Nazisme et modernité.

Ce qui a provoqué l’adhésion collective des gens, des allemands dans la modernité qu’ils traversaient, à la pensée nazie, c’est la faim. Quand les gens ont faim ils se foutent de tout, que ce soit de la philosophie, des beaux sentiments, et même du sexe. Ils veulent juste bouffer, c’est leur objectif premier, leur essentiel. 30 millions d’Ukrainiens en ont fait les frais parce qu’un obscur commissaire au plan pour lutter contre la famine a découvert tout ce que l’Allemagne pourrait régler comme problème, en urgence, si elle mettait main basse sur les ressources agricoles de ce territoire.

La famille de paysans de Kahlenberg d’Adolf Wissel 

Il suffit d’aller dans une bibliothèque et de lire pour apprendre. Même si on a faim on peut encore tromper la faim comme ça. Je l’ai fait. C’est sans doute dans la même continuité de toutes les choses idiotes que j’ai pu faire dans la vie. Je n’ai pas eu l’envie ni le courage de me ruer sur mon prochain pour le dévaliser, ni pour l’occire et m’accaparer ses bien pour satisfaire un besoin biologique, comme je n’ai pas toujours eu ce courage insensé de me lever tous les jours pour gagner un salaire merdique et obéir à un patron. Parfois je l’ai fait, d’autre fois non, j’ai crée ce choix.

Ce que j’ai compris en montant les échelons dans l’entreprise c’est à quel point nous n’étions pas sorti du nazisme mais qu’au contraire nous en exploitions toute la science en matière de gestion humaine, et d’efficacité. L’humain dans l’entreprise n’est qu’un matériau biologique, une matière première au même titre que le bois, le charbon, la houille, ni plus ni moins. On l’exploite de façon à obtenir plus en effectuant le moins d’efforts nécessaires.

En quittant l’entreprise j’ai pensé que je quittais le nazisme, j’imaginais naïvement qu’il se concentrait en un seul lieu mais il était déjà trop tard, la pensée nazie a tout envahi de notre modernité. Et avec la crise gigantesque qui est là, les choses ne vont surement pas s’arranger.

Ce que les nazis ont construit ils l’ont puisé à la source la plus sombre de nous-mêmes, de chacun d’entre nous et l’ont emporté vers le paroxysme comme un soufflet. Le fait que ce soufflet soit retombé à la fin de la seconde guerre mondiale ne change rien au fait que la pensée nazie se soit infiltrée désormais partout, pas seulement dans le monde de l’entreprise mais dans nos foyers aussi.

La notion d’efficacité, d’obtenir toujours plus avec le moindre effort, de prendre et de jeter, tout cela participe de notre modernité. Et ce n’est pas les velléités écologiques actuelles qui vont entrer en contradiction avec cette idée puisque l’écologie avant tout est un condensé de méthodes toutes rivalisant d’efficacité en matière de récupération.

Sauver la planète ou sauver les plus efficaces d’entre nous pour créer un nouveau monde, tout à fait semblable à cet âge d’or, à cette idée eschatologique qui utilise le combat contre la faim comme prétexte ? Nous ne sommes pas loin de plonger à nouveau dans l’effroi avec cette crise sanitaire et économique.

Et le gouvernement n’est qu’un ramassis de pantins pathétiques ignorants. La raison c’est que ce sont des gens formés avant tout au management. Ils sont d’une nullité crasse en matière d’économie, ils ne savent même pas les bases.

Keynes ne s’enseigne plus à Science Po pas plus qu’à l’ENA. Et le ministre de l’économie est un triste pitre doublé d’un sacré menteur lorsqu’il se réjouit de son fameux plan de redressement à 100 milliards d’euros.

Ce n’est pas en aidant les plus grosses entreprises qu’une quelconque relance risque d’arriver. Et d’abord ce ne sera jamais 100 milliards qui seront donnés, tout au plus 25 ou 30.

25 ou 30 milliards… Un chiffre déjà astronomique pour la plupart d’entre nous.

Un million, un milliard tout cela est tellement abstrait… si on voulait effectuer une comparaison, un million de secondes c’est 11 jours, un milliard de secondes c’est 30 ans…

Le système capitalisme est comme un fauve blessé à mort et qui dans sa folie meurtrière va encore faire énormément de victimes.

Tout cela parce que nous sommes dirigés par des incompétents, par des ronds de cuir dont le mot d’ordre est l’efficacité mais seulement pour perpétrer une image d’eux mêmes mensongère. Pour pouvoir conserver le pouvoir aux prochaines élections.

« Regardez comme on a tout fait bien avec le peu que l’on avait »

Voilà l’unique message qu’ils nous assènent sans relâche.

On pourrait presque penser qu’ils ne sont là que pour préparer l’avènement de l’extrême droite. D’ailleurs si on regarde les choses de ce point de vue, ils sont véritablement parfaits. Pas de doute que plus nous allons nous enfoncer dans la crise plus les gens perdront tout, plus la faim deviendra démesurée, plus les discours poujadistes seront écoutés et plus on aura de chance ou plutôt de malchance de se retrouver en 2022 avec une majorité d’électeurs près à voter pour les extrêmes que ce soit la droite ou la gauche, peu importe, ce sera celui qui adoptera une stratégie efficace pour pallier la faim, l’urgence de la famine.

Et dans l’art est ce qu’il n’y aurait pas là aussi un peu de ce modèle nazi finalement qui perdure, qui se métamorphose mine de rien.

Lorsque je vois toutes les formations où l’art et le marketing désormais fricotent et ou les maîtres mots sont « action » et « résultat » je trouve assez légitime de m’interroger.

Et le pire c’est qu’on utilise désormais les « bons sentiments » pour fédérer les gens autour de ces notions d’action et de résultat. Les bons sentiments et l’efficacité à la mode désormais dans ce que nous appelons la modernité. Un instant T de notre histoire, sans doute le plus pernicieux, là ou les mensonges ne cessent plus de pulluler, ou la naïveté devient un mensonge comme la bienveillance et l’empathie.

Revenir à la faim n’est sans doute pas une si mauvaise chose que ça dans le fond. Cette crise qui est devant nous, personne ne peut être en mesure d’imaginer son ampleur. La plus grave sans doute que toute l’histoire de l’humanité ait connue.

Si dans les années 30 la crise de l’époque a produit le nazisme, et que ce nazisme a perduré dans ses schémas jusqu’à nos jours, à quoi faut il alors s’attendre désormais ?

Peut-être qu’une solution serait de toute urgence remonter les minima sociaux. De manière substantielle, pas au compte goutte comme cela a été fait. Donner plus aux personnes en bas de l’échelle pour leur permettre de ne pas crever de faim d’une part et aussi de pouvoir dépenser plus ce qui aurait pour conséquence de relancer certaines branches de l’économie rapidement. C’est tellement simple que nos gouvernants dont la pensée est semble t’il labyrinthique, si tant est qu’ils en aient vraiment une, devraient évidemment y penser.

