Le ciel et la terre

Photo Dominique Kret

Les chinois s’émerveillant de la justesse de l’ordre céleste ont imaginé pouvoir le reproduire sur terre ce qui plaça le Confucianisme comme modèle éthique durant un bon moment . L’empereur fut placé tel un soleil en plein milieu du monde et sa majesté comme sa puissance reproduisait ou représentait alors l’ordre immuable des choses.

Or Ce qui fonctionne pour le ciel ne fonctionne bien sur pas sur la terre et si nous sommes capable de dire à quelle heure le soleil se couchera dans 1000 ans avec une marge d’erreur aussi absurde que faible, nous sommes incapables sur terre de dire avec précision le temps qu’il fera demain.

Sur terre à contrario du ciel règne l’imprévisible.

Tchouang Tseu propose donc, 2000 ans avant Montaigne une méthode accélérée afin d’accéder au à la paix si ce n’est au bonheur voire à la joie en intégrant ce constat d’imprévisibilité.

Le tao consiste à se fondre sans effort dans chaque événement de la vie sans chercher à lutter contre l’évidence de celui ci. Chez ce lettré aucun effort n’est aussi précieux que de n’en produire aucun face au objets extérieurs qu’ils soient bons ou mauvais. C’est que pour les taoïstes comme plus tard Michel de Montaigne et encore Spinoza le bonheur ne peut se trouver à l’extérieur de soi tout comme la tristesse provient elle aussi d’une erreur d’aiguillage liée à ce qui ne nous regarde pas vraiment mais que l’on s’acharne à vouloir faire notre.

Dans notre monde insensé, une magicienne aux intentions de charlatan est passée. En quelques coups de baguette magique elle aura réduit en miettes toute la philosophie platonicienne, socratique, asiatique et j’en passe et des plus modernes y compris Spinoziste pour ne laisser place désormais qu’à une confusion magistrale quant à la recherche du bonheur. Le problème magistral semble être qu’il n’y a plus de sens

L’ignorance associé à l’oubli et à la vitesse à laquelle on nous aura fait croire que le progrès est tout, a conduit à cette société du loisir puis du plaisir comme celle du jeunisme. Kiffer est le mot d’ordre collectif et gare si toi tu ne likes pas on te pointera du doigt voire en cas de guerre tu seras le premier à être torturé pour que tu craches le morceau, que tu avoues enfin ton inaptitude à te rouler dans la fange des illusions. Déjà sur Facebook si tu reste passif tu es censuré par l’algorithme car celui ci ne considère pas que tu sois utile à l’épanouissement de ce monstre assoiffé de contenu, entendez cette machine à abrutir en masse.

Contre tout attente on aura fait fi de tout le capital de sagesse accumulé par les philosophes qui gênait dans son expansion celui des multinationales. Pour gouverner bien il faut rendre la masse la plus sotte possible et ensuite par quelques tours de passe-passe lui faire croire à la liberté, au bonheur, à la paix, contre monnaie sonnante et trébuchante. Tout est si bien ficelé désormais, avec de l’argent, du pouvoir on peut tout, que même les révolutions ne sont que d’apparat, prévues de manière statistique par des algorithmes elles aussi. Les puissants exercés à la gestion du risque financier l’ont étendu à la gestion des masses en tenant compte des probabilités de fluctuation des écarts types.

C’est pourquoi les boutiques d’apothicaires, comme les cabinets de voyance, les conférenciers avisés proposant des stages de tout sur tout fleurissent désormais. On voudrait nous faire croire qu’il serait simple de se sentir libre, heureux et serein en payant quelqu’un pour nous l’apprendre.

Or, animal de désir, l’homme est le sujet idéal pour le grand capital qui a bien compris que lorsqu’il obtient ce qu’il a désiré il désire à nouveau autre chose. C’est une aubaine pour les constructeurs qui jusqu’à peu construisaient dans une obsolescence d’environ 3 ans, ayant par de savants calculs mesurés la durée de nos désirs et leurs renouvellements. Le plaisir appelle de toutes ses forces à la satisfaction la plus rapide, alors le banquier du crédit à la consommation serre téléphoniquement votre main et tout est dans les clous.

