L’art et l’artifice.

« Femme nous n’avons pas encore atteint le terme de nos épreuves. Il reste encore à venir un labeur infini, multiple et difficile et qu’il me faut accomplir tout entier »

C’est en ces mots qu’Ulysse prévient Pénélope de son ultime voyage pour accomplir jusqu’au bout son destin comme lui a prédit la prophétie de Tirésias.

Peut-être qu’ainsi comme dans nos séries modernes cet ultime cliffhanger annonçait une suite à l’Odyssée par l’artifice d’une promesse, l’évocation d’une aventure à venir, d’une prophétie. Raison tout à fait raisonnable, naturelle vis à vis de la logique de l’histoire et de la mentalité des lecteurs du temps d’Homère, mais artifice tout de même.

Ce qui entraine cette question de l’artifice vis à vis de l’art.

Généralement le problème de l’artifice c’est qu’il est soit tout bon soit tout mauvais. Il est extrêmement bon lorsqu’on ne le détecte pas, lorsqu’il s’approche à un point tel du naturel qu’il est impossible pour un œil non exercé de le découvrir. Et bien sur quand il est nul il nous saute au visage et entraine une série de réactions multiples comme le rire, le déni, la protestation et bien d’autres choses encore.

Est ce que l’art n’est qu’artifice ? Car si bien crée qu’il soit cet artifice il ne peut échapper à cette perception du louche malgré tout.

La perception du louche, je pense à cela souvent quand je vois les politiques faire de jolis discours. Ou quand je vois des produits magnifiquement présentés par de magnifiques photographies. Ou quand mon épouse soudain se met à être un peu trop câline, et me prépare soudain de délicieux petits plats.

L’artifice sert à tromper pas de doute. Mais à tromper dans quel but ? Peut-être que les réponses à cette question pourraient réduire l’autoroute qu’emprunte tout un tas de personnes pour le transformer en sentier ardu lorsque ces personnes commencent à s’exprimer sur l’art. Je crois même qu’à la fin le sentier disparait, on arrive à une béance et si on n’a pas la foi pour marcher sur ce vide et bien c’est la fin de la discussion.

L’artifice est il conscient ? et oui est ce que nous sommes toujours conscients lucides de la somme d’artifices que nous déposons lorsqu’il s’agit de créer une œuvre ? Et d’ailleurs faut il ou pas en être totalement conscient ? A quoi cette lucidité servirait à l’artiste. De toutes évidences à le bloquer de toutes parts. Trop lucide sur l’artifice on ne fait plus grand chose sinon rien.

Peut-être que le talent consiste à ignorer cette lucidité là justement. L’oublier au profit de la facilité déjà tellement complexe et exigeante à explorer.

Admettons que je sois peintre et que la perspective m’ennuie. Pas seulement celle que je pourrais créer sur mon tableau, la perspective de l’œuvre dans son ensemble provoque immédiatement chez moi de l’ennui car elle crée aussitôt un début et une fin.

Mes œuvres de jeunesse, mes œuvres de la maturité, bref l’œuvre de A à Z qui représente une vie. Comment résister à l’ennui que cela provoque chez moi autrement qu’en utilisant un artifice, celui de l’instant présent. Créer dans l’instant présent, quelle trouvaille ! et le pire est que ça fonctionne plutôt bien, même très bien.

Mais l’artifice s’il tente de se rapprocher du naturel pour ne pas être vu, ne l’atteint pas pour autant. C’est en cela qu’il est louche.

Il est louche aussi ce fameux instant présent qui semble nous déposséder du but général, de la pensée discursive quant à l’art, de tout ce que l’on pourrait imaginer pouvoir dire sur une œuvre dans son ensemble pour la proposer comme une chose finie, homogène, au monde.

Ce qui nous fait loucher c’est ce point fixe justement, l’avenir d’une œuvre, sa validation et sa postérité éventuelle, sa durabilité dans le temps.

En louchant sur l’artifice de l’instant présent on ne louche que sur sa propre absence à venir au final. Est ce bon ou mauvais ? Je n’en sais fichtre rien. Je dis juste que l’artifice n’est peut-être pas que bon ou mauvais. Il est même tellement répandu partout que c’est peut-être une seconde nature.

Mais est ce de l’art ? Je dirais que si on prend de la hauteur, si on ne se cantonne pas à l’aspect pragmatique du cliffhanger comme un simple procédé humain, mais à l’intervention de l’ineffable, alors oui, l’artifice ainsi est un art, c’est l’art de l’ineffable justement.

L’inspiration du moment

Comment favoriser la naissance d’un texte, c’est ce qui me vient à l’esprit et que je vais essayer au mieux de partager. Je prends appui sur le texte, mais c’est la même chose avec un tableau, cependant il m’est plus facile ce matin d’utiliser l’écriture que la peinture pour l’évoquer.

C’est avant tout un état d’esprit d’accueil. Autrement dit une attention à ce qui essaie de remplir un vide dans un moment. Une attention à tout ce qui tourne dans l’instant autour du vide. Les émotions, les pensées qui découlent de ces émotions, et les idées qui naissent de ces pensées. L’idée ne vient pas en premier. Elle a ses pages, ses Héraults, et aussi quelque chose d’électrique dans l’air qui la précède.

Avec le temps on sent si on est bien disposé ou pas pour que cet événement surgisse.

Si on le veut on le rate, si on est distrait on le rate. C’est un passage qui semble exigu, étroit, un conduit que l’instant taille à la mesure de ce qui doit passer par ce conduit.

Il y a sans doute un parallèle à faire avec la pression dans un réseau de plomberie et concernant le diamètre de la tuyauterie si je voulais utiliser une métaphore.

