Résistance et structure

Je suis depuis très longtemps obsédé par la structure de mes écrits. Comment structurer tout ça pour le rendre « présentable »…

Je crois qu’en étudiant le terme de résistance j’ai trouvé une piste intéressante.

La structure ne vient sans doute pas de la pensée, de la volonté, mais de la résistance justement à la pensée et à la volonté.

Quand je pense au mot structure je pense à l’os, au squelette, à l’ossature.

La structure est une contingence de la résistance.

Contingence parce qu’elle n’est sans doute pas nécessaire autant que l’est avant tout cette résistance.

C’est de la résistance au vent que les plantes tirent leur structure, à la résistance à la soif qu’elles plongent dans les sols leurs racines lentement et qu’elles échangent entre espèces.

Tout ce qui vient de la pensée et de la volonté est artificiel dans le domaine de l’art comme dans de nombreux domaines.

Il me semble qu’il suffit juste de résister dans la régularité de tous les jours, de toutes les nuits pour que la forme parvienne à sa maturité, pour que l’équilibre surgisse. Un équilibre qui rejoint l’équilibre global et qui n’a rien à voir avec la symétrie.

Une pointe de blanc résiste parfois à des avalanches de bruns ainsi et crée soudain la structure d’un espace qu’on reconnait immédiatement. C’est ce que j’ai appris de la peinture flamande qui devait résister dans des règles protestantes à l’usage « endiablé » des couleurs.

Oui, ça me semble pas mal pour aujourd’hui… la résistance crée la structure

Mais ce n’est pas conscient et c’est là toute la difficulté, il faut s’engager profondément dans la résistance comme dans l’inconscience , sans doute pour que cela soit évident.

Autofiction et analyse

L’écriture, dans la rédaction d’un journal, de chroniques, dans ce qu’on appelle désormais « l’autofiction » a t’elle une relation avec l’analyse telle qu’on la pratique en tant que patient ?

Même si personnellement je n’ai jamais entrepris de cure analytique, et pour le peu donc que je sois en mesure d’appréhender de cette expérience, je vois un rapport, une similitude.

Concernant la durée en premier lieu. Si une cure dure en moyenne dix ou quinze ans a raison de 2 ou 3 séances par semaine, apprendre à écrire prend approximativement le même temps.

Il faut un temps pour débloquer la parole, comme l’écriture afin qu’elle devienne plus spontanée et qu’elle ne rate pas sa cible en même temps. Pour que celui qui écrit mette le doigt sur les obsessions, sur la récurrence ou l’occurrence de l’obsession.

Vis à vis de la cure, j’ai tout de même effectué quelques tentatives, j’avais droit à trois séances gratuites et toute ma concentration à cette époque s’était mobilisée pour tenter d’entrevoir les bénéfices et les inconvénients d’une telle démarche sur le long terme.

Si j’utilise le mot de « cure » c’est que j’aurais pu à un moment aussi m’engager sur la voie ecclésiastique, devenir curé qui sait..

Ce qui m’a arrêté c’était la somme d’argent que ça allait me couter, la notion d’investissement sur moi-même de façon narcissique, égocentrique. J’avais déjà investi beaucoup de temps et d’argent de cette façon là justement par l’écriture.

Les premiers souvenirs de l’écriture d’un journal remontent à mes 20 ans. Et durant 20 ans j’ai écrit quasiment tous les jours sur ma personne. jusqu’à la quarantaine.

Au début en totale ignorance de ce que j’écrivais. Je croyais que décrire quoique ce soit avec des mots suffisait simplement à représenter les choses du monde extérieur de façon exacte claire irréfutable, et que toute la difficulté de l’écriture se résumait à choisir les bons mots.

Je ne me rendais pas compte de cette illusion que représente l’extérieur, les lieux, les personnages, les objets. Ecrire était une façon de créer cet extérieur, en tant qu’objet d’attention en empruntant le mode de la naïveté, tel un enfant l’utilise pour le dissocier de lui-même et ainsi probablement découvrir ce « lui-même » en tant qu’opposé.

Je me souviens de cette difficulté à écrire. Surtout cette difficulté à relire ce que j’avais écrit. C’était à première vue d’une telle nullité, d’une telle maladresse, un ramassis de clichés, de banalités comme on dit. Et puis que d’émotions aussi dans ces textes, une sorte de délire boueux constituée de clichés là aussi.

Cependant j’avais découvert que ça me faisait un peu plus de bien d’écrire que de ne pas le faire, ça donnait un axe à ma journée, comme une solidité qui, puisque ça fonctionnait, ne devait pas être aussi illusoire que le contenu de mes écrits.

J’ai très vite accepté la régularité d’écrire car le bénéfice de cette régularité était immédiat.

Et maintenant que je l’écris je pourrais me demander si je n’aurais pas pu trouver ce même bénéfice dans n’importe quelle autre activité qui ne soit pas un « travail » au sens d’un travail subordonné. Ce que j’avais aussi découvert dans l’écriture c’était un travail « libre ».

Grande différence entre « subordonné » et « libre ». Subordonné je ne suis le maitre que de ma force de travail que je loue à une entité possédant le cadre et les outils de production.

Libre je reste maitre de ma force de travail, maitre du temps que je lui accorde, maitre des lieux où je décide de le faire. que ce soit à la table de ma chambre meublée, dans un café, sur un banc public, je suis en mesure de choisir, ce que ne peut faire quelqu’un qui pratique le travail subordonné.

La lecture de Marx je devrais plutôt dire son survol, m’a apprit par la suite ce genre de petite chose.

Mais à l’époque j’étais clairement dans ce malaise que provoque la subordination et la seule solution à ce malaise fut de me créer un espace de liberté.

L’écriture était une tentative de m’extraire de ma condition. Condition que j’appréhendais d’ailleurs assez mal.

Je venais d’un milieu petit bourgeois, mon éducation était directement issue de ce milieu. Mais à 16 ans je me suis révolté et ai cru m’en détacher, je désirais explorer comme on dit le vaste monde.

Ce qui m’entraina vers une autre condition immédiatement, misérable, car je m’étais mis à vivre soudain hors du confort , la plupart du temps usant d’expédients et dans des lieux insalubres.

L’art, l’idée que je me faisais confusément de l’art m’avait aidé à la fois à m’évader de cette condition petite bourgeoise et de cette pensée que je considérais alors trop étriquée comme des buts qu’elle me proposait d’atteindre.

Ces buts je les considérais , trop prévisibles et ennuyeux de prime abord. Je m »étais révolté et je m’étais enfui n’ayant pas d’argument clair à opposer à l’époque pour expliquer mon malaise.

La seule lumière que je voyais c’était l’art. C’était cette envie d’être libre de mon temps, que je voulais utiliser pour réfléchir, pour créer.

