Une petite joie.

Il tire sur la cupule d’alu et ô miracle, elle résiste suffisamment pour que le couvercle baille puis s’ouvre en grand.

Au fond bien rangées cinq sardines brillantes plus une rondelle de citron si fine qu’elle en est diaphane.

Fourchette ou couteau ?

Tout doucement il passe les dents sous un ventre puis lève.

La sardine est toute entière dans l’assiette, une petite joie.

Un autre rêve

Toutes ces peines, ces chagrins, ces désirs, un essaim incessant qui bourdonne gentiment dans la nuit.

Une richesse qui se brasse toute seule au tout dedans d’un regard avare. Un ivrogne avide de conserver toute sa soif.

Une constipation à n’en plus finir. On voudrait tout garder encore et encore, ne rien lâcher.

S’y vautrer par confort face à l’inquiétude du rien.

Ressasser, en rajouter des couches, encore et encore et des questions et des et si.

Une abondance stupéfiante et toxique qui abolit l’espace et le temps.

Suffirait de faire un pas de côté pour sentir le froid grimper.

Glacé par ce face à face, on voudrait bien mais on ne peut point.

On ne peut pas et on se réfugie vite fait dans le fameux c’est plus fort que moi.

On ne peut point on n’est que ligne.

Mais quand même on retente, on s’accroche, l’évasion fait rêver.

Imagine un autre rêve que celui-ci.

Peut-être une autre chance, une page blanche.

Mais que dit la mort sinon ce que l’on sait déjà encore et encore.

Epuise tout ça mon petit gars, épuise.

Epuise encore et tu verras.

Un peu comme Pavese mal compris

« La mort viendra et elle aura tes yeux. »

Je m’attendais à une amante, un genre de bombe qui ferait tout exploser

qui réduirait tout ça en poudre pour toujours

En poussière d’étoile, en origine.

Je n’ai vu au final qu’un voile orange.

Le chirurgien tombe à point nommé , me débarrasse gentiment de mes vieux cristallins.

Changer de vision ce n’est pas rien

Mais l’habitude est reine, le confort de la peine est roi.

Pour un clin d’œil de joie on paie ici des millénaires de chagrins.

C’est le prix, c’est sans doute ce que ça vaut.

On serait bien foutu d’en abuser je me connais.

Se ruer vers la joie pour échapper à soi.

Se barrer à l’anglaise encore une fois.

Mais n’as tu pas du tout de rêve ?

Bien sur j’en ai plein mais rien que des ne servant à rien.

Rêver à rien c’est tout de même quelque chose

c’est comme des coups d’épée dans l’eau

ça ne fait rien à l’eau

ça dit juste que t’as une épée dont tu ne sais pas quoi foutre

Tu ne l’emporteras pas au paradis mon petit gars

ah ça non.

Pour t’en débarrasser juste un enfer à traverser.

Et puis maintenant nu comme un ver vas-y

Parle moi donc de cet autre rêve

je plongerais le nez dans ton haleine de bébé

j’écouterais ton silence

et si tout se passe bien, alors je serais apaisé.

Dessin sur logiciel Procreate Patrick Blanchon 2021

L’intime se dérobe

Elle retire sa robe et je suis ébloui par la nudité de son corps. Aveuglé brutalement par la tonalité générale de ce corps tout d’abord, sans doute parce qu’immédiatement vient en bouche se mêler l’extraordinaire gout du lait chassant la salive ordinaire.

Que d’inventions fabuleuses à l’apparition des corps ! Face à la nudité ! On ne sait pas à quoi se raccrocher surtout. Aveuglement et chute dans une simultanéité de première fois. Une première fois que l’on cherchera bien sur à retrouver toutes les autres fois.

Et que le temps émoussera, que l’habitude émoussera, que les pensées comme des pansements sur une plaie effaceront.

Il ne restera qu’une cicatrice de cette première fois. Quelque chose qui s’est à tout jamais refermé aussitôt entrevu.

Elle retire sa robe c’est une jeune femme en vie, vigoureuse et souple avec parfois quelques points de tension. Muscle mastoïdien, scalène, ou digastrique se contractant dans l’infime, se dilatant dans l’envie, une salivation que l’on espère partagée.