La volonté ne sert à rien sauf à obéir à l’injonction que l’on se donne pour écrire ou peindre. Il s’agit seulement de ne pas laisser passer le moment, de le saisir, pour s’installer en premier lieu dans cet état d’esprit propice à l’accueil.

Je ne me mets pas directement devant mon écran, je n’ouvre pas mon traitement de texte.

Je déambule dans la maison, je me fais un café, je sors dans la cour pour humer l’air, puis j’entre dans l’atelier pour aller chercher une cigarette que j’allume. C’est à partir de là que je suis attentif aux émotions, aux pensées qui me traversent. Parfois elles sont agréables, d’autres fois non, mais le but n’est pas de choisir quoique ce soit, le but n’est pas de décider ce dont j’aurais envie d’utiliser ou pas pour que le processus continue et peu à peu se précise.

Au contraire une équanimité d’attention est requise pour observer tout cela. L’émotion peut être désagréable, ce n’est pas grave je me laisse envahir par le désagréable, qui ne va pas tarder à m’apporter une pensée, probablement désagréable elle aussi, ce n’est pas grave, je continue tout de même à accueillir ce qui vient.

Parfois les choses basculent. Cela se modifie en raison je crois du manque d’opposition de ma part à l’aspect désagréable. En ne m’opposant pas au désagréable, en le laissant passer, il change, il se dissipe, et je peux assister à ce changement également.

Soudain l’émotion se transforme, elle est plus calme, apaisée, et peu à peu elle devient plus joyeuse, parfois même enthousiaste, une sorte d’euphorie, un enthousiasme. C’est ainsi que j’observe parfois des humeurs totalement à l’opposé l’une de l’autre me traverser

L’état d’esprit accueille tout cela aussi dans l’instant tout en l’observant. Il ne se confond pas avec cette joie qui le traverse après que la tristesse ou la colère soient passées.

Si toutes ces opérations ont été menées correctement, il y a de grandes chances pour qu’au moment où j’éteins ma cigarette les premiers mots surgissent. Je les observe encore et alors, cette fois, ce sont des outils que tout le processus précédent m’offre si je suis resté dans l’impeccabilité d’effectuer le processus dans son ensemble.

Un mot nait et je cherche à le rattacher à d’autres, dans une filiation, une généalogie à la fois d’émotions, de pensées, et c’est comme une série de micro processus alors qui s’opèrent à très grande vitesse et qui semblent reproduire le premier processus dont je viens de parler.

Au bout d’un certain nombre de ces boucles, quelque chose se produit, une ouverture dans l’ouverture, un soleil se détache du soleil, et ce même en pleine nuit.

Alors je remonte pour m’installer devant mon traitement de texte et me laisse dicter le texte.

Là aussi tout est une question d’attention et d’observation afin que la volonté ne prenne pas le pas sur ce qui surgit. Peu importe que « je » dise « je » dans tous ces textes. Le je qui écrit n’est pas le je que je suis. C’est le je du narrateur, et ce narrateur est ce filtre par lequel l’idée se dépose dans les caractères d’imprimerie sur l’espace blanc de cette feuille virtuelle.

D’après l’expérience retenue de l’écriture telle que « je » la pratique dans ce moment d’absence, le jugement est ce qui doit être tenu à l’écart.

Au début ce jugement s’infiltre partout, dans le choix des mots, les tournures de phrases bancales, la présence ou l’absence de ponctuation, l’épaisseur des paragraphes, et même le contenu de ceux-ci.

Les premières fois où j’ai commencé à écrire c’était à la fois extrêmement pénible d’avoir affaire à ce jugement. Mais quel soulagement aussi lorsque je parvenais à passer outre et à aligner 4 mots à la suite.

Je me souviens que j’avais trouvé une astuce pour contrer le poids de ce jugement. J’écrivais sur des carnets, une sorte de journal si l’on veut comme font les adolescents pour relater leurs états d’âme.

J’inscrivais toujours la date du jour en premier, puis je relatais non pas mes états d’âmes vraiment, mais tout ce que j’avais retenu de la journée d’hier. Je la récapitulais par l’écriture en notant ainsi d’une façon parfois chronologique d’autre fois dans un désordre sans queue ni tête, tout ce que j’avais vu, entendu, traversé des milles et un événements de cette journée.

D’ailleurs à ce propos la chronologie de ce qu’on imagine être la réalité n’est pas la même chose que l’importance des émotions, des pensées que l’on a sur les événements qui se déroulent dans cette soi disant réalité. L’écriture m’apprend cela encore tous les jours.

Parfois j’avais retenu beaucoup, et je noircissais de nombreuses pages, parfois très peu.

Je n’étais pas dans cet état d’esprit que j’évoque aujourd’hui. Je voulais écrire, ou plutôt je voulais apprendre à écrire et j’utilisais le prétexte de la récapitulation pour m’entrainer.

A l’époque il m’était difficile de me relire. Les quelques fois où je le faisais, je trouvais que ce que j’avais écrit était naïf, vain, stupide, que ce n’était que des chroniques sans intérêt. Cependant quelque chose d’impérieux en moi m’incitait à continuer jour après jour malgré le jugement que je portais sur mes textes .

Je ne saurais dire si c’était de la stupidité, la volonté d’apprendre, où bien si je misais sur l’écriture pour me sauver de quelque chose qui m’obsédait, m’entravait sitôt que je n’écrivais pas. La vie en direct me procurait beaucoup de confusion. L’écriture me permettait si je puis dire d’inventer de la clarté.

Cette clarté pour autant ne provenait pas des textes que je couchais sur le papier. Loin de là, lorsque je les relisais j’éprouvais à nouveau beaucoup de confusion. La clarté venait d’ailleurs. Elle venait de cette obéissance à cette puissance impérieuse du moment qui me poussait à écrire tout simplement. Il m’a fallu du temps pour comprendre que cette obéissance était la seule solution pour moi d’entretenir le gout, l’envie d’écrire et ce malgré le résultat.