Cependant je ne me rendais même pas compte que les objectifs que je visais au travers l’art était exactement les mêmes que ceux que j’aurais pu viser en acceptant de suivre des études supérieures « dignes de ce nom » et décrocher une bonne place par la suite.

« Réussir » finalement était cet objectif.

Réussir à devenir un écrivain était animé par la même sorte d’illusion, celle là même que je rejetais : obtenir une place au soleil par n’importe quelle autre activité de médecin, d’avocat, proposée par mon éducation.

Cette erreur de but me poursuivit durant une dizaine d’années et sans doute fut elle nécessaire afin de mener mon apprentissage finalement.

Mon éducation m’avait transmis qu’on ne pouvait rien atteindre sans effort, sans travail.

Il était évident que pour devenir écrivain il fallait que je me mette à travailler. Et en premier lieu à lire. Sans doute n’aurais je pas dévoré tant de livres, avec une telle avidité si je n’avais pas eu un tel désir de combler du manque. Car bien sur il fallait manquer de quelque chose pour continuer à rêver de l’atteindre.

J’étais déchu, je m’étais déchu moi-même, mon âme s’était éloignée du Père volontairement dans la désobéissance à sa volonté. Il fallait donc le payer cher en premier lieu puis par la suite rêver de rédemption, du retour du fils prodigue avec évidemment les bras chargés de l’œuvre, si possible rédemptrice de tout ce qu’ils avaient eux aussi traversé de sacrifice.

Quand je dis que l’amour c’est tous les jours, ce n’est pas une blague. Et l’amour, la psychanalyse, l’écriture plus je vieillis plus je découvre que tout cela est synonyme.

10 ans donc d’apprentissage propulsé par un désir de rédemption du monde, ne lésinons pas. Le Christ recrucifié encore une fois de plus. Rien de bien nouveau sous le soleil.

Puis il y eut une première prise de conscience de l’absurdité vers la trentaine. En tous les cas un vrai doute qui me fit trébucher. J’aurais pu devenir sérieux à trente ans et devenir responsable d’une famille, et être heureux. Mais à l’époque cette idée d’être heureux ne voulait pas dire grand chose. J’étais déjà allé tellement loin dans la solitude que cette notion de bonheur avec autrui ou dans un statut qui puisse ressembler à ce que la plupart des gens nomment ainsi, je n’étais pas en mesure d’y accéder.

J’étais entré dans un labyrinthe au début de ma vie par colère et par peur et en m’égarant de plus en plus dans sa complexité j’avais fini par découvrir une manière de m’occuper.

Je ne m’occupais même que de moi-même absolument ayant enfin découvert que ce que j’appelais l’extérieur à 20 ans était devenu ma « vie intérieure ».

J’étais sur une autre fréquence du monde, je l’avais accepté. Les autres existaient, le monde existait, j’avais mis 10 ans à comprendre que je n’y comprenais absolument rien.

Que tout ce que je pensais ne regardait que moi seul. Mes doutes concernant l’écriture atteignirent au paroxysme quand je compris qu’il fallait mettre celle ci sur l’un des plateaux de la balance, sur l’autre plateau il y avait le monde justement, une femme et un enfant. J’avais un peu de discernement, suffisamment pour comprendre qui allait l’emporter.

Et pendant quelques mois je fus presque soulagé de l’écriture. Je retrouvais une vie simple, une vie où l’on échange des banalité avec l’autre, parce qu’on n’a pas besoin de dire grand chose. Parce qu’on éprouve cette sensation de satiété telle qu’elle colore de silence de banalité sans que cela ne nous dérange.

La passion dura peu tellement peu que je peux mesurer à quel point la solitude qui était la mienne s’était enivrée de la présence de l’autre qu’elle en avait presque tout de suite épuisé son mystère.

C’est donc à la trentaine que je me suis aperçu que je cherchais à « soigner » quelque chose.

Que j’étais sans cesse à la recherche d’une guérison. J’avais pour cela utilisé la fuite, l’art, la solitude de l’écriture, l’enfermement et la rêverie pou tenter de soigner cette plaie, réelle ou imaginaire. L’amour et la quiétude me proposaient cette satiété telle que je l’avais connue autrefois et que j’avais déjà rejetée. Je tentais donc de m’y engouffrer comme je le pouvais en endossant le statut de père et d’homme responsable d’autrui et de lui-même.Je déployais maints efforts afin de développer cette image de solidité de force apte à faire face à toutes les épreuves.

J’appris ce faisant qu’on ne peut aller contre sa propre nature par l’échec cuisant que cette tentative ne manqua pas d’essuyer.

Il s’en suivit 10 années étranges au cours desquelles je continuais à écrire tout en tentant de faire carrière dans une entreprise afin de revenir au monde de tous les jours, au quotidien. J’étais seul à nouveau et je prenais garde de n’avoir que des aventures sans engagement ne désirant pas créer plus de désordre que ce que j’avais déjà crée.

Je continuais à croire que j’allais parvenir à réaliser tôt ou tard un chef d’œuvre littéraire.

et parallèlement je m’étais mis à reprendre les pinceaux pour me changer les idées.

La peinture était quelque chose que j’avais pris soin de mettre à l’écart durant longtemps, elle me rappelait trop ma mère. D’ailleurs entre 20 et 30 ans nous n’avions eu aucune sorte de contact, pas une seule lettre, pas un seul coup de fil. Le même laps de temps où j’avais laissé les pinceaux de coté finalement. Je dessinais, réalisais des esquisses, des croquis mais je ne peignais pas et je prenais comme excuse que je n’avais pas la place pour le faire, mes lieux de vie étant trop exiguës, et puis je ne pouvais pas non plus chasser plusieurs lièvres en même temps. Car évidemment il y avait cette nécessité absolue que quelque soit le moyen artistique employé il fallait absolument qu’il conduise irrémédiablement au chef d’œuvre.

Pourtant quelque chose soudain se dénoua et j’achetais des gouaches et du papier. Même si j’avais une formation artistique je décidais aussi d’y renoncer pour revenir à l’émotion première des peintures enfantines.

Je me mis alors à peindre des illustrations à la gouache avec un grand plaisir et j’avais pris comme prétexte le conte du joueur de flute de Hamelin. Celui qui avait proposé de dératiser le village grâce à sa musique, que l’on avait ensuite trahit et qui avait du coup emporté tous les enfants pour se venger.

On ne fait jamais assez attention aux choses que l’on fait au moment où on les fait. Il faut parfois des années de recul pour les comprendre. Parallèlement à ces peintures à la gouache j’avais entrepris aussi de me lancer dans la confection de sculptures en papier mâché. Le premier personnage que je créais était Saint Antoine de Padoue probablement suite à la lecture de Flaubert qui m’avait fortement impressionné par la similarité des doutes que j’y retrouvais.