Sauf que comme il y a plus de chance que les choses se mettent en désordre qu’en ordre, de vieilles maladies renaissent parfois avec de nouveaux patronymes comme la dépression, le burn-out, la bipolarité, la danse de Saint Guy et autres peste et choléra.

Les enfants qui sont les plus grands philosophes, en découvrant ce monde fou furieux, se doivent de l’être encore plus rapidement qu’auparavant et désormais il n’est pas rare que plutôt que de prendre un traité de philo j’aille consulter les tous petits dont je m’occupe dans mes ateliers de peinture pour retrouver les vraies définitions du bonheur, de la joie et de la paix. Il sont imprévisibles et j’ai pris l’habitude comme un vieux taoïste de me fondre dans leur brouhaha, leurs rires et leur justesse en conservant suffisamment d’énergie encore pour rire aux éclats en rentrant au volant de ma vieille bagnole toute cabossée.

La tolérance et la conviction

Il ne peut y avoir de tolérance sans conviction, du moins c’est ce que l’on pourrait imaginer puisqu’on fait preuve d’une pour découvrir l’autre peu à peu. Mais quand on part dans la vie sans aucune conviction quel curseur utiliser pour ajuster la tolérance ?

Alors je vous propose de modifier le mot conviction par intention et les choses s’éclaireront peut-être d’une lumière inédite.

Pour les chamanes la notion d’intention est majeure, comme les notions d’énergie. Peu de choses dans le monde chamanique se produisent sur le plan mental, mais sur un plan énergétique. Pour parvenir au plus haut degré de connaissance, ou de pouvoir, peu importe les mots que l’on pourrait coller sur le sommet, deux qualités sont nécessaires voire indispensables:

Accepter de souffrir pour comprendre la quantité de tolérance dont on peut faire preuve au travers d’une forme d’endurance à la bêtise, la sienne et celle des autres si l’on veut. Quand je dis bêtise il n’y a vraiment rien de péjoratif, je parle bien de notre nature animale.

La seconde chose est l’impeccabilité que j’appelle plus modestement la justesse. Cette justesse qui, si l’on apprend à repérer la fuite d’énergie en soi ou l’appétit qui commence à sucer la notre chez autrui, réagit de plus en plus rapidement et souplement à tout débordement, de façon à rester dans l’axe.

Nous ne savons pas grand chose des échanges gazeux et encore moins des échanges énergétiques qui s’opèrent entre les individus. J’ai connu des maîtresses fabuleuses qui une fois que nous nous fussions séparés m’avaient dérobé une très grande part d’énergie et je ne parle pas ici de rapports sexuels uniquement. c’est que l’idée de vampire n’est pas venue du fond des temps par hasard , nous passons notre temps à nous gorger de l’énergie des autres et eux de la notre.

Je ne me souviens plus mais je ne serais pas étonné que ce soit l’écrivain Paul Claudel qui refusait même de se masturber de peur de dilapider imprudemment sa précieuse énergie.. et ainsi de perdre son inspiration, sa créativité. A mon avis, il aura rater bien des moments de plaisir mais le postulat n’était pas mauvais en soi.

Les ermites aussi savent que s’éloigner de la masse les préserve de dépenses inutiles, mais sans risque alors comment tester la tolérance, comment construire une véritable conviction ? Et comment détruire celle ci une fois construite … ?

C’est que peut-être tous les chemins mènent à des « Rome » très personnelles, nous arrivons avec une petite idée en tête dans le monde de la confusion et c’est toute cette confusion, ce chaos, qu’il nous faudra traverser avec ce que j’appelle « intention »

Cette intention ne provient pas de notre réflexion, le mental n’est pas sa source, ni d’ailleurs le cœur. On pourrait peut être imaginer un intervalle entre deux fréquences, plus qu’une fréquence vraiment, un tout petit vide entre deux voilà ce serait cela l’intention capable à la fois de soulever des montagnes, de faire preuve peu à peu d’une tolérance infinie, et d’écarter ainsi un peu plus à chaque cran la moindre de nos convictions.