Utiliser le je narratif fut aussi un apprentissage difficile. J’ai appris beaucoup de choses sur la notion de sincérité en utilisant le je.

Parce que tout simplement d’un jour à l’autre le je s’exprime différemment, n’a pas les mêmes préoccupations, ruse et triche, où tout à coup se met à table avec une impudeur déconcertante. Sincérité douteuse, culpabilité ou vanité mal placées bien souvent.

Evidemment j’en souris à présent mais ce n’était pas une sinécure quand j’y repense. Car ce que le je venais d’écrire, il n’arrivait pas à s’en détacher durant plusieurs jours parfois tellement ce qu’il racontait était effrayant, ou encore lourd en émotions. C’était comme un personnage qui se réveille depuis l’encre et s’évade des pages du carnet pour posséder celui qui l’a réveillé durant des jours, des semaines, des mois. Il me manquait la distance, le recul.

Je n’ai jamais participé dans ma jeunesse à aucune formation à l’écriture. La principale raison que je m’étais donné pour ne pas le faire était mon manque d’argent, mais je crois aussi que je ne voulais pas d’aide extérieure, que c’était une affaire entre moi et moi seulement. Je crois que j’avais trouvé le prétexte de m’inventer un personnage d’écrivain pour parvenir à me sortir les vers du nez plus facilement. J’ai utilisé ma naïveté, mon orgueil, ma vanité à cet escient sans même m’en rendre compte.

Et pour une très longue période cette façon d’écrire à fonctionné. J’ai fait d’une certaine façon mes humanités grâce à ce stratagème.

Mais être un écrivain, ce n’est pas vraiment cela. Un écrivain la plupart du temps écrit des histoires, avec une intrigue, des personnages, des rebondissements.

J’ai commencé à comprendre que je pouvais utiliser ces « je » de la narration différemment en les attribuant à des personnages de nouvelles, de romans. Ce n’était pas vraiment difficile, il s’agit de les enrober un peu plus, de préciser un décor, de les décrire avec minutie, mais la difficulté principale est de les rendre utiles voir nécessaires à l’élaboration d’une intrigue.

J’avais tendance à m’attacher tellement à ces personnages que je n’avais pas vraiment besoin de cette intrigue. C’était plus des portraits que j’effectuais , ou alors de petites scénettes sans qu’il ne passe grand chose, pour explorer la psychologie de ces différents personnages.

Ce que j’ai fini par comprendre et qui m’entrave probablement autant en peinture que par l’écriture c’est que la sincérité de tous ces « je » menait à un espace étrange dans lequel cette sincérité était leur perte.

Le personnage de l’écrivain, comme le personnage du peintre, si sincères puissent-ils s’imaginer être dans les romans, les autobiographies n’échappent pas à cette désagrégation ultime de leur mort.

Dans le fond on écrit et on peint pour résister à ces émotions, à ces pensées qui convergent toutes vers cet espace où surgit l’idée de notre propre finitude.

Et là l’impeccabilité fait tout simplement défaut, là le processus déraille et tout finalement finit par nous échapper, et même probablement cette attitude d’accueil dont j’ai parlé plus haut. Il ne reste plus que cette peur animale de disparaitre totalement.

Le livre ou le tableau s’achève définitivement sans qu’il ne puisse être rajouté le moindre mot la moindre nuance de couleur.

Il y a cette anticipation d’une angoisse de dépossession ultime de tout ce qui nous accrochait encore à la notion de but, d’œuvre. Et dans cette vision on comprend que l’on a utilisé des stratagèmes comme des béquilles pour avancer bon an mal an vers ce constat final.

C’est cette idée de lucidité vis à vis de la vie et de la mort qui est sans doute l’épreuve ultime nécessaire pour passer dans la classe supérieure. Soit on parvient à conserver cet accueil et cet impeccabilité, et dans ce cas quelque chose d’autre surgit encore de totalement insoupçonnable, soit on glisse vers le désespoir tranquille, cette certitude qu’on n’a plus envie de remettre en question cette fois ci, d’avoir totalement raté sa vie.

Mais les vraies questions que l’on devrait se poser c’est si cette lucidité n’est pas une illusion comme toutes les autres et surtout qui est derrière ce je qui ne cesse à chaque instant d’apparaitre que pour mieux s’évanouir ?

Créer un podcast.

Lorsque je me rappelle toutes ces heures passées au volant de mon Kangoo pour me rendre dans toutes les écoles de la Drôme, de l’Ardèche et de l’Isère afin de semer quelques graines dans les charmantes petites têtes brunes rousses et blondes, j’écoutais ces émissions diffusées sur internet et qui s’appellent des « Podcast. »

L’envie de créer un podcast c’est une façon de restituer quelque chose qui m’a été donné et qui m’a beaucoup aidé à cette époque.

Je citerais tout particulièrement l’émission « Radio des artistes » animée par David Ferriol qui, lorsque je tombais dessus par hasard la première fois, me procura une joie et une somme de connaissances formidables sur sa vision 3.0 de l’artiste.

J’ai trouvé alors qu’il y avait quelque chose que j’assimilais à de la générosité pure à échanger ainsi un savoir avec le tout venant.

Depuis je sais que cette générosité est aussi un outil aussi pour attirer des « prospects », les transformer en « leads », et finalement faire chauffer la carte bleue ou transférer de l’argent depuis un compte PayPal.

Ce serait immature de critiquer cette générosité qui sert d’hameçon pour pêcher des clients. Et de plus je suis sur que David est vraiment quelqu’un de fondamentalement généreux.

