Le ciel et la terre

Photo Dominique Kret

Les chinois s’émerveillant de la justesse de l’ordre céleste ont imaginé pouvoir le reproduire sur terre ce qui plaça le Confucianisme comme modèle éthique durant un bon moment . L’empereur fut placé tel un soleil en plein milieu du monde et sa majesté comme sa puissance reproduisait ou représentait alors l’ordre immuable des choses.

Or Ce qui fonctionne pour le ciel ne fonctionne bien sur pas sur la terre et si nous sommes capable de dire à quelle heure le soleil se couchera dans 1000 ans avec une marge d’erreur aussi absurde que faible, nous sommes incapables sur terre de dire avec précision le temps qu’il fera demain.

Sur terre à contrario du ciel règne l’imprévisible.

Tchouang Tseu propose donc, 2000 ans avant Montaigne une méthode accélérée afin d’accéder au à la paix si ce n’est au bonheur voire à la joie en intégrant ce constat d’imprévisibilité.

Le tao consiste à se fondre sans effort dans chaque événement de la vie sans chercher à lutter contre l’évidence de celui ci. Chez ce lettré aucun effort n’est aussi précieux que de n’en produire aucun face au objets extérieurs qu’ils soient bons ou mauvais. C’est que pour les taoïstes comme plus tard Michel de Montaigne et encore Spinoza le bonheur ne peut se trouver à l’extérieur de soi tout comme la tristesse provient elle aussi d’une erreur d’aiguillage liée à ce qui ne nous regarde pas vraiment mais que l’on s’acharne à vouloir faire notre.

Dans notre monde insensé, une magicienne aux intentions de charlatan est passée. En quelques coups de baguette magique elle aura réduit en miettes toute la philosophie platonicienne, socratique, asiatique et j’en passe et des plus modernes y compris Spinoziste pour ne laisser place désormais qu’à une confusion magistrale quant à la recherche du bonheur. Le problème magistral semble être qu’il n’y a plus de sens

L’ignorance associé à l’oubli et à la vitesse à laquelle on nous aura fait croire que le progrès est tout, a conduit à cette société du loisir puis du plaisir comme celle du jeunisme. Kiffer est le mot d’ordre collectif et gare si toi tu ne likes pas on te pointera du doigt voire en cas de guerre tu seras le premier à être torturé pour que tu craches le morceau, que tu avoues enfin ton inaptitude à te rouler dans la fange des illusions. Déjà sur Facebook si tu reste passif tu es censuré par l’algorithme car celui ci ne considère pas que tu sois utile à l’épanouissement de ce monstre assoiffé de contenu, entendez cette machine à abrutir en masse.

Contre tout attente on aura fait fi de tout le capital de sagesse accumulé par les philosophes qui gênait dans son expansion celui des multinationales. Pour gouverner bien il faut rendre la masse la plus sotte possible et ensuite par quelques tours de passe-passe lui faire croire à la liberté, au bonheur, à la paix, contre monnaie sonnante et trébuchante. Tout est si bien ficelé désormais, avec de l’argent, du pouvoir on peut tout, que même les révolutions ne sont que d’apparat, prévues de manière statistique par des algorithmes elles aussi. Les puissants exercés à la gestion du risque financier l’ont étendu à la gestion des masses en tenant compte des probabilités de fluctuation des écarts types.

C’est pourquoi les boutiques d’apothicaires, comme les cabinets de voyance, les conférenciers avisés proposant des stages de tout sur tout fleurissent désormais. On voudrait nous faire croire qu’il serait simple de se sentir libre, heureux et serein en payant quelqu’un pour nous l’apprendre.

Or, animal de désir, l’homme est le sujet idéal pour le grand capital qui a bien compris que lorsqu’il obtient ce qu’il a désiré il désire à nouveau autre chose. C’est une aubaine pour les constructeurs qui jusqu’à peu construisaient dans une obsolescence d’environ 3 ans, ayant par de savants calculs mesurés la durée de nos désirs et leurs renouvellements. Le plaisir appelle de toutes ses forces à la satisfaction la plus rapide, alors le banquier du crédit à la consommation serre téléphoniquement votre main et tout est dans les clous.

Sauf que comme il y a plus de chance que les choses se mettent en désordre qu’en ordre, de vieilles maladies renaissent parfois avec de nouveaux patronymes comme la dépression, le burn-out, la bipolarité, la danse de Saint Guy et autres peste et choléra.