Découvrir qu’une intention existe au fond de soi est un jour de fête. Lui faire confiance et la suivre aveuglément nécessite de traverser bien des déserts cependant que parvenu à l’oasis, nous sommes capables de tout oublier ou presque, heureux enfin d’étancher notre soif tout simplement.

Tout ce que je ne sais pas faire

Auguste ne rigole plus
Auguste ne rigole plus. Huile sur toile 120×90 cm Patrick Blanchon

Plus j’avance en age plus je suis pris d’un vertige quand je pense à tout ce que je ne  sais pas faire et que probablement je ne ferai sans doute jamais.

Je ne piloterai jamais un avion de chasse, je ne jouerai jamais de premier rôle dans un film d’aventure, je n’épouserai pas Marylin Monroe et le soufflé au fromage, je le crains, restera à tout jamais une énigme.

En fait plus je réfléchis à ma vie plus je me dis que jamais je n’ai rien su faire vraiment de mes dix doigts. Je veux dire par là en y croyant vraiment, car bien sur j’ai fait trente six mille métiers j’ai connu des maîtresses qui valaient bien Marilyn et j’ai aussi sauté en parachute à défaut de conduire un Mirage. Mais ce n’était toujours que moi comprenez vous ..?

Bien sur la malédiction de » l’a quoi bon » pourrait expliquer en partie une telle inaptitude à l’appropriation franche et massive  de mes actes passés et dans ce cas sans doute je pourrais me lamenter sur mon sort en me réveillant à presque 60 ans d’une crise d’adolescence un peu trop prolongée.

Cependant ce malaise s’envole aussitôt dès que je me retrouve attablé devant vous à écrire ces mots.

Se mettre à table dans le cadre policier est un aveu, alors soit, puisque j’ai décidé d’utiliser ce cadre je vais avouer.

Je vais avouer que j’ai toujours pensé être bien plus malin que les autres pour commencer.

Plus malin que mes parents que j’ai regardé  trimer toute leur vie en cherchant à les faire sortir d’eux même de nombreuses fois par mes écarts de conduite répétés. Je n’avais pas de haine, pas de colère, non juste une envie persistante de les voir eux , en tant qu’êtres humains et non comme des stéréotypes de ne je sais quelle feuilleton de série B.

Alors pour cela j’ai utilisé de nombreux stratagèmes, pour commencer envers moi-même afin d’oublier le but de mes actes, de mes erreurs, de mes errances. Il fallait que tout soit enfoui au plus profond de moi que je ne m’en souvienne plus.Donc oui j’ai éprouvé de la haine, de la colère, oui et j’ai fait largement de mon mieux pour bien comprendre l’entourloupe, le vol et le massacre.

Et si cela vous parait contradictoire c’est que vous avez encore pas mal de chemin à faire pour être vraiment vous. Je veux dire au delà de moi.

Moi, éternel insatisfait tremblant de trouille et de rage.

Moi capable de toutes les petitesses pour ne jamais dire je t’aime.

Moi hypertrophie des neurones sur pattes

Moi gros con attendrissant et désarmant pour mieux vous planter par derriere

Moi le salaud, l’horrible, l’insupportable.

Ce sale petit gamin  qui se cache derrière un masque en espérant être découvert un jour.

Ce petit garçon envahit par toute l’ignorance du monde à un tel point qu’il s’invente un rasoir de lucidité tranchante pour le découper, le déchiqueter, l’entendre se dégonfler hurler gémir.

Tout ce que je ne  sais pas faire et que je ne saurai jamais faire :

c’est être sans faille,  lisse et poli comme un beau galet avec lequel

le vent et l’eau jouent en se déchirant,  dans le cri de la mouette,  et la naissance des ruches.