D’ailleurs voici le lien de David pour te faire ta propre opinion : https://soundcloud.com/radio-des-artistes

Finalement ce que j’ai appris c’est que l’on pouvait gagner de l’argent en exerçant sa passion. Je le savais déjà plus ou moins de par mon métier de peintre et d’enseignant mais quelque chose m’empêche encore probablement d’effectuer correctement la connexion entre générosité, partage, et argent.

Cela vient de l’éducation évidemment où il est seriné que « l’argent se gagne à la sueur de son front » et surtout que « le loisir de peindre ne rapporte jamais rien ».

Quand je vois tout ce qui me traverse désormais j’aurais fait un fameux tour dans ma tête.

Ce  » qui ne rapporte jamais rien » du début s’est transformé du moins je ne mets pas la même chose dans cette expression que mes parents. Il aura juste fallu passer par les questions « vouloir obtenir quoi et comment ? et voir toutes les réponses s’effondrer peu à peu comme des dominos.

Mais le vide laissé est tellement fécond que c’est aussi pour cela que j’ai envie de créer ce nouveau podcast.

Pour ne pas m’opposer à cette puissance qui cherche à jaillir encore.

Pour lui donner sens aussi.

Pour le moment je planche sur le titre.

« Liberté d’expression » ? c’est l’idée et puis en regardant les catégories des plateformes de podcast je ne vois pas la catégorie « Art » du coup il est peut être intéressant de ne pas trop s’appesantir sur ce mot.

Par contre j’aimerais qu’il soit bien fait ce podcast. Qu’il ait un but, un sens, une organisation claire. Une structure.

Sans parler d’art il y a tout de même des règles minimales à inventer pour laisser s’exprimer cette liberté.

J’hésite en ce moment entre deux plateformes : Ausha qui est en français et Acast en anglais mais qui offre la possibilité d’effectuer des retranscriptions à partir de l’audio.

Si parmi vous certains connaissent ou utilisent ces plateformes ce serait sympa que vous me donniez votre avis en commentaire.

liens : https://play.acast.com/

Illustration l’enseignement de Socrate.

Alors je ne me prends pas du tout pour Socrate je tiens à le préciser. Mais je trouve que la discussion, l’oral permet des découvertes extraordinaires tout autant que l’écrit. Et puis au début était le verbe pas la lettre.

L’art de découper la volaille.

Il existe un art pour tout. On pourrait même dire que tout est matière à exercer un art. Ce qui déjà est incroyable lorsqu’on y pense. L’art pourrait donc se glisser entre les choses. Il possèderait cette capacité d’adaptabilité.

Quelque soit l’objet c’est toujours une occasion pour le simple passant ou son propriétaire d’apprendre ou de mettre à profit un art. L’art de découvrir, l’art de voir, l’art d’approcher ce que l’on voit.

Avec un peu d’attention cela change même des vies. Cela sauve la vie !

Ainsi l’art de découper la volaille peut sauver la bonne humeur de la maîtresse de maison.

Combien de fois m’est il arrivé d’être invité chez des amis et de constater ce petit moment de bascule.

Ce moment particulier où quelqu’un a acheté une volaille, une dinde, un poulet dans le but louable de satisfaire les convives et de se retrouver soudain comme une poule devant un couteau au moment de la découper et servir ?

Mes grands parents paternels étaient marchands de volailles. Au début en boutique dans le 15eme arrondissement de Paris, puis celle ci ayant périclitée, ils s’étaient rabattus sur les marchés.

Gamin j’étais fasciné par la dextérité de mon grand père à découper les lapins, les poulets les chapons sur le gros billot de bois qu’il installait derrière son étalage.

Car beaucoup de solitaires n’achetaient pas la bête entière , on se contentait d’une cuisse, de quelques ailes, d’un cou et même de la tête et du bout des pattes griffues pour les plus démunis.

La nécessité de sa dextérité venait de la foule qui régulièrement stationnait devant son stand. Il fallait faire vite et bien pour trouver son chemin à l’aide du couteau, du hachoir dans la viande crue et surtout maitriser la connaissance des articulations.

Je crois même qu’avec la seule connaissance des articulations n’importe qui peut se sortir facilement d’affaire. C’est tellement simple qu’on n’y pense pas. Comme dans beaucoup de domaines savoir où placer l’articulation, comprendre sa raison d’être si je puis dire est essentiel. La chair n’est que détail dans l’art de la découpe.

L’art de découper le poulet

L’important se situe toujours du coté de l’os dans le squelette, dans la structure.

C’est pourquoi un regard superficiel ne voit pas bien la plupart du temps.

L’art de découper la volaille s’apprend bien sur. Il existe même des tutoriels sur le net. Mais voir quelqu’un faire ne remplacera jamais l’expérience faite par soi-même.

Et puis quand on regarde une vidéo tout parait facile ce qui n’est pas le cas une fois qu’on se retrouve en direct face à la bête.

 L’un des secrets nous dit Socrate c’est de «  pouvoir découper selon l’espèce en respectant les articulations naturelles et en prenant soin de ne déchirer aucune partie comme le ferait un mauvais boucher »

Ainsi pour clore le bec de tous les fâcheux qui ne cessent de dire que la philosophie comme l’art ne sert à rien.

En prime une fois que l’on connait cet art de découper le poulet il y a un bonus.

On s’aperçoit qu’on n’a plus besoin de passer tout ce temps à aiguiser son couteau, la lame reste tranchante en permanence elle ne s’use plus.

Le nombril et l’obsession du fil des jours

Si je n’avais pas rencontré en moi la possibilité de peindre ou d’écrire j’aurais pu poursuivre vers une carrière de délinquant toute à fait honorable. Peut-être même d’assassin. Ou bien dans l’amertume, me découvrir seulement psychopathe.

Car cette pulsion première qui englobe en un même mouvement la haine comme l’amour, je l’aurais utilisée avec toute la maladresse qu’engendre le mensonge des buts.

