Comment je suis parvenu à détester Julien Clerc

Je crois que ça commençait par

«  » « À quoi sert une chanson si elle est désarmée? »
Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés « 

Nous étions dans les années 90 et encore une fois de plus je me retrouvais perdu dans la ville sans but et sans autre ambition que d’en acquérir une ce qui me faisait perdre un temps fou. Et puis Julien Clerc a chanté dans le poste de radio et là j’ai eu les boules et j’ai été étonné parce que ce gars là ne m’avait jamais rien fait, il chantait juste qu’il voulait être utile et ça m’a énervé.

C’était comme la naissance d’un mot d’ordre auquel j’allais assister et qui allait se vérifier dans la suite des années à venir. Finit de perdre son temps il faut absolument être utile, et moi bien sur je me trouvais complètement, parfaitement inutile bien sur d’ou le chiasme.

Oh détester est peut-être exagérer mais il me fallait un titre accrocheur, qui peut bien détester un chanteur de variétés dans le fond ? Non ce que j’ai vraiment détesté à l’époque c’est plutôt ma sensation d’inutilité au final pour ne pas dire moi tout entier bon à rien.

A trente ans je voyais tous mes amis se ranger, acheter des appartements, des maisons, avoir des gamins, bref l’un après l’autre quittait le navire de l’errance que nous partagions et au final je me retrouvais tout seul à bord perdu dans la tempête de doutes opaques sans visibilité, déçu après tant d’espoirs fébrilement nourris.

Quelle idée de créer une chanson sur la volonté d’être utile c’était comme un camouflet qui m’arrivait par les ondes à chaque fois que j’allumais la radio.

En fait ma différence était ma résistance à cette idée d’utilité je crois qui allait se développer dans toute la société jusqu’aux frontières de l’absurdité apparente. Désormais il y a des gens qui veulent se rendre utiles en défendant la cause animale, en invoquant qu’ils sont des « individus » comme toi et moi.. dans les années 90 c’était une idée qui faisait sourire, on voyait Brigitte Bardot entourée de teckels et de bassets et on se disait que cette dame vieillissait un peu mal en s’agitant pour les bébés phoques .. bref les temps changent et la notion d’utilité comme une graine a produit tout un tas de trucs bizarres mais ces bizarreries font la société dans laquelle nous vivons désormais.

Pour en revenir à la peinture « utile » était aussi une obsession de Vincent Van Gogh lorsque je lisais sa correspondance avec Théo son frère, cette occurrence est perpétuelle dans chaque lettre ainsi que la plainte du manque d’argent.

En réfléchissant à ma vie et à cette notion d’utilité je crois que nous serons toujours utiles de toutes façons quoique nous fassions ce n’est pas la peine de se prendre la tête de trop avec ce concept. Tu sais même le clochard devant le tabac est utile au final car il te permet de te dire ouf j’ai de la chance d’avoir un toit sur la tête et c’est comme cela que ma colère ou mon agacement envers Julien Clerc et moi même se sont apaisés.

Ah et puis une chose encore ce qui me gênait dans l’utilité c’est quelle semblait devoir faire fi de la poésie, de l’imagination, il lui fallait un cadre. Mes résistances à la notion commune ( purement imaginée par moi ) ne seront que des tentatives pour comprendre la nécessité de cadre, de contrainte, de répétition et ce malgré toutes mes errances mes égarements apparents.

Dans le jardin des moines

Iris dans le Jardin des Moines/ Prieuré de Salaise sur Sanne

Peut-être en m’agenouillant avec cette fausse humilité dont ne se départissent pas les orgueilleux contrariés aurais je dévoré à pleine bouche cette fleur fraîche comme jadis l’innocence. Cependant tout cela est transmuté et c’est à travers le 3 ème œil, objectif que l’Iris ultraviolet jaillit sur l’écran désormais.

Comme une part de l’observateur s’offrant à l’intérieur comme l’extérieur, porte battante d’une cloison fantôme, dont le diaphragme s’ouvrant puis se refermant évoque une durée, une éternité constitué de milliards de milliards d’instantanés.

A l’unisson nous sommes sous les gouttes de rosée, dans ce jardin des moines dans lequel Hasard nous a menés.

L’Iris et moi, moi et l’Iris, quelle importance ? Il se passe au 60 ème de seconde un présent qui nous projette dans un futur infini.

Renoncer à sa légende d’artiste

Est-ce si nécessaire que cela pour attirer le chaland à l’étalage de nos œuvres de bâtir une légende d’artiste ? Il m’est avis que non et c’est bien un de mes plus importants blocages dont je viens vous faire l’aveu ici.

