De la difficulté de signer au bas du tableau.

Comment pouvez vous être certain que ce sont bien Monet, Renoir, Toulouse Lautrec qui peignent à travers vous ? Silence de Luiz Gasparetto, puis il s’adresse au journaliste qui vient de lui poser cette question. Et vous, vous êtes un homme, comment savez vous que vous êtes un homme ? Parce que vous le sentez n’est ce pas, vous sentez que vous êtes un homme. Et bien pour moi c’est la même chose. Je sens que ces peintres arrivent et s’emparent de mon corps pour s’exprimer. C’est comme ça, je le sens, c’est ma sensation, pourquoi voulez vous que je remette cette sensation en question ?

J’ai retrouvé quelques vidéos où l’on peut voir ce type peindre possédé par l’esprit d’un de ces peintres. Il est en transe et tout son corps semble parcouru par une excitation extraordinaire. D’ailleurs lui-même le dit à un moment : une excitation proche de l’orgasme sexuel.

Je regarde ses mains s’agiter à la surface du papier, visiblement il utilise du pastel probablement pour répondre à la fulgurance qui s’empare de lui. Utiliser de la peinture acrylique ou l’huile demanderait sans doute de prendre un temps pour préparer les couleurs avant de les poser comme il le fait sur le support. Mais non, un peu plus loin je le vois triturer de la peinture épaisse dont il extraira un bouquet de fleurs dans un vase, magnifique.

Parfois il semble étaler le pigment avec le plat de la main comme un enfant qui barbouille, d’autre fois il se fait plus précis comme un sysmographe avec un simple bout de fusain.

Il peut utiliser les deux mains en même temps cela n’a pas l’air de le déranger. Parfois même un pied. Ce sont parfois trois entités différentes qui s’emparent de lui, Luiz Gasparetto et simultanément on peut reconnaitre alors le style de Monet sur une partie de la feuille et sur l’autre Renoir ou Modigliani.

A la fin de la séance on le voit signer et c’est avec stupeur que je peux lire la signature enfin : Monet, Renoir, etc.

Car Luiz ne signe jamais de son nom les toiles qu’il peint. Il sait que ce n’est absolument pas lui qui les réalise mais tous ces maitres de la peinture impressionniste et qu’il ignorait lorsque les premières transes ont commencé à l’âge de 13 ans.

Evidemment la première chose qui vient à l’esprit est de se dire il y a un truc. Ce ne peut être vrai. Et puis Luiz n’a pas lésiné à exposer publiquement ce phénomène de possession par les esprits. Il est connu mondialement, d’abord au Brésil, puis un peu partout grâce à la rapidité des réseaux de communication désormais.

Nul ne peut vraiment expliquer de quoi il pourrait s’agir d’autre qu’une « possession ». Et sans doute n’est ce pas un hasard que cela se produise au Brésil, où la magie multiséculaire Yoruba s’est mêlée à la religion chrétienne catholique et que l’on retrouve dans les cérémonie du Candomblé.

D’ailleurs le spiritisme fait partie de l’éducation de Luiz. Il est d’usage d’accepter ici que les divinités puissent interrompre les activités profanes des personnes et les chevaucher soudainement. C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison, pour que ça n’arrive pas n’importe où, n’importe comment, qu’ont été fondées ces différentes maisons des saints, sur tout le territoire afin de canaliser cette particularité.

Je pense soudain au fait que je traine la patte régulièrement pour signer mes toiles. Je crois toujours que ce n’est pas important, qu’elles ne sont que des brouillons, des esquisses, et ce même si je les emporte le plus loin que je le peux vers l’achèvement.

C’est presque à contre cœur que je les signe souvent au dernier moment, lorsqu’elles quitteront l’atelier, soit pour partir en exposition soit parce qu’elles sont acquises par un client.

Ces derniers temps je ne signe même plus à la peinture, j’utilise des feutres Posca juste avant de vernir.

J’ai longtemps pensé que cette gène provenait de mon manque chronique de confiance en moi ou de mon orgueil ce qui est la même chose c’est à dire que je pense que ce n’est jamais assez bien. Et que ça ne vaut pas la peine de se mettre en avant pour un résultat pareil.

Mais si je creuse un peu plus loin c’est aussi parce que ces toiles je les fait souvent en transe, en grande partie.

Avec ce tri que j’effectue depuis deux ans pour me débarrasser de mes propres fictions par l’écriture, je me pose cette question aujourd’hui de savoir si je ne suis pas, moi aussi, perméable à cette forme de possession de quelque entité de l’Au-delà qui s’empare alors de mon pinceau pour tenter de s’exprimer.