Heureusement qu’existe le fil des jours devant lequel, après tant de renoncements, après tant d’aveuglement et de surdité on finit par abdiquer et même se prosterner.

Ce fil des jours qui incarne par le quotidien ce guide semblable au cordon ombilical qui nous relie au mystère de la naissance et de la mort incarné par la figure fantasmée, fantasmatique de la mère. Celui dont sans relâche j’ai toujours voulu me détacher, tant sa présence et son absence se confondent dans une sensation de vide et plein simultanément.

Pas besoin d’installer une divinité extérieure à ma propre vie, pas besoin d’un Dieu.

Tout est déjà vécu dans le mouvement du don et du retrait total qu’offre le visage emblématique de la mère. Le surgissement et l’anéantissement « en même temps » qu’évoque toujours cet emblème. Prisonnier de cette éternité chaque jour renouvelée, à chaque pulsation du sang retrouvée et perdue. Ainsi que le veut le risque d’exister vraiment tout au fond de nous.

Ou bien pour oublier le risque de cette existence éreintante, le fil des jours comme tradition ancestrale. Comme invention, le temps et la répétition si proches si semblables dans la forme du sablier à celui de la mère à la fois double et unique, ange et démon réunis dans un seul fantasme: le retour.

S’éloigner de l’essentiel par la création de buts? Oublier c’est s’en remettre aussi à la certitude du hasard que tous nos pères armés de lances en hurlant des cris sourds et vain n’ont jamais cessé de repousser hors des limites du cercle.

Cercle familiale

Cercle de la morale

Cercle du travail

Cercle de la patrie

Autant de cercles comme symboles des Olympiades de l’illusion.

Pourtant n’est ce pas cette nécessité d’illusion qui pousse à créer pour s’évader du labyrinthe. N’est pas l’illusion qui invente le fameux minotaure et surtout l’idée d’une rencontre avec celui-ci ?

Ne pouvons nous trouver une autre voie que le mensonge pour accéder à la paix définitive en pleine conscience et en pleine vie ?

Sans doute que cette plénitude n’est pas du domaine de la conscience dans ce cas.

Encore une fois elle se situe dans cet espace laissé ouvert comme une béance amadouée peu à peu, explorée, pénétrée comme une vulve par la répétition des coups de boutoir désespérés autant que désespérants. afin de recréer l’unité.

Cette unité d’où surgit le Baphomet voletant comme un papillon au dessus de toutes nos vicissitudes humaines, au dessus de tous les nombrils qui s’accrochent comme des saumons pour remonter le fil des jours.

Des anciens Aztèques aux mind maps modernes

En triant mes notes , j’ai retrouvé les éléments d’une recherche que j’avais effectuée sur la culture Aztèque il y a de cela plusieurs années. Et tu le sais peut-être je porte une attention soutenue à tout ce qui peut surgir dans ma journée que ce soit un courrier que je reçois, les dessins que forme un oiseau en train de voler dans le ciel, ou bien une idée qui arrive et qui en entraine une ou plusieurs autres. Hier par exemple je me demandais comment trouver un système d’organisation plus confortable pour ces notes que j’étais en train de classer quand tout à coup un mot m’a traversé l’esprit et c’était le terme de « carte heuristique » qu’on appelle également carte mentale. Du coup je me suis interrompu dans mon tri et j’ai effectué une recherche sur internet pour suivre cette dernière idée et voir jusqu’où elle me conduirait.

Ce matin je repense à tout cela et pour reprendre le fil de ce texte que j’écris j’ai cette intuition de relier les Aztèques et cette idée de mind maps , de cartes mentales en me souvenant à quel point cette civilisation pouvait être ingénieuse pour regrouper un certain nombre de caractéristiques dans la façon de représenter ses dieux.

Le panthéon Aztèque est immense. Sans doute l’idée de classement s’est-t ‘elle imposée au fur et à mesure des acculturations car non content de posséder leurs propres divinités, il absorbaient volontiers des divinités étrangères. Les divinités de tous les peuples périphériques au territoire aztèque.

Image de têtes d’animaux et de divinité aztèque issues du codex Magliabech probablement réalisé à l’époque coloniale au XVI eme siècle

En fouillant un peu plus loin je découvre à quel point chaque partie du corps de ces différents avatars représente tout un système élaboré de codes. Ainsi la tête qui porte toujours une coiffe est elle même divisée en différentes parties qui toutes regroupent un certain nombre de qualités particulières.

Image tiré du codex Borbonicus

En découvrant le travail de Tony Buzan sur la création et l’utilisation des cartes heuristiques le fameux mindmaping, cette similarité ne m’a pas échappée et étrangement elle m’est en premier lieu venue par l’intermédiaire de la couleur.

Mindmap sur le mindmapping

L’iconographie aztèque est riche de couleurs vives tout comme les minds maps actuelles.

En même temps que tous ces éléments s’organisaient peu à peu comme pour parvenir à ma conscience du moment, je ne cessais de perdre de vue un de mes objectifs de cette semaine : créer de petites vidéos de formation pour tous mes groupes d’élèves afin de conserver le lien et ne pas les laisser seuls à leur sort dans le domaine du dessin et de la peinture.

Et c’est encore à la suite de cette réflexion que je me suis souvenu de ce formidable livre de Betty Edwards : « dessiner grâce au cerveau droit » que j’ai aussitôt été rechercher dans ma bibliothèque. Je veux dire qu’il était absolument impératif que je quitte toute autre activité en cours pour trouver ce libre dans le fatras de ma bibliothèque.

Une heure plus tard je ressortais de la pièce victorieux avec au bout du bras le fameux bouquin que je me mis évidemment à reparcourir aussitôt.

