Retour à l’enfance

Patrick Blanchon Peintures enfantines, photo DKret

Un jour que j’en avais par dessus la tête, que je piétinais, que je faisais des bonds, que je m’allongeais des heures sur mon lit à écouter ma respiration, un jour donc je me suis lever et je me suis dit :  » bon ça va merde je reviens en enfance ! »

alors j’ai virer toute la paperasse qui traînait sur la table ronde de la chambre, j’ai tout enfoncer d’un grand coup de talon dans un carton.

J’ai scotché, plutôt 5 fois qu’une pour être bien sûr.

Et je me suis étiré en baillant un bon coup.

C’est à ce moment que je me suis mis à dessiner et à peindre comme un enfant à la gouache sur de petites feuilles de papier bon marché.

Ce fut une révélation vraiment, toutes ces lignes maladroites, ces erreurs, ces pâtés quelle jouissance ! C’était juste pour moi, pour m’amuser comme un enfant.

Chaque fois que je terminais une de ces petites peintures je les déposais sur le rebord de la cheminée de ma chambre d’hôtel et je m’asseyais devant pour les regarder.

Je me souviens que j’avais pris comme idée de départ le joueur de flûte de Hamelin .. allez savoir pourquoi.. en tous cas ça a fonctionné

j’ai tenté plusieurs techniques différentes gouache, aquarelle, acrylique, toujours comme un gamin jusqu’à peindre même avec les doigts. Des dizaines de petits tableaux en quelques journées.

C’était juste à un moment où l’écriture m’avait tellement terrassé que je n’en pouvais plus de voir le monde au travers de son filtre.

Le retour à l’enfance par la peinture m’a lavé de quelque chose de mortifère , peut être d’une adolescence qui n’en finissait pas se s’achever.

Evidemment j’ai tout égaré de ces dessins et peinture dans mes multiples déménagement, on avance à condition de rester léger.

Une chose me stupéfie encore quand j’y repense : pourquoi avoir choisi ce thème du joueur de flûte de Hamelin …? Je n’en sais toujours fichtre rien et au fond peu importe.

Et vous savez quoi ? en voulant retrouver le livre je vais sur google et je ne trouve pas meme pas en vente chez Amazone.. bizarre non ?

Patrick Blanchon Peintures enfantines 1985 Photo DKret

PS: Peu après le publication de ce petit article j’ai reçu dans ma boite mail un ensemble de photographies envoyé par un ami qui, par chance avait conservé celles de cette époque. Un grand merci à D. !

Le revers

Il y aurait un endroit où le revers serait annoncé par un ensemble de fifres,de hautbois et de couverts dominicaux.

Le vin coulerait à flots dans des coupes adamantines, en l’honneur du Hérault,des pages et des gueux qui l’accompagnent.

Car le revers a tant de choses à dire qu’il se présente non glorieux mais un tantinet buté de prime abord.

C’est bien la l’unique raison de le fêter comme on cognerait sur une viande pour l’attendrir.

Ainsi, enivré par la louange et la douceur,se mettrait il à table.

Confiant de par l’attention que lui prêteraient les convives, il sortirait de sa poche le butin de sa quête. C’est bien connu que chaque revers se doit de nous montrer à son retour ce qu’il n’a pas atteint.

Tout le monde ouvrirait alors de grands yeux et évidemment le rien deviendrait pour chacun un quelque chose à sa mesure.

C’est là le génie de tout revers de nous apprendre le plan de table de l’Hôte qui nous convie à écrire ou lire ces quelques lignes.

Survivre, s’organiser


Messieurs, nous établirons un impôt de dix pour cent sur la propriété, un autre sur le commerce et l’industrie, et un troisième sur les mariages …

https://peter318.wordpress.com/2012/12/10/le-pere-ubu/

Quelle différence pour un artiste que de survivre ou s’organiser ?

Et bien pour résumer c’est de passer en gros du père Ubu à la mise au point.

Le point sur le I la barre au T.

