La tentation du silence

Un fois notre propre vérité établie pourquoi ne pas traverser la plaine en silence ? Quelle importance accorder à nos interventions si ce n’est celle en premier lieu de vouloir se mettre en avant ?

Ce n’est pas suffisant et c’est profondément égoïste et puis je n’ai pas d’enfant. Mon rôle est de transmettre ce que je sais pour aider. C’est déjà mieux comme intention.

Pourtant quand le brouhaha envahit ce que j’imagine et ressens être la pureté du silence la tentation revient à l’assaut. Se taire profondément pour remonter les ages jusqu’au creuset du des à coudre où tout était tassé condensé dans un mutisme au bord de l’explosion.

Juste avant le big bang ce formidable silence.

Et puis la dilatation soudaine et les cris, les murmures, les ébahissements, les premières paroles prononcées par les dieux, les lutins et les fées.

Cette tentation du silence revient perpétuellement comme une sorte de diablotin venant taquiner saint Antoine et Flaubert. Ce Flaubert qui ne savait écrire qu’en gueulant ses phrases pour les sentir justes. Comme je puis le comprendre cette nécessité de bruit pour saisir intensément ce qui le fonde.

Ce n’est pas l’utérus cette fois car aucun cœur n’y bat. C’est juste avant.

Et pendant longtemps ce silence dans lequel aucun cœur ne bat ressemble à ce que l’on croit être la mort.

Et puis vient le printemps et de terre sorte les jeunes pousses

Et puis viennent les feuilles les fleurs et les insectes qui rêvent les prochains fruits.