Dessiner avec le cerveau droit Livre de Betty Edwards

Cela m’entraina à la fin de l’après-midi sans même que je ne m’en aperçoive et c’est quand j’ai relevé le nez que je me suis aperçu que la nuit était tombée.

C’est aussi à ce moment que j’ai entendu le son caractéristique d’une notification m’indiquant que je venais de recevoir un nouvel email.

C’était le devis pour l’installation d’une nouvelle chaudière que le plombier me faisait parvenir. Nous sommes actuellement en panne et on peut donc dire que c’est une préoccupation importante, suffisamment en tous cas pour que j’ouvre le mail et vacille en me rendant à la fin du devis pour découvrir le montant global à payer.

Du coup toute l’énergie que je pouvais encore avoir s’est dissipée d’un seul coup. Je me suis senti vidé car évidemment nous ne pouvons trouver un telle somme en ce moment.

J’ai allumé une cigarette j’ai tourné un peu dans l’atelier en regardant les quelques tableaux que j’ai actuellement en jachère. Des idées de soldes m’ont traversé l’esprit que j’ai rejeté aussitôt.

Enfin quelques minutes plus tard je me suis contraint à respirer le plus profondément possible pour retrouver un rythme cardiaque correct et j’ai à nouveau réfléchi sur tous les éléments à l’apparence si disparate de cette journée qui devait n’être qu’une journée comme une autre, aussi banale ou extraordinaire que toutes les autres selon le point de vue que je suis en mesure d’adopter.

Mettant de coté mes problèmes de chauffage, je suis revenu vers ma tablette avec une nouvelle intuition concernant les manuels de dessin que le peintre Hokuzai à énormément produit au japon et dans lesquels il classe trois styles d’approche successif pour apprendre aux étudiants à dessiner. Ces styles traitent notamment de la qualité des traits, tout comme Betty Edwards évoque l’importance du contour d’une façon moderne.

Hokuzai utilise des pictogrammes pour indiquer à quel style le dessin présenté dans ses cartouches d’illustration correspond, ainsi l’élève pourra avec un peu d’attention réunir de façon visuelle un certain nombre de caractéristiques qui réunit tous les dessins du manuel à l’intérieur d’un style bien précis. Pour corser le tout Hokusai ne s’est pas contenté d’organiser la somme de ses illustrations de façon logique, par exemple par catégorie, par style, non. Il a volontairement tout mélanger.

Au 19eme siècle quand les artistes puisaient énormément dans la littérature iconographique asiatique, ce manuel de dessin du peintre japonais avait été littéralement plébiscité par ceux ci. J’imagine que Van Gogh s’en est donné à cœur joie pour recueillir de précieuses informations qu’on ne peut pas s’empêcher de retrouver une fois qu’on sait le lien sur les dessins et les tableaux qu’il aura produit. Manet également s’est certainement inspiré d’Hokusai. Enfin pratiquement tous les peintres de cette époque comprenaient l’apport du maître, savoir qu’il tirait lui-même de l’étude de la calligraphie.

Planche d’illustration manuel de dessin des trois styles Hokusai

A ce point de ma réflexion sur les relations entre calligraphie et dessin j’ai eu la curiosité soudaine de m’intéresser aux règles de l’écriture chinoise. Ici encore il y aurait énormément de choses à dire sur les 5 règles sur lesquelles s’appuyer pour écrire correctement les caractères chinois. Tout est codifié, la ligne verticale, l’horizontale, ne se fait pas à l’improviste, il y a un ordre logique à suivre.

En examinant l’un de ces caractères chinois j’ai été frappé à nouveau par ce que je découvrais: une relation étonnante avec l’iconographie aztèque et les mind maps.

Biang le caractère chinois le plus compliqué…

Je ne sais pas si le confinement va continuer de produire ce genre de choses dans ma cervelle. J’ai l’impression que je m’améliore de plus en plus pour utiliser certaines parties généralement en sommeil de ma cervelle. J’établis d’étranges relation avec les choses qui généralement ne sont pas censées en avoir….

Et si finalement on était en train d’assister à une inversion des pôles cérébraux sans même le savoir.

L’hémisphère gauche qui a eut le dessus pendant tellement de siècles n’arriverait plus à gérér cette somme de données imprévues voire inutiles dans la logique habituelle de son fonctionnement et serait en train de passer le relais à son alter égo droit, siège de la créativité. Ce qui serait assez logique vue l’immense panade dans laquelle nous sommes aujourd’hui.

Ce texte sans queue ni tête d’ailleurs est peut être un exemple, une tentative de le montrer dans trop faire de tapage.

Encore un élément à ajouter à ma tour de Pise du jour c’est ce souvenir merveilleux du jour où la première fois j’ai écouté en classe de primaire cette formidable histoire de « Pierre et le Loup » Tu la connais surement toi aussi : chaque personnage est incarné à la fois par un instrument et une petite mélodie qu’il joue. C’est pour rappeler à quel point nous possédons en nous un potentiel inouïe de façon de nous représenter le monde de tant de façons différentes.

Pierre et le loup Sandrine Kao illustration

D’ailleurs pour en revenir à l’apprentissage du dessin et de la peinture il me semble que c’est bien cette hégémonie du cerveau gauche qui nous entrave le plus souvent et nous fait croire que nous devons « acquérir absolument du savoir, de la technique » alors qu’en fait il ne suffit souvent que de fermer les yeux pour se souvenir et accéder ainsi à ce rien et à ce tout qui se trouve là logé comme un mystère au fond de chacun de nous.

L’urgence et la créativité

Tout à coup un paradoxe s’installe doucement sans même que tu n’y prennes garde. A la fois cet arrêt brusque de l’ensemble de tes activités habituelles, celles qui te propulsent vers l’extérieur pour dispenser des cours, pour te rendre à des expositions, où te rendre tout bonnement passer une soirée entre amis et cette étendue quasi illimitée que représente les 4 semaines à venir de ce nouveau confinement.