Les enfants qui sont les plus grands philosophes, en découvrant ce monde fou furieux, se doivent de l’être encore plus rapidement qu’auparavant et désormais il n’est pas rare que plutôt que de prendre un traité de philo j’aille consulter les tous petits dont je m’occupe dans mes ateliers de peinture pour retrouver les vraies définitions du bonheur, de la joie et de la paix. Il sont imprévisibles et j’ai pris l’habitude comme un vieux taoïste de me fondre dans leur brouhaha, leurs rires et leur justesse en conservant suffisamment d’énergie encore pour rire aux éclats en rentrant au volant de ma vieille bagnole toute cabossée.

Tout est déjà fini

Et en même temps comme un puzzle à l’envers

toutes les pièces

une à une

voltigent lentement autour de l’espace de la toile

ou dans celui-ci

avant même d’avoir donné le premier coup de fusain, de pinceau.

Tout est déjà fini comme rien ne l’est vraiment.

Grattement de l’occiput, nerveux,

à s’arracher les derniers cheveux qui me resteraient encore

s’il ne faisait beau.

Si tout à coup

j’ouvrais en grand la porte de l’atelier

et que je me tienne sur le seuil à respirer à pleins poumons.

Il fait beau, oui comme jamais, comme toujours

quand on touche du doigt le silence,

au delà des désordres apparents et des ordres aboyés, implorés.

Je m’en fiche de la surface blanche

elle n’existe pas plus que la main qui s’élance

vers l’au delà d’ici.

Je m’en fiche de m’en foutre en prime, en sus,

je nage le regard perdu dans le bleu

sec et froid en tirant lentement sur ma tige.

Je m’en fiche qu’hier tout à commencé

demain tout sera fini

je m’en fiche je suis bien là

j’en suis sur désormais

quoiqu’il advienne et bien sur

il adviendra

des jours de chien, des jours de loup,

des jours aussi entre rien et tout

comme d’habitude

Je m’en fous tout est déjà fini

Il ne manquait plus que moi comme seule ombre au tableau.

Je m’en fous que tout soit à recommencer tous les jours

De jouer des coudes des pieds pour naître

Tout est déjà fini

juste le temps de fumer une cigarette

si rapide si brève

que tout est encore à oublier

que tout est encore à réaliser.

tout est déjà fini m’a dit l’ombre d’un merle sur la branche d’olivier

cet hiver.

Appuyé contre la vitre

Crédit Photo Dominique Kret

Petit train, voyageur bien confortablement installé regarde par la vitre la projection d’un paysage crée de toutes pièces par tous les paysages déjà vus, résidus de projections eux-mêmes-déjà vus-prémâchés-régurgités.

Fermer les paupières aiguise l’ouïe. Joue chaude contre la vitre glacée. Un parfum de chien mouillé dans les narines.

Petit voyageur dans le grand train de l’instant.

Plongée dans le moire.

Caresse des joncs pendant l’apnée visuelle.

Ondes et vibrations agitent et bercent. le vent des profondeurs exhale son haleine bise qui se brise sur le front têtu, se brise, le brise l’embrasse, le brasse l’érode, le poli, bonjour le bel œuf de dindon farci.

Doliprane ta gueule paracétamol merde !

Attendre que les pensées se fanent comme de vieilles biques télévisées d’idiotie.

Attendre que les poumons se vident et se remplissent à nouveau

Attendre que le serpent s’éveille et bouge dans le slip.

Attendre au creux des reins la marée montante

Attendre et puis se lever soudain danser

Attendre à se faire mal d’attendre

Alors trembler de rage de trouille d’envie de chier de pisser,d’un café d’une clope d’une fille d’une cote d’une entrecote d’un bain de boue de rien

De rien enfin

bouger

sauter.

Soudain non quand même pas aimer

comme d’autres n’ont pas aimer

ne pas prendre la file, se défiler

héritage de naufrages

Tout ce bordel de nichons et de culs jamais vraiment touchés,

Toujours tripotés, tripatouillés, agrippés comme des bouées ,

poupées gonflantes de l’idée fixe.

tout ce qu’il faut dégonfler encore après s’être dégonflé

Alors non quand même pas aimer

Sauter par dessus l’amour à la con

Baiser la vitre la lécher laper son froid dur

La faire fondre à coup de buées, la rendre molle, continuer elle va s’ouvrir et happer

Enfin passer, traverser, aller encore plus loin au fond tout au fond de la gorge du non dit, du nom de Dieu !

Un vide sans fond long et long et encore plus

une chute ou un envol à l’envers du décor

un salto à l’endroit où l’envers se redresse fier comme un pieu

en creux tout le désir qui luit dans la terre meuble labourée

sans haie, démembrement oblige

alors seulement

madame la contrôleuse arrive

Monsieur, votre titre de transport s’il vous plait ?

