La confusion du narrateur

Image Patrick Blanchon peinture à l’huile

Au début je fus victime de sueurs froides et d’éblouissement, cela m’arrangeait d’osciller à toute berzingue entre la culpabilité et la sainteté. Comme une particule quantique qui se transforme en point fixe quand on la regarde et qui nous nargue avant de reprendre sitôt le dos tourné son chemin vibratoire.

Je me découvrais dans l’encre généralement noire aussi vaste que les galaxies avec de temps en temps dans le silence d’une virgule, d’un point, des profondeurs encore plus abyssales que je n’osais explorer et qui me servaient à saisir l’importance des ellipses.

Ce fut douloureux le plus souvent et parfois aussi intensément jouissif.

Et puis quand même ça me taraudait continuellement, du matin au soir l’écriture.

Ce corps est constitué de 90 milliards de cellules, autant dire que c’est un agglomérat de galaxies et toutes ces cellules bien qu’autonomes n’ont qu’un but c’est la survie de ce tout qu’on appelle « moi ».

Le fait d’être fêlé par le passage étroit de l’utérus à la vie et tout ce qui s’en suivit depuis une soixantaine d’années m’aura beaucoup aidé pour compter les morceaux. Il était évident que tant de fragments épars je désirais les réunir afin d’en constituer une unité.

Avant de réunir il faut aller à la quête des morceaux, les prendre entre deux doigts et les considérer chacun.

J’ai passé un temps fou à explorer ma galaxie.

Il me fallait trouver la colle pour réunir tout ça

j’ai essayé le malheur,

j’ai essayé l’errance,

j’ai essayé la magie blanche et noire

j’ai essayé la haine,

j’ai essayé l’intelligence,

j’ai essayé plein de choses

et puis la compassion est arrivée d’un coup comme un coup de vent un soir d’été

j’aurais pu dire l’amour mais ce serait exagéré, trop compliqué pour moi

la compassion oui pour toutes ces milliards de cellules qui constituent ce que je suis et qui ne forme qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’univers dans lequel nous pataugeons tous

L’écriture, la narration m’a beaucoup appris ce fut comme une sorte d’accouchement aujourd’hui on dirait une analyse mais je préfère l’idée de la maïeutique.

J’ai compris que le « je » n’était qu’un porte parole d’une immensité de silences qui cherchent à venir au monde. Je n’ai plus voulu taire le silence et j’ai laisser les mots et le silence prendre ma main.

Alors les textes ont commencé à apparaître vraiment