Entre net et flou

Bien sûr on voit des choses, dans tout ce bordel comment ne pas en voir. Mais pas ces choses là qui intéressent. Les autres derrière attirent plus. Ce qui peut bien se dissimuler derrière l’évidence première, l’intérêt permanent que l’on y porte n’en devient-il pas suspect voire pathologique. c’est quoi cet intérêt. si l’on retire les adjectifs que reste t’il. un entre- d’eux vacillant. Pas besoin de vacillant non plus. un entre-deux. Et surtout un point de vue qui s’obstine.

déjà écrit sur net et flou en 2019.

Frontières et paliers

Brutal, violent désir. On le sent si physiquement monter en soi. Qu’il veut s’accaparer quelque chose dans l’air ambiant pour s’affirmer plus encore. Gloutonnerie du désir, signe de l’insatiable. Invente sans cesse une urgence pour tenter de parvenir à s’apaiser, se satisfaire, mourir. Puis repu, retombe dans son néant. Dans sa défaite. Mercure du désir. Vif-argent. Volatil. Attendrait-on qu’il gravisse ne serait- ce qu’un échelon. Qu’il parvienne aux reins, à l’abdomen. La patience nécessaire à la moindre élévation. Le sentir présent, encore vrombissant, mais ne pas s’arrêter en chemin. Tenter l’ascension vers les poumons, le sternum, le sentir s’écouler de bas en haut jusqu’à la gorge, le thymus et l’hypophyse. Puis atteindre le siège des nerfs. Électrique. Eh bien évidemment ça ne s’arrête pas là. La calotte crânienne effectue des soubresauts et s’envole. Vers quoi vers qui, le désir nous emporte-t-il alors. Peu importe de le savoir si l’on parvient un jour jusque-là. Entre chaque palier pourtant une sensation de soulagement, presque d’extase. Mais, pas tout à fait net, pas tout à fait flou non plus. On sent bien que le courant peut s’inverser, qu’il est alternatif. Que la lumière peut aussi bien s’allumer, revenir l’obscurité.

fardeau

porter en soi le désordre du monde est-ce un choix. Et quel choix de se tenir en ordre afin de n’en rien montrer, exhiber. Politesse et respect sans cesse invoqués. Ou bien la raison en serait-elle plus trouble. La honte, la culpabilité de ne pas savoir si bien se tenir justement. peut-être que le désordre est un cri. Le monde crie et tout en toi est ce même cri. tu voudrais chanter en parallèle, est-ce bien raisonnable. Tu peins de beaux tableaux c’est vrai mais ça ne résout en rien le désordre. Il est toujours là dès que tu regardes à nouveau autour de toi.

tu n’as pas choisi ce désordre tu vis avec. L’immanence du désordre. Tout ce que tu fais comme efforts pour trouver le calme, l’harmonie, la beauté ce sont des murs de paille qui s’envolent au premier vent. Tu les voudrais plus solides, des murs de pierre, si tu croyais au loup. Mais c’est toi le loup mon vieux tu le sais à présent.

de la poule ou de l’œuf qui arrive en premier, ordre ou désordre. Et si tu t’en fichais, que ton attention se porte vers l’ailleurs tout en restant bien campé là. Sans doute verrais-tu autre chose. Rien que le rythme des opposés qui dansent une sarabande. Et des frontières qui deviennent de plus en plus floues. Serait-ce plus net ainsi.

et ensuite

trytique. 120x 40 acrylique sur toile

Deux inconnus pris dans les mailles d’un même mystère. Peur soulagement joie puis tristesse. souvent la tristesse. Les souvenirs individuels, les apparences. Tout le monde a perdu de vue le mystère. Que se passe t’il ensuite. un coup de vent emporte t’il le voile triste que nous avons posé sur lui.

Et ensuite ?

Un phrase ressurgit pourtant

 » Comme il n’y tenait plus, il se mis en route, marcha à sa rencontre ».

l’envers

Ce qui pousse à enfiler un pull ou une culotte à l’envers, sûrement c’est ce manque d’attention à l’endroit. Ou tout le contraire. saisir d’emblée la valeur que tous attribuent à l’endroit et qui met le cœur a l’envers. Être retourné par une situation, ou lui tourner le dos. Tout est cousu de fil blanc derrière l’apparence lisse des beaux propos. jurons pour exorciser la politesse de ses habituels démons. Ne sois donc pas vulgaire, sois plutôt grossier. c’est le bon roi Dagobert qui a mis sa culotte a l’envers comme pour dire aux gens bons je ne suis pas si bon que vous l’entendez. Imagerie populaire dans laquelle flotte déjà le chant prochain des sans-culottes. Rires jaunes des gens bien, des culottés, des vieux fourneaux. rires gras de ceux qui, a bon droit, se donnent le droit pour ne jamais perdre le Nord. Tandis que les gauches encaissent les droits cognent c’est un peu la loi immuable. Ni prête pas attention, mets ton pull a l’envers. Essuie les quolibets, n’aie pas peur, les derniers seront les premiers et vice versa. Toi tu connais l’envers du décor, la peur toujours de ne pas être là au bon moment au bon endroit. cette peur n’est pas à toi mais elle te procure son envers, le courage d’être là où visiblement il n’y a personne.

simple

Le simple n’a pas d’attrait quand on vit à loisir dans le compliqué. Mais heureusement il y a la fatigue, le temps, l’âge, la vieillesse. L’enfance retrouvée. La découverte du beau silence dans la musique de Bach. Et cet oiseau qui entonne tous les matins le chant que l’on n’attendait plus. La frêle fleur sauvage que l’on salue soudain en passant sur le chemin. le petit tas de neige qui pèse sur la branche qui ploie sous le poids puis ploc. La femme qui accroche ses draps à la corde à linge. Le cri joyeux des gamins montent de la cour d’école. un petit vent de rien soulève une mèche dans les cheveux. mais tu n’as plus de cheveux, c’est drôle. Le simple est toujours là, et toi où es tu. va il est temps de sortir de la stupéfaction.