Peu de temps après avoir réalisé ces peintures et cette sculpture je déménageais de la cellule monacale dans laquelle j’avais vécu presque dix ans pour habiter une maison en banlieue parisienne. Quelques semaines après avoir emménagé je reçus un coup de fil de ma mère car j’avais fait installer le téléphone et je n’avais pas pensé à mettre le numéro en liste rouge.

J’aurais pu me satisfaire de ce concours de circonstances extraordinaires mais non. L’entreprise pour laquelle je travaillais décida d’ouvrir un site sur Lyon et je sautais aussitôt sur l’occasion pour me porter volontaire à me rendre là bas. J’obtins même ainsi une sorte de promotion comme si le destin récompensait à la fois mon audace et l’entreprise ma bonne volonté.

Lyon me déçu presque aussitôt que j’y arrivais. J’étais encore tellement lié à Paris, du reste que savais je vraiment des villes à part celle ci ?

Je me concentrais donc à mon travail dans la journée et bien sur je continuais à écrire chaque jour sur de petits carnets que j’alignais au fur et à mesure des mois sur une étagère comme des trophés.

Je venais d’acheter un ordinateur et je passais aussi des heures à étudier son fonctionnement de façon empirique. Mon idée était bien sur de reprendre tous les textes de ces carnets, de parvenir à les assembler en quelque chose de « présentable » pour un éditeur. Et puis j’avais compris que grâce à la fonction « copier coller » j’allais probablement gagner un temps fou à réunir toutes les pièces de ce puzzle compliqué et qui sait … en faire enfin un bon roman.

a bien repenser aux motivations de cette époque entre 30 et 40 ans je crois que j’ai abandonné l’idée de génie la troquant contre celle d’utilité. Je ne visais plus tant à produire un chef d’œuvre qu’un texte dans lequel mon expérience transposée pourrait être utile à d’autres.

J’avais malgré tout beaucoup de mal à me détacher de la chronique et de l’autobiographie même si cela passait parfois par des textes d’autofiction j’en restais assez désespéré, il me manquait ce souffle, cette énergie des récits au long cours qui racontent de formidables histoires et emportent le lecteur dans l’aventure de lire pour le plaisir de lire tout simplement.

J’avais encore cette plaie à soigner par l’écriture; C’est pour cela que j’ai eu envie d’écrire ce texte pour mettre en relation la psychanalyse avec l’écriture, parce que moi pour elles ont pour objectif le soin.

Or il y a une grande ambiguïté dans ce mot de soin, de soigner. Une ambiguïté qui vient de moi.

On peut soigner une plaie

On peut aussi prendre soin à effectuer quelque chose.

La psychanalyse propose il me semble la même ambiguïté entre soigner et prendre soin et ce pour tous les acteurs qui « tournent » si j’ose dire autour de cette notion du soin.

Prendre soin, c’est faire attention au travers l’éducation que j’ai reçue.

Est ce que faire attention est la bonne expression ? On dit parfois aussi « prêter de l’attention » ce qui déjà est plus élégant et aussi ce qui implique qu’on ne la donne pas, qu’on peut la récupérer.

En matière d’écriture n’est ce pas la même chose ? prêter une attention comme prendre soin cela reviendrait à quoi dans ce cas ? Est ce à soi, à l’autre à qui le texte s’adresse, encore faut il être conscient que lorsqu’on écrit on s’adresse à qui que ce soit …

C’est plus évident quand on sait, et qu’on le paie surtout que quelqu’un est là à écouter toutes nos déblatérations allongé sur un divan.

Ecrire comme on parle dans une séance de psy c’est certainement ainsi que j’ai commencé à écrire pensant qu’au travers de l’écriture j’allais parvenir à soigner quelque chose.

Dans cette démarche je me suis aperçu de cette ambiguïté également qui se dissimule dans le mot soin. Entre soigner et prendre soin pour parvenir à prêter une attention à la chose écrite comme on peut prêter attention à la parole dite.

La question maintenant est de savoir comment on en sort, et si on a envie d’en sortir de cette chose écrite ou dite. Pourquoi en sortir aussi ?

Lorsque je pense à l’art au chemin qu’il propose à chacun je comprends qu’il s’agit toujours de la même chose finalement. Il s’agit de cette nécessité de tourner en rond durant un temps donné pour prendre conscience d’un centre en premier lieu.

Ensuite ce centre est t’il si réel qu’on l’imagine ? Le simple fait de lui prêter de l’attention le fait naitre et exister en nous. Cependant on peut tout à fait récupérer si je peux dire cette attention première pour l’utiliser à nouveau à l’extérieur de nos préoccupations à l’extérieur du maelstrom et soudain accorder de l’attention à tout un monde, le redécouvrant sans relâche à la fois le même et différent, suivant cette attention qui peut elle aussi se renouveler à chaque fois qu’on la prête qu’on l’accorde et qui se renouvelle ainsi.

Ainsi découvre t’on la notion de point de vue et j’imagine qu’on arrive au même résultat, y en a t’il un autre possible, au terme d’une analyse.

Ce constat que l’on peut voir le monde, les choses, les êtres et même soi au travers de points de vue différents, changeants, parfois justes parfois faux- mais le vrai et le faux à ces moments là ne sont que des couleurs des outils- je ne saurais dire si cela « soigne » véritablement quelque chose.

Je ne sais pas si cela apaise ou au contraire affole et c’est justement ma résistance à rester dans cette ignorance qui me permet de continuer de peindre ou d’écrire il me semble désormais.

rien ne dit que ce soit une position définitive par définition si je peux dire, si j’essaie de regarder au delà j’ai peur de tomber sur la foi et de m’y trouver irrécupérable absolument. Résister c’est aussi savoir ses limites.

L’ambiguïté de la rhétorique

Je ne sais plus si ce sont les romains qui ont extirpé d’un quelconque panthéon oublié la figure du dieu Janus. Cette divinité aux deux visages. En tous cas il est probable que l’ambiguïté de la rhétorique provienne aussi de cette époque. Que la rhétorique et Janus soient liés par cette duplicité qu’ils installent encore en nous.

Certains y ont vu jadis un art de l’éloquence, un art du discours dont le but est la clarté, la précision d’un mouvement d’idées et d’émotions.

D’autres s’en servent comme un outil de persuasion destiné à créer ce mouvement d’une façon artificielle dans un but de domination. Un art d’enfermer l’être dans le discours en lui insufflant du désir, du besoin, du manque, tout en l’emportant vers des destinations stériles et vulgaires.

Platon déjà avait relevé cette ambiguïté du discours, ce coup fourré toujours possible au fond de la rhétorique. Ce qui ne l’empêcha nullement de s’en servir lui aussi pour clarifier son propos. On savait encore faire la part des choses à l’époque platonicienne.

