L’ambiguïté de la rhétorique

Je ne sais plus si ce sont les romains qui ont extirpé d’un quelconque panthéon oublié la figure du dieu Janus. Cette divinité aux deux visages. En tous cas il est probable que l’ambiguïté de la rhétorique provienne aussi de cette époque. Que la rhétorique et Janus soient liés par cette duplicité qu’ils installent encore en nous.

Certains y ont vu jadis un art de l’éloquence, un art du discours dont le but est la clarté, la précision d’un mouvement d’idées et d’émotions.

D’autres s’en servent comme un outil de persuasion destiné à créer ce mouvement d’une façon artificielle dans un but de domination. Un art d’enfermer l’être dans le discours en lui insufflant du désir, du besoin, du manque, tout en l’emportant vers des destinations stériles et vulgaires.

Platon déjà avait relevé cette ambiguïté du discours, ce coup fourré toujours possible au fond de la rhétorique. Ce qui ne l’empêcha nullement de s’en servir lui aussi pour clarifier son propos. On savait encore faire la part des choses à l’époque platonicienne.

Mais l’avidité est la plus forte, l’obsession du pouvoir, et du profit. L’éloquence est partie en quenouille sombrant dans la désuétude ou pire le ridicule tout comme une grande partie de cette clarté qui était sa cible première. Non pas une clarté de pensée, non pas une clarté de raisonnement.

Une clarté bien au delà de toutes les petites clartés médiocres qui sont désormais le fruit de tant d’années d’errances crées par l’art de la persuasion.

Je vois dans notre époque l’aboutissement ultime d’une confusion antique entre éloquence et persuasion. Entre clarté et pragmatisme.

Cette confusion entretenue volontairement par l’obsession du profit c’est la mienne, la tienne, la notre. Il ne faut pas se leurrer.

Il y a quelque chose de pourri chez l’être humain désormais directement issu de cette confusion. Pourri comme décomposé, comme un compost dans lequel grouillent les vers, les insectes, les microbes, les virus, les germes.

On ne sait pas quelle culture on pourra bien imaginer au printemps à partir d’une telle décomposition, à partir de toute cette pourriture, de cette terre grasse et riche dont le potentiel semble toujours contre toute attente assez vaste.

Convaincre et persuader voilà à quoi la rhétorique est désormais réduite dans notre vie de tous les jours.

Convaincre et persuader pour acheter de la lessive comme du politique , peu importe qu’on paie en monnaie sonnante très trébuchante ou bien en voix, en suffrages désormais désabusés.

Convaincre et persuader n’ont même plus besoin d’objets tant tous les objets sont parvenus à une indifférenciation jamais vue dans l’histoire de l’homme.

Convaincre et persuader déclenche automatiquement la bave, la salivation pour rien.

voilà ce qui ne va pas.

Nous avons besoin de différence.

Et c’est pour cela qu’une révolution doit s’opérer dans les esprits qu’elle est déjà en train de s’opérer au moment où j’écris ces lignes.

Recréer de la différence c’est sortir d’une rhétorique utilisée à mauvais escient.

De nombreuses fois le malaise rencontré fut si grand que j’ai eu cette envie de me couper absolument de tout discours quel qu’il soit, et surtout amoureux.

Car là aussi convaincre et persuader l’autre n’est rien d’autre qu’une manipulation.

Je me suis bouché les oreilles durant longtemps, une dizaine d’années d’après mes dernières estimations.

je n’ai pas écrit une seule ligne non plus .

J’avais l’impression d’être sali tout entier par cette obsession de convaincre et persuader.

Et puis peu à peu les choses se sont tassées.

Dix ans de silence et d’oubli. La vie sans filet

La vie sans le filet de l’écriture. J’ai résisté, j’ai retenu la main.

Et puis un jour, je ne sais pas comment cela est revenu, je n’avais pas à faire d’effort

c’était simple.

Il suffisait d’ouvrir ce traitement de texte et de taper sur le clavier tout ce qui me venait à l’esprit. Sans vraiment y penser.

Sans me dire tu cherches à convaincre et persuader

sans rien me dire en fait.

Comme ça

Pour rien.

Pour aller plus avant vers ce rien, si je suis honnête.

Pour passer sous la ligne des eaux et échapper à la catégorie.

L’idée est d’exprimer quelque chose sans but à en retirer

sans convaincre et persuader qui que ce soit et surtout pas moi.

Evidemment il s’agit encore d’une défaite.

Un échec lamentable.

L’ambiguïté de la rhétorique c’est l’ambiguïté de l’écriture

on ne cherche sans doute plus à convaincre qui que ce soit

sauf soi-même.

Et on ne s’en rend compte souvent que trop tard.

Pourquoi y a t’il tant de confusion

Le chaos et la confusion sont notre état naturel. Georges Bataille je crois utilisait le mot « immanence » ce qui permet avec cette appellation différente, peu usitée de rebaptiser ces deux mots.

La notion de baptème utilisée pour indiquer un passage, pour extraire justement du chaos, de la confusion les jeunes enfants afin de leur rendre la clarté.

Cette clarté qui pour en parler, pour s’approprier la certitude de cette présence beaucoup de religions rebaptisent de noms de dieux en créant le diable au besoin .

Ils ne parlent en fait généralement que de lumière et d’ombre. Ces deux éléments constitutifs du désordre apparent. Du chaos visible à l’oeil nu.

L’immanence telle que je l’ai comprise n’effectue pas de séparation entre ombre et lumière.

Nous nageons dans l’immanence comme des poissons. Parfois nous sommes vivants, parfois nous sommes avalés par de plus gros poissons, parfois nous avalons de petits poissons nous mêmes sans que cela ne dérange d’aucune façon l’immanence.

Il n’y a que la conscience qui peut inventer le désordre, le chaos et la confusion.

Parce que le but de la conscience est de vouloir s’emparer d’objets pour projeter sur eux ce qu’elle nomme ordre et désordre, blanc et noir, jour et nuit.

Quand elle ne trouve pas la lumière ou le noir intense elle décrète le chaos.

Cependant l’ordre de la conscience, comme le désordre ne sont que des fictions.

