Accepter et renoncer

La cause de la plupart des conflits internes ou externes pourrait se résumer dans une phrase simple, accepter ou renoncer à avoir raison. La paix se situe peut-être au dessus de cette forme en croix, au dessus du chiasme. Le fait de renoncer à devoir coûte que coûte avoir raison à ses propres yeux comme aux yeux des autres demande à passer par le chas d’une aiguille et louvoyant agilement entre Charybde et Scylla, le doute et la certitude. Il est facile de confondre le fait de renoncer à avoir raison avec l’échec, avec la lâcheté, avec une compromission que nous avons toujours tenté de tenir à distance, à seule fin de maintenir notre identité, notre intégrité. Mais quelle serait alors cette identité, cette intégrité si celle ci est fondée sur un vecteur illusoire ? Cette obsession d’avoir raison à tout prix nous entraîne à nous heurter sans relâche à tout ce qui nous entoure dans le seul but de conserver l’illusion d’un point fixe. Depuis Héraclite nous savons pourtant que l’homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. On peut imaginer que c’est parce que l’eau coule que le fleuve n’est jamais le même mais cela vaut aussi pour le sang charrié dans nos artères, pour les pensées qui ne cessent jamais de nous traverser, pour les émotions également. Comme peut on imaginer être un point fixe autour duquel tournerait toute chose, même Dieu y aura renoncé puisqu’on dit souvent qu’Il est désormais en toute chose. On pourrait remplacer le mot « Dieu » par « tout » ou « rien » cela n’aurait pas plus, ni moins de sens.

Illustration  » Fruits  » peints par Séraphine de Senlis détail

Musée de Grenoble.

Le monde

Quelque chose s’étend, s’étire, me contient et que je ne peux pas appréhender autrement que par les sens, par un filtre que je pose sans arrêt sur ce quelque chose.

Il se peut qu’il ne soit qu’un profond silence, ou une cacophonie magistrale, ou bien encore une symphonie inconnue.

Je ne sais pas.

J’ai choisi aujourd’hui de ne pas vouloir savoir.

Parce qu’à chaque fois je sais que je me trompe.

Quel que soit la définition que je veux donner du monde,

ce ne sera pas la bonne

ni la mauvaise d’ailleurs

ce ne sera que la mienne

Ma propre ou sale définition du monde

selon mon humeur, mon désir, ma défaillance, mon courage ou ma lassitude.

Le fait que je me trompe n’est pas bien grave, en soi

Le fait que j’ai parfois raison non plus.

Dans le fond je ne retiens jamais qu’un presque rien du monde.

Une faible portion, un tri que j’effectue, à ma convenance ou à ma déconvenue.

Kafka dans son journal disait :

Chaque jour entre le monde et moi il me faut braquer une phrase contre moi.

Il n’avait pas tort

pas raison non plus

ce qu’il faut retenir c’est que le monde m’interpelle toujours

qu’il soit à l’extérieur ou à l’intérieur de moi

j’ai le choix de le peindre, de l’écrire

ou de ne rien faire.

De m’enfouir dans ce contact comme deux corps qui s’étreignent

pour trouver une intersection de chaleur, de joie ou de plaisir

Cela ne change rien à la majorité du monde.

Et peut être un tout petit peu frémit-il ?

Va savoir

Va connaître.