La beauté.

Il avait pas mal tergiversé sur cette idée de « beau » et de « déco » et sur ce que signifiait vraiment pour lui la peinture. Il savait désormais que s’exprimer n’était pas suffisant, s’exprimer c’était du domaine du spectacle, et il avait peu à peu laissé tombé la comédie.

Il avait effectué un sacré chemin pour retrouver le pont. C’est à dire la surface plane de la toile, et l’hésitation enfantine de sa main tenant le pinceau. Car ce n’était plus la fulgurance qui le muait désormais mais l’écoute attentive du moindre de ses battements de cœur, du sang coulant dans ses veines, du feulement d’un chat qui cherchait sa femelle sur le toit voisin où le tout petit »ploc »! d’une goutte d’eau qui tombait du toit.

En fait il aurait presque pu peindre les yeux fermés en suivant ces lignes invisibles qui le traversaient désormais de part en part et qui pour l’instant prenaient leurs sources plus dans le silence, dans les sons que celui recelait et qu’il n’avait jamais pris le temps d’écouter plutôt que dans les images mentales dans lesquelles il avait pris coutume de puiser et pour finir de s’empêtrer auparavant.

Son œil aussi avait changé. Désormais la moindre fragilité d’un trait, le moindre coloris trop violent l’étourdissait, alors il se concentrait un peu plus profondément, oubliait tout jugement, et laissait sa main agir juste muée par le sensible.

Quand il se retira de la peinture du jour et qu’il fit, comme à l’ordinaire, quelques pas en arrière pour s’éloigner d’elle, il fut pourtant troublé.

Il venait de réaliser un « beau » tableau. c’est à dire désormais un tableau qui ressemblait au feuillage d’un olivier bien taillé. Un oiseau pourrait le traverser. Alors il su que pour aujourd’hui seulement, la peinture avait gagné. Il su qu’il était enfin devenu ce qu’il désirait depuis toujours, un « passeur » . Et comme il avait été idiot de rejeter cette beauté prétextant tout un tas de théories aussi fumeuses les unes que les autres.

Car la beauté était en lui tout simplement et pour aujourd’hui seulement, il avait eut ce cran de devenir fragile et souple pour la laisser sourdre et la partager. Demain sans doute, tout serait à nouveau à recommencer.

Le découragement

Il peut t’arriver parfois d’être découragé par le résultat de ton travail. Sache que c’est plutôt une bonne chose que ce découragement car il te permet de te remettre en question et pour un artiste c’est une sorte de respiration.

La certitude est nocive dans le sens ou elle te prive de prendre de nouveaux risques.

Le doute est un moteur qui parsème ton parcours d’artiste d’obstacles, de soucis, d’émotions négatives et positives. De la même façon qu’une oeuvre se construit.

Et en fait l’oeuvre comme la vie ne veulent qu’une seule chose : l’équilibre.

Le découragement est souvent  le pendant d’un excès d’enthousiasme. Du coup on ajuste petit à petit l’organisation du tableau , son contraste, sa tonalité, le lourd et le léger, le doux et le rugueux.

Plus que la beauté ( qu’est ce que la beauté ?) c’est cette impression d’équilibre qui réconforte, qui déclenche l’émotion chez le spectateur.

Et l’équilibre cela n’a rien à voir avec la symétrie. Ce n’est pas autant de lourd que de léger, autant de joies que de peines, autant de jours de vaches maigres  que de jours sans soucis financiers.

Quand on marche on risque à chaque instant de se casser la figure. On finit par l’oublier mais c’est le déséquilibre qui provoque l’équilibre.