Quand est ce qu’on va naître?

https://www.festival-automne.com/edition-1981/roger-blin-oh-beaux-jours-cycle-samuel-beckett

C’est une réplique récurrente qu’éructent régulièrement au fil du texte, les personnages de Samuel Beckett. Et c’est aussi une question qui nous est posée aussi absurde qu’elle puisse paraître, à priori, à nous tous qui pensions en avoir terminé depuis belle lurette avec ces vieilles hantises d’utérus.

Oui il ne suffit pas d’être expulsé du placenta, de gueuler un bon coup en arrivant et d’être dans le meilleur des cas, dorloté par des bras maternels pour se sentir véritablement au monde. Il y a pour certains un bout de chemin supplémentaire, une option écrite en tout petit petit comme sur les contrats d’assurance. C’est sans doute ce que je n’avais jamais voulu remarquer, et pourtant c’est bien dans les détails que le diable se cache comme toujours.

Je me demande assez souvent désormais si la vie n’est pas une nouvelle extension de l’utérus. Un utérus magistral dans lequel nous nous débattons en jouant des coudes pour parvenir à trouver enfin notre second souffle, le vrai, celui qui nous appartient vraiment et non ce bouche à bouche perpétuel que la vie en commun nous oblige constamment à pratiquer

Si nous vivons dés la naissance biologique dans cette mythologie d’être des héros plus forts que de nombreux camarades spermato tombés au champ de l’absurde, tout commence ou recommence à nouveau une fois que nos petits poumons se remplissent d’air.

Il va falloir rejouer des coudes à l’école, au travail, en famille, dans les matchs de foot pour obtenir les meilleurs places, la meilleure vue, si possible au soleil.

Et alors tout recommence oui , sans relâche et en même temps le temps passe et nous érode. Nous voici devenus de vieux bébés à la peau flétrie, aux paupières tombantes, nous retrouvons presque parvenus au moment de sortir de cette vie l’aspect que nous avions en y arrivant. Des petites choses émouvantes mais à l’aspect un peu ingrat et voilà tout.

Quand est ce qu’on va naître n’est pas une question idiote tout bien considéré. On peut le prendre de manière égoïste en ne pensant qu’à soi, c’est d’ailleurs ce que font la plupart d’entre nous, ou alors le prendre au sens large , celui de notre humanité dans son ensemble.