Moine zen ou clown

J'hésite encore vaguement pour ne pas perdre la main. Hésiter c'est tellement bon quand on sait pourquoi on hésite. L'embarras du choix n'est ce pas... ce luxe ! Une sorte d'érotisme directement lié au luxe de pouvoir encore choisir.

Un beau sujet de thèse qui réunirait sur un nombre de pages conséquent masturbation, luxe, érotisme et choix. Cadeau !

Naviguer

Le vent existe même si tu ne le vois pas. L'esprit aussi. Et certain jour rien ne peut les arrêter, surtout pas les mots d'ordre que tu inventes sans relâche pour tenter de leur donner une direction. D'où cette fameuse impression de se sentir emporté dans un tourbillon, dans la bourrasque telle une feuille morte d'automne.

Il ne sert pas à grand chose d'en avoir peur et d'essayer encore de s'accrocher à je ne sais quoi. Mieux vaut au contraire tout lâcher, se détacher de tout ce qui pourrait faire obstacle à la lévitation, à la chute comme à l'envol. Dire oui tout simplement.

C'est ainsi que j'ai commencé il y a très longtemps de naviguer.

Ce devait être un matin de septembre comme aujourd'hui. Une chanson de Richard Antony en reprenait une autre de Bod Dylan dans le poste de radio de la cuisine familiale. "écoute dans le vent" traduisait maladroitement "blowing in the wind" et deviendra plus tard "dans le souffle du vent " grâce à Hugues Aufray.

C'est ce jour là sans doute que j'ai compris l'importance du vent pour m'éduquer tout seul. Et sans le savoir vraiment, celle de l'esprit aussi.

Jusqu'à me confondre tout entier avec ces deux entités et que je ne devins plus que vent moi-même.

La patience

Au début j'avais un mal de chien à soutenir son regard. Elle semblait tout voir d'un coup en moi. Je me l'imaginais ainsi. Surnaturelle. Et puis peu à peu, je ne sais comment, surement pas par courage, je pus enfin la regarder bien en face sans trop cligner des yeux.

Aussitôt qu'elle apparue dans la pièce j'eus cette sensation d'être en présence d'une sorte de monstre. Elle était semblable à toutes les femmes où plutôt presque semblable à elles.

C'est dans ce "presque" que l'angoisse tissait son récit, seconde après seconde.

Tout à fait le genre de femme dont je rêvais à cet instant où je revins en France, cette année là. Une à ma hauteur, voire même plus si possible avais je demandé en joignant les pieds, allongé sur le canapé de Lara au fin fond de l'impasse vers laquelle mes pas me portaient à la fin de chaque errance.

Et puis soudain par une série de péripéties et de circonstances je m'étais rendu au bout de Paris, j'avais traversé la ville pour me rendre à l'adresse indiquée, j'avais poussé la lourde porte donnant sur une cour et les ateliers d'artiste. Elle m'attendait et ouvrit la porte presque aussitôt que j'eus frappé à sa porte.

Laisser la place à la créativité

Elle est là, silencieuse assise sur un banc dans le grand hall de cette gare, la nuit. Depuis l'extérieur une odeur d'égout provenant de la rivière Uruméa pénètre dans la salle. Il fait chaud et humide et je me sens seul en manque de tout. J'attends le train qui m'emportera vers cet ailleurs que je me suis inventé quelques jours auparavant. Le Portugal.

Un ailleurs qui m'extraira de l'ici. De l'insupportable ici désormais où je vis misérablement parce que je me suis inventé cette histoire de devenir écrivain. En attendant j'ai quelques heures à tuer encore et cette femme assise là sur le banc d'en face attire mon regard autant que j'essaie d'attirer le sien.

Mais elle lit. Un livre dont je ne peux voir le titre. Courbée sur elle même enfermée dans la lecture. Nous ne sommes que tous les deux dans la salle d'attente. Les volets des guichets sont clos. Un chien errant entre en courant et s'arrête net au milieu du vaste volume. Un animal à l'arrêt qui hume je ne sais quoi pour repartir aussitôt ventre à terre.

Quelle âge peut elle avoir ? Elle semble avoir dépassé largement la quarantaine. Vêtue de couleurs sombres les cheveux tirés en arrière laisse deviner quelques nuances grises et claires à moins que ce ne soit la lumière trompeuse du plafonnier. Immobile et fermée comme une urne une amphore qui ne peut qu'attirer le voleur que je suis.

Quel trésors recèle t'elle ? trésors sensuels, trésors de générosité, d'amour, trésors de silence et de regards ? trésors d'odeurs subtiles et troubles et sa peau sans doute salée par la mer Cantabrique toute proche est elle dure ou souple moelleuse ou amère ?

Je voudrais déjà m'emparer de toutes ces richesses que je fantasme ainsi dans ma solitude devant cette inconnue qui ne relève pas la tête de son livre. Quelle niveau de bassesse ai je atteint désormais pour cristalliser tous mes manques perpétuellement et à la moindre occasion !