Mais l’avidité est la plus forte, l’obsession du pouvoir, et du profit. L’éloquence est partie en quenouille sombrant dans la désuétude ou pire le ridicule tout comme une grande partie de cette clarté qui était sa cible première. Non pas une clarté de pensée, non pas une clarté de raisonnement.

Une clarté bien au delà de toutes les petites clartés médiocres qui sont désormais le fruit de tant d’années d’errances crées par l’art de la persuasion.

Je vois dans notre époque l’aboutissement ultime d’une confusion antique entre éloquence et persuasion. Entre clarté et pragmatisme.

Cette confusion entretenue volontairement par l’obsession du profit c’est la mienne, la tienne, la notre. Il ne faut pas se leurrer.

Il y a quelque chose de pourri chez l’être humain désormais directement issu de cette confusion. Pourri comme décomposé, comme un compost dans lequel grouillent les vers, les insectes, les microbes, les virus, les germes.

On ne sait pas quelle culture on pourra bien imaginer au printemps à partir d’une telle décomposition, à partir de toute cette pourriture, de cette terre grasse et riche dont le potentiel semble toujours contre toute attente assez vaste.

Convaincre et persuader voilà à quoi la rhétorique est désormais réduite dans notre vie de tous les jours.

Convaincre et persuader pour acheter de la lessive comme du politique , peu importe qu’on paie en monnaie sonnante très trébuchante ou bien en voix, en suffrages désormais désabusés.

Convaincre et persuader n’ont même plus besoin d’objets tant tous les objets sont parvenus à une indifférenciation jamais vue dans l’histoire de l’homme.

Convaincre et persuader déclenche automatiquement la bave, la salivation pour rien.

voilà ce qui ne va pas.

Nous avons besoin de différence.

Et c’est pour cela qu’une révolution doit s’opérer dans les esprits qu’elle est déjà en train de s’opérer au moment où j’écris ces lignes.

Recréer de la différence c’est sortir d’une rhétorique utilisée à mauvais escient.

De nombreuses fois le malaise rencontré fut si grand que j’ai eu cette envie de me couper absolument de tout discours quel qu’il soit, et surtout amoureux.

Car là aussi convaincre et persuader l’autre n’est rien d’autre qu’une manipulation.

Je me suis bouché les oreilles durant longtemps, une dizaine d’années d’après mes dernières estimations.

je n’ai pas écrit une seule ligne non plus .

J’avais l’impression d’être sali tout entier par cette obsession de convaincre et persuader.

Et puis peu à peu les choses se sont tassées.

Dix ans de silence et d’oubli. La vie sans filet

La vie sans le filet de l’écriture. J’ai résisté, j’ai retenu la main.

Et puis un jour, je ne sais pas comment cela est revenu, je n’avais pas à faire d’effort

c’était simple.

Il suffisait d’ouvrir ce traitement de texte et de taper sur le clavier tout ce qui me venait à l’esprit. Sans vraiment y penser.

Sans me dire tu cherches à convaincre et persuader

sans rien me dire en fait.

Comme ça

Pour rien.

Pour aller plus avant vers ce rien, si je suis honnête.

Pour passer sous la ligne des eaux et échapper à la catégorie.

L’idée est d’exprimer quelque chose sans but à en retirer

sans convaincre et persuader qui que ce soit et surtout pas moi.

Evidemment il s’agit encore d’une défaite.

Un échec lamentable.

L’ambiguïté de la rhétorique c’est l’ambiguïté de l’écriture

on ne cherche sans doute plus à convaincre qui que ce soit

sauf soi-même.

Et on ne s’en rend compte souvent que trop tard.

Pourquoi y a t’il tant de confusion

Le chaos et la confusion sont notre état naturel. Georges Bataille je crois utilisait le mot « immanence » ce qui permet avec cette appellation différente, peu usitée de rebaptiser ces deux mots.

La notion de baptème utilisée pour indiquer un passage, pour extraire justement du chaos, de la confusion les jeunes enfants afin de leur rendre la clarté.

Cette clarté qui pour en parler, pour s’approprier la certitude de cette présence beaucoup de religions rebaptisent de noms de dieux en créant le diable au besoin .

Ils ne parlent en fait généralement que de lumière et d’ombre. Ces deux éléments constitutifs du désordre apparent. Du chaos visible à l’oeil nu.

L’immanence telle que je l’ai comprise n’effectue pas de séparation entre ombre et lumière.

Nous nageons dans l’immanence comme des poissons. Parfois nous sommes vivants, parfois nous sommes avalés par de plus gros poissons, parfois nous avalons de petits poissons nous mêmes sans que cela ne dérange d’aucune façon l’immanence.

Il n’y a que la conscience qui peut inventer le désordre, le chaos et la confusion.

Parce que le but de la conscience est de vouloir s’emparer d’objets pour projeter sur eux ce qu’elle nomme ordre et désordre, blanc et noir, jour et nuit.

Quand elle ne trouve pas la lumière ou le noir intense elle décrète le chaos.

Cependant l’ordre de la conscience, comme le désordre ne sont que des fictions.

J’écoutais hier un podcast où Anaïs Nin parlait de la publication de son journal.

https://www.franceculture.fr/emissions/anais-nin-ecrire-lintime

Elle parle dans une des trois émissions de l’écriture bien sur et de la façon d’écrire son journal totalement différente au début de la façon d’écrire un roman

Dans la rédaction de son journal elle ne se donne pas de contrainte autre que la régularité.

Elle ne se corrige jamais, elle ne structure pas ses textes comme dans un roman.

C’est un espace de liberté total.

Et elle ajoute ensuite qu’elle y découvre une structure, un dessin constitué par la conjonction des textes qui s’accumulent ainsi de thème en thèmes de portrait en chroniques, c’est une logique « irrationnelle  » dit elle soudain.

J’ai moi-même vécu cette expérience du « journal » et j’ai tout de suite capté ce qu’Anaïs Nin disait.

En ce qui me concerne je me suis toujours trouvé « faible » au niveau de la structure, du plan, ce qui m’empêche je crois d’écrire vraiment un roman. Parce que la part de logique, de calcul, de manipulation sans doute me parait ennuyeuse en premier lieu.

J’ai toujours trouvé plus amusant d’écrire « au fil de l’eau » un peu comme je péchais gamin. L’important je crois est la surprise. Découvrir des choses « après coup » comme un poisson étincelant qu’on ôte à la profondeur.

Ou du chaos ou de la confusion apparente du monde.

Et curieusement il y a bien une logique interne à tout cela mais qu’on ne peut pas aborder avec le calcul, avec le discernement habituel. C’est une exploration de l’inconscient, de ce qu’on nomme irrationnel car la raison ne peut se l’accaparer.

Pourquoi y a t’il autant de confusion ? je dirais qu’il y a beaucoup trop de raison et ce sera suffisant.

