Golem

Un golem (hébreu : גולם, « embryon », « informe » ou « inachevé ») est, dans la mystique puis la mythologie juive, un être artificiel, généralement humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre, façonné afin d’assister ou défendre son créateur

Un rapport étroit avec la boue, le déchet, l’insignifiant, l’inutile. Et cela dès l’enfance, presque immédiatement à la sortie de ce long tunnel. Parce qu’il trouvait profondément injuste toute idée de rebut. Parce que cela sonnait faux dans la grande symphonie qu’il ne cessait d’entendre. Le déchet était la dissonance parfaite sur laquelle son attention se portait inlassablement comme un très vieil homme regarde les petits enfants qui jouent tout autour de lui.

Pour être au plus près de la boue il parla énormément comme le fait la boue quand elle n’en peut plus d’être boue, rejetée au fond des lits des rivières claires. Comme la boue soudain devient l’enfant des pluies.

Il marcha longtemps en crabe dévoreur de charognes, nettoyeur de plages, ses yeux mobiles sans cesse aux aguets, à l’affût de tout l’inutile, délaissant tout achèvement, refusant tout achèvement parce que l’éternité toute entière n’était pour lui que le mouvement du pas de gauche alternant le pas de droite.

Et rien d’autre.

Créature constituée par l’accumulation des rejets et des pourrissements nourrie par l’indécision commune, il l’ingéra et fit de tout ce désordre, de toutes ces dissonances son propre son.

Et curieusement ce son était en tout point parent du chant des baleines, des rires des dauphins, le son des galaxies qui fuyaient dans la joie toute idée d’immobilité.

L’art de perdre son temps

Le temps c’est de l’argent dit-on ce qui nous ramène au capital comme à chaque fois que l’on tente de donner une « valeur » aux choses. C’est sans doute vrai pour la plupart des gens puisqu’il semblerait qu’il existe une demande et donc une multitude d’offres pour monnayer un meilleur emploi du temps.

J’ai eu un jour la curiosité de vouloir chercher sur internet les mots organisation, planning, tâches et, depuis ma boite mail est envahie de propositions toutes plus alléchantes les unes les autres pour me former à la fameuse gestion du temps.

En dépit de ces chances, je ne suis pas parvenu à obtempérer vraiment. Je n’ai pas trouvé l’or du temps mais plutôt des vendeurs de pelles et de pioches extrêmement aguerris aux tactiques de la persuasion.

Comme parallèlement à cela je m’interroge beaucoup sur l’art et la définition qui me conviendrait du mot artiste, j’ai finit par m’apercevoir que j’excellais dans cet art encore mal connu évidemment car craint et peu encouragé, qui est celui de perdre son temps.

Le stockage

« Tout peut servir » c’est sa devise, aussi il ne jette rien. Tout ça a commencé il y a bien longtemps, quand il était gamin et qu’il se rendait à Chazemais chez les grand parents.

En fait ce n’est pas Chazemais même mais Villevendret un hameau du centre de la France à quelques kilomètres de là , peuplé d’une centaines d’âmes.

Ici vit Robert, ancien volailler et lui est un grand maître en matière de stockage. On peut imaginer qu’il a acheté cette ferme avec ses dépendances, ses hangars et l’immense grange à cette fin.

Stocker tout ce dont les gens ne veulent plus. Et ça s’accumule depuis des années.

Dans les champs qui s’étendent derrière la ferme tu pourras voir une vingtaine de carcasses de bagnoles. Des marques que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaître.

L’idée c’était de remonter un modèle avec plusieurs pour récupérer les pièces. Mais ça ne s’est jamais fait. Les épaves finissent par pourrir lentement inexorablement dans les hautes herbes. La rouille qui attaque les carrosseries crée des œuvres d’art que le gamin observe en fumant des brindilles de sureau. L’odeur de vieux cuir chauffé par le soleil d’été notamment le rassure et ce n’est pas rare qu’il s’endorme à l’arrière d’un véhicule, pas loin d’un nid de paille ou d’un oeuf en plâtre Car le coin sert de poulailler désormais.

Le fils du grand père, le père de l’enfant déteste les vieilleries. Quand une chose a fait son temps il faut s’en séparer. Alors on la flanque à la poubelle. Si tu soulèves le couvercle de celle ci tu vas trouver de tout, pèle mêle de vieilles godasses qui baillent, un rasoir électrique qui ne fonctionne plus, une vieille ceinture en cuir dont la boucle est cassée et qui ne sert plus à rien. Le tout au beau milieu de déchets alimentaires.