C’est un paradoxe l’association de deux idées contradictoires dont le facteur commun est le temps.

Le temps que tu connais semble se modifier dans sa substance. Il n’y a plus que le souvenir d’un rythme qui se heurte à l’absence. Une trace fantôme.

Evidemment on pourrait penser que la force cinétique te propulsera sans trop d’effort encore quelques jours sur ta lancée, mais d’ors et déjà l’idée de l’arrêt, de la stagnation, de l’immobile se fait jour peu à peu accompagné par la peur, l’angoisse que représente cette « mort du temps ».

C’est à dire ce temps dépourvu de contenu dépourvu du sens que tu y attribues généralement.

Pendant quelques jours lors du premier confinement je me souviens avoir beaucoup lutté pour ne pas me laisser glisser dans cette absence déjà. J’ai mis en place toute une foule de stratégies en me frottant les mains de contentement, dans un enthousiasme évidemment exagéré, qui ne servait qu’à contrecarrer la déprime que je sentais roder tout autour de moi.

Et finalement je n’ai pas fait tant de choses que je l’avais espéré déjà et j’ai été un peu déçu en proportion de cet espoir conservé si je puis dire « du bout des lèvres ».

A vrai dire je ne me suis concentré que sur les textes de ce blog dont je suis parvenu d’une façon très brouillonne à constituer deux livres.

Si je reviens sur le moteur que j’ai mis en place à ce moment là il m’a paru utile d’installer une urgence pour ne pas me dissoudre totalement.

En repensant à cette astuce je me suis mis à revisiter une fois de plus de nombreuses périodes de ma vie et j’ai fini par conclure que j’avais souvent utilisé depuis très tôt ce mécanisme de l’urgence.

C’était dans le dur, dans le réel, c’est à dire que je n’en avais pas vraiment conscience. Tu connais peut-être cela toi aussi, si comme moi, tu faisais ton exercice de maths à la dernière minute, ou encore ta dissertation sur un coin de table de café, ou bien si tu avais à torcher un tableau Excel, un mémo, un planning avant la réunion de 9h le lundi matin au boulot.

Je n’ai jamais pris le temps de réfléchir à cette régularité de l’urgence pour régler les corvées car évidemment la fameuse « dernière minute » est souvent attribuée à ce genre de tache qu’on n’a pas envie de faire.

C’était quelque chose d’insupportable pour mes parents déjà, puis pour mes compagnes successives et le fait de tout remettre ainsi quasiment au hasard, à l’inspiration d’un dernier souffle si je puis dire m’a valu pas mal de soucis tout au long de ma vie.

Cependant que je n’ai jamais pu être autant créatif qu’ainsi je dois aussi le préciser et c’est sans doute la raison principale de l’utilisation de l’urgence et de l’utilisation des « dead line » dans ma vie.

Aujourd’hui je suis en train de me demander si ce n’est pas une croyance comme une autre. Sans doute qu’il existe tout un tas d’autres méthodes aussi valables les unes que les autres et surement plus élégantes puisque j’ai ajouté cette option supplémentaire à mes valeurs du moment.

C’est difficile d’allier la hâte, l’urgence et l’élégance à moins d’avoir vraiment creusé son sujet durant des mois, des années sans même s’en être rendu compte.

Ainsi cette notion d’urgence, ce rapport au temps, à la limite qui m’aura incité à penser que je ne pouvais vraiment être créatif que dans ce contexte particulier et qui au bout du compte peut être interprété comme quelque chose de négatif pour la plupart des gens, il me semble qu’aujourd’hui je pourrais le revisiter d’une autre façon. En listant par exemple tous ses aspects positifs

Rapide, clair, efficace, et orienté vers un seul but. Voici en quelques mots la substantifique moelle de ce sale défaut.

Bon.

Et comment installer alors cette notion d’urgence positive cette fois dans cette dimension nouvelle du temps où nulle limite n’existe plus ?

Il ne suffit que d’une seule chose dans ce cas : me créer des limites.

Bon mais est ce qu’il suffit de prendre la journée et de la saucissonner de plages horaires ?

Non ça j’ai déjà essayé, à l’école, à l’université, au travail, ça ne fonctionne pas pour moi.

Je n’y arrive pas en fait parce qu’il me manque cette petite chose, cette décharge d’adrénaline si je puis dire qui va remettre toute mon existence en question si je ne touche pas au but dans un temps imparti.

Cela parait fou n’est ce pas … mais j’ai besoin de ce danger particulier pour m’aiguillonner dans un temps très limité finalement, afin de réaliser quelque chose, et souvent avec brio.

Hormis les mathématiques pour lesquelles je le crois j’aurais toujours la nostalgie d’une rencontre qui ne se produira jamais. Cette façon de faire ma propulsé souvent bien au delà de la notation moyenne de la part de mes professeurs et de mes employeurs.

L’urgence et le danger provoque en moi cet échauffement nécessaire à la création de vapeur, de fumée, signaux que le moteur de l’inspiration tourne à plein régime.

Mais je n’atteins pas l’excellence malgré tout.

Car je n’ai jamais suffisamment de temps pour laisser la place justement à cette forme ultime pour moi de l’intelligence qui lui permettrait de faire converger toutes les bribes scintillantes des milles idées qui foisonnent à ce moment précis de l’urgence.

Rapide, clair, efficace et je pourrais ajouter comme dans un texte à trous : la fulgurance de l’élégance. Afin vraiment d’obtenir cette sérénité totale d’un dernier souffle digne de ce nom.

Où donc se situe l’erreur ?

Il me faut reprendre sans doute chaque paramètre encore de cette urgence vertueuse cette fois puisque une nouvelle chance de tenter dans le dur l’expérience m’est donnée au travers de ce second confinement.