Quand on pense à un Picasso, un Dali, un Modigliani, nulle doute que ces « personnages » dont nous nous sommes victimes de leur luminescence fossile en les plaçant à l’Olympe du monde de l’Art ne sont au final que des légendes fabriquées plus ou moins consciemment, soit par eux-mêmes, soit par leur entourage, soit par les marchands qui de tout temps connaissent bien l’impact que procurent les histoires, appelons les désormais « Story telling » puisque l’anglicisme va de paire avec « marketing ».

Bien sur il est d’usage désormais de raconter des histoires pour mieux positionner une marque de lessive, une opération humanitaire, et même les œuvres d’art. Le succès rencontré par l’émission « D’art d’art » ne démentira pas mon propos quant on comprend que ce sur quoi on veut attirer l’attention du public n’est qu’un secret à dévoiler, un message caché, une énigme à résoudre.

De là à ce que le moindre peintre se creuse désormais le ciboulot pour raconter son histoire, qu’elle soit vraie ou arrangée, YouTube nous apprend que c’est devenu un impératif minimum.

Moi-même cher public je n’ai pas dérogé à cette règle en narrant mes petits tourments, racontant mon enfance, mon adolescence, mes crises d’acnés et si je ne suis pas entré dans les détails plus avant c’est que j’essaie d’arrêter l’onanisme conjointement à la consommation de tabac. Evidemment j’ai encore quelques rechutes mais il me semble malgré tout être sur la bonne voie.

Je n’en tiendrai pas rigueur à Philippo Lippi, mais quand la signature compte plus que le tableau lui même c’est qu’il y a une déviance quelque part. Je veux dire quand la signature évoque un personnage, que ce personnage évoque une légende, et qu’au final le tableau finit par disparaître du champ de vision, noyé dans le brouillard féerique des interprétations masturbatoires de l’auteur, de ses marchands, ou des critiques payés à la pige.

J’ai passé un temps fou à vouloir écrire ma  » bio » mon histoire d’artiste. Des pages et des pages et cependant une fois ce mauvais moment passé, ma force d’inertie aidant, je ne me suis jamais vraiment résolu à la publier comme cela devait être le but. Une gène, peut-être un peu de pudeur mais pas seulement, m’en a préservé. C’est surtout en fin de compte l’élaboration d’un récit de fiction car qui suis je vraiment pour détenir la vérité de ce qui s’est passé dans ma vie. Il n’y aurait qu’à demander à ceux qui m’ont fréquenté pour obtenir un son de cloche fort différent j’en suis certain, alors trouver une cohérence qui ne satisferait au final que moi, m’a semblé être à nouveau une tricherie magistrale et j’ai décidé de laisser ce récit dans un dossier de l’ordinateur.

Ce n’est pas que je sois honteux ou fier de ma vie, non mais je crois finalement que de trop en dire nuit gravement à la suggestion. Alors pour me présenter finalement il n’y aurait que les faits et juste les faits qui me semblent valables, mon année de naissance, attestée par un certificat administratif, comme mes diplômes, mes différents actes notariés de mariages et de divorces, mes expos, mes tableaux et le reste finalement appartient au silence.

En tous cas sans doute est ce d’en avoir déjà trop écrit, trop dit que j’en ressens un vertigineux dégoût, une impression de faux propre comme on en respire à la la laverie du coin de la rue . Finalement l’expression laver son linge en public dépeint assez bien ce que j’ai voulu faire m’installant en héros Cervantesque alors que somme toutes je ne suis que son Sancho Pansa.

C’est possible d’en mourir d’ailleurs c’est bien ce qui advint à Don Quichotte dans le second volume de ce roman magnifique, quand les chevaliers ennemis redeviennent de simples moulins à vent et que la Dulcinée de Tobosco retrouve ses varices et son langage de poissonnière.

Sois dynamique !

Portrait d’un âne d’après Chagall. Patrick Blanchon 2018

C’est un ordre plus qu’une imprécation, du moins c’est comme cela que je le prends. Non pas comme un conseil, une invitation, car on ne reçoit pas de baffe si l’on fait défaut dans ces cas là. Et des baffes et des coups de pied au fesses j’en ai reçus tellement de ne pas avoir été suffisamment dynamique que si je n’obtempérais pas si facilement que ça c’est que je crois que je ne supportais pas le ton avec lequel on me le disait. Cet énervement mêlé à la déception avec un zeste d’agacement était pour moi le signal d’une fragilité certaine qu’il fallait à tout prix ne pas me laisser m’envahir. J’étais donc d’une mollesse fabuleuse juste pour faire chier mon père. Du moins c’est ce que j’ai pu penser un moment. En fait la vérité comme d’habitude est ailleurs.

Quand je le revois, propulsé par une invitation maternelle à entrer dans le personnage du bricoleur, certains dimanches, je crois que mon premier réflexe avant que je ne prenne la mesure de son incompétence , était de vouloir l’admirer.

Mais une fébrilité telle s’emparait de lui, qu’il devait perdre à peu près tous ses moyens et reportait copieusement sa faiblesse sur le premier venu. En l’occurrence, moi. Il y avait toujours un clou qui se tordait qui n’était pas le bon, un marteau oublié qu’il fallait retrouver, une scie qui pétait et dont on ne retrouvait pas la lame de rechange. Les séances de bricolage de mon père avaient vraiment quelque chose d’homérique.

J’en ris car moi aussi quand je bricole j’ai tendance à tempêter tout haut, à en vouloir au monde entier, à me frapper copieusement sur les doigts. Bref j’ai hérité de ce travers que nous possédons de père en fils.

Si je remonte à la source, je ne remonte pas bien loin. A mon grand père, le père de mon père. Qui d’une nature bonhomme et plutôt j’m’en foutiste tout bien pesé, était aussi un drôle de bricoleur. Lui son truc c’était le guingois. Il montait les piliers de traviole, les murs penchaient terriblement, rien n’était d’équerre et tout allait très bien aller comme ça. Il était d’une nature optimiste et on ne pouvait guère l’attrister par la moindre réflexion sur ses capacités de constructeur pas plus que de bâtisseur. Il allumait une gitane blanche sans filtre regardait son interlocuteur bien droit dans les yeux puis disait, on verra bien et si on allait s’en jeter un petit, et le tour était joué. Il s’en foutait complètement. Il s’était barré de la maison pendant 12 ans pour aller acheter une boite d’allumette… on ne pouvait plus lui dire plus qu’à son retour ma grand-mère.

De mon côté la vie m’a amené à côtoyer à peu près tous les corps de métier du bâtiment si bien que j’ai à peu près de bonnes notions en tout, aussi bien en Electricité, en plâtrerie, en maçonnerie, en plomberie, et en tout un tas de choses qui ne me viennent pas à l’esprit au moment où je suis en train d’écrire ces lignes.

Mais malgré tout je ne peux m’empêcher de râler quand je dois bricoler. qu’une seule vis me résiste et c’est alors la fin du monde, je crois que je pourrais en pleurer de rage. Mais finalement, une fois la crise passée, je finis par la boucler et à conclure la tâche quelle qu’elle soit. Cela fait beaucoup rire mon épouse désormais mais au début elle était assez surprise et effrayée.

Généralement quand je bricole cela se passe en deux temps, voire trois.

D’abord il faut que quelque chose me résiste pour laisser sortir ma fureur que l’on comprenne bien que ça m’ennuie profondément de bricoler et que j’aurais surement un tas d’autres choses bien plus intéressantes à faire dans la vie…

Ensuite je réfléchis je me calme car je sais pertinemment que je ne couperais pas à ce genre de travaux, trop coûteux à faire faire par autrui bien souvent.

Ensuite je suis envahit par une patience et une pugnacité infinie, et je réalise à peu prêt tout dans une sorte d’abnégation magistrale.

Je crois que dans cette expérience du bricolage je veux beaucoup réparer de choses anciennes pas seulement remettre un gond, installer un va et vient, ou changer une ampoule fichue, et puis mon père et mon grand-père sont enterrés bien loin du village où je vis désormais. Mes séances de bricolage, c’est un peu de petites Toussaint que je leurs dédicace secrètement.

La position kamasutresque de l’artiste.

https://www.onlymyhealth.com/vatsayan-kamasutra-art-love-1316065798

Bon je mets un titre accrocheur pour attirer le lecteur, toujours friand de cochoncetés, prêt à tout pour revoir ses classiques sur ce formidable ouvrage illustré que représente pour tout érudit le Kamasutra.

De toutes les positions que je me garderais bien d’énumérer je n’en conserverais qu’une qui correspondrait à mon sentiment sur le sujet qui me préoccupe et pourrait s’approcher grosse modo de la prière.

J »invite à s’agenouiller en chœur de nombreux corps de métiers, comme par exemple nos chères institutrices et instituteurs qui, lorsqu’on relit les romans de Pagnol avaient encore au siècle passé le rôle de notable.

Voir aussi les femmes de ménage d’antan désormais bombardées du titre ronflant et absolument sans gout de « technicienne de surface ».

L’onde de choc de l’égalité par le bas pour faire mieux reluire les crânes bronzés du haut, a balayé les médecins, les cadres en général, toute la classe moyenne en gros qui autrefois pouvait tenir la dragée haute à la population dite  » ouvrière »..bref le 20 eme siècle, les guerres, les crises économiques et sociales étant passées par là comme un gigantesque rouleau compresseur bien des vanités et des orgueils se seront aplatis pour laisser place à ce nouveau venu que l’on qualifie désormais à toutes les sauces : Le technicien.

Et l’artiste dans tout ça ? et bien hormis une petite poignée d’individus choisis par le haut du panier des pinces fesses mondains afin d’ accélérer la création de plus value rapide, (pas le temps d’attendre la mort d’un nouveau Van Gogh) la plus grande partie est rabaissée elle aussi et c’est un avilissement quasi permanent qui leur est proposé s’ils veulent bien gagner un peu d’oseille et ranger leur dignité et leurs rêves de grandeur au placard.

Avec l’avènement des plateformes de vente en ligne, la concurrence entre artistes savamment entretenue par des algorithmes vicelards et une ignorance toujours plus vaste du grand public, la position du pénitent devrait être idéale pour tout artiste qui désire gagner sa croûte.

Il faudra commencer par ne pas être trop gourmand point de vue prix , la référence à Ikéa planant désormais dans de nombreuses cervelles, et puis l’acheteur potentiel bénéficie comme option de tous les outils de recherche, de comparaison possible à sa disposition.

Pour un même format, une même technique et un sujet semblable il serait suicidaire de ne pas afficher les mêmes prix que la plupart des autres. Au mieux on passerait pour un hurluberlu, un résistant, au pire pour un escroc de bas étage. Les histoires de cotation ne sont qu’un doux leurre qui ne leurre encore que certains artistes pas très avisés des bouleversements du marché. Un leurre que l’on doit payer tout de même pas loin de 100 euros si l’on veut figurer dans le catalogue de chez Akoun.

Comme si la plupart des gens se baladaient avec le susdit catalogue quand ils se rendent dans une foire artisanale, une salle de mairie, un office de tourisme, et même désormais chez les nombreux loueurs de cimaises qui, ayant fleuré une bonne niche proposent leurs locaux à des prix souvent déraisonnables en promettant monts et merveilles a ces grands naïfs que sont bien des artistes dits émergents

De nombreux lieux d’exposition dits « institutionnels » ne rémunèrent pas non plus les artistes qui viennent y exposer leur travaux. Il faudrait que tout soit à bas prix et mieux encore complètement gratuit. Vous commencez à mieux saisir qui se courbe et qui enfile.

On peut simuler l’orgasme bien sur pour espérer une reconnaissance minimum de la part de tous ces organisateurs prestataires qui prestent hélas si souvent avec le denier public, c’est à dire nos pépètes, celles qui proviennent aussi des artistes qui déclarent honnêtement leurs activités et ventes et qui donc paient des charges sur celles ci. Un serpent se mord la queue quelque part dans le décor, aie …

Donc que faire désormais pour parvenir à vivre de son art dignement sans courber l’échine, en restant libre ? Il me semble qu’il serait temps de supprimer tous les intermédiaires comme dans l’agriculture, arrêter de se battre contre pour un marché qui n’intéresse somme toute qu’une minorité de personnes, peut être même des mafieux qui ne cherchent qu’à blanchir leur pognon en investissant dans l’art … non, aller le mieux est de revenir au local, à la petite épicerie à la papa, installer son étalage sur le marché du village et vendre ses toiles comme de bons petits pâtés faits avec amour en plus si ça donne du plaisir aux bonnes âmes du bourg on pourra peut-être étudier avec elles les 119 autres positions encore non exploitées.

Barabas ou Zorba?

Zorba Le grec.

Sans doute un de mes plus grands regrets et de ne jamais avoir été frappé par la foi. Ou alors j’ai bel et bien été frappé mais l’habitude de me relever et mon obstination de la déviation me l’auront fait oublier, je n’ai pas su tenir fermement celle ci dans mon cœur d’artichaut.

Il est possible aussi que celle ci se soit présentée de façon humble et simple, et que je n’ai pas su alors en tenir compte, m’attendant à autre chose de plus « cinématographique ».

L’influence des péplums américains après avoir produit en nous l’envie, peut faire des ravages quant à la manifestation de celle-ci.

Enfin la mer rouge ne s’est jamais ouverte devant moi, et si j’ai connu des buissons ardents, ce n’était pas Dieu qui s’y trouvait mais de bien jolies filles avec lesquelles je batifolais.