On peut se lamenter sur son sort toute une vie en implorant tout un tas d’excuses mais ce ne sont que des fuites en avant, des billevesées adolescentes, d’une certain façon hormis les coups durs c’est ce que j’appelle survivre.  et même si c’est bien romantique voir complètement con attention je n’ai pas dis que ces deux mots étaient synonymes:  la vérité est tout autre. 

Si tant est je vous le rappelle que ce n’est que la mienne « cette vérité « et encore il se peut qu’elle change comme bien des vérités avec le temps.

Mais point de blabla.

S’organiser pour moi  c’est devenir encore plus  responsable de mon  activité d’artiste.

c’est tenter des choses, les analyser, et les laisser tomber si ça ne fonctionne pas.C’est avant tout être créatif non ? Alors  Si ça ne se vend pas c’est que c’est soit mauvais, soit on s’y prend mal pour le vendre. Et plus j’avance je dirais que même le « mauvais » peut se vendre très bien si l’on sait s’y prendre.

Ne reste donc plus qu’une solution apprendre à vendre. Ce que je ne sais pas faire je vous l’avoue. Et en plus comme je me connais je n’aimerais en plus pas vendre comme tout le monde alors il faut bien que je trouve mes propres solutions.

Donc j’aimerais construire avec vous cette idée si vous l’accepter bien entendu en commençant pas vous demander pourquoi vous suivez ma page.

Ainsi je pourrai mieux comprendre qui vous êtes, ce qui vous attire chez moi , je veux parler de mes publications, pas de ma personne quoique allez savoir , ça peut toujours servir …

Sérieusement, le but est  de mieux vous comprendre non pour changer ma manière de peindre mais pour me dire : « tiens j’ai des personnes qui s’intéressent à mon travail à mes écrits autour de la peinture, de la vie, (pour moi c’est synonyme.) alors essayons de mieux nous connaitre. »

Comme je suis très nul dans les manipulations informatiques je vous laisse mon email en bas de page et ainsi vous aurez tout loisir de répondre à ce petit mot. je vous le dis : ça reste open.

J’ai longtemps été contre les réseaux sociaux car je les trouvais superficiels et leur contenu navrant la plupart du temps. Mais au travers des quelques échanges que j’ai pu glaner ici et là je m’aperçois que bon nombre de personnes peuvent être riches en idées, en générosité, en savoir être et en savoir vivre et c’est surtout ceux là que je désire connaitre et dont je souhaite recueillir l’opinion.

Mon analyse après quelques mois et que je m’aperçois que je pourrai passer mon temps à poster dans le vide de longues journées en vain. Ceci au détriment de cette organisation dont je parle plus haut.

Alors je lance cette bouteille à l’eau. Et j’espère qu’un bateau passera et que toi qui lit ses lignes tu seras dans ce bateau.

Qui es tu ? Qu’est ce qui te plait sur ma page ?  sur mon blog ou ne te plait pas pourquoi pas ?

Merci de me laisser éventuellement ton age ta profession, afin que je te range dans quelques cases mais pas pour te sonder juste pour mieux te définir promis et imaginer un contenu qui pourrait mieux t’intéresser.

Ne réponds pas dans ce post mais envoie moi un mail 😉

patrick.blanchon@gmail.com

tu  peux  toujours aussi aller voir mon travail sur mon site

https://patrickblanchon.com

Mes textes sur

 https://peinturechamanique.blog/blog/

si c’est trop long d’écrire un mail à la rigueur tu peux m’envoyer un message par ma page FB.. mais bon je réponds pas toute la journée, je te rappelle que je suis un artiste et que je bosse alors il faudra être patient pour la réponse.

https://www.facebook.com/patrickblanchon38550/

Épuiser, juguler

De la toile, du pinceau , de la peinture, du peintre,parmi ces quatre éléments lequel pourrait évoquer au plus prés  l’idée   du cheval sauvage  qu’il s’agit de dresser afin de pouvoir le monter et le diriger ? 

Faut il l’épuiser ou au contraire le juguler? 