L’excitation de retirer sa robe se mêle t’elle à l’excitation de celui qui l’observe ?

Silence que traverse le bruit de l’étoffe s’effondrant doucement sur le parquet.

Elle retire sa robe et je reprends mon souffle.

C’est froidement que je l’examine à présent. Elle n’est que l’objet sur lequel je projette ce qu’elle n’est pas, ne sera jamais.

Une idée de nudité rêvée, c’est juste encore l’intime qui, comme toujours, à 20 ans se dérobe.

Illustration art digital P. Blanchon  » Viens voir là ».

Daemons et intrication quantique.

Plongée dans Hésiode en ce moment. Comme une apnée pour ne pas respirer l’air ambiant. Ne pas respirer l’odeur nauséabonde qui monte de ce cloaque audiovisuel permanent. Les travaux et les jours que je suis parvenu à me procurer gratuitement sur l’application Youbox fournit par mon opérateur internet. Je ne suis plus à une contradiction près.

Et puis cette série de podcasts passionnante racontée par Vinciane Pirenne-Delforge directrice de recherche au fond de la recherche scientifique belge ( FNRS) une sommité dans l’histoire des religions, dont tu pourras trouver le lien ici

Une évasion du savoir par le savoir, juste en fabricant de la différence.

Ce que je retiens, qui m’intéresse beaucoup en ce moment concernant la peinture et l’écriture, c’est l’origine de l’intention.

Ce que les anciens grecs pensaient de cette intention c’est qu’elle nous était insufflée par des voies invisibles, par ces fameux daimons ou daemons. Leur panthéon est colossal, il semble y avoir ainsi une quantité incroyable de moyens employés par les dieux, parfois identifiés, nommés par les hommes, susceptibles de produire en eux une intention. C’est à dire en fait une série de pensées , de rêves, d’actions qui arriverait dans nos caboches et qui seraient issues d’une volonté divine.

D’où la notion de destin très puissante chez les anciens.

Notion que la raison des sociétés modernes réfute évidemment.

La raison est une adolescente attardée. Je n’arrive pas à me défaire de cette image en ce moment. Une emmerdeuse qui sait tout. Qui a un avis tranché sur tout. Et l’important n’est pas vraiment l’avis mais surtout qu’il soit tranché. Nous sommes dans l’ère du saucissonnage.

Cela me rappelle ma découverte des philosophes présocratiques autrefois. Cette pensée d’avant Socrate. Cette pensée issue de la nuit et s’y reconnaissant, lui restant fidèle car sans doute encore soutenue par la puissance des mythes.

La raison fuit les mythes car elle les considère comme enfantins ce qui est je crois la fondation même de son égarement.

Je ne crois pas du tout que l’homme moderne et son esprit soit beaucoup plus avancé que l’homme des temps présocratiques. Les mythes sont toujours là mais on pourrait plus parler de mensonges désormais que de belles histoires fécondant l’imaginaire et nourrissant les pensées comme les intentions.

Ce que la raison a produit c’est uniquement de la raison en débarrassant les mythes de leur potentiel créatif. Ce que la raison a produit c’est du mensonge. C’est à dire cette chose insignifiante et bornée dans les limites d’une morale qui n’a absolument plus rien à voir avec l’éthique.

D’ailleurs la raison contre laquelle je m’élève n’est plus qu’un ersatz de raison. La raison des modernes serait probablement risible et facilement friable pour le pire des disciples de Socrate ou de Platon.

On a raison mais on ne sait plus rien. On a raison pour ne pas montrer toute notre ignorance. On veut surtout avoir raison.

Franchement je préfère rêver, et douter, m’égarer mille fois plutôt que de penser avoir raison.

J’adore cette idée de daimon par exemple qui me semble d’une pertinence folle si je la pose à coté de tout ce que je crois avoir compris de la mécanique quantique.

L’idée que les dieux sont impuissants à agir directement par eux mêmes car ils sont dans une autre dimension de l’espace temps, dans ce fameux « Age d’or » cette idée là est fascinante.

Hésiode raconte qu’il y a 5 âges. L’Age d’or, l’Age d’argent, de bronze, l’Age des héros et enfin l’Age de fer.