Inutile de rajouter encore plus à cette confusion n’est ce pas …

Illustration Jason Pollock Mural

Des gamins aux larges épaules

Il faisait très froid comme aujourd’hui lorsque j’ai ouvert « la harpe d’herbes » ce recueil de nouvelles écrites par l’écrivain américain Truman Capote.

Au fur et à mesure que j’avançais dans le bouquin je ne pouvais pas retenir les larmes qui montaient de plus en plus.

Ce n’étaient que des histoires de gamins. Mais si bien racontées, si rondement menées que je ne me souviens plus si l’émotion qui me secouait provenait de la manière, de la forme ou bien du fond.

Sans doute un peu des deux.

Par la suite j’ai cherché tous les livres de Truman Capote. Je ne pouvais pas me les payer tous à l’époque alors j’allais dans les bibliothèques publiques pour compléter ma collection.

Souvent j’ai repensé à ce premier livre, à cette première impression une fois que j’eus parcouru tout le reste de son œuvre.

Même « petit déjeuner chez Tiphanie » ne m’a pas bouleversé autant que ce premier livre par lequel, hasard de la lecture j’ai pénétré ses écrits.

Peut-être une résonance, un écho, quelque chose qui soudain « match » comme on dit désormais.

Bien que les gamins dont parle Truman Capote ne soient pas tout à fait les mêmes que j’ai connus dans mon enfance, il me semble désormais que la différence se joue ailleurs que sur l’époque, les caractères et les décors.

C’est une affaire d’épaule.

Les gosses de Capote sont larges d’épaule parce qu’il est un écrivain constitué ainsi, c’est un athlète de l’écrit.

Et bien sur à l’époque dont je te parle je me considérais tout simplement comme une mauviette, d’ailleurs je chialais exactement comme ça, comme une mauviette.

Ébauches

C’est dans la nuit que je peins J’ai recouvert de vieilles toiles de Gesso, j’ai collé des morceaux d’essuie-tout.

Essuyer ,essuyer tout d’hier et de demain pour être là et laisser la main aller comme un oiseau dans la nuit.

Des visages de femmes, peints à l’encre,au brou de noix.

Dévisage maladroit

Des visages maladroits.

Comment rejoindre par cette maladresse quelque chose qui illumine ?

Un premier essai une première ébauche sur un format 50x50cm

Un autre essai sur un format 80×80 cm

Pourquoi aller plus loin ?

Quel écart entre ébauche et œuvre ?

Attendre et peut être que demain ou après demain

Les écailles tomberont

Je verrai

Dans un autre immédiat

Celui qui rejoint tous les immédiats

Ou pas

Et il faudra recommencer, repartir de zéro à nouveau

Par la douleur, exister

Je ne sais plus dans quel bouquin Louis Ferdinand Céline fait parler l’un de ses protagonistes sur la douleur, la souffrance et pour cela le fait pénétrer dans une longue tirade, une interminable tirade, une logorrhée.

Cela m’avait amusé à l’époque, je crois que le titre du bouquin est « mort à crédit ».

Il fait parler le père ainsi. Et aujourd’hui je retrouve ce souvenir certainement pas par hasard. Je veux dire que ce souvenir remonte exactement au bon moment, dans cette époque difficile où la plainte est reine.

Obscène ou risible cette plainte en majuscules sur les réseaux sociaux qui montre l’inadaptabilité à la souffrance, à la douleur de nos contemporains, de toi comme moi.

On dirait bien que c’est tout ce qui nous reste. Tout ce qu’on nous aura laissé. Des plaintes et des récriminations à n’en plus finir semblables à des restes, les os décharnés de festins auxquels nous ne participons pas.

Pénétrer dans la plainte en s’affublant de masques de chiens et glapir, aboyer à tout va à toutes les ombres qui surgissent dans notre champs de vision, enserrant progressivement la bulle de bien-être, de confort rassurant dans laquelle nous patientions en attendant des jours meilleurs sans faire trop de bruit.

Bulle factice crée de toutes pièces par le besoin économique de produire non des citoyens mais des consommateurs.

En avoir pour son argent sinon gueuler jusqu’à plus soif contre le vent, contre la pluie, contre tous les scandales et les assassinats que nous octroie le paiement de notre redevance audiovisuelle.

Je paie donc j’exige. Le client est roi. Des Ubu par milliers tremblants de peur et de colère et qui exigent.

C’est ce mode de vie; ce courant « mainstream » dans lequel comme des gardons au bord de la suffocation nous nageons comme nous le pouvons.

Produire autant d’efforts et d’énergie en vain c’est cela qui est rageant. Exister par la douleur, cependant c’est tout de même exister. Je me plains donc j’existe.

Et la plainte ne se déploie plus désormais dans un livre, sur quelques pages mais dans la vie de tous les jours, au bureau de poste, au guichet de la gare, chez le boulanger, chez l’épicier, et même au bordel je parierais qu’il en va de même.

Exister et se retrouver dans la plainte, un peu comme dans les enterrements, le fou rire en moins.

J’avais vraiment aimé lire Céline. Le voyage en premier où il évoque l’absurdité de la guerre, et en creux les nombreuses tentative d’élucider l’énigme du brouillard épais que représente notre passage sur la Terre. En tant que médecin et soldat il a certainement côtoyé de près le souffrance et la douleur et pu constater à quel point celles ci nous relient les uns au autres comme la trame d’une chaîne que nous portons au cou. Certains en font des chaines et d’autres des bijoux c’est selon. D’autres encore referment pudiquement leur chemises pour ne rien montrer, pour ne rien exhiber. Pour ne pas se défouler en vain.

Le rapport que nous entretenons à la souffrance, à la douleur nous identifie certainement mieux que tout autre. Qu’on en parle ou pas d’ailleurs la justesse nous parvient au cœur par l’oreille plus souvent qu’on ne le pense.

Tenter d’en faire quelque chose en écrivant, en peignant ne sauve en rien, n’abolit pas l’idiotie face à elle. Ne propose pas non plus de l’amadouer ni de la domestiquer, de la dominer.

La douleur est un mot féminin, la souffrance aussi et ce n’est surement pas pour rien. Elle est une ouverture, un accueil et l’on doit toute notre vie apprendre en nous y introduisant à nous bien conduire.

Serrer les dents de trop nous les briserait, et trépigner ne réchaufferait pas une pièce glaciale non plus. Que reste t’il alors dans ce cas ?

Continuer comme on peut du mieux possible sans trop se trahir peut-être, une fois qu’on a compris où se trouve la source de chaleur, le foyer, le silence apaisant sous tous les tumultes.

