La guitare

Allongé sur le lit à l’heure de la sieste dans un demi sommeil je n’ai pas besoin de faire beaucoup d’effort pour retrouver Valeria. La voix de Valéria surtout qui prononce mon prénom en faisant légèrement rouler le r sous sa langue chantante. Je m’accroche à cette voix comme à l’idée d’un Graal que j’ai enfin découvert dans le hasard de mon adolescence.

L’hôtel Arrencetto est silencieux à cette heure là. Le service est terminé depuis longtemps et les derniers bruits des assiettes et des couverts entrechoqués ont servi d’introduction baroque à la grande plage de silence qui s’étend désormais sur le quartier. Même les Vespa se sont tues. A peine entend t’on ça et là dans le lointain un oiseau chanter, une mouette probablement qui remonte de la baie vers le village pour y trouver la fraicheur factice de l’ombre.

C’est à cet instant que j’ai perçu pour la toute première fois le son de la guitare de Pépo, l’un des serveurs de l’hôtel et que dans ce son mon âme toute entière s’est soudain éveillée à l’évidence. L’évidence de la musique.

A cet instant je n’ai pas pu rester plus longtemps dans la chambre sur le lit pas même dans le souvenir si confortable de la voix de Valeria. Comment pourrais je dire… le son de la guitare de Pépo, ces quelques notes étaient comme le nec plus ultra qui rassemblait tout ce que mon oreille auparavant cherchait vaguement, péniblement freiné par les pensées et l’analyse de ces pensées.

A 15 ans j’étais une brute qui n’avait toujours cherché qu’à dissimuler ses sensations pour survivre. Armé de la pensée je pensais naïvement remporter tous les combats, dénouer tous les nœuds gordiens avec la lame tranchante de mon discernement naissant. Je n’étais somme toute qu’un gamin triste et malheureux en mal de musique cruellement.

Ce son de la guitare de Pepo m’éveilla comme je n’avais pas le souvenir de l’avoir jamais été auparavant. J’ai descendu quatre à quatre le grand escalier qui menait au patio et enfin j’ai découvert la source du merveilleux.

C’était une guitare classique aux cordes de nylon que l’homme tenait dans ses bras avec un je ne sais quoi de tendresse mêlé de fermeté. Il jouait un air à la mode je crois que c’était la chanson Michelle ma belle des Beatles. Il aurait pu jouer n’importe quoi d’ailleurs il me semble que cela aurait été la même chose.

La vibration crée depuis la caisse de bois d’acajou, du manche de palissandre, de la pression des doigts d’une main, du frottement des cordes de l’autre était ce sur quoi mon attention ne pouvait plus s’échapper.

Tout apparu et tout disparu à partir de cet instant. Seule la vibration restait.

Ce fut un été particulièrement riche en émotions que cet été 1975 et je ne parviens plus à me souvenir de l’ordre exact des événements. Sans doute est ce pour cela qu’en retrouvant dan ma mémoire le souvenir de ce son de guitare, je mise d’une façon empirique sur l’espoir que le reste suivra.

Je misais dessus plutôt car au final même si cette année là j’ai découvert l’amour, la douleur de la jalousie, de la trahison , la rage et le sexe, il ne me reste pas grand chose de ces mensonges si longtemps entretenus pour m’inventer à moi-même ma propre légende.

Seul le son de cette guitare me parait résister à l’érosion du temps.

40 ans plus tard lors d’une escapade vers la Calabre avec mon épouse, je lui ai proposé de faire un crochet par Naples et bien sur par Meta di Sorrente où se trouve encore cet hôtel.

Nous y sommes parvenu à l’heure de la sieste mais le portail en fer forgé était clos. L’hôtel était en travaux et nous n’avons pas pu y pénétrer. J’apercevais les tables sur la terrasse avec tous les fantômes s’agitant autour, le ballet des serveurs et des jolies touristes dans des poses alanguies sous la caresse du soleil. J’ai cherché au loin l’entrée du patio et j’ai tendu l’oreille mais Pepo avait disparu depuis longtemps emportant sa guitare, avec Valeria, Sonia, Hanna ces trois versions de la féminité tellement contrastées les unes les autres que je n’ai pu m’empêcher de sourire reconnaissant cette chance inouïe d’avoir connu toutes ces choses si jeune en un seul été.

-J’ai faim- a soudain dit mon épouse et je me suis aperçu que nous étions parvenus au soir désormais, nous avions effectué un tour dans le village, le bruit des vespas avait repris et une foule de personnes dégringolait des rues et des ruelles pour se rendre à la mer.

Je sais ce que l’on va faire lui ai je dit.

Et nous avons remonté la colline pour nous enfoncer dans le lacis des rues et des ruelles dans l’autre sens. Je me souvenais de la pizzeria où tous nous allions jadis j’étais curieux de voir si j’allais retrouver mon chemin de mémoire.

