90. Notule 90

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Le propre du désœuvrement est de ne s’occuper que de lui-même. Même si je sais qu’il suffit de prendre un pinceau et une toile et d’y aller sans réfléchir, il y a des jours où c’est plus fort que moi, je me complais à contempler mon désœuvrement comme on pourrait s’hypnotiser de voir une tâche de fond à l’œuvre justement.

C’est de ce désœuvrement que l’œuvre peut surgir, jamais d’une autre raison que je pourrais inventer. Tous les thèmes, les idées, les émotions, les sensations ne pèsent pas bien lourd face à la puissance de celui-ci.

C’est ce désœuvrement qui m’envahit, que je laisse m’envahir c’est lui la cause originelle.

Ce n’est pas l’ennui, c’est bien plus puissant que l’ennui.

C’est une dévastation qui revient comme un tsunami à période régulière. Où plutôt dont les effets se font sentir plus intensément selon certaines phases de la lune.

J’ai essayé de lutter contre bien sur. De faire l’autruche, d’en rire, de l’insulter, mais rien n’y fait.

Il faut l’accepter tel quel pour ce qu’il est et en miroir pour ce que je suis. Même si je ne sais pas qui je suis.

Et si l’ego, le moi en souffre, s’en trouve à chaque fois modifié c’est probablement aussi parce que ce désœuvrement provient de l’ego lui-même, comme un mécanisme qu’il se crée à la fois pour se faire peur, s’angoisser et tester les limites de sa puissance.

Et c’est étrange que la déception vienne du fait que ces limites tiennent comme des digues. Des digues que l’on aurait parfois envie de voir submergées.

Mais qui éprouve cette envie ?