L’agitation et l’efficacité

Hier c’était dimanche et j’ai commencé à créer les prémisses d’une méthode. J’étais très excité parce qu’ en même temps que je cherchais à classer mes idées je découvrais des pans entiers d’autres idées qui découlaient des premières. Je ne sais pas si tu as déjà construit un projet, si tu as déjà fait ce genre de truc ; noter tout un tas d’idées autour d’un mot clef et ensuite classer ces idées selon un ordre.

En fait il ne s’agit pas d’une ordre chronologique, pas non plus un ordre d’importance. Non

C’est plutôt un ordre analogique. Parce que je possède cet manière de voir les choses. J’ai un esprit analogique. Pour moi il n’y a pas de frontière entre les activités humaines quoiqu’elles soient. Un plombier peut m’en apprendre sur la mécanique des fluides, un jardinier peut m’en apprendre sur la méditation, un musicien sur la peinture. Tu es peut-être comme moi et si c’est le cas tu sais que ce n’est pas la manière de réfléchir adoptée par la plupart des gens. Cela te projette dans la marge, dans la solitude.

J’ai mis un moment à comprendre ce phénomène. Au tout début à l’école je me trouvais souvent très nul de ne pas pouvoir voir les choses de la même façon que les autres. La même façon qui était requise par la maitresse ou le maitre. Il en a résulté beaucoup de difficultés évidemment mais jamais personne ne s’est vraiment penché sur ma façon de réfléchir.

On me disait que j’étais bizarre, que j’avais de l’imagination, que j’étais fêlé, et même que j’étais complètement idiot. Et bien sur puisque tout ça venait des adultes, de personnes dites de confiance, je n’ai jamais pu les contrer de plein fouet, je n’ai jamais trouvé à l’époque les arguments pour les contredire.

J’ai suivi mon bonhomme de chemin. Cependant j’ai toujours bénéficié d’une force sans que je ne le comprenne non plus vraiment. Cette force c’est ma capacité d’inertie.

Tu me dis de faire un truc, je ne m’y oppose pas frontalement, je te dis ok.

comme ça tu ne m’embetes pas. Tu crois que c’est bouclé.

Ensuite le temps joue en ma faveur.

Une semaine passe, deux semaines, trois… parfois bien plus et je n’ai toujours pas fait ce qui est demandé.

De temps en temps je reçois une relance, un rappel à l’ordre et là aussi je dis : bien sur, mais oui, tout à fait, ok.

Mais ça nourrit encore plus mon inertie.

Je crois que ça vient de tellement loin cette trouvaille de l’inertie. Depuis que mon père me demandait de rentrer les steres de bois de chauffage en même temps que de repeindre le poulailler et de copier 100 fois je suis un imbécile.

C’est à dire qu’il me demandait de faire tellement de choses simultanément et que cela me prenait tellement de temps et d’énergie qu’il fallait bien que j’invente une parade.

Du coup je m’asseyais sur le tas de bois et j’attendais que ça passe. J’étais capable de recevoir des dérouillées formidables qui me laissaient au bord parfois de l’évanouissement. Mais je ne levais pas le petit doigt pour faire les taches demandées.

Je disais oui papa je vais le faire.

Et les jours filaient. Mon père était voyageur de commerce et il ne rentrait que le week end. J’avais effectué un ratio dans ma tête d’enfant entre le nombre de jours où je pouvais gober les mouches et les deux jours où je prenais des raclées à répétition.

Pour moi c’était clair ça valait le coup.

Ensuite j’observais le monde. Quand je dis « gober les mouches » c’était exactement ça observer le monde.

Je regardais sans comprendre toute cette agitation du monde, ses cris, ses pleurs, ses larmes, ses joies et ses peines et dans ma petite caboche j’avais la sensation d’assister à un spectacle de guignol.

Je connaissais guignol depuis que ma grand mère m’avait emmené au Jardin du Luxembourg pour voir un spectacle pour enfant. J’avais reçu un véritable choc à l’époque et en regardant les autres enfants assis autour de moi je ne comprenais pas ce qui les faisait rire. En ce qui me concernait le spectacle que je voyais c’était celui que je voyais tous les jours dans ma campagne bourbonnaise. Toutes les personnes autour de moi étaient des personnages du théâtre de guignol. Et si ça se trouve mais je n’ai pas vraiment eu de confirmation, j’étais moi même Guignol en mon for intérieur.

Sauf que moi, je ne m’agitais pas. Je refusais carrément de m’agiter. J’étais contre cette forme de faiblesse qui consiste à suivre ses sensations, ses pulsions, et à dire et faire quasi n’importe quoi.

donc je me taisais et j’observais et déjà à l’époque je classais les événements, les idées par analogies.

J’ai développé des capacités d’observation exceptionnelles dans pas mal de domaines. J’aurais pu être acteur, imitateur, et je ne sais quoi d’autre encore si j’avais voulu en tirer partie pour gagner ma vie.

Mais ça ne m’intéressait pas d’exploiter mes dons ainsi. De faire de l’argent avec je veux dire. J’avais un tel dégout pour l’argent qui me venait du fait que j’imaginais qu’il était la cause principale de toute l’agitation autour de moi.

Je détestais l’idée d’argent. D’ailleurs je volais. Je préférais mille fois voler que d’avoir à payer des objets, des bonbons en donnant de l’argent. Voler les objets me les rendait purs.

Ils n’étaient pas souillés par une transaction financière. En plus débarrassés de tout effort pour les obtenir je ne me mêlais pas de m’y attacher trop longtemps.

A la maison je crois que tout tournait autour de l’argent. La plupart des disputes tournait autour de l’argent. Et je crois même que ma mère, avait épousé mon père parce qu’elle devinait qu’il était capable de « faire de l’argent ». Il était plus sécurisant pour elle que n’importe qui d’autre qu’elle eut pu aimer d’amour désintéressé. Je ne lui jette pas la pierre, c’est son histoire personnelle qui l’avait entrainée à effectuer ce choix.

Et mon père devait le savoir quelque part certainement. Il était d’une jalousie incroyable et lui demandait de rendre compte de tous ses déplacements et de ses faits et gestes lors de ses absences hebdomadaires.

Lui d’ailleurs ne se gênait pas pour aller voir ailleurs comme on dit. Il y avait des tempêtes autour d’un col blanc taché de rouge à lèvres assez régulièrement.

Tout cela pour moi n’était que terreur et effroi. L’insensé à l’état brut. Agitation vaine.

Et pourtant je devais adopter moi aussi par mimétisme certainement ce système de l’agitation plus ou moins. Mais comme je ne pouvais le faire réellement, je le faisais dans ma caboche en ne cessant de sauter du coq à l’âne perpétuellement.