Le serveur qui nous apporta le vin s’excusa de sa maladresse en débouchant la bouteille et j’en profitais pour lui demander depuis combien de temps il travaillait ici. Mais visiblement il était plus jeune de quelques années que moi. Il m’a dit -à peine 20 ans -et je ne jugeais pas utile de lui raconter que je connaissais l’établissement autrefois. Mon épouse attrapa ma main et la serra sous la table à ce moment là.

La pizza était bonne mais celle dont je me souvenais était évidemment bien meilleure ai je dit sur un ton badin en ressortant.

Puis nous avons repris la route le lendemain très tôt pour la Calabre. Je n’étais pas si étonné de ce sentiment bizarre qui me tenaillait tout en conduisant, à mi chemin entre la nostalgie et le soulagement, comme c’est souvent mon habitude.

J’allais me concentrer sur ces quelques jours que nous allions passer en Calabre lorsque mon épouse à mis en route la radio.

Et là crois le ou pas … les Beatles ont commencé à entonner « Yesterday » et de grosses larmes se sont mises à couler sur mes joues comme un con.

Un mois de mars si semblable à celui ci.

Les forsythias sont en fleurs et les genets aussi et je descends les rues en pente vers la gare de Boissy-Saint-Léger tout en bas. Il fait un peu frais j’aurais du prendre un pull. Et puis j’oublie soudain cette envie de confort de chaleur, je la mets dans un coin de ma cervelle. Elle ne sert à rien cette idée, juste à ruminer encore et encore en vain.

L’idée de tout confort est à bannir pour l’instant. L’idée de la chaleur et du réconfort aussi. L’intuition de tout ce qui est inutile éclaire mes pensées comme une paire de phares dans la nuit. Pourtant il fait jour, c’est le printemps.

Dans le vaste ciel, un ciel profond plane comme un oiseau sombre l’écho d’une déflagration qui vient de se produire le matin même.

Exactement comme si j’avais eu une arme et que je l’eusse pointée sur ma tempe, appuyé sur la gâchette et que tout ce qui avait été , avant le mouvement du marteau frappant l’opercule de la balle, n’existait plus qu’à l’instar d’un rêve qui se dissipe au réveil.

La marche me fait du bien comme toujours, salutaire au même titre que cette vision des forsythias et des genets en fleurs. Tout ce jaune intense dans les jardins des petits pavillons de banlieue, le chant des oiseaux striant l’air frais, tout incite à une sorte de retrouvailles avec un être que j’ai totalement oublié depuis longtemps et cet être j’ai encore un peu de mal à accepter que c’est moi.

Ce chemin qui se déploie en descendant vers la gare je l’ai emprunté des centaines de fois. Cependant que ce matin de mars je le découvre comme s’il s’agissait de quelque chose de nouveau comme une première ou une dernière fois. Comme on s’en va à regret ou espoir je veux en retenir chaque détail, je m’accroche à cette sorte de phobie du détail qui surgit parfois quand on devine qu’on ne reverra plus les lieux avant bien longtemps, peut-être même jamais.

Parvenu à la hauteur de la boulangerie pâtisserie la devanture m’attire comme un aimant et machinalement je me dirige vers elle prés déjà à pousser la porte.

Comme tant d’autre fois me payer un pain au chocolat ou un croissant.

J’aurais bien mangé un croissant ce matin là je me dis. Mais je ne le fait pas . Je me retiens.

Je tâte mes poches et il n’y a que quelques billets, pas de monnaie. Il vaut mieux faire attention. « Casser » le moindre billet je sais d’avance ce qu’il en coûtera par la suite. Dilapidation et rien d’autre. Il vaut mieux attendre encore. Il vaut mieux reprendre la marche, descendre encore plus bas oublier l’odeur de la boulangerie et de ses croissants, avancer vers la gare.

Enfin j’arrive sur le dernier tronçon de mon parcours après 30 minutes de marche mon sac commence à peser vraiment. La lanière me scie l’épaule et je le change de coté

Je n’ai pas eut vraiment le temps de préparer le contenu. En toute hâte, quelques caleçons, chaussettes, jeans, tee shirt et chemises et tout le reste n’est que livres.

L’air pur porte loin le son des hauts parleurs de la gare proche désormais cependant je n’arrive pas vraiment à discerner ce qu’ils disent. J’imagine l’avertissement d’un RER proche entrant bientôt en gare et j’accélère le pas dans l’espoir d’arriver à temps.

L’important est de partir au plus vite, de ne pas avoir à patienter trop longtemps sur le quai, ne pas rencontrer de visage familier.

L’important est de partir, d’aller à Paris. Retrouver enfin Paris. Rien d’autre pour le moment n’a d’importance que cette envie pressante de prendre mes distances avec ce que j’aurais pu appeler « un effondrement ».