L’ecuyere

https://patrick-blanchon.artmajeur.com/fr/artwork/lecuyere/11092663?collectionId=1797718#images-1

Entre ses cuisses douces
et chaudes

lorsqu’elle chevauche,

L’axe des limbes,vers l’oubli, ourdit l’orage

et des espoirs

œuf coupé

Immobile et vibrant,robuste

Energiquement

s’élance

vers les sommets rêvés

par la plus noire des profondeurs

Se tient

satin inouï,

orange

Amere

l’amie, la mort,la vie.

Simple

Patrick Blanchon huile sur carton format 30x40 autoportrait en rouge
Autoportrait en rouge, Patrick blanchon huile sur carton 1985

Dans le livre : « Le chemin des nuages blancs » écrit par le lama Anagarika Govinda , un allemand convertit au bouddhisme tibétain et qui vécut 30 ans en Inde du Nord, il y a un passage dans lequel il parle d’un vieux moine qui entretient le temple où il a trouvé refuge.

C’est un très vieil homme qui reçoit apparemment une petite pension de la part de la confrérie des moines et l’auteur comprend qu’il reverse presque tout l’argent à l’entretien du Temple. Pour vivre le vieil homme ne conserve qu’une natte et un bol.

Il continue ensuite la description du vieux moine par petites touches, comme celle dans laquelle il évoque la générosité de celui-ci quand, il lui propose de boire un breuvage dégouttant mélange de thé et de beurre clarifié mais dont le prix est tout de même coûteux pour le vieux qui ne roule pas sur l’or on l’a compris.

Puis il enchaîne sur l’occupation du temps de celui ci qui ,dit-il ,ne reste jamais inactif. On le voit alors enfiler des chaussons pour briquer chaque dalle du temple, nettoyer les bols à offrandes, changer les chandelles consommées et en replacer de nouvelles… bref un emploi du temps chargé mais qu’il réalise simplement, dans une sorte de prière continuelle.

Ensuite l’auteur parle de la puissance des mantras que lui enseigne le vieux et il explique que ces prières parlées, ces sons s’adressent à la partie la plus profonde des êtres et non à leur mental ou à leurs sentiments.

Cela m’a donné encore de quoi réfléchir durant mes nuits d’insomnie que j’occupe à classer mes toiles, balayer mon atelier, et bien sur mettre de l’ordre dans mes pensées en écrivant.

Evidemment que c’est d’une limpidité et d’une simplicité inouïe.Si l’on considérait que tout ce que l’on touche, regarde, mange, boit était vraiment une manifestation du divin ou de l’univers, si on accordait notre esprit, notre cœur à cette évidence magistrale, alors la vie serait simple tellement simple que j’ai bien peur de ne pouvoir soutenir encore cette simplicité pour le moment.

Mais attendons un peu, après tout je ne suis pas encore si vieux que de n’avoir d’autre choix que de l’accepter enfin.


Épuiser, juguler

De la toile, du pinceau , de la peinture, du peintre,parmi ces quatre éléments lequel pourrait évoquer au plus prés  l’idée   du cheval sauvage  qu’il s’agit de dresser afin de pouvoir le monter et le diriger ? 

Faut il l’épuiser ou au contraire le juguler? 

Evidemment il s’agit d’une métaphore de la pulsion. Ces pulsions qui se situent  dans le niveau basique de tout à chacun et que la famille, l’école,la religion,  puis plus tard l’entreprise et enfin le gouvernement tentent en vain sinon de contrôler au moins de juguler pour que le « savoir vivre » n’en pâtisse pas, entendez par là qu’on ne se trucide pas à tous les coins de rue et surtout pour que la  fédération des diverses entités concernées, c’est à dire nous tous puissions  perpétuer l’espèce, le modèle économique, politique choisis  ou bien  le tout simultanément.

Or l’histoire montre bien que ça ne fonctionne pas. Toute société rangeant soigneusement sur le bas côté tous les phénomènes périphériques embarrassants dans un premier temps. 

C’est ainsi que les forgerons sont  renvoyés dans les banlieues des villages  accusés de tripoter dangereusement les métaux, rejetons forcément maléfiques  de la Terre sacrée.

C’est ainsi que l’on se met à pendre, brûler, écarteler aussi les druides, les sorcières, conspuer les protestants, cracher sur les catholiques,les juifs, et j’en passe, ou encore, rassembler par quartier certaines catégories de populations afin de mieux savoir où elles sont, les rassembler, les classer, comme les fous dans les hôpitaux, les gay dans le marais parisien avec les juifs tiens pourquoi pas ?les ouvriers dans les banlieues, et les immigrés avec, histoire de faire en outre quelques économies. 

Le premier niveau donc de l’évolution d’une personne comme d’une société est celui ou l’on s’occupe de satisfaire ses pulsions ou bien de les faire taire. afin de maintenir l’équilibre écologique de l’ensemble.

Ainsi l’aspect dualiste « épuiser, juguler » prend ici tout son sens. En utilisant la magie des vases communicants on crée des zones commerciales immenses comme on plante une ou deux mosquées, une synagogue, quelques temples protestants, deux ou trois bibliothèques, et bien sur quelques bordels en croisant les doigts pour que tout se passe au mieux et que l’on puisse continuer à marcher tranquillement dans les rues.

Tant que personne ne s’en aperçoit cela peut fonctionner. Cependant il arrive toujours que quelqu’un s’interroge sur le bien fondé d’un tel montage et, soit on lui permet de s’exprimer dans une tribune soit on se dépêche de le mettre à l’écart soit par le ridicule, le scandale, soit carrément en l’enfermant.

La récupération des phénomènes border line fait partie du jeu. Mais quand le « border line »devient la majorité cela signifie que la famille ne fonctionne plus, l’école non plus , la religion non plus, l’entreprise non plus , et le gouvernement non plus.

C’est ainsi que revient ainsi cycliquement la fin d’un monde. 

Pour revenir à la métaphore de la pulsion et du cheval dont je parlais en haut de cet article jusqu’à présent le conditionnement est le moyen de régler la réaction anarchique de la pulsion. anarchique car incontrôlable, improductive voire stérile suivant les point de vue.

Dans le domaine équestre ce conditionnement que l’on appelle aussi « processus d’apprentissage » peut être appréhendé de deux façons, la positive et on parle alors de renforcement positif  ou la négative qui devient le renforcement négatif 

On aura comprit que ces deux méthodes dépendent plus du point de vue du dresseur que du cheval évidemment qui lui de toutes façons traduit cela en confort et inconfort et en réactions attendues de sa part dans les deux cas.

Cependant il ne faut quand même pas prendre les chevaux pour des cons. Il arrive que ceux ci de façon inattendue sache lire le langage corporel du dresseur et de ce fait lui donne le résultat attendu avant même que la longère ou la voix lui indique ce qu’il doit faire. 

Ici c’est un cheval sympa dont je vous parle. Mais imaginons un peuple entier qui regarde la télévision lors d’une allocution présidentielle et qui ressent plus qu’il ne comprend que le langage corporel de celui ci est complètement en contradiction avec ce qu’il dit … 

Quand le peuple ne sait plus comment réagir à un conditionnement c’est que le conditionnement ne fonctionne plus. Et cela ne sert à rien de tricher.

En peinture c’est un peu la même chose pour revenir quand même à la thématique de mon blog. Quand on a terminé de traverser tous les conditionnements proposés par l’apprentissage académique, quand on a proposé ses toiles à la vente et qu’on a compris qu’elles ne se vendait pas bien voir pas du tout on a le choix :

Soit continuer à faire ce que l’on croit soit faire ce que les gens veulent 

Dans le premier cas le peintre fabrique lui même son conditionnement par l’entremise de rituels  ou pas , dans l’autre cas il subit le conditionnement des galeries ou du public. 