Je me souviens encore de l’étonnement des amis de la famille que nous recevions à diner lorsqu’ils m’adressaient la parole, engageaient la conversation avec moi. J’étais capable de déployer en un clin d’œil quelques phrases comme tout le monde, je veux dire qui ressemblaient en tout point à une conversation normale, et puis tout à coup je sautais sur une idée saugrenue qui me traversait et je la disais à haute voix. Une idée qui n’avait absolument rien à voir en apparence avec ce que j’avais dit auparavant.

Genre : »oui hier nous avons étudié la chanson de Pierre et le loup et j’ai adoré reconnaitre le personnage que représente chaque instrument. Mets tu ton argent dans tes poches ou dans un porte monnaie ? » Alors je voyais le regard de la personne à qui je m’adressais dériver du mien pour y revenir avec une lueur d’interrogation, ce genre de curiosité quand on observe une espèce inconnue d’insecte ou de plante.

Je pouvais donc m’engouffrer dans l’agitation commune par réflexe tout en maintenant une position redoutable d’observateur. Ce regard était doté d’une efficacité remarquable. Je pouvais détecter le moindre mouvement corporel, tressaillement d’un nerf ou d’un muscle sous l’épiderme qui m’en disait bien plus long sur l’état interne d’une personne que tout ce qu’elle pouvait me raconter oralement.

Je crois que je me suis inventé un ami imaginaire à ce moment là. Une sorte de double à qui je conférais ce rôle d’observateur efficace tout en pouvant conserver ainsi ma présence au sein de l’agitation générale.

Agitation et efficacité sont des complémentarités désormais car dans le fond je ne pense pas avoir vraiment changé. J’ai juste appris un peu plus ce qui me constituait.

Je veux dire qu’il n’y a pas cette peur, cette angoisse qui me venait et qui transformait cet ami imaginaire en personnage fourbe et toxique de ma vie.

Il n’y a plus d’antagonisme vraiment mais une sorte de collaboration de l’agitation et de l’efficacité. Cependant bien séparées bien scindées, les psychologues appelleraient ça « clivées ».

Mais ce serait évidemment exagéré de considérer cette particularité comme un dérèglement psychologique. D’abord parce qu’avec le temps j’en suis devenu de plus en plus conscient, et ensuite parce qu’il ne s’agit encore que de mots, de symboles posés sur un phénomène que l’on considère non ordinaire.

En ce qui me concerne l’infra ordinaire m’a toujours bien plus passionné que ce que l’on appelle l’extraordinaire. L’extraordinaire est une matière à penser le moment présent pour la plupart des personnes. C’est transformer la Présence en moignon.

Les journalistes ne vivent que de ça, monter des événements en épingle pour occuper l’esprit des lecteurs et leur faire croire que par la « nouvelle » ils deviennent présents au monde qui les entoure.

En ce sens le journaliste porte mal son nom car il ne parle pas de ce qui constitue pour moi la journée.

Ce sont toutes ces petites choses que l’on a tout le temps sous le nez et qu’on ne voit pas, qui deviennent quasiment invisibles à force d’être vues, présentées et représentées.

Un peu comme la lettre que l’on oublie lorsqu’on lit. On ne s’arrête pas sur les caractères d’imprimerie d’un texte pas plus qu’on ne s’arrête sur les mots usuels vraiment. Nous les avons appris péniblement parfois à seule fin de les oublier par la suite. N’est ce pas étrange ?

Comment faire la part des choses comment comprendre que l’agitation et l’efficacité marchent main dans la main. Que ces deux mots ne sont que les deux opposés d’une polarité qui est d’être présent au monde;

Etre agité c’est ne penser qu’à une seule chose dans le fond que l’on n’arrive pas à identifier. Dont on est plus ou moins le jouet l’esclave et qui fait faire n’importe quoi parfois.

Etre efficace c’est découvrir dans cette agitation ce qui la provoque et la meut pour enfin remettre un peu d’ordre dans la confusion qu’elle laisse derrière elle.

C’est pour moi la meilleure définition que j’ai trouvé de l’efficacité.

Elle ne concerne peut-être que moi. Elle me permet de mieux comprendre le monde, de comprendre mon inertie à certains de ses appels, elle me permet d’écrire et de partager mes trouvailles. Elle me permet de vivre tout simplement.

A la fin de mon texte je veux rendre hommage à Amin Malouf pour son livre formidable sur Mani, qui était un peintre, philosophe et médecin oriental du III ème siècle.

L’action se déroule au iiie siècle après Jésus-Christ dans l’empire perse sous domination sassanide. Le fil rouge du roman se construit autour du prophète Mani, fondateur de la religion du manichéisme. Le lecteur en apprend tout d’abord plus sur les racines du prédicateur, en particulier sur la communauté elkasaïte dans laquelle il évolua jusqu’à l’âge adulte. La communauté des « vêtements blancs », comme elle est nommée dans le roman, en référence aux habits incolores qu’avaient l’habitude des porter ces groupes de croyants, est dépeinte comme un groupe à la philosophie très exigeante pour les fidèles qui se doivent d’abandonner tout plaisir terrestre pour vivre au sein de la communauté.

Nous suivons l’évolution du héros principal au sein de cet univers, souvent choqué par les injustices que subissent les fidèles qui s’égarent des prescriptions du « père » de la communauté. Le héros trouve un ami en Melchios, un fidèle de la communauté qui s’égare souvent par ses actes de la foi prônée. Après plusieurs années de patience et l’expulsion de son unique ami de la secte, le futur prophète choisi de quitter la communauté pour apporter son « message de vérité » au peuple suite à une révélation de son jumeau divin l’encourageant à le faire.

Mani entreprend donc son voyage et répand sa foi nouvelle, qui refuse de déclarer comme fausses les autres religions de l’empire, que ce soit le christianisme, le judaïsme ou le zoroastrisme, religion dominante d’alors. Selon lui, chaque religion permet de se rapprocher de dieu et l’objectif de chaque homme est de trouver la « lumière en lui » qui lui permette de dominer ses « ténèbres intérieures ». La foi syncrétique qu’il propage lui vaudra beaucoup d’ennemis, dont notamment le mage zoroastrien Kirdir qui voit en lui une menace pour la « vraie religion », c’est-à-dire pour le zoroastrisme.

Peu à peu, Mani gagnera la confiance des souverains sassanides qui lui donneront leur protection afin de lui permettre de répandre son message à travers l’empire, allant même jusqu’à avoir un accès privilégié au roi Shapur Ier. Possédant une influence certaine sur le roi, le mystique tombera pourtant en disgrâce lorsqu’il refusera de soutenir la guerre contre les romains, la guerre allant à l’encontre du message qu’il propageait.

Son rival Kirdir fera alors de son mieux pour le neutraliser, ce qui sera le cas peu après la mort du roi Shapur Ier, protecteur de Mani. Son fils cadet, Hormizid Ier, succède à son père et compte propager le message manichéen à travers l’empire, convaincu par le héros principal. Hormizid est pourtant empoisonné par Kirdir, lors d’une cérémonie religieuse permettant l’accession au trône perse. Son frère qui lui succède, Varham Ier, ne tardera pas, sous l’influence du mage zoroastrien, à confondre Mani et à le condamner à mort.