J’ai toujours été du côté de Barabas, méfiant et bougre somme toutes en toutes circonstances et même carrément brigand.

Anthony Quinn qui l’incarna magnifiquement de même qu’il incarna « Zorba le Grec » a laissé en moi une empreinte étonnante de ce que pouvait être à la fois le repentir fulgurant et l’ivresse de vivre contre vent et marées.

Possible que si l’on me crucifiait, je trouverais encore le moyen de gigoter en m’inventant un bouzouki constitué de bribes de vent, de souvenirs, et de désirs non assouvis.

Je quitterai ce monde à regret si je ne le quitte pas en dansant ou en chantant ou en peignant ce qui est pour moi la même chose finalement.

A repousser tout ce qui se présente, je me demande désormais si c’est pour toujours espérer mieux et ne jamais l’obtenir, comme une sorte d’équation mathématique que j’aurais inventée, moi qui ait toujours été si mauvais en calculs.

A repousser tout ce qui se présente je me suis attaché à me détacher perpétuellement de tout ce qui risquait de me lier car pour moi lier fut longtemps synonyme de ligoter.

Mais c’est encore une erreur de logique que je vous livre ici.

Se lier c’est aussi lier des amitiés,

lier des éléments qui ne sont pas destinés à se rencontrer,

lier c’est faire fonctionner la partie intuitive de nous mêmes hors de la raison et de la prospective.

Lier c’est retrouver aussi ce que nous cherchons tous plus ou moins confusément je veux dire l’unité.

Comme celle de ce brigand biblique qu’est Barabas, ou de cet homme un peu frustre mais tellement authentique et roué en même temps qu’est Zorba le grec ma route ressemble à la leur. Mais c’est surtout ma route et je ne peux concevoir encore comment elle s’achèvera : sur la croix que forme le désir avec le renoncement ou dans une île Grecque à danser un peu boiteux mais encore vif au son d’un bouzouki.

Tout et son contraire

négatif valant un positif. Patrick Blanchon 2018

Aujourd’hui c’est possible. On peut dire vraiment tout et son contraire, c’est accepté, validé, entériné. La faillite du vrai comme celle du faux atteint à son paroxysme. Il ne reste plus guère que les musiciens, et encore ceux qui sont dotés de l’oreille absolue pour détecter les couac. Enfin tout dépend de la position que l’on adopte par rapport à l’Oeuvre de Pierre Boulez bien sur.

Bateson en avait parlé il y a maintenant longtemps dans ses travaux sur le « double bind » en français la double contrainte, je crois que l’on est désormais en plein dedans à peu près à tous les niveaux. Ce qui est ballot car ça entraîne vers la schizophrénie la société dans son ensemble.

C’est la maman qui dit  » je t’aime » à son enfant et lui décoche une baffe en même temps, c’est le père monolithique et autoritaire qui en cachette s’affuble d’un nez rouge et d’un string rose. C’est la blonde pulpeuse égérie des pin-up des camionneurs d’antan qui se fait greffer un pénis. j’énonce seulement les faits je ne les interprète pas remarquez bien car c’est aussi une résultante du » tout et son contraire » que d’annuler la prise de position lorsque on admet que toutes les positions se valent.

En politique aussi le tout et son contraire a été élevé à la hauteur d’un sacerdoce. Simplement nous sommes devenus familiers de cet état de fait, l’habitude finalement est une solution confortable pour tout le monde, car tout le monde sait la difficulté d’en changer.

Il faut seulement 30 jours pour créer une nouvelle habitude en remplacement d’une autre. Je ne parle pas de bonne ou de mauvais habitude, je parle juste de changement.

Alors si on essayait pendant 30 jours de garder un cap quelconque, par exemple moi je viens d’arrêter de fumer depuis 7 jours et je compte bien conserver ce cap encore 23 jours. Rien que pour valider ma théorie que quoique je fasse, que je fume ou pas en l’occurrence, ce n’est pas une question de goût, ni de volonté, ni d’argent. Mais c’est juste parce que désormais tout et son contraire se valent. Je ne peux pas vous dire la bouffée de liberté et d’air frais que cela apporte à mes petits poumons.

Le léger et le lourd

« Hyperborée  » huile sur toile 100×100 Patrick Blanchon 2017

Parler légèrement de choses graves et parler gravement de choses légères offre un point de vue différent . Découvrir qu’il peut exister plusieurs manières de voir les choses selon les caractères sera anxiogène ou libérateur. En ce qui me concerne je peux en parler en expert j’ai vécu les deux manières d’aborder cette réalité.

