Souhaiter la fin des haricots


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Quand au siècle dernier il n’y avait plus grand chose à manger dans les internats on donnait aux élèves des haricots. Quand même les haricots venaient à manquer c’était vraiment la fin de tout. On peut alors se demander si cette fin n’est pas à souhaiter comme étape ultime, l’aboutissement logique de la somme monumentale d’erreurs dont nous sommes responsables. Aller jusqu’au bout de tout finalement, c’est parvenir à l’horizon d’un autre monde laissant derrière soi tous les espoirs et toutes les déceptions comme autant de coquilles vides, carcasses inutiles désormais qui flottent dans le vieil imaginaire de nos sociétés vides de sens.

Certains invoqueront la folie, d’autres la destruction gratuite, d’autres encore se tairont donnant ainsi à ceux qui ont coutume de vociférer leur poids apparent et factice de rigueur. Souhaiter la fin de tout ne se fait pas plus que souhaiter la fin de rien afin que tout continue comme toujours sans que jamais rien ne change.

Pourtant tout le monde devine que rien ne peut continuer comme avant alors pourquoi donc s’accrocher encore aux promesses réchauffées et bien sur mensongères des politiciens que nous avons élus pour nous distraire de l’inéluctable.

La violence est là bien présente comme un gisement à ciel ouvert et nous n’avons plus qu’à la ramasser à pleines mains, sans nécessité de pioches ni de pelles, cette énergie aussi brute qu’intarissable.

Mais cette énergie que nous appelons violence par ignorance et par peur, celle qui en nous et hors de nous crée des massacres, des viols, des mensonges et des trahisons ne peut jamais être entachée de tous les vocables que l’on pourra jamais lui associer. Ce que nous nommons l’ombre n’existe pas sans lumière et le contraire vaut aussi.

Cette énergie résulte de la compression comme un gaz qu’on enferme, c’est dans la morale, la manière de vivre, les mentalités étriquées, l’ivresse du pouvoir et la quête de profit qu’il faut chercher les matériaux qui l’emprisonnent tentant ainsi de contrôler ce qui fait peur.

La violence comme la liberté, comme l’amour, font peur à ceux qui veulent conserver leurs châteaux de cartes patiemment érigés. La patience et la durée faisant office de ciment sur des constructions fondées sur la rêverie si cruelle et inique soit elle comme sur le sable dont parle Mathieu ( 7.26).

Il faut souhaiter la fin des haricots, pour retrouver la clef des paradis perdus jadis et savez vous qui me l’a apprise ? Arthur Rimbaud et celle ci se nomme Charité.