La patience

Au début j'avais un mal de chien à soutenir son regard. Elle semblait tout voir d'un coup en moi. Je me l'imaginais ainsi. Surnaturelle. Et puis peu à peu, je ne sais comment, surement pas par courage, je pus enfin la regarder bien en face sans trop cligner des yeux.

Aussitôt qu'elle apparue dans la pièce j'eus cette sensation d'être en présence d'une sorte de monstre. Elle était semblable à toutes les femmes où plutôt presque semblable à elles.

C'est dans ce "presque" que l'angoisse tissait son récit, seconde après seconde.

Tout à fait le genre de femme dont je rêvais à cet instant où je revins en France, cette année là. Une à ma hauteur, voire même plus si possible avais je demandé en joignant les pieds, allongé sur le canapé de Lara au fin fond de l'impasse vers laquelle mes pas me portaient à la fin de chaque errance.

Et puis soudain par une série de péripéties et de circonstances je m'étais rendu au bout de Paris, j'avais traversé la ville pour me rendre à l'adresse indiquée, j'avais poussé la lourde porte donnant sur une cour et les ateliers d'artiste. Elle m'attendait et ouvrit la porte presque aussitôt que j'eus frappé à sa porte.

La 4ème Atlantide

On ne regarde presque jamais l'évidence, tant nous sommes en quête d'extraordinaire. Cependant, une fois ce mince obstacle dépassé tout devient une limpidité de cristal. Nous sommes parvenus au terme de la quatrième Atlantide me chuchota Ra. Je ne me sentais pas en mesure de le contrarier, et même j'avais remarqué que je passais de... Lire la Suite →

Le dit de Merlin

L’enchanteur et son air triste je le revois encore tandis qu’il s’avance sur le chemin qui mène à cette maison. Ma maison. Je peux constater aussi l’étonnante métamorphose , la maîtrise consommée de chacun des muscles de son visage pour transformer le sérieux en jovialité. Je le surprends si facilement à opérer ce petit relooquage... Lire la Suite →

Miracle du dodormil

Un comprimé entier hier soir sur la route dans ce petit hôtel suranné. Et puis l’impression d’être terrassé par un gentil rouleau compresseur... Quand j’ai ouvert un œil vers 2h du mat je me suis dis que ce serait ballot de me lever... je tenais encore les dernières bribes d’un rêves entre mes poings fermés...... Lire la Suite →

L’important est de participer ?

"« Le plus important aux Jeux olympiques n'est pas de gagner mais de participer, car l'important dans la vie ce n'est point le triomphe mais le combat ; l'essentiel, ce n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu » Il parait que cette citation attribuée à Pierre de Coubertin prendrait sa source, son inspiration dans un sermon prononcé par l'évèque de Pennsylvanie, Ethelbert Talbot, prononcé le 19 juillet 1908, au cours des Jeux de la IVème Olympiade à Londres. Du coup cette citation est assez mal considérée car elle prend la forme d'une excuse facile à exhiber face à toute défaite. Je crois que cela fonctionne si l'important dans la vie se résume à la victoire, ou si Compostelle est le but ultime gommant tout le parcours effectué pour l'atteindre enfin. Ce qui n'est évidemment pas le cas en ce qui me concerne.

Je marche seul

C'est au mois de juin 1985, que cette chanson parvient sur les ondes. J'ai 25 ans et je suis encore tiraillé de tous les côtés par les doutes quand à ma soi disant vocation d'écrivain. Mais je m'accroche. J'ai lâché tout ce qui m'apparaissait encombrant. La famille, la petite amie, l'idée de faire une carrière quelconque dans quoique ce soit d'autre que l'écriture. Je vis dans une chambre d’hôtel et je vis de petits boulots qui ne me mangent pas trop de temps dans la journée. Et bien sur je marche énormément dans les rues de la ville. C'est la seule solution que j'ai trouvé instinctivement pour être encore dans le mouvement général de la vie. Je marche durant des heures parfois sans adresser la parole à personne durant des jours. Je n'ai jamais été un "fan" de JJG. L'engouement des foules me l'a fait mettre au ban automatiquement. Tout ce qui sort du poste de radio est plus ou moins suspect mais c'est à peu près le seul lien avec la marche que j'entretiens avec le monde. Et puis ça tombe bien je marche seul moi aussi. Il y a quelque chose qui se met en place doucement, une vitesse de croisière, une habitude pour contrecarrer d'autre habitudes. Une autonomie oui, et une émancipation aussi de tous les jougs que je trimbale depuis des années. Quelque chose est dans l'air du temps et m'imbibe. Cela fait 4 ans que Mitterrand vient d'être élu, et une bouffée d'air frais semble envahir les rues de Paris. La fête de la musique vient d’être crée 3 ans plus tôt au mois de juin également... les gens semblent encore espérer tout un tas de choses. Et moi aussi surement. J'ai encore toute la vie devant moi, de l'espoir, et je marche de long en large dans ma chambre d’hôtel et dans les rues pour trouver les mots, pour dénouer ces nœuds tellement serrés. Mais j'ai enfin un but pour quelques temps auquel m'accrocher dans la solitude que j'expérimente et qui peu à peu devient quelque chose d'essentiel.