Nous ne sommes que deux et le temps passe ainsi... des minutes longues et malodorantes dans la moiteur de la nuit basque.

La différence

On se cherchait des points communs et le pire c'est qu'on en trouvait. A la pelle. Parce qu'on avait appris sans doute que l'amour c'était ça, avoir des choses en commun. Une sorte de disparition mutuelle et totale de l'un pour un deux magistral, digne de la lanterne rouge d'un claque dans la nuit. Rouge et clignotant. Une fusion.

Il en ressortirait cet alliage que rien ne serait jamais susceptible de rayer, et qui resterait intact pour toujours. Un couple idéal.

Et puis la vie quotidienne s'est pointée avec son planning, remplaçant l'ennuyeux emploi du temps scolaire puis universitaire.

Elle continuait à rêver. Médecin du monde, l'étranger, la compassion enfin active en touchant les plaies, les humeurs, les peaux et les os. Elle acquerrait ainsi au bout de temps d'années d'efforts le Saint Graal c'était évident.

Rien n'est évident et je ne rêvais plus depuis belle lurette. Je faisais semblant de rêver avec elle et je me découvrais soudain terrifiant de froideur et de lucidité. Et seul aussi même en couple. Surtout en couple.

Alors je me mis en quête de différence. Je répudiais le point commun. Je l'asticotais sans relâche pour éprouver ses croyances. Et quand enfin je fus certain qu'elle tenait dur comme fer à cet avenir qu'elle s'était promis, je la quittais sans bruit et je me perdis dans une folle errance au travers des rues de la Capitale qui sans doute était l'incarnation d'une peine, d'un chagrin que je porte en moi depuis toujours.

Les dévoreurs d’émotion

En tombant sur un texte de Rudolph Steiner comme on bute sur un caillou, tout le contenu m'en revient soudain immédiat comme une nouveauté. Alignement de planètes, conjonction étonnante toujours en phase avec l'état d'esprit de l'instant Dans ce texte Steiner parlait déjà d'être surnaturels se nourrissant de nos émotions.

Que savons nous vraiment de l'invisible ? Qui vit au delà de nos 5 sens et de l'infrarouge ? Pour les plus doués d'entre nous le visible ne constitue que 2 ou 3% de ce qui gît là dans la lumière et l'ombre. Il n'est pas inepte d'imaginer des univers ou des dimensions parallèles proches de l'univers de Lovecraft ou de Blavatsky avec des degrés, une échelle s'élevant du pire vers le meilleur. Ce que nous considèrerions comme pire et meilleur à l'aulne de notre aveuglement permanent.

Pourtant comment ne pas observer ce glissement qui s'opère depuis la naissance des médias de toutes sortes et dont la matière principale a pour but de déclencher l'émotion des foules.

Viol, meurtres, scandales, trahison, épidémies, catastrophes sont les chevaux de bataille de cette presse apocalyptique.

La peur, la tristesse, l'angoisse emportées ainsi vers des paroxysmes dans quel but ?

Peut-on imaginer que derrière le masque d'une normalité artificielle, nos dirigeants et tous ceux qui leur lèchent les bottes ne sont rien d'autre que des sous fifres à la solde d'entités terrifiantes toujours affamées qui ne loupent aucune occasion pour se jeter sur nos émois.

Cela fait quelques jours que mes pensées s'entrechoquent ainsi à la frontière d'une réalité double.

Celle que j'ai toujours connue et qui, malgré sa dureté possédait encore encore des liens avec le bons sens et puis une autre bien plus trouble appartenant au domaine de la science fiction qui, comme on peut le penser n'est rien d'autre qu'un laboratoire de réalités en gestation.

Concentration

Un mot suspect depuis 1974. Toujours à cause des camps. Et aussi d'un film que les prêtres polonais, presque tous survivants d'Auschwitz, nous repassaient une fois l'an. L'histoire du père Kolbe. Arrêté par la Gestapo, il est détenu dans le camp de concentration d'Auschwitz, où il s’offre de mourir à la place d'un père de famille, Franciszek Gajowniczek. Les nazis le font exécuter au moyen d’une injection de phénol. Je suis resté 3 ans à Saint Stanislas d'Osny près de Pontoise. Une scolarité en dent de scie. L'apprentissage se passait ailleurs. Celui de la bêtise et de la cruauté au sein des groupes. A l'époque je me réfugie dans ce coin du parc où trône la barre fixe. Je m'exerce à effectuer des tractions sans relâche des que j'ai quelques minutes. Je ne peux me concentrer que sur l'effort physique. Ce qui me pousse ? la rage, la colère, l'impuissance, je ne sais plus. Les images des camps n'ont plus cessé de me hanter et aussitôt que je détecte la méchanceté autour de moi je reviens à elles. La bêtise et la cruauté, l'abjection dont sont capables les membres de notre espèce me dégoute et me fascine tout en même temps. Nous nous passons des BD aux dessins en noir et blanc qui racontent la guerre de 14-18, les tranchées, les tripes et la pourriture dont on peut sentir presque l'odeur se mélangeant à l'odeur un peu rance des livres passés entre toutes nos mains. Concentration... c'est le mot qui revient le plus souvent ici. Il faut se concentrer sur sa tâche, sur sa tenue vestimentaire, sur l'impeccabilité des draps et de la chambre, des cahiers, des casiers.