Possible que cette référence au manichéisme arrive un peu comme un cheveu sur la soupe. Mais c’est aussi une chose que j’ai apprise de faire confiance à ce qui surgit dans ma pensée soudain comme insolite et l’accueillir sans jugement, comme de le restituer.

Ainsi que je le dis sur la page d’accueil de mon site je ne me considère pas détenteur de savoir, propriétaire. Je suis juste un passage, un tuyau… J’ai mis longtemps à l’accepter mais c’est ainsi.

Importance des symboles

C’est par les 5 sens que nous percevons les symboles. C’est à partir de ces 5 sens et de ces symboles qu’une pensée particulière surgit proche de l’intuition mais ne l’est pas encore. Cette pensée se nomme « l’association. » Une association d’idées qui par analogie dépasse en vitesse le discours et sa logique interne.

La seule différence que je perçois entre l’intuition et l’association d’idées c’est l’expérience.

Il n’y a que l’expérience de nombreuses configurations d’événements traversés qui permet en un instant et avec cette rapidité qu’on lui connait de percevoir cette issue que l’on appelle intuition.

Sans doute que si l’on place l’esprit dans une obsession de façon prolongée, comme par exemple la recherche de stratégies aux échecs, l’impression de spontanéité dans le déplacement des pièces ressemble t’elle à un coup de chance alors qu’elle n’est que le fruit d’une longue maturation de l’esprit, dans l’hypnose de toutes les possibilités étudiées.

Comme une issue à l’hypnose se manifestant par un jet de dés. Par l’intervention du Hasard qui n’en est jamais vraiment un.

Car qu’est ce qu’un véritable hasard ? le déraillement d’un train, l’écroulement d’un pont et un gain à la loterie nationale n’en sont pas des hasards. Ce sont seulement des manifestations en bout de chaînes de suite logique de conséquences dont nous ignorons l’implacabilité, ou que nous ne désirons pas voir tout simplement.

Le symbole est une forme concentrée de savoir d’expériences qui, immédiatement déclenche par l’un des 5 sens une réaction puis une pensée et enfin une intuition tout cela dans un laps de temps extrêmement rapide dont on ne peut s’apercevoir. qu’on ne peut pas comptabiliser. d’ailleurs on ne prête même pas attention à ce mécanisme, l’aspect simultané entre le contact du symbole et ce que nous en retirons comme information le place depuis toujours dans le territoire de l’imaginaire, de la magie.

Nous conduisons et soudain nous voyons surgir le panneau Stop. On ne s’interroge pas, on freine et on s’arrête ( en principe lorsqu’on a étudié les symboles du code de la route bien sur )

L’effet que produit sur la cervelle par l’intermédiaire de la vue le panneau de signalisation indique la nécessité d’une réaction à la fois immédiate et sans réflexion. Un réflexe.

A bien y réfléchir ce serait difficile de ne pas comprendre que tout ce qui nous entoure est de l’ordre du symbolique.

Un jingle de pub, la musique du générique de notre série préférée, le ton particulier qu’emprunte le speaker pour évoquer le drame ou le plaisir à la télévision, pour donner quelques exemple de symboles qui nous parviennent par la voix auditive.

En outre le symbole possède souvent deux versions comme le yin et le yang ou comme le double visage de Janus. » Le diabole » dont on tirera le terme de diable indique une division au sein de tout principe de tout symbole. Et cette division est non seulement nécessaire à l’équilibre des deux parties mais est le germe de toute évolution car elle crée le mouvement par le frottement, l’énergie des deux parties mises en présence.

Il est possible que les hiéroglyphes égyptiens contenaient bien plus d’informations utiles à ceux qui savaient les déchiffrer que n’importe quelle autre écriture profane où il est question d’effectuer des opérations abstraites compliquées pour découvrir le sens.

La spontanéité de l’interprétation du signe, du dessin avec le hiéroglyphe est immédiat. On retrouve cette notion d’écriture symbole dans de nombreuses civilisations anciennes. Cela ne signifie pas que les anciens n’étaient pas en mesure d’effectuer des opérations abstraites, bien au contraire ils avaient surement découvert bien avant nous que le discours tournait en rond et qu’il ne servait pas à grand chose en cas de danger, de crise, autrement dit dans la vie de tous les jours.

En revanche celui qui maîtrise la puissance des symboles peut les manipuler à son avantage et ainsi assurer sa domination sur tout un peuple. Je ne sais pas si nos politiques actuels connaissent dans la profondeur la puissance du symbole mais il semble certain que mal utilisé tout symbole peut se retourner contre celui qui désire sans servir dans son intérêt personnel seulement.

La fameuse Svastika que l’on attribue aux hindoux généralement, mais que l’on retrouve dans de nombreuses civilisations éloignées de l’Inde, et qui fut le symbole de l’Allemagne Nazie avait été inversée. Nul n’était besoin d’être prophète en la matière pour comprendre qu’à l’origine même de ce projet dément de race « pure » qui dominerait le monde la programmation inconsciente si l’on veut de l’échec était déjà inscrite dans l’inversion de son symbole majeur.

Pour plus d’infos sur le symbole de la svastika voici un lien vers un article de Wikipédia

https://fr.wikipedia.org/wiki/Svastika#:~:text=Le%20svastika%20ou%20swastika%2C%20%E5%8D%90,%2C%20en%20Oc%C3%A9anie%2C%20aux%20Am%C3%A9riques%20(

Ecrire c’est se rendre compte du silence.

Un silence fracassant qui advient à chaque fois.

à la fin de chaque texte et qui le balaie

comme le balais les feuilles mortes de l’automne.

Un silence qui dit plus fort encore ce que les mots on tenté

maladroitement de dire.

Un silence qui s’avance avec son masque affreux de vanité

au début

et dont j’ai peur comme un petit enfant

qui apprend à devenir homme.

Toujours et encore à plus de 60 ans.

J’ai tenté de nombreuses fois de l’amadouer

ce silence

de le séduire comme je sais si bien faire

mais il ne se laisse pas séduire ainsi

aussi facilement

aussi négligemment

De temps en temps il arrive qu’il tombe le masque

que les portes s’entrouvrent

et je reste là sur le seuil

sans mot

comme un idiot

en me disant

il y a tant de choses encore à dire

comment les dire

et le silence me sourit

oui il sourit

comme une femme aimante

comme la terre au matin nimbée de lumières douces

comme une aurore

qui me donne le courage

de lutter contre le bruit

contre tous les bruits en moi

en moi seulement

pour saisir la musique

la musique derrière ce silence.