La conférence des oiseaux.

Novembre n’est vraiment pas ma tasse de thé. En plus je ne bois pas de thé. Du coup je tente de me motiver, de trouver du beau, de l’allégresse, de l’enthousiasme encore plus durant ce mois là que durant les autres pour contrebalancer ma peur, ma colère, mon désespoir. C’est un grand mot le désespoir, aujourd’hui on parle plus de déprime, parfois aussi de mélancolie.

Aujourd’hui on ne voudrait qu’être jeune, joyeux, riche et séduisant, charismatique si possible, c’est le miroir aux alouettes de l’époque qui veut ça. Placer à la marge tout le fâcheux. Placer à la marge le dégueulasse. Ce que l’on pense ou ce que l’on estime être le dégueulasse.

En tant que peintre l’ombre m’est aussi nécessaire que la lumière. Je les place sur le même piédestal au niveau de l’amer comme du sublime.

En cherchant un peu sur le net un livre que je voulais relire je suis tombé sur cette vidéo, c’est une réécriture et une récitation de la Conférence des oiseaux écrite par Farid Al-Din Attar, poète persan du 12ème siècle.

Ce récit je l’avais découvert alors que j’étais marmot et il m’avait énormément fait rêver, il contenait tant de mystères à éclaircir… J’ai conservé ce petit bouquin illustré des années et puis je l’ai perdu dans un de mes nombreux déménagements. Sans doute fallait il que je le perde pour mieux le retrouver, c’est souvent ainsi que les choses fonctionnent.

J’espère que cette vidéo vous incitera à chercher l’original et à l’étudier, à le lire à vos enfants, à vos petits enfants, car il contient à peu près tout de ce que crois avoir compris de la vie désormais.

Rencontre avec la fatigue

Si vous voulez, j’adore cette expression qui annonce en même temps qu’elle ponctue l’enfumage. Si vous voulez, je ne vous parlerais pas directement de la douleur, mais vous comprendrez tout de même qu’on ne peut pas continuer comme ça jusqu’à la saint Glinglin. Si vous voulez, je prendrai des pincettes mais ça reviendra au même. C’est à dire que je vais vous amener à louper le train, l’occasion, et à retourner à la case prison sans empocher 20 000 francs, euros, dollars, yen, jetons en plastique à fourrer dans la fente des caddies, médailles en chocolats ou monnaie de singe. Si vous voulez, je vais vous distraire afin que vous vous détourniez de la sacro sainte fatigue d’être vous, et aussi par charité bien ordonnée, de celle d’être moi.

Et si vous protestez, que vous déclarez de quoi je me mêle, sale petit prétentieux, avec cette mine que je connais tellement bien, la moue offusquée des petites ménagères de 17 à 70 ans qui font leurs coups en douce pour ne pas trop risquer de perdre la sécurité et les avantages comme les inconvénients qui vont de pair à la conserver coute que coute pour avoir l’air et aussi le beurre, l’argent du beurre et le crémier, vous ne tromperez plus personne à cette heure tardive de la nuit. Surtout pas moi qui veille au cœur de l’insomnie.

Car de quoi est-t ‘il vraiment question je vous le demande tout en sachant déjà que je n’obtiendrai pas de réponse franche. Que vous biaiserez à tire larigot, que vous vous fatiguerez à vouloir encore une fois esquiver l’obstacle, parce que vous n’avez de regard et d’attention que pour celui-ci, que vous êtes borgne. Vous ne vous intéressez pas à l’essentiel, en tous cas jamais avec la concentration nécessaire, parce que vous avez peur de ce que vous dira la fatigue tout bonnement de vos failles et de vos empêchements, de votre lâcheté chronique et de votre témérité à deux balles.

Alors oui, d’accord, si vous voulez j’emploierai la forme, j’userai de préliminaires. Je connais cette transe aussi de vouloir progressivement vous transformer en somnambule, ou en flipper, afin de vous accompagner, vous aider à vous enfouir totalement dans le mouvement et d’y disparaitre si possible. Frénétiquement, fébrilement, s’il le faut absolument.

Vous ne cessez jamais de dire fais moi rêver, emporte moi vers cet ailleurs que nous n’atteindrons jamais puisqu’en dehors du sommeil et des rêves justement nous devrons toujours être prêts pour affronter la grande cruauté, comme la grande souffrance, comme l’immense violence du monde, à l’extérieur comme à l’intérieur de nous.