Il y a peu de voyageurs dans le wagon. L’heure de pointe du matin est passée . A nouveau je regarde par la vitre le paysage tellement vu déjà, paysage de banlieue avec ses tours, ses pavillons ses troquets en angles un peu biscornus, ses restaurants chinois de plus en plus, et même cette espèce de pagode sous laquelle j’imagine des lamas tibétains méditants entre Joinville le pont et Vincennes je ne sais plus.

Tout à fait le genre de paysage que l’on voit sans regarder dans le fond. Une animation qui fait croire au mouvement, au déplacement et pas grand chose de plus.

Ce matin là, j’ai décidé de descendre à la gare de Lyon. Il faisait beau le soleil réchauffe la ville. Je viens d’avoir 16 ans et suite à une dispute avec mon père d’un accord tacite il m’a viré et je suis parti.

Ce que j’éprouve alors est indéfinissable vraiment. A la fois un immense soulagement et le sentiment d’une perte irrémédiable. Ce jour là j’ai dit adieu à tout ce que j’étais et que je ne supportais plus.

Une puissance inouïe semblait monter du sol de la ville toute entière et emprunter pour s’élever vers le ciel tout le réseau veineux de mes pieds de mes mollets et de mes cuisses. J’étais alors tel un arbre. Un arbre en marche comme dans le seigneur des anneaux .Je me sentais fort, capable d’affronter n’importe quoi en apparence. En apparence car en même temps je la sentais bien cette boule au ventre terrifiante de ne pas savoir où aller à présent.

Alors j’ai emprunté le premier boulevard menant vers la Bastille, j’avais envie de reprendre la marche de danser la marche pour profiter de ces retrouvailles, avec la ville, avec moi-même, avec une sorte de tout ou de rien , enfin, tout semblait se confondre dans cette danse et cette marche.

L’inconnu comme la peur et même l’effroi étaient alors partout comme un amalgame prêt à fondre et malgré cette perception des choses inédite, original je me sentais terriblement bien.

A vrai dire je ne sais pas comment toutes ces années ont pu passer si vite. Il me semble que c’était encore hier, pourtant je viens d’avoir 60 ans et au fond de moi je me sens toujours aussi jeune, aussi fort et tout autant effrayé aussi par cet inconnu qui est toujours à la fois en moi comme à l’extérieur de moi. Même si j’ai réussi à négocier de nombreuses fois avec lui, à dépasser mes craintes, à m’efforcer et à capituler un nombre inimaginable de fois, cet inconnu reste intact.

C’est à nouveau un mois de mars si semblable à celui là au mois de mars de mes 16 ans , un mois de mars , un printemps et qui nous mène déjà à Avril irrémédiablement dans un monde transformé de fond en comble par l’inconnu sous la forme d’un virus et d’une catastrophe financière certainement inédite elle aussi.

Ce matin je retrouve ce jeune homme qui a tout perdu comme nous allons être nombreux à tout perdre.

Peut-être vais je moi-même encore tout perdre une fois de plus. Cependant, lorsque je peux me souvenir de cette immense sensation de liberté de n’avoir rien et de marcher dans la ville je me demande si cela m’appartient encore ou bien si ce n’était que l’espérance qui s’accroche à la jeunesse comme un tuteur pour l’aider à rejoindre l’age mur. J’aimerais bien que ce ne soit pas aussi bête que cela mais souvent ce sont les choses qu’on considèrent ainsi comme bêtes parce que tout bonnement elles sont simples, qui sont les plus justes.

J’essaie encore de plaisanter en me disant que je ne suis pas si vieux, « 60 ans après tout ce n’est pas si vieux  » je me le dis et le redis en douce autant que je le peux …et sans doute que lorsque j’atteindrai 70 je me dirais exactement la même chose si tant est que je puisse encore y arriver bien sur.

Mais toutes ces pensées j’ai l’intuition qu’elles sont fort inutiles, plus embarrassantes dans le fond qu’autre chose. Puisque la priorité sera juste de vivre désormais et rien d’autre.

L’adolescence

Ce matin, j’ai envie de me pencher sur un mot qui me rebute par le passé que j’ai pu y associer sans y prendre garde. C’est une période peu glorieuse de prime abord de ma vie que j’ai fini par ranger dans une boite, un tiroir sans trop y revenir.

Lorsque j’ouvre ce tiroir je me revois face à la glace de la salle de bain de la maison familiale. Ce genre d’armoire avec trois miroirs que l’on peut régler en entr’ouvrant les deux portes latérales pour se voir de face, de trois quart et de profil.

C’est la période des éruptions d’acné et pour moi celle la perte de mes premiers cheveux par poignées. Je cherche l’approbation d’une ou d’un autre dans le reflet de ce visage, dans le regard qui se reflète et c’est bien sur toujours en vain. Je ne suis que doute et incertitude.

Pourtant cette période de ma vie dans l’insouciance magistrale dans laquelle mon malaise perpétuel m’imposait de me détendre, de me rassurer, de m’évader, n’aura pas receler que de mauvaises choses autant que j’ai pu le croire à cette époque.

