Cette idée

Cette idée de toi que j’ai gardée comme une braise

qui me brulait et me réchauffait pendant que je marchais

je ne sais plus ce que j’en ai fait

ce que je n’ai pas fait

Pour l’oublier profondément

si profondément qu’elle se transforme

en mon cœur et mon souffle

pour que je ne puisse plus dire elle m’appartient.

Elle est juste une idée

qui va son chemin parallèle au mien

Et que je crois rencontrer encore

parfois comme une inconnue séduisante.

au hasard de la rue.

Cette idée de toi je ne l’ai plus.

Je l’ai usée à force de m’en rappeler

je l’ai souillée et sublimée

Tant et tant qu’elle s’est dissoute dans le présent

et rend parfois ce présent amer ou sucré

comme ce café noir qui toujours m’accompagne

et ces cigarettes parfois insupportables.

Cette idée de toi ce n’est pas mon idée

ce n’est qu’une trace laissée par d’autres

et que j’ai relevée comme un chasseur

dont le but est de tuer

d’achever.

Ce chasseur n’a pour arme que l’inachevé

qui ne tire que des balles à blanc

parce que c’est trop dur de tuer

parce qu’on s’enfuit toujours dans la pensée

les émotions pour ne pas voir la réalité.

Cette idée est un meurtre prémédité

un contrat qu’à la naissance j’ai signé

avant même de savoir parler.

Cette idée j’ai beau tenter de m’en rappeler

je ne m’en rappelle plus

ce n’est pas ma mémoire

ce ne l’a jamais été

Elle vient du Nord

emprisonnée dans l’ambre

comme un être fossile

une patience qui vient de loin

du fond de la mer baltique.

Cette idée m’a un jour donné une dignité

puis me l’a ôtée.

Et je me suis retrouvé nu

abandonné comme un coquillage

déserté.

Cette idée c’est juste ce son

ce vent qui souffle

cette musique qui m’emporte tout entier vers toi.

Huile sur toile format 30×30 cm Patrick Blanchon 2021

Exil

C’est le même sentiment, la même douleur, le même écho

tout persiste

joie et douleur se côtoient.

Même pour ceux qui viennent après

et qui ne t’ont pas connu.

La nostalgie peut se transmettre

ici pas besoin de règle

On se retrouve exilé comme on se retrouve juif.

Que ce soit par père ou mère

par la montagne et les rivières.

On est différent et on va passer sa vie à le refuser

et on va passer sa vie à l’accepter.

Peut-être que je n’irai jamais vers toi

Peut-être ne donnerais je aucun fruit

Pour tenter d’arrêter la chaine

conscient ou pas.

Peut-être qu’un jour j’inventerai la paix.

Même pour ceux qui sont venu avant

et que je ne connais plus.

Mais que je connais tellement

que je connais autrement.

Je ne sais plus de quoi tu es fait

à force de tout me rappeler

j’ai oublié la vérité.

Et pourtant tu es là

derrière mes yeux clos

Comme des larmes contenues

de lourds trésors amassés

qu’il semble impossible de partager.

Huile sur toile 30×30 cm

Visage

Elle se résume à une écume, quelques syllabes, une ou deux plumes.

Et toujours elle ressurgit, et ce n’est pas grand chose, un rien recrée le dialogue, l’analogie

née d’un instant suspendu du carrefour du regard elle est lune traversant les nuées les rancunes

de toutes les patientes récoltes souvenirs d’avare le fleuron du catalogue la nostalgie

hiéroglyphe cher à l’égyptologue peinard bien plus précieux que la moindre thune.

Echapper à l’enfance des yeux ce serait fuir ton beau visage l’éternité les chronologies.

C’est pour cela sans doute qu’existent les rondeurs la brutalité la douceur

l’exploration spatiale sans oublier les mineurs, les forgerons les spéléologues

Qui vont chercher dans un ailleurs la tendresse première l’éblouissement du cœur

Tous ces errements cet acharnement ce naufrage obligé dans le monologue.

même les plus grandes gueules, les brutes se font tatouer cette putain d’amertume

qu’enferment ces deux sons doubles qu’on sonne l’horreur et la splendeur du mot maman.

