Perdre la face

Il ne va pas de soi dans une immédiateté propre à l'émotion que nous puissions comprendre cette gène de porter un masque dans ce nouveau paradigme que nous devons traverser- du moins espérons qu'il ne s'agisse que d'un passage. Espérons, car l'autre alternative, déclencherait une émotion toute aussi immédiate qu'incontrôlable par les individus que nous sommes, le désespoir.

Nous serions alors certains d'avoir une fois pour toutes "perdu la face", il en serait terminé de cette antique vision d'honneur tout comme d'ailleurs de la honte qui comme une ombre fidèle l'accompagne.

Si le port du masque a pour but de préserver celle ou celui qui accepte d'y obéir pour des raisons à la fois sanitaires et éthiques, pour le groupe dans son ensemble, il se pourrait qu'il devienne le déclencheur ultime faisant exploser la société toute entière fédérée autour du couple "honte et fierté" , de sa nécessité cristallisée dans le regard de l'autre sur chacun de nos faits et gestes.

Depuis la grèce antique nous vivons la société comme le terrain de jeux de cette honte et de cette fierté dont le but commun porte sur notre renommée individuelle. Qu'elle soit bonne ou mauvaise n'a pas d'importance vraiment, elle reste l'héroïne de tous nos navets, nos nanars, comme de nos chefs d'œuvres.

"Renommée", "réputation", "confiance" sont les fils d'un ouvrage personnel et collectif que nous remettons sans cesse sur le métier et ce sans même nous en rendre compte pour "faire et défaire" à la façon de Pénélope, l'étoffe de nos hontes et de nos fiertés. Ce que nous cachons derrière le mot de société.

Notre peur d'être seul. Notre vulnérabilité chronique.

Résister

L'histoire le prouve, la résistance est l'apanage d'un petit nombre. Céder à la peur, voir à la panique est plus usuel. C'est pour cela que la panique tue bien plus que le danger lui-même. Il suffit d'une émeute, dans la rue, un cinéma pour comprendre ce phénomène. Le chacun pour soi est alors l'unique comportement que la plupart d'entre nous sont prêts à adopter immédiatement.

Il n'est évidemment pas question de juger cet état de fait par l'attribution de bons ou mauvais points. C'est une simple observation, qui entraine immédiatement cette question: En quelle occasion as tu été capable d'opposer une résistance ?

Si l'on revient à l'idée qu'une résistance dans le domaine électrique est de s'opposer à la circulation du courant et que l'on calcule l'intensité de cette résistance en "ohms" c'est assez amusant.

"Om mane padme um" une phrase tibétaine qui par l'homonymie du terme "om" rejoint à peu de chose près celui utilisé par les électriciens.

Selon le bouddhisme tibétain, le fait de réciter le mantra de Chenrezig Om Mani Padme Hum, à voix haute ou intérieurement, est une invocation à l’attention bienveillante et puissante de Chenrezig, l’expression de la compassion du Bouddha. Le fait de voir le mantra écrit peut avoir le même effet, c’est pour cela qu’on le retrouve à des endroits bien visibles, voir même gravé dans la pierre. Il peut également être invoqué à l’aide de moulins à prières sur lesquels le mantra est inscrit, parfois des milliers de fois. Il existe différents formats de moulins à prières : il y a ceux que l’on peut transporter avec soi et faire tourner d’une seule main, et il y en a d’autres qui sont si grands et si lourds qu’il faut plusieurs personnes pour les faire tourner. Selon les moines bouddhistes tibétains, le mantra Om Mani Padme Hum (Hung) réunit à lui seul l’ensemble des enseignements du Bouddha.  Nous allons maintenant voir pas à pas le pouvoir de ce mantra de façon plus « technique ».

Chaque syllabe permet de fermer une porte de la réincarnation :

  • OM : Ferme la porte du monde des Devas (dieux).
  • MA : Ferme la porte du monde des asuras (demi-dieux).
  • NI : Ferme la porte du monde des humains.
  • PAD : Ferme la porte du monde des animaux.
  • ME : Ferme la porte du monde des pretas (« esprits avides »).

( extrait d'un article du site https://tierrazen.com/fr/blog/que-signifie-om-mani-padme-hum)

Ce mantra impose la fermeture de l'esprit face au flux permanent des pensées, des envies ce qui sans doute est une traduction incomplète. Il ne s'agit pas tant d'obstruer quoique ce soit dans l'acte de résistance sinon l'énergie qui découlerait de cette opposition radicale ne tarderait pas à griller l'ensemble du mécanisme.

C'est ce qui se produit lorsqu'on n'utilise pas le bon ampérage dans un circuit. Lorsque l'on branche des radiateurs sur des fils inadaptés. Une notion de section c'est à dire une adaptation de la résistance à la source se calcule.

Résister à tout n'est pas la même chose que de résister ponctuellement. Une énergie trop importante serait perdue en vain.

Que signifie alors résister dans le monde actuel ?