Evidemment il s’agit d’une métaphore de la pulsion. Ces pulsions qui se situent  dans le niveau basique de tout à chacun et que la famille, l’école,la religion,  puis plus tard l’entreprise et enfin le gouvernement tentent en vain sinon de contrôler au moins de juguler pour que le « savoir vivre » n’en pâtisse pas, entendez par là qu’on ne se trucide pas à tous les coins de rue et surtout pour que la  fédération des diverses entités concernées, c’est à dire nous tous puissions  perpétuer l’espèce, le modèle économique, politique choisis  ou bien  le tout simultanément.

Or l’histoire montre bien que ça ne fonctionne pas. Toute société rangeant soigneusement sur le bas côté tous les phénomènes périphériques embarrassants dans un premier temps. 

C’est ainsi que les forgerons sont  renvoyés dans les banlieues des villages  accusés de tripoter dangereusement les métaux, rejetons forcément maléfiques  de la Terre sacrée.

C’est ainsi que l’on se met à pendre, brûler, écarteler aussi les druides, les sorcières, conspuer les protestants, cracher sur les catholiques,les juifs, et j’en passe, ou encore, rassembler par quartier certaines catégories de populations afin de mieux savoir où elles sont, les rassembler, les classer, comme les fous dans les hôpitaux, les gay dans le marais parisien avec les juifs tiens pourquoi pas ?les ouvriers dans les banlieues, et les immigrés avec, histoire de faire en outre quelques économies. 

Le premier niveau donc de l’évolution d’une personne comme d’une société est celui ou l’on s’occupe de satisfaire ses pulsions ou bien de les faire taire. afin de maintenir l’équilibre écologique de l’ensemble.

Ainsi l’aspect dualiste « épuiser, juguler » prend ici tout son sens. En utilisant la magie des vases communicants on crée des zones commerciales immenses comme on plante une ou deux mosquées, une synagogue, quelques temples protestants, deux ou trois bibliothèques, et bien sur quelques bordels en croisant les doigts pour que tout se passe au mieux et que l’on puisse continuer à marcher tranquillement dans les rues.

Tant que personne ne s’en aperçoit cela peut fonctionner. Cependant il arrive toujours que quelqu’un s’interroge sur le bien fondé d’un tel montage et, soit on lui permet de s’exprimer dans une tribune soit on se dépêche de le mettre à l’écart soit par le ridicule, le scandale, soit carrément en l’enfermant.

La récupération des phénomènes border line fait partie du jeu. Mais quand le « border line »devient la majorité cela signifie que la famille ne fonctionne plus, l’école non plus , la religion non plus, l’entreprise non plus , et le gouvernement non plus.

C’est ainsi que revient ainsi cycliquement la fin d’un monde. 

Pour revenir à la métaphore de la pulsion et du cheval dont je parlais en haut de cet article jusqu’à présent le conditionnement est le moyen de régler la réaction anarchique de la pulsion. anarchique car incontrôlable, improductive voire stérile suivant les point de vue.

Dans le domaine équestre ce conditionnement que l’on appelle aussi « processus d’apprentissage » peut être appréhendé de deux façons, la positive et on parle alors de renforcement positif  ou la négative qui devient le renforcement négatif 

On aura comprit que ces deux méthodes dépendent plus du point de vue du dresseur que du cheval évidemment qui lui de toutes façons traduit cela en confort et inconfort et en réactions attendues de sa part dans les deux cas.

Cependant il ne faut quand même pas prendre les chevaux pour des cons. Il arrive que ceux ci de façon inattendue sache lire le langage corporel du dresseur et de ce fait lui donne le résultat attendu avant même que la longère ou la voix lui indique ce qu’il doit faire. 

Ici c’est un cheval sympa dont je vous parle. Mais imaginons un peuple entier qui regarde la télévision lors d’une allocution présidentielle et qui ressent plus qu’il ne comprend que le langage corporel de celui ci est complètement en contradiction avec ce qu’il dit … 

Quand le peuple ne sait plus comment réagir à un conditionnement c’est que le conditionnement ne fonctionne plus. Et cela ne sert à rien de tricher.

En peinture c’est un peu la même chose pour revenir quand même à la thématique de mon blog. Quand on a terminé de traverser tous les conditionnements proposés par l’apprentissage académique, quand on a proposé ses toiles à la vente et qu’on a compris qu’elles ne se vendait pas bien voir pas du tout on a le choix :

Soit continuer à faire ce que l’on croit soit faire ce que les gens veulent 

Dans le premier cas le peintre fabrique lui même son conditionnement par l’entremise de rituels  ou pas , dans l’autre cas il subit le conditionnement des galeries ou du public. 

Cependant il est possible à un moment que cette fameuse pulsion créative lui propose un nouveau chemin: comme par exemple  juste de s’asseoir un instant et de prendre le temps d’écouter en lui  comme un chant profond de la terre et du ciel réunis sur sa toile.

 

 

Les oiseaux du lac de Stymphale

Eurysthée, roi de l’Argolide demande à Hercule de détruire les oiseaux du lac de Stymphale qui sont décris comme étant cruels et se nourrissant de chair humaine.

En fait de lac il s’agirait plutôt d’un marais à proximité de celui ci qui rend la progression d’Hercule quasiment impossible. Il tente bien de décocher quelques flèches mais cela provoque la fuite des volatiles et Hercule dépité implore alors Minerve pour l’aider. La déesse compatissante fait alors jaillir deux cymbales (probablement en cuivre) qui s’entrechoquent et provoque un tel coup de tonnerre sonore qu’il fait s’élever des fourrés tous les oiseaux. Hercule n’a plus qu’à décocher ses flèches mortelles pour débarrasser le lac et son marais du fléau .

Bien évidemment il s’agit d’un récit à plusieurs couches de compréhension les travaux d’Hercule étant  l’illustration d’une initiation alchimique.

Il s’agit dans ce cas d’une épuration que l’on ne peut effectuer sans la présence de Minerve qui représente à la fois la guerre mais aussi la sagesse l’intelligence et l’industrie  qui trouve l’étrange astuce de faire apparaître   ces cymbales. Or ces cymbales sont constituées de cuivre qui est aussi le métal symbolisant Vénus. Autrement dit pour chasser nos idées noires l’intelligence et la sagesse proposent que celles ci soient effrayées  par le bruit que produit l’amour. 

Vincent mon ami si tu avais pris connaissance de cette histoire et imploré Minerve en temps voulu peut-être n’aurais tu pas été aussi célèbre que tu l’es désormais presque comme Hercule.

Et en même temps le plomb que tu as choisi pour mettre fin aux idées noires s’est bel et bien transformé en or malgré toi.

Tous ces corbeaux qui jaillissent du blé dont ils ont fait leur territoire comme un marais, celui des oiseaux du lac de Stymphale.

S’émerveiller

S’émerveiller de la peinture de Sarah mon élève de 11 ans 

Dans notre prison matérielle ici-bas nous possédons une clef magique qui pourrait ouvrir de nombreuses portes et que nous enfouissons trop souvent dans la routine quotidienne. Cette clef c’est la capacité d’émerveillement.

A fréquenter les enfants des  ateliers d’arts plastiques et de peinture cette capacité à  m’émerveiller de leurs œuvres m’est devenue peu à peu comme une respiration nécessaire. Que serais je seul dans mon atelier tournant en rond autour de mes rectangles et carrés si je n’avais en provision d’âme et de cœur ces courts instants hebdomadaires ?

Quelle chance de percevoir l’esprit libre, spontané, frondeur et candide de ces gamins qui me bouleverse tant !

et me laisse suspendu entre rire et larme 

Je songeais à cela en rentrant hier soir. ces quelques braises d’émerveillement encore chaudes me réconfortant du froid de novembre.

 Le tronçon de la nationale 7 que j’emprunte   traverse de lugubres villages dortoirs. et même encore tôt dans la soirée, ici,  plus que de  rares fenêtres encore allumées. Vous verrez encore  la carotte rougeâtre d’un bar tabac, un ou deux panneaux lumineux vantant une promotion sur le bricolage et c’est à peu près tout.

Je cheminais comme ça tout à cette pensée sur le merveilleux et me rappelais  comment j’adorais enfant les contes, les légendes et combien j’en dévorais le soir sous ma couette. Merveilleux et effroi  souvent mêlés car c’est par magie que je  pouvais m’extraire du pire et le pire alors m’était familier.

