L’injustice est une valeur

D’après Sandro Botticelli format 18×25 cm huile sur papier Patrick Blanchon 2021

Il faut être con comme un balai pour penser que la justice est une valeur universelle. Ou totalement sourd, absolument aveugle. La vie est injuste, totalement injuste c’est une évidence et nous ne voulons que rarement la regarder en face. Tout se qui domine, sort du lot, s’émancipe, s’extrait du magma gluant des bons sentiments s’appuie en premier lieu sur une relecture de la justice et de l’injustice. Un tri s’opère, un os se brise, une quintessence en surgit.

Les gens ne voient ou n’entendent que ce qu’ils ont envie de voir et entendre. Ils n’ont pas envie de surprise, d’accident, de perdre l’équilibre, tellement difficile déjà à atteindre puis à maintenir. S’ils acceptent la surprise, l’étonnement, le ravissement, c’est toujours dans un cadre prévu à cet effet. Au cinéma, au théâtre, à la télévision, sur les réseaux sociaux.

Au fond de tout cela ils pensent que les choses doivent être justes. Elles le doivent car c’est insoutenable de voir tout cela autrement.

Insoutenable ce que nous nommons l’injustice en raison de nos croyances en la justice.

Pourtant la terre a déjà basculé. Les pôles sont de nos jours presque inversés avant même que nous n’ en ayons accepté l’idée. Les valeurs ont suivi le même chemin. L’injustice est une valeur que l’on ne veut toujours pas regarder en face tant nous sommes toujours attachés à une notion de justice inventée de toutes pièces par des petits malins.

C’est l’éternelle histoire du bien et du mal qui sans cesse s’affrontent parce qu’une seule intention conduit ce conflit. Doit le conduire. On peut résumer cela dans le mot de profit mais ce serait réduire l’intention. La rendre trop terre à terre. Je crois qu’elle est plus vaste, plus simple aussi. C’est la notion de durer.

Pour durer la vie se doit d’être injuste. Peu importe que nous pauvres humains jugions cela bien ou mal, juste ou pas, c’est un fait.

Entre cette notion de bien et mal se dissimule un mécanisme vital qui se charge d’établir une synergie entre l’abondance, le dispendieux, et l’économie, l’austérité, le resserrement. Une sorte de respiration entre l’ouverture et la fermeture.

L’univers tout entier semble produire une abondance puis effectuer des tris. Comme s’il y avait un discernement, une conscience globale qui se chercherait dans ce mouvement.

Nous ne sommes pas en dehors de la nature. Nous sommes la nature et nos relations avec le bien et le mal si intellectuelles soient-t ‘elles, si religieuses soient t’elles ne sont que la manifestation naturelle de cette respiration.

Si on ne s’appuie que sur la notion de bien en voulant ignorer le mal, si on ne s’appuie que sur l’idée d’une perpétuelle abondance sans tenir compte de la raison d’être de l’austérité, on s’égare. C’est sans doute là l’origine du péché, ou le péché originel. Gouter au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal sans y être préparé. Sans avoir fait le tour des mots et des idées concernant le juste et l’injuste.

Avec cette crise une profusion de jeunes entrepreneurs apparait comme autant de bébés tortues cherchant à rejoindre l’océan. C’est instinctif. Une course à l’autonomie. Il faut saluer ce mécanisme d’abondance déclencher par la crise mais ne pas se leurrer sur sa finalité. Très peu atteindront le but.

Ceux qui l’atteindront ce ne sera pas par chance tout à fait comme les tortues. Parce que nous sommes seulement humains. Parce qu’en tant qu’humains nous sommes handicapés par notre raisonnement. Par notre notion de justice.

Ceux qui tireront leur épingles du jeu ce sont ceux qui prendront le temps de se poser les bonnes questions. Parmi toutes les questions seules quelques unes, une poignée servent vraiment à atteindre le but. Les autres doivent être mises de côté, si belles, si intéressantes soient t’elles. C’est cela la nature même de tout ce que nous considérons injuste. C’est le choix.