A l’adolescence j’étais tellement grave et sérieux que me retrouver confronté devant plusieurs points de vue sur un sujet me dézinguait la caboche . Pour m’en remettre, la plupart du temps il me faut arpenter les chemins de campagne, sentir le poids réel de mon corps se balancer d’une jambe l’autre, et c’est physiquement que je m’extirpe de l’ambiguïté désastreuse provoquée par la découverte fortuite que les filles puissent être des saintes et des salopes tout en même temps.

C’est que déjà avec la perte de mes premiers cheveux, je comprends l’importance du point de vue mais je ne sais pas du tout quoi en faire.

A 30 ans le cynisme m’aide énormément à ne pas me disperser dans l’usage des points de vue. Le cynisme est un cap mis au Nord une bonne fois pour un moment, confortable d’une certaine manière, une paresse cordiale ou cardiaque établit comme un point de vue sacerdotal si je puis dire.

Le cynisme doit avoir à peu prés les mêmes œillères mentales que la gentillesse chronique ou la politesse appliquée c’est un point de vue pratique qui ne sert qu’à ne pas trop être dérangé.

Vers 40 ans je connais l’amour universel, avec en miroir des plongées profondes vers les abysses qui me proposent assez souvent le projet d’en finir « bonne fois pour toutes ». Grace et disgrâce encore deux points de vue qui s’entremêlent.

A la cinquantaine je maîtrise à peu près tous les points de vue qui me sont disponibles sur n’importe quel sujet. Il s’opère un recul magnifique sans cruauté ni excès de tendresse exagérée sur l’ensemble des manifestations physiques et mentales que je traverse.

Une solitude de plus en plus grande est alors découverte en même temps qu’une étrange proximité possible avec l’ensemble des êtres et des choses, une intimité douce en même temps qu’une réserve qui ne cessent depuis de s’approfondir. Au delà des mots au delà des actes il y a ce silence dont nous sommes constitués et ce silence me parle. Je veux dire que tout ce que je dis désormais ne provient que de ce silence. J’ai l’air d’avoir une opinion personnelle mais ce n’est que celle du silence pas la mienne que j’ai oubliée en chemin parce que je sais que celle ci est susceptible de ne jamais être stable, solide, fluctuante selon l’oreille, l’expérience, et le point de vue. « Je » n’impose plus rien que de tenter plus ou moins adroitement de révéler le silence, comme autrefois dans mon laboratoire photographique je passais des feuilles barytées dans des bassines pour voir les noirs monter en premier dans les images puis stabiliser les détails dans les hautes lumières.

Un jour, je me dis, il faudra que je reprenne l’histoire de Gilgamesh pour l’illustrer, il m’arrive de plus en plus souvent désormais de rêver à de grands tableaux, sorte de fresques éblouissantes dans lesquels le héros mythique sumérien, ayant goûté à la douceur, à la quiétude du monde paradisiaque, décide de retourner sur terre juste pour jouir à nouveau de ce miracle qui consiste à pouvoir simplement changer de point de vue.

Auschwitz, Dachau, Treblinka

Miniature perçante huile sur papier photo

La chanson commence par  » ils étaient vingt et cent ils étaient des milliers  » et quand je l’entends la première fois je viens d’atteindre mes 14 ans. J’aime bien l’air et puis, c’est assez simple à jouer à la guitare… J’apprends les paroles et je m’entraîne copieusement devant ma glace. A 14 ans j’ai déjà un peu de grave dans la voix mais bon je ne suis pas Jean Ferrat quand même.

Enfin cette chanson me flanque des frissons malgré l’incompréhension à peu près totale de son contenu. C’est à ces moments là qu’on pourrait croire à la réincarnation, quand l’âme se souvient même si la cervelle est lourde, obtuse, d’une ignorante anthracite.

Deux ans plus tard je me retrouve assis dans le réfectoire de la pension religieuse que je fréquente. L’établissement est tenu par des prêtres polonais presque tous rescapés des camps d’extermination nazis. Je sais plus ou moins ce que sont ces camps car je viens de passer ma première année j’ai donc assisté à la séance déjà l’année passée. C’est un film sur le père Kolbe.

Rajmund Kolbe, plus connu sous son nom de consécration Maximilien Kolbe, né le 7 janvier 1894 à Zduńska Wola et mort le 14 août 1941 à Auschwitz, est un frère franciscain conventuel polonais.

Après avoir été arrêté par la Gestapo, il est détenu dans le camp de concentration d’Auschwitz, où il s’offre de mourir à la place d’un père de famille, Franciszek Gajowniczek. Les nazis le font exécuter au moyen d’une injection de phénol.

