Et si tout cela n’était qu’un jeu

Création d’un jeu de go à partir de chutes de sapin d’un autre projet.

Comme on regarde vraiment un tableau en se reculant de quelques pas, considérer l’ensemble, ces milliers d’interventions qui défilent en continu sur l’écran du réseau social et peser l’équilibre.

Il y a celui là qui me demande une amitié virtuelle et que je visite, sa haine est formidable et il enchaîne cris de rage sur dénonciation vaine sans relâche. Il y a celle ci qui propose toutes ces photos de chats à qui voudra, et juste après cette jeune fille dénudée qui me propose de me masturber moyennant un clic sur paypal, et puis les artistes que j’aime qui rament et rament, et encore bien des publications ou le « je » se déploie de la prétention maquillée d’humilité au superfétatoire.

Une image floue de cour d’école peu à peu, dans la pénombre de l’escalier menant à une cave les petites filles contre quelques bonbons soulèvent leurs jupes devant les yeux hagards des petits garçons.

Le grand dadais qui court à perdre haleine pour attraper comme il peut une amitié en vain, et puis sous le préau le groupe tranquille des bons élèves jouant à la marelle.

Me vient aussi étrangement que le reste l’idée d’une soupape, c’est par là que part l’énergie pour ne pas qu’elle reste stockée dans les cervelles et dans les nerfs, tout cela savamment organisé, prévu, réglé par l’algorithme par des gens sans scrupules et frustrés qui se sont dit un jour « inventons ce jeu »

Quels sont mes besoins ?

http://ombror.canalblog.com/archives/2012/02/16/23449000.html

Jamais je n’aurais imaginé, avant d’arriver sur les réseaux sociaux, le nombre d’objets, de concepts, de savoirs, qui me faisait défaut. La fréquentation des fils d’actualité désormais me le fait éprouver quotidiennement et de façon aussi inquiétante que suspecte.

Quand je revois passer cette publicité pour un trépied photo extraordinairement bien mis en scène, évidemment que je souffre cruellement du manque de ne pas avoir en ma possession cet objet. Cela ne dure que quelques secondes et heureusement cela me donne l’impression de résister aisément à l’envie de cliquer. Mais plusieurs fois par jour, et ce de façon outrancière parfois, cela m’interroge vraiment sur les façons dont je m’entube tout seul.

Car ce n’est pas un hasard de revoir maintes fois cette pub bien sur, il suffit que je m’arrête sur elle, que je regarde par exemple la vidéo jusqu’au bout pour que l’algorithme le capte et devine mes désirs inavouables. Surtout ceux que je ne souhaiterais pas m’avouer tout seul, et c’est pourquoi il m’aide.

Ainsi nous rentrons dans les supermarchés pour acheter quelques provisions et parvenons à la caisse avec un chariot plein sans même s’en rendre compte.

Ne pas céder requiert un alignement particulier avec l’ennui et le besoin. Disons pour résumer avec la notion de vide et de plein. Trop de vide et nous n’avons hâte que de le combler mais ça fonctionne avec le trop plein aussi. Trop plein d’efforts pour économiser pendant des jours, des mois, et soudain craquer bêtement pour un achat débile par exemple qui ne l’a pas fait ?

S’il existe désormais une foultitude de stratégies sur le net pour apprendre à créer l’envie et le besoin, on n’en trouve guère qui permettrait de fabriquer l’antidote à cette épidémie crée par nos envies superficielles alliées à la mathématique.

La seule chose qui nous permettrait de nous extirper du cirque serait de lâcher la souris et de galoper vers la forêt. Un retour aux arbres comme une urgence pour se dépolluer l’âme le cœur et l’esprit et puis perché comme un oiseau sur une branche siffler doucement en se demandant quels sont nos vrais besoins…

Revenir à l’intention

Intense mais calme, méditative,continuelle mais pas têtue, l’intention polarise le sable du chemin sur lequel nous nous engageons. Mieux l’intention est chemin.

Son ennemie jurée pourrait être la distraction mais il n’en est rien. j’irai même jusqu’à imaginer que celle-ci lui est liée ontologiquement.

Comme un cocher avisé l’intention poserait ainsi par distraction des aires de repos pour mieux reposer le voyageur en elle.

Algorithme

quatrain d’Omar Khayyâm

Ce mot provient  du persan, du nom d’un mathématicien du XI ème siècle, Al-Khwârizmî,né dans les années 780 dans une région de l’Ouzbékistan nommée Khwarezm. Ses écrits, la plupart du temps rédigés en langue arabe furent traduits en latin au XII ème siècle et permirent ainsi l’introduction de l’algèbre en Europe.

Le bonhomme, mathématicien, géographe, astronome et astrologue prodigua ses services, et probablement son enseignement dans l’ une des « maisons de la sagesse » qui fleurissait dans le nouveau souffle d’un nouveau monde , le temps du califat Abasside.

 Muhammad Ibn Musa al-Khwârizmi exerçait son art quant à lui  à Bagdad.

Fondée en 762 après la bataille du grand Zab contre les Omeyades , Bagdad tirerait son nom du persan (donnée par Dieu) et c’est la  toute jeune capitale du monde Arabe qui dardera ses rayons pendant environ 500 ans durée approximative de la dynastie Abasside.