Vouloir « sauver » les plus grosses entreprises pour soi disant conserver les emplois c’est du foutage de gueule ni plus ni moins. Elles peuvent au contraire des petites bénéficier de prêts bancaires sans avoir besoin pour autant de montrer patte blanche comme nous autres indépendants.

Du coup quand je vois une accumulations de fautes à ce point de la part de nos gouvernants je me dis ce que tout le monde peut se dire, ce sont des cons incompétents.

C’est peut-être exactement ce qu’ils veulent que nous pensions finalement. Il me vient parallèlement cette autre idée que tout, absolument tout est déjà prévu de longue date, ces apparentes erreurs ne sont que les étapes d’une machinerie infernale dont l’efficacité ne devrait plus se faire attendre, mettons aux prochaines élections et ce dans de nombreux pays en même temps.

J’ai du mal à croire aux théories complotistes, mais tout de même, si on voulait changer la face du monde totalement avec toujours ce même moteur du profit, on ne ferait pas autrement que ce nos gouvernants sont en train de faire dans une maladresse apparente. Une maladresse si énorme qu’on est bien en droit de se demander si elle ne dissimule pas une efficacité redoutable ?

Daemons et intrication quantique.

Plongée dans Hésiode en ce moment. Comme une apnée pour ne pas respirer l’air ambiant. Ne pas respirer l’odeur nauséabonde qui monte de ce cloaque audiovisuel permanent. Les travaux et les jours que je suis parvenu à me procurer gratuitement sur l’application Youbox fournit par mon opérateur internet. Je ne suis plus à une contradiction près.

Et puis cette série de podcasts passionnante racontée par Vinciane Pirenne-Delforge directrice de recherche au fond de la recherche scientifique belge ( FNRS) une sommité dans l’histoire des religions, dont tu pourras trouver le lien ici

Une évasion du savoir par le savoir, juste en fabricant de la différence.

Ce que je retiens, qui m’intéresse beaucoup en ce moment concernant la peinture et l’écriture, c’est l’origine de l’intention.

Ce que les anciens grecs pensaient de cette intention c’est qu’elle nous était insufflée par des voies invisibles, par ces fameux daimons ou daemons. Leur panthéon est colossal, il semble y avoir ainsi une quantité incroyable de moyens employés par les dieux, parfois identifiés, nommés par les hommes, susceptibles de produire en eux une intention. C’est à dire en fait une série de pensées , de rêves, d’actions qui arriverait dans nos caboches et qui seraient issues d’une volonté divine.

D’où la notion de destin très puissante chez les anciens.

Notion que la raison des sociétés modernes réfute évidemment.

La raison est une adolescente attardée. Je n’arrive pas à me défaire de cette image en ce moment. Une emmerdeuse qui sait tout. Qui a un avis tranché sur tout. Et l’important n’est pas vraiment l’avis mais surtout qu’il soit tranché. Nous sommes dans l’ère du saucissonnage.

Cela me rappelle ma découverte des philosophes présocratiques autrefois. Cette pensée d’avant Socrate. Cette pensée issue de la nuit et s’y reconnaissant, lui restant fidèle car sans doute encore soutenue par la puissance des mythes.

La raison fuit les mythes car elle les considère comme enfantins ce qui est je crois la fondation même de son égarement.

Je ne crois pas du tout que l’homme moderne et son esprit soit beaucoup plus avancé que l’homme des temps présocratiques. Les mythes sont toujours là mais on pourrait plus parler de mensonges désormais que de belles histoires fécondant l’imaginaire et nourrissant les pensées comme les intentions.

Ce que la raison a produit c’est uniquement de la raison en débarrassant les mythes de leur potentiel créatif. Ce que la raison a produit c’est du mensonge. C’est à dire cette chose insignifiante et bornée dans les limites d’une morale qui n’a absolument plus rien à voir avec l’éthique.

D’ailleurs la raison contre laquelle je m’élève n’est plus qu’un ersatz de raison. La raison des modernes serait probablement risible et facilement friable pour le pire des disciples de Socrate ou de Platon.

On a raison mais on ne sait plus rien. On a raison pour ne pas montrer toute notre ignorance. On veut surtout avoir raison.

Franchement je préfère rêver, et douter, m’égarer mille fois plutôt que de penser avoir raison.

J’adore cette idée de daimon par exemple qui me semble d’une pertinence folle si je la pose à coté de tout ce que je crois avoir compris de la mécanique quantique.

L’idée que les dieux sont impuissants à agir directement par eux mêmes car ils sont dans une autre dimension de l’espace temps, dans ce fameux « Age d’or » cette idée là est fascinante.

Hésiode raconte qu’il y a 5 âges. L’Age d’or, l’Age d’argent, de bronze, l’Age des héros et enfin l’Age de fer.

Ma première interprétation était que ces âges soient dans une suite, dans une continuité temporelle linéaire Comme l’illustration d’un phénomène d’usure, d’entropie. Du meilleur vers le pire.

Cependant dans cette suite il y a une anomalie. On peut remarquer qu’ils sont nommés par un métal, tous sauf un, l’Age des héros.

Cette anomalie n’a pas cessé d’accaparer mon esprit ces derniers jours. Pourquoi cette interruption soudaine, cet élément étranger dans la suite ?

Comment pourrais-je interpréter ça autrement qu’en y voyant un code, une sorte de message laissé par les anciens.

L’Age des héros qu’a t’il de particulier ? Et bien c’est le seul qui permet vraiment de rejoindre l’Age d’or. Le héros par ses actes héroïques gagne aussitôt le retour aux champs Elyséens.

Et qu’est ce qu’un héros aujourd’hui ? Dans ce que j’imagine être cet Age de fer prédit par le poète.

Il faut s’extraire de la notion raisonnable, de la notion moderne qui croit savoir comme je crois savoir de ce que peut être un héros.

Sortir d’Hollywood, et de toute une littérature aussi.

Revenir aux bases, à l’Illiade et l’Odyssée, à Achille, Hector et Ulysse. A Homère.

Je me suis souvenu de ma fascination enfantine pour L’odyssée. Que d’émotions cette lecture m’aura fait traverser… J’ai ressenti la colère, la rage, l’espoir, la déception, la perte des compagnons, le désir trouble pour Circé, l’amour sage et résigné pour Pénélope au retour à Ithaque… déjà enfant par la seule lecture d’Homère l’essentiel était entré dans mon cœur par le chant du poète et la création de cette merveilleuse histoire dans laquelle les dieux et les hommes sont toujours en relation. Dans laquelle la vie toute entière n’est que cette histoire de relation entre le visible et l’invisible, une histoire qui tient debout, une histoire qui dépasse l’entendement et nous évoque quelque chose d’éternel directement dans le cœur.

