Voir

Circulez il n’y a rien à voir. A l’extérieur ce pêle-mêle s’il est mué par l’avidité ne vous apportera rien de bon. Juste un peu plus de confusion. Au contraire fermez les yeux, ne regardez plus durant quelques instants et c’est comme ça que vous verrez enfin ce qui gît abandonné.

Vous gisez là repliez sur vous-mêmes, en deçà de ce bavardage incessant, cette avalanche intarissable d’images, oui vous ! enseveli sous l’abondance artificielle.

Un jeûne s’impose. 40 jours d’abstinence, tiendrez vous ?

Une liquidation quasi totale de cette violence vous sera certainement salutaire.

Car c’est une violence n’en doutez pas de vous assommer ainsi continuellement, de vous abreuver, sous perfusion permanente via tous les écrans.

Un goutte à goutte par lequel s’enfuit votre essence qui se mêle à toutes les eaux usées et finit par se confondre avec le fleuve vulgaire, le fleuve grossier des eaux usées.

Peut-être est-ce nécessaire d’y plonger pour à un moment se réveiller. Le miracle est assez rare.

Tout au contraire vous voici emporté ballotté noyé vers l’océan des clichés innombrables qui charrient des continents de banalités.

Naufragés du toc et du plastoque voilà ce qui nous pend au nez lorsque soudain on s’éveille.

Mais alors quel étrangeté de voir ! Rien ne sera jamais plus pareil.

Peut-être est ce un mouvement naturel que ce dégout soudain qui mène à un éveil.

Un système inédit de vases communicants.

Vous êtes désormais seul pourtant.

Quelque chose ne va pas sans rien.

Vous êtes seul à voir.

Et chaque tentative pour le dire est un coup d’épée dans l’eau.

c’est la règle avant d’apprendre que le silence est roi.

Quelqu’un vient j’entends ses pas

Aujourd’hui je veux faire du Zao Wou ki me dit on

Mais bien sur, assoyez vous donc confortablement surtout

ça risque de secouer un peu.

Dites moi d’abord ce que vous voyez dans les tableaux de Zao Wou ki

Pouvez vous en parler ?

Si oui je vous conseille de renoncer.

Faites plutôt de jolis pâtés

Salissez vous un brin les doigts

Pour ça vous n’avez guère besoin de moi.

palette Huile sur fiche bristol Patrick Blanchon 2020

Pouvoir et pensée

La pensée peut-être est une forme d’art.

Un art du cirque, de l’acrobatie.

J’ai envie de dire ça

parce que je fus acrobate.

Je sais comme il faut s’entrainer beaucoup avant de commencer à pouvoir approcher de la souplesse.

de cette souplesse là.

Cela va avec une idée de la jeunesse.

Et aussi avec le pouvoir.

le besoin de puissance.

Pensée puissance pouvoir

Et puis un jour on se loupe,

on chute.

parfois de haut.

On découvre la douleur, la vraie.

On comprend qu’elle soutient la pensée.

que la pensée panse.

Qu’il faut aller encore plus en dessous

en deça.

Accepter de n’être que le silence d’une sensation.

pour écouter le cœur.

Des digues, un barrage alors s’évanouissent

L’enfance le retour au démuni

au léger soudain d’une plume

à l’intime du tout

pour rien.

encre sur papier

L’être et le vent.

Aujourd’hui, nous sentons bien que l’avoir et l’être

ne sont pas la même chose.

Certains même les pensent comme des antagonistes.

Encore des catégories. Des boites.

On imagine au début que c’est pour mieux se retrouver.

Poser des repères, des marques.

Tu es plutôt dans l’avoir ? dans l’être ? dans le paraître ?

Pour savoir à qui à quoi on aura à faire ?

Parce qu’on a tout simplement peur de ne pas pouvoir l’identifier.

Manessier « Hortillonnages »

Aussi ce matin je tombe sur une vidéo qui parle de l’intentionnalité en art ?

Est ce que jeter un pot de peinture sur une toile c’est de l’art ?

Et l’auteur dit qu’il y a là une mauvaise connexion entre l’être et le résultat obtenu

que c’est le vent ou le hasard qui produit l’œuvre plus que l’être.

Vertige tout à coup des doutes

car ma pratique est toute entière basée sur ce hasard

que j’appelle l’être.

Un être qui me déborde.

Un être au delà.

Voilà comment commence une jolie prise de tête dès l’aube.

Et qu’un rire éclate soudain

lorsqu’un bourdon vient s’écraser sur la vitre de l’atelier

et s’obstine plusieurs fois à tenter de la traverser ainsi.

L’être le hasard le vent

tout cela ne sont que des mots.

et l’être et le silence

une seule et même chose ?

