La taille des diamants

Au début c’est un caillou, un vulgaire caillou.

Quelque chose d’éperdu comme une luminosité enclose et qui cherche à se séparer de l’insupportable matière.

Alors s’amène l’envie.

Et c’est par ce vecteur que la lumière jaillit peu à peu.

Tout ce qu’à l’autre est cet aimant que l’envie frotte, excite, jusqu’à l’insomnie, la dévoration du temps et de ses préoccupations.

L’usure, l’érosion, celle des vents, des eaux, des plaisirs vite satisfaits, mal satisfaits,

font naître la guerre peu à peu

Pour un oui

Pour un non

L’envie grandit se transforme en jalousie.

La jalousie a un appétit d’ogre, sans arrêt, partout où le regard se porte, le caillou devenir pierre de taille traverse la douleur de l’être confondu dans l’avoir.

Posséder devient le maître mot de la jalousie

Des courses folles dans la nuit noire,

Des métamorphoses sans relâche conduit l’enfant vers la mégère, la harpie, la déesse mère et la putain pour s’approprier le zizi d’un immense papa cosmique rêvé, et jalousé.

Puis les millénaires passent

Le caillou dort entre les mondes.

Dans la banalité des mondes

s’érode encore et encore

et un matin on ne sait pourquoi naît la première admiration.

comme un crocus en plein hiver.

Un crocus qui retrouve le beau narcisse

qui admire et s’admire tant et tant

au travers de toutes les admirations

Une jouissance à répétition, un prisme décomposant l’admiration en mille et un regards

Une jouissance du vent qui fait trembler le cheveu, le poil, la lèvre supérieure.

Encore du temps à regarder la surface crée par toutes les admirations

Puis tombe l’ennui épais soudain

L’hiver du diamant est cette attente qui le féconde encore plus loin

qui l’emporte dans le fil des jours ce formidable joaillier.

toutes les admirations dans un dernier éclat fusionnent alors

dans un abandon de garce ou de salaud

La lumière sourd de toutes parts sans raison ni but

Elle est juste la lumière

La cause et la nécessité de tout diamant artistiquement taillé.

De la jalousie en art comme dans le reste.

Toutes mes amitiés Monsieur Nolde Acrylique sur papier Format Raisin Patrick Blanchon

Je ne connais pas ce sentiment, la jalousie, dans l’art, en peinture notamment puisque c’est un peu ma préférence ni d’ailleurs dans bon nombre de domaines de ma vie de tous les jours. Si les gens possèdent un talent que je n’ai pas je les admire volontiers. J’ai des engouements pour certaines œuvres, des engouements qui vont et viennent comme les nuages dans le ciel, comme les pensées qui m’habitent et non décidément je ne suis jaloux de rien.

Cela n’a pas toujours été ainsi cependant, avant que ne découvre l’art j’ai découvert l’amour des filles et si j’ai connu la jalousie c’était plus parce que je craignais de perdre des affections plus qu’autre chose. Jamais je n’ai considéré qu’une personne aimée pouvait être une propriété et plus tard m’étant débarrassé de ce sentiment j’ai même eu des reproches de ne pas l’être assez ou suffisamment.

Cela va je pense avec mes valeurs dont la liberté est en tète de toutes les autres. J’ai connu des femmes jalouses et j’ai vu aussi l’emprise que ce sentiment provoquait et ses conséquences sur tout ce que j’ai pu aimer chez ces femmes jusqu’à parfois les rendre hideuses et grotesques. A cet instant je comprenais confusément encore que je n’étais qu’un objet de propriété ou de projection, un miroir sommes toutes et non un être aimé pour ce qu’il est.

Concernant l’art de peindre j’ai appris que la technique n’était pas tout pour devenir un peintre tel que je le désire encore. Pour être peintre il faut surtout accepter que des flux inconnus et familiers tout en même temps puissent nous traverser sans que nous ne fassions obstacles à ceux-ci. La mode de la célébrité je l’ai toujours tenue en méfiance pour cette raison que j’estime avoir la chance d’être un moyen plus qu’un nom à écrire en grand sur des affiches. Je suis un moyen pour la vie et l’univers de s’exprimer et ma joie est au delà de tout quand je sens tous les obstacles que j’oppose comme tout être humain à cette réalité, s’effacer soudain et que je vois la toile jaillir sous mes mains par magie.

Je suis comme un enfant même encore aujourd’hui à 60 ans devant ce phénomène merveilleux de voir un tableau naître. Je peux glisser parfois dans des zones narcissiques bien sur mais je ne peux jamais oublier comme le tableau est né, comment mes meilleurs tableaux sont nés. Il sont nés d’une absence à bien des travers que j’ai pu avoir, notamment cette jalousie , mais aussi l’orgueil, la fausse humilité, la colère, le ressentiment et bien d’autres encore car je ne suis finalement qu’un petit homme de rien du tout j’en suis persuadé désormais.

Lorsque j’entends de méchantes critiques sur d’autres artistes, cela arrive bien souvent hélas j’écoute en silence et souvent ces critiques m’en apprennent plus sur leurs auteurs que sur le peintre ou le sculpteur dont ils parlent. Critiquer est une façon d’exister pour certains je ne les blame pas plus que ça chacun fait ce qu’il veut au final.

Parfois je pense à des gens qui étaient emprisonnés dans des camps, à la désespérance qu’il ont du côtoyer aussi bien en eux qu’autour d’eux. Je me souviens de Zoran Music et Emile Nolde notamment . Je crois que lorsqu’on a ce miracle perpétuel de pouvoir laisser la création sortir de soi, lorsqu’on ne l’entrave pas par des sentiments mesquins, aucune dictature, aucune prison ne peut exister vraiment et la jalousie est une prison comme toutes les autres.