Une idée de génie

Judith déjeune encore seule et ça l'agace. Egmond ne descend plus. Il reste vissé sur son fauteuil là haut à l'étage. Depuis quelques semaines, des mois peut-être il s'est mis en tête de devenir écrivain. Il se lève aux aurores et tape comme un forcené sur le clavier de son ordinateur. Judith au début l'appelait pour qu'ils passent ce petit moment privilégié ensemble, en vain. Elle l’appelle encore plusieurs fois mais désormais c'est une sorte d'habitude entre eux qui s'est installée, Egmond tarde à descendre. Elle a du mal à en prendre son parti, car boire son café du matin seule la rend triste

Présentez-vous

Ces deux mots je les ai toujours redoutés. Non pas que je ne sache parler de moi cela je sais très bien le faire, mais cette forme d'injonction associée à l'instant présent, dans l'instant présent, m'a toujours profondément ébranlée. C'est qu'on vous demande en deux mots de bien d'être là, de l'être vraiment , devant... Lire la Suite →

Le mensonge de Macha


Macha Linderstrom s'était mariée deux fois et s’était promise de ne plus jamais recommencer comme lorsque on se brule la main en saisissant sans réfléchir la queue d’une poêle trop chaude, elle prenait désormais un nombre minimum de précautions avec les hommes qu’elle rencontrait. Tout à fait comme on prend un gant pour sortir un plat du four.
Cramée de l’intérieur s’était ce qu’elle avait l’habitude de penser lorsqu’elle se rappelait la petite fille qu’elle avait été. Et si elle songeait à cette petite fille c’est que le cadavre allongé devant elle correspondait assez bien pensait elle à ce qui lui était arrivé.
En professionnelle qu’elle était elle se concentrait sur les différentes plaies qui ponctuait le corps de l’enfant comme on examine des fissures dans un mur pour comprendre leur origine.
L’assassin semblait avoir agit en deux phases , une très méthodique en découpant la chair à l’aide d’un outil excrément tranchant et précis tel un scalpel puis s’était littéralement défoulé en zébrant les chairs de coups, elle l’espérait, post mortel.

Elle entra toutes les informations au fur et à mesure dans un enregistreur MP3 puis une fois son ouvrage achevé elle alla se laver les mains et se rendit à son bureau où elle se dévêtit de sa blouse blanche, la plaça dans un panier prévu à cet effet et enfin elle sortit un petit miroir de son sac à main pour s’arranger un peu.

D’origine juive et suédoise son visage lui renvoyait dans le refet ses origines pensa t’elle par la pétulance de son regard sombre et la blondeur encore vivace de sa chevelure. A 55 ans elle était fière de n’avoir encore que de très rares cheveux blancs.
Elle leva le bras pour que le reflet lui renvoie une vision plus complète d’elle meme et nonobstant la déformation probablement due à la perspective plongeante elle se dit qu'elle était encore du bon coté de cette frontière qui sépare la maturité épanouie de la vieille peau qui veut encore se la jouer.
Puis elle ne fut pas surprise de repenser à l’inspecteur Blanchard et particulièrement à ses tempes grisonnantes et à la lèvre supérieure de celui ci qui lorsqu’il parlait provoquait à la fois une légère répulsion comme une attirance physque qu’elle n’avait pas oubliée. Elle pensait à Elvis Presley et leurs deux bouches semblaient se confondre puis s’ajuster parfaitement comme dans le viseur de son vieux LEiCA M42. MAcha était passionnée de photographie noir et blanc et lorsqu’elle avait un peu de temps elle s’enfermait encore des heures la nuit dans sa chambre noire qu’elle s’était installée dans la nouvelle maison qu’elle venait d’acquérir À Chazemais. Pour le moment elle rentrait le soir dans son appartement de Clermont et ne profitait de la campagne que les week end à condition que l’on ne l’appelle pas pour un nouveau meurtre.
Cela valait le coup pensait elle de faire autant de kilomètres pour passer un week end en dehors de tout ça, comme une nouvelle vie qui commençait pour elle.
A un moment elle éprouva une nostalgie qui la surpris , celle d’une époque ou Blanchard et elle étaient amants.
Elle aurait aimé se rendre à la maison de Chazemais avec lui et elle en était là lorsque soudain elle se reprit, éteignit la lumière du bureau et rejoignit la sortie du bâtiment de l’IML.
Quelques minutes après elle avait remplacé ses pensées bucoliques dans lesquelles Blanchard détonnait par l’évaluation du contenu de son réfrigérateur et se senti soulagé de se rappeler qu’elle l’avait rempli la veille.
En se garant dans un créneau parfait une image surgit soudain qui lui fit monter les larmes aux yeux.
Celle d’une petite fille qui demandait de ses yeux vides silencieusement « pourquoi ? »

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