N’attend pas l’amour

Avec l’âge on devient soit disant plus sage. La vérité est sans doute plus liée à la fatigue qu’à la sagesse, encore que les deux ne soient pas incompatibles. Une fatigue d’attendre je dirais. Et de plus attendre toujours la même chose c’est à dire l’échec. Et cet échec c’est celui que propose invariablement toute velléité de fusion.

Des relations fusionnelles j’en ai connues et j’estime que c’est une grande chance dans ma vie, comme c’est aussi une chance gagnée de l’expérience que de ne plus me résoudre à en attendre de nouvelles.

Un brin de lucidité m’oblige à y renoncer sitôt que j’en vois une pointer son nez si mignon soit-il, si prometteur soit-il.

Je me barre illico.

Ou alors je propose l’amitié.

Mais qu’on ne me parle pas d’amour par pitié.

Même si c’est terriblement tentant de repeindre le monde entier en un éternel été, avec ses cieux profonds, ses odeurs d’herbe coupée, et le gout de l’eau enfin retrouvé.

Je sais que tout cela peut arriver par mégarde, qu’il suffit d’être deux et branchés sur une fréquence à l’apparence commune, parce qu’on souhaite ardemment qu’elle le soit, parce qu’ on le désire, qu’on le veut, parfois même on l’exige, qu’on est con.

A ces moments là le moindre signe est lu comme une approbation, la plupart du temps c’est du non dit, du tacite, et on établi soigneusement la liste de tous les points communs que l’on finit par s’inventer poussé par cette volonté bizarre de toujours être en été.

Du point commun au lieu commun il n’y a jamais qu’un mot non prononcé.

Cette emphase, cette grenouille ou ce crapaud qui veulent se faire aussi gros que l’univers tout entier, n’est la plupart du temps que de la même nature des flatulences. Si cela ne s’échappe pas de façon triviale on se tord les boyaux à en faire du poème.

J’ai depuis un paquet de temps décidé qu’un bon pet vaut mieux que toute une collection de délires sentimentaux.

Encore que j’aime énormément la poésie quand elle ne vient pas de mes petits soucis intestinaux.

Si elle ne parle pas d’amour sur le mode entendu c’est encore mieux.

Je ne renonce pas complètement au mystère si je ne détecte pas immédiatement en lui un vieux truc de camelot.

Je n’attend pas l’amour.

Je ne l’attend plus.

Cet amour qui m’a tant torturé autrefois et qui dans le fond n’en était pas.

Ce n’était qu’une volonté de colonisation, d’expansion, d’inflation et pas grand chose d’autre.

Aujourd’hui tout cela est révolu.

La fatigue de l’attente de la répétition, de l’échec tout cela m’est devenu risible.

Encore que je ne méprise rien, je suis même bienveillant envers cette absence, ce vide, cette béance comme si elle était devenue en quelque sorte une fondation sur laquelle je marche du matin au soir et même souvent de nuit.

Une amputation si l’on veut d’une chose appartenant au social de façon réflexe et qui m’a renvoyé à la marge de toute société quelle qu’elle soit. Un peu comme un observateur, un voyeur, un commentateur.

Je n’attend pas l’amour, pas cet amour là en tous les cas. Mais j’aime l’apercevoir de temps à autre qui passe comme ces amoureux que l’on ne voit plus guère ces derniers temps sur les bancs publics.

Je ne leur jette pas la pierre.

Je ne les applaudis pas non plus.

Sans être indifférent j’ai envie de leur dire profitez profitez de l’été et de ses lourds orages, de cette passion, de cette fusion qui transforme le minéral en diamant.

Peut-être un peu par procuration, avouons le.

Et puis quand le jour s’en va quand la nuit vient que le danger rode tout autour de moi. Celui du dépit, de l’amertume, de la jalousie. tous ces miasmes qu’a laissés l’amour faux avec la marée descendante comme autant de coquillages en cadeaux.

Je prends mon petit panier, j’ôte mes souliers et guilleret alors j’ai encore ce courage d’aller patauger pour ramasser tous ces lambeaux afin de les examiner sous toutes les coutures.

Je transmute la honte la culpabilité l’ignorance les regrets les remords et la peur en petites choses plaisantes qui ne sont pas en or ni en argent mais en plaisir d’apprendre de nouvelles limites à repousser.

Je n’attend pas l’amour

je le vis, lui donne vie, le nourris, l’entretiens comme une braise qui me réchauffe et me consume doucement.

Et ce faisant je n’ennuie personne et personne ne m’ennuie vraiment.