Souvent j’ai repensé à cette histoire surtout dans des périodes où comme Ulysse j’étais naufragé et que je devais lutter contre des vents contraires. Elle a été pour moi un modèle pour ne pas sombrer dans le désespoir total définitif. Toutes les ruses D’Ulysse pour parvenir à se tirer d’affaire, à résister et à contrer avec l’aide de divers alliés le grand Zeus m’a donné le schéma de tout ce que peut imaginer la raison, l’intelligence en acceptant justement une alliance avec les daemons et les divinités mineures.

Athéna aide souvent Ulysse, elle ne cesse d’intercéder auprès des autres dieux et même auprès de Zeus pour avoir pitié d’Ulysse. Je l’ai parfois associée à une figure maternelle aimante. Mais elle n’est au bout du compte que cette justesse dont je ne cesse de parler ces derniers temps. Justesse et justice, celle dont nous manquons cruellement aujourd’hui.

Tout est symbole et même ma propre mère confondue soit avec Athéna, ou la justesse par l’insistance suspecte de ses mensonges laissés comme un message codé eux aussi.

Sortir d’Hollywood, sortir de la littérature comme on sort à nouveau du ventre de la société pour respirer à l’air libre en criant un Euréka, un Noel, un Hourra, qu’importe pourvu qu’on puisse expirer tout cet air vicié.

En cherchant la définition du terme d’intrication quantique je suis arrivé sur cette page de wikipédia que je copie colle ici en laissant en place tous les liens.

En mécanique quantique, l’intrication quantique, ou enchevêtrement quantique, est un phénomène dans lequel deux particules (ou groupes de particules) forment un système lié, et présentent des états quantiques dépendant l’un de l’autre quelle que soit la distance qui les sépare. Un tel état est dit « intriqué » ou « enchevêtré », parce qu’il existe des corrélations entre les propriétés physiques observées de ces particules distinctes : cet état semble contredire le principe de localité. Ainsi, deux objets intriqués O1 et O2 ne sont pas indépendants même séparés par une grande distance, et il faut considérer {O1+O2} comme un système unique.

Cette observation est au cœur des discussions philosophiques sur l’interprétation de la mécanique quantique. Elle est, en effet, contraire au principe de réalisme local défini par Albert Einstein.

L’intrication quantique a des applications potentielles dans les domaines de l’information quantique, tels que la cryptographie quantique, la téléportation quantique ou l’ordinateur quantique.

Ce que j’en comprends c’est que tout est liée par un réseau invisible dans l’espace et le temps. Que la moindre influence sur la moindre partie de ce réseau est enregistrée dans l’ensemble de ce réseau au même moment et partout en même temps.

Peut-être suis je un peu fou mais je vois dans cet énoncé une mythologie moderne tout aussi valable que la mythologie grecque. elle est simplement repeinte si je peux dire avec des concepts à la mode.

Cependant qu’on parle bien toujours de la même chose n’est ce pas… on parle toujours de cette interaction entre le visible et l’invisible, on parle de simultanéité, de synchronicité… comme autrefois on nommait les daemons ni plus ni moins. Les mots ainsi peuvent changer mais pas vraiment les idées.

Perfection, contemplation

Aujourd’hui j’ai décidé de t’emmener dans une vision inédite des choses. Il faut être probablement un peu cinglé pour y pénétrer mais étant donné que la folie semble désormais être la norme de ce monde, tu ne risqueras sans doute pas grand chose à me suivre.

Je voudrais partir du fait que tout est parfait. Que nous n’avons jamais quitté la perfection.

C’est à dire que si les choses sont, elles sont automatiquement parfaites dans leur origine, dans le surgissement de cet instant. A l’instant de la rencontre. Celle de ton regard avec celles-ci.

Ensuite, accepte le fait que cette perfection est insupportable à regarder. Un peu comme on fixe le soleil. Elle te fait cligner des yeux. Et ce faisant tu mets en place un réflexe une stratégie inconsciente afin de pouvoir t’en éloigner et de ne pas sombrer dans la contemplation, qui comme tout le monde le sait est considérée comme une attitude stérile.

Pour quelle raison lorsqu’on voit la perfection s’en éloigne t’on ? Pourquoi ne pourrions nous rester figé dans la contemplation ? Sans doute que contemplation et perfection sont en dehors du cadre de l’utile.

La contemplation prend du temps, beaucoup. En pénétrant dans celle ci une version habituelle de l’utile et de l’inutile s’évanouit pour laisser la place à l’apparent chaos, au mélange, à la confusion des polarités.

S’engager dans la contemplation n’a pas de but autre que celui de contempler la perfection.

Disparaitre en celle ci. être tout entier absorbé par celle ci.

Cette contemplation de la perfection entraîne une dépossession progressive ou immédiate selon notre caractère.

Vue de l’extérieur elle apparait souvent comme un piège qui rend caduque toute action et tout objectif vulgaires. Elle est le reflet exact de notre vulgarité en tant que distance prise avec la perfection du monde, de l’univers.

Et cette distance ce recul cet espace que nous installons entre la perfection et notre existence séculaire sert à ce que nous appelons le « vivre ensemble ».

Par le vivre ensemble nous oublions la perfection fondamentale du monde, nous nous égarons dans la dualité en oubliant la raison majeure de cette évasion. Notre fragilité, notre vulnérabilité vis à vis de ce qui est, et que nous cherchons sans relâche à interpréter.

A interpréter afin de le partager avec les autres qui souvent s’en fichent totalement, aveuglés dans leur course vers des buts illusoires.

C’est la position de tout artiste fondamentalement de pénétrer dans la contemplation, de faire retour vers l’origine pour Voir de façon majuscule.

Toute la difficulté ensuite sera la retranscription. Quel canal, quel mode utiliser afin de transmettre ce qui n’a pas vocation à être transmis puisque tous nous le possédons déjà.

Il y a trois niveaux que tout artiste digne de ce nom se doit d’explorer

Il doit voir avec l’œil

Observer avec l’esprit

Contempler avec son âme

Et c’est une fois qu’il aura franchi ces trois étapes qu’il pourra créer, débarrasser de la question et des doutes car ces choses ne lui appartiennent plus dans le silence qu’il est devenu.

C’est sans doute pour cela que je ne suis pas un artiste. Je le dis souvent et on croit que je plaisante. Mais c’est ce que je ressens profondément. Le fait d’être encore trop bruyant me le prouve à chaque instant.

Accepter la perfection et son corollaire la contemplation entraine irrémédiablement dans un silence, dans l’innommable qui rend soudain vaines toute tentative de vouloir le partager avec autrui.

Et pourtant c’est là où j’en suis, dans l’exploration de cette vanité qui chaque jour me fait écrire un texte, peindre un tableau en me débarrassant successivement de tous les buts habituels pour lesquels toute action n’est pas vaine.

Ce faisant je transmute quelque chose je le sais bien.

Le besoin d’amour se redirige vers l’intérieur

le besoin d’approbation se métamorphose en confiance en cette certitude qui parfois fait de moi un fou.

Toutes les angoisses forment la base d’un triangle dont le sommet s’élève vers une paix étrange.

Et pourtant obstinément je reste dans le bruit, je suis bruit se nourrissant et fabriquant du bruit.

Une sorte de crucifixion obligée si l’on veut mais j’aime mieux le signe +

Ce symbole qui évoque la rencontre de deux forces horizontales et verticales en un centre

Il n’y a jamais qu’un crayon à prendre pour poursuivre cette figure

l’arranger à sa guise

en cercle

en carré

en spirale.

Ou encore un vide, un silence formé par le triangle inscrit dans le cercle invisible

Méditation sur le triangle

Position du corps

Lotus.

Mais tout cela est le bruit nécessaire à faire chaque matin

pour pénétrer plus avant dans le silence de la journée.

Rien de plus et rien de moins

La perfection encore et toujours.

Hier j’ai peint ce tableau. Un vieux tableau que j’avais recouvert de gesso.

J’ai laissé aller le pinceau en le trempant dans du brou de noix et de l’encre de chine

puis en le recouvrant de jaune indien tout entier

ensuite quelques traces de parme et de violet.

Puis je l’ai mis à distance

je n’y comprenais rien

j’ai changé l’orientation et j’ai vu un cœur qui explosait

un cœur chaud dévoré par la chaleur …

Nous nous réchauffons comme nous pouvons dans cette drôle de période

sans chaudière

sans eau chaude

Mais malgré tout je ne le dis pas assez encore à mon épouse

tout est parfait ainsi absolument.

Et c’est en cela qu’on me traite de fou généralement.

Sourire.

Perdre la face

Il ne va pas de soi dans une immédiateté propre à l’émotion que nous puissions comprendre cette gène de porter un masque dans ce nouveau paradigme que nous devons traverser- du moins espérons qu’il ne s’agisse que d’un passage. Espérons, car l’autre alternative, déclencherait une émotion toute aussi immédiate qu’incontrôlable par les individus que nous sommes, le désespoir.

Nous serions alors certains d’avoir une fois pour toutes « perdu la face », il en serait terminé de cette antique vision d’honneur tout comme d’ailleurs de la honte qui comme une ombre fidèle l’accompagne.

Si le port du masque a pour but de préserver celle ou celui qui accepte d’y obéir pour des raisons à la fois sanitaires et éthiques, pour le groupe dans son ensemble, il se pourrait qu’il devienne le déclencheur ultime faisant exploser la société toute entière fédérée autour du couple « honte et fierté » , de sa nécessité cristallisée dans le regard de l’autre sur chacun de nos faits et gestes.

Depuis la grèce antique nous vivons la société comme le terrain de jeux de cette honte et de cette fierté dont le but commun porte sur notre renommée individuelle. Qu’elle soit bonne ou mauvaise n’a pas d’importance vraiment, elle reste l’héroïne de tous nos navets, nos nanars, comme de nos chefs d’œuvres.

« Renommée », « réputation », « confiance » sont les fils d’un ouvrage personnel et collectif que nous remettons sans cesse sur le métier et ce sans même nous en rendre compte pour « faire et défaire » à la façon de Pénélope, l’étoffe de nos hontes et de nos fiertés. Ce que nous cachons derrière le mot de société.

Notre peur d’être seul. Notre vulnérabilité chronique.

Nous avons traversé trop de mots en « isme » imaginant à chaque fois trouver une solution nouvelle à nos hontes et nos fiertés encombrantes. En vain.

Désormais nous sommes fatigués, exténués et désabusés par ce qu’aura produit une telle société, avec ses hauts et ses bas mais qui nous offrait une liberté d’expression malgré tout pour qui n’avait pas honte de s’essayer à parler. La parole on pouvait encore s’en illusionner recouvrait le néant en lui dessinant un ou plusieurs sens qui le rendrait humain, à notre propre image si je puis oser ce retournement biblique.

Sous la honte et la fierté, désormais écaillées par l’habitude de l’effroi, du scandale, des innombrables monstruosités qui nous sont devenues familières notre société d’honneur n’a plus de sens. L’honneur n’a plus de sens. Ni d’ailleurs la honte, ni d’ailleurs la fierté.

Il n’y a plus désormais qu’une entité invisible qui nous regarde, chacun de nous dans notre propre insignifiance, et ce faisant la renforce.

Nous sommes passés malgré tout ce que l’on peut encore en dire de l’honneur au déshonneur. De la honte au remords en passant par la culpabilité pour tomber sur notre vacuité finale.

Le fait de poser un masque désormais sur nos visages d’en finir avec la « persona » pourrait sonner le glas définitivement de notre rêve d’individualité de façon évidemment inconsciente, indicible et stupéfiante.

Nous serions alors prêts pour nous dépêcher, nous fédérer autour d’un héros nouveau, d’un chef, et ce quel qu’il soit, pourvu qu’il possède une voix forte et claire, une voix de stentor qui puisse être entendue par tous par delà les bruits de bottes qui l’accompagnent depuis toujours.

Résister

L’histoire le prouve, la résistance est l’apanage d’un petit nombre. Céder à la peur, voir à la panique est plus usuel. C’est pour cela que la panique tue bien plus que le danger lui-même. Il suffit d’une émeute, dans la rue, un cinéma pour comprendre ce phénomène. Le chacun pour soi est alors l’unique comportement que la plupart d’entre nous sont prêts à adopter immédiatement.

Il n’est évidemment pas question de juger cet état de fait par l’attribution de bons ou mauvais points. C’est une simple observation, qui entraine immédiatement cette question: En quelle occasion as tu été capable d’opposer une résistance ?

Si l’on revient à l’idée qu’une résistance dans le domaine électrique est de s’opposer à la circulation du courant et que l’on calcule l’intensité de cette résistance en « ohms » c’est assez amusant.

« Om mane padme um » une phrase tibétaine qui par l’homonymie du terme « om » rejoint à peu de chose près celui utilisé par les électriciens.

