Les gens ne se rendent pas compte

J'ai entendu cette phrase " Les gens ne se rendent pas compte" et tout à coup j'ai éprouvé une irrépressible envie de vomir. Quelque chose coinçait mais je ne savais pas vraiment quoi. Les chamans mexicains disent que c'est excellent de vomir, ça permet de se nettoyer, de retrouver la pèche. Alors j'ai laissé libre cours à cette envie pressante et je suis allé dégueuler tout mon saoul dans les chiottes du bar tabac où j'attendais Loys. Je l'avais attendue pendant plus d'une heure et comme d'habitude mon attention avait fait le tour complet de la salle jusqu'à se focaliser sur ce couple, assis non loin de moi.

La femme buvait les paroles de l'homme en le regardant par en dessous. C'était une femme qui avait passé la quarantaine sans encombre mais quelque chose de rigide au niveau des reins et aussi peut-être dans le fait qu'elle tente de se redresser par moment me fit imaginer qu'elle pouvait porter un de ces antiques corsets qui reviennent à la mode désormais. L'homme droit comme un i la toisait, il était chauve, les sourcils très fournis cependant encore très bruns indiquaient qu'il devait être juste un peu plus jeune que la femme en face de lui. Son costume était sobre et il portait une cravate jaune ce qui m'encouragea sans doute à prêté un peu plus attention à ce qu'il disait.

Les gens ne se rendent pas compte a t'il répété encore une ou deux fois. Puis il a appelé le loufiat pour demander l'addition. Je les ai regarder partir tous les deux et j'ai vu que la femme juste avant de passer le seuil de l'établissement essayait encore une fois de se redresser. Elle portait des chaussures à talons hauts et j'estimais à vue de nez que sans celles ci elle devait mesurer 40 centimetres de moins que son compagnon, à vue de nez. Puis le brouhaha des verres qui s'entrechoquent et le flot incessant des conversation , tout cela revint comme la vague incessante revient sur le sable et je commandais un autre muscadet.

J'aurais dû partir et cesser de poireauter, je consultais encore une fois ma montre, il était évident désormais que Loys m'avait posé un lapin encore une fois. C'était la troisième fois ce mois-ci et je décidais de déchirer le chèque que j'avais placé dans une enveloppe avec son nom marqué dessus au stylo bille "Loys". C'était un coup de pouce que je pouvais me permettre et une vengeance aussi j'imagine.

Le sondeur

Une fois sorti de la bouche de métro, une petite marche d'une dizaine de minutes lui permet de se préparer mentalement à ce qui l'attend et c'est toujours lorsqu'il passe sous le pont du périphérique que le mécanisme est en place.

Encore quelques pas où il devra slalomer entre les vendeurs de pas grand chose qu'ils étalent avec fierté sur le bitume et puis là bas enfin, la frontière entre Paris et Issy les Moulineaux.

Il faut tourner à gauche et faire encore quelques mètres pour découvrir la présence de l'immeuble dont la façade constituée de fer et de verre fumé inspire le sérieux, le mystère et un je ne sais quoi de modernisme affiché.

Cela fait une semaine que Dan travaille ici. Sur le seuil il aperçoit des visages qui commencent à lui être familiers. Il les salue d'un petit geste de la main puis s'engouffre avec eux dans le grand hall, les laisse poireauter devant les portes des ascenseurs car lui préfère emprunter les escaliers.

Parvenu au premier étage il retrouve l' immense salle et son brouhaha permanent. Certains sont déjà au boulot depuis un moment, casques sur les oreilles, bouteille d'eau à coté du téléphone, une odeur de parfum mêlé à une odeur de pieds flotte pour retomber comme une fatalité de jour en jour au sol où elle semble s'accrocher résolument aux fibres d' une moquette grise comme on en trouve à peu près partout désormais dans les bureaux.

Dan salue encore de la tête quelques personnes dont la chef d'équipe, une petite blonde délurée qui s'exprime par rafales

Hé Dan je t'attendais plus tôt t'es en retard... Attention à ne pas oublier les relances... tu es dispo pour la soirée aussi ?...

Bonjour aussi réplique Dan en allant s'asseoir à son poste de travail. Par les fenêtres il aperçoit les feuillage roux de quelques arbres sur fond d'immeubles, une sensation oublié de confort comme autrefois dans les périodes enfantines où il se posait dans une salle de classe lui revient. Il se dit que c'est chouette d'avoir trouvé ce job juste là maintenant, en espérant que ça tienne durant tout l'hiver. Ensuite on verra se dit-il en décrochant le combiné du téléphone. Devant lui un terminal gris projette sur un petit écran le contenu d'un questionnaire interminable.