Etre artiste aujourd’hui

Dessin comme ça 2018 Patrick Blanchon
Dessin comme ça Patrick Blanchon 2018

Ce n’est pas le plus facile des métiers mais pour moi c’est l’un des plus beaux. En fait comprenons nous tous les métiers peuvent être beaux cela dépend surtout de l’état d’esprit de la personne qui oeuvre.

Etre artiste et plus précisément artiste peintre est le dernier métier que j’ai choisi d’effectuer après de nombreux autres qui ne me permettaient plus de m’exprimer. Ce métier ne me permet pas de vivre aussi bien que dans mes anciennes occupations qui, du reste si elles sécurisaient plus l’atmosphère générale de ma vie, m’obligeaient à de nombreux compromis, à ne pas révéler pleinement ma personnalité, à me taire beaucoup par usure, par dépit, par crainte aussi quelques fois de perdre mon emploi, de perdre ma sécurité financière.

Cependant en réfléchissant bien cette pseudo sécurité financière n’était qu’un mot d’ordre hérité de père en fils, et la répétition d’un schéma ancestrale à appliquer par un manque cruel d’imagination.

Quelle est la véritable richesse si ce ne sont pas les enfants que l’on élève, l’épouse que l’on épaule, les amis que l’on rencontre et avec lesquels on construit une amitié, si ce n’est pas toujours paraître plutôt qu’être tout simplement ?

Car nous ne sommes vraiment que très rarement nous mêmes au travers des circonstances brutales ou douces de l’existence, nous sommes des copies plus ou moins améliorées d’un système éducatif, social, économique et politique qui jugule la notion véritable d’identité depuis tellement longtemps désormais. Système qui craque de toutes parts et devant nous se dresse un inconnu qui comme toujours nous effraie nous rappelant trop bien l’inconnu qui toujours sommeille au fond de nous.

Quelle est donc la véritable richesse sinon aller au devant de cet inconnu qui est soi et pour ce faire pas besoin d’argent mais du temps, et c’est bien ce temps que l’on ne nous permet pas de prendre facilement qui me parait être le luxe le plus haut actuellement.

Car il en faut du temps pour apprendre à peindre par exemple, non pas qu’il soit si difficile de maîtriser une technique, non cela est désormais à la portée d’un grand nombre de personnes. Pour améliorer le quotidien je suis moi-même professeur et j’enseigne la technique du dessin et le maniement des formes et des couleurs. Cependant que je reste toujours stupéfait par le manque de temps que prétextent mes élèves.

J’ai beau dire, si vous voulez progresser, prenez une demi heure par jour pour dessiner, peindre, une demie heure ce n’est pas grand chose mais si on le fait chaque jour, pendant 365 jours imaginez…

Et pourtant non , personne n’y parvient invoquant chaque semaine lorsque je pose la question des préoccupations tellement serrées qu’aucun interstice n’a pu être trouvé.

Il m’a fallut du temps pour comprendre comment gérer celui-ci, pour qu’à la toute fin tout ne soit pas en vain, pour que perdure une partie précieuse de mon être inscrite dans le papier, le chant, la photographie ou la peinture, j’ai testé beaucoup de voies diverses accordant du temps à chacune autant que le pouvais , parfois d’une façon frugale, parfois avec excès.

La régularité du métronome s’accorde mal avec l’idée que l’on se fait d’un artiste. Elle s’accorde déjà si mal dans le cadre que l’on pose pour exercer le moindre labeur. On la subit en général plus qu’on la choisit cette régularité.

Alors devenir « libre » en tant qu’artiste demande bien plus que de l’application pour intégrer cette régularité, pour diviser son temps en parcelles, pour segmenter l’administratif du commercial, et du temps de création.

Cela demande du temps et une certaine forme d’abnégation aussi.

Établir un emploi du temps et s’y tenir demande de renoncer à beaucoup de choses notamment à la distraction.

Je vous l’avoue, j’ai essayé plein de moyens diverses pour tenter de mettre en place cet emploi du temps. Aucun n’a pu tenir la route et toujours la distraction m’attirait pour m’extraire de ces contraintes insupportables que je m’étais fixées.

C’est seulement qu’il me manquait une intention véritable.

cette intention ne se trouvait pas dans l’envie de gagner de l’argent, ni dans celle de réaliser des œuvres d’où surgiraient l’évidence de ma maîtrise, encore moins dans l’idée de la beauté qui m’aura celle ci fait perdre de nombreuses années, non aucune de ses intentions ne pouvait être vouée au succès de la réalisation d’un véritable emploi du temps.

Alors je me suis penché sur les tâches déjà en place, les cours que je donne, l’administratif à régler, la communication sur les réseaux sociaux à ne pas négliger et dans chacune de ces tâches j’ai tenté de donner le meilleur de ce que je pouvais, c’est à dire d’être le plus juste possible avec moi-même tout d’abord en espérant que cette justesse atteindrait les autres.

Je ne dis pas que tout est en place désormais pour toujours, non il y a encore bien des choses à améliorer notamment cette propension à vouloir trop donner d’un coup comme si demain j’allais mourir. J’essaie de me restreindre désormais dans des cadres temporaires plus succincts.

La création c’est un peu comme l’amour, donner tout d’un seul coup ne sert à rien et surtout à ne pas durer, à ne pas faire durer. C’est sur le long terme que la passion s’apaise et que la braise de la tendresse réchauffe les vieux amants.

Bien sur la tentation est grande d’utiliser internet pour promouvoir mon travail et j’y cède désormais volontiers, non pas que j’imagine atteindre à une célébrité quelconque voir à une clientèle plus large, non cela ne me parait même pas souhaitable pour l’équilibre fragile que j’installe peu à peu dans mon emploi du temps.

Internet me permet de montrer mon travail, de sortir d’une certaine façon de l’atelier, de m’exposer aussi moi-même tel que je suis sans autre retenue que celle de vouloir rester juste. C’est bien de cette justesse dont il s’agit en fait et qui pourrait bien devenir l’intention majeure de tout mon travail d’homme comme de peintre.

Cette justesse emprunte des voies parfois étranges et peut-être parfois aussi laborieuses encore mais je ne désespère pas, j’adapte peu à peu mon emploi du temps à sa mesure et espère pour 2019 des œuvres nouvelles en adéquation avec celle ci plus que jamais encore auparavant.

en lisant la colère exprimée par certaine chroniqueuse sur l’art contemporain, je peux comprendre au delà de son vocabulaire de façade l’indignation qu’elle ressent quant à une grande partie de l’art en France aujourd’hui qui serait délaissée par les institutions qui préfèrent miser sur des plus values rapides et des retours sur investissements plus juteux avec le denier public. C’est qu’on a tous oublié le temps dans l’affaire.

Il faut du temps pour construire un emploi du temps efficace, du temps pour réaliser des tableaux qui touchent vraiment l’âme et l’esprit, et la hâte des institutions à vouloir courir plus vite que la musique en fabricant des artistes trop rapidement ne résistera sans doute pas à la postérité qui est en fait le véritable tamis du talent.

Ce n’est jamais dans l’urgence qu’on décrète le juste et le beau, on peut tenter de l’imposer bien sur mais cela ne sert de rien, il faut attendre hélas encore la dissipation des brumes pour parvenir à retrouver l’horizon.

Dans ce grand bateau qui pourrait ressembler à celui de la Méduse, nous voici les artistes inconnus naufragés de l’immédiateté. La faim et la soif et l’absence de reconnaissance peut bien nous tenailler et nous rendre presque fous parfois, il faut les ignorer cela ne vient pas de nous, cela n’est pas en nous. Nous sommes seulement le temps et nous n’avons besoin en fait profondément de rien d’autre que de justesse telle que nous la ressentons, toujours la même à la fois neuve et ancienne, toujours renouvelée.

La nuit de noël

Des villes sans personne
Acrylique sur papier
Patrick Blanchon 1995
Des villes sans personne Patrick blanchon 1995

Malgré le froid piquant j’avais ouvert la fenêtre pour écouter battre le pouls de la ville affolée. C’était ce soir réveillon, rien n’était à louper.

En bas le clodo gueulait comme un beau diable, sur sa litière cartonnée. Sa voix légèrement gutturale escaladait les façades et se perdait dans le crépuscule. Des passants passaient comme des poux tout en bas, ça me grattait la peine, ça me grattait l’ennui.

J’avais refusé l’offrande obligatoire. Non que j’eusse un manque de disponibilité, comme disent les banquiers. Non ça m’écœurait tout ce raffut, cette fête à neuneu, cette fabuleuse orgie alimentaire, ce désastre d’hypocrisie familialement partagé.

Cela faisait plus de 8 ans que je n’avais vu mes parents. Pas de coup de fil, pas de lettre, rien. La coupure totale et franche sans bavure.

J’imaginais noël la bas et ça ne m’enchantait pas. Ces montagnes de bidoche, de pâtés, de foie gras, d’ortolans ou de dindes additionnés d’un ou deux gros chapons …non, ça ne me disait pas d’entendre en tâche de fond pour éviter de se parler les chansons d’Henri, les conneries de Jacques, à la télé et la voix de ma mère ajoutant » il est bien bon ce petit Sauternes » en se réservant copieusement.

J’avais choisi l’exil par nécessité vitale, à rester au chaud là-bas rien n’aurait jamais poussé, une fatalité stérile, et une putain d’odeur de renfermé et de tabac froid mélangée aux non-dit, à ce qui jamais ne se dit, à ce qu’il ne peut se dire.

Et depuis chaque jour je pensais à eux, ils n’avaient pas quitté ma tête ni mon cœur, à croire que le Génie des familles m’avait bien eut. Je l’entendais ricaner, allongé sur un profond canapé de cuir..fallait bien faire avec, y a toujours un prix à payer.C’est comme ça.

Difficile à comprendre cette banalité. Mon inaptitude crasse m’avait éreinté.

J’allumais une cigarette et regardais encore en bas. Les gens l’enjambaient sans même s’excuser tant ils semblaient pressés.

J’avais un peu de soupe en boite et deux trois pommes de terre alors j’eus une idée dingue, comme ceux qui osent tout je me dépêchais de passer à l’acte avant qu’une autre idée aussi fameuse la supplante et annule ce bel empressement.

Je descendis les escaliers de l’hôtel pour apporter un bol de soupe et deux patates chaudes au clodo.

Evidemment celui ci m’envoya chier copieusement et je remontais dans ma boite la queue entre les jambes tout penaud voir même en colère contre le bougre.

Quel con il a pas voulu de ma soupe… c’est pourtant le soir de noël merde !

Et là je crois que j’ai appris plusieurs choses d’un coup.. dont je vous ferai l’économie bien sur.

La dombe

La Dombe Patrick Blanchon 2005
Encre de chine sur papier

Quand je traverse la Dombe, je guette l’envol des grues, la pâleur des marais, le bruissement des herbes et tout m’appelle vers toi.

Garce magnifique, amère comme une pinte  dont le souvenir reste

après qu’on t’ait baisée , si peu qu’on t’ait aimée…

« Être vivant, c’est être prêt. Prêt à ce qui peut arriver, dans la jungle des villes et de la journée. D’une prévoyance incessamment et subsconciemment ajustée. L’état normal, bien loin d’être un repos, est une mise sous tension en vue d’efforts à fournir… Mise sous tension si habituelle et inaperçue qu’on ne sait comment la faire baisser. L’état normal est un état de préparation, de disposition vers les gouffres »

« connaissance par les gouffres » Henri Michaux.

Pourquoi pas le silence

Pourquoi pas le silence
Encre de Chine sur papier

Oui tu es froid et blanc sans accroc et sans rêve,

l’haleine des rivières à l’aube embrume tes  lointains

et mon bouchon sur l’onde tremble,

taquineries des algues

ici pas de  lourd brochet ni  de fine ablette

à ferrer 

Pas de ploiement de scion aucune tension de fil

Juste le long cri de l’hirondelle là haut qui s’apprête à rejoindre

les vents chauds du sud.

Alors pourquoi pas le silence 

Total assourdissant comme un arbre qui tombe

Et laisse derrière lui le blanc d’une trouée 

Et laisse derrière lui l’amitié des racines, la voix de l’étoile pâle jusqu’à la pierre enfouie.

Pourquoi pas le silence 

Un chevreuil est passé près de lui une biche

Les deux m’ont regardé 

J’étais au bord de dire au bord  de leur parler

quand soudain je ne sais plus je me suis rappelé

Pourquoi pas le silence 

Alors je suis rentré.

Du juste au vrai il y a un pépin.

tentation de Saint-Antoine
Peinture à l’huile sur concrétions de matières Patrick Blanchon 2018

 

 

« Bienheureux les simples d’esprit car le royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5.3)

J’ai mis longtemps à essayer de comprendre le sens profond de cette phrase.

 

Que signifie « simple d’esprit » tout d’abord ? Au débit j’ai supposé qu’il pouvait s’agir d’un esprit binaire qui ne fonctionne qu’avec les notions de vrai et faux et qui ne tient nullement compte de l’opinion générale et diversifiée en matière de bien et mal ou de beau et laid.

Peut-être que l’Adam biblique, à la base,  fonctionnait ainsi  avant de goûter à la pomme. car le fait est souligné que des qu’il goûte  le fruit de la connaissance le voici apte à juger  du   « bon » et donc en creux du mal.