Si vous voulez j’irais doucement pour traverser la double contrainte, et pour autant, ne serrez pas trop les fesses, soyez pas rosse.

Elle s’est mise à rire. Comment aurait il pu en être autrement ?

Cela commence toujours de la même façon, depuis le temps je sais tout cela par cœur.

Et aussi qu’à un moment où l’autre le rire s’arrêtera, s’épuisera, s’évanouira pour se transformer en cul de poule, en biais, en accent grave ou aigu, voire circonflexe et revenir à nouveau en cul de poule.

La patience est importante dans l’affaire, patience et pugnacité. Un peu de compassion de temps en temps également, mais pas trop non plus attention. Il ne s’agit pas de conclure un pacte et de prendre ensuite, la chose dite, écrite, à la lettre, la poudre d’escampette encore de plus belle. Rassurées, les yeux bordés de reconnaissance et puis de se hâter comme prises par une envie de pisser , en s’ allant crier un peu partout quelle vie formidable. Il m’adore il m’aime turlututu chapeau pointu.

Oh ça non.

Si vous voulez, faites moi confiance c’est tout. C’est beaucoup, c’est énorme. Et surtout ça ne se fait absolument pas vis-à-vis d’ un inconnu. Vous êtes vous jamais demandé pourquoi ? Pourquoi l’inconnu est par essence indigne de toute confiance ?

Moi oui évidemment. Sinon qu’aurais je pu faire de tout ce temps ? De toutes ces heures d’insomnie, de la vie toute entière à rester éveillé pendant que toutes les villes, toutes les campagnes et sans doute aussi les déserts, les océans et les montagnes se seront l’espace d’une très longue nuit engouffrées dans le néant.

Vous ma fatigue, je vous vois telle que vous êtes à présent. Le rire s’est dissipé comme une robe qui choit comme une feuille morte qui tourbillonne lentement dans la brise nocturne trainant dans le looping et la volute avant la dureté des sols.

Si vous voulez vous pouvez poser la tête sur mon épaule et prendre un peu de repos telle que vous êtes pendant que je vous masse la nuque et le dos.

Et bien sur mes intentions ne sont pas si nobles mais pourquoi le seraient t’elles ? Qu’est ce qui vous gênerait donc autant à ce point de lassitude où nous en sommes que tout cela ne soit pas noble, ou digne, ou saugrenu totalement ?

Elle se renverse en arrière les yeux mi clos et elle me fixe. Comme un serpent qui danse je pense. Si vous voulez je vais chercher ma flute pour vous jouer encore un petit air.

Petite lumière dans l’œil noir, le pli d’expression au coin de la lèvre tremble imperceptiblement si vous voulez ça fait toujours un peu ça.

Pas besoin de flute seule la suggestion pour le moment est utile.

On vient enfin de se rencontrer pour de bon, on ne va pas se quitter tout de suite, prenons le temps arrêtons donc avec l’excitation de l’urgence.

En mémoire du Cluseau, huile sur toile 45×55 cm Patrick Blanchon 2017 ( vendue)

Le papillon de nuit

L’hiver dernier nous avons eu froid et pour apporter un peu de chaleur dans l’atelier et en même temps atténuer l’odeur de tabac qui souvent y règne , j’ai allumé une bougie parfumée.

J’étais en train de relire des notes quand mon regard a été attiré par une ombre se déplaçant vivement sur le grand mur du fond. En remontant à la source j’ai vu un tout petit papillon de nuit qui voltigeait autour de la flamme de la bougie. Puis soudain il s’est embrasé et est tombé consumé sur l’étagère puis sur le sol.

Quelques instants j’ai éprouvé une sensation de tristesse en me disant mais quelle andouille ce papillon. Un papillon ça ne vit pas très longtemps en général alors si en plus il se mettent à jouer les kamikazes ça n’augure rien de bon concernant les temps actuels.

J’ai attrapé la pelle et le balai et je lui ai fait un petit enterrement vite fait bien fait direction la poubelle.

Puis j’ai essayé de reprendre le cours de ma lecture. En vain. Quelque chose m’en empêchait.