Bonjour ici Dan Perrier de la société Médiacorpe pouvez vous m'accorder quelques instants, nous effectuons la mesure d'audience pour l'audimat ? Possédez vous un poste de télévision ?

Dan se dit qu'il aurait pu trouver un job de fossoyeur, cela n'aurait pas été si différent que ça. Enterrer un autre ou s'enterrer soi-même ainsi tout au long de la journée lui avait laissé un gout de terre dans la bouche les premiers jours, mais, au bout du compte il commençait à s'y faire.

Pour ou contre ?

Quelques années avant l'installation d'une relation binaire généralisée de l'espèce avec son environnement , aux alentours de l'an 2000, un samedi, vers 6h du matin, Léo se demanda s'il était "pour ou contre".

Il ne savait pas sur quel objet porter sa réflexion ce matin là, mais ce n'était pas pour lui le plus important. Il venait de découvrir comme beaucoup, que la plupart de ses décisions, et ce dans tous les domaines de sa vie, pouvaient se résumer ainsi par un oui ou par un non, à l'instar des machines que l'homme avait crées à sa propre image.

C'était le début de l'été et on prévoyait des orages dantesques sur la région. Léo préféra rester dans un "entre deux" quand à savoir s'il devait s'en plaindre ou s'en réjouir, car depuis quelques jours il s'essayait à cette nouvelle tactique.

Ce devait être un mixte, se disait il, issu d'une réflexion approximative prenant appui sur quelques ouvrages bouddhistes qu'il avait avalés, ou taoïstes, à moins que les racines de ce fonctionnement nouveau ne plonge dans la Tora, la Cabbale, ou les manuels d'électricité pour lesquels il s'était découvert un véritable engouement ces derniers temps.

On approchait de la date du bug fatidique dont toute la terre parlait comme d'une nouvelle fin du monde aussi prévisible désormais que le retour de Nessy, le monstre du loch Ness,qui resurgissait périodiquement chaque année, un peu avant les vacances, comme il se doit pour attirer les touristes sur les berges d'un lac écossais.

Léo n'avait pas d'opinion et avait découvert depuis peu le confort d'en être totalement dépourvu. Dans l'adoption toute nouvelle de cette vacuité, il lui semblait qu'un mot oublié resurgissait du fond de sa mémoire comme l'arlésienne écossaise.

L'immanence.

Le rôle de l’observateur

En tant que sentinelle, Jérémy s'estimait suffisamment heureux pour n'envier personne. Depuis le haut des remparts qui barraient le vaste désert son rôle était de surveiller l'arrivée des hordes hypothétiques désireuses de piller le fort.

Durant de longs jours sous un soleil de plomb il était resté là avec pour seul abri l'ombre étroite d'un muret et son chapeau à larges bords. Cela faisait tellement longtemps qu'il se tenait là à guetter s’exerçant à ne ciller qu'une à deux fois par minute pour s'occuper l'esprit lorsque soudain il aperçut quelque chose à l'horizon.

C'était donc cela la horde tant attendue ?

Une petite troupe composée de femmes, d'enfants et d'hommes au sommet d'une dune là bas au loin.

Il écarquilla encore un peu plus grand les yeux pour tenter d'apercevoir des armes mais il ne détecta rien d'autre que le poids de la fatigue que tous ces gens portaient sur le dos. Ils avançaient péniblement dans l'air brouillé et durant un instant il cru en la possibilité d'un mirage. Aussi il plaça ses deux mains en porte voix pour héler son alter égo à l'angle voisin du rempart, sensé lui aussi repéré l'ennemi.