Quelques pistes de définition

L’OMS (organisation mondiale de la santé) donne une définition amusante de l’adolescence, amusante car elle cherche à la définir de façon sérieuse, scientifique, médicale, psychologique, biologique.. on comprend pour définir l’intelligence que même l’OMS a besoin de chausser des lunettes des filtres particuliers, ça ne peut se décréter à l’œil nu.

« L’adolescence est « la période de croissance et de développement humain qui se situe entre l’enfance et l’âge adulte, entre les âges de 10 et 19 ans ». C’est une période de transition qui se caractérise par un rythme de croissance élevé et des changements psychologiques importants.

Toujours selon l’OMS, l’apparition de la puberté marque le passage de l’enfance à l’adolescence.

En 2015, l’OMS évalue le nombre d’adolescents à 1,2 milliards, soit un sixième de la population mondiale.

Dans le fond cette définition de l’adolescence ne propose que des repères temporels proche de l’arbitraire et ne me convient pas vraiment. Il manque tellement de choses.

L’effondrement de la pensée et le recours à la violence, la pensée magique

Quand je me revois face à cette armoire à glace que représente ce fils de marchand de couleurs sur de lui et arrogant qui me harcèle dans la pension où mes parents m’ont flanqué je retrouve tous mes doutes, toute ma timidité, ma vulnérabilité terrifiante.

J’ai serré les dents pendant des mois déjà. l’appréciation des forces en présence ne me donnait pas gagnant, alors je ne disais mot. Je subissais l’invective et l’humiliation le plus dignement que je le pouvais et cela me fendait parfaitement en deux du sommet du crâne à la voûte plantaire à chaque fois.

Je ne faisais pas partie du sérail évidemment, dans cette pension une couvée de rejetons de familles puissantes dans les sphères politiques, du monde des affaires, du spectacle s’était rassemblée de façon traditionnelle de père en fils depuis plusieurs générations et malheur à ceux qui n’étaient pas issus des guibolles où des bourses Jupitériennes.

Nous, les modestes, les « accidents », les pauvres si l’on veut ne tardions guère à comprendre rapidement la notion de classe et de caste et ce des les premiers jours.

Toute une mécanique bien huilée pour déconsidérer l’autre, le rabrouer, l’atterrer et ce bien sur avec la complicité tacite du clergé qui gouvernait tout ce petit monde d’une main de fer dans un un gant tissé de bave et d’obséquiosité, depuis belle lurette , comme un rouleau compresseur, s’occupait des nouveaux, de la bleusaille pour la mettre le plus vite possible « au pas ».

Je l’avoue j’en ai bavé moi aussi des ronds de chapeaux. Malgré ma taille et ma carrure j’étais taillé psychologiquement comme une ablette. Il aura fallu atteindre la limite ultime de mes résistances à la privations et à l’humiliation pour que soudain mué par une force inconnue alors, je me mette enfin à réagir.

Je n’avais jamais connu cela, comme si j’étais soudain possédé par une divinité chthonienne, à la façon d’un géant vert bien connu qui fait exploser ses vêtements d’un coup pour montrer une monstruosité en expansion rapide, me voici à nouveau en train de mettre mon poing dans la figure de ce gros con boutonneux.

Je me vois encore le sortir de la classe à coup de pompes dans le cul sous les yeux éberlués et admiratifs de mes camarades et dans la rapidité de l’action je me souviens aussi du regard attendri de ce professeur d’allemand que j’adorais qui fait à ce moment là mine de chercher un papier au fond de son cartable.

Quelque chose en moi avait décidé pour moi tout entier que la coupe était pleine et qu’il fallait agir cette fois sans réfléchir.

Lorsque je repense à cette anecdote cette violence qui se déclenche soudain ressemble fort à la première fois où je fourre la main dans la culotte d’une fille pour découvrir un peu horrifié mais malgré tout impassible l’aspect baveux et gluant que nos émois provoquaient alors dans sa profondeur. Cette mécanique soudaine qui se met en action comme si cela appartenait à une partie animale, innée bien au delà de le sphère limitée des pensées.

L’adolescence pour moi comme pour probablement tout le monde fut une longue suite d’initiations et de challenges digne d’une éducation amérindienne. Je m’étais crû fallot et soudain un vieux chef esquimau, malgache, aztèque ou cherokee me secouait du dedans pour m’emporter vers la bataille.

Cette absence de choix et le recours à la violence « sacrée » si je puis dire reflète en quelque sorte ce malaise que j’ai enfoui si longtemps à propos de l’adolescence.

Le fait qu’une institution place une fourchette temporelle, des bornes à l’adolescence démontre plus qu’elle chercherait à la borner plutôt qu’à vraiment définir en profondeur ce qu’elle est.

Que dit la psychanalyse ?