Et puis il y a le petit fils qui regarde tout ça qui s’imprègne des deux versants du stockage. Partagé entre l’idée de se débarrasser des choses et les conserver. Et il n’arrive pas vraiment à faire de choix entre les deux.

Au rez de chaussée de la maison familiale, dans le quartier de la Grave, la mère de l’enfant coud. Il y a de petits morceaux d’étoffe qui tombent au sol et que l’enfant ramasse sans bien savoir ce qu’il va en faire plus tard.

Il emporte ça dans un coin du hangar là bas au fond du jardin et le stocke dans une vieille caisse en bois. Il y a un peu de tout dans cette caisse, de vieux bouchons décolorés pour la pèche, de vieux jouets cassés, des morceaux de chambre à air quand il a terminé de confectionner ses holsters de cow boy ou qu’il revient de ses longues journées de pèche il empile des souvenirs et des choses dont il ne se résout pas à se séparer.

Le stockage a une double fonction de collection et d’aide mémoire.

Plus tard, des années plus tard la ferme du grand père a été vendu pour une bouchée de pain par le père à une femme du hameau. Puis ce fut le tour de la maison de la Grave.

Tout ce qui pouvait retenir la famille dans le coin n’avait plus de raison d’être. Que des morts enterrés dans le cimetière du village qu’on ne visitera presque jamais.

L’enfant est devenu un homme désormais et lui aussi pour finir à du se résoudre à vendre la maison familiale en région parisienne. Il a du vider toute la maison et même s’il se souvient que le père avait beaucoup jeté de choses à la mort de la mère, il lui aura fallu plusieurs voyages entre Lyon et Paris pour rapatrier chez lui les meubles, le linge, les livres qu’il ne peut toujours pas se résoudre à jeter, des années après;

Tous les objets, les souvenirs sont là désormais éparses dans les dépendances, dans le grenier de la maison qu’ils viennent d’acheter en Isère. Il a bien tenté de rencontrer un brocanteur pour qu’il le débarrasse un peu mais a fait machine arrière au dernier moment.

Il a prétexté que la somme offerte par le commerçant en échange de tous ces souvenirs était tellement dérisoire qu’il préférait tout garder.

Dans le fond il a choisit de partager sa vie en deux vis à vis de cette idée de stockage quand il y pense ce matin .

toute sa jeunesse comme il ne savait pas quelle position adopter et aussi parce que la douleur d’avoir vu s’évanouir les lieux qu’il avait aimé ne cessait de l’obséder, il n’a eu de cesse de déménager, et de laisser à chaque fois tout le mobilier, tous les livres, n’emportant presque rien à chaque déménagement.

C’est sur le tard qu’il s’est décidé à acheter une maison, grâce à l’héritage que lui a laissé son père. Il tente de faire désormais un synthèse entre son grand père et son père sans doute en matière de stockage comme toujours.

Il a accumulé énormément de matériel désormais et chaque matin il s’en délivre un peu en écrivant de petits textes qu’il déchire ensuite ou qu’il brûle pour en finir avec sa vieille caisse à souvenirs.

Comment je suis parvenu à détester Julien Clerc

Je crois que ça commençait par

«  » « À quoi sert une chanson si elle est désarmée? »
Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés « 

Nous étions dans les années 90 et encore une fois de plus je me retrouvais perdu dans la ville sans but et sans autre ambition que d’en acquérir une ce qui me faisait perdre un temps fou. Et puis Julien Clerc a chanté dans le poste de radio et là j’ai eu les boules et j’ai été étonné parce que ce gars là ne m’avait jamais rien fait, il chantait juste qu’il voulait être utile et ça m’a énervé.

C’était comme la naissance d’un mot d’ordre auquel j’allais assister et qui allait se vérifier dans la suite des années à venir. Finit de perdre son temps il faut absolument être utile, et moi bien sur je me trouvais complètement, parfaitement inutile bien sur d’ou le chiasme.

Oh détester est peut-être exagérer mais il me fallait un titre accrocheur, qui peut bien détester un chanteur de variétés dans le fond ? Non ce que j’ai vraiment détesté à l’époque c’est plutôt ma sensation d’inutilité au final pour ne pas dire moi tout entier bon à rien.