Ma première interprétation était que ces âges soient dans une suite, dans une continuité temporelle linéaire Comme l’illustration d’un phénomène d’usure, d’entropie. Du meilleur vers le pire.

Cependant dans cette suite il y a une anomalie. On peut remarquer qu’ils sont nommés par un métal, tous sauf un, l’Age des héros.

Cette anomalie n’a pas cessé d’accaparer mon esprit ces derniers jours. Pourquoi cette interruption soudaine, cet élément étranger dans la suite ?

Comment pourrais-je interpréter ça autrement qu’en y voyant un code, une sorte de message laissé par les anciens.

L’Age des héros qu’a t’il de particulier ? Et bien c’est le seul qui permet vraiment de rejoindre l’Age d’or. Le héros par ses actes héroïques gagne aussitôt le retour aux champs Elyséens.

Et qu’est ce qu’un héros aujourd’hui ? Dans ce que j’imagine être cet Age de fer prédit par le poète.

Il faut s’extraire de la notion raisonnable, de la notion moderne qui croit savoir comme je crois savoir de ce que peut être un héros.

Sortir d’Hollywood, et de toute une littérature aussi.

Revenir aux bases, à l’Illiade et l’Odyssée, à Achille, Hector et Ulysse. A Homère.

Je me suis souvenu de ma fascination enfantine pour L’odyssée. Que d’émotions cette lecture m’aura fait traverser… J’ai ressenti la colère, la rage, l’espoir, la déception, la perte des compagnons, le désir trouble pour Circé, l’amour sage et résigné pour Pénélope au retour à Ithaque… déjà enfant par la seule lecture d’Homère l’essentiel était entré dans mon cœur par le chant du poète et la création de cette merveilleuse histoire dans laquelle les dieux et les hommes sont toujours en relation. Dans laquelle la vie toute entière n’est que cette histoire de relation entre le visible et l’invisible, une histoire qui tient debout, une histoire qui dépasse l’entendement et nous évoque quelque chose d’éternel directement dans le cœur.

Souvent j’ai repensé à cette histoire surtout dans des périodes où comme Ulysse j’étais naufragé et que je devais lutter contre des vents contraires. Elle a été pour moi un modèle pour ne pas sombrer dans le désespoir total définitif. Toutes les ruses D’Ulysse pour parvenir à se tirer d’affaire, à résister et à contrer avec l’aide de divers alliés le grand Zeus m’a donné le schéma de tout ce que peut imaginer la raison, l’intelligence en acceptant justement une alliance avec les daemons et les divinités mineures.

Athéna aide souvent Ulysse, elle ne cesse d’intercéder auprès des autres dieux et même auprès de Zeus pour avoir pitié d’Ulysse. Je l’ai parfois associée à une figure maternelle aimante. Mais elle n’est au bout du compte que cette justesse dont je ne cesse de parler ces derniers temps. Justesse et justice, celle dont nous manquons cruellement aujourd’hui.

Tout est symbole et même ma propre mère confondue soit avec Athéna, ou la justesse par l’insistance suspecte de ses mensonges laissés comme un message codé eux aussi.

Sortir d’Hollywood, sortir de la littérature comme on sort à nouveau du ventre de la société pour respirer à l’air libre en criant un Euréka, un Noel, un Hourra, qu’importe pourvu qu’on puisse expirer tout cet air vicié.

En cherchant la définition du terme d’intrication quantique je suis arrivé sur cette page de wikipédia que je copie colle ici en laissant en place tous les liens.

En mécanique quantique, l’intrication quantique, ou enchevêtrement quantique, est un phénomène dans lequel deux particules (ou groupes de particules) forment un système lié, et présentent des états quantiques dépendant l’un de l’autre quelle que soit la distance qui les sépare. Un tel état est dit « intriqué » ou « enchevêtré », parce qu’il existe des corrélations entre les propriétés physiques observées de ces particules distinctes : cet état semble contredire le principe de localité. Ainsi, deux objets intriqués O1 et O2 ne sont pas indépendants même séparés par une grande distance, et il faut considérer {O1+O2} comme un système unique.

Cette observation est au cœur des discussions philosophiques sur l’interprétation de la mécanique quantique. Elle est, en effet, contraire au principe de réalisme local défini par Albert Einstein.