Pour un artiste c’est exactement la même chose. On peut s’égarer si facilement dans l’abondance que propose l’exploration d’une démarche plastique. Peindre à tout va des centaines, des milliers d’œuvres, poussé par la jouissance que procure l’abondance de moyens. Si le discernement n’est pas à l’origine d’une telle production, si la notion de tri n’est pas intégrée à l’élaboration d’une œuvre poussée par une intention, alors tout cela ne sert pas à grand chose. Je veux dire qu’une telle œuvre n’est pas utile au monde.

Elle est utile pour celle ou celui qui la produit, elle lui permet de s’engouffrer dans l’illusion, le rêve. Comme on fuirait, comme on se réfugierait dans une grotte, une ile seulement. Ce ne serait qu’une sorte de miroir pour ne pas se perdre de vue si l’on veut.

En même temps que cette obsession de s’accrocher à soi serait elle aussi dés l’origine vouée à l’échec. On n’échappe pas à la mort ainsi, on n’échappe pas à l’injustice du monde telle qu’on nous l’enseigne depuis des millénaires.

Au contraire je crois qu’il faut à un moment ouvrir les yeux et considérer toutes les vertus qu’apporte dans son apparente furie l’injustice. On croit à première vue avoir affaire à une mégère- l’habitude d’employer le féminin est tenace face à l’évènement.

Pourtant on sait depuis longtemps que les mégères si elles sont des femmes s’apprivoisent tout autant que les hommes peuvent se soumettre. Depuis le premier poète qui ne sert strictement à rien, on sait ces choses n’est ce pas.

L’injustice comme valeur alors pourquoi pas ? De toutes façons nous n’avons sans doute plus guère le choix. A moins de se conforter encore quelques milliers d’années dans le rôle de victimes, d’individus séparés du soleil et de l’océan de singleton renvoyant notre mépris et notre hargne sur l’aspect féminin de cette injustice chronique.

Que les femmes soient injustes en amour c’est souvent ce que racontent les hommes épris de justice, pas les voyous dans mon genre. Pas les artistes non plus, du moins je l’espère bien.

A l’occasion d’une démonstration en cours j’ai effectué cette pale copie de Sandro Botticelli. En même temps que j’étudie le code java script, que je plonge dans les arcanes du marketing, il me semble important de revenir vers la Renaissance en ce moment, sans que je ne sache vraiment pourquoi et peu importe.

Don juan Georges Brassens 1977

Vertige de l’amour

On appelle ça l’amour, mais je préfère le vertige encore. Après tant d’années encore. Cette attention portée au corps enfin. Lui faire oublier un instant qu’il ne sert strictement à rien d’autre qu’être corps. Aiguille fine de la machine à détecter tout mensonge. Courbes en zigzag. Encéphalogramme aux alentours du plat. Fantasme d’huitres et de moules..

Un cul passe, reflex pavlovien de bave. Et à nouveau le vertige d’un regard. Le vertige et la confusion totale, absolue qui provoque séance tenante l’empoignade.

Je te colle au mur et je te pétris ce qui me colle et me pétris par ricochet sans doute.

Sans hésitation surtout.

Laisser aller le corps et tous les gestes, les humeurs en roue libre.

Et par dessus tout j’emmerde les chinois ce coup là avec leur putain de tige de jade qui ne doit jamais ô grand jamais pleurer

pour devenir immortel.

Quelle connerie ma bonne dame que de ne pas succomber à ce vertige du vide. La vie est trop courte savez vous. Clin d’œil goguenard et du doigté surtout !

Pour remplir ce vide hurlant la bourrer

Labourer.

Par tous les temps, la sinécure du paysan.

Sobre en parole la geste auguste du queutard au moment de queuter, d’aller voir la gueuse.

Sinon les trois quart du temps blablabla par ci blablabla par là.

Paroles et paroles de couille molle.

ô vertige de l’amour…

Comptez moi donc fleurette jeune homme que je puisse appréhender de plus près le velouté de votre langue.

