Le pire

Paysage abstrait 4 Patrick blanchon huile sur toile 2018

Dans tout conte, toute légende, il y a la rencontre du pire. Celui ci peut se manifester sous la forme d’un ogre, d’un dragon, d’un lieu terrifiant, peu importe cette rencontre est au cœur de toute aventure initiatique, puisque ces histoires finalement cherchent à nous transmettre une expérience que nous ne posséderions pas encore.

S’il est souvent invoqué c’est toujours pour être dépassé par les protagonistes et généralement une fois cette dernière épreuve réglée, on peut sans plus de souci se marier et procréer sans crainte.

Ce que nous ignorons souvent c’est que toutes ces  » happy end » ne servent qu’à clore une histoire pour des raisons de temps, l’auteur ayant justement une épouse et des mioches à s’occuper ainsi qu’un loyer et des factures à payer.Et puis c’est aussi la volonté des éditeurs que de vouloir grossir leur clientèle donc « se marier et avoir beaucoup d’enfants » n’est pas pour leur déplaire à priori.

S’attendre au pire est donc consubstantiel à la démarche de tout héros de légende et sans doute est ce pour cela, héros nous mêmes de nos propres légendes nous sommes bien obligés d’emprunter les mêmes codes grosso modo que dans nos contes lointains plus ou moins bien digérés.

En ce qui me concerne je suis resté pendant très longtemps un lecteur de contes et de légendes, comme de mythes grecs, hindous etc, la liste est loin d’être exhaustive.

Imbibé par cette atmosphère féerique, le désir de frisson me collait à la peau comme une anticipation apéritive d’un festin d’horreur à venir.

A l’extérieur de soi la jungle et l’inconnu .. en un mot le monde représentait l’antichambre du pire et j’ai longtemps cru à tort qu’il s’agissait de la mort.

Evidemment ça ne pouvait pas coller puisque une fois la mort rencontrée, atteinte comme certitude c’est bien difficile d’avoir encore la faculté de se marier et de se reproduire. Donc le pire n’était pas la mort il devait se trouver bien avant par la plus simple déduction.

J’ai songé que cela pouvait être « vieillir » comme le dit Brel dans sa chanson et bien sur j’ai vieilli mais j’ai finalement compris que si ce n’était pas marrant tous les jours , on pouvait encore passer de bons moments.

Alors j’ai réfléchi et j’ai tenté de me souvenir. Et puis un doute s’est installé : et si par hasard je n’étais pas passé à côté .. comme par inadvertance .. et je me suis trouvé fort démuni par ce doute.

C’est que de passer à coté du pire relève un peu comme de passer à coté du meilleur , c’est la même chose que de goûter à un plat fade.

il y a une phrase aussi qui me revient d’un seul coup :

« Il n’y a rien de pire que de se cacher et de n’être jamais découvert »

Si vous en connaissez l’auteur cela m’arrangerait, je me dirais aussi que je suis passé à côté d’un bon ami.