J’écoutais hier un podcast où Anaïs Nin parlait de la publication de son journal.

https://www.franceculture.fr/emissions/anais-nin-ecrire-lintime

Elle parle dans une des trois émissions de l’écriture bien sur et de la façon d’écrire son journal totalement différente au début de la façon d’écrire un roman

Dans la rédaction de son journal elle ne se donne pas de contrainte autre que la régularité.

Elle ne se corrige jamais, elle ne structure pas ses textes comme dans un roman.

C’est un espace de liberté total.

Et elle ajoute ensuite qu’elle y découvre une structure, un dessin constitué par la conjonction des textes qui s’accumulent ainsi de thème en thèmes de portrait en chroniques, c’est une logique « irrationnelle  » dit elle soudain.

J’ai moi-même vécu cette expérience du « journal » et j’ai tout de suite capté ce qu’Anaïs Nin disait.

En ce qui me concerne je me suis toujours trouvé « faible » au niveau de la structure, du plan, ce qui m’empêche je crois d’écrire vraiment un roman. Parce que la part de logique, de calcul, de manipulation sans doute me parait ennuyeuse en premier lieu.

J’ai toujours trouvé plus amusant d’écrire « au fil de l’eau » un peu comme je péchais gamin. L’important je crois est la surprise. Découvrir des choses « après coup » comme un poisson étincelant qu’on ôte à la profondeur.

Ou du chaos ou de la confusion apparente du monde.

Et curieusement il y a bien une logique interne à tout cela mais qu’on ne peut pas aborder avec le calcul, avec le discernement habituel. C’est une exploration de l’inconscient, de ce qu’on nomme irrationnel car la raison ne peut se l’accaparer.

Pourquoi y a t’il autant de confusion ? je dirais qu’il y a beaucoup trop de raison et ce sera suffisant.

Inutile de rajouter encore plus à cette confusion n’est ce pas …

Illustration Jason Pollock Mural

Des gamins aux larges épaules

Il faisait très froid comme aujourd’hui lorsque j’ai ouvert « la harpe d’herbes » ce recueil de nouvelles écrites par l’écrivain américain Truman Capote.

Au fur et à mesure que j’avançais dans le bouquin je ne pouvais pas retenir les larmes qui montaient de plus en plus.

Ce n’étaient que des histoires de gamins. Mais si bien racontées, si rondement menées que je ne me souviens plus si l’émotion qui me secouait provenait de la manière, de la forme ou bien du fond.

Sans doute un peu des deux.

Par la suite j’ai cherché tous les livres de Truman Capote. Je ne pouvais pas me les payer tous à l’époque alors j’allais dans les bibliothèques publiques pour compléter ma collection.

Souvent j’ai repensé à ce premier livre, à cette première impression une fois que j’eus parcouru tout le reste de son œuvre.

Même « petit déjeuner chez Tiphanie » ne m’a pas bouleversé autant que ce premier livre par lequel, hasard de la lecture j’ai pénétré ses écrits.

Peut-être une résonance, un écho, quelque chose qui soudain « match » comme on dit désormais.

Bien que les gamins dont parle Truman Capote ne soient pas tout à fait les mêmes que j’ai connus dans mon enfance, il me semble désormais que la différence se joue ailleurs que sur l’époque, les caractères et les décors.

C’est une affaire d’épaule.

Les gosses de Capote sont larges d’épaule parce qu’il est un écrivain constitué ainsi, c’est un athlète de l’écrit.

Et bien sur à l’époque dont je te parle je me considérais tout simplement comme une mauviette, d’ailleurs je chialais exactement comme ça, comme une mauviette.

Ébauches

C’est dans la nuit que je peins J’ai recouvert de vieilles toiles de Gesso, j’ai collé des morceaux d’essuie-tout.

Essuyer ,essuyer tout d’hier et de demain pour être là et laisser la main aller comme un oiseau dans la nuit.

Des visages de femmes, peints à l’encre,au brou de noix.

Dévisage maladroit

Des visages maladroits.

Comment rejoindre par cette maladresse quelque chose qui illumine ?

Un premier essai une première ébauche sur un format 50x50cm

Un autre essai sur un format 80×80 cm

Pourquoi aller plus loin ?

Quel écart entre ébauche et œuvre ?

Attendre et peut être que demain ou après demain

Les écailles tomberont

Je verrai

Dans un autre immédiat

Celui qui rejoint tous les immédiats

Ou pas

Et il faudra recommencer, repartir de zéro à nouveau

Par la douleur, exister

Je ne sais plus dans quel bouquin Louis Ferdinand Céline fait parler l’un de ses protagonistes sur la douleur, la souffrance et pour cela le fait pénétrer dans une longue tirade, une interminable tirade, une logorrhée.

Cela m’avait amusé à l’époque, je crois que le titre du bouquin est « mort à crédit ».

Il fait parler le père ainsi. Et aujourd’hui je retrouve ce souvenir certainement pas par hasard. Je veux dire que ce souvenir remonte exactement au bon moment, dans cette époque difficile où la plainte est reine.

Obscène ou risible cette plainte en majuscules sur les réseaux sociaux qui montre l’inadaptabilité à la souffrance, à la douleur de nos contemporains, de toi comme moi.

On dirait bien que c’est tout ce qui nous reste. Tout ce qu’on nous aura laissé. Des plaintes et des récriminations à n’en plus finir semblables à des restes, les os décharnés de festins auxquels nous ne participons pas.

Pénétrer dans la plainte en s’affublant de masques de chiens et glapir, aboyer à tout va à toutes les ombres qui surgissent dans notre champs de vision, enserrant progressivement la bulle de bien-être, de confort rassurant dans laquelle nous patientions en attendant des jours meilleurs sans faire trop de bruit.

Bulle factice crée de toutes pièces par le besoin économique de produire non des citoyens mais des consommateurs.

En avoir pour son argent sinon gueuler jusqu’à plus soif contre le vent, contre la pluie, contre tous les scandales et les assassinats que nous octroie le paiement de notre redevance audiovisuelle.

Je paie donc j’exige. Le client est roi. Des Ubu par milliers tremblants de peur et de colère et qui exigent.

C’est ce mode de vie; ce courant « mainstream » dans lequel comme des gardons au bord de la suffocation nous nageons comme nous le pouvons.