Il était une fois

Lorsque le séisme arriva il y a des milliers d'années de cela le petit groupe composé de poètes, de savants, parmi lesquels les mathématiciens le plus renommés sur Terre et sur Orion , le pays des Dieux, ainsi que les architectes, les artistes, les botanistes, et les travailleurs et travailleuses du sexe, mais aussi le clergé composé d'ailleurs par les précédents, tout ce petit monde était fin prêt. Ils avaient construit une sorte de navire insubmersible et lorsque le vent commença à se lever ils firent entrer les animaux qu'ils avaient pris soin de sélectionner puis il refermèrent derrière eux la trappe et attendirent que la tempête passe. Celle ci comme il est d'usage ne dura pas moins de 40 jours et 40 nuit et c'est au matin de ce dernier jour, le premier d'une aube nouvelle qu'on décida de lâcher les premières colombes. Comme celles ci ne revinrent pas, on organisa un banquet avec ce qu'il restait de victuailles et de vin de grenade en estimant que tout était terminé et qu'il fallait s'en réjouir et qu'on ne tarderait pas à apercevoir d'un instant à l'autre la terre ferme. Bien sur lorsqu'ils atteignirent les premiers îlots quelque part dans ce que nous appelons désormais le Tibet les chaines montagneuses pour la plupart se situaient sous l'eau. Cependant il y avait suffisamment de place pour rebâtir la première cité et pour ne pas commettre les mêmes erreurs que naguère, on décida, une fois le minimum vital assuré, de développer les facultés de l'esprit plus que les outils et autres technologies qui avaient fini par mener le monde ancien à sa perte. Parmi tous ses savants et poètes il s'en trouvait un qui ne parvenait pas à s'arracher à la nostalgie du passé. Alors que la plupart des jeunes s'étaient décidé d'un commun accord à aller de l'avant et étaient fort désireux de tout oublier pour inventer un futur meilleur, lui méditait à l'écart tout en feuilletant de vieux ouvrages qu'il avait réussit à préserver de la ruine. Le vieil homme se nommait Vama ce qui signifiait dans la langue de l'ancien monde "gauche". Et ma foi si la signification de ce mot vaut toujours de nos jours, on peut dire qu'il était extrêmement maladroit en toutes choses. Lui donnait-t'on la moindre tache à accomplir il se débrouillait toujours pour la rater. Sa vie ordinaire n'était d'ailleurs rien d'autre qu'une longue succession d'échecs mais comme c'était un bon bougre il était le premier à en rire au point que beaucoup hésitait en le regardant à le prendre pour un idiot ou pour un saint homme car son savoir par ailleurs était illimité.

Fiction ou réalité

Où se situe vraiment la frontière entre la fiction et la réalité ? C'est à nouveau cette question qui préoccupe Tom à chaque fois qu'il se souvient de ses rêves de la nuit, c'est à dire tous les matins. A 10 ans il a déjà effectué au moins 3 fois le tour du monde, voyagé dans l'espace intersidéral jusqu'à de lointaines galaxies, vu un tas de filles de tout ages et corpulences à poil, et avalé une quantité industrielle de Bigmac son menu préféré au restaurant de l'angle de la rue. Toutes ces choses impossibles dans la vraie vie. Dans la vraie vie Tom est comme cet albatros dont parle le poète, un petit gros qui finit toujours bon dernier lorsqu'il faut courir comme des crétins autour du stade ou encore qui devient tout rouge lorsque Isabelle,la fille du marchand de journaux le regarde d'une façon un peu trop soutenue. Cette vraie vie ressemble plutôt à un cauchemar et sitôt qu'il en a l'occasion Tom préfère replonger même en pleine journée. C'est d'une simplicité formidable. Il lui suffit de de penser qu'il zappe sur une télécommande imaginaire, les yeux mi clos et hop le voici qui chevauche un magnifique cheval baie, ou un dragon, ou encore le manche à balai de la vieille Louise, qui récure les chiottes de l'école et dont il connait parfaitement les talents de magicienne. Louise et Tom sont devenus amis au fil des jours parce qu'il fait attention lorsqu'elle passe la serpillière de marcher sur le bord des murs et non en plein milieu. -Toi au moins tu respectes le travail des autres lui avait t'elle dit en souriant et elle lui avait ébouriffé les cheveux ce qui avait bien plu à Tom comme aussi de sentir le contact de ses gros nichons contre sa joue lorsqu'elle l'avait serré tout contre lui. Elle l'avait serré presque à l’empêcher de respirer et il aurait été assez d'accord de mourir comme ça, mais c'était l'heure du goûter et il fallait se battre pour être dans les premiers sinon il ne resterait plus rien. Il s'était dégagé, ils s'étaient souri et elle, Louise avait cligné d'un œil comme le font les bons amis. Ils s'étaient séparé comme ça la première fois, et depuis semaine après semaine, depuis des mois c'était leur petit rituel.