D’une sensibilité extrême alliée à une timidité maladive ma relation au monde en général et à mes proches en particulier se transformait assez souvent en calvaire et je n’avais guère d’autre issue que d’inventer un monde parallèle bien plus beau que celui qui m’entourait si horrifiquement  vrai.

En fait ce monde que j’envisageais  dangereux ne l’était guère que dans mes pensées, mon interprétation enfantine j’avais  besoin de ce pire comme d’un père  pour m’aider à construire mon merveilleux.

Tout à coup me revient en mémoire une des réponses concernant l’existence de Dieu que fit Maître Eckhart  à ses pairs dubitatifs concernant sa légitimité sacerdotale.

« J’étais avec Dieu dès son origine … » Ce qui revient à penser qu’il était bel et bien là avant la séparation de la lumière d’avec les ténèbres et qu’il poussa lui aussi un Wouah d’émerveillement balayant  toute thèse possible sur le narcissisme divin. Quand on lit que Dieu dit c’est vachement bien ce que j’ai fait là comprenez « Wouah » ça vous fera traverser une bonne épaisseur de mauvaises traductions.

Je me dis aujourd’hui qu’enfant j’exagérais ce que je considérais terrible. Le doute alors me fait vaciller de chagrin : peut-être ai je mal compris les terribles trempes que je recevais , les coups de poings, les coups de pied, les heures passées enfermé dans la cave, les brimades et l’humiliation, les « tu as le diable dans la peau » et les « tu n’es qu’un bon à rien « .

Dans le fond en fait non je n’ai rien exagéré de ce que j’ai vécu. S’il est possible que j’ai eu à visiter des enfers c’est bien au fond de ceux-ci que j’ai trouvé la lumière et cette obligation de m’émerveiller d’un rien. C’était mes cartes, ma boussole n’était pas tant  la colère que  la volonté, la nécessité  de comprendre.

Je ne suis qu’un grain de grenade parmi tant d’autres au fond de cette pomme mal traduite que le pauvre Adam croqua.

Sans doute mon travail de peintre aura-t’il été porté par cette volonté de comprendre, de « prendre avec » en considérant le chaos que je voyais s’étendre sur la toile comme une équation à résoudre. Si mon existence  et le monde ne faisait qu’un il me manquait alors un inconnu.

Jusqu’à ce que je découvre le pardon non pas pour pardonner vulgairement, mais pour donner cette part que je ne parviens pas à résoudre à l’Esprit afin qu’il m’en débarrasse qu’elle ne m’envahisse plus ni ne me terrasse.

Alors une autre sorte d’émerveillement, comme raffiné par  le renoncement, l’abandon, le dépouillement  est arrivé. Et comme des amis oubliés:  le vent, la pluie le chaud et le froid le lourd et le léger ont resurgi neufs et familiers tout en même temps. ( « Wouah! »)

Il y a un je ne sais quoi de testamentaire en ce moment dans mes écrits et je m’en rend compte au fur et à mesure que les mots et les pensées s’emboîtent les uns les autres. Chaque automne l’idée de la mort me revient de plein fouet comme un coup de martinet et me rappelle ma finitude à venir. Peut-être aussi la mort n’est t’elle qu’un passage, une transformation, et que nous la vivons sans nous en rendre bien compte tout au long des divers changements de notre vie.

Ma peinture s’en ressent qui voudrait que je m’écarte de l’anecdote, du fleuve et de tous ses affluents et confluents pour rejoindre l’immensité de l’océan. Comme un gamin qui joue  dans la gadoue et découvre dans l’écume  et les baves de la boue des lueurs intersidérales; je peins comme j’imagine que l’on meurt dans un dernier souffle, l’expiration d’un air trop longtemps contenu dans des poumons physiques comme spirituels et qui n’en finit pas de s’échapper.

Et puis ce qui est merveilleux, c’est que le lendemain jusqu’à nouvel ordre tout recommence à nouveau, une ou deux pirouettes, une grande roue, un salto et on poursuit son chemin.

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Une histoire banale

C’est l’écrivain Robert Graves qui la raconte dans son magnifique travail sur la mythologie grecque lorsqu’il évoque une des multiples visions cosmogoniques  des anciens. 