Selon le bouddhisme tibétain, le fait de réciter le mantra de Chenrezig Om Mani Padme Hum, à voix haute ou intérieurement, est une invocation à l’attention bienveillante et puissante de Chenrezig, l’expression de la compassion du Bouddha. Le fait de voir le mantra écrit peut avoir le même effet, c’est pour cela qu’on le retrouve à des endroits bien visibles, voir même gravé dans la pierre. Il peut également être invoqué à l’aide de moulins à prières sur lesquels le mantra est inscrit, parfois des milliers de fois. Il existe différents formats de moulins à prières : il y a ceux que l’on peut transporter avec soi et faire tourner d’une seule main, et il y en a d’autres qui sont si grands et si lourds qu’il faut plusieurs personnes pour les faire tourner. Selon les moines bouddhistes tibétains, le mantra Om Mani Padme Hum (Hung) réunit à lui seul l’ensemble des enseignements du Bouddha.  Nous allons maintenant voir pas à pas le pouvoir de ce mantra de façon plus « technique ».

Chaque syllabe permet de fermer une porte de la réincarnation :

  • OM : Ferme la porte du monde des Devas (dieux).
  • MA : Ferme la porte du monde des asuras (demi-dieux).
  • NI : Ferme la porte du monde des humains.
  • PAD : Ferme la porte du monde des animaux.
  • ME : Ferme la porte du monde des pretas (« esprits avides »).

( extrait d’un article du site https://tierrazen.com/fr/blog/que-signifie-om-mani-padme-hum)

Ce mantra impose la fermeture de l’esprit face au flux permanent des pensées, des envies ce qui sans doute est une traduction incomplète. Il ne s’agit pas tant d’obstruer quoique ce soit dans l’acte de résistance sinon l’énergie qui découlerait de cette opposition radicale ne tarderait pas à griller l’ensemble du mécanisme.

C’est ce qui se produit lorsqu’on n’utilise pas le bon ampérage dans un circuit. Lorsque l’on branche des radiateurs sur des fils inadaptés. Une notion de section c’est à dire une adaptation de la résistance à la source se calcule.

Résister à tout n’est pas la même chose que de résister ponctuellement. Une énergie trop importante serait perdue en vain.

Que signifie alors résister dans le monde actuel ?

Il me semble que nous n’avons guère d’autre choix que de nous tourner vers nous mêmes. Chacun de nous et d’aller observer en soi notre manière de résister ou de ne pas résister à notre environnement immédiat, à l’information dont l’écoulement est décidemment intarissable sur tant de sujets de débats, de réflexion, et dont le but est de fédérer contre ou pour un événement.

Que ce soit une découverte scientifique, un scandale politique ou financier, le prix du pain, la justice ou l’injustice telles qu’on nous les présente, quels moyens sont à notre disposition pour résister à l’émotion qui ne tardera pas de nous submerger.

Emotion négative le plus souvent.

Ce n’est pas la colère, l’indignation, le refus qui sont le plus pertinents.

Il me semble qu’il serait plus judicieux d’examiner ces émotions qui se déclenchent à la moindre nouvelle, de les observer comme autant d’événements qui se produisent dans la continuité dans laquelle nous baignons tout en restant à une certaine distance de celles ci.

Ce n’est pas facile j’en conviens.

Nous confondons l’émotion qui nous traverse avec la sensation de vivre ce qui n’est pas tout à fait la juste perception des choses.

La conscience et le point de vue sont des outils tout comme le matériel dont se sert l’électricien afin de mettre tout en œuvre pour éclairer une pièce, comme une situation.

Nous avons même cette faculté dont nous nous servons rarement de pouvoir changer notre point de vue sur un événement.

Un peu comme un peintre reculerait de plusieurs pas pour observer un tableau. Il pourrait aussi l’installer dans un sens différent sur son chevalet, dans tous les sens même afin de percevoir des forces, des équilibres que la position « normale » lui dissimule.

La résistance à l’habitude, aux idées reçue, aux mots d’ordre, aux poncifs qui à chaque époque de l’humanité ne concerne qu’une minorité de personne est aussi la source d’idées différentes, d’un nouveau paradigme à venir contenu dans l’ancien. La résistance alors serait liée au discernement également qui permettrait ainsi de détecter les germes, les ébauches d’un monde à venir, comme d’une pensée nouvelle.

Ce texte sur la résistance m’est venu en regardant plusieurs vidéos du peintre Patrick Robbe Grillet dernièrement sur sa chaine Youtube

https://www.youtube.com/channel/UCp97MoAigamTCwJfvE8WO3g

Sa démarche est de peindre dans ce qu’il nomme un « abandon » c’est à dire un espace qui se situerait pour lui « entre les pensées », débarrassé de toute idée de jugement d’après ce que je comprends de sa démarche et nous échangeons depuis plusieurs semaines sur cette approche de la peinture.

Si je comprends cette démarche quelque chose me gène pour y adhérer totalement et en même temps elle produit un éclairage nouveau sur la mienne qui je le pensais encore hier était de peindre sans but.

Il y a toujours un but quoiqu’on en pense et en dise. Ne pas avoir de but est encore un but que l’on se fixe et qui en ce qui me concerne m’a aveuglé durant de longs mois.

Reste à savoir ensuite comment résister à l’interprétation hâtive que l’on pourrait facilement attribuer à tel ou tel but.

Il me semble qu’il est aussi nécessaire de résister à une part d’orgueil d’égocentrisme qui existe en chacun de nous et de le faire de façon paisible, bienveillante. Accepter que nous ne pouvons pas tout contrôler ni savoir des enjeux qui se jouent à la fois en nous et à l’extérieur de nous.

Ainsi parfois la résistance peut ressembler à une nouvelle manière d’ouvrir des portes qu’il n’est plus nécessaire de tenir à tout prix fermées.

L’un et le tout

Imaginez que vous tombiez soudain sur un livre, une personne, une simple phrase qui remette totalement en question le fondement de qui vous croyez être. On se croit flamme on n’est que mèche_ disait dans une de ses chansons Jacques Brel par exemple. Imaginez que d’un seul coup votre monde s’effondre totalement, que vous perdiez vos repères, que vous ne sachiez même plus où se trouve le Nord.

Oh il faut bien que cela vous arrive au moins une fois ou deux dans votre vie n’est ce pas. Se sentir perdu. Se sentir seul à en crever d’abord de chagrin. Passer par le chagrin pour parvenir à une étrange paix. Pas encore la joie.

Imaginez alors à quoi vous seriez tenté de vous raccrocher pour ne pas couler à pic trop vite. A l’alcool ? Aux femmes ? A la religion ? A la spiritualité ? Aux jeux de hasard ? Les possibilités de freinage ne manquent jamais.

Et pourtant vous parviendrez au fond ne serait ce que par curiosité vous savez. Y a t’il un fond ? C’est l’éternelle question que l’on ne cesse de se poser. Y a t’il un sens ? Y a t’il une issue ? Y a t’il un fond ?

Si vous désirez recueillir des avis, des remèdes, des astuces il y a de nombreux forums et tutoriels sur internet sur comment effectuer un deuil. Que ce soit le deuil d’un proche ou le votre c’est toujours à peu près la même recette de cuisine qui vous sera servie.