Cependant il est possible à un moment que cette fameuse pulsion créative lui propose un nouveau chemin: comme par exemple  juste de s’asseoir un instant et de prendre le temps d’écouter en lui  comme un chant profond de la terre et du ciel réunis sur sa toile.

 

 

Ulysse détaché

Ulysse regarde les sirenes se jeter dans la mer

Accroché, ligoté au mat de son navire  Ulysse vit  celui-ci s’approcher dangereusement du rivage tandis que peu à peu la mélopée envoûtante des Sirènes se transformait en un affreux  tintamarre.

Etait ce encore une nouvelle ruse mille fois employée que de montrer l’envers pour dissuader d’atteindre l’endroit ? se demanda Ulysse.

 Et ainsi lorsque les sirènes comprirent que le roi d’Ithaque avait percé leur secret, qu’il allait les approcher, peut-être même en faire ses captives, d’un ultime accord celle-ci décidèrent de se jeter dans la mer.

Le silence fracassant recouvre alors le clapotis des vagues, celui de  l’étrave du navire qui fend les flots, recouvre aussi  les cris des oiseaux marins recouvre encore  les voix des hommes équipage qui tout étourdis par l’aventure se détachent et poussent des hourras de soulagement.

Ulysse les regarda hébété :Tout en le détachant du mat, les hommes lui sourient, l’acclament, le félicitent   et lui tiennent des propos qu’il ne comprend pas.

Ils sont  obligés de lui rappeler qu’il était, lui Ulysse le grand héros de Troie, d’énumérer ses victoires et les épreuves qu’ils viennent de traversées ensemble afin que suffisamment de volonté lui revienne et qu’il décide de diriger le navire à nouveau vers le large poussé par leur espoir à tous de retrouver Ithaque.

Épurer

Apres les couleurs vives la naissance des gris et des lumières.

Comment retirer non pas le bon grain de l’ivraie, le bon du mauvais, le trop lourd du  trop léger, le trop vif du trop  terne mais le plus harmonieux de l’harmonieux. Comment trouver l’essence ?

C’est une question majeure pour moi et j’avoue me laisser déborder encore souvent par les couples dualistes que j’évoque plus haut.

S’il est vrai qu’il faille choisir, extraire, séparer, décider je me rend compte au fur et à mesure de mon chemin que je ne suis pas seul à le faire. Si la peinture était une prière adressée à l’univers quel serait le but de cette prière sinon de constater la perfection de celui ci et lui rendre hommage.

Ainsi tout au long de ces voyages, de ces traversées de rectangles et de carrés ai je bourlingué, essuyant à peu près toutes les météos externes et internes. 

Avec le temps j’ai l’impression de me dépouiller comme un oignon de ses multiples peaux.Un rêve de germe éclate lentement et atterri sur mes toiles et les vide elles aussi de toute contingence d’anecdote, d’un superflu qui hier encore m’apparaissait essentiel.

D’ailleurs dans chaque toile désormais c’est la réalisation de mon parcours d’homme que je retrouve:

le côté  » j’m’en fouriste » de ma jeunesse sans lequel aucune toile ne  peut commencer . Cette immense liberté que l’on sent sourdre en soi à 20 ans je la retrouve dans les gestes sans hésitation sans obstacle. Tout ne serait il pas possible au début ? Puis viennent les doutes, le diable mon ami et saint Antoine mon frère.

Bien sur que oui  tout est possible mais une histoire ne se suffit pas d’un bon début, il lui faut du corps du coeur et un peu de tête aussi. Je peine encore bien sur sur la tête, et parfois aussi sur le coeur certains jour de blues.

Dans ces moments maussades je suis bien un homme comme tous les autres, un homme au travail débarrassé de toutes mes impostures et j’en tire une joie profonde qui m’aide à passer les caps. Car c’est aussi dans le maussade, le vilain temps, peut-être surtout là que se jouent les choix, comme les désirs d’épure entre harmonieux et harmonie.