Et puis enfin il « voit  » ou il « reconnait  » sa nudité…puis plouf c’est  la chute.

On pourrait imaginer dans un récit de fiction que nous sommes parvenus à  recrée l’Adam des origines celui d’avant sa chute et la notre  avec nos ordinateurs. Pour la machine il n’y a pas de beau et de laid de bien et de mal juste des 0 et des 1. Du juste et du  déplacé d’un cran.

Et toute notre société s’appuie désormais sur l’informatique.

Le contrôle devenant  le fruit de ce mariage bizarre  car rien de plus facile désormais que d’analyser tout un paquet  de propositionsdans de nombreux domaines.

Cet employé travaille t’il aujourd’hui ?

Réponses possibles : 2 -oui ou non

Tient il sa cadence ? réponses possibles 2 -oui ou non

A t’il payé ses impôts ? quel produit consomme t’il ? quel genre d’émissions regarde t’il ? autant de questions qui savamment posées par des experts finissent par ne donner que deux solutions: oui ou non .

On se retrouve encore entre O et 1 c’est à dire soit O soit 1 sans nuance ni intervalle. Ensuite par glissement cette notion de position dérive vers le vrai et le faux. D’ailleurs on a coutume de grincer des dents quand on entend « une fausse note »par exemple. Elle n’est fausse cependant qu’en raison d’une oreille limitée, ou plutôt habituée à un séquençage, un silence un intervalle. Ainsi est née la confusion. Et de cette confusion, l’informatique comme nouvel emblème de la vérité a tout envahi de nos sociétés.

Notre présent se confond dans notre futur en ce moment alors imaginons :Dans le fond ce serait tellement plus facile de vivre ainsi avec ce « vrai et faux » numérique  bien implanté dans nos cervelles telles des puces informatiques. Un vrai paradis s’ouvrirait alors car la machine saurait quel travail nous convient, quelle alimentation nous entretient le mieux , et ne nous posant plus de questions, n’ayant plus aucun doute la vie et la mort ne serait plus rien d’autre qu’une proposition binaire, un interrupteur sur lequel appuyer. D’ailleurs nous serions en vie simplement et ne penserions plus à la mort, celle ci éradiquée par l’obtention de ce nouvel Eden serait intégrée comme résultat rien de plus ni de moins.

Mais revenons à Adam qui va subit une punition à la mesure de sa faute

La locution « à la mesure » est loin d’être innocente. La mesure, cela ne vous rappelle pas vos cours de solfège chiants d’autrefois ?

En sortant du Paradis Adam se retrouve donc confronté au bien et au mal, au beau et au laid et perd peu à peu la notion du juste et du déplacé tout embrouillé qu’il est désormais par ses toutes nouvelles facultés.Il croît et se multiplie avec quelques drames et péripéties, inventant le temps et pour tuer celui ci bien sur  ,les longs dimanches, les guerres et les congés payés.

Cependant il est possible  d’ observer une constante magistrale : malgré les progrès techniques, philosophiques, artistiques, Adam n’est toujours pas heureux. Les hommes et bien sur les femmes non plus.

Produire pour consommer ne suffit pas et il se met à rêver d’un Ailleurs toujours renouvelé depuis sa chute, depuis qu’il a quitté le monde harmonieux de la musique.

Alors d’un coup se pointe je ne sais quelle nostalgie ?

tiens essayez de taper le mot dans un moteur de recherche connu et vous allez voir ce qui arrive en tête.. une radio musicale mais la définition, il vous faudra scroller  un peu pour en trouver une à peu prés digne de ce nom  dans Wikipedia. Tout content vous cliquez et paf c’est vide ou quasiment. C’est à dire qu’on vous apprend de façon laconique et brusque que la nostalgie, ce n’est qu’un sentiment, s’en suit à nouveau radio nostalgie pour en remettre un coup et que vous passiez à la suite.

Il faut oser cliquer sur nostalgie souligné d’un lien bleu pour arriver sur une nouvelle page dont le titre devient nostalgie (sentiment) pour obtenir comme un mystère réservé aux initiés un embryon de définition que je vous rapporte bien sur ici :

« La nostalgie est un sentiment de regret des temps passés ou de lieux disparus ou devenus lointains, auxquels on associe des sensations agréables, souvent a posteriori. Ce manque est souvent provoqué par la perte ou le rappel d’un de ces éléments passés, les deux éléments les plus fréquents étant l’éloignement spatial et le vieillissement qui représente un éloignement temporel. »

Est ce que c’est  grave docteur ? l’idée de paradis perdu nous le savons un peu maintenant est super  mortifère nous l’avons déjà vue il n’y a pas très longtemps.