Produire autant d’efforts et d’énergie en vain c’est cela qui est rageant. Exister par la douleur, cependant c’est tout de même exister. Je me plains donc j’existe.

Et la plainte ne se déploie plus désormais dans un livre, sur quelques pages mais dans la vie de tous les jours, au bureau de poste, au guichet de la gare, chez le boulanger, chez l’épicier, et même au bordel je parierais qu’il en va de même.

Exister et se retrouver dans la plainte, un peu comme dans les enterrements, le fou rire en moins.

J’avais vraiment aimé lire Céline. Le voyage en premier où il évoque l’absurdité de la guerre, et en creux les nombreuses tentative d’élucider l’énigme du brouillard épais que représente notre passage sur la Terre. En tant que médecin et soldat il a certainement côtoyé de près le souffrance et la douleur et pu constater à quel point celles ci nous relient les uns au autres comme la trame d’une chaîne que nous portons au cou. Certains en font des chaines et d’autres des bijoux c’est selon. D’autres encore referment pudiquement leur chemises pour ne rien montrer, pour ne rien exhiber. Pour ne pas se défouler en vain.

Le rapport que nous entretenons à la souffrance, à la douleur nous identifie certainement mieux que tout autre. Qu’on en parle ou pas d’ailleurs la justesse nous parvient au cœur par l’oreille plus souvent qu’on ne le pense.

Tenter d’en faire quelque chose en écrivant, en peignant ne sauve en rien, n’abolit pas l’idiotie face à elle. Ne propose pas non plus de l’amadouer ni de la domestiquer, de la dominer.

La douleur est un mot féminin, la souffrance aussi et ce n’est surement pas pour rien. Elle est une ouverture, un accueil et l’on doit toute notre vie apprendre en nous y introduisant à nous bien conduire.

Serrer les dents de trop nous les briserait, et trépigner ne réchaufferait pas une pièce glaciale non plus. Que reste t’il alors dans ce cas ?

Continuer comme on peut du mieux possible sans trop se trahir peut-être, une fois qu’on a compris où se trouve la source de chaleur, le foyer, le silence apaisant sous tous les tumultes.

L’agitation et l’efficacité

Hier c’était dimanche et j’ai commencé à créer les prémisses d’une méthode. J’étais très excité parce qu’ en même temps que je cherchais à classer mes idées je découvrais des pans entiers d’autres idées qui découlaient des premières. Je ne sais pas si tu as déjà construit un projet, si tu as déjà fait ce genre de truc ; noter tout un tas d’idées autour d’un mot clef et ensuite classer ces idées selon un ordre.

En fait il ne s’agit pas d’une ordre chronologique, pas non plus un ordre d’importance. Non

C’est plutôt un ordre analogique. Parce que je possède cet manière de voir les choses. J’ai un esprit analogique. Pour moi il n’y a pas de frontière entre les activités humaines quoiqu’elles soient. Un plombier peut m’en apprendre sur la mécanique des fluides, un jardinier peut m’en apprendre sur la méditation, un musicien sur la peinture. Tu es peut-être comme moi et si c’est le cas tu sais que ce n’est pas la manière de réfléchir adoptée par la plupart des gens. Cela te projette dans la marge, dans la solitude.

J’ai mis un moment à comprendre ce phénomène. Au tout début à l’école je me trouvais souvent très nul de ne pas pouvoir voir les choses de la même façon que les autres. La même façon qui était requise par la maitresse ou le maitre. Il en a résulté beaucoup de difficultés évidemment mais jamais personne ne s’est vraiment penché sur ma façon de réfléchir.

On me disait que j’étais bizarre, que j’avais de l’imagination, que j’étais fêlé, et même que j’étais complètement idiot. Et bien sur puisque tout ça venait des adultes, de personnes dites de confiance, je n’ai jamais pu les contrer de plein fouet, je n’ai jamais trouvé à l’époque les arguments pour les contredire.

J’ai suivi mon bonhomme de chemin. Cependant j’ai toujours bénéficié d’une force sans que je ne le comprenne non plus vraiment. Cette force c’est ma capacité d’inertie.

Tu me dis de faire un truc, je ne m’y oppose pas frontalement, je te dis ok.

comme ça tu ne m’embetes pas. Tu crois que c’est bouclé.

Ensuite le temps joue en ma faveur.

Une semaine passe, deux semaines, trois… parfois bien plus et je n’ai toujours pas fait ce qui est demandé.

De temps en temps je reçois une relance, un rappel à l’ordre et là aussi je dis : bien sur, mais oui, tout à fait, ok.

Mais ça nourrit encore plus mon inertie.

Je crois que ça vient de tellement loin cette trouvaille de l’inertie. Depuis que mon père me demandait de rentrer les steres de bois de chauffage en même temps que de repeindre le poulailler et de copier 100 fois je suis un imbécile.

C’est à dire qu’il me demandait de faire tellement de choses simultanément et que cela me prenait tellement de temps et d’énergie qu’il fallait bien que j’invente une parade.

Du coup je m’asseyais sur le tas de bois et j’attendais que ça passe. J’étais capable de recevoir des dérouillées formidables qui me laissaient au bord parfois de l’évanouissement. Mais je ne levais pas le petit doigt pour faire les taches demandées.

Je disais oui papa je vais le faire.

Et les jours filaient. Mon père était voyageur de commerce et il ne rentrait que le week end. J’avais effectué un ratio dans ma tête d’enfant entre le nombre de jours où je pouvais gober les mouches et les deux jours où je prenais des raclées à répétition.

Pour moi c’était clair ça valait le coup.

Ensuite j’observais le monde. Quand je dis « gober les mouches » c’était exactement ça observer le monde.

Je regardais sans comprendre toute cette agitation du monde, ses cris, ses pleurs, ses larmes, ses joies et ses peines et dans ma petite caboche j’avais la sensation d’assister à un spectacle de guignol.