La déesse Eurynome dansait sur l’eau et s’ennuyait lorsqu’elle fit la rencontre du vent Borée qui pour l’occuper la féconda.

Amoureux le couple voulant encore profiter du bon temps confièrent le fruit de leurs ébats, un « oeuf »,au serpent Ophion qui n’avait pas grand chose d’autre à faire.

Or Ophion trés fier de son nouvel emploi clama un peu partout qu’il en était l’auteur, ce qui ne plut guère à la déesse qui dans un même temps récupéra son oeuf et décocha un coup de talon dans la machoire du reptile dépité.

D’après les notes de bas de page  de Robert Graves ce coup de pied et les dents perdues du pauvre Ophion seraient à l’origine des Iles Cyclades.

Cette histoire de confiance et d’usurpation d’identité est bien banale je vous avais averti.

Cependant il y a de l’or dans toute banalité, il faut la chauffer un peu pour s’en rendre compte.

Lorsque dans les années 60 naît le pop art impulsé en Angleterre par 
Richard Hamilton et d’Eduardo Paolozzi (milieu des années 50) , et parvient outre atlantique le grand public ne retiendra que le nom d’Andy Warhol.

Mais qui connait en Allemagne Gerhard Richter ? Hormis les initiés assez peu de personnes connaissent son travail sur la banalité des photos de famille qui est considéré comme le pendant du pop art Allemand

Cette banalité pour Richter lui servit de matière pour créer une série d’œuvres  en noir et blanc d’après des photographies mal cadrées mal exposées , bref des photos qu’on dirait ratées.

Ce que le commun nomme « banal » pour l’artiste était une mine d’or de réflexions sur un paradigme qui lui est cher : l’importance de l’aléa, du hasard dans l’élaboration de son oeuvre.

En prenant appui sur ces clichés en noir et blanc et les reproduisant à la perfection en peinture ,s’opère une disparition celle de Gerhard Richter lui même. Ainsi par la reproduction tout en même temps servile et magistrale d’un cliché le peintre parvient-il à s’émanciper de la toile complètement face à un  spectateur éprouvant alors le même malaise que  devant une photographie pourrie et surtout anonyme.

Et encore  je retiens particulièrement une citation de cet artiste :

« j’ai une santé moyenne, une taille moyenne (1,72 m), je suis moyennement beau. Si j’évoque ceci, c’est parce qu’il faut avoir ces qualités pour pouvoir peindre de bons tableaux. »

Pour un artiste qui est l’un des plus côté du monde, cela fait réfléchir et je me suis dit qu’il avait peut-être lu Robert Graves et l’histoire d’Eurynome et d’Ophion. On lui avait confié un oeuf mais il ne la ramenait pas.

Épurer

Apres les couleurs vives la naissance des gris et des lumières.

Comment retirer non pas le bon grain de l’ivraie, le bon du mauvais, le trop lourd du  trop léger, le trop vif du trop  terne mais le plus harmonieux de l’harmonieux. Comment trouver l’essence ?

C’est une question majeure pour moi et j’avoue me laisser déborder encore souvent par les couples dualistes que j’évoque plus haut.

S’il est vrai qu’il faille choisir, extraire, séparer, décider je me rend compte au fur et à mesure de mon chemin que je ne suis pas seul à le faire. Si la peinture était une prière adressée à l’univers quel serait le but de cette prière sinon de constater la perfection de celui ci et lui rendre hommage.

Ainsi tout au long de ces voyages, de ces traversées de rectangles et de carrés ai je bourlingué, essuyant à peu près toutes les météos externes et internes. 

Avec le temps j’ai l’impression de me dépouiller comme un oignon de ses multiples peaux.Un rêve de germe éclate lentement et atterri sur mes toiles et les vide elles aussi de toute contingence d’anecdote, d’un superflu qui hier encore m’apparaissait essentiel.

D’ailleurs dans chaque toile désormais c’est la réalisation de mon parcours d’homme que je retrouve:

le côté  » j’m’en fouriste » de ma jeunesse sans lequel aucune toile ne  peut commencer . Cette immense liberté que l’on sent sourdre en soi à 20 ans je la retrouve dans les gestes sans hésitation sans obstacle. Tout ne serait il pas possible au début ? Puis viennent les doutes, le diable mon ami et saint Antoine mon frère.