Le calife Al Mansour, est en effet très influencé par la culture persane et désire donc déplacer l’attention du monde depuis l’ancien Damas  en Syrie ( La ville du Jasmin )  qui était la capitale  administrative d’une province  de l’empire Ottoman. Damas entretient des liens étymologiques avec »sham », on retrouve ainsi cette étymologie dans la province de Sham, le pays de Sham  mais aussi dans le mot cham qui désigne la gauche lorsqu’on se tourne vers l’orient, à contrario du sud,  le Yemen . Damas, est une évolution  abrégée sans doute de la locution Dimachq al sham. (arabe)

Dans ses maisons de sagesse , l’attention est  portée sur des traductions de textes concernant les mathématiques,discipline peut-être voire surement tirée de l’étude des cosmogonies, branche de l’astrophysique qui a pour but d’étudier l’origine, la nature, la structure et l’évolution de l’univers, mais également sur l’histoire, la géographie, la philosophie, et la poésie tant, pour les savants de cette époque, universalistes, des connections évidentes s’effectuent encore  entre toutes ces disciplines. 

Mais revenons à cette notion d’algorithme.

Un algorithme est donc  une sorte de panacée apte, sinon à trouver  un remède à tous les maux, à résoudre d’une manière générale une quantité importante de problèmes donnés. Comprenez qu’il faille les préciser, c’est à dire les couper en instances, de la même manière qu’on couperait les cheveux en quatre.

C’est que pour résoudre un problème nous avons pris l’habitude de le découper. Ici ce qui m’importe ce n’est pas le problème mais le mot « résoudre » qui possède le triple sens de décider ( je me résous à résumer mon propos ) mais aussi » décomposer » dans le sens de faire passer un corps d’un état à un autre. Et enfin « trouver » la solution à un problème.

Comme Picasso par exemple qui  pour résoudre le problème du sujet se mit à le trouver dans la ligne plutôt qu’à le chercher dans les méandres de son esprit.

 C’est la version « mystique » en quelque sorte, tout droit issue du monde Soufiste et en ce sens je reviens un peu à l’origine de mon propos de départ, cette relation secrète entre l’ algorithme et l’un de mes poètes préféré: 
Omar Khayyâm. qui vécu dans le milieu de la période Abasside ( 1048-1131).

A cette époque l’Afghanistan s’appelle  encore le Khorassan et Omar passe une partie de son enfance à Bahli puis s’établit à Nishapur.  Entre temps on le retrouve à Ispahan pour organiser la réforme  du  calendrier solaire durant 5 années durant lesquelles il s’occupera d’observations astronomiques en même temps que d’élaborer son oeuvre poétique et fréquenter les tavernes.

Comme il risque la disgrâce après la mort du sultan Mālikshāh pour être allé un peu loin avec ses poèmes, il alla faire un tour à la Mecque et tout rentrera dans l’ordre pour mon plus grand bonheur car ainsi il continuera à écrire ses quatrains et moi de les lire comme des mantra.

Le nom de Khayyâm indique que probablement son père était fabriquant de tentes. Mais sous une autre lecture, selon un système ésotérique que l’on appelle le systeme abjad, Kayyâm deviendrait al-Ghaqi : « le dissipateur de biens. »expression qui dans la terminologie soufie est attribuée à « celui qui distribue ou ignore les biens du monde constituant un fardeau dans le voyage qu’il entreprend sur le sentier soufi » .d’après Omar Ali-Shah.

« Khayyam, qui cousait les tentes de l’intelligence,
Dans une forge de souffrances tomba, subitement brûla ;
Des ciseaux coupèrent les attaches de la tente de sa vie ;
Le brocanteur de destins le mit en vente contre du vent »

(Omar Khayyam (trad. Armand Robin), Rubayat, Poésie/Gallimard)

La difficulté du traitement de l’information en tant que problème, instance c’est sa susceptibilité face à la croissance ou l’inflation , c’est à dire comment interagir de façon élastique, souple dans une forme donnée lorsque celle-ci subit la pression ou la dépression de ce qui la constitue .

Quel est le filtre ou le critère majeur qui perpétuera son écologie en le faisant croître sans l’exploser ..?

Ce qu’il convient de comprendre c’est qu’il faut un filtre. Peu importe lequel. Ce dernier est un ensemble de variables à ajuster selon le client qui paie dans le monde de l’avoir . 

Dans le monde de l’art ce filtre, il se pourrait que ce fut longtemps  la beauté, pour des raisons de volumétrie ( la plus-value est plus longue à obtenir et inclut le paramètre de postérité) .

Quant au monde de l’Etre  si  l’on cherche la plus haute  qualité mieux vaut aller au simple et ne conserver qu’un   filtre de justesse.

« Au printemps, je vais quelques fois m’asseoir à la lisière d’un champ fleuri.
Lorsqu’une belle jeune fille m’apporte une coupe de vin, je ne pense guère à mon salut.
Si j’avais cette préoccupation, je vaudrais moins qu’un chien. »

Omar Kayyâm