Je connaissais guignol depuis que ma grand mère m’avait emmené au Jardin du Luxembourg pour voir un spectacle pour enfant. J’avais reçu un véritable choc à l’époque et en regardant les autres enfants assis autour de moi je ne comprenais pas ce qui les faisait rire. En ce qui me concernait le spectacle que je voyais c’était celui que je voyais tous les jours dans ma campagne bourbonnaise. Toutes les personnes autour de moi étaient des personnages du théâtre de guignol. Et si ça se trouve mais je n’ai pas vraiment eu de confirmation, j’étais moi même Guignol en mon for intérieur.

Sauf que moi, je ne m’agitais pas. Je refusais carrément de m’agiter. J’étais contre cette forme de faiblesse qui consiste à suivre ses sensations, ses pulsions, et à dire et faire quasi n’importe quoi.

donc je me taisais et j’observais et déjà à l’époque je classais les événements, les idées par analogies.

J’ai développé des capacités d’observation exceptionnelles dans pas mal de domaines. J’aurais pu être acteur, imitateur, et je ne sais quoi d’autre encore si j’avais voulu en tirer partie pour gagner ma vie.

Mais ça ne m’intéressait pas d’exploiter mes dons ainsi. De faire de l’argent avec je veux dire. J’avais un tel dégout pour l’argent qui me venait du fait que j’imaginais qu’il était la cause principale de toute l’agitation autour de moi.

Je détestais l’idée d’argent. D’ailleurs je volais. Je préférais mille fois voler que d’avoir à payer des objets, des bonbons en donnant de l’argent. Voler les objets me les rendait purs.

Ils n’étaient pas souillés par une transaction financière. En plus débarrassés de tout effort pour les obtenir je ne me mêlais pas de m’y attacher trop longtemps.

A la maison je crois que tout tournait autour de l’argent. La plupart des disputes tournait autour de l’argent. Et je crois même que ma mère, avait épousé mon père parce qu’elle devinait qu’il était capable de « faire de l’argent ». Il était plus sécurisant pour elle que n’importe qui d’autre qu’elle eut pu aimer d’amour désintéressé. Je ne lui jette pas la pierre, c’est son histoire personnelle qui l’avait entrainée à effectuer ce choix.

Et mon père devait le savoir quelque part certainement. Il était d’une jalousie incroyable et lui demandait de rendre compte de tous ses déplacements et de ses faits et gestes lors de ses absences hebdomadaires.

Lui d’ailleurs ne se gênait pas pour aller voir ailleurs comme on dit. Il y avait des tempêtes autour d’un col blanc taché de rouge à lèvres assez régulièrement.

Tout cela pour moi n’était que terreur et effroi. L’insensé à l’état brut. Agitation vaine.

Et pourtant je devais adopter moi aussi par mimétisme certainement ce système de l’agitation plus ou moins. Mais comme je ne pouvais le faire réellement, je le faisais dans ma caboche en ne cessant de sauter du coq à l’âne perpétuellement.

Je me souviens encore de l’étonnement des amis de la famille que nous recevions à diner lorsqu’ils m’adressaient la parole, engageaient la conversation avec moi. J’étais capable de déployer en un clin d’œil quelques phrases comme tout le monde, je veux dire qui ressemblaient en tout point à une conversation normale, et puis tout à coup je sautais sur une idée saugrenue qui me traversait et je la disais à haute voix. Une idée qui n’avait absolument rien à voir en apparence avec ce que j’avais dit auparavant.

Genre : »oui hier nous avons étudié la chanson de Pierre et le loup et j’ai adoré reconnaitre le personnage que représente chaque instrument. Mets tu ton argent dans tes poches ou dans un porte monnaie ? » Alors je voyais le regard de la personne à qui je m’adressais dériver du mien pour y revenir avec une lueur d’interrogation, ce genre de curiosité quand on observe une espèce inconnue d’insecte ou de plante.

Je pouvais donc m’engouffrer dans l’agitation commune par réflexe tout en maintenant une position redoutable d’observateur. Ce regard était doté d’une efficacité remarquable. Je pouvais détecter le moindre mouvement corporel, tressaillement d’un nerf ou d’un muscle sous l’épiderme qui m’en disait bien plus long sur l’état interne d’une personne que tout ce qu’elle pouvait me raconter oralement.

Je crois que je me suis inventé un ami imaginaire à ce moment là. Une sorte de double à qui je conférais ce rôle d’observateur efficace tout en pouvant conserver ainsi ma présence au sein de l’agitation générale.

Agitation et efficacité sont des complémentarités désormais car dans le fond je ne pense pas avoir vraiment changé. J’ai juste appris un peu plus ce qui me constituait.

Je veux dire qu’il n’y a pas cette peur, cette angoisse qui me venait et qui transformait cet ami imaginaire en personnage fourbe et toxique de ma vie.

Il n’y a plus d’antagonisme vraiment mais une sorte de collaboration de l’agitation et de l’efficacité. Cependant bien séparées bien scindées, les psychologues appelleraient ça « clivées ».

Mais ce serait évidemment exagéré de considérer cette particularité comme un dérèglement psychologique. D’abord parce qu’avec le temps j’en suis devenu de plus en plus conscient, et ensuite parce qu’il ne s’agit encore que de mots, de symboles posés sur un phénomène que l’on considère non ordinaire.

En ce qui me concerne l’infra ordinaire m’a toujours bien plus passionné que ce que l’on appelle l’extraordinaire. L’extraordinaire est une matière à penser le moment présent pour la plupart des personnes. C’est transformer la Présence en moignon.

Les journalistes ne vivent que de ça, monter des événements en épingle pour occuper l’esprit des lecteurs et leur faire croire que par la « nouvelle » ils deviennent présents au monde qui les entoure.

En ce sens le journaliste porte mal son nom car il ne parle pas de ce qui constitue pour moi la journée.

Ce sont toutes ces petites choses que l’on a tout le temps sous le nez et qu’on ne voit pas, qui deviennent quasiment invisibles à force d’être vues, présentées et représentées.

Un peu comme la lettre que l’on oublie lorsqu’on lit. On ne s’arrête pas sur les caractères d’imprimerie d’un texte pas plus qu’on ne s’arrête sur les mots usuels vraiment. Nous les avons appris péniblement parfois à seule fin de les oublier par la suite. N’est ce pas étrange ?