Visage huile sur papier 36×48 cm

Une petite joie.

Il tire sur la cupule d’alu et ô miracle, elle résiste suffisamment pour que le couvercle baille puis s’ouvre en grand.

Au fond bien rangées cinq sardines brillantes plus une rondelle de citron si fine qu’elle en est diaphane.

Fourchette ou couteau ?

Tout doucement il passe les dents sous un ventre puis lève.

La sardine est toute entière dans l’assiette, une petite joie.

Un autre rêve

Toutes ces peines, ces chagrins, ces désirs, un essaim incessant qui bourdonne gentiment dans la nuit.

Une richesse qui se brasse toute seule au tout dedans d’un regard avare. Un ivrogne avide de conserver toute sa soif.

Une constipation à n’en plus finir. On voudrait tout garder encore et encore, ne rien lâcher.

S’y vautrer par confort face à l’inquiétude du rien.

Ressasser, en rajouter des couches, encore et encore et des questions et des et si.

Une abondance stupéfiante et toxique qui abolit l’espace et le temps.

Suffirait de faire un pas de côté pour sentir le froid grimper.

Glacé par ce face à face, on voudrait bien mais on ne peut point.

On ne peut pas et on se réfugie vite fait dans le fameux c’est plus fort que moi.

On ne peut point on n’est que ligne.

Mais quand même on retente, on s’accroche, l’évasion fait rêver.

Imagine un autre rêve que celui-ci.

Peut-être une autre chance, une page blanche.

Mais que dit la mort sinon ce que l’on sait déjà encore et encore.

Epuise tout ça mon petit gars, épuise.

Epuise encore et tu verras.

Un peu comme Pavese mal compris

« La mort viendra et elle aura tes yeux. »

Je m’attendais à une amante, un genre de bombe qui ferait tout exploser

qui réduirait tout ça en poudre pour toujours

En poussière d’étoile, en origine.

Je n’ai vu au final qu’un voile orange.

Le chirurgien tombe à point nommé , me débarrasse gentiment de mes vieux cristallins.

Changer de vision ce n’est pas rien

Mais l’habitude est reine, le confort de la peine est roi.

Pour un clin d’œil de joie on paie ici des millénaires de chagrins.

C’est le prix, c’est sans doute ce que ça vaut.

On serait bien foutu d’en abuser je me connais.

Se ruer vers la joie pour échapper à soi.

Se barrer à l’anglaise encore une fois.

Mais n’as tu pas du tout de rêve ?

Bien sur j’en ai plein mais rien que des ne servant à rien.

Rêver à rien c’est tout de même quelque chose

c’est comme des coups d’épée dans l’eau

ça ne fait rien à l’eau

ça dit juste que t’as une épée dont tu ne sais pas quoi foutre

Tu ne l’emporteras pas au paradis mon petit gars

ah ça non.

Pour t’en débarrasser juste un enfer à traverser.

Et puis maintenant nu comme un ver vas-y

Parle moi donc de cet autre rêve

je plongerais le nez dans ton haleine de bébé

j’écouterais ton silence

et si tout se passe bien, alors je serais apaisé.

Dessin sur logiciel Procreate Patrick Blanchon 2021

L’intime se dérobe

Elle retire sa robe et je suis ébloui par la nudité de son corps. Aveuglé brutalement par la tonalité générale de ce corps tout d’abord, sans doute parce qu’immédiatement vient en bouche se mêler l’extraordinaire gout du lait chassant la salive ordinaire.

Que d’inventions fabuleuses à l’apparition des corps ! Face à la nudité ! On ne sait pas à quoi se raccrocher surtout. Aveuglement et chute dans une simultanéité de première fois. Une première fois que l’on cherchera bien sur à retrouver toutes les autres fois.

Et que le temps émoussera, que l’habitude émoussera, que les pensées comme des pansements sur une plaie effaceront.