Canonisé en 1982 par le pape Jean-Paul II, il est vénéré dans l’Église catholique sous le nom de « saint Maximilien Kolbe » et liturgiquement commémoré le 14 août. ( wikipédia)

Je crois que c’est lors de cette seconde séance de cinéma que j’ai définitivement admis que l’être humain en général était la pire crevure de la galaxie, sinon de l’univers et le geste héroïque du père Kolbe, s’il avait pu l’année précédente me confier un peu d’espoir malgré tout me laissant ainsi un sursis qui permettait d’en finir élégamment avec l’enfance, cette année là ma fatigue était telle que je renonçais même à un quelconque espoir de rédemption possible pour l’humanité toute entière, y compris envers moi-même.

C’est que là franchement tout était allé tellement loin dans la démesure et l’organisation que je ne voyais pas du tout comment nous pourrions nous relever et nous appeler encore erectus… sapiens en même temps avait déjà disparu de ma carte mentale à peu près à l’instant ou j’ai fait mes premiers pas dans les classes élémentaires.

Bref l’homme ( et la femme) étaient capables de destruction massive et scientifiquement raisonnée, planifiée , rationalisée. Il fallait vraiment être complètement con pour croire à la poésie, à l’art, à la beauté, en fait à tout ce que l’homme ( ou la femme ) pouvait effleurer et qui se transformait soudain à partir de la seconde séance de cinéma à Saint Stanislas d’Osny en mensonge extraordinaire destiné à masqué la plus horrible des réalités. Cette barbarie logée au plus profond de chacun de nous.

Car il eut été simple et facile même de projeter sur quelques allemands et kapos juifs l’infamie donc j’étais le témoin annuel mais je sentais bien que tout cela allait au delà d’une question de race et de frontières. La cruauté maligne était logée dans toutes les carcasses assises à coté de moi dans cette salle de cinéma improvisée, pire elle ne pouvait pas ne pas se trouver en moi aussi.

Les camps d’extermination ce n’est pas le fait d’une poignée de nazis seulement, c’est le fait de l’humanité toute entière.

Une chose qui me confortera dans cette pensée c’est qu’après la fondation d’Israël la première chose qu’elle fit vis à vis des territoires occupés, c’est d’installer des barbelés et des check point..Était ce du à la nostalgie ?

En Syrie aujourd’hui c’est à peu prés la même chose qui est en train de se produire, en fait ça ne s’arrêtera jamais force est de constater que cette cruauté en nous demande régulièrement son tribu de brimades, de morts, d’humiliations, comme de héros.

Alors quand quelques peignes cul au grès de leurs émois adolescents se mettent à taguer des vitrines juives, et des sépultures c’est bien dans l’ordre des choses, rien de nouveau à l’horizon.

Susceptibilité

Susceptibilité tempéra sur papier 18×24 cm Patrick Blanchon 2019

Susceptibilité

Pendant longtemps je suis un « écorché vif » Pour un « oui » ou pour un « non », surtout pour un « non » je monte sur mes grands chevaux, possédé par un Gengis Kahn grotesque. Il faut  qu’on m’aime bon dieu ! et qu’on ne me contredise  pas en plus. Franchement, je ne me rappelle plus pourquoi je suis comme ça. Sans doute un putain de manque de confiance en moi.

Mon père est comme ça. Il ne supporte absolument pas la contradiction et je me demande encore pourquoi il a épousé ma mère qui est la contradiction incarnée ? Les gens cherchent ils toujours le bâton pour se faire battre ?

Et puis la vie, le vent, la pluie et le soleil sont passés des milliers de fois sur ma timidité maladive et mon orgueil démesuré. Je crois que je commence à écouter tardivement, sans doute aux alentours de 45 ans, mais comme on dit « mieux vaut tard que jamais ».

Encore une fois c’est par les mots (les maux) que l’opération alchimique s’effectue. Je suis  tellement assuré qu’il s’agit de mes mots personnels ceux qui sortent sans discontinuer de ma bouche, que je ne  prends pas  garde à la définition commune de ceux-ci.

N’est ce pas le comble de la prétention de s’accaparer ainsi le langage sans vérifier que nous en avons bien saisi les fondements ? Ainsi le mot « amour » ne fonctionne  toujours que dans un seul sens : la réciprocité n’est  pas envisagée comme une attente. Si j’aime il est tellement  évident que je suis  payé en retour du même amour. Avoir faim ou soif ne sont-ce pas déjà des bénédictions se suffisant à elles-mêmes ?

Que de malentendus pas seulement dus à un bouchon de cérumen ! Le bouchon c’est ma cervelle toute entière qui fait obstruction.