Et j’ai aperçu le petit pli soudain, la naissance du bourrelet sur son corps de guerrière et bon dieu ça m’a attrapé par surprise.

Du coup un autre vertige, inédit celui là est advenu, profond comme un paysage épais de Nicolas de Staël ou le laborieux et émouvant carré, infini d’un Rothko. Juste à cause de ce pli, j’allais presque dire un défaut.

J’ai remis la chanson à nouveau et j’ai tendu l’oreille un peu plus. ça m’a fait du bien je crois. Finit les pipes et les descentes à la cave. Au loin absolument toutes les enculades, tous les vas-y, les encore, les c’est bon.

J’ai regardé l’heure c’était la pleine nuit et je me suis dit c’est bon maintenant vieux corps tu peux aller dormir.

Tout s’éteint doucement ou pas

Mort humide ou mort sèche, de façon lente ou rapide, fulgurante , hésitante, rectiligne ou spiralée, tout s’éteint doucement ou pas. Sauf « la conscience qui témoigne de la vie » selon René Char. J’aimerais croire à ça. Sans doute qu’au fond de moi je m’accroche à ça. La beauté c’est un peu ça. Croire malgré tout, envers et contre tout. La beauté du geste. Sinon on reste tête nue face à l’effroi, au dérisoire. Dans une vulnérabilité qui tourne à vide. Dont on ne fait rien, ou si peu. Quel gâchis.

Témoigner ne serait-ce que vis à vis de soi d’être ici ou là. D’être dans ce drôle d’endroit à la fois si banal et fascinant qu’est le moment. Sans doute écrit-on plus juste quand on pose le doigt sur ça. Le masque tombe comme feuilles en hiver, ici repose un arbre nu que l’on voit mort. Que l’on ne voit plus. Et c’est depuis cet aveuglement que l’encre coule comme des larmes qu’on ne cherche plus à retenir. Larmes de joie ou de tristesse qu’importe, ce que la conscience devrait retenir c’est qu’elles ne sont qu’humeur d’un moment. Et l’on va ainsi en se démantibulant peu à peu de moment en moment, borgne ou aveugle, rigide ou souple, comme on peut surtout.

Quand mon orgueil était bouffi d’espoir, juste avant le grand passage des mille et une déceptions je rêvais de décorporation comme de salvation. Des heures d’entrainement, des mois, sans doute des années allongé sur des lits, nu comme un ver à attendre de décoller. M’extraire de moi. M’envoler. Quelle absurdité de passer sa vie à essayer tant de façons de mourir. A se préparer sans relâche, obstiné, têtu, à valdinguer dans le néant. Poussé par l’orgueil et la conscience un peu trop aigue, mais ça va bien ensemble, d’être quelque chose ou quelqu’un plutôt que rien.

Si j’arrivais à être rien il n’y aurait pas de hiatus à la fin, pas de frontière avérée entre rien et rien. Un écoulement de rivière dans l’océan, et encore, une goutte d’eau dans l’eau. Immanence merveilleuse. Mais qui n’est encore qu’une pensée que le corps se refuse absolument de suivre.

Le corps a des soubresauts à ces moments là. Des spasmes. On jette un bras, un coup de poing sur les draps, sur les murs tapissés de papier peint. L’impersonnel étrangement logé dans le corps, celui dont on n’a généralement aucune idée, nous sauve du rien à l’improviste.

Et c’est bien étrange.

Alors donc l’étrange est une piste à suivre…que l’on suit. Une conscience soudaine surgit au sein même du somnambulisme. On devient lucide au fin fond du rêve. Et évidemment c’est une nouvelle aspérité. Rien d’autre qu’une simple aspérité. On se met à croire à la lucidité, comme avant on avait cru à tout un tas de choses. On trouve forcément une issue pour faire pénétrer dans la caboche cette sensation d’étrangeté, lui conférer du sens, du discours. Blablater là dessus remplace la catalepsie ordinaire.

voyage intérieur Patrick Blanchon huile sur toile format 50×60 2017

Dire tout cela sans broncher ça ne mange pas de pain. Bien peu d’ailleurs iront jusqu’au bout du bout pour comprendre qu’il n’y a pas grand chose à comprendre.