L’un et le tout

Imaginez que vous tombiez soudain sur un livre, une personne, une simple phrase qui remette totalement en question le fondement de qui vous croyez être. On se croit flamme on n'est que mèche_ disait dans une de ses chansons Jacques Brel par exemple. Imaginez que d'un seul coup votre monde s'effondre totalement, que vous perdiez vos repères, que vous ne sachiez même plus où se trouve le Nord.

Oh il faut bien que cela vous arrive au moins une fois ou deux dans votre vie n'est ce pas. Se sentir perdu. Se sentir seul à en crever d'abord de chagrin. Passer par le chagrin pour parvenir à une étrange paix. Pas encore la joie.

Imaginez alors à quoi vous seriez tenté de vous raccrocher pour ne pas couler à pic trop vite. A l'alcool ? Aux femmes ? A la religion ? A la spiritualité ? Aux jeux de hasard ? Les possibilités de freinage ne manquent jamais.

Et pourtant vous parviendrez au fond ne serait ce que par curiosité vous savez. Y a t'il un fond ? C'est l'éternelle question que l'on ne cesse de se poser. Y a t'il un sens ? Y a t'il une issue ? Y a t'il un fond ?

Et si on oubliait tout ?

Il y a certains états de fatigue que l'on détecte par leurs bizarreries périphériques. Cela t'es t peut-être arrivé, à première vue tout semble aller bien. En te regardant dans la glace les yeux sont bien en face des trous, le teint de la peau n'indique pas de maladie grave, et même tu ne ressens absolument aucune douleur dans les articulations. A partir de ces quelques indications minimum on est souvent tenté de se dire que tout va au poil, surtout quand on a dépassé la cinquantaine, mieux, la soixantaine.

On ouvre la fenêtre et on se penche à la rembarde pour regarder la rue, les gens, les pigeons et les filles en sirotant un café dosé exactement comme il se doit et déjà en jetant un coup d’œil au réveil on découvre qu'il est déjà l'heure de se rendre au boulot.

Alors on se dépêche d'aller sous la douche, de se brosser les dents, de s'habiller et tout à coup nous voici en bas la rue et la course commence, on slalom jusqu'à la bouche de métro la plus proche, on joue des coudes et enfin on parvient à trouver une faille et on pénètre dans le wagon de tête. Le wagon de tête parce qu'on aura pas à se taper ce maudit couloir, on sera plus proche des escaliers ou de l'escalator pour en sortir.

Et c'est là, à ce moment exact où l'on retrouve le boulevard que la question se pose. Est ce que j'ai bien fermé la porte de mon appartement à clefs ? On ne se souvient plus vraiment et pour cause. Dans l'urgence les gestes machinaux s'accumulent comme à la guerre sans qu'on ait besoin de se demander si on a atteint l'ennemi en plein front ou dans le poitrail.

Faire du tri.

Alors là attention. Tu devines déjà rien qu’au titre l’immense étendue du désastre… Non ? Alors tu n’as probablement jamais effectué de rangement digne de ce nom. Sans doute fais tu partie de ces personnes qui rangent parce qu’elles se sentent obligées de le faire et s’inventent un tas de raisons et de craintes ou d’espoir pour se mettre en route. D’ailleurs est ce qu’on range les choses par plaisir ? Est ce que toi tu ranges régulièrement les choses ayant transformé la trouille en habitude, sois honnête vraiment, prends tu un réel plaisir à ranger ta maison, ta cave, ton grenier, ton sac à main, ton frigidaire et ta tête ? Si oui tu appartiens sans doute à un groupe particulier frappé d’une pathologie ancestrale propagée par une race préhistorique aujourd’hui quasiment disparue. La bonne mère de famille doublée d’une ménagère modèle. A moins que du coté mâle tu n’aies hérité des gènes d’un vieil oncle bricoleur qui rangeait avec délectation et perversité les clous et vis par taille dans de toutes petites boites des moyennes et des grosses. Fort heureusement nous sommes enfin parvenus au 21 ème siècle, et l’homme comme la femme nouveaux sont arrivés ! Il en résulte un fabuleux bordel, un magistral bordel qui s’étend désormais à la planète entière.

Où est le curseur ?

Comme tu peux changer de réalité à chaque instant tu peux aussi changer d’état d’esprit. A moins que tu imagines n’être que d’un seul tenant, une seule pièce comme nous sont présentés les héros dans les films américains, les western. Le genre de type à la John Wayne qui ne cille jamais. Ou encore si tu es une femme l’inébranlable ou presque et impétueuse Maureen O’Hara. C’est que dans notre culture occidentale la confiance se base sur la cohérence, la suite dans les idées, sur le coté entier des personnes. Toute dispersion est à bannir vu le risque de pertes, de faillites de déceptions qu’elle charrie dans son sillage. Cette confiance dans une réalité toujours identique, avec ses points de repère permet de calculer des cycles, le temps, avec sa reposante valse des saisons et l’art de naviguer en s’appuyant sur les constellations. Lorsque ça change, lorsque ça se dégrade, ralentit ou accélère, lorsque le grain de sable vient se loger dans les rouages de la pendule ou du sextant, nous appelons ça un incident, un accident, une catastrophe selon notre volonté commune d’inventer un curseur pour mesurer la peine, le chagrin, la douleur. Cette notion de curseur comme de mesure est comme le rêve inscrit dans nos cellules, dans notre ADN et son but en définissant une échelle d’intensité est de nous faire éprouver l’existence et son immense richesse de possibles. Nous restons trop souvent du coté de la peur n’osant pas tenter la traversée des frontières. C’est assez souvent que l’incident se produit comme si une part inconsciente au fond de nous le créait en sous tâche pour nous extirper du confort d’un train train se confondant sans que nous n’y prêtions attention avec l’ennui. Dans la période troublée que nous traversons la peur est installée sur un beau piédestal plus que jamais. Brandie comme un épouvantail elle sert toujours à éloigner les oiseaux des fruits, à préserver quelque chose.