Et évidemment tous les chantres du développement personnel ne tariront pas de louanges sur le fait que quelque chose de « spécial » vous est enfin arrivé, que c’est une excellente chose malgré les apparences que vous devriez considérer comme un cadeau du ciel.

Cela m’a toujours gêné que l’on se rue sur moi lorsque les signes du chagrin sourdaient malgré les efforts que je faisais pour ne pas les montrer. Je ne partage pas facilement mes véritables chagrins. Les autres oui, très facilement, les superficiels comme l’arrivée de la feuille d’impôts, ou encore un licenciement, un divorce, ou bien un cambriolage… ces évènements qui nous font exister en tant que victime du sort dans le cercle social.

Cependant le vrai chagrin est ailleurs.

Il est existentiel. C’est le chagrin de James Bond dépêché par la Reine pour sauver le monde qui a totalement oublié sa mission. Une sorte d’Alzheimer qui se serait abattu un beau jour sur les véritables raisons pour lesquelles on est là, seul absolument, même entouré d’une foule de connaissances et de quelques rares amis.

C’est ainsi seulement que l’on peut estimer une distance entre l’un et le tout. Ce tout dont on a pu penser parfois qu’on en faisait partie.

Alors il n’est pas rare de sombrer dans l’imaginaire et de s’accrocher à quelques bribes d’idées flottant dans l’air du temps.

L’absolu, Dieu, L’intelligence de l’univers, la loi de l’attraction, la pensée positive…

Autant de placébo qui nous permettent un temps de supporter l’insupportable.

Mais s’interroge t’on vraiment sur ce que l’on pense, pourquoi on le pense , d’où cela provient ?

Tout ce courant New Age n’a véritablement pas grand chose de nouveau au 21 ème siècle. C’est par ignorance qu’on le croit nouveau seulement.

Car qui vraiment se souvient des Philalètes de l’école philosophique d’Alexandrie au 3ème siècle de notre ère, terme qui sera par la suite récupéré au XVIII -ème par le marquis Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes pour nommer un rite Franc maçon. Qui se souvient encore de Ammonios Saccas et de ses disciples que l’on appelait les analogistes car il avaient coutume d’interpréter les mythes, les légendes et les contes selon une logique d’analogies et de correspondances ? Analogies qui à terme faisait surgir l’extase de façon impromptue, la grâce si l’on veut. Pour l’un des plus réputés Porphyre  » le theosophos est « un être idéal unissant en lui-même la qualité d’un philosophe, d’un artiste et d’un prêtre du plus haut niveau »

Rien de nouveau sous le soleil… Porphyre aujourd’hui aurait des milliers d’abonnés sur sa chaine Youtube. Tout comme un grand nombre d’acteurs anciens qui se seront emparé de ces prémisses théosophique pour fonder la fameuse « société théosophique ». Je n’ose même pas imaginer la puissance numérique d’une Blavatsky ou d’un Rudolf Steiner désormais ? Ni l’interprétation ou plutôt la somme d’interprétations erronées que l’on ferait de leur contenu. Car il fut un temps où la société de Thulée où grenouillaient les fondateurs du national socialisme allemand s’imprégnaient à s’en faire péter le gosier des conclusions du naufrage apocalyptique déjà de l’Atlantide et de la survivance de la race Aryenne.

C’est comme en tous les domaines il y a ceux qui pensent, qui réfléchissent par eux-mêmes et puis il y a tous les suiveurs qui viennent glaner ce qui les arrangent pour se conforter autour d’une identité économique politique ou éthique souvent sans queue ni tête.

Il me semble que les germes d’une nouvelle connerie magistrale ne sont pas loin d’être en place, bien arrosés déjà par un bon nombre de poncifs New age ou théosophique sous perfusion.

Peut-être que c’est tout ce que l’on a inventé de mieux pour faire face à la sauvagerie qui ne manque jamais de ressurgir quand les systèmes économiques et politiques s’effondrent justement. La fameuse barbarie se tient toujours aux portes de la cité, de Rome.

Mais est-elle si sauvage ? si néfaste et si hostile finalement cette sauvagerie ? Si un et tout ne sont qu’une seule et même chose alors le barbare n’est-il pas le pendant de celui qui s’impose en tant que citoyen civilisé ?

Dis moi quelle est ta civilisation je te dirai quel est ton barbare. Ce qui est assez drôle c’est d’écouter parler certains écologistes, ou féministes et ensuite un véritable sauvage islamiste… je ne les trouve pas si éloignés que ça dans leurs propos et la véhémence avec laquelle il les rapportent … mais d’où donc les rapportent t’ils leurs propos … de la nuit des temps à coup sur et ils l’ignorent.

Et si on oubliait tout ?

Il y a certains états de fatigue que l’on détecte par leurs bizarreries périphériques. Cela t’est peut-être arrivé, à première vue tout semble aller bien. En te regardant dans la glace les yeux sont bien en face des trous, le teint de la peau n’indique pas de maladie grave, et même tu ne ressens absolument aucune douleur dans les articulations. A partir de ces quelques indications minimum on est souvent tenté de se dire que tout va au poil, surtout quand on a dépassé la cinquantaine, mieux, la soixantaine.

On ouvre la fenêtre et on se penche à la rembarde pour regarder la rue, les gens, les pigeons et les filles en sirotant un café dosé exactement comme il se doit et déjà en jetant un coup d’œil au réveil on découvre qu’il est déjà l’heure de se rendre au boulot.

Alors on se dépêche d’aller sous la douche, de se brosser les dents, de s’habiller et tout à coup nous voici en bas la rue et la course commence, on slalom jusqu’à la bouche de métro la plus proche, on joue des coudes et enfin on parvient à trouver une faille et on pénètre dans le wagon de tête. Le wagon de tête parce qu’on aura pas à se taper ce maudit couloir, on sera plus proche des escaliers ou de l’escalator pour en sortir.

Et c’est là, à ce moment exact où l’on retrouve le boulevard que la question se pose. Est ce que j’ai bien fermé la porte de mon appartement à clefs ? On ne se souvient plus vraiment et pour cause. Dans l’urgence les gestes machinaux s’accumulent comme à la guerre sans qu’on ait besoin de se demander si on a atteint l’ennemi en plein front ou dans le poitrail.

Et là l’angoisse commence à monter d’un cran.

L’ai je bien fermée cette putain de porte ?

Cette résistance à l’oubli pour avoir eu le temps de l’analyser bien des fois je pourrais aussi la nommer l’obligation de se créer des soucis pour résister à l’oubli, que l’on confond avec une forme de conditionnement personnel.

Se créer un problème, un drame, une tragédie comme on allume une mèche, je ne vois guère d’autre explication que cette résistance intempestive à l’oubli.

