Photographie

Vieil homme Quetta Pakistan 1986 Patrick Blanchon

La ruelle était écrasée de lumière et d’ombres et tout à coup ce vieil homme a surgit de je ne sais où.

Je me suis arrêté face à lui, il riait.

J’ai appuyé sur le déclencheur après avoir échangé quelques mots avec lui.

Il riait toujours comme s’il voyait en moi le jeune homme qu’il avait du être un jour

et je me suis bien sur mis à rire avec lui en me reconnaissant tout à coup moi aussi.

La mémoire, le temps

Pakistan 1986 Photographie Patrick Blanchon

Certaines choses ne changent pas. Ces derniers temps j’ai suivi avec consternation la situation en Afghanistan tiraillé entre un point de vue occidental et ma connaissance de ces gens que j’ai côtoyés il y a de cela des années.

Ils m’avaient accueilli à l’époque et avaient pris le temps de m’emmener sur les routes, de partager leurs repas, leurs logis de fortune. Certains étaient encore plus jeunes que je ne l’étais, 26 ans. On aurait dit des gamins excités à l’idée d’aller se bagarrer contre l’ennemi d’alors, le russe.

Nous buvions à petites lampées du thé brulant en parlant des Amériques.

C’était le rêve de ces jeunes gens de se rendre là bas et pourquoi pas de s’enrichir. Ils étaient victimes de clichés tout autant que je l’étais vis à vis d’eux que l’on nommait déjà barbares.

Bien sur il y avait la guerre, bien sur il y avait les armes, bien sur il y avait des camps à choisir, le bon et le mauvais comme d’habitude.

Je n’avais pas vraiment de préjugés lorsque j’y repense, j’étais totalement ignorant de la politique certainement tout comme la plupart d’entre eux. C’était une sorte de jeu finalement. Je jouais au photographe reporter et eux aux Moudjahidines. Nous étions téléguidés par l’illusion, chacun la notre.

C’est par un matin poussiéreux et doré que nous avons pris la route de la passe de Khyber dans un vieux pickup, et après des kilomètres de piste nous avons fait halte sur une sorte de fortification. Je me souviens du silence et du vent, soudain la gravité nous étreignit, tout le monde se taisait et les regards dérivaient vers le lointain, sans doute aussi vers l’avenir.

Quelques instants plus tard, un autre pickup arriva qui emporta mon ami Osmani . Il m’étreignit avec émotion puis je le vis enjamber la ridelle du véhicule, il me fit un petit geste encore juste avant de disparaitre dans un virage dans la direction de Quetta et je ne l’ai plus jamais revu.

Certaines choses ne changent pas, la mémoire est étonnante tout comme les émotions qui ressurgissent soudain à l’improviste et qui confère soudain une profondeur au moindre instant comme si celui-ci déposait son voile et s’avançait rayonnant comme une éternité.