L’intrication quantique a des applications potentielles dans les domaines de l’information quantique, tels que la cryptographie quantique, la téléportation quantique ou l’ordinateur quantique.

Ce que j’en comprends c’est que tout est liée par un réseau invisible dans l’espace et le temps. Que la moindre influence sur la moindre partie de ce réseau est enregistrée dans l’ensemble de ce réseau au même moment et partout en même temps.

Peut-être suis je un peu fou mais je vois dans cet énoncé une mythologie moderne tout aussi valable que la mythologie grecque. elle est simplement repeinte si je peux dire avec des concepts à la mode.

Cependant qu’on parle bien toujours de la même chose n’est ce pas… on parle toujours de cette interaction entre le visible et l’invisible, on parle de simultanéité, de synchronicité… comme autrefois on nommait les daemons ni plus ni moins. Les mots ainsi peuvent changer mais pas vraiment les idées.

Elle a dit : « Je la connais ta solitude »

Et elle a rit.

J’ai soudain entendu la pluie qui tombait plus drue sur les toiles de tuiles.

Et j’ai compris sans comprendre vraiment

j’ai su que je n’étais qu’un salaud.

« Je la connais ta solitude »

Ce fut l’éveil.

Un ébranlement comme une secousse provenant de l’amertume.

Une cuillère en bois qui touille une soupe

de la forme ferme à la bouillie.

Avec une belle envie de vomir.

Alors j’ai fui , il valait mieux la pluie.

J’ai courru à perdre haleine pour m’échapper

comme on cherche à repousser la fatalité

l’évidence.

Et cette phrase fichée dans mon cœur comme une flèche

blessé à mort j’ai continué.

Illustration : Frida Khalo 1946  » le cerf blessé »

Je t’ai donné

Je t’ai donné le temps et tu en as fait l’oubli.

Je t’ai donné ma joie et tu en as fait le regret

Je t’ai donné mes rêves et tu en as fait une banalité.

Je t’ai donné mes larmes et tu as ri.

je t’ai donné les liens pour m’attacher

j’ai fabriqué la cage et m’y suis enfermé.

En te laissant la clef.

Je t’ai donné le possible tu en as fait l’impossible.

Je t’ai donné la colère tu m’as dit enfantillage

je t’ai donné des coups tu m’as traité de lâche

je t’ai donné toutes mes faiblesses tu en as fait des forces.

je t’ai donné mon cœur tu en as fait un muscle.

je t’ai donné ma rage et tu m’as dit encore

je t’ai donné la guerre tu en as fait la défaite

je t’ai donné mille noms et tu t’es dérobée

je t’ai donné le bruit tu en as fait un chant

je t’ai donné tout ce que je croyais posséder

Et tu m’as dit cela n’est rien.

je t’ai donné l’absence tu en as fait la présence.

je t’ai donné la présence tu en as fait l’absence.

Un jour pourtant tout s’est arrêté

Je ne t’ai plus rien donné et tu m’as dit merci

Et dans ce merci j’ai tout retrouvé

J’ai vu un camion poubelle déverser dans la décharge à ciel ouvert

toutes ces merveilles que je t’avais données

J’ ai vu un tas d’ordures et j’ai pleuré.

Illustration: visage avec des déchets Thomas Deininger

« Quelque chose qui illumine »

Dans la notion du zéro, de cette idée de « repartir de zéro », de cette « pauvreté essentielle » dont parle le poète Georges Chich en prenant appui sur l’idée de visage, d’envisager le monde, il y a dans un même temps et dans un même lieu cette notion de retour et de départ. Et ce point peut-être n’importe où. Là où le désir existe encore. Un point né d’un double désir d’infini. Il peut également s’appuyer sur n’importe quoi comme sur quelque chose.

L’abstraction d’un point qui telle la particule se transforme sous le regard de l’observateur.

Brouhaha et silences sur le tamis de mailles fines de cette abstraction.

Comme les chercheurs d’or ont ce geste d’orienter dans plusieurs directions leur outil, de le secouer afin que l’eau lave la boue et la poussière, que les premières particules d’or scintillent.

