Tout est déjà fini

Et en même temps comme un puzzle à l’envers

toutes les pièces

une à une

voltigent lentement autour de l’espace de la toile

ou dans celui-ci

avant même d’avoir donné le premier coup de fusain, de pinceau.

Tout est déjà fini comme rien ne l’est vraiment.

Grattement de l’occiput, nerveux,

à s’arracher les derniers cheveux qui me resteraient encore

s’il ne faisait beau.

Si tout à coup

j’ouvrais en grand la porte de l’atelier

et que je me tienne sur le seuil à respirer à pleins poumons.

Il fait beau, oui comme jamais, comme toujours

quand on touche du doigt le silence,

au delà des désordres apparents et des ordres aboyés, implorés.

Je m’en fiche de la surface blanche

elle n’existe pas plus que la main qui s’élance

vers l’au delà d’ici.

Je m’en fiche de m’en foutre en prime, en sus,

je nage le regard perdu dans le bleu

sec et froid en tirant lentement sur ma tige.

Je m’en fiche qu’hier tout à commencé

demain tout sera fini

je m’en fiche je suis bien là

j’en suis sur désormais

quoiqu’il advienne et bien sur

il adviendra

des jours de chien, des jours de loup,

des jours aussi entre rien et tout

comme d’habitude

Je m’en fous tout est déjà fini

Il ne manquait plus que moi comme seule ombre au tableau.

Je m’en fous que tout soit à recommencer tous les jours

De jouer des coudes des pieds pour naître

Tout est déjà fini

juste le temps de fumer une cigarette

si rapide si brève

que tout est encore à oublier

que tout est encore à réaliser.

tout est déjà fini m’a dit l’ombre d’un merle sur la branche d’olivier

cet hiver.

La danse du pinceau.

Pourquoi pas le silence
Encre de Chine sur papier

Tu penses trop, tu n’es pas là , tu te dis que tu n’y arrives pas et tu n’y arrives pas car tu programmes ton cerveau à trouver toutes les solutions pour ne pas y arriver.

Alors laisse tomber, installe toi devant ta toile blanche, prend le plus gros de tous tes pinceaux et tend le bras.

Inspire profondément et ressent l’air pénétrer par tes narines doucement, dans tes poumons, dans tout ton corps.

Expire doucement et laisse aller la main qui tient le pinceau. Imagine une danse, c’est peut être la danse d’un animal, d’un insecte, la danse d’une herbe balayée par la brise, la danse du vent qui court sur la plaine, la danse des flammes dans une cheminée, la danse de l’eau qui dévalent les pentes d’une colline, d’une montagne, la danse des pierres qui a commencé depuis la nuit des temps…

Expire doucement et tu commences à sentir ton épaule, ton bras, ton poignet et enfin ta  main danser comme tous les éléments. Ferme les yeux et écoute le bruit du pinceau sec sur la surface de la toile.

Ne mets rien sur le pinceau que l’intention de le faire danser sur la toile.

Recommence l’exercice avec un pinceau moyen, puis avec le plus léger de tous tes pinceaux.

Toujours pas de couleur, pas d’eau.. laisse danser les pinceaux et respire.