La psychanalyse qui désormais remplace pour une bonne part le clergé dans sa fonction d’écoute dans nos sociétés modernes ne nous en apprend guère plus à propos de l’adolescence. Selon sa grille de lecture et ce quelque soit l’obédience de l’école à laquelle elle se rattache, elle évoque une période de « vulnérabilité » liée au phénomène de la puberté, de discontinuité psychique et de crise. Pour reprendre l’expression de François Marty1 « L’adolescence est une période de bouleversements sans précédent dans l’histoire du sujet ».  De même, comme le souligne E. Kestemberg2, « on dit souvent que l’adolescent est à la fois un enfant et un adulte, mais il serait plus juste de dire qu’il n’est plus un enfant, et n’est pas encore un adulte ». Cette période d’entre deux sans point de repère fiable constitue l’essence même de « la crise » d’adolescence. Depuis les années 50 Winnicott évoque déjà cette notion de violence due à la mutation rapide que provoque les phénomènes hormonaux liés à la puberté et à ce no man’s land dans lequel l’individu se situe entre enfance et age adulte.

Un élément intéressant inédit apporté par la psychanalyse est le phénomène de « régression » qui caractérise certains moments de la « crise d’adolescence ». La faillite de la pensée chez les jeunes gens, l’incapacité à pouvoir établir sur elle une solidité véritable encore les inciterait à régresser vers des comportements enfantins qui auraient cet attrait du « déjà vu » déjà expérimenté plus rassurant en quelque sorte.

Cette analyse cependant me parait minimiser les choses, les restreignant à un cadre purement logique, presque médical. Le fait de s’apercevoir des failles de la pensée et de se réfugier dans ce que l’on nomme parfois à tort la régression si celle ci est synonyme de violence et d’incapacité me parait courte et ne rend pas vraiment compte des enjeux qui se dissimulent dans le mouvement général que produisent de concert la régression en même temps que l’évolution de l’individu. c’est le frottement de ces deux forces qui produit l’ouverture vers ce qu’on nomme l’age adulte et surtout les choix qui seront validés par celui ci pour y pénétrer de façon confortable psychiquement.

Si l’OMS borne l’adolescence à 19 ans en moyenne c’est comme je l’ai déjà dit parce qu’elle se sent poussée à la borner désormais. Chez les romains par exemple qui utilisaient le terme d’adulescence la fourchette d’age s’étendait jusqu’à la trentaine. Il est possible que le développement industriel ait réduit la période d’adolescence pour profiter ainsi d’un surcroît de main d’oeuvre, que les diverses guerres également et leur demande de chair à canon l’ait aussi restreint. Il est possible que les impératifs démocratiques ou républicains en matière de droit de vote aient raccourci la période de l’adolescence à de seules fins électorales. Comme on peut aisément l’imaginer la fin de l’adolescence varie selon les profits que l’on peut en tirer.

Tout cela me fait réfléchir car plus on tente de borner court l’adolescence plus j’ai l’impression qu’elle se prolonge malgré tout au delà des raisons pour lesquelles on la borne.

Le consommateur, l’adolescent, le profit

L’immaturité dans laquelle la société capitaliste plonge les consommateurs notamment a certainement très bien compris ce phénomène de régression enfantine lorsqu’elle donne comme mode de vie de se ruer vers des biens de consommation pour échapper à la réflexion, à la pensée, à la sérénité et au détachement. C’est aussi une forme de violence que de décider soudain d’aller acheter quelque chose pour se soulager d’un poids, d’une oppression que l’on n’arrive pas à définir soi-même.

L’adolescence est peut-être d’ailleurs le format rêvé dans lequel la pensée capitaliste cherche à nous parquer jusqu’à un age parfois canonique, le plus longtemps étant le mieux pour elle évidemment.

Cependant elle produit en parallèle les germes de sa destruction à venir.

J’ai vu Prométhée qui vole le feu aux Dieux

Pour mon compte je crois avant tout que l’adolescence est une période initiatique dont les origines remontent à la nuit des temps, à nos ancêtres chasseurs. Il ne fait pas de doute que si bon nombre d’adolescents choisissent à la fin de se suicider comme de devenir salariés, d’autres iront bien plus loin, vaincront les obstacles et parviendront ainsi à relier la violence sacrée de la pensée magique avec la sérénité d’une pensée logique rationnelle pour construire un système différent.

Il n’y a pas de jugement particulier à émettre sur le bien ou le mal fondé de ce nouveau système à venir qui extraira sans doute l’humanité de son adolescence, celle ci ayant à mon avis un peu trop duré.

Sortir de l’adolescence alors sera de tenir compte malgré tout de cette pensée magique et de cette pensée rationnelle qui ne cessent jamais de se combattre à l’intérieur de la plupart d’entre nous. Ce que nous appelions magique il y a des millénaires déjà j’imagine que peu à peu nous allons le renommer différemment au fur et à mesure de nos découvertes.