Bien sur que oui  tout est possible mais une histoire ne se suffit pas d’un bon début, il lui faut du corps du coeur et un peu de tête aussi. Je peine encore bien sur sur la tête, et parfois aussi sur le coeur certains jour de blues.

Dans ces moments maussades je suis bien un homme comme tous les autres, un homme au travail débarrassé de toutes mes impostures et j’en tire une joie profonde qui m’aide à passer les caps. Car c’est aussi dans le maussade, le vilain temps, peut-être surtout là que se jouent les choix, comme les désirs d’épure entre harmonieux et harmonie.

La grâce ne suffit pas

 

exil des dieux

 

Aucun tableau ne tombe du ciel et il y a fort à parier que ça n’arrivera jamais.

Quand je traverse la cour pour me rendre à l’atelier c’est mon sas, j’abandonne l’inutile, le superflu, je fais le vide. Parfois je dois m’asseoir un peu sur le banc tant ces choses s’agrippent. J’allume une cigarette, je regarde le ciel, un oiseau passe et c’est ok l’essentiel me revient. Ce coté éphémère de la vie, du monde j’en ai besoin pour ouvrir la porte.

M’y voici devant la grande table encombrée de pots de couleurs, de pinceaux , le long des murs en attente les tableaux commencés . Je ferme les yeux et les ré ouvre pour mieux les voir.

Nettoyer le regard encore et encore comme si ce n’était pas moi qui avait peint tout cela mais un autre, disons un ami pour qui je resterais bienveillant mais sans grande indulgence tout de même.

C’est que la nécessité de lumière prime. Un tableau qui n’éclaire pas est un tableau qui ne vaut rien. Alors l’indulgence n’a pas grand chose à voir avec la lumière dans ce cas là .
Quand rien ne me parle rien ne m’appelle quand je ne sais plus quoi faire c’est le prémisse ! cet ennui particulier qui me tombe dessus je sais que c’est la bonne voie. Pas d’autre chose à faire alors que de prendre une toile au hasard et de m’y mettre, sans préférence
juste parce qu’il faut je sois là et elle la toile ici .
Le plaisir physique vient , sortir la pâte des tubes, touiller, mélanger, à gratter la palette la main revit, l’oreille aussi en écoutant le son des pinceaux des couteaux et du lin qui répond, l’œil en dernier s’éveille comme si tous les autres sens s’écartaient pour le laisser avancer jusqu’à la surface de la toile. L’oeil et le coeur liés contractuellement par ce besoin quasi mystique de luminescence.

Et en fait peu importe ce qui se peint, nature morte, paysage, visage, abstraction ou figuration tout n’est que prétexte, échafaudage, piège pour parvenir à capter cette lumière interne provenant du tableau.

Il paraît que les nonnes qui s’enferment au Carmel doivent rencontrer l’ennui pour que la « gràce « leur tombe dessus.

Moi j’ai trouvé la peinture et mon atelier est sans doute mon Carmel personnel, quant à la grâce elle tombe c’est sûr de temps en temps mais avec l’habitude on s’aperçoit que même la grâce ça ne suffit pas.

Créativité et Serendipité

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Lorsque l’on parle des  » créatifs », à quoi pense tu immédiatement ? Est ce que tu n’es pas en train de penser à ces personnes stressées qui boivent des litres de  café, fument comme des pompiers, s’agitent dans tous les sens de façon apparemment désordonnées?

Tu les vois peut-être aussi se prélasser sur un divan pendant des heures en ayant l’impression qu’ils ne fichent rien ?

Ou alors tu as des images de grandes salles open space avec des types qui jouent au baby pendant que d’autres ont la tête dans leur écran les yeux explosés et une barbe de 3 jours?

Voilà quelques clichés concernant la créativité.

Quand à la définition que donne par exemple Wikipédia :

« La créativité décrit — de façon générale — la capacité d’un individu ou d’un groupe à imaginer ou construire et mettre en œuvre un concept neuf, un objet nouveau ou à découvrir une solution originale à un problème.