Le recours aux forêts

C'était il y a belle lurette, j’espérais encore trouver un quelconque salut. Je traversais le village à vélo puis montait la grande côte en changeant de plateau pour que la sensation d'effort soit amoindrie par l'emballement du pédalage. Mais toujours à un moment la désagréable impression de faire du sur place. Mais cependant l'obstination payait et j'arrivais au bout, sur la plaine qui s'étend entre Vallon et Tronçais en passant par Hérisson et ma douce et belle Aumence.

Je pédalais tranquillement dosant mes efforts afin de ne pas m'approcher trop rapidement de l'orée de la forêt. Comme on retient sa main pour ne pas jouir de façon inopinée. Et enfin celle ci, l'orée m'aspirait tout entier comme les lèvres d'une femme aspire le désir.

Et là alors je volais. Je n'étais plus cycliste j'étais un oiseau tant l'effort avait disparu de mon vocabulaire, de mes pensées toutes entières, les emportant d'ailleurs très loin avec lui.

J'étais dans l'odeur de mousse et de champignons d'humus le plus heureux des petits garçons. Et le vent qui parfois soulevait mes cheveux et caressait ma joue était si réel, la sensation était si intense que j'étais comme dans mes rêves les plus fous. Les rêves sont toujours plus intenses que toute réalité fabriquée.

Je n'avais que cette obsession quand tout partait à volo de m'évader vers la foret et de rejoindre l'étang de Saint Bonnet.

Moi le petit gros, le goéland pataud je disparaissais alors grâce à la fuite du monde stupide

et devenait quelque chose d'infiniment plus vrai que jamais.

Je ne suis pas ceci je ne suis pas cela.

Pour tromper la pensée qui ne cesse de tourner en rond, je me suis inventé une nouvelle manie. Des que je crois être quelqu'un ou quelque chose je dis aussitôt je ne suis pas ceci je ne suis pas cela. Un forme moderne d'exorcisme si l'on veut mais à bien y réfléchir cette idée m'est probablement venue de la consultation sporadique d'un bouquin que je garde dans un des tiroirs de mon bureau " a course in miracle".Pour tromper la pensée qui ne cesse de tourner en rond, je me suis inventé une nouvelle manie. Des que je crois être quelqu'un ou quelque chose je dis aussitôt je ne suis pas ceci je ne suis pas cela. Un forme moderne d'exorcisme si l'on veut mais à bien y réfléchir cette idée m'est probablement venue de la consultation sporadique d'un bouquin que je garde dans un des tiroirs de mon bureau " a course in miracle".

L’abandon

Le sentiment d'abandon s'adresse directement à qui l'on croît être tant que nous ne le savons pas. Ce sentiment n'est ni bon ni mauvais, il est le résultat d'un événement. On peut appeler cet événement un traumatisme, un accident, peu importe les mots auxquels on l'associe la plupart du temps, c'est un fait que nous n'en gardons qu'un souvenir douloureux et nous hésitons à revisiter la source étant donnée la brûlure encore vive que l'on pense y retrouver. Il n'y a pas de volonté de nuire de la part de celle ou celui qui abandonne envers l'abandonné(e) . Il y a plutôt un constat d'impuissance qui oblige à l'abandon. Sans doute les mères d'enfants prématurés éprouvent t'elles de grandes difficultés à laisser leurs enfants en couveuse pendant quelques jours, quelques semaines, parfois un mois entier. C'est de cet abandon à la naissance, de cette déchirure mutuelle que j'ai envie de partir aujourd'hui dans ce texte. Naître prématurément c'est ce qui m'est arrivé il y a de cela plus de 60 ans désormais et sans doute la sensation de solitude permanente qui m'accompagne depuis toujours prend sa source dans cette séparation temporaire avec la mère. Comme une sensation permanente aussi d'inachèvement. Quelque chose qui déraille de façon aussi régulière que fatale et ce dans à peu près tous les domaines de la vie. Un impossibilité chronique durant longtemps à construire véritablement quoique ce soit. Un positionnement de victime du sort qui m'aura fait subir bien des déboires jusqu'à ce que j'inverse la vapeur. Jusqu'à ce que je commence aussi à abandonner peu à peu tout ce qui m'apparaissait cher, tout ce qui me semblait important à certain moment de ma vie. Ainsi d'abandonné je suis devenu peu à peu celui qui abandonne des choses et des êtres à mon tour. Peut-être poussé par la nécessité de savoir ce que l'on ressent au moment où on le fait. C'est à dire encore de la souffrance, encore plus de solitude.

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