Il ne restera qu’une cicatrice de cette première fois. Quelque chose qui s’est à tout jamais refermé aussitôt entrevu.

Elle retire sa robe c’est une jeune femme en vie, vigoureuse et souple avec parfois quelques points de tension. Muscle mastoïdien, scalène, ou digastrique se contractant dans l’infime, se dilatant dans l’envie, une salivation que l’on espère partagée.

L’excitation de retirer sa robe se mêle t’elle à l’excitation de celui qui l’observe ?

Silence que traverse le bruit de l’étoffe s’effondrant doucement sur le parquet.

Elle retire sa robe et je reprends mon souffle.

C’est froidement que je l’examine à présent. Elle n’est que l’objet sur lequel je projette ce qu’elle n’est pas, ne sera jamais.

Une idée de nudité rêvée, c’est juste encore l’intime qui, comme toujours, à 20 ans se dérobe.

Illustration art digital P. Blanchon  » Viens voir là ».

Daemons et intrication quantique.

Plongée dans Hésiode en ce moment. Comme une apnée pour ne pas respirer l’air ambiant. Ne pas respirer l’odeur nauséabonde qui monte de ce cloaque audiovisuel permanent. Les travaux et les jours que je suis parvenu à me procurer gratuitement sur l’application Youbox fournit par mon opérateur internet. Je ne suis plus à une contradiction près.

Et puis cette série de podcasts passionnante racontée par Vinciane Pirenne-Delforge directrice de recherche au fond de la recherche scientifique belge ( FNRS) une sommité dans l’histoire des religions, dont tu pourras trouver le lien ici

Une évasion du savoir par le savoir, juste en fabricant de la différence.

Ce que je retiens, qui m’intéresse beaucoup en ce moment concernant la peinture et l’écriture, c’est l’origine de l’intention.

Ce que les anciens grecs pensaient de cette intention c’est qu’elle nous était insufflée par des voies invisibles, par ces fameux daimons ou daemons. Leur panthéon est colossal, il semble y avoir ainsi une quantité incroyable de moyens employés par les dieux, parfois identifiés, nommés par les hommes, susceptibles de produire en eux une intention. C’est à dire en fait une série de pensées , de rêves, d’actions qui arriverait dans nos caboches et qui seraient issues d’une volonté divine.

D’où la notion de destin très puissante chez les anciens.

Notion que la raison des sociétés modernes réfute évidemment.

La raison est une adolescente attardée. Je n’arrive pas à me défaire de cette image en ce moment. Une emmerdeuse qui sait tout. Qui a un avis tranché sur tout. Et l’important n’est pas vraiment l’avis mais surtout qu’il soit tranché. Nous sommes dans l’ère du saucissonnage.

Cela me rappelle ma découverte des philosophes présocratiques autrefois. Cette pensée d’avant Socrate. Cette pensée issue de la nuit et s’y reconnaissant, lui restant fidèle car sans doute encore soutenue par la puissance des mythes.

La raison fuit les mythes car elle les considère comme enfantins ce qui est je crois la fondation même de son égarement.

Je ne crois pas du tout que l’homme moderne et son esprit soit beaucoup plus avancé que l’homme des temps présocratiques. Les mythes sont toujours là mais on pourrait plus parler de mensonges désormais que de belles histoires fécondant l’imaginaire et nourrissant les pensées comme les intentions.

Ce que la raison a produit c’est uniquement de la raison en débarrassant les mythes de leur potentiel créatif. Ce que la raison a produit c’est du mensonge. C’est à dire cette chose insignifiante et bornée dans les limites d’une morale qui n’a absolument plus rien à voir avec l’éthique.

D’ailleurs la raison contre laquelle je m’élève n’est plus qu’un ersatz de raison. La raison des modernes serait probablement risible et facilement friable pour le pire des disciples de Socrate ou de Platon.

On a raison mais on ne sait plus rien. On a raison pour ne pas montrer toute notre ignorance. On veut surtout avoir raison.

Franchement je préfère rêver, et douter, m’égarer mille fois plutôt que de penser avoir raison.