Ca ne se passe pas comme ça ma brave dame, mon petit bonhomme!

Et pourtant lorsqu’on y parvient quelle rigolade. Un bidule zen en forme d’éclat de rire. Mais attention de ne pas se tromper de rire.

Pas un rire nerveux.

Pas un rire de peur.

Pas un rire méprisant

Un rire plus fort que le sourire je me demande toujours si c’est possible. L’expression bien sur. Bah tant pis si c’est trop baroque, ridicule ou abscons.

Un truc qui désamorce toute gravité, toute pesanteur comme lorsque deux amants jouent avec un briquet à allumer leurs pets mutuellement.

Un rire douloureux lorsque j’y repense celui-là. Putain de nostalgie de mes vieux espoirs d’intimité.

Non j’y retourne. Un rire plus fort que le sourire, c’est bien, c’est absolument ça.

Un rire de moine zen édenté à souhait. J’allais dire un rire de crâne zen. D’ailleurs tous les crânes au final ne se marrent ils pas ? C’est bien le seul moment où nul ne peut avoir honte de ses dents n’est-ce pas. Quand on n’est plus qu’os, bien à découvert on comprend la vanité de toutes les dissimulations.

Tout s’éteint doucement ou pas, peu importe, du moment que l’on est encore en vie, que l’on peut en toute conscience dire « je suis vivant » maintenant, là tout de suite. Et se laisser porter par la force centripète ou centrifuge, comme une comète de glace traversant toute l’absence de chaleur, sidérante au début, de l’univers. D’ailleurs peut-on se plaindre d’être glace dans la glace ? Il ferait beau voir que les soleils naissent ainsi n’est ce pas !

NB. Merci à Caroline pour la phrase de René Char chipée sur son blog ! D’ailleurs pourquoi n’iriez vous pas faire un petit tour vers celui ci en empruntant ce chemin

La vieillesse d’esprit

Vous savez Tom, tout le monde parle de l’importance de la jeunesse et de son état d’esprit depuis que Churchill l’increvable à mis ça au gout du jour, mais les gens n’ont pas forcément bien compris ce dont il parlait. D’ailleurs la phrase exacte c’est « la vieillesse est un état d’esprit » est elle est probablement extraite d’un poème de Ullmann.

Pour ne pas regarder le naufrage en face on s’invente des chaloupes de sauvetage et voilà tout. Tout ça n’est rien du moins pas grand chose au fait que tout de cet état se situe au niveau des genoux.Quand vous commencez à ressentir la douleur, c’est que vous êtes vieux voilà tout.

Il avait vidé son verre de Sauvignon d’une traite après sa tirade, puis il avait redressé le col de son imperméable, toujours le même depuis les quelques mois où nous nous étions rencontrés, dans ce petit boui boui de Saint Germain des près. Je ne savais pas grand chose de lui, sauf qu’il était vaguement un acteur sur le déclin. On échangeait des saillies philosophiques ensemble, rivalisant comme il se doit de références culturelles en levant le coude. Un vieil homme qui regrettait sa jeunesse et qui, en me voyant essayait de m’avertir d’un danger imminent.

C’est quelques jours après que j’ai pu établir un rapprochement seulement. Après avoir rencontré Betty qui venait tout juste d’avoir 18 ans alors que j’avais largement dépassé la trentaine. Sur un de ces réseaux téléphoniques comme il y en avait tant dans les années 80-90. J’avais aimé sa présentation et elle avait du apprécier la mienne, on s’était mis à discuter de tout et de rien et au bout du compte on s’était donné rendez vous à la Fnac des Champs Elysées. C’est elle qui avait insisté, pour ne pas avoir une de ces monstrueuses factures de téléphone avait elle ajouté.

