiques caoutchoutiers, des cacaoyers millénaires et je m’enduis le corps tout entier.

Cette guerre contre mon peuple nous ne l’avons pas désirée, s’il faut se peindre en blanc pour parler à l’homme blanc c’est le blanc des cendres que je veux leur montrer.

Ils sont comme des enfants bousculant notre mère, ils sont sans limites car ignorants. Ils se pensent immortels et vivent dans l’ennui d’une éternité fictive qu’ils cherchent à occuper à meubler pour se distraire.

De cendre blanche mon corps j’ai recouvert et c’est dans le chant des cendres que j’écoute le son d’ un satellite violet cerclé de soleil d’or, et ce son me transperce et me renvoie à la grande civilisation dont je ne suis qu’un héritier, un survivant.

Dans la cendre blanche oh son gout sur la langue, je retrouve le gout amer des fèves et des noix plantées jadis par mes ancêtres.

Je vois toutes leurs quêtes de sens, l’espoir et la fatigue essaimer la forêt

par quartier de plus en plus vaste jusqu’aux rives du grand fleuve,

toute cette nature c’est nous qui l’avons entretenue,

nourrit, aimée durant tant d’années.

Bientôt cendres moi aussi je reste droit comme un grand arbre bien campé dans la terre par tous les liens intimes.

Tout là haut mon crâne dépasse la canopée et mes rêves sont de plumes et de feuilles que j’adresse aux étoiles pour mieux les consoler.