Du ressentiment

Le ressentiment de Dou E

Il semble qu’une des plus importantes prophéties de Friedrich Wilhelm Nietzsche traitait en grande partie du ressentiment comme l’avenir inéluctable de l’espèce. D’ailleurs ce n’est pas pour rien que dans sa fureur le jeune peintre raté Hitler aura préféré se venger à sa façon en tentant d’éradiquer une grande partie des vivants qu’il jugea encore plus petits et insignifiants que lui même.

Ainsi le ressentiment a t’il comme faculté de brouiller non seulement la vue, mais l’échelle des valeurs, et son immodestie souvent larvée est il l’un de ses moteurs quand celle ci est contrariée.

J’ai de nombreuses fois éclaté de rire à la lecture de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski lorsque; par ses personnages, ses narrateurs il met en avant ce dialogue intérieur permanent qui désormais est le mieux partagé par l’humanité toute entière. Quand presque 7 milliards d’individus ne cessent de ressasser intérieurement leurs manques et leurs regrets il y aurait de quoi s’esclaffer pour changer un peu plutôt que de pleurer des larmes qui n’appartiennent dans cette catégorie qu’aux crocodiles.

La seule chose qui pourrait nous sauver c’est l’oubli de soi et celui des autres dans ce que cette appellation a de nauséabond parfois. Si l’autre est absolument différent et pourtant si semblable, je n’ose reprendre les termes de René Girard sur le presque semblable qui en ferait un être monstrueux, si l’autre donc est un enfer c’est toujours parce qu’il nous rappelle notre enfer personnel.

De jeux de miroirs en bris de glaces nous dérapons sans relâche du dedans vers l’extérieur et vice versa.

L’amour c’est tous les jours et ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel dans le fond, mais tant que l’on ne l’accepte pas comme seule issue à ce jeu de dupe il se pourrait bien que les derniers moments de la fin du monde soient encore longs.