Elle adorait les films d’horreur m’avait t’elle confié, un long week-end s’étendait devant nous et elle devait refaire le plein.

Aussitôt qu’elle comprit que le type qui faisait du surplace devant l’entrée du magasin, c’était moi elle se précipita et m’embrassa sur la bouche goulument. J’étais à la fois sur un petit nuage et pétri de trouille. J e me souviens très bien de l’ambiguïté de la situation. Une bourrasque de fraicheur accompagné de l’étonnement qu’on puisse s’intéresser à moi comme ça. On avait seulement échangé quelques mots au bout du fil et hop on se voyait pour la toute première fois et il fallait se rouler une pelle. Je mettais ça sur le compte du fossé des générations pour me rassurer, mais ça ne me rassurait en rien. Il fallu au bout du compte que je ne sois rassuré de rien devrais je ajouter

Elle habitait à Enghien les bains pas loin du casino, et s’appelait Myriam. Elle était jolie comme un cœur, d’une spontanéité de gardon luisant dans la lumière, et surtout d’une effronterie qui me laissa comme deux ronds de flan. Je dis effronterie parce que j’avais dépassé la trentaine et que je m’attendais à autre chose, peut-être un peu de distance, de la réserve, voire même de la timidité de sa part. Je fus tellement mal à l’aise de découvrir que le timide c’était moi au bout du compte.

Elle habitait un studio propret quoique bordelique. Un bordel de fille avec des fringues posées un peu partout, des produits de maquillage, des brosses, des peignes et un bidule à faire des mèches je supputais.

C’était vraiment une superbe fille, d’une joie de vivre étonnante, d’une fraicheur dont j’étais en train de me demander en aparté si j’y avais droit. Parce que franchement ces derniers temps j’avais vraiment un mal de chien à me voir moi en peinture. Lorsque je croisais ma gueule dans les miroirs, je voyais un pauvre type, un raté qui flirtait de plus en plus avec le vice et la méchanceté.

On s’en regarde un tout de suite ? me proposa t’elle en sortant les dvd du sac de plastique qu’elle balança sur une table basse.

Sans attendre ma réponse elle se déshabilla complètement pour enfiler juste un tee shirt, puis elle inséra le disque de Scream dans le lecteur.

Personnellement j’avais abandonné l’idée de me faire peur avec des films, la vie de tous les jours me suffisait déjà amplement. Et lorsqu’elle me poussa sur le grand lit en se collant tout contre moi pour m’embrasser à nouveau j’éprouvais un mince espoir.

Puis le générique s’arrêta et la première scène du film la happa. Ca l’excitait c’était visible car aussitôt elle commença à me déboutonner d’une main négligente. Enfin elle s’empara de ma verge qu’elle tint ainsi comme une sorte de petit animal entre ses doigts durant une bonne partie du film.

J’essayais de faire le point pendant ce temps là en laissant mon regard dériver vers la fenêtre. C’était un samedi après midi et je me disais que j’étais plutôt pas mal ici, à Enghien les bains même si la situation était baroque ça m’allait bien plutôt que de retourner me terrer dans ma barre d’immeubles de Nanterre. Je ne faisais pas de plans sur la comète non plus, j’hésitais juste à décider ce que pouvait bien chercher Myriam, et je réduisais évidemment toutes les possibilités pour n’en retenir qu’une ou deux. Se taper un vieux comme on se tape un film d’horreur pouvait être la principale, la seconde était qu’elle était belle, pas bête du tout et qu’elle se sentait seule à crever. Elle avait tablé sur le hasard de ces conversations téléphoniques, finalement ce n’était pas pire que de se taper un collègue de bureau, l’ami de l’ami d’une amie. C’était une expérience comme une autre et c’était tombé sur moi voilà tout.