Cette vie de chercheur d’or, d’alchimiste vaut mieux que l’or que l’on peut y trouver. Trouver l’or n’est qu’anecdote. Quand le but se dérobe devant le chemin parcouru.

Ce quelque chose qui illumine ce chemin parcouru.

Non pas la nostalgie mais les retrouvailles.

Comme ce grain de poussière qui danse dans le raie de lumière.

Ici la mort et la vie s’étreignent comme deux compagnons.

Est ce un bonjour, un au revoir ?

L’idée du suicide flirte avec tous les désirs de recommencement.

Il y a quelques jours j’ai reçu ce coup de fil. Un de mes amis s’en est allé.

Je pense à lui en écrivant ces textes sur « repartir de zéro ». A la tentation du suicide également.

La liberté d’en finir comme l’ultime secousse de ces poissons soulevés des profondeurs dans la lumière. De ces poissons qui ne comprennent rien à l’oxygène à l’air lorsque on les extirpe de leur milieu habituel.

Cette secousse désespérée portée par l’espoir du retour.

Elan vital qui fait courir le lièvre et s’envoler la perdrix.

Je me sens si proche de cet élan ces derniers jours.

En finir pour s’engouffrer.

Pour s’enterrer le plus profond possible

Disparaitre.

quelle bravoure ou quelle lâcheté impose le simple fait de vivre

avec toujours ce point de bascule, ce point zéro depuis lequel le regard porte

vers les deux infinis.

Toute la difficulté de l’achèvement se relie ainsi à ce quelque chose par la pulsion d’urgence, de précipitation, d’oubli qui s’équilibre avec la lenteur la réflexion la mémoire que diffuse aussi ce point.

Vivre est peut-être que cela.

Trouver cette justesse cet équilibre entre urgence et lenteur, entre bravoure et lâcheté.

Courir vers l’autre, marcher vers l’autre ou le fuir et s’en détacher.

Pour résumer plus bref vivre ce n’est rien d’autre que l’autre. vivre l’autre.

Mourir est revenir à soi.

Revenir à l’océan, au ciel et peut-être qu’à cet instant on l’aperçoit enfin

ce grand serpent qui se mord la queue

L’ouroboros

celui qui se confond avec le dragon et l’aigle.

Toute la multitude de nos cauchemars et de nos rêves

projetée encore une dernière fois

Puis partir pour tout rejoindre de ce que l’on pressent depuis toujours.

La fatigue poussée à ce point ultime de l’être qui ne se résout plus au corps.

A la matière.

Qui cherche à s’en extraire en la rejetant comme un objet inerte, quelque chose d’inutile,

un véhicule bon pour la casse

C’est sans doute cela l’erreur ou le péché, la raison invoquée pour tenter de prémunir

le jusqu’au boutiste de se rendre au bout sur un coup de tête.

Même en réfléchissant profondément mourir n’a pas plus de sens que de vivre

vu par ce prisme.

Et dans ce cas autant vivre. C’est ce que je me suis toujours dit. Je l’ai ainsi échappé belle, de cette échappée belle dont on ne revient pas.

Il y a dans la vie comme dans l’art ce moment précis que l’on sent où le geste devient erreur. Retenir ce geste à temps c’est aussi cela l’art. Un art qui guérit peu à peu l’artiste qui s’y engage mais qui peut aussi le détruire d’un coup à la moindre inadvertance.

Un art qui peut à tous les instants nous échapper comme bon lui semble et qui justement le rend précieux pour cela.

Dans ce quelque chose qui illumine dans cette pauvreté qui éblouit la seule chose sans doute à faire est de s’habituer peu à peu à l’aveuglement pour parvenir à voir.

Non pas voir pour posséder pour s’emparer.

Voir comme le peintre, de petits coups d’œil pour estimer

la valeur

la proportion

la profondeur

Et toute l’illusion que cela peut produire sous le pinceau.

Illustration : Zoran Music peinture.

Absence

Sans appendre il sait, sans regarder, il voit ; sans agir il accomplit, sans s’y appliquer, il discerne. C’est sur impulsion qu’il répond, sollicité qu’il se meut. C’est sans vouloir qu’il va, comme brille la lumière, comme se propage une lueur…

( Huainanzi, Taoisme
chap.7, trad. I. Robinet, 1996, p.185)

Repartir de zéro, à zéro, la valeur introductive de la préposition signifie ce matin quelque chose qui illumine en creux. Un soleil noir. Le zéro est ce point qui saute par dessus lui même pour s’engouffrer dans le sidéral, l’intersidéral, et le frottement produit l’énergie, l’énergie sexuelle.

