Fichue politesse.

Ce n’est pas rare qu’avec l’age et le manque d’énergie on finisse par enrober son désir sous de jolis mots. Ainsi étais je en train de narrer la recette de mon père concernant le bœuf bourguignon, lorsqu’elle me dit:  » pff fait chaud ça ne te dérange pas si je me mets à l’aise », et elle apparut nue juste avant que je ne m’apprête à évoquer seulement l’intérêt de placer un pied de veau au bon moment.

C’est alors que je découvris tout l’hypocrisie que recelait mon interprétation de la politesse. J’en pris ombrage comme un idiot et prétextant une occupation urgente, je remis mon chapeau et me hâtai de retrouver la rue et son indifférence rassurante.

Le désir et l’envie.

Miroir obscur. Patrick Blanchon 2018

 » Don Quichotte, dans le roman de Cervantès, est la victime exemplaire du désir triangulaire, mais il est loin d’être la seule. Le plus atteint après lui est son écuyer Sancho Pança. Certains désirs de Sancho ne sont pas imités ; ceux qu’éveille, par exemple, la vue d’un morceau de fromage ou d’une outre de vin. Mais Sancho a d’autres ambitions que celle d’emplir son estomac. Depuis qu’il fréquente Don Quichotte il rêve d’une « île » dont il sera gouverneur, il veut un titre de duchesse pour sa fille. Ces désirs-là ne sont pas venus spontanément à l’homme simple qu’est Sancho. C’est Don Quichotte qui les lui a suggérés.La suggestion est orale, cette fois, et non plus littéraire. Mais la différence importe peu  » René Girard « Mensonge romantique et vérité romanesque. »

La différence entre le désir et l’envie est probablement de nature géométrique. Le désir exulte dans le triangle alors que l’envie est une ligne droite traversant le plan.

Il est courant de désirer ce que l’autre désire, cet autre alors serait le sommet du triangle les deux autres n’étant que le sujet et son objet de désir.

En peinture, la copie, l’imitation des grands maîtres sert de médiateur entre le peintre et la peinture dans l’apprentissage classique.

En prenant le raccourci de l’immédiateté, de l’envie brute est il possible de vraiment supprimer toute forme de médiation entre le sujet et l’objet ?

C’est ce que l’on peut croire, mais c’est une nouvelle médiation que l’on installe peu à peu. On désire le hasard comme intercesseur et c’est ainsi que le triangle peu à peu se reconstruit.