Je ne comprends  tout bonnement pas qu’on ne puisse m’aimer naturellement alors que je suis  absolument capable de tout aimer d’emblée.

C’est après plusieurs ruptures sentimentales (il m’en faut  un paquet avant de comprendre) que je m’interroge sur le mot amour en profondeur et que je comprends  que les gens en général se fichent  bien du mot en lui-même, non ce qu’il leur faut avant tout ce sont  des « preuves » d’amour. Surtout les femmes j’ai remarqué qui  en sont définitivement friandes.

Pour les hommes il semblerait qu’il existe une sorte d’accord tacite notamment dans l’amitié qui ne nécessite qu’un entretien minimum. Aimer un homme pour un homme engage moins à la falsification.

Car falsification il y a forcément en amour. Comment produire des preuves tous les jours, voir parfois plusieurs fois par jour ? Comment sortir de ce rôle présumé de « mis en examen » perpétuel sinon par les mensonges et la fausse monnaie ?

L’amour doit il envahir ainsi tous les instants de notre vie quand on le déclare parfois imprudemment à l’ « Autre féminin » ?

Soit je ne suis pas tombé sur le bon cheval soit j’ai un problème cardiaque. C’est vers cette seconde hypothèse que je me dirige pendant quasiment une décennie. Au final après plusieurs échecs cuisants oui, je me suis convaincu d’une  incapacité chronique à  aimer comme il faut   car je n’ai pas de cœur tout bonnement.

Si avoir du cœur en amour comme à l’ouvrage demande la régularité d’un coucou mécanique, c’est à dire être frappé du réflexe pavlovien de donner et se donner dès qu’on pense à l’autre, il me semble qu’on ne peut plus parler de liaison, de lien, mais bien d’un enfer sur terre, d’une incarcération magistrale ni plus ni moins.

C’est qu’au bout d’un moment de toutes façons ce que tout le monde appelle l’amour ne suffira pas voilà le coeur, la vraie raison de cette imposture. La passion dure peu, l’habitude elle peut s’étendre sur une vie, et on peut en outre s’emmerder l’un l’autre sans même sans apercevoir au final. Enfin, tant qu’on attend quelque chose de quelqu’un, les preuves vont dans les deux sens, réciprocité des preuves, comme réciprocité de la violence lorsqu’elles s’absentent pour X raisons.

Donc voilà en gros le schéma répétitif : je rencontre une femme, je lui dis je t’aime et au bout d’un moment elle se transforme en furie  face à l’évidence de mon incapacité à fournir la moindre preuve de cet amour. Evidemment je passe les détails comme la danse du paon, la chambre ou le canapé, la brouette de Zanzibar et autre fioritures.

Alors certes de temps à autre je me fends d’un bouquet de fleurs, un bijou, un voyage pour calmer un peu le jeu.. mais ça ne vient  jamais de moi vraiment, plutôt d’une espèce de convention générale qui dit qu’à la Saint Valentin, qu’à  un anniversaire il faille se rendre chez un fleuriste, réserver un restaurant, demander un financement à un banquier pour se rendre chez le bijoutier.

Pour moi l’amour est d’une telle évidence que je ne pense jamais avoir  à fournir la moindre preuve ni même espérer en recevoir, d’ailleurs je suis  toujours  extrêmement mal à l’aise des que l’on m’offre un cadeau. Recevoir un cadeau c’est comme être invité à le rendre d’une façon ou d’une autre. C’est juste du commerce en fait, ce n’est pas de l’amour de la  construction de  confiance entre les gens, une chose rassurante en somme.

Par contre au delà de cet univers sensible, matériel  de l’amour, j’aspire à  autre chose de plus subtil qui ne se  produit jamais ailleurs que dans mes rêves.

Par exemple avoir une pensée partagée, une émotion partagée devant la pluie mouillant les pavés, le cri d’un oiseau déchirant le ciel, être ébloui ensemble par le silence des choses sans avoir besoin d’en disserter durant des heures… hélas pour moi j’ai toujours eu le chic pour tomber sur des femmes qui aiment  au delà de tout que je leur parle (que je les hypnotise ?)  Combien de fois ai je rêvé d’entretenir une liaison véritable avec une sourde muette ?

hors du mensonge de la voix et des mots,hors de nos susceptibilités ( mais sans doute pas des preuves si minimes fussent elles ) ne cherchons nous pas la Cythère magnifique à laquelle nous aspirons tous en vain et que par dépit nous nous acharnons aussi à détruire des que nous entrevoyons la moindre chance de pouvoir l’accoster ?