Depuis toujours je crois que j’ai cette tendance à m’appuyer sur un détail, un micro événement dont la plupart des personnes que je connais se désintéresseraient, pour lui trouver un sens.

En fait si je ne fermais pas les écoutilles de temps en temps je pourrais dire que tout me parle.

A cet instant je n’avais sans doute pas eu le reflexe de fermer les écoutilles à temps.

Qu’un papillon soit tellement attiré par une flamme qu’il s’y brule et meurt, il y avait là matière à réflexion, et cette réflexion en bon égocentrique que je suis ne pouvait me renvoyer qu’à moi-même en premier lieu.

Quelque part j’éprouvais une sorte de colère et en même temps de l’admiration pour ce que cette bestiole avait osé faire.

Etre tellement attiré par la lumière qu’elle se confonde et s’oublie totalement en elle jusqu’à disparaitre totalement.

N’était ce pas incroyable ?

Du coup je me suis mis à penser à ce que pouvait représenter cette lumière dans une tète de papillon, sans doute était ce à peu de chose près la même chose que la peinture pour un peintre ou l’écriture pour un écrivain. Une sorte de passion effrénée qui peut mener à les consumer entièrement.

La première idée qui s’en suivit est que la passion est suspecte, qu’il ne faut pas se jeter à corps perdu en elle comme le soulignent les philosophes depuis la nuit des temps. Genre le mot d’ordre qui remonte à la surface.

La seconde idée qui me vint contredisait totalement la première. Et je me disais qu’il doit être bon finalement de se jeter à corps perdu dans ce que l’on désire plus que tout, quitte à en crever.

Puis m’est revenu une vieille question que je pose à toutes les personnes que j’aperçois avec un mille-feuilles à la main.

Par quoi vas tu commencer ? par le glaçage, ou bien le gardes tu pour la fin ? En général personne ne répond la bouche pleine. Et en plus très peu se posent ce genre de problème dans la vie.

Une fois une fille pourtant m’a répondu : je commence directement par le glaçage parce qu’on ne sait jamais, je peux me faire renverser par une voiture d’un coup, ou mourir subitement d’un AVC.

Nous avons vécu une passion effrénée durant quelques semaines et puis au bout du compte nous nous sommes quittés. En fait c’est moi qui l’ai quittée parce que je trouvais la passion plutôt fatigante et aussi j’imaginais que j’avais tout un tas d’autres choses à faire.

Huile sur toile Patrick Blanchon 2020

La maison XII vide.

Une fois un astrologue m’a dressé le topo. Il a relevé le nez de mon thème astral et s’est exclamé : flûte tu n’as rien du tout en maison 12. J’ai fini le petit verre de Payse avec lui en silence, parce que visiblement cela paraissait tragique.

C’est en reposant son verre vide qu’il a poursuivit : tu n’auras aucun ami il faut t’y faire dès à présent.

J’ai accusé le coup comme d’habitude en hochant la tête, après tout que pouvais je bien faire d’autre ? Puis un peu plus tard les lumières de l’automne m’ont semblé consolatrices de cette blessure congénitale qu’il me paraissaient tout à coup évidente.

Et puis je suis rentré dans un bar.

J’ai oublié tout ça comme on oublie ses dettes et ses trahisons.

Je n’y avais plus pensé durant toutes ces années. Mais aujourd’hui qu’arrive la cohorte sempiternelle des bilans je m’interroge… ai je eut le moindre ami véritable en cette vie ?

Et tout d’abord qu’est ce que je comprends de ce mot …

Oui bien sûr le fait est que j’ai utilisé ce terme « je dîne avec des amis » « j’ai rendez vous avec un ami » presque tous se seront dissous dans la distance que la vie a posé entre nous. La vie, le quotidien et peut être aussi une certaine forme de désillusion.

Au bout du compte je suis bien obligé de reconnaître que la prophétie était on ne peut plus juste.

A une différence près et qui n’est pas la moindre. Je suis devenu mon propre ami désormais.

Tout ce que j’ai autrefois rêvé de vivre , de partager en amitié je ne le vis qu’avec moi même.

Et partant d’où je suis parti je dois admettre que c’est un fameux progrès.

Huile sur toile collection privée. Patrick Blanchon 2020

Moi-Crapaud, Moi-peau.