Il n’y a pas une seule grille de lecture pour regarder le monde il y en a autant que d’individus et c’est l’ensemble de toutes ces grilles qui est véritablement magique, merveilleux selon mon regard évidemment toujours adolescent.

Sources http://psy-enfant.fr/crise-ado-therapie-paris-xx/

1 François Marty Psychanalyste ouvrages https://www.cairn.info/publications-de-Fran%C3%A7ois-Marty–3325.htm

2 Evelyne Kerstemberg ouvrage https://www.cairn.info/l-adolescence-a-vif–9782130498230.htm

3 Winnicot ouvrage sur l’adolescence https://www.cairn.info/winnicott-et-la-creation-humaine–9782749215600-page-7.htm

Mélancolie

Mélancolie huile sur toile 30x40 cm Patrick Blanchon 2013
Mélancolie huile sur toile 30×40 cm Patrick Blanchon 2013

On ne sait d’où elle vient mais on est certain qu’elle est là, elle s’empare de tout notre être et rien ne peut y faire : l’état de siège s’annonce long et austère. Les anciens attribuaient à la bile noire sa raison d’être, réglant ainsi le problème par une production d’humeur anormale. Ils accompagnaient leurs observations quant au phénomène en indiquant que les personnes frappées de mélancolie n’étaient pas épargnées non plus par le génie. Les premiers accès remontent à loin, durant les vacances sans doute, l’été certainement, alors que rien ne m’y préparait. Soudain elle arriva presque en même temps que moi dans le hameau du Bourbonnais où je venais rejoindre mes grands parents paternels. J’aurais juré percevoir sa présence et ce des les premiers pas sur le quai de la petite gare où grand-père venait me chercher dans son éternelle cotte de coton noire et sale. Même si j’avais voulu les surprendre et venir sans prévenir, alors j’aurais bien sur emprunté la route menant vers leur maison, il n’y aurait rien eut à faire, elle m’aurait devancé. Ce sentiment inouï d’ennui mêlé de solitude et d’à quoi bon, à peine poivré d’un sentiment mortel d’infini qui rend à la fois maussade, lucide et bon à rien.

Même la pêche que j’adorais ne pouvait m’en distraire totalement. Bien sur le soleil perçant au travers les brumes de l’aurore sur la terre meuble me charmait, bien sur le vent dans les arbres, leur longue respiration de feuille, bien sur le bouchon que l’on guette et qui soudain s’enfonce, bien sur l’éclat d’argent du poisson ferré.. bien sur que la distraction fleurissait à proportion que ce poison terrassait mon corps, mon cœur, ma tête.Et même mon âme semblait inquiète, menacée de désastre comme le reste, la sournoiserie alors venait à la rescousse comme pour m’extraire du bourbier à grande secousses d’adrénaline.

Ce fut là, à cet instant précisément que l’amour choisit d’arriver.Un jour que le gros Paula et moi fumions de vieilles lianes sur les marches de la petite maison abandonnée, il devait être aux alentours de 17 heures les ombres s’allongeaient et les voitures sur la route départementale se raréfiaient de plus en plus, il y eut un petit ploc et un petit gravier toucha mon camarade à la têtePuis un rire léger stria l’air et Babette surgit de derrière une haie de prunelliers. C’était une petite noiraude à l’air effronté, vêtue d’une jolie robe légère, ce devait être la première fois que j’apercevais la présence d’une fille dans le hameau que je me targuais pourtant bien connaitre.Paula devint rouge comme une pivoine et je compris qu’il était amoureux rapidement, au fur et à mesure ou la Babette avançait vers nous. Il bégaya des paroles de bienvenue exagérée avec son fort accent de la campagne, celui là même que je m’étais bien acharné à perdre lorsque nous avions dû déménager et aller vivre en région parisienne.Paula c’était un peu moi si j’étais resté là bas, si je n’avais jamais connu la ville, la rouerie des gamins des cités, la méchanceté crasse des filles, si j’étais resté simple et innocent à gober les mouches et à croire aux bondieuseries.Paula lui était encore intact, une terre vierge prête à être piétinée. Babette arrivant je comprenais confusément qu’elle n’allait pas se gêner.

La première rencontre nous emporta à la frontière de la nuit, nous bavardâmes tous les trois, je restais le plus silencieux cependant me sentant étranger plus que jamais dans ce pays qui avait été mien et dont l’éloignement m’avait banni à tout jamais. Chaque été je revenais espérant retrouver quelque chose que je pensais avoir perdu , et des le début j’éprouvais l’ inéluctable, la présence d’une absence que je ne retrouverai jamais plus.Ce soir là je retournais chez mes grands parents encore plus triste que jamais. tout paraissait encore plus présent que jamais: le tic tac de la vieille horloge, l’odeur d’encaustique, celle de sueur et de tabac mêlé de grand-père, comme si l’instant dilatait ses parois pour que mon mal être et moi-même puissions y tenir plus à l’aise.