L’inconscient

Je fais le malin mais en réalité je ne suis pas dupe. Je fais le malin ou l’idiot ça ne change rien. Je peux emprunter toutes les postures imaginables, tous les costumes, tous les personnages, rien ne bougera d’un iota. L’inconscient règne en maître sur mon existence.

Que j’en sois parfaitement conscient n’y changera pas grand chose non plus.

Cela me rappelle les récits de Lovecraft. Toujours formidablement huilés quoique un peu désuets dans la lisibilité la formulation du jour présent.

Mais si l’on accepte de dépasser ce léger désagrément, d’effectuer cette plongée ou plutôt cet embourbement dans la tournure du récit, que l’on s’y habitue, alors à ce moment là nait un réel plaisir, comme une volupté tirée tout droit de cette difficulté que l’on finit par métamorphoser en habitude.

Le narrateur se souvient d’un personnage qu’il a connu ou bien qu’un de ses proches a connu et c’est à partir de cet inconnu que commence le récit, au travers d’une page déchirée appartenant à un manuscrit perdu, un objet, une relique ayant appartenus parfois à un autre personnage encore. Tout un système de poupées russes, de diversions qui semblent reproduire sans vouloir y toucher notre propre habileté à nous perdre soigneusement dans les méandres d’un égarement personnel.

Il y a dans les récits de Lovecraft comme une métaphysique du récit, se tenant là en silence, en miroir de notre familiarité si singulière avec tout ce que nous ne sommes pas, que nous voulons surtout ne pas être.

Je pourrais d’ailleurs élargir cette constatation à une grande partie de la poésie pour ce que j’en connais. Que ce soit celle de Lord Byron, de Blake, de Nerval ou de Rimbaud et Baudelaire chacune à sa façon évoque cette puissance de l’inconscience qui à terme rend toute conscience enfantine, sinon burlesque ou carrément ridicule, caduque.

Que nous ayons atteint à une idée de modernité grâce aux progrès techniques, aux changements de mœurs, aux progrès de la contraception et à l’amélioration du fil à couper le beurre ne change en rien la donne. En profondeur rien ne bouge vraiment. Où ce qui bouge nous ne pouvons le voir comme un arbre ne peut voir nos vies qu’à l’accéléré tant sa dimension temporelle est éloignée des nôtres.

L’inconscient même si désormais nous connaissons son nom, ne nous en dit pas vraiment plus sur ses buts, ses désirs profonds cachés et continue à manipuler nos existences qu’on le veuille ou non.

Pour s’en rendre compte il suffit de vieillir et de se souvenir, de récapituler tous les sentiers par lesquels nos envies, nos buts nous aurons conduit. D’en considérer les récompenses ou l’ absence de récompense pour saisir que la récompense comme d’ailleurs toute forme imaginée de punition ne furent que des leurres.

L’inconscient leurre ainsi le conscient comme s’il s’agissait d’un idiot de poisson qui frétille de la queue devant le moindre vermisseau puis finit par l’avaler tout rond.

Et le pire c’est que cela arrive même à ceux qui se disent les plus intelligents, aussi mathématiquement qu’aux plus bêtes.

C’est comme si nul ne pouvait échapper à un plan inconnu de tous mais dont nous commencerions tout juste à deviner, sur la fin qu’il s’agit en effet d’un plan.

Pour revenir à Lovecraft la métaphore de ruines cyclopéennes, de civilisations englouties ayant en leur temps percé de multiples secrets de l’univers tant sur le plan technologique que magique, représente tout à fait ce que le vieux con que je suis est en mesure de comprendre de mon passage sur Terre.

La même sensation d’effroi peut surgir si par inadvertance ou par fatigue j’oublie de conserver la garde, si tout à coup j’oublie de rire d’à peu près tout.

Pas de plus belle armure que cet humour, pas d’arme plus efficace que le fléau que représente la dérision pour peser le pour et le contre de n’importe quelle urgence ou importance.

Et pourtant parfois cela arrive. Un instant d’égarement qui s’empare de l’être comme pour le réaccorder autrement, totalement différemment. Et soudain on ne se reconnait plus du tout.

Autrefois c’était la pulsion sexuelle surtout qui représentait le signal d’une course éperdue au travers de la ville et qui semblait ne jamais pouvoir s’arrêter. Et ce même ‘après avoir déversé des trésors d’Energie de vigueur entre les cuisses des femmes, après avoir écumé tous les bars familiers, après avoir marché jusqu’à ne plus être qu’un amas d’os et de pierres se désagrégeant au delà du nerf et du muscle.

Une force inépuisable semblable à la peur inépuisable de saisir en un clin d’œil à quel point tout clochait lorsqu’il s’agissait de regarder le monde par le petit bout de cette lorgnette soi disant raisonnable et consciente.