Il y avait quelque chose de cocasse. Je n’aurais jamais du aborder les choses ainsi, par la cocasserie d’ailleurs. Je m’en suis mordu presque aussitôt les doigts très vite

Lorsqu’elle se pencha vers ma verge qui, je ne sais comment s’était tendue presque par automatisme entre ses doigts et qu’elle commença à l’embrasser je ne pus m’empêcher de rire.

Elle se releva alors comme une tigresse et me toisa: Pourquoi tu ris ?

Je balbutiais deux ou trois trucs improvisés maladroitement ce qui me valu d’être éjecté séance tenante du lit tout d’abord, puis le temps de renouer mes lacets du studio.

Comme je ne connaissais pas Enghien les bains, je fis un tour rapide dans les rues de la ville, j’ai même regardé un long moment les gens entrer et sortir de ce putain de casino. Et puis ce fut l’heure de prendre mon train pour revenir vers Nanterre, pour revenir à moi et au constat de mon imbécilité comme de ma vieillesse d’esprit.

Comment peindre quand on ne sait pas quoi peindre

La difficulté de trouver un thème en peinture revient régulièrement. Cela est souvent dû à une volonté d’originalité.

Il n’y a pas beaucoup de thèmes différents dans l’histoire de la peinture. Si tu regardes bien tu vas trouver qu’ils se réduisent généralement au paysage, à la figure, et à la nature morte.

Ces trois catégories bien sur peuvent être encore affinées, dans le paysage il y a la campagne, la mer, la forêt, la montagne..

Dans la figure cela peut aller du portrait, au nu debout, allongé, à la scène de bataille qui mêle en même temps le paysage et les protagonistes, on peut aussi introduire des animaux, des chevaux, des éléphants, tout ce que tu peux imaginer dans le fond, mais ça ne va pas modifier le fait que tout cela appartient à la même catégorie.

Quant à la nature morte, le champs est on ne peut plus vaste aussi et désormais on peut peindre un hamburger et une canette de coca si l’on veut, cela reste malgré l’effort d’originalité ou de provocation, des éléments qui appartiennent à la nature morte.

Vouloir à tout prix trouver un sujet « original » est une erreur que commettent bon nombre de débutants. Sans doute y a t’il une confusion depuis l’essor de la peinture dite moderne entre le traitement de certains sujets et le sujet lui-même. Même les toiles cubistes de Braque, de Picasso peuvent toujours être classées dans un des trois sujets majeurs de l’histoire de la peinture. Les intérieurs décorés de Matisse ne sont pas éloignés non plus de l’histoire, ils ne sont pas hors de l’histoire. C’est juste une manière différente de proposer le sujet.

Résoudre la volonté d’originalité peut prendre du temps et bien autre chose.

Sans doute cela pourrait partir d’une certaine forme de naïveté de croire que l’on puisse soudain peindre quelque chose d’original. C’est aussi une forme d’ignorance bénéfique au début. Quand on survole d’un seul regard tout ce qui a déjà été peint depuis l’age des cavernes on se rend compte que tout ce qui est essentiel a déjà été peint. Alors peut-être que si l’essentiel est déjà fait on peut s’attarder un peu sur l’insignifiant, le détail, l’anodin, qui sont souvent des éléments que les maîtres d’autrefois utilisaient mais qu’ils ne plaçaient pas en « vedette » dans leurs tableaux.

C’est la raison pour laquelle résoudre la volonté d’originalité peut prendre du temps, c’est qu’il faut traverser à la fois notre propre naïveté, notre orgueil comme notre ignorance et parvenir à une sorte de degré 0, à l’humilité.

Bien des autodidactes vont faire ainsi un long chemin avant de trouver véritablement leur voie, leur style surtout s’ils manque de confiance en eux et sans doute est-ce la raison qui parfois les entraîne à bout de souffle et d’idées parfois à vouloir rejoindre un cours de peinture.

A de rares exceptions près il est rare que l’on conserve cette inébranlable confiance en soi pour s’accrocher jusqu’au bout et seul dans cette voie. Beaucoup d’appelés peu d’élus.

L’humilité en peinture permet de progresser plus surement.