Microcosme et macrocosme

interdimensionnel 1

Dans la bible il est écrit que Dieu aurait fait l’homme à son image et à sa ressemblance cependant que rien ne précise si la copie est terminée. En nous affublant du libre arbitre il semble que c’est à l’homme de poursuivre la tâche ou de ne pas la poursuivre justement. Comme Lucifer ange déchu qui par amour de la contradiction et de la révolte désire aller plus loin que sa mission première d’ange nous voici confrontés aux mêmes choix cependant que nous ignorons presque toujours que ces choix s’effectuent par amour.

En tant qu’homme tout d’abord puis en tant que peintre le cheminement aura été long pour comprendre que je ne pouvais être un dieu que dans mon propre microcosme. La tyrannie me paraissant désuète et puérile et non adaptée aux changements profonds que traverse notre planète je ne m’étonne guère que bon nombre de pays glissent vers le populisme et l’ultranationalisme par peur de l’inconnu, par ignorance et en imaginant un manque cruel d’amour. Abandonnant les dieux l’homme s’égare par orgueil et ignorance.

Mais cela fait partie aussi du plan car il faut s’égarer profondément pour se trouver et en se trouvant on retrouve le monde entier et le sourire des dieux et des anges.

Une fois cette petite étape passée nulle doute que toutes les actions et pensées qui s’opèrent dans le microcosme agissent sur le macrocosme.

Nous ne savons encore que peu de choses de tout ce qui nous entoure et notre peur est à la mesure de cette ignorance tout comme notre désir de mieux connaître. Alors la voie, le chemin ne serait il pas une confiance aveugle dans tout ce qui nous dépasse et qui oeuvre pour l’harmonie universelle ?

Et si l’on observe la nature attentivement en ces mois d’automne il est clair que la dissolution, la décomposition, la pourriture toutes les forces de mort et d’ombre vont main dans la main avec les forces de construction , d’élévation et de lumière .. Alors une question se pose : existe t’il une autre dimension ou l’harmonie est la résultante de ces deux forces en apparence opposées et adverses ?

 

 

 

La noirceur

les maitres chanteurs version 2 noir et blanc

Ce serait la première couleur, préexistante avant toutes les autres. Couleur associée à la phase de dissolution, de décomposition de la matière.

Cette noirceur  n’a pas d’autre qualité que celle qu’on peut lui attribuer. Elle est neutre de nature. Il y a de la boue, de la merde, des humeurs, du sang et du sperme  mais ça ne sent rien de particulier en dehors de l’observateur la noirceur reste neutre  scellée comme la nuit ou le vide cosmique.

Cette noirceur, comment établir sa présence lorsqu’on a les yeux du quotidien, le regard du siècle et que tous les néons de la fête n’ont pour seule fonction que d’éclairer notre divertissement ?

Comment savoir que sans celle ci , la « nigredo », nous ne sommes qu’enfants perdus dans la rêverie  de Dieu à son  4 ème jour. Car bien sur on ne peut que le constater :

la création n’est encore terminée et,  si le Très haut nous a fait à sa ressemblance, nous avons encore 3 jours devant nous pour nous parfaire.

Ou pas, n’oublions pas le libre arbitre.

Tout peut encore basculer à l’aurore, et en dormant nous rêvons ou cauchemardons notre destinée inconnue.

Englués encore dans la noirceur qu’il faut dissoudre jusqu’à la lie nous hurlons, pleurons, rions, courrons ,frappons, caressons alors que le silence nous couve de ses grands yeux sombres et brillants.

Bob Dylan disait ‘écoute dans le vent’ et il avait raison. Il est bon de guetter le son de la nature et ce qu’elle laisse au vent porter jusqu’à nos oreilles souvent bouchées.

Les forces de la noirceur et de la lumière ne l’oublions sont toujours associées et je mettrais bien ma main à couper ou au feu que ce n’est pas une association de malfaiteurs. Après sachant ce que donnent les paris, les plans sur la comète et les châteaux en Espagne…

Féminin et masculin veillez l’une sur l’autre tandis que la lune danse dans la nuit noire ivre de souvenirs, engrossée par le vieux soleil.