Le sacrifice

Entre honte et pudeur il y aurait une issue connue depuis la nuit des temps. Faire du sacré. Sacer facere. Le sacrifice. Séparer les deux. Comme il est dit que l'on - Dieu- par défaut sépare la lumière des ténèbres. De commencement en commencement. Bereshit. Profane et sacré, honte et pudeur. Le temple, l'éternel et la vie courante. Pro fanum "devant le temple". Les commerçants. Quand Jésus chasse les marchands du temple c'est bien parce que leur place n'est pas à l'intérieur de celui ci mais à l'extérieur. Il sépare le commerce le profane du sacré. Il rappelle ce faisant l'importance du sacrifice en se risquant par cet acte, s'y