Et puis un jour cela devient une évidence, il faut passer par l’humilité pour sortir la tête de l’eau. Cela n’a aucune connotation religieuse ou spirituelle car ce mot est souvent associé à une sorte de chemin de croix. L’humilité telle que je la conçois consiste simplement à accepter de faire ce que l’on peut avec ce que l’on a. C’est un changement de regard qui permet de sortir du brouillard de l’habitude. L’habitude de croire surtout que l’on sait, que l’on a compris, que l’on sait faire.

Revenir à une sorte de degré 0 de la peinture consisterait à retrouver l’enfant qui se trouve toujours au fond de nous, et lui dire tout à coup : j’ai fait un bout de chemin en croyant que j’atteindrai la lune mais dans le fond cela ne sert à rien et je reviens vers toi, à toi de peindre maintenant.

Alors et juste à ce moment là tu peux reprendre des livres de peinture et revisiter les grands maîtres, tu peux t’inspirer d’eux, cela ne signifie pas forcément les copier non, mais t’en inspirer soit par une composition que tu essaieras de reproduire comme un système de base, un tremplin, soit un jeu de couleurs avec lequel tu créeras un tableau différent mais dont l’essence aura un petit air de famille avec celui du maître. Des petites choses , simples mais efficaces et grâce auxquelles tu pourras te fier pour avancer plus profondément encore vers toi même.

C’est toujours l’autre qui parle de chef d’oeuvre, reste dans l’exercice et tu seras soulagé d’un grand poids.

L’idée du chef d’oeuvre est à bannir à partir d’un certain niveau de compréhension de la peinture, de ce qu’elle exige. D’abord parce qu’un seul tableau ne signifie pas grand chose dans toute une vie de peinture, cela peut être à la limite un « moment clef » qui va te permettre de synthétiser un degré de connaissance, et t’ouvrir une voie vers d’autres tableaux du même genre.

Beaucoup de personnes sont tellement attachés inconsciemment ou pas à cette idée de chef d’oeuvre qu’ils se détournent rapidement de leurs réalisations quand celles ci ne remplissent pas les critères qu’ils pensent devoir y trouver pour que ce soit « réussit ».

Mais dans le fond, ces critères sont subjectifs, fuyants, on n’arrive jamais à bien les énoncer clairement. Est ce une harmonie particulière, une composition, un ensemble de lignes harmonieux ou disharmonieux ? C’est extrêmement rare que l’on puisse dire ce qui cloche de façon claire, on pense juste que c’est raté et on se dépêche d’effacer, ou de passer à autre chose.

Là encore c’est faire fi de l’enfant au profit de l’adulte qui se soumet à un jugement.

Si tu prends l’habitude de te dire, c’est un exercice, je peins comme ça pour voir, pour m’amuser, pour le plaisir de peindre et que tu laisses de coté tout l’aspect souvent gonflant et emphatique du discours intérieur que tout le monde tient par rapport à l’Art et à la Peinture tu t’en sentiras bien mieux.

De toutes façons seule la postérité si ton travail parvient jusqu’à elle décidera ou non de la notion de chef d’oeuvre, toi cantonnes toi à peindre le plus justement ce que tu es ne vas pas chercher plus loin.

L’intelligence en peinture passe par la simplicité mais c’est un chemin qui peut prendre un certain temps. Donc vas voir des expos, forme ton œil, regarde des monographies de peintres, et peins.

A choisir entre le talent, le génie, et le coup de bol , surtout n’hésite pas, choisis la régularité.

Je me souviens de mes débuts en peinture, enfant, j’avais cette pulsion qui me portait d’un seul coup à m’emparer des tubes de couleur de ma mère, à lui piquer du papier et des pinceaux et à barbouiller quelques heures sur le carrelage du sol de la cuisine. C’était vraiment des moments de grâce extraordinaires, mais ils n’étaient que trop rares je crois, parce que dans ce domaine on ne me prêtait pas beaucoup d’attention, on ne m’encourageait pas non plus. Je n’avais pas grand chose sinon le souvenir des émotions qui me traversaient pour m’accrocher à la peinture. Alors je pratiquais en cachette, toujours dans l’urgence de peur d’être dérangé.