J’adore cette idée de daimon par exemple qui me semble d’une pertinence folle si je la pose à coté de tout ce que je crois avoir compris de la mécanique quantique.

L’idée que les dieux sont impuissants à agir directement par eux mêmes car ils sont dans une autre dimension de l’espace temps, dans ce fameux « Age d’or » cette idée là est fascinante.

Hésiode raconte qu’il y a 5 âges. L’Age d’or, l’Age d’argent, de bronze, l’Age des héros et enfin l’Age de fer.

Ma première interprétation était que ces âges soient dans une suite, dans une continuité temporelle linéaire Comme l’illustration d’un phénomène d’usure, d’entropie. Du meilleur vers le pire.

Cependant dans cette suite il y a une anomalie. On peut remarquer qu’ils sont nommés par un métal, tous sauf un, l’Age des héros.

Cette anomalie n’a pas cessé d’accaparer mon esprit ces derniers jours. Pourquoi cette interruption soudaine, cet élément étranger dans la suite ?

Comment pourrais-je interpréter ça autrement qu’en y voyant un code, une sorte de message laissé par les anciens.

L’Age des héros qu’a t’il de particulier ? Et bien c’est le seul qui permet vraiment de rejoindre l’Age d’or. Le héros par ses actes héroïques gagne aussitôt le retour aux champs Elyséens.

Et qu’est ce qu’un héros aujourd’hui ? Dans ce que j’imagine être cet Age de fer prédit par le poète.

Il faut s’extraire de la notion raisonnable, de la notion moderne qui croit savoir comme je crois savoir de ce que peut être un héros.

Sortir d’Hollywood, et de toute une littérature aussi.

Revenir aux bases, à l’Illiade et l’Odyssée, à Achille, Hector et Ulysse. A Homère.

Je me suis souvenu de ma fascination enfantine pour L’odyssée. Que d’émotions cette lecture m’aura fait traverser… J’ai ressenti la colère, la rage, l’espoir, la déception, la perte des compagnons, le désir trouble pour Circé, l’amour sage et résigné pour Pénélope au retour à Ithaque… déjà enfant par la seule lecture d’Homère l’essentiel était entré dans mon cœur par le chant du poète et la création de cette merveilleuse histoire dans laquelle les dieux et les hommes sont toujours en relation. Dans laquelle la vie toute entière n’est que cette histoire de relation entre le visible et l’invisible, une histoire qui tient debout, une histoire qui dépasse l’entendement et nous évoque quelque chose d’éternel directement dans le cœur.

Souvent j’ai repensé à cette histoire surtout dans des périodes où comme Ulysse j’étais naufragé et que je devais lutter contre des vents contraires. Elle a été pour moi un modèle pour ne pas sombrer dans le désespoir total définitif. Toutes les ruses D’Ulysse pour parvenir à se tirer d’affaire, à résister et à contrer avec l’aide de divers alliés le grand Zeus m’a donné le schéma de tout ce que peut imaginer la raison, l’intelligence en acceptant justement une alliance avec les daemons et les divinités mineures.

Athéna aide souvent Ulysse, elle ne cesse d’intercéder auprès des autres dieux et même auprès de Zeus pour avoir pitié d’Ulysse. Je l’ai parfois associée à une figure maternelle aimante. Mais elle n’est au bout du compte que cette justesse dont je ne cesse de parler ces derniers temps. Justesse et justice, celle dont nous manquons cruellement aujourd’hui.

Tout est symbole et même ma propre mère confondue soit avec Athéna, ou la justesse par l’insistance suspecte de ses mensonges laissés comme un message codé eux aussi.

Sortir d’Hollywood, sortir de la littérature comme on sort à nouveau du ventre de la société pour respirer à l’air libre en criant un Euréka, un Noel, un Hourra, qu’importe pourvu qu’on puisse expirer tout cet air vicié.

En cherchant la définition du terme d’intrication quantique je suis arrivé sur cette page de wikipédia que je copie colle ici en laissant en place tous les liens.