De plus le risque est grand à souhait si je peux dire quand il suffit de traverser la rue, d’aller acheter son pain désormais pour attraper la mort. Si j’étais complètement fou je pourrais même m’en réjouir. Quelle formidable opportunité d’éprouver à nouveau l’urgence de vivre, tu ne crois pas ?

Imagine que tout soit possible et que ce ne soit pas un rêve…

Si tu me suis depuis un moment tu sais que j’ai de temps à autre des idées baroques. D’ailleurs j’ai observé qu’elles arrivent par vagues sitôt que j’accepte de leur donner un peu d’attention. Que je ne me dis pas comme souvent nous le faisons tous :

Mais non ce sont des conneries, laisse tomber arrête de rêver.

Tu sais c’est la grande question entre potes concernant le gros lot. Et si tu gagnais 250 millions d’euros qu’en ferais tu ? Personnellement je crois que ma vie ne changerait pas beaucoup de ce qu’elle est actuellement. Je crois que j’aurais encore bien peur comme lorsque j’étais gamin de me laisser enfermer dans cette idée d’abondance soudaine.

De cette abondance je me suis toujours méfié.

Un jour mon grand-oncle, personnage loufoque, rebouteux au Puy en Velay que je rencontrais en vacances chez mes grands-parents me confia une histoire. Celle du Rond du Trésor et dont le décor est celui de la forêt de Tronçais, dans le Bourbonnais.

Ici au premier coup de minuit, la nuit de Noel la terre s’ouvre et le voyageur qui se tiendrait là à cet instant n’en croirait pas ses yeux. Il apercevrait dans les entrailles de la terre quantité de trésors incroyables. Il pourrait y avoir acces facilement en descendant la ravine pour les rejoindre et s’en emparer. Mais le problème est que la terre se refermera au 12 -ème coup de minuit. Si le voyageur n’est pas au courant de l’urgence pour ressortir du gouffre fabuleux, il risque de rester enfermé là durant toute une année, jusqu’à Noel prochain.

Lorsque j’étais gamin et que j’ai entendu la première fois cette histoire je me suis interrogé évidemment. Qu’est ce qui était le plus fort à cet instant ? la peur de dérober quelque chose qui ne m’appartenait pas et de la sanction qui généralement ne manquerait pas d’advenir ? L’envie de m’emparer de tous ces trésors ? La peur de rester enfermé toute une année coupé de tous ceux que j’aimais ?

A la vérité je suis resté paralysé par la quantité de questions que ma pensée produisait et qui au final ne furent que de bonnes excuses pour décider que je ne ferais rien d’autre que d’observer le spectacle.

Sans doute que la plupart d’entre nous font de même lorsqu’une offre trop alléchante surgit soudain dans notre vie. Nous cherchons toujours à nous représenter tous les risques et tous ce que nous ne saurions pas faire face à une telle aubaine.

Cela n’a rien à voir avec le rideau des magasins qui se soulèvent au premier jour des soldes, tu l’as compris je ne suis pas en train de te parler de cela.

Mais plutôt du potentiel immense qui est là en toi, en moi, en chacun de nous et que nous refusons d’utiliser si souvent en invoquant toute un tas d’excuses.

Sans doute est ce lié à notre culture, à l’empreinte que la religion catholique laisse encore dans nos cervelles vis à vis de l’effort, de la douleur, voire du malheur, autant de monnaies d’échange pour obtenir quoique ce soit par le fameux « travail acharné ».

Mais le travail n’est pas un but en soi, pas plus que le malheur, seule compte l’intention claire et la simplicité d’en faire bon usage avec efficacité et élégance.

C’est ce que je m’efforce de construire en ce moment à la fois pour moi même et pour toi, pour toutes les personnes qui se disent incapable de créer, soit parce qu’elles sont bloquées par une peur ou un jugement médiocre de leurs réalisations.

Depuis plusieurs années j’ai mis en place des processus pour être créatif sans même m’en apercevoir. Pour des raisons pédagogiques le plus souvent, pour facilité l’apprentissage de mes élèves.

Je suis issu moi même de ce que l’on appelle « la vieille école » l’apprentissage « académique » du dessin et de la peinture mais avec le temps et l’expérience j’avoue en avoir perçu les limites et je me suis plus intéressé à construire une pédagogie basée sur la façon de renouer avec sa créativité personnelle.

Imagine que tout soit possible pour toi désormais en peinture par exemple, que tu ne te donnes plus aucune limite pour libérer cette créativité et qu’en même temps tu puisses renouer avec toi, avec qui tu es vraiment et que toutes tes excuses et tes peurs recouvrent désormais et te l’on fait oublier ?

Que ferais tu alors ?

Fais le tout de suite

En ce moment j’expérimente la gêne. Ça me gêne d’avoir autant d’idées qui me traversent et dont je ne fais pas grand chose. C’est certainement une sorte de confort. Mais je trouve has been ce confort. Et je sais que je dois passer par cette sensation d’inconfort pour passer à autre chose… Appelle ça l’ action si tu veux.

Du coup j’ai envie de lâcher toutes ces idées sous forme de capsules podcasts…

Aujourd’hui je vais te parler de l’attention et des spirales ! Bonne écoute et belle journée !

L’inspiration (podcast)

Hier je n’avais pas beaucoup de temps et j’ai profité de l’urgence dans laquelle je me trouvais pour créer cet audio qui parle de l’inspiration.

Encore une astuce que cette notion d’urgence si tu veux le fond de ma pensée. C’est lorsque je suis acculé, lorsque je me dis que je n’ai pas le temps et qu’il y a la contrainte d’une dead line que je suis le plus agile à m’extraire les doigts et les vers du nez.

Bonne écoute !