Vise la tronche de cette bestiole,

ce crapaud et penche-toi, embrasse la !

Alors le miracle adviendra

Une peau commune se tissera

L’horrible deviendra charmant.

Et si c’est un désert, s’il n’y a rien

qu’une nostalgie agaçante, éreintante,

Si aucune enveloppe précise chérie ou honnie

ne te permet d’être contenu ?

Qu’adviendra t’il alors ?

Ton moi ma chair, ta peau s’étendront

à l’infini de ce désert sais tu

Nous deux seront désert déserté de tout plein

Un grand vide.

On s’habitue au désert comme on s’habitue à tout.

A la morsure des soleils

A la soif ce tigre blanc à dompter

malgré soi.

A la faim. A toutes les faims enfin.

Jusque dans les rêves ce vide s’étendra

dans l’évanescence des corps dissous

Tout se diluera

S’emmêlera en clameur, en impression

de chaleur de douceur

de chaleur et d’odeur

de chaleur et de plaisir

de chaleur en honneur

que l’on projettera étoile

dans le vaste ciel noir

d’une question sans réponse.

ça nous fera marcher

ça nous fera penser

ça nous fera pleurer

Et rire un peu aussi

la peau notre propre peau à essorer

deviendra si dure et toute froissée,

facile à tacher à signer

un parchemin où sont gravés l’espoir la déception

l’envie et la satiété

comme des lettres s’entremêlant sur un palimpseste.

Disparaissant ressurgissant

suivant la nuit suivant le rêve.

vise la tronche de cette bestiole,

ce crapaud penche toi et embrasse la

Alors le miracle adviendra

le mirage disparaitra

l’oasis jaillira

Tu croasseras

tu parleras

tu écriras

Tu sculpteras

et tu vivras.

Et tu diras tout bas

Moi crapaud Moi-peau

j’ai navigué de l’horreur à la splendeur

je me suis recroquevillé puis écarquillé

comme un regard

jusqu’aux étoiles.

je cherchais une enveloppe

pour offrir mon désir fou

n’importe laquelle

une grenouille verte un crapaud roux.

Je sais désormais faire avec

la mer et ses varechs

Mon masque et mon tuba les palmes

Mes palmes de palmipède

Je nage vers les lumières

tout au loin des abysses des profondeurs

j’ai trouvé place dans le tohu bohu

je ne me mire plus dans aucune glace

mon cœur s’est enfin arrété là

exactement à la peau.

Au delà gisent toutes les nostalgies

les bonbons salés les coussins péteurs

Les iles flottantes

et les vains trépignements.

J’ai des pensées de crapaud

et rien de ce qui me constitue

n’excède la frontière de la peau.

Moi-Crapaud, Moi-peau.

Encre sur papier

Et aujourd’hui vers quoi tu marches ?

la peur d’aller vers l’autre

de devenir l’autre

de ne plus être tout à fait soi.

c’est une marée lente

Solution possible : l’interactivité ?

le like le commentaire le signe

qu’on y est allé

et faut le prouver

à soi à l’autre à qui à quoi ?

les plus malins diront à l’algorithme.

les autres parce que c’est comme ça.

c’est souvent comme ça

Des fois j’y vais je ne dis rien je ne fais rien

je suis là

comme n’importe qui

comme n’importe quel autre.

et j’adore ça.

Cette peur d’aller vers l’autre

je la connais bien

j’ai lutté beaucoup contre elle

et je n’ai pas toujours gagné.

Elle dérange toujours au moment

où l’on pense en avoir le moins besoin.

On pense à ça on pense prétexte

alors qu’on devrait s’élancer pont

sitôt qu’apparait une rive.

On croit au temps à perdre

au temps perdu

au temps

On pense en gagner

on pense beaucoup trop et si mal

Mes jambes le savent

mes vieilles guiboles

connerie que cette nostalgie des longues marches

j’ai fait Paris

j’ai fait l’Everest

tout le monde s’en fout

de toutes façons

Et aujourd’hui vers quoi tu marches ?

des fois un silence qui rassemble

des fois un silence qui sépare.

en tous cas du silence.

huile sur toile 30×40 cm Patrick Blanchon 2018

l’ogresse a de belles dents

Le beau marquis de Truedeball naviguait par monts et par vaux

à la recherche de l’amour.