Et encore de nos jours nous le voyons à nouveau  qui pointe le bout de son vilain nez. L’intégrisme, le nationalisme, autant de dérives proposées par la nostalgie qui finalement ne pourrait se résumer que par la locution » a posteriori » celle-ci formant son noyau, le reste n’étant que particules en suspension.

Mais ce n’est pas tout. Car en outre, il est  possible voir certain  que l’on se prenne subitement à  éprouver une sorte de nostalgie du futur et ce futur serait aussi  à éviter pour les mêmes raisons.

Mais alors d’ou viendrait l’idée de cet  » Ailleurs » ?

 

Pour expliquer ma définition de juste et déplacé je me réfère à Pythagore et à une des plus anciennes grille de lecture de la musique.

En effet il ne peut y avoir qu’une seule position ou place pour la note juste en musique alors que si l’on déplace ne serait-ce que d’un cheveu ce qui la constitue ( le nombre de vibrations) celle ci devient « déplacée ». Cela ne signifie nullement qu’elle soit fausse, écoutons la musique indienne par exemple qui s’appuie sur une infinité de nuance de l’intervalle…

En musique une quinte, une quinte juste est un intervalle entre deux notes séparées par 5 degrés. On peut aussi diviser cet distance en 7 demi tons.

En acoustique musicale la quinte pure est l’intervalle séparant deux sons dont les fréquences fondamentales sont dans le rapport de 2 à 3 ( soit 1.5=3/2). Quand la note du haut émet 3 vibrations la note du bas n’en émet que 2

On peut aussi retrouver cette notion d’intervalle, de vibrations dans la gamme des couleurs.  En fait aucune couleur ne peut exister seule, comme une note de musique il lui faut un « faire-valoir » une comparse. Parfois le couac léger redonne vie à la première, parfois la justesse insupportable de cette dernière nous procure des élans infinis de tendresse envers la déplacée, la rompue, la grise, la presque répudiée.

Il n’y a peut-être qu’un pépin, un pépin de grenade puisque la traduction était mauvaise déjà, qui nous empêche de retrouver la symphonie du monde telle qu’elle se déploie depuis toujours. Ce pépin logé entre deux dents,entre le juste et le vrai par exemple,mais aussi  entre le déplacé et le faux.

Quant à l’intervalle sémantique entre une grenade et une pomme j’ai bien peur que  le traducteur ait dû avoir lui aussi un  pépin.

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L’ecuyere

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Entre ses cuisses douces
et chaudes

lorsqu’elle chevauche,

L’axe des limbes,vers l’oubli, ourdit l’orage

et des espoirs

œuf coupé

Immobile et vibrant,robuste

Energiquement

s’élance

vers les sommets rêvés

par la plus noire des profondeurs

Se tient

satin inouï,

orange

Amere

l’amie, la mort,la vie.

Algorithme

quatrain d’Omar Khayyâm

Ce mot provient  du persan, du nom d’un mathématicien du XI ème siècle, Al-Khwârizmî,né dans les années 780 dans une région de l’Ouzbékistan nommée Khwarezm. Ses écrits, la plupart du temps rédigés en langue arabe furent traduits en latin au XII ème siècle et permirent ainsi l’introduction de l’algèbre en Europe.

Le bonhomme, mathématicien, géographe, astronome et astrologue prodigua ses services, et probablement son enseignement dans l’ une des « maisons de la sagesse » qui fleurissait dans le nouveau souffle d’un nouveau monde , le temps du califat Abasside.

 Muhammad Ibn Musa al-Khwârizmi exerçait son art quant à lui  à Bagdad.

Fondée en 762 après la bataille du grand Zab contre les Omeyades , Bagdad tirerait son nom du persan (donnée par Dieu) et c’est la  toute jeune capitale du monde Arabe qui dardera ses rayons pendant environ 500 ans durée approximative de la dynastie Abasside.