En mécanique quantique, l’intrication quantique, ou enchevêtrement quantique, est un phénomène dans lequel deux particules (ou groupes de particules) forment un système lié, et présentent des états quantiques dépendant l’un de l’autre quelle que soit la distance qui les sépare. Un tel état est dit « intriqué » ou « enchevêtré », parce qu’il existe des corrélations entre les propriétés physiques observées de ces particules distinctes : cet état semble contredire le principe de localité. Ainsi, deux objets intriqués O1 et O2 ne sont pas indépendants même séparés par une grande distance, et il faut considérer {O1+O2} comme un système unique.

Cette observation est au cœur des discussions philosophiques sur l’interprétation de la mécanique quantique. Elle est, en effet, contraire au principe de réalisme local défini par Albert Einstein.

L’intrication quantique a des applications potentielles dans les domaines de l’information quantique, tels que la cryptographie quantique, la téléportation quantique ou l’ordinateur quantique.

Ce que j’en comprends c’est que tout est liée par un réseau invisible dans l’espace et le temps. Que la moindre influence sur la moindre partie de ce réseau est enregistrée dans l’ensemble de ce réseau au même moment et partout en même temps.

Peut-être suis je un peu fou mais je vois dans cet énoncé une mythologie moderne tout aussi valable que la mythologie grecque. elle est simplement repeinte si je peux dire avec des concepts à la mode.

Cependant qu’on parle bien toujours de la même chose n’est ce pas… on parle toujours de cette interaction entre le visible et l’invisible, on parle de simultanéité, de synchronicité… comme autrefois on nommait les daemons ni plus ni moins. Les mots ainsi peuvent changer mais pas vraiment les idées.

Elle a dit : « Je la connais ta solitude »

Et elle a rit.

J’ai soudain entendu la pluie qui tombait plus drue sur les toiles de tuiles.

Et j’ai compris sans comprendre vraiment

j’ai su que je n’étais qu’un salaud.

« Je la connais ta solitude »

Ce fut l’éveil.

Un ébranlement comme une secousse provenant de l’amertume.

Une cuillère en bois qui touille une soupe

de la forme ferme à la bouillie.

Avec une belle envie de vomir.

Alors j’ai fui , il valait mieux la pluie.

J’ai courru à perdre haleine pour m’échapper

comme on cherche à repousser la fatalité

l’évidence.

Et cette phrase fichée dans mon cœur comme une flèche

blessé à mort j’ai continué.

Illustration : Frida Khalo 1946  » le cerf blessé »

Je t’ai donné

Je t’ai donné le temps et tu en as fait l’oubli.

Je t’ai donné ma joie et tu en as fait le regret

Je t’ai donné mes rêves et tu en as fait une banalité.

Je t’ai donné mes larmes et tu as ri.

je t’ai donné les liens pour m’attacher

j’ai fabriqué la cage et m’y suis enfermé.

En te laissant la clef.

Je t’ai donné le possible tu en as fait l’impossible.

Je t’ai donné la colère tu m’as dit enfantillage

je t’ai donné des coups tu m’as traité de lâche

je t’ai donné toutes mes faiblesses tu en as fait des forces.

je t’ai donné mon cœur tu en as fait un muscle.

je t’ai donné ma rage et tu m’as dit encore

je t’ai donné la guerre tu en as fait la défaite

je t’ai donné mille noms et tu t’es dérobée

je t’ai donné le bruit tu en as fait un chant

je t’ai donné tout ce que je croyais posséder

Et tu m’as dit cela n’est rien.

je t’ai donné l’absence tu en as fait la présence.

je t’ai donné la présence tu en as fait l’absence.

Un jour pourtant tout s’est arrêté

Je ne t’ai plus rien donné et tu m’as dit merci

Et dans ce merci j’ai tout retrouvé

J’ai vu un camion poubelle déverser dans la décharge à ciel ouvert

toutes ces merveilles que je t’avais données

J’ ai vu un tas d’ordures et j’ai pleuré.

Illustration: visage avec des déchets Thomas Deininger