Juché sur son cheval blanc,

panache au vent

il farfouillait par ci par là dans les buissons, les forets, les vals et les mares les océans

armé de sa petite lorgnette

pointant ceci pointant cela.

Est ce que c’est t’y du lard ou du cochon ?

Est ce de l’amour ?

De la gnognotte du toc ou du verre blanc ?

Surgit soudain l’ogresse d’un trou ici séant

une ogresse a fort belles dents

qui scintillaient comme du diamant.

Et polie avec ça

Et bien peignée

ce qui ne gâte rien.

Que viens tu faire là jeune demoiseau troublant

minauda t’elle en souriant

Je cherche l’amour l’avez vous vu ?

Frétilla le vaillant Truedeball

Oh mais oui celui là je le connais

comme ma poche

comme le fond

de ma petite culotte

regardez donc profondément dans ma profonde gorge

mettez y le chef et penchez vous franchement

ce que le jeune puceau fit ô l’inconscient !

et elle lui coupa le cou d’un seul coup

de dent

En avalant son beau minois avec délectation.

Celui là alors quel cornichon !

Depuis Truedeball erre sans tête sur son vieux cheval blanc

Il ne cherche plus rien

d’autre que le bord du monde

pour finir sa course d’écervelée.

Auriez vous vu le bord du monde ?

c’est son nombril qui parle

étant donnée la circonstance

Evidemment il y a toujours une ogresse

qui sort d’un trou ici ou là séant

et qui dit oui mais comment donc

mais bien sur je vais vous dire tout ça fissa

et elle ouvre sa grande bouche

montre un beau sourire

penchez vous donc au dessus du puits

et vous verrez enfin le bord du monde

sacré Truedeball impénitent

ou bête comme ses pieds.

Quoiqu’il faut se méfier les pieds ne sont pas si bêtes

d’ailleurs il n’est plus réduit qu’à ça notre cher marquis

il n’est plus qu’un pied qui vole dans l’azur bleu

ou dessus d’un drôle de nuage blanc

qui ne demande plus rien

sauf d’être un honnête pied

j’allais dire un bon pied mais ouvrons l’œil

méfiance dans les qualificatifs

ce sont des friandises des amuse gueules

qui attire les grandes gueules

et le dit on aussi

les ogresses charmeuses ou charmantes.

Est ce qu’on a déjà vu un pied

discuter avec une ogresse qui a de belles dents ?

Non monsieur Non madame

Un pied reste un pied

et même si le pied n’est pas un mètre

il sait se contenter de ce qu’il est

n’est il pas enfin temps?

Art digital Patrick Blanchon 2018

Exigence

Derrière toutes tes prières

l’exigence se traine prête à bondir

pour un oui

pour un non

pas d’issue.

Je sais que tu as essayé de la piquer

l’euthanasier, l’amadouer, la ligoter

l’entortiller, la soudoyer, l’hypnotiser,

la saouler, la renverser, la bourrer, la tromper,

la baiser, l’endormir, l’assouvir, la saisir, la retenir,

la bousculer, l’agiter, la secouer

En vain.

Chez toi l’exigence est ce moyeu d’où sourd la lumière

et l’ombre

j’en connais chaque rayon de ce beau paon qui fait la roue

en criant Léon par ci Léon par là

Tu n’as pas assez fait ceci

tu as beaucoup trop fait cela.

Je te regarde et je me tais

Tu restes encore si belle malgré toutes les années

malgré les rides et les crevasses

ta peau fripée tes cheveux filasses.

Mon bel élan d’amour.

Quand je te regarde j’ai toujours 20 ans.

Et je dis merde au temps qui passe

merde à l’éternité merde à la mort

je débouche une bouteille et nous trinquons

en nous dégottant des bourrades

jouant des coudes

les arpions en éventail.

Est ce que tu m’aimes

Est ce que je t’aime ?

En sommes nous toujours là ?

Sommes nous en dessous ou en deçà ?

On doit bien avoir exploré tout le kamasutra…

ne sommes nous pas repus ?

allongés en sueur sur de beaux draps

on attend

on prie

et c’est toujours toi qui la première

décide

exige

de remettre ça.

Moi c’est bien connu

je ne suis qu’un malgré moi.

