Les arbres

« Écorce » Photographie Patrick Blanchon 2019

J’ai toujours aimé les arbres, et je n’en ai jamais dessiné. C’est bien étonnant. Les écorces qui ressemblent à des vues aériennes, des surfaces d’autres mondes , l’entremêlement des branches qui vont de l’épais au fin, et dans lequel se meuvent autant de formes, de personnages, de regards que l’imagination peut en invoquer, sont pourtant terriblement inspirants.

Et pourtant je détecte malgré tout la présence d’une absence.Aucune peinture, aucun dessin dans mes cartons Aucun arbre.

Aux frontières du silence, naît l’ espoir ténu comme une graine, fragile et incertaine. Un secret entre les arbres et moi tenu scellé depuis toujours.

Je ne me promets rien cette fois. C’est juste une direction, comme une indication demandée à un passant pour aller quelque part. On peut faire confiance ou pas.

Plonger dans la racine pour aller chercher l’étoile. Ces temps derniers j’ai beaucoup revu les tableaux de Manessier et de Corneille. J’aimerais trouver le pont pour relier ces deux rives qui ravivent le plaisir de peindre quand celui ci vacille .Quand les doutes font trébucher, quand la perspective est bouchée.

Se plaindre de ne pas avoir d’argent est un outil qu’utilise la fatigue. la cervelle recycle les mauvaises pensées faute d’être bien oxygénée. Un très mauvais outil que cette fatigue. Il faut refaire le point, sortir le sextant. Quels sont les vrais besoins ?

Demain j’irais marcher dans la forêt, j’irai écouter ce que m’ont toujours dit les arbres. Ils ont toujours été de bon conseil. Mais mon esprit était ailleurs. Je comblerai l’oubli, je raviverai l’envie.

Le ciel bleu d’hiver

Forêt Patrick Blanchon 2019

Sous les semelles crisse l’herbe durcie par le gel, de temps en temps le pied glisse et c’est tout le corps qui tente de réajuster l’équilibre. Au loin on entend le coucou, il fait frais, on expire de la fumée, le nez coule un peu, on remet les mains dans les poches et on continue.

C’est qu’elle est loin encore la forêt, peut-être 10 km, 11 ..? je ne sais plus. C’est jeudi et je me suis enfui de la maison car c’était l’enfer. Juste après le petit déjeuner.. j’ai ouvert le portail en faisant attention car il grince et puis voilà bonne journée « m’sieurs dames » je taille la route.

Çà fait pas mal de temps que je marche, je suis content, le ciel est bleu sans un seul nuage, après les orages on est content quand ils s’en vont.

Je suis resté un petit moment sur le pont qui enjambe l’Aumance, à regarder l’eau en bas glissant sur les rochers, les herbes souples qui ondulent sous sa caresse. Alors j’ai sorti la cigarette que j’ai piquée à ma mère et j’ai fait comme les grands… j’ai pris un air grave et je l’ai allumée. ça m’a fait toussé bien sur, obligé..tous les grands toussent autour de moi.

Bon je suis reparti et j’ai regardé la terre toute retournée des champs…la terre dure, la terre sombre, qui s’étendait loin jusqu’à l’orée de la forêt, ça y est je la vois enfin.

C’est comme un temple la forêt, la route y pénètre et on ne la voit plus c’est sombre et on y est bien.

Les arbres comme je les aime!..je suis sur qu’ils sont là, ils restent en terre presque immobiles et se tiennent tous la main en craquant un peu de temps en temps. Quand y en a un qui en a marre il tombe et se décompose pour que tous les autres le mangent par la racine et se souviennent de lui.