Mes grand parents regardaient la météo, guettant l’accident éventuel de la pluie, l’espérant sans doute , il avait vraiment fait très chaud cette année là.Je grignotais un reste d’omelette que grand-mère m’avait laissé, à même la poêle et j’allais me coucher avant que grand-père ne me rejoigne. Il m’eut été impossible de m’endormir avec l’odeur de cigarette se consumant dans le cendrier Cinzano qui trônait sur la table de chevet.Le lendemain était si semblable à la veille, à peine les quelques minutes d’espoir accompagné de tartines beurrées et trempées dans le grand bol de café au lait se terminaient-elles que je retrouvais cet instant incommensurable et le »ne pas savoir quoi faire ».Grand mère s’inquiétait souvent me voyant ainsi .Elle me parlait d’ennui tentant de s’infiltrer mais je déclinais vite son invitation à discuter en allant prendre ma douche, m’habiller et je m’évadais une bonne partie de la matinée par les chemins qui m’éloignaient de la ferme, du hameau, et me conduisaient vers plus de plus profondes solitudes encore.Aussi ces moments de camaraderie avec Paula le fils du facteur et plus tard avec le fils du couvreur m’étaient ils chers et j’aimais les retrouver en fin d’après midi sur les marches de la petite maison prés de la mare.

Dans mon for intérieur je les imaginais frappés du même mal que moi d’une façon plus trouble, plus confuse, et leurs taquineries, leurs jeux de brutes n’étaient que pales tentatives pour masquer notre plaie commune cet ennui de l’adolescence.

Enfin la pluie surgit et nous nous réfugiâmes tous dans la grange en face ce jour là. J’avais apporté ma guitare et nous chantions assis dans le foin. La Babette m’adressait des œillades appuyées que je prenais grand soin de ne pas soutenir eut égard envers Paula. 
C’est à cet instant, agrandit, éternisé, que Nadine la sœur aînée de Babette apparut toute de blanc vêtue avec ses cheveux blonds et longs et ses yeux de biche moqueurs. Le Coup de foudre fut immédiat pour cette grande de 5 ans mon aînée.L’amour m’extirpa de ma mélancolie, de mon ennui et probablement si tant est que j’en eut jamais de mon génie, je devins parfaitement idiot et passais le reste de ces vacances dans un état d’apesanteur et de grâce jamais vu. Les deux sœurs habitaient en face de la petite maison de la mare et, le soir j’avais pris l’habitude d’attendre Nadine elle aussi en plus de mes trois camarades. Lorsque je la voyais arriver de l’autre coté de la barrière, l’attente alors si douloureuse laissait place à une sensation d’apaisement merveilleux. Je la dévorais du regard qu’elle soutenait de façon timide et effrontée tout en même temps.Pour être un peu plus seuls, nous avions convenu Nadine et moi de nous retrouver au même endroit après l’heure du dîner sans Babette Paula et Pierre.

Alors mes grand parents riaient ils de bon coeur de me voir quitter la table et de repartir dans le soir, ils me comprenaient heureux et ça les rendait heureux je crois.Jamais je n’ai été capable après cela d’attendre aussi longtemps une fille. Parfois elle surgissait en pleine nuit et je la devinais à la clarté de la lune, parfois je croyais l’entendre arriver, je croyais respirer l’odeur de camomille de ses cheveux, sa peau parfumée de savon de lait d’amande, mais il n’y avait que l’obscurité et je devais encore patienter avant d’entendre enfin le petit portail de bois grincer sur ses vieux gonds.Elle me faisait attendre, elle se faisait attendre, je n’y avais jamais pris garde mais c’est bien elle qui avait le dessus.

Enfin réunis, nous évoquions un vague but de promenade et nous nous élancions dans la nuit sombre seulement guidés par la clarté du sable des chemins. Sa hanche frôlant ma main , ma main frôlant ses fesses mais jamais de contact évident, juste une avancée de retenue en retenue en bavardant de tout de rien. A la vérité je ne savais rien du tout de ce que les filles pouvaient vouloir d’un garçon et à fortiori une fille plus âgée. Peut-être confusément attendais je qu’elle fisse le premier pas et en même temps cette idée me terrorisait comme elle me désolait.

Que de chemins avons nous ainsi empruntés pour explorer la nuit de nos désirs barricadés de pudeur et de crainte que tout ne s’effondre, d’un accord tacite cet état de fait continua jusqu’à la fin des vacances.

