La nuit

Acrylique noire et Posca blanc. Patrick Blanchon

La nuit existe, elle est en nous. On peut éclairer la ville, la rue, la maison, elle ne disparaît pas, elle ne disparaîtra jamais.

Je me souviens avoir été frappé dans un texte trouvé chez les présocratiques sur l’importance que certains accordent à la nuit. Elle était là au tout début et elle sera encore là après que toute lumière aura disparue.

La nuit est un territoire sans limite et ce n’est pas le jour qui pâlit à l’aube de nos sociétés exsangues qui pourra imposer de barrière sûre à celle-ci.

La barbarie que nous rejetons depuis si longtemps l’associant inconsciemment à la nuit de l’intelligence, à la nuit de la bienveillance, à la nuit de la civilisation n’existe pas vraiment.

Elle n’a jamais existé dans le fond pas plus que toutes les créatures invraisemblables que l’on attribue à la nuit.

La barbarie agit toujours en plein jour, en plein soleil celui là même qu’on ne peut regarder en face, droit dans les yeux tant il aveugle.

La nuit tous les chats sont gris et prennent ainsi l’uniforme de l’indistinct, de l’indifférencié pour pénétrer dans l’immanence.

Qu’une souris passe elle est croquée, qu’une femelle passe c’est une femelle comme toutes les autres, pas vraiment besoin d’entretenir de familiarité ni de reconnaissance.

La nuit gomme les couleurs comme les sentiments personnels et il arrive qu’on perde ainsi nos si fameux point de repère.

Sauf si on lève la tête plus haut et qu’on se fie aux constellations dont les lumières témoins de leurs disparitions et cela de tout temps traversent la nuit pour guider les voyageurs.

Combien d’amours ?

fusain Patrick blanchon 2016

Combien d’amours ne furent qu’appels au meurtre ? Les regards lourds et langoureux, les mains moites que l’on essuie sur votre visage, tout ce glaire échangé, ces humeurs, ces murmures si faux, ces aiguës qui vrillent les tympans. Et bordel j’allais oublier les « han » les « ouiii » les « wow « et autres ahanements, les « encore » les « jamais » les « toujours » et les « donne moi tout »

« donne moi tout », c’est à dire rien, que dalle, peau de balle et balai brosse, abracadabra. Incantations du vide qui ne cherche qu’à être comblé et malgré tout effort, en vain, rien ne sera jamais comblé.

Je t’aime je t’aime je t’adore mon amour ! au dessus de ma tête s’amassent les premiers vautours. Tous ces liens que l’on veut me faire croire pour que l’oiseau se goinfre de ma foi sans cesse renouvelée.

Combien d’amours faut-il traverser comme autant d’illusions, combien d’amours faut il flinguer en l’autre en soi pour trouver la fragilité de germe enfin, se débarrasser de tant de pelures d’oignon.

Combien de tableaux faut il barbouiller, ruiner, déchirer, pour en finir avec les belles images ?

Combien d’amours, combien de tableaux ?

De l’autre côté du miroir, il faudrait être Lewis pour aimer cavaler après les lapins blanc, et leur joli pompon qui danse au bord du rien.

De l’autre côté de l’amour et du tableau ce qui serait bien finalement c’est qu’il n’y ait plus que ce rien, ce tout, cette nuit profonde et infinie dans laquelle tout l’être repose enfin en paix.