Encre sur papier Patrick Blanchon 2018

Bonne santé

La dépression est le signe d’une santé de fer

surtout si on la laisse ainsi revenir comme une fatalité de poussière

pertinemment utile nécessaire à toute velléité de propreté.

ô une joie féroce d’agiter le plumeau

à s’enfiler des cachetons à gogo

n’en doute pas.

Sans la nuit point de jour et vice versa

déclare doctement

le bonhomme de neige tout sage qui fond lentement

au fond de je ne sais plus quelle nuit

de je ne sais quel rêve

ou cauchemar.

Tout ça c’est du poncif mon cher !

m’a dit Gerda en écartant les cuisses

pour attiser mon vice

tripotant son calice, clin d’œil de malice.

Mon dieu c’est au poil

Tant qu’on peu encore se frotter la panse

quelle chance profitons.

Un peu de doigté quand même

nous ne sommes pas des sauvages

lâche le contrôleur contrôlant mon billet.

alors que je tentais de lui ficher bien profond dans le fion.

Petit rigolo m’a vomi le conducteur du train

vous croyez tout pouvoir faire dérailler comme ça ?

Vous vous flanquez les doigts dans le nez

J’ai bien regardé Gerda

et c’est vrai, elle avait du nez.

Un nez légèrement pointu avec des narines palpitantes

comme des anémones de mer

Tout mon sang s’est mis à refluer

je me suis assis sur la moleskine

cul nu ça collait un peu

et puis ce bruit obscène mon biquet

Avez vous encore du feu jeune homme ?

M’a t’elle demandé

Et tout a encore recommencé

Le train s’est à nouveau ébranlé

j’ai regardé par la fenêtre

tout bougeait tout gazait

quelle santé !!

Huile sur toile 100×100 Patrick Blanchon 2017

Entre deux

Entre deux recommencements la lessive des mots le rinçage du silence.

Un moment, un écho se répercute du noir au blanc.

Le désir, une force cinétique, une course vers l’inertie.

Effleurer le rien de proche en proche.

Inépuisable rien.

Respirer le vide de la page de la toile blanche

jusqu’à ce tout rêvé siphonné.

L’œil du cyclone entre deux coups de tonnerre

se ferme s’entrouvre.

Ombres et lumières, l’ennui de toute intensité.

Puis ce Glissement vers le gris

comme sur un tobogan,

même ivresse avant d’atterrir encore

les pieds dans le sable.

Se redresser sans réfléchir, courir vers l’échelle encore et encore

Recommencer.

Entre deux recommencements qu’est t’on ?

Un peu plus tard se promener sur le chemin

rencontre du caillou

le prendre sans y penser dans une main

le réchauffer au besoin

le lancer très loin vers le milieu du fleuve.

Ce petit ploc ce petit plouf

amorti par la lumière ambiante

caillou d’avant caillou de maintenant

un entre deux

ricochet dans l’espace à la surface du temps.

aurais je une médaille ?

une punition ?

Juste de l’oubli.

qui s’accumule.

Et les matins pour se souvenir

de ces montagnes de ces gouffres.

Entre deux la page blanche

un papier tue mouche

de petits mots qui tourbillonnent

venant d’on ne sait où.

qui s’épousent se repoussent

Au fond du fond de tous les fonds

un feu qu’on n’imagine pas

toujours à l’œuvre

qu’on ne voit pas.

Des métamorphoses des transmutations à l’infini

des duretés rares de diamant

à la surface des boues.

tout est ok l’envie et de le dégout.

Tout va ainsi bien aligné deux par deux

une fois qu’on sait

que le seul lieu est l’entre deux.

Tiède le café beurk sorti du micro ondes.

Tiède cette vie beurk

au milieu de nulle part.

S’asseoir et se taire

le cul callé sur la paille d’une chaise.

Avant, après et ce gout amer au beau milieu.

il faut s’y faire

se taire

Patientez a dit mossieur l’agent

mossieur Loyal

Prenez votre mal en patience

si vous ne pouvez plus rien voir en peinture.

Respirez juste ça

Respirez

et voyez

ça se calme

c’est encore un fichu entre deux.

huile sur toile 40×50 cm Dans l’entre deux je tente la géométrie mais rien n’y fait. Patrick Blanchon 2019