Le calife Al Mansour, est en effet très influencé par la culture persane et désire donc déplacer l’attention du monde depuis l’ancien Damas  en Syrie ( La ville du Jasmin )  qui était la capitale  administrative d’une province  de l’empire Ottoman. Damas entretient des liens étymologiques avec »sham », on retrouve ainsi cette étymologie dans la province de Sham, le pays de Sham  mais aussi dans le mot cham qui désigne la gauche lorsqu’on se tourne vers l’orient, à contrario du sud,  le Yemen . Damas, est une évolution  abrégée sans doute de la locution Dimachq al sham. (arabe)

Dans ses maisons de sagesse , l’attention est  portée sur des traductions de textes concernant les mathématiques,discipline peut-être voire surement tirée de l’étude des cosmogonies, branche de l’astrophysique qui a pour but d’étudier l’origine, la nature, la structure et l’évolution de l’univers, mais également sur l’histoire, la géographie, la philosophie, et la poésie tant, pour les savants de cette époque, universalistes, des connections évidentes s’effectuent encore  entre toutes ces disciplines. 

Mais revenons à cette notion d’algorithme.

Un algorithme est donc  une sorte de panacée apte, sinon à trouver  un remède à tous les maux, à résoudre d’une manière générale une quantité importante de problèmes donnés. Comprenez qu’il faille les préciser, c’est à dire les couper en instances, de la même manière qu’on couperait les cheveux en quatre.

C’est que pour résoudre un problème nous avons pris l’habitude de le découper. Ici ce qui m’importe ce n’est pas le problème mais le mot « résoudre » qui possède le triple sens de décider ( je me résous à résumer mon propos ) mais aussi » décomposer » dans le sens de faire passer un corps d’un état à un autre. Et enfin « trouver » la solution à un problème.

Comme Picasso par exemple qui  pour résoudre le problème du sujet se mit à le trouver dans la ligne plutôt qu’à le chercher dans les méandres de son esprit.

 C’est la version « mystique » en quelque sorte, tout droit issue du monde Soufiste et en ce sens je reviens un peu à l’origine de mon propos de départ, cette relation secrète entre l’ algorithme et l’un de mes poètes préféré: 
Omar Khayyâm. qui vécu dans le milieu de la période Abasside ( 1048-1131).

A cette époque l’Afghanistan s’appelle  encore le Khorassan et Omar passe une partie de son enfance à Bahli puis s’établit à Nishapur.  Entre temps on le retrouve à Ispahan pour organiser la réforme  du  calendrier solaire durant 5 années durant lesquelles il s’occupera d’observations astronomiques en même temps que d’élaborer son oeuvre poétique et fréquenter les tavernes.

Comme il risque la disgrâce après la mort du sultan Mālikshāh pour être allé un peu loin avec ses poèmes, il alla faire un tour à la Mecque et tout rentrera dans l’ordre pour mon plus grand bonheur car ainsi il continuera à écrire ses quatrains et moi de les lire comme des mantra.

Le nom de Khayyâm indique que probablement son père était fabriquant de tentes. Mais sous une autre lecture, selon un système ésotérique que l’on appelle le systeme abjad, Kayyâm deviendrait al-Ghaqi : « le dissipateur de biens. »expression qui dans la terminologie soufie est attribuée à « celui qui distribue ou ignore les biens du monde constituant un fardeau dans le voyage qu’il entreprend sur le sentier soufi » .d’après Omar Ali-Shah.

« Khayyam, qui cousait les tentes de l’intelligence,
Dans une forge de souffrances tomba, subitement brûla ;
Des ciseaux coupèrent les attaches de la tente de sa vie ;
Le brocanteur de destins le mit en vente contre du vent »

(Omar Khayyam (trad. Armand Robin), Rubayat, Poésie/Gallimard)

La difficulté du traitement de l’information en tant que problème, instance c’est sa susceptibilité face à la croissance ou l’inflation , c’est à dire comment interagir de façon élastique, souple dans une forme donnée lorsque celle-ci subit la pression ou la dépression de ce qui la constitue .

Quel est le filtre ou le critère majeur qui perpétuera son écologie en le faisant croître sans l’exploser ..?

Ce qu’il convient de comprendre c’est qu’il faut un filtre. Peu importe lequel. Ce dernier est un ensemble de variables à ajuster selon le client qui paie dans le monde de l’avoir . 

Dans le monde de l’art ce filtre, il se pourrait que ce fut longtemps  la beauté, pour des raisons de volumétrie ( la plus-value est plus longue à obtenir et inclut le paramètre de postérité) .

Quant au monde de l’Etre  si  l’on cherche la plus haute  qualité mieux vaut aller au simple et ne conserver qu’un   filtre de justesse.

« Au printemps, je vais quelques fois m’asseoir à la lisière d’un champ fleuri.
Lorsqu’une belle jeune fille m’apporte une coupe de vin, je ne pense guère à mon salut.
Si j’avais cette préoccupation, je vaudrais moins qu’un chien. »

Omar Kayyâm