A trente ans je voyais tous mes amis se ranger, acheter des appartements, des maisons, avoir des gamins, bref l’un après l’autre quittait le navire de l’errance que nous partagions et au final je me retrouvais tout seul à bord perdu dans la tempête de doutes opaques sans visibilité, déçu après tant d’espoirs fébrilement nourris.

Quelle idée de créer une chanson sur la volonté d’être utile c’était comme un camouflet qui m’arrivait par les ondes à chaque fois que j’allumais la radio.

En fait ma différence était ma résistance à cette idée d’utilité je crois qui allait se développer dans toute la société jusqu’aux frontières de l’absurdité apparente. Désormais il y a des gens qui veulent se rendre utiles en défendant la cause animale, en invoquant qu’ils sont des « individus » comme toi et moi.. dans les années 90 c’était une idée qui faisait sourire, on voyait Brigitte Bardot entourée de teckels et de bassets et on se disait que cette dame vieillissait un peu mal en s’agitant pour les bébés phoques .. bref les temps changent et la notion d’utilité comme une graine a produit tout un tas de trucs bizarres mais ces bizarreries font la société dans laquelle nous vivons désormais.

Pour en revenir à la peinture « utile » était aussi une obsession de Vincent Van Gogh lorsque je lisais sa correspondance avec Théo son frère, cette occurrence est perpétuelle dans chaque lettre ainsi que la plainte du manque d’argent.

En réfléchissant à ma vie et à cette notion d’utilité je crois que nous serons toujours utiles de toutes façons quoique nous fassions ce n’est pas la peine de se prendre la tête de trop avec ce concept. Tu sais même le clochard devant le tabac est utile au final car il te permet de te dire ouf j’ai de la chance d’avoir un toit sur la tête et c’est comme cela que ma colère ou mon agacement envers Julien Clerc et moi même se sont apaisés.

Ah et puis une chose encore ce qui me gênait dans l’utilité c’est quelle semblait devoir faire fi de la poésie, de l’imagination, il lui fallait un cadre. Mes résistances à la notion commune ( purement imaginée par moi ) ne seront que des tentatives pour comprendre la nécessité de cadre, de contrainte, de répétition et ce malgré toutes mes errances mes égarements apparents.

Le nouveau monde

Je m’étais embarqué au petit matin, poussé par la désespérance j’aspirais à un ailleurs consolateur. Quelle naïveté entretenais je encore ? Quelle naïveté en moi cherchais je à détruire surtout …bref quelque soit le moteur je me retrouvais désormais là sur le pont le front baigné d’embruns, avec à l’âme comme un grand vide, une béance, vaste comme la mer, infinie comme le ciel sans nuage sous lequel nous naviguions.

Affairés à l’avancée de cette lourde embarcation, mes compagnons suaient sang et eau et je me retrouvais là comme d’habitude, seul observateur songeais je de leurs efforts à maintenir en place le gréement, à hisser la voilure, à aider à la progression du navire.

Au loin sur la passerelle la silhouette d’un capitaine inconnu se dressait à contre jour.

Au dessus de nos têtes aucun oiseau aucun nuage, nous étions là au beau milieu de l’océan et j’étais bras ballants stupéfait du voyage, hébété par le roulis, nous voguions vers une destination certaine pour les uns, inconnue à d’autres et qui s’en fichaient car pour eux toutes les destinations se valent.

C’est la veille je crois que j’entendis quelqu’un parler du nouveau monde, dans la cambuse une chaleur étouffante régnait et l’homme avait sorti une pipe de terre cuite, l’avait bourrée et juste avant d’enflammer la charge de tabac avait murmuré, bientôt nous y serons, dans ce fichu nouveau monde.

Nul n’avait jugé bon de répliquer, la fatigue de la journée, le repas absorbé calait les esprits comme les estomacs aux frontières du sommeil et bien sur si la question me brûlait les lèvres, par une prescience idiote, un mimétisme de convenance, je m’étais tu moi aussi.

Car bien que j’eus à payer le prix fort ma place dans ce bateau, un sentiment de clandestinité ne me lâchait pas jour et nuit. Je n’étais que cet intrus, cet étranger qui ne participait pas aux taches de la navigation, qui ne servait à rien sauf à tenter de relater les étapes du voyage, comme le témoin d’un événement qui n’ intéresserait jamais personne.