La qualité des rêves.

Beaucoup d'entre vous pensent qu'ils ne rêvent pas parce qu'ils ne se souviennent plus de rien à leur réveil. Et puis rêver est sans doute devenu un verbe péjoratif à notre époque.On évite d'en parler. Ou alors si on veut parler de rêves on l'exprime différemment avec des mots à la mode. On dira projet, mission, objectif ou je ne ne sais quoi d'autre de façon à indiquer que l'on a bien les deux pieds sur terre.

Etre un rêveur est depuis toujours assez péjoratif.

Cependant que la réalité, ce que nous appelons réalité est un rêve comme tous les autres. Si ce n'était pas le cas expliquez moi comment nous pouvons changer de point de vue, d'avis, d'opinion sur la qualité de cette réalité à tout bout de champs.

Nos rêves nocturnes et ce rêve magistral qu'est la réalité ne sont pas si éloignés. Si ce n'était l'obsession de trouver un sens, une raison à tout et le fait de trouver une stabilité un peu plus grande des choses du monde diurne.

La douleur également peut s’avérer plus aiguë dans la journée , si on se brûle, si on se pique, si on trébuche et tombe. Nos capteurs de sensations semblent être programmés pour réagir selon des lois , c'est à dire des expériences qui en se répétant apportent le même résultat, la même sensation.

Il en va ainsi de la douleur, de la joie, et de toutes les émotions que nous éprouvons. Une sorte de programmation qui nous contient ainsi à penser que ce rêve est un peu plus tangible que tous les autres que nous avons oubliés.

Pour le peintre que je suis la toile est une porte qui me permet de passer entre les rêves, de voyager d'un rêve à l'autre. Je disparais par le mouvement, l'agencement des masses et des couleurs pour me retrouver dans des univers qui, à priori me semblent totalement étrangers de prime abord mais que je découvre familiers une fois le tableau achevé.

Le ridicule mène à la simplicité.

Tu n'aimes pas être ridicule. Personne n'aime ça. Et pourtant en t'engageant dans la voie de ce ridicule tu ne le sais pas encore mais tout au bout il y a le simple.

Tu veux pas être ridicule et tu te vois en train de te revêtir de ce costume de sérieux, parfois tu te sens obligé de mettre bien des couches pour avoir l'air.

Et enfin, ainsi déguisé, tu peux sortir de chez toi , personne ne te remarque, tu passes inaperçu dans les rues. Tu te dissimules comme tout à chacun dans la masse.

Oh ce n'est pas forcément un costume trois pièces d'avocat ou de notable. Non, tu peux mettre un jean désormais, la notion de sérieux s'est tellement étendue qu'aucune barrière vestimentaire ne semble pouvoir la contraindre. Même le kilt, le jean ajouré, aucun soucis.

On sait que l'habit ne fait pas le moine. Mais on est rassuré tout de même de voir un moine habillé en moine.

Ouverture et croyance

Ce qui provoque l’ouverture est peut être seulement la croyance en un enfermement. Lorsque je me souviens de l’épaisseur de l’ennui que je portais en moi adolescent dans la campagne bourbonnaise,cette impression d’enfermement et comme elle me stimule pour marcher durant des journées sur les chemins, les sentiers. Sans autre but que le mouvement pour... Lire la Suite →

Axis mundi

La verticalité dans son épuisante obsession et ce depuis belle lurette s'accompagne en général d'une notion d'axe.

C'est pourquoi nous pensons la plupart du temps et suite à l'observation de la nature qu'axe et verticalité se confondent.

Pour avoir passé une bonne partie de ma vie allongé j'ai tout à fait le droit d’émettre certains doutes quand à cette affaire d'axe comme de verticalité.

La station debout a exclu l'homme de l'immanence et c'est une chose à laquelle on ne réfléchit pas beaucoup.

L'immanence est l'autre nom de l'Eden, du fameux paradis perdu , cet univers que nous pouvions appréhender facilement par la vision, le toucher, l'odorat, le gout et probablement encore bien d'autres facultés désormais perdues.

Toute séparation provoquant une nostalgie, celle ci dégageant une aura confortable de crotte nous nous y enfouissons désormais allongés sur des canapés tout en visionnant des émissions merdiques télévisuelles la plupart du temps.

Que les programmes de la télé ou du net soient débiles n'a absolument aucune importance et c'est même encore mieux puisque le but caché de ce fonctionnement de masse et un retour par le chemin Hertzien vers ce fameux paradis perdu.

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