Plus tard sans m’apercevoir vraiment de cette origine et alors que j’avais tout mon temps pour organiser mes séances de peinture comme je le souhaitais je suis longtemps resté accroché à cette histoire de peindre dans l’urgence et par accoup, je n’envisageais pas du tout que cela puisse se faire dans une régularité quotidienne.

Alors je m’écoutais pour tenter de retrouver ce genre de déclic, cette magie, cette envie, ce désir effréné de peindre mais ce n’était jamais assez intense, alors je me disais  » peut etre demain, ou une autre fois ».

Le jour où je n’ai plus cherché à retrouver cette émotion enfantine, où j’ai commencé à installer une régularité dans ma façon de peindre je me suis peu à peu enfoncer dans un travail véritable.

C’est assez extraordinaire quand on y pense bien, mais quelques heures de peinture par jour seulement, à la fin de l’année se transforment en une multitude de tableaux.

Je peins désormais très vite, parfois il m’arrive de réaliser un tableau en moins d’une demie heure et je ne me dis pas que je dois ce résultat au talent, non je le dois à l’habitude à la régularité.

Un jour je suis sorti du figuratif pour me rendre dans l’abstrait, tout était à recommencer mais ce n’était pas grave vraiment, tout ce que je viens de dire pour la peinture figurative fonctionne aussi pour l’abstraction. Et si tu es parvenu déjà à l’humilité, alors le plus gros est fait, ne t’inquiète, pas il n’y a qu’à peindre, juste à peindre, à sentir cette émotion.

Ensuite tu peux t’amuser à en parler, à l’écrire comme je m’efforce de le faire, mais c’est une forme de distraction et pas grand chose d’autre. Parfois ça ne sert à rien de parler et d’écrire sur la peinture, parfois ça sert aussi à tenter d’y voir un peu plus clair, surtout en soi. Mais écrire ce n’est pas peindre.

Comment bien perdre son temps sans vouloir ensuite essayer de le rattraper.

republication de cet article sur l’art de perdre son temps, écrit avant les deux confinements. Grâce à l’outil recherche du site il est possible de taper un mot clef et d’avoir une série d’articles en relation… exemple pour le temps :https://peinturechamanique.blog/?s=le+temps

l'amour c'est tous les jours

L’association commune qui s’établit entre le temps et l’argent, entre le temps et la réussite, entre le temps et la satisfaction en fin de compte, n’est peut-être pas la meilleure qu’il soit.

Cette urgence dans laquelle elle plonge tous ceux qui de bon ou de mauvais grès y adhèrent revêt tous les symptômes d’une maladie mentale.

L’obsession, l’idée fixe, le dérèglement du courage en témérité, de l’endurance et de la ténacité en opiniâtreté; tout cela additionné parfois crée une sorte d’exagération dont on ne se rend pas compte tant que tu te trouves à l’intérieur.

Heureusement le temps fait bien les choses, il les fait en passant, l’air de rien, comme à son habitude.

Imagine alors ce qu’il pourrait t’enseigner si pour un instant tu te déplaçais un peu, disons d’un pas de côté

et que tu te risques, pour une fois, à le perdre en toute conscience.

Il y…

Voir l’article original 853 mots de plus

Fais le tout de suite

En ce moment j’expérimente la gêne. Ça me gêne d’avoir autant d’idées qui me traversent et dont je ne fais pas grand chose. C’est certainement une sorte de confort. Mais je trouve has been ce confort. Et je sais que je dois passer par cette sensation d’inconfort pour passer à autre chose… Appelle ça l’ action si tu veux.

Du coup j’ai envie de lâcher toutes ces idées sous forme de capsules podcasts…

Aujourd’hui je vais te parler de l’attention et des spirales ! Bonne écoute et belle journée !