Ce cancer qui nous ronge

Parmi toutes les formes de cancer il y a celles qui sont pointées, identifiées, étiquetées par les experts médicaux et puis il y a toutes celles dont on ignore à peu près tout des causes, on ne peut que constater leur travail une fois le recul atteint, une fois le décès clairement établi, une fois que le deuil est achevé aussi. En tant que jeune con plein de vigueur j'avais passé en revue un certain nombre d'hypothèses sur ma propre façon de disparaître, un jour où l'autre et j'avais épluché à peu près tous les manuels de médecine qui m'étaient passés sous la main. Au bout du compte après avoir feuilleté de milliers de pages et retenu assez peu de l'immense richesse que recelait la maladie en général d'arriver par tout un tas de causes plus ou moins bien définies, je décidai un beau matin de fuir la littérature médicale. Mon obsession de la mort ne s'en trouvait pourtant pas ni atténuée ni résolue pour autant, mais j'avais compris que la médecine ne me mènerait qu'à une impasse. C'était déjà une fameuse victoire en quelque sorte, et je pris le parti d'oublier complètement les différents organes qui me constituaient, leur lieux et leurs fonction, et tous les symptômes possibles et inimaginables sur lesquels j'avais installé inconsciemment une veille. La moindre migraine, le plus petit bouton, la rougeur suspecte, l’ictère et le mal de dos ne devinrent plus désormais que des gènes avec lesquelles il fallait compter comme on fait quand il pleut, quand il neige et que l'on doit de toutes façon partir d'un point A pour aller vers un fichu point B. La gène, le symptôme, l'imagination de devoir mourir d'un moment à l'autre d'un rhume, d'une chute, d'un cancer, ou de toute autre cause, j'avais décidé de m'en foutre royalement parce que dans le fond mon étude des maladies n'avaient en rien calmé ma panique et donc tout cela ne servait à rien.

La mort sociale

Je ne me suis jamais vraiment remis complètement non pas d'une, mais de plusieurs morts sociales. Dans ma jeunesse agitée, alors que je déménageais souvent quittant ainsi des cercles d'amis je ne me souciais pas vraiment de vie sociale, l'urgence était la survie tout simplement. Ne pas devenir complètement cinglé primait en général sur tout le reste. C'est probablement pour cela que j'ai inventé de toutes pièces des histoires d'amour merveilleuses lorsque j'y repense.

Tout ce que j'imaginais alors pouvoir partager et qui ne cessait de se dissoudre dans ce que l'on appelle le vivre ensemble me paraissait être une pure perte, comme si je dilapidais un capital précieux à chaque instant en compagnie d'autrui, sauf si autrui était investi de tout l'amour dont j'étais capable alors, autant dire pas grand chose de substantiel soyons honnête.

Je tombais, ainsi qu'on le dit en amour pour des choses qui me paraissait tellement étranges que mon impression d'être un foutu borderline s'en trouvait à chaque fois renforcée. A cela je crois utile d'ajouter que je devais avoir au moins la moitié du cœur d'un Saint Bernard et que mon passe temps favori était de tenter de sauver les désespérées, les vierges effarouchées et les salopes pointées du doigts par la vindicte générale.

Un vendredi matin avec Banksy

C'est tout à fait étrange de recevoir des coups de fil surtout quand ce n'est pas habituel, et d'autant plus de très bonne heure le matin.

Désormais avec les portables tu peux voir le numéro s'afficher et, en ce qui me concerne, il est très rare que je décroche quand l'indicatif se situe en dehors de mon département ou bien quand il s'agit d'un numéro masqué.

Pourtant quand j'ai vu cette suite de chiffre interminable s'afficher sur l'écran de mon Huawei ce matin je n'ai pas pu résister à la tentation. J'ai pensé que ce pouvait être une galerie New-yorkaise, ou bien peut-être un salon de la côte ouest qui cherchait absolument à me joindre après être tombé en amour sur mes œuvres exposées sur le net.

Mais non au lieu de ça je suis tombé sur une voix d'homme entre deux ages à l'accent traînant qui me demandait si j'étais bien moi en anglais. Intrigué j'ai dis que je le croyais fermement et ça a du détendre un peu l’atmosphère car la voix se fit à cet instant plus enjouée.

-Je suis .... l'agent de Bansky et nous aimerions que vous nous aidiez car nous préparons un projet dans votre région.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :