Le peintre maudit.

Un peu facile de me dire ce matin je fais ce que je veux. Trop facile. C’est à dire peindre à la volée des bribes de tout format dans le seul but d’expulser l’énergie énorme qui pousse sans relâche à l’intérieur.

La volonté de vivre est là qui s’étale en couleurs parfois de façon obscène.

Quel problème avec l’ obscénité ? c’est le lien que j’y entrevois avec la dispersion.

C’est ainsi qu’on a crée des tabous, des totems, des pieux comme axe à la vie des villages.

Pour ne pas se laisser baiser par la dispersion, les pulsions.

J’ai passé ma vie à vouloir enfoncer des portes ouvertes parce que je me sens fondamentalement seul. Singulier. Je suis un peintre maudit désespérément seul. un baiseur à la chaîne qui se retrouve la queue entre les jambes pathétique

J’éclate de rire pour expulser l’effroi mais bon je ne suis pas dupe.

Tout est encore à venir

Ma trouille bleue d’avoir chopé une merde genre cancer ne me lâche pas. en même temps que je continue à renoncer à la visite médicale.

Genre Viking c’est le destin le plus fort et j’y crois.

Me suis remis à fumer encore plus du coup pour faire la nique à je ne sais quoi vu que je me considère presque rien.

Les gens pensent que c’est simple d’arrêter de fumer comme d’arrêter de penser, comme d’arrêter de se disperser.

Pour moi tout va de pair je fume comme je pense et je me disperse en fumerolles colorées

je me décompose gentiment en couleurs. Toute cette violence bouillonnante à défoncer en chaîne des chattes et des culs désormais mélangée à l’huile de lin

Ma volonté d’esquiver le mot artiste chaque fois n’est pas une coquetterie. je suis de moins en moins escroc.

je suis un peintre suicidaire exhibitionniste et obscène dans ma main le pinceau me sert de sextant pour chercher ma justesse comme ma place auxquelles systématiquement je renonce.

c’est ma route dans le fond et si, ma foi, certains pensent que c’est de l’art c’est qu’ils se fourrent le doigt dans l’œil.

Une fois qu’il eut vidé son sac le peintre s’installa à son chevalet devant sa toile encore vierge il dessina un sexe de femme béant puis il tenta d’enfouir sa tête à l’intérieur mais la froideur du lin qu’il sentit sur son front le réveilla. Il alluma une nouvelle cigarette et commença a esquisser des courbes, des creux, autour du sexe peu à peu une femme extraordinaire commença à prendre forme.

L’art et le sexe

Credit image humour Quebec

Il arrive un moment ou l’art et le sexe finissent par se rejoindre dans le naufrage des mythologies de ce monde en mutation perpétuelle. Cette hébétude devant un tableau ,une femme, un homme nus n’est qu’un écho résiduel de toute un héritage culturel devenu obsolète.

Grace à Ikea et à Youporn l’hébétude s’est transmutée en acte de consommation. Puisque de toutes manières la seule réaction que l’on attend d’un consommateur est bien celui de consommer.

Donc il faudrait sans doute se diriger vers un art nouveau, que l’on distribuerait en pharmacie juste à coté des préservatifs. Pour un prix modique une jolie boite d’images qu’on avalerait pour se requinquer l’émotion disjointe, se remettre le désir et l’envie d’acheter au garde à vous , en un mot un art consommable, bon marché, et thérapeutique.

Las des musées dans lesquels on ne trouve plus que des vieilleries incompréhensibles pour les foules, las des salons et autres galeries et manifestations artistiques égotiques, dans lesquels chaque artiste, endosse le rôle suicidaire du spermatozoïde qui n’atteindra jamais l’ovule. L’important du temps de Pierre de Coubertin était la participation, désormais il se pourrait que ce soit juste la consommation.

Temps béni des nouveaux laboratoires de tout acabit qui vont bientôt nous pondre le vaccin miraculeux, celui qui nous immunise enfin contre cette affreuse version romantique et romanesque de l’art et de ses artistes.

Ce faisant nous serons alors plus libres pour cracher sur les œuvres qui ne répondent pas à nos critères de consommateurs plutôt qu’à demeurer merdeux et timides en se tordant les doigts de gène, paralysés par une soi disant ignorance face aux œuvres contemporaines. A quand l’audimat des artistes sur les plateformes de vente en ligne … oups ça existe déjà , ça s’appelle coup de cœur, et favoris.

Comme Youporn, les plateformes de vente en ligne sont là désormais et c’est le même principe qui nous fait scroller durant de longues heures à chercher la peinture ou la sculpture qui nous fait vraiment bander et pour laquelle on entrera son numéro de carte bleue.

Il restera cependant comme une amertume chez les plus sensibles, car l’éjaculation ne règle pas plus que l’acte d’achat les méandres obscurs de nos désirs insatiables.