Cependant que nul ne signe jamais si ce n’est moi au dernier moment comme pour tenter de valider à la fois le fait que je suis peintre et en même temps la raison que je me suis donné de vivre cette existence.

Ces derniers jours je dessine d’après les œuvres de peintres que j’aime ce qui me permet d’une certaine façon de m’absenter encore autrement. J’ai décidé évidemment de ne pas signer ces dessins, de juste indiquer le nom du peintre dont je me suis inspiré.

Dessin d’après Paul Sérusier.

Renaissance Sauvage et traitement des déchets.

Expo Le Greco au grand palais , bannière

Où commence l’art ? Non pas à la préhistoire, on s’en fiche de la préhistoire. l’art commence avec notre culture, ta culture à toi. alors imagine combien peu j’en connais sur l’art dans le fond des choses parce que ma culture c’est un peu la tienne.

Et justement c’est cela qui est génial car quand tu n’as pas d’a priori, pas de préjugés, pas de référence c’est là que t’es bien, et que tu peux faire de l’art sans le savoir comme certains font de la prose.

Vouloir « faire de l’art » pour entrer dans l’histoire de l’art est une chose et il en est une autre qui consiste à exprimer ce que tu as envie de dire de mieux en mieux et c’est tout autre chose.


Cette seconde interprétation m’a sauté aux yeux il y a longtemps en lisant « exercices de style » de Queneau. La même scène relatée plusieurs fois de tant de façons diverses et variées de voyageurs dans un autobus.


En 1943 Paul Eluard se rend à l’hopital psychiatrique de Saint Alban en Lozere dirigé par Lucien Bonnafé proche des surréalistes. Il y découvre des œuvres réalisées par des patients notamment celles d’Auguste Forestier, des petits personnages confectionnés avec de petits bouts de ficelles. Il les emporte à Paris et les montre à Picasso, Queneau, ( tiens, encore lui ) et Dubuffet.

L’art brut est né en quelque sorte dans un hôpital psychiatrique, il est né de la marge et de ce que l’on considère « utile » de celle ci depuis 1914 date à laquelle on commence à conserver les œuvres des patients dans les archives de l’établissement.


Marge, folie, ce sont des termes distingués pour ne pas évoquer le déchet et la phobie d’une société « bien pensante » de vouloir toujours les circonscrire et les cacher. Je te laisse définir « bien pensante » comme tu voudras car « une mal pensante » cache souvent une « bien pensante »à venir

Il y a peu le marché de l’art a fini par récupérer ce qu’autrefois on appelait des dégradations sur les façades des immeubles de banlieue, des tags et de là tout un paquet de petits malins ont fait leur beurre sur ce qu’on appelle aujourd’hui le « Street art »

Dans le fond le renouveau de l’art selon les époques vient souvent, de plus en plus ? de ce qu’on considère habituellement comme du « déchet »

Aujourd’hui, ultime sursaut parisien, on nous présente une exposition majeure sur Léonard De Vinci et une autre sur Le Gréco. Ce n’est pas bête notamment concernant surtout Le Gréco curieusement.

Il faut imaginer la tête des gens de la Renaissance devant un tableau de Le Gréco…Sans doute ne s’émerveillaient ils pas de la même façon que devant les œuvres de Léonard.

Ca ne parle pas du tout le meme langage Le Gréco et Léonard.

Le Gréco c’est un peu dans la folie qu’il puise les ressorts de son art à la façon d’un Garouste de nos jours qui d’ailleurs est un admirateur inconditionnel de celui-ci.

Ce qui est drôle c’est que finalement Garouste a déjà un bon 45 fillette dans l’histoire de l’art comme le Gréco lui a le corps entier.

Quelque part ce qu’il faut entendre comme petite mélodie là dessous , c’est que l’histoire de l’art est un peu dans une sorte d’impasse en ce moment, alors on va chercher les fous pour agiter le bocal en espérant un renouveau, une renaissance « sauvage ». Mais cette renaissance elle est permanente et souvent bien au delà des frontières du cénacle intellectuel de Paris, New York,Berlin etc.

Je pourrais te citer quantité de peintres par exemple dont j’admire la folie, l’audace, le point de vue et qui sans doute n’auront jamais accès aux grands lieux de culte de l’art contemporain.

Est ce que c’est grave ? Je ne pense pas, les lieux changent, comme les êtres seul l’art demeure.

L’art serait une sorte de lieu à la fois de traitement des déchets comme de leur recyclage.