« Sois digne du malheur qui t’es donné. »

Quand j’aperçois le vieux Denis assis sur son coffre de pécheur avec sa casquette militaire enfoncée sur le crâne je fais bien attention de ne pas m’approcher de trop près. Ce type est inquiétant. De lui suinte le malheur et je me méfie de ne pas l’attraper. En général j’avise un coin à une bonne distance de lui pour m’installer et tendre mes lignes. Et de temps en temps nous nous regardons sans dire un mot. Denis est le mari de ma voisine une femme hystérique obsédée par la propreté. On dirait qu’elle passe toute sa journée un chiffon ou un balai dans les mains. Elle est maigre, sa poitrine est sèche et ses lèvres sont minces. Quand à ses yeux ils sont toujours extrêmement luisants comme si elle allait se mettre à rire comme une folle ou pleurer toutes les larmes de son corps. Tout le monde la craint dans le quartier car elle sait distiller la rumeur et le doute comme personne. Le père Bory qui l’a connue gamine me dit que sa méchanceté qui provient du malheur qui la envahit et qu’elle n’a pas su contrôler. Il en connait un rayon sur le malheur le père Bory, une fois ou deux il m’a raconté quelques bribes de sa vie. Sans exagération cependant, sans chichi. Il est veuf depuis une dizaine d’année et a perdu son fils dans une guerre quelque part en Algérie. Il me parle comme si j’étais un adulte et me dit souvent que je ne suis pas si bête que je veux bien en avoir l’air. Nous sommes amis.

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