Elle peut être plus précisément définie comme « un processus psychologique ou psycho-sociologique par lequel un individu ou un groupe d’individus témoigne [d’imagination et] d’originalité dans la manière d’associer des choses, des idées, des situations et, par la publication du résultat concret de ce processus, change, modifie ou transforme la perception, l’usage ou la matérialité auprès d’un public donné[réf. nécessaire]. » Elle croise notamment la créativité individuelle avec la sérendipité ; l’aptitude à utiliser des éléments trouvés alors qu’on cherchait autre chose.

Opérationnellement, la créativité d’un individu ou d’un groupe est sa capacité à imaginer et produire (généralement sur commande en un court laps de temps ou dans des délais donnés), une grande quantité de solutions, d’idées ou de concepts permettant de réaliser de façon efficace puis efficiente et plus ou moins inattendue un effet ou une action donnée… »

La créativité, tu l’as compris, doit avoir un but !

Et c’est là que l’on peut discuter des raisons pour lesquelles tu hésites à peindre par exemple car tu te demandes aussitôt dans quel but ?

Est ce que c’est parce que ça te détend de peindre ?

Est ce que tu penses que tu as du talent et que tu vas pouvoir vendre des tableaux ?

Est ce que tu as parié avec toi-même que tu étais capable de réaliser des tableaux ?

Est ce que tu crois que tu es un génie et qu’il faut quand même que tu offres au monde quelques preuves de celui ci ?

Et du coup je peux te poser une question ?

Et si la créativité était une fonction naturelle que l’on retrouve aussi bien chez l’être humain, la plante et l’animal ?

Et si la créativité c’était l’art de jouer avec les circonstances de la vie ?

Et si en peinture il suffisait d’oser faire confiance à sa main et à ses yeux pour être créatif ?

La sérendipité  toujours d’après Wikipédia :

« La sérendipité est le fait de réaliser une découverte scientifique ou une invention technique de façon inattendue à la suite d’un concours de circonstances fortuit et très souvent dans le cadre d’une recherche concernant un autre sujet. La sérendipité est le fait de « trouver autre chose que ce que l’on cherchait », comme Christophe Colomb cherchant la route de l’Ouest vers les Indes, et découvrant un continent inconnu des Européens. Selon la définition de Sylvie Catellin, c’est « l’art de prêter attention à ce qui surprend et d’en imaginer une interprétation pertinente »1.

En France, le concept de sérendipité adopté dans les années 19802, prend parfois un sens très large de « rôle du hasard dans les découvertes3 »Alain Peyrefitte avait fait un usage sans rapport du conte oriental Voyages et aventures des trois princes de Serendip de Louis de Mailly en 1976, dans Le Mal français. Sa généralisation a fait l’objet de remises en cause, le hasard intervenant toujours, par définition, dans une découverte ou une invention. On ne peut connaître que ce qui existe déjà, et le sentiment à la vue d’une chose nouvelle se confond aisément avec la surprise d’un événement fortuit. D’un autre côté, on ne trouve jamais que ce qu’on est préparé à voir.

Parmi les nombreux exemples de découvertes et inventions liées au hasard, figurent notamment le four à micro-ondes, la pénicilline, la dynamite, le Post-it, le Téflon, l’aspartame, le Viagra, ou encore le super-amas galactique Laniakea.

L’existence de la sérendipité est un argument fréquent dans le débat public pour défendre des options d’organisations interdisciplinaires contre la tendance à la spécialisation croissante des champs qui résulte de l’approfondissement des recherches. Cet argument se trouve particulièrement à propos de l’organisation de la recherche4″

Alors pourquoi je te parle de sérendipité ?

Si tu débutes en peinture tu vas trouver que ce que tu fais est souvent moche et bon à jeter à la poubelle … parce que tu te compares à des tableaux connus. Si tu faisais abstraction de ce que tu connais tu verrais ton travail complètement différemment.

Ensuite il faudra affronter le regard des autres mais maintenant, tu connais la musique, c’est pas bien grave n’est ce pas …?