Comment faire la part des choses comment comprendre que l’agitation et l’efficacité marchent main dans la main. Que ces deux mots ne sont que les deux opposés d’une polarité qui est d’être présent au monde;

Etre agité c’est ne penser qu’à une seule chose dans le fond que l’on n’arrive pas à identifier. Dont on est plus ou moins le jouet l’esclave et qui fait faire n’importe quoi parfois.

Etre efficace c’est découvrir dans cette agitation ce qui la provoque et la meut pour enfin remettre un peu d’ordre dans la confusion qu’elle laisse derrière elle.

C’est pour moi la meilleure définition que j’ai trouvé de l’efficacité.

Elle ne concerne peut-être que moi. Elle me permet de mieux comprendre le monde, de comprendre mon inertie à certains de ses appels, elle me permet d’écrire et de partager mes trouvailles. Elle me permet de vivre tout simplement.

A la fin de mon texte je veux rendre hommage à Amin Malouf pour son livre formidable sur Mani, qui était un peintre, philosophe et médecin oriental du III ème siècle.

L’action se déroule au iiie siècle après Jésus-Christ dans l’empire perse sous domination sassanide. Le fil rouge du roman se construit autour du prophète Mani, fondateur de la religion du manichéisme. Le lecteur en apprend tout d’abord plus sur les racines du prédicateur, en particulier sur la communauté elkasaïte dans laquelle il évolua jusqu’à l’âge adulte. La communauté des « vêtements blancs », comme elle est nommée dans le roman, en référence aux habits incolores qu’avaient l’habitude des porter ces groupes de croyants, est dépeinte comme un groupe à la philosophie très exigeante pour les fidèles qui se doivent d’abandonner tout plaisir terrestre pour vivre au sein de la communauté.

Nous suivons l’évolution du héros principal au sein de cet univers, souvent choqué par les injustices que subissent les fidèles qui s’égarent des prescriptions du « père » de la communauté. Le héros trouve un ami en Melchios, un fidèle de la communauté qui s’égare souvent par ses actes de la foi prônée. Après plusieurs années de patience et l’expulsion de son unique ami de la secte, le futur prophète choisi de quitter la communauté pour apporter son « message de vérité » au peuple suite à une révélation de son jumeau divin l’encourageant à le faire.

Mani entreprend donc son voyage et répand sa foi nouvelle, qui refuse de déclarer comme fausses les autres religions de l’empire, que ce soit le christianisme, le judaïsme ou le zoroastrisme, religion dominante d’alors. Selon lui, chaque religion permet de se rapprocher de dieu et l’objectif de chaque homme est de trouver la « lumière en lui » qui lui permette de dominer ses « ténèbres intérieures ». La foi syncrétique qu’il propage lui vaudra beaucoup d’ennemis, dont notamment le mage zoroastrien Kirdir qui voit en lui une menace pour la « vraie religion », c’est-à-dire pour le zoroastrisme.

Peu à peu, Mani gagnera la confiance des souverains sassanides qui lui donneront leur protection afin de lui permettre de répandre son message à travers l’empire, allant même jusqu’à avoir un accès privilégié au roi Shapur Ier. Possédant une influence certaine sur le roi, le mystique tombera pourtant en disgrâce lorsqu’il refusera de soutenir la guerre contre les romains, la guerre allant à l’encontre du message qu’il propageait.

Son rival Kirdir fera alors de son mieux pour le neutraliser, ce qui sera le cas peu après la mort du roi Shapur Ier, protecteur de Mani. Son fils cadet, Hormizid Ier, succède à son père et compte propager le message manichéen à travers l’empire, convaincu par le héros principal. Hormizid est pourtant empoisonné par Kirdir, lors d’une cérémonie religieuse permettant l’accession au trône perse. Son frère qui lui succède, Varham Ier, ne tardera pas, sous l’influence du mage zoroastrien, à confondre Mani et à le condamner à mort.

Possible que cette référence au manichéisme arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Mais c’est aussi une chose que j’ai apprise de faire confiance à ce qui surgit dans ma pensée soudain comme insolite et l’accueillir sans jugement, comme de le restituer.

Ainsi que je le dis sur la page d’accueil de mon site je ne me considère pas détenteur de savoir, propriétaire. Je suis juste un passage, un tuyau… J’ai mis longtemps à l’accepter mais c’est ainsi.

Importance des symboles

C’est par les 5 sens que nous percevons les symboles. C’est à partir de ces 5 sens et de ces symboles qu’une pensée particulière surgit proche de l’intuition mais ne l’est pas encore. Cette pensée se nomme « l’association. » Une association d’idées qui par analogie dépasse en vitesse le discours et sa logique interne.

La seule différence que je perçois entre l’intuition et l’association d’idées c’est l’expérience.

Il n’y a que l’expérience de nombreuses configurations d’événements traversés qui permet en un instant et avec cette rapidité qu’on lui connait de percevoir cette issue que l’on appelle intuition.

Sans doute que si l’on place l’esprit dans une obsession de façon prolongée, comme par exemple la recherche de stratégies aux échecs, l’impression de spontanéité dans le déplacement des pièces ressemble t’elle à un coup de chance alors qu’elle n’est que le fruit d’une longue maturation de l’esprit, dans l’hypnose de toutes les possibilités étudiées.

Comme une issue à l’hypnose se manifestant par un jet de dés. Par l’intervention du Hasard qui n’en est jamais vraiment un.

Car qu’est ce qu’un véritable hasard ? le déraillement d’un train, l’écroulement d’un pont et un gain à la loterie nationale n’en sont pas des hasards. Ce sont seulement des manifestations en bout de chaînes de suite logique de conséquences dont nous ignorons l’implacabilité, ou que nous ne désirons pas voir tout simplement.

Le symbole est une forme concentrée de savoir d’expériences qui, immédiatement déclenche par l’un des 5 sens une réaction puis une pensée et enfin une intuition tout cela dans un laps de temps extrêmement rapide dont on ne peut s’apercevoir. qu’on ne peut pas comptabiliser. d’ailleurs on ne prête même pas attention à ce mécanisme, l’aspect simultané entre le contact du symbole et ce que nous en retirons comme information le place depuis toujours dans le territoire de l’imaginaire, de la magie.

