Les gouffres

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Auteur Patrick Blanchon

Connaissance par les gouffres est un ouvrage du poète Henri Michaux

https://booknode.com/connaissance_par_les_gouffres_01420715

Tous ceux qui suivent une voie spirituelle, artistique, ne serait-ce même que le temps d’une randonnée, savent que le paysage n’est pas plat. Il y a des sommets et puis il y a les gouffres.

Nicolas de Staël nous dit-on se serait suicidé par dépit de s’apercevoir qu’il revenait au figuratif ..ajouté sans doute à quelque déception sentimentale, à un temps peut-être maussade, à tout ce que vous pourrez imaginer d’ailleurs, ça n’a pas d’importance réelle.

L’important c’est qu’il s’est trouvé à un moment donné de sa vie au fond d’un gouffre et qu’il n’a pas su ou voulu remonter.

Je pense à lui aujourd’hui après une journée de peinture décevante.Toute proportion gardée bien sur, je ne me compare pas à ce grand artiste, c’est juste une compassion complice, excusez du pléonasme , une amitié posthume.

Combien de gouffres faut il traverser pour arriver à peindre vraiment je l’ignore. Ce qui est sur c’est qu’il y aura des sommets et des gouffres sur la route et que la nécessité de rester vigilant tel un chaman se renforce au fur et à mesure des années.

Mircéa Eliade auteur du « chamanisme et les techniques archaïques de l’extase » me semblait être un type épatant lorsque son ouvrage me tomba entre les mains aux alentours de mes 17 ans … un peu plus tard  , j’appris qu’il s’était largement compromis en faisant partie de la garde de fer roumaine genre plus à droite tu peux pas …il faut lire Arendt sur le procès Eichman pour découvrir comment les collabos roumains étaient parmi les plus féroces de tous.

Encore plus tard il sera proche de la nouvelle droite française  qui influencera un Patrick Buisson conseiller de Sarkosy…

… Du coup j’ai pas jeté ses bouquins mais je les ai oubliés plusieurs fois dans mes multiples déménagements.

Je les ai rachetés cependant un peu plus tard et,aujourd’hui ils sont sagement rangés dans ma bibliothèque. On ne peut pas en vouloir au gens toute leur vie ni toute la notre. D’ailleurs Eliade  férocement paradoxal était déjà dans les années 50 ouvert à l’humanisme et à une pensée universaliste…on se rachète comme on peut ou pas.

Dans les admirations aussi il y a des sommets et des gouffres.

Un autre auteur favori de ma longue adolescence est Carlos Castaneda.

Je suis loin d’avoir tout compris à l époque de ce que contenait  » l’herbe du diable et la petite fumée ». Mais c’était une ambiance générale dans les années 75 qui influençait la pousse des cheveux et les lectures sibyllines.

J’ai tout relu de Castaneda il y a quelques années et j’ai été vraiment émerveillé par tout le contenu de son oeuvre encore fort mal connue. Encore une fois, les critiques de tout poil ont tenté de le mystifier tout d’abord puis de le démystifier … Peu importe comme Eliade et Michaux  il reste pour moi un auteur digne d’être lu et relu.

Ainsi la fréquentation des choses de l’esprit, la lecture , elles aussi ne nous épargnent pas les sommets et les gouffres.