On a soudain besoin de se rappeler une vulnérabilité liée à une fatalité. Combien de fois ai je ainsi oublié de fermer une porte, laissé le gaz sous une casserole, oublié de fermer un robinet et toujours en plein boulevard sous un ciel bleu magnifique de préférence.

A ces moments là un choix étrange est alors proposé.

Refaire le chemin en arrière pour aller constater ou bien s’en foutre totalement et continuer sa route. Tout oublier comme on repasse une seconde ou une troisième couche d’enduit sur un tableau qui ne tient plus dans la durée.

Faire du tri.

Alors là attention. Tu devines déjà rien qu’au titre l’immense étendue du désastre… Non ? Alors tu n’as probablement jamais effectué de rangement digne de ce nom. Sans doute fais tu partie de ces personnes qui rangent parce qu’elles se sentent obligées de le faire et s’inventent un tas de raisons et de craintes ou d’espoir pour se mettre en route.

D’ailleurs est ce qu’on range les choses par plaisir ? Est ce que toi tu ranges régulièrement les choses ayant transformé la trouille en habitude, sois honnête vraiment, prends tu un réel plaisir à ranger ta maison, ta cave, ton grenier, ton sac à main, ton frigidaire et ta tête ?

Si oui tu appartiens sans doute à un groupe particulier frappé d’une pathologie ancestrale propagée par une race préhistorique aujourd’hui quasiment disparue. La bonne mère de famille doublée d’une ménagère modèle. A moins que du coté mâle tu n’aies hérité des gènes d’un vieil oncle bricoleur qui rangeait avec délectation et perversité les clous et vis par taille dans de toutes petites boites des moyennes et des grosses.

Fort heureusement nous sommes enfin parvenus au 21 ème siècle, et l’homme comme la femme nouveaux sont arrivés !

Il en résulte un fabuleux bordel, un magistral bordel qui s’étend désormais à la planète entière.

Tout ça pourquoi ? parce que l’on prend on utilise et on jette. On ne se pose plus de question vraiment. Grace aux supermarchés low coast que coûte désormais une vis un clou ? Une serpillière ? un balai ? Que dalle mes amis Que dalle ! alors on s’en donne à cœur joie pour prendre et jeter sans vergogne aucune.

En plus le progrès nous a doté de gènes supplémentaires. Lovés dans le double serpentin hélicoïdal le bonheur de dépenser son argent nous procure comme une sorte de shoot dont on aurait bien tort de se priver.

Evidemment il faudrait faire du tri dans tout ce que je dis. Séparer le bon grain de l’ivraie. Retrouver la raison et le bon sens. Se munir d’une boussole spéciale pour se diriger invariablement vers l’utile comme jadis on s’en allait vers le Nord.

Mais c’est aussi une spécificité moderne le Nord et le Sud peu à peu s’évanouissent eux aussi dans l’oubli. Les pôles magnétiques commencent à valser. Les oiseaux sont paumés comme les baleines et les dauphins. Et évidemment toi et moi ne sont pas mieux lotis que tout ce beau monde.

Ma mère et mes diverses compagnes possédaient une formule magique pour se sortir de tous les mauvais pas. A peu près tous. Un abracadabra prononcé avec divers intonations plus ou moins supportables.

« Il faut faire du tri. »

Et là si tu es normalement constitué tout comme je crois l’être tu ressens immédiatement la présence d’un gouffre sous tes pieds.

Comment faire ce putain de tri ?

Bon pour les vêtements c’est assez facile si tu ne rentres plus dedans tu peux sois les donner sois les jeter. Pour les dates de péremptions des yaourts c’est un peu plus délicats car selon les avis compétents tu peux les avaler encore un mois après celle-ci. D’ailleurs tu est en droit de te demander pourquoi alors on ne met pas directement la bonne date de péremption…. Bref. Pour ce genre de tri il y a juste à relever les manches, se dire c’est maintenant tout de suite que je m’y colle, pas demain, oh non surtout pas demain et hop y a que le premier pas qui compte les autres suivent et bon sang une fois que c’est terminé on a l’impression d’être soulagé d’un poids fabuleux. Ce qui est complètement idiot admets le.

C’est idiot parce le pot de yaourt que tu vires ou le vêtement que tu refiles à ta petites nièces ou aux petites sœurs des pauvres est un palliatif qui t’offre une putain de bonne conscience et surtout qui semble t’abstenir d’un tri bien plus profond et fondamental.

ça se résume en  » De quoi j’ai vraiment besoin pour vivre » et pas seulement dans les pièces d’un appartement, d’une maison mais à l’intérieur de toi !

Le pot de yaourt est une sorte d’allégorie d’un truc que tu laisses pourrir gentiment au fond de toi. Il doit probablement y avoir une utilité à ce pourrissement cependant sinon tu ne le ferais pas. Ne compte pas sur la négligence ou la paresse pour te dispenser de la question.

Pourquoi laisse tu ainsi les choses pourrir au fond de toi ? Et si tu crois qu’il suffit un beau matin de se dire aller hop je m’y colle je range, je fais du tri et je vais me retrouver comme régénéré méfie toi simplement de l’état d’esprit qui te conduit à effectuer un tel acte.

Si tu fais cela acculé par l’extérieur, poussé par la pression d’une autorité tu ne feras que répondre un peu lâchement à la menace. Tu feras le tri selon des critères qui ne sont pas les tiens mais ceux en vigueur dans le groupe dont tu fais partie. C’est ce que l’on appelle l’aliénation. Faire du tri comme on monte des bagnoles à la chaîne ne te servira de rien. Sauf à te dire que tu fais partie d’une fraternité de prolos en épousant toutes les causes, les joies et les dégoûts qui vont avec. Si tu fais du tri avec le dédain des puissants et des riches tu jetteras de la même façon selon des critères de caste et surtout d’intérêt et de profit. En effectuant ce genre de tri tu assimileras des combinaisons de martingales inventées par toute une série de joueurs pour gagner au courses ou à la roulette. Et comme tout cela forme un égrégore puissant, ça marchera.

On pourrait dire que le tri en lui même est une métaphore de la vie dans ce que généralement on croit comprendre d’elle. Ou de la nature puisque on a prit l’habitude de les confondre. Ou des femmes si on continue les associations sauvages.

Bref le tri est directement lié à des croyances en l’utile et l’inutile mais alors une bonne question à te poser serait qu’est ce qui est véritablement utile pour toi ou inutile.

Et ce pas seulement dans ton frigo et dans tes placards mais surtout dans tout ce maelstrom de pensées qui ne cessent jamais de tourner en rond dans ta petite tête.

Et là encore une fois que tu seras bien assis au fond de ton fauteuil en train de siroter un café ou un thé pour faire la sacro-sainte pause entre deux rangements je te propose d’écouter un peu de musique pour te calmer…. pour retrouver un harmonie naturelle si l’on veut.