A ces instants je laissais les vannes de l’effroi dans une sorte de délice s’ouvrir pour pénétrer tête la première dedans ou au delà.

Je ne lisais plus Lovecraft je rejoignais la source de toutes ses inspirations dans une sorte d’abrutissement fabuleux, un manque de discernement béni. J’étais dans l’immanence à la fois petit poisson comme requin absolument marteau, il n’y avait plus vraiment de cloison, plus d’histoire à dormir debout de haut de bas et de points cardinaux.

Le seul vrai chemin était l’errance j’avais tout de même cette intuition, une minuscule étoile logée dans la nuit noire de ma propre ignorance.

Petit clin d’œil hommage à Matt Ruff 😉

En bonus un article que j’ai parcouru et qui aura contribué à l’inspiration du texte ci dessus.

La vieillesse est un avion de chasse

Bang encore un mur du son. Je ne les compte plus. Cela a commencé tout doucement au début je prenais de l’altitude et me disais laisse tomber le masque pas besoin d’oxygène. Même le casque rien à foutre. Les premiers jets m’ont aplati la tronche tellement que j’avais l’impression d’avoir des ailes à la place des joues. La vitesse m’a collé au siège, pouvais plus bouger ni parler.

Vers la cinquantaine probablement dans mon souvenir. Encore que ce soit assez vague. C’est justement la perte de mémoire des premières fois le symptôme. On ne peut plus classique.

On se pense s’imagine se vit jeune et tout d’un coup c’est comme dans Woody Woodpecker on court si vite que le sol nous manque et que l’on reste un petit moment suspendu en l’air avant d’entamer la chute une fois la falaise franchie.

Boum. Des Etoiles qui tournent et un sacré mal au cul.

Mais vivant suffisamment encore pour se demander où donc que ça a merdé ?

Le problème de l’accélération perpétuelle de tout c’est qu’on ne sait plus rien des limites.

A quel âge arrête t’on d’être jeune

A quel âge commence t’on à être vieux ?

Y a t’il une pendule logée dans la cellule qui sonne le glas ou l’heure de crouter

Sonne l’heure les jours s’en vont, rien pigé rien vu de tout ça.

Tout ce dont je me souviens c’est que d’un seul coup je me suis retrouvé à piloter un avion de chasse

la vieillesse est un avion de chasse

Faut pas déconner, et mettre le masque le casque sinon gare

Se garder de faire trop souvent du piqué sous peine de ne plus pouvoir remonter le manche.

Abandonner la distraction pour ne pas se retrouver avec de la viande hachée sur le cockpit, dans les turbines.

Ou alors tout le contraire. Finir en beauté multiplier les loopings pour encore une fois se prouver.

Se prouver s’éprouver

Mais à qui donc prouver au fait ?

En bas la piste d’atterrissage est déserte, personne n’attend personne.

Juste cette fille qui marche en regardant sa montre

qui me fait penser à Pavese

« La mort viendra et elle aura tes yeux »

Comment échapper encore à ça

appuyer sur la pédale de l’accélérateur

gueuler à pleins poumons

Et puis tousser évidement pauvre con

tousser.

bouton rouge, éjection

Le silence incroyable de la descente sans rien

tout à fait apaisant.

Dessin sur tablette Patrick Blanchon 2021

Lourd et léger

La pesanteur est venue, elle était grasse,

plantureuse, avec une langue

reliée à toutes les évacuations.

Les égouts et les dégouts.

Mais je ne suis pas parti.

J’ai tourné la chaise

pour placer mes bras croisés sous mon menton.

J’ai regardé la pesanteur danser.

Elle allait et venait à petits pas tout droit sortie d’un Botero.

Sous le regard de l’autre que j’étais, la pesanteur a prit ses aises.

Et j’ai découvert qu’elle avait un peu de tout et même de l’humour.

Et puis j’ai aperçu la légèreté.

Et je me suis mis bêtement à comparer.

Sa taille fine, ses traits graciles,

son élégance naturelle et sa simplicité.

Sous des dehors sophistiqués.

Je me suis mis à hésiter.

Entre le profond et le superficiel

Entre le noir et le blanc

entre le vulgaire et le grossier.

Entre la baise et la tendresse.

J’ai mis mon doigt un peu partout

pour gouter l’acide et le sucré

Pour choisir ce que je préférais.

Au final je ne sais toujours pas laquelle je préfère.

Je crois qu’elles sont toutes deux ambivalentes et solidaires

comme deux moitiés disjointes

la nuit et le jour

seul l’œil ouvert qui ne cille plus

peut reconstituer leur unité.

Huile sur toile collection privée Patrick Blanchon 2012