Le dernier jour nous échangeâmes nos adresses, je lui donnais celle de la pension ou j’étais déjà depuis une année. Et puis nous nous séparâmes en nous faisant la bise …

Je ne pensais pas qu’elle m’écrirait jamais. Après tout bien que de 5 ans mon aînée Nadine était une fille de la campagne, avait des buts arrêtés dans la vie, elle voulait devenir infirmière et préparait sa rentrée à l’école de Montluçon. Franchement me disais-je elle va vite m’oublier. La rentrée fut maussade autant qu’elle pouvait l’être. Je retrouvais toutes les tètes connues et quelques nouvelles qui venaient agrandir la cohorte de mes camarades de classe. Les premières semaines passèrent et la rectitude des horaires et des rituels , ou les habitudes retrouvées, m’éloignèrent peu à peu de ces fabuleux souvenirs de l’été.

Nous étions les pieds dans la Viosne, un camarade et moi en train d’attraper un orvet quand le garçon préposé au courrier me héla de loin en brandissant une enveloppe. Comme nul ne m’écrivait jamais il supposait que cela valait le coup d’appuyer un peu plus l’événement et il alla jusqu’à nous rejoindre en courant pour me donner la lettre.Je ne connaissais pas l’écriture sur l’enveloppe et soudain je pensais à elle , à Nadine en découvrant le tampon de la poste de Vallon en Sully.Je la mettais dans ma poche pour ne pas la lire devant mes camarades et repartait à la recherche des serpents et des épinoches, seules occupations à peu prés intéressantes durant les interclasses.

Ce fut le soir venu, après le dîner et la chapelle, lorsque je me retrouvais dans la chambre à l’abri des regards de mes camarades partis à la douche que je décachetais la lettre et découvrais pour la première fois l’écriture fine et resserrée de Nadine. La première lecture fut brouillée par la recherche de mots précis que je n’y découvrais pas. A la seconde je comprenais qu’il devait sans doute y avoir la même pudeur se cachant derrière la banalité des mots que je lisais et relisais.. un vrai bégaiement de lecture . Il n’y avait là que des nouvelles de sa vie, toutes simples et rien d’affectif ne semblait percer sinon un je t’embrasse en bas de page.Mais ce n’était pas grave, j’avais une lettre de Nadine et la pension toute entière se transforma en un établissement de luxe estival dans les profondeurs de l’automne cette année là .

Je crois que je répondis une première fois à Nadine en tentant de placer un peu plus de chaleur qu’elle dans mes mots sans pour autant parler de sentiment. Finalement l’ambiguïté me paraissait être le garde fou nécessaire à cet échange épistolaire. Je lui racontais mes journées, mes déboires, mes réussites, mes rêves d’adolescent , avec de temps à autre une référence discrète au souvenir de nos promenades. Et à la fin j’avais écrit une lettre par jour à Nadine, il était temps de revenir chez mes grand parents pour un nouvel été..

Mon cœur battait la chamade j’avais la tête en feu alors que je gravissais la cote après les 8 km à pied que j’avais déjà effectués ma valise à la main. Je n’avais prévenu personne du jour de mon arrivée. Je voulais tout savourer dans le menu, que nul ne vienne déranger ma joie, mon bonheur.C’est en fin d’après midi que j’arrivais au hameau, les coucous se répondaient dans le lointain et un parfum d’herbe coupée flottait dans l’air.La maison des deux sœurs était sur mon chemin j’en profitais pour faire un saut , peut être apercevrais je Nadine enfin? Effectivement elle était là, je mis un moment à comprendre ce que je regardais, un gros gaillard vêtu de cuir chevauchant une moto dans la cour était en train de l’embrasser . Elle était pendue à son cou.. et soudain elle me vit, se détacha à peine et me fit un petit signe de loin. Un sourire arriva je ne sais comment sur mes lèvres et sans un mot je tournais les talons pour rejoindre la ferme de mes grand parents.

J’ai gardé longtemps toutes les lettres que m’avait envoyées Nadine, je me souviens aussi avoir regretté de n’avoir pas conservé de doubles de celles que je lui avais adressées.

C’est bien plus tard prés de la trentaine, que j’ai décidé de les brûler. Un nouvel amour arrivait comme une page vierge il fallait faire du vide.

Il y a ainsi des histoires, des récits plus ou moins inscrits à mi chemin de la réalité et du rêve comme désormais des tableaux rangés au fond de mon atelier qui n’attendent que le bon moment, le juste regard peut-être aussi pour atteindre à l’importance qu’ils méritent. Qui décide de la valeur de cette importance..? Moi bien sur car j’ai bien peur qu’il n’y aurait personne au final si de temps à autre je ne partageais pas ces objets enfouis comme des secrets.

Un bon ami à moi à coutume de dire :  » Qu’est ce qu’un homme ? et il rajoute c’est tout ce qu’il ne montre pas, tout ce qu’il cache. » J’ai longtemps caché, dissimulé jugeant tout cela autant impudique qu’insignifiant, banal, mais mon chemin m’amène à rencontrer des gens qui, dans la confusion qui hier était mienne, peuvent entendre parfois comme un écho de leur préoccupations, de leurs entraves en accompagnant les miennes dans leur lecture. Et juste pour ça, pour établir des ponts entre les êtres le partage et le don sont importants.