Où est le curseur ?

Comme tu peux changer de réalité à chaque instant tu peux aussi changer d’état d’esprit. A moins que tu imagines n’être que d’un seul tenant, une seule pièce comme nous sont présentés les héros dans les films américains, les western. Le genre de type à la John Wayne qui ne cille jamais. Ou encore si tu es une femme l’inébranlable ou presque et impétueuse Maureen O’Hara. C’est que dans notre culture occidentale la confiance se base sur la cohérence, la suite dans les idées, sur le coté entier des personnes. Toute dispersion est à bannir vu le risque de pertes, de faillites de déceptions qu’elle charrie dans son sillage.

Cette confiance dans une réalité toujours identique, avec ses points de repère permet de calculer des cycles, le temps, avec sa reposante valse des saisons et l’art de naviguer en s’appuyant sur les constellations.

Lorsque ça change, lorsque ça se dégrade, ralentit ou accélère, lorsque le grain de sable vient se loger dans les rouages de la pendule ou du sextant, nous appelons ça un incident, un accident, une catastrophe selon notre volonté commune d’inventer un curseur pour mesurer la peine, le chagrin, la douleur.

Cette notion de curseur comme de mesure est comme le rêve inscrit dans nos cellules, dans notre ADN et son but en définissant une échelle d’intensité est de nous faire éprouver l’existence et son immense richesse de possibles.

Nous restons trop souvent du coté de la peur n’osant pas tenter la traversée des frontières. C’est assez souvent que l’incident se produit comme si une part inconsciente au fond de nous le créait en sous tâche pour nous extirper du confort d’un train train se confondant sans que nous n’y prêtions attention avec l’ennui.

Dans la période troublée que nous traversons la peur est installée sur un beau piédestal plus que jamais. Brandie comme un épouvantail elle sert toujours à éloigner les oiseaux des fruits, à préserver quelque chose.

A quoi sert donc la peur sinon à tenter de préserver cette réalité commune qui vacille dans tous les sens en ce moment même où j’écris ces lignes. La peur est une résistance au changement. Comme elle en est souvent aussi le désir profond, inconscient.

C’est de ces deux forces opposées peur et désir que l’atroce et le merveilleux jaillissent à chaque instant comme un joli son de cymbales.

Ce même son de cymbales si je me souviens bien de ma mythologie de poche qui servait à couvrir les vagissements du dieu Dionysos nouveau né.

Du coup pour conclure cette affaire de curseur le mieux est peut-être de ne pas trop s’y attarder sauf pour monter le son de Stranger on the shore que j’ai retrouvé ce matin avec un bonheur paisible.

La qualité des rêves.

Beaucoup d’entre vous pensent qu’ils ne rêvent pas parce qu’ils ne se souviennent plus de rien à leur réveil. Et puis rêver est sans doute devenu un verbe péjoratif à notre époque.On évite d’en parler. Ou alors si on veut parler de rêves on l’exprime différemment avec des mots à la mode. On dira projet, mission, objectif ou je ne ne sais quoi d’autre de façon à indiquer que l’on a bien les deux pieds sur terre.

Etre un rêveur est depuis toujours assez péjoratif.

Cependant que la réalité, ce que nous appelons réalité est un rêve comme tous les autres. Si ce n’était pas le cas expliquez moi comment nous pouvons changer de point de vue, d’avis, d’opinion sur la qualité de cette réalité à tout bout de champs.

Nos rêves nocturnes et ce rêve magistral qu’est la réalité ne sont pas si éloignés. Si ce n’était l’obsession de trouver un sens, une raison à tout et le fait de trouver une stabilité un peu plus grande des choses du monde diurne.

La douleur également peut s’avérer plus aiguë dans la journée , si on se brûle, si on se pique, si on trébuche et tombe. Nos capteurs de sensations semblent être programmés pour réagir selon des lois , c’est à dire des expériences qui en se répétant apportent le même résultat, la même sensation.

Il en va ainsi de la douleur, de la joie, et de toutes les émotions que nous éprouvons. Une sorte de programmation qui nous contient ainsi à penser que ce rêve est un peu plus tangible que tous les autres que nous avons oubliés.

Pour le peintre que je suis la toile est une porte qui me permet de passer entre les rêves, de voyager d’un rêve à l’autre. Je disparais par le mouvement, l’agencement des masses et des couleurs pour me retrouver dans des univers qui, à priori me semblent totalement étrangers de prime abord mais que je découvre familiers une fois le tableau achevé.

N’est ce pas étonnant de constater comme des retrouvailles au moment où, je me retourne je dépose le pinceau, après l’avoir essuyé et me retournant à nouveau quelques mètres plus loin je découvre quelque chose d’insolite et familier « d’un seul coup. »

Ce mélange de l’insolite et du familier me trouble toujours autant après des années de peinture.

Maintenant je dois aussi dire qu’il y a un état d’esprit particulier dans lequel pénétrer et qui se trouve bien en amont de l’action de peindre.

Une forme de nettoyage si l’on veut qui obligerait toujours l’être à se situer entre conscience et inconscience sans s’attacher à l’une ou l’autre, à l’un plus qu’à l’autre.

C’est assez difficile à comprendre car nous sommes immergés dans nos pensées presque tout le temps si bien qu’on n’y fait plus attention.

On mange en pensant à un tas de choses.

On marche dans la vie et on ne voit rien car on réfléchit

On fait l’amour et il arrive que même là on ne soit pas tout à fait là.

La pensée est une sorte de prison dans laquelle nous aimons nous enfermer à triple tour pour ne pas voir ou sentir la réalité du rêve ou le rêve de la réalité. Nous ne sommes que rarement connecté à ce qui est.

Il est probable que la qualité de nos rêves soient étroitement liés avec ce que nous avons coutume d’appeler le « moment présent ».

Prêter de l’attention à nos gestes, à nos sensations au moment où nous les effectuons et où celles ci nous traversent tient à distance l’élucubration de nos pensées. Il n’est pas question d’analyser chacune de ces choses ni de leur donner un sens en toute hâte, comme pour les évacuer.

Mais au contraire se retirer de cette notion d’analyse et d’obsession du sens.

Ainsi dans la journée nous pénétrons désormais de plein pied avec le dream time qui est là depuis toujours. Nous pouvons voyager d’un rêve l’autre sans encombre comme des voyageurs à l’attention tournée seulement vers le but d’être présent.

Cette attention que nous pouvons cultiver dans la journée impacte nos rêves de la nuit. Grâce à cette attention nous pouvons découvrir une intensité des sens et des couleurs notamment que nous ne parvenons pas à ressentir dans le monde de tous les jours tant que nous sommes prisonnier de l’analyse.