Encore un peu de la poésie.

des notes déposées en y repensant

travail d’ atelier. strates.

Mysticisme et poésie.

Deux cheminements à partir du réel. Une seule source : le réel, pas l’imaginaire. Mais, si difficile de l’. exprimer d’une façon rationnelle, voire impossible. Perception que ce réel recouvre une réalité qui sans cesse s’échappe. Qu’il soit en outre naturel qu »elle s’échappe. Puisque sa nature est celle de l’étincelle, du feu follet. Par conséquent, ce n’est pas une propension à la chose mystique OU poétique. Ce n’est pas la bonne conjonction de coordination. C’est ET, c’est-à-dire deux systèmes de perception de l’invisible offerts par le visible. C’est aussi invariablement, l’abstraction que masque le concret. Pour exprimer ces deux choses provenant d’une même source, le système de langage est depuis toujours le même. Le symbole. À savoir cet outil qui sert à relier ce qui, à première vue, divise. Donc pas de dissertation de manière dialectique sur le réel. Pas de nécessite de le cerner. C’est ce que la dialectique se propose comme but erroné. Le préambule a toute mystique comme à toute poésie est sans doute l’abandon d’un tel but.

Ensuite,, comment marier les contraires, les opposés auxquels la pensée se heurte, et ainsi se fonde dans le visible, à partir du visible. La métaphore, l’image ne provient pas non plus d’une pensée ni plus que d’un raisonnement. Nécessitée, les trouver bien au-delà de la logique et du discours. Dans le silence. S’abandonner au silence pour que les images s’épousent mutuellement, chacune venant de préférence avec une différence marquée, à priori indéniable dans le visible. La parole mystique comme la parole poétique déclenche alors la déchirure du voile réel recouvrant le réel. L’aveugle recouvre ainsi la vue et ne peut jamais plus la rapporter que par l’intermédiaire du symbole, de l’image. Commence alors un travail d’orfèvre pour assembler ces images en les transcrivant en mots ou en couleurs. La poésie comme la mystique peuvent exprimer leur silence au travers de nombreux gestes artistiques artisanaux, voire quotidiens.

Se rencontrer

Se rencontrer après tant de rencontres. Une fois la soixantaine passée. Obligé que ce soit different de tout ce que l’on a déjà rencontré. Le capital d’échecs, de déceptions , d’ennuis, la somme des empêchements, le bilan des défaites. Ce terrorisme associé à tout capital. Enfin et simultanément, l’idée du manque, de la faillite, de cette déroute connue, archiconnue. De quelle nature la foi sera-t-elle reconstituée, en une ultime tentative. Impossible de le savoir vraiment sans essayer. Ne serait-ce que pour mieux se convaincre de la persistance obstinée de l’échec porté ou supporté, encore et toujours. À moins que, au contraire, cet échec inspire enfin révolte et résistance. Bien sûr, à ne pas confondre avec une nostalgie dérisoire. Se rencontrer comme partir en quête d’une fontaine de jouvence. Encore un profit déguisé. Peut-être une solution dans le fait d’avancer nu et dans l’oubli de toute quête. En ne pensant à rien cette fois encore. Se sentir suffisamment fort désormais pour pouvoir se dire, on verra bien.

Un petit art de fin du monde

Se prendre par l’épaule, se consoler, s’encourager. Amis nous sommes arrivés au bout n’en soyez pas chagrin. Les grands maîtres ont disparu et nous avons rapetissé. Toutes les idées ont déjà été énoncées, tous les récits racontés mille fois, tous les tableaux ont été peints. Ami regarde tout ce qui fut fait n’est plus à faire et il ne nous reste encore qu’à trouver un peu de joie de chaleur dans ces faits. Nous pouvons encore agir participer, jouer, notre art, qu’importe qu’il soit le plus petit art de tous les temps, un art de fin du monde. Tout à déjà été fait ou dit mais tu peux revenir en arrière et recomposer les faits et les dits à ta manière. Il serait bon de comprendre que l’on ne fait pas du neuf avec du neuf mais avec du vieux. Surtout en ces périodes d’économie. Reprendre ainsi tous les genres et compresser en quelques lignes l’essence de ce qui a déjà été tant de fois dit. La comédie, la tragédie en deux paragraphes, des nouvelles d’une demie page, des contes de trois lignes. Des romans en deux mots. Et songe au ton. Le ton d’un Rabelais, d’un Montaigne, d’un Racine ou d’un Molière. Le ton est cette parcelle d’éternité que l’on se transmet d’une génération à l’autre au travers des ouvrages que l’on lit que l’on dévore qui nous imprègnent. L’esprit et non seulement la lettre voilà ce qu’on peut encore aviser et si nécessaire en deviser. L’esprit et la devise, créer un nouveau temps des proverbes pour les générations futures qui passeront comme des TGV, qui n’auront plus le temps de lire, ni d’attention trop longue. Trouver la formule comme disait Rimbaud et être résolument moderne. Moderne pour l’avenir, sans oublier tout à fait le passé.