Puis le vaisseau disparaît, plus de résistance, plus d’opposé, plus de friction

ni de caresses ni de baisers

juste cette énergie

Délivrée.

Paul Claudel ne voulait pas se masturber tellement il révérait cette semence et ne voulait rien gâcher.

Comme certains hindous l’expérimentent en utilisant le terme de Kundalini. Cette énergie ne pourrait se dissiper à la légère.

D’autres parleront de « chevaucher le dragon ».

Fondation de toute religion, de toute société, l’utilité à nouveau, la préciosité, la valeur.

Ce qui fonde est aussi le secret.

Le tabou.

Le capital de nos bourses

En tête cette obsession transmutée à force de vouloir tordre le cou aux serpents.

Saint Georges à Saint Michel jusqu’à Jean Chrysostome et ses paroles d’or.

Transmutation du vil en or.

Tout cela encore dans la pensée incessante.

Et puis soudain l’absence.

Entre les jambes

Celles des femmes

celles de l’homme

mortier et pilon

un passage

pas sage

Au travers les amants s’engouffrent et disparaissent

dans l’unité du jouir

encore cette énergie qui propulse

hors de soi.

La maîtrise peut aussi s’apprendre

retenir la sève des tiges de jade permet la double générosité du jouir de l’autre

Le sexe chemin au travers des postions

un yoga

un cartographie dont le corps se souvient en retrouvant le repos

non le sommeil dans lequel on se jette fourbu.

Le repos comme reposé, comme un oiseau qui se repose de branche en branche

sans dormir.

Ou une présence pesante s’absente

Dans ce lieu d’absence total

Les gros et les maigres

les beaux et les laids

les intelligents et les idiots

les hommes et les femmes

tout à disparu.

Toute la dualité s’évade dans cette béance

L’origine du monde de Courbet c’est aussi cela cette notion de face à face.

En finir avec toutes les enculades

celles surtout qui sont menées pour avilir dominer l’autre

celles que l’on s’inflige soi même par l’entremise d’une fiction

de cette fiction qu’est l’autre

La femme se retourne et s’offre, traversée des impudeurs

comme on remonte ce long fleuve

le Styx et le Léthée.

Pour tout oublier

de ce que nous appelons présence.

De ce masque de présence

comme de ce masque d’abscence.

Repartir de zéro pour voir ça

le grand ça et s’y enfouir

ne plus être ici ou là

nulle part et partout

tout à la fois.

L’égo gonfle alors

un crapaud qui fume

et explose comme il se doit

dans les jeux d’enfants.

des jeux d’enfants

des jeux d’enfants.

Marcher sur le bord du monde

Il y a cette périphérie que l’on s’invente en premier lieu. Le seul possible. Le bord du monde. Je l’ai vue elle se recrée à chaque instant. Dans le bassin du jardin du Luxembourg, tous les petits déchets, bâtons de glace et emballage de bonbons, bouton de fleurs et mouches mortes. Un tourbillon invisible les évacue sur les bords en les classant par poids souvent, par nature dans l’œil surpris par ces déductions fantasques.

Cet œil qui ne cesse lui aussi de voir depuis le bord du monde.

Un second lieu, la cervelle décortique comme un insecte qui nettoie ses mandibules avant de hacher menue la fibre gorgée de chlorophylle. U n ciboulot américain mâchant son chewing gum avant de le coller sous la semelle d’un passant lorsque toute trace de gout a disparu.

L’image tremblote le gout n’est que souvenance.

Et pourtant c’est ainsi qu’apparait le troisième lieu

Depuis le bord du monde

On aperçoit peu à peu le centre

le cœur

Chaque pulsation de celui ci crée le tourbillon

toute l’illusion probablement

Et, si l’on continue encore s’impose alors

le quatrième et dernier lieu.

Celui dont on ne peut parler

Celui qui doit rester scellé

Comme le prochain tableau à venir.