Une erreur d’orientation ?

Lorsque nous vîmes flotter autour de nous les gros blocs de glace que les saxons nomment iceberg,  » montagne de glace » nous fumes horrifiés. Que la coque de notre navire puisse résister à la collision avec l’un de ces monstres gelés, aucune chance, nous les observions qui voguaient poussés par d’invisibles forces à la vitesse de 6 nœuds à l’heure et l’excitation fébrile du second pour parer à la manœuvre n’avait jamais été aussi intense.

Ce fut Louis qui le premier osa invoquer une erreur de navigation. Apres le repas du déjeuner en allumant sa pipe de terre cuite il haussa les épaules et avança le fait que nous n’aurions jamais du rencontrer toute cette froidure, que nous avions du dériver trop au nord. Même les meilleurs capitaines peuvent faire des erreurs ajouta t’il comme pour se préserver des foudres potentielles que sa réflexion pouvait créer.

Peu à peu le doute envahit lentement l’équipage tout entier et nous vîmes à proportion de sa progression l’attitude du second changer. Il se faisait plus amical en apparence comme pour mieux s’approcher de chacun et humer au plus profond sa peur et sa pensée. Et nous le vîmes même éclater de rire lorsque le jeune mousse surpris en pleine conversation à propos de notre errance, se pissa dessus de trouille quand le second dégaina son épée et de sa lame lui caresser la joue.

Ce soir là le capitaine donna l’ordre de faire monter les femmes sur le pont et de débonder quelques tonneaux de vin d’Andalousie. Entre deux tempêtes les éléments étales laissèrent apparaître des constellations que nous ne connaissions pas. Quelques uns s’emparèrent d’instruments de musique et le vaisseau continua sa route pourfendant la mer calme sous un ciel tranquille.

Sur la passerelle le capitaine se tenait immobile et nul ne savait où se tenait désormais le second, mais nous savions que le danger désormais pouvait resurgir à tous les instants et c’est ce qui donna à la fête son élan féerique.

Juste le vent

Juste le vent qui joue dans les cimes des arbres

qui courre sur la plaine caressant les herbes

juste le vent qui erre

voilà ma vie ce rêve éveillé.

tous ces voyages pour m’inventer un pays

tous ces regards pour inventer le tien

Juste le vent qui erre

sans but ivre de liberté

sans but assoiffé de milles soifs

Juste le vent

Ami du silence qui ne répond jamais

que par des silences de plus en plus épais

j’écouterai la pluie tambouriner sur les pavés

j’écouterai les cris des oiseaux à la frontière de l’aube

j’inventerai le monde à chaque fois

et me rendrai ponctuel à tous ses enterrements

crierai bravo, une autre , encore !

Juste le vent qui courre à perdre haleine

sous le soleil chauffant les grains d’été

juste le vent sur tes cheveux

auréolés de rires d’enfants .

Et puis soudain le vent tombera

et puis soudain on ne saura pas

tout se taira on oubliera

et on criera bravo, une autre, encore !

tout recommencera bien sur

Le vent , le silence caressant les blés

les cheveux d’enfants et le duvet des vieux.