Nous conduisons et soudain nous voyons surgir le panneau Stop. On ne s’interroge pas, on freine et on s’arrête ( en principe lorsqu’on a étudié les symboles du code de la route bien sur )

L’effet que produit sur la cervelle par l’intermédiaire de la vue le panneau de signalisation indique la nécessité d’une réaction à la fois immédiate et sans réflexion. Un réflexe.

A bien y réfléchir ce serait difficile de ne pas comprendre que tout ce qui nous entoure est de l’ordre du symbolique.

Un jingle de pub, la musique du générique de notre série préférée, le ton particulier qu’emprunte le speaker pour évoquer le drame ou le plaisir à la télévision, pour donner quelques exemple de symboles qui nous parviennent par la voix auditive.

En outre le symbole possède souvent deux versions comme le yin et le yang ou comme le double visage de Janus. » Le diabole » dont on tirera le terme de diable indique une division au sein de tout principe de tout symbole. Et cette division est non seulement nécessaire à l’équilibre des deux parties mais est le germe de toute évolution car elle crée le mouvement par le frottement, l’énergie des deux parties mises en présence.

Il est possible que les hiéroglyphes égyptiens contenaient bien plus d’informations utiles à ceux qui savaient les déchiffrer que n’importe quelle autre écriture profane où il est question d’effectuer des opérations abstraites compliquées pour découvrir le sens.

La spontanéité de l’interprétation du signe, du dessin avec le hiéroglyphe est immédiat. On retrouve cette notion d’écriture symbole dans de nombreuses civilisations anciennes. Cela ne signifie pas que les anciens n’étaient pas en mesure d’effectuer des opérations abstraites, bien au contraire ils avaient surement découvert bien avant nous que le discours tournait en rond et qu’il ne servait pas à grand chose en cas de danger, de crise, autrement dit dans la vie de tous les jours.

En revanche celui qui maîtrise la puissance des symboles peut les manipuler à son avantage et ainsi assurer sa domination sur tout un peuple. Je ne sais pas si nos politiques actuels connaissent dans la profondeur la puissance du symbole mais il semble certain que mal utilisé tout symbole peut se retourner contre celui qui désire sans servir dans son intérêt personnel seulement.

La fameuse Svastika que l’on attribue aux hindoux généralement, mais que l’on retrouve dans de nombreuses civilisations éloignées de l’Inde, et qui fut le symbole de l’Allemagne Nazie avait été inversée. Nul n’était besoin d’être prophète en la matière pour comprendre qu’à l’origine même de ce projet dément de race « pure » qui dominerait le monde la programmation inconsciente si l’on veut de l’échec était déjà inscrite dans l’inversion de son symbole majeur.

Pour plus d’infos sur le symbole de la svastika voici un lien vers un article de Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Svastika#:~:text=Le%20svastika%20ou%20swastika%2C%20%E5%8D%90,%2C%20en%20Oc%C3%A9anie%2C%20aux%20Am%C3%A9riques%20(

Ecrire c’est se rendre compte du silence.

Un silence fracassant qui advient à chaque fois.

à la fin de chaque texte et qui le balaie

comme le balais les feuilles mortes de l’automne.

Un silence qui dit plus fort encore ce que les mots on tenté

maladroitement de dire.

Un silence qui s’avance avec son masque affreux de vanité

au début

et dont j’ai peur comme un petit enfant

qui apprend à devenir homme.

Toujours et encore à plus de 60 ans.

J’ai tenté de nombreuses fois de l’amadouer

ce silence

de le séduire comme je sais si bien faire

mais il ne se laisse pas séduire ainsi

aussi facilement

aussi négligemment

De temps en temps il arrive qu’il tombe le masque

que les portes s’entrouvrent

et je reste là sur le seuil

sans mot

comme un idiot

en me disant

il y a tant de choses encore à dire

comment les dire

et le silence me sourit

oui il sourit

comme une femme aimante

comme la terre au matin nimbée de lumières douces

comme une aurore

qui me donne le courage

de lutter contre le bruit

contre tous les bruits en moi

en moi seulement

pour saisir la musique

la musique derrière ce silence.

Une étrange forme de justesse.

La plupart des personnes ne peuvent accepter de se retrouver seuls face à un deuil. Le plus souvent elles vont chercher une aide extérieure qui les aidera à s’extraire de la pétrification dans laquelle la perte nous installe. C’est une réaction normale de survie.

Cette idée ne vient pas tout de suite. D’abord il y a des étapes à franchir.

En premier lieu il y a tout d’abord à visiter ce sentiment de profonde tristesse qui nous coupe du monde et de notre vie d’avant.

Puis vient le désintérêt pour le monde environnant qui se transforme parfois en repli sur soi, et cette période peut être plus ou moins longue.

On abandonne toutes les activités habituelles car elles semblent dérisoires, voire même trahir la mémoire de l’objet de notre perte. On ne pense qu’à cela et tout le reste autour n’a plus de réelle importance, plus aucune solidité.

Quand aux sentiments, ils sont mis à l’écart sauf la tristesse, on ne peut pas remplacer un sentiment par un autre à ce moment là, cela semble impossible de s’investir dans une nouvelle affection. On pense qu’elle sera toujours au dessous de celle dont nous tentons de faire le deuil.

Pour faire face au deuil, un vrai travail sur soi commence alors à condition qu’on désire vraiment en finir avec la tristesse.

Cela commence par l’acceptation de la perte

Parvenir à exprimer la souffrance provoquée par la perte

Changer de décor pour ne pas se retrouver confronté encore à la présence de l’être absent.

On peut déplacer les meubles, repeindre les murs, ou bien déménager carrément pour trouver un nouveau lieu de vie.

Effectuer un retrait affectif et réinvestir de nouvelles personnes est sans doute une des choses les plus difficiles à réaliser. On a l’impression de voir mourir une seconde fois la personne au début.

Donc pour résumer ces étapes seraient :

  • Le déni et l’incompréhension
  • La phase de colère, d’agitation
  • La phase de dépression et de désespoir
  • la phase de reconstruction et d’acceptation

Evidemment nous ne sommes pas tous égaux devant une telle situation et les réactions seront différentes selon les individus, mais le schéma reste toujours à peu près le même.

Je n’irais pas jusqu’à dire que traverser un deuil est une chance extraordinaire, mais il faut reconnaître tout de même la valeur transformatrice d’un tel événement. Car dans le fond lorsque cela nous arrive nous sommes dans une sorte de confusion vis à vis de l’objet véritable de cette perte.

Est ce une perte personnelle, cet attachement que nous avions envers l’autre et dont nous devrons faire le deuil comme d’une partie importante parfois de notre vie ?

Est ce vraiment du chagrin qui provient de l’autre seul, qu’on ne reverra jamais ?

C’est ce mélange dans lequel le choc psychique provoqué par la perte nous installe.

Imaginons cependant quelqu’un qui ne se remet jamais de tous les deuils traversés et qui posséderait en même temps cette conscience et cette mémoire de tous les disparus , et de tous ces « lui-mêmes » qu’il trimbale depuis des années, comment pourrait il s’en sortir ?

Peut-être qu’il n’a pas envie de s’en sortir tout bonnement. Peut-être possède t’il une forme de justice et de justesse et qu’il ne cède pas à la superficialité, à la légèreté que nécessite la survie véritable à tout deuil.

Peut-être que ça lui sert à quelque chose égoïstement, une forme d’acceptation étrange de ne pas changer de carte en cours de chemin. Quitte à posséder une très mauvaise main.

Cette main qui en règle générale tient le stylo pour écrire ou le pinceau pour peindre.

Feuilleton dans le désordre.

Notes du 28/4

Dans l’écriture d’un roman on s’attend à une chronologie logique, un premier chapitre qui expose l’univers quotidien du principal protagoniste et on tente en peu de pages, avec quelques indications de le faire comprendre par le lecteur et de provoquer l’empathie. Pour cela une méthode est de le faire passer si je puis dire par 3 filtres principaux qui sont la sphère intime, la sphère de ses proches, familiale, amis, et la dernière plus sociale.

C’est donc ce que je tente de faire en ce moment.

Pour ceux qui me suivent vous retrouver donc l’inspecteur Blanchard et on en découvre un peu plus sur lui.

C’est parti, bonne lecture.

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Maurice Blanchard ouvrit les yeux et pendant quelques secondes comme chaque matin désormais il se demanda pourquoi il se réveillait aussi énervé. Puis comme chaque matin cette question resta sans réponse car elle était remplacée par tout un tas d’habitudes qu’il avait patiemment mises  en place depuis le décès de son épouse.

Quelques jours à peine après l’enterrement il avait téléphoné à un agent immobilier afin que celui-ci estime leur maison. Evidemment il avait été surpris par le chiffre pharamineux que le type lui avait donné, et pour en avoir le cœur net il avait relevé, grâce à Google tous les téléphones des agences du coin pour convoquer leurs agents et écouter tous les sons de cloche.

 Ainsi en recoupant les divers avis il avait pu se faire une idée à peu près juste du prix du marché et comme il désirait se débarrasser de cette affaire au plus vite il avait congédié tous les arracheurs de dents pour ne garder qu’un jeune type, un peu timide, environ la trentaine et qui s’était empêtré dans ses explications mais qui lui paraissait honnête.

Pour ne pas être dérangé par les visites il avait bradé une partie du mobilier à un brocanteur pour une somme dérisoire, en avait donné une autre partie à Emmaüs, et n’avait conservé que le strict minimum  pour s’installer rue des Poissonniers, à deux pas de son travail, dans un appartement en location.

Ce n’était pas bien grand mais cela lui suffisait. Il passait la plupart de son temps dans la rue, ou dans son véhicule de fonction, ou encore dans son bureau rue Marcadet à taper d’interminables rapports.

Cette partie du boulot était celle qui l’ennuyait le plus.

 Et encore il tentait de choisir ses mots non pas pour paraitre original vraiment mais pour sortir des sentiers battus et rompre la monotonie.

En quittant sa banlieue il s’était senti à la fois triste et soulagé. C’était comme une sorte de nouvelle vie qui commençait, la dernière partie de sa vie puisque dans quelques mois tout cela serait terminé il serait à la retraite.

Il aurait pu partir en retraite depuis longtemps car il avait déjà fait ses 27 années requises et de plus une bonification spéciale pour les personnels de police lui  offrait 4 trimestres supplémentaires  tous les 5 ans.

 Avec la réforme Macron qui tendait à éliminer peu à peu  toutes les spécificités y compris chez les fonctionnaires de police  et installer un système de retraite par point au lieu d’annuité,  il se sentait comme un caniche à qui on aurait promis durant des années un os  pour le faire courir et qui disparaitrait probablement sitôt qu’il franchirait la ligne d’arrivée.

Il savait  pourtant qu’il ne risquait plus grand-chose à son âge, le nouveau système toucherait ses collègues nés à partir de 1963 aux dernières nouvelles, et lui était de 60.

Mais les choses pouvaient bien encore changer avec ce gouvernement qui ne cessait de dire blanc le matin et noir le soir.

Cette histoire de retraite le taraudait depuis des semaines et il échafaudait tout un tas de plans à la fois pour la désirer comme pour la repousser.

 Dans le fond de lui-même il était amer en raison d’une carrière qu’il désirait  prestigieuse à ses débuts,  mais lorsqu’il acceptait de regarder les choses en face elle n’était plutôt qu’une succession d’échecs dont il n’était pas particulièrement fier.

Seulement c’était cela sa vie et l’ambiance du boulot allait probablement lui manquer, les odeurs de la rue, les camions poubelles passant aux aurores le matin, suivit de près par l’acharnement des balayeuses, l’adrénaline qui soudain arrivait par flot lors des flags, les bars de nuit, les putes et les voyous finalement étaient les seules personnes qu’il connaissait le mieux, presque intimement si  on peut dire et ses collègues bien sur.

 Finalement la frontière était assez mince entre eux contrairement à ce que pouvait imaginer le moindre quidam qu’il croisait et pour lequel en général il avait longtemps entretenu  une forme de compassion proche du mépris.

Que pouvait bien comprendre réellement les citoyens au boulot des flics ? Pas grand-chose.

Lorsqu’il y avait un attentat ils étaient en première ligne pour se faire descendre et on les applaudissait, puis, quand une racaille de banlieue se faisait un peu bousculer on les caillassait pendant des semaines. Le  fait que Blanchard fut inspecteur ne le dédouanait pas d’éprouver une solidarité pour les plus humbles de ses collègues. Il avait gravit péniblement les échelons, il savait lui de quoi il parlait.

Ce n’était pas comme ces jeunes arrogants qui débarquent désormais avec le même grade parce qu’ils on fait quelques études. Il en voyait passer régulièrement, des stagiaires la plupart du temps, ces blancs becs ne connaissaient rien à la vrai vie  ils avaient la tête dans leur manuel de procédure.

Cette prise de conscience tardive l’avait enclin progressivement  à la modestie et à s’intéresser de plus près aux autres paradoxalement.

C’est ainsi que dans le quartier de Château Rouge où il avait trouvé ce petit appartement après le décès de son épouse, abandonnant la maison de banlieue devenue trop grande, il connaissait désormais de plus en plus de commerçants et mêmes quelques  particuliers.

Au début il s’efforçait un peu pour trouver un bon mot à dire, mais il faisait toujours trop compliqué et puis dans le quartier l’information qu’il était flic s’était répandue rapidement , il préfèrait prendre le parti que tout le monde  savait désormais qu’il était flic et se méfiait.

Quand il demandait à Youssef l’origine des mangues qu’il lui achetait sur le marché de Château Rouge  l’autre était toujours un peu évasif. Du coup il finit petit à petit de se contenter d’un

-salut Youssef ça baigne aujourd’hui ? Ce qui détendait désormais l’atmosphère considérablement entre eux comme avec tous les autres commerçants du marché.

Il allait emprunter la rue Custine en espérant que cette fois les feuillages des platanes seraient plus denses et projetteraient des ombres rafraichissantes sur la chaussée et les trottoirs car une chaleur épaisse était tombée sur la ville. Cette marche qu’il effectuait pour se rendre de son logis au commissariat lui était bénéfique à condition bien sur de ne pas arriver là bas complètement trempé de sueur d’autant que quelques jours auparavant la clim était tombée en panne dans les locaux.

Il repensa quelques instants à ce jeune stagiaire qu’il avait accompagné quelques jours deux semaines auparavant dans une enquête concernant l’agression d’une petite vieille du boulevard Barbes. Et l’agacement lui revint comme on se réveille après une nuit agitée. Ce jeune peigne cul lui avait brandi tout un tas d’articles de loi en lui signifiant qu’il ne comprenait pas pourquoi  Blanchard ne respectait pas la procédure à la lettre. Il s’était contenté de hocher la tète à ce moment en là en se souvenant que lui aussi quand il était entré dans la police était animé d’un zèle qu’il avait découvert suspect depuis. Il s’était contenté de dire on est des flics mais on est aussi des êtres humains ce qui avait provoqué une moue étrange sur le visage de son cadet.

En apercevant l’ombre il se hâta de rejoindre le trottoir de gauche et éprouva immédiatement une sensation de fraicheur.

En quittant sa banlieue il s’était senti à la fois triste mais aussi soulagé. C’était comme une sorte de nouvelle vie qui commençait, la dernière partie de sa vie puisque dans quelques mois tout cela serait terminé il serait à la retraite.

En arrivant devant les escalier de la rue Durandon qui menait à la Butte il aperçut la môme bijoux assise en train de pleurer.

– Salut la môme qu’est qu’y t’arrive ?

-Des p’tits cons m’on fauché mon larfeuille, c’est pas qu’il soit bien rempli mais j’avais d’dans toutes mes économies. Mon pauvre Maurice c’est plus comme avant même nous on se fait dévaliser.

Blanchard sentit la colère monter puis il se calma ça ne réglerait rien il fouilla dans ses poches et tendit un billet de 20 euros à la môme qui avait l’air d’avoir été déterrée d’une sépulture égyptienne.

Puis il tourna les talons et il entendit sa voix éraillée qui lui disait

-Maurice au grand cœur t’es un amour. Puis il y eut le bruit d’un crachat mais il ne jugea pas pertinent de se retourner pour savoir si c’était la vieille qui en était l’auteur.

Il savait qu’il y avait 1 chance sur trois pour que l’histoire de la môme soit vraie mais c’était le début de l’été, quelque chose dans l’air d’ineffable inspirait la bonté et peu importait d’avoir ou non une bonne conscience cela il le savait aussi.

Dans les locaux du commissariat de Marcadet la chaleur était omniprésente et l’activité fonctionnait au ralenti.

Blanchard salua quelques uns de ses collègues brièvement afin de n’avoir pas à leur serrer la main qui probablement laisserait une sensation moite désagréable.

Il alla s’installer à son bureau ou une  jolie pile de dossiers l’attendait  son tonneau des Danaïdes personnel pensa t’il et il déboutonna les poignets, replia soigneusement chacune de ses manches pour se mettre au travail.

C’était le début d’après midi, il avait prit sa matinée pour se rendre chez le dentiste en raison d’une molaire qu’il avait finit par abandonner comme plusieurs autres depuis quelques mois.

-Si vous pouviez vous abstenir de fumer lui lança à un moment le dentiste. Il classa l’info dans un coin de sa tête comme tant d’autres et un instant pourtant il revit le visage de son épouse passer lui assenant le même conseil.

-Maurice tu fumes trop…

IL faut surpris dans sa rêverie par la porte qui s’ouvrit brusquement et la silhouette de Caïn le commissaire qui venait le visiter en personne ce qui était plutôt rare.

-Maurice il faut qu’on parle. Et il agrippa la chaise pour s’asseoir face à Blanchard qui trouva soudain que la température avait encore monté d’un cran.

Blanchard eut alors le pressentiment que si Cain se trouvait en face de lui à cet instant quelque chose de grave était arrivé et la seule chose grave quand il cherchait rapidement dans sa mémoire était d’être à nouveau replongé dans une sale histoire la plus sale histoire de sa carrière de flic qu’il avait d’ailleurs foirée lamentablement.

-vous êtes le meilleur dans ce genre d’affaire Blanchard et vous connaissez la région comme votre poche. Puis Cain plaça devant lui la photographie d’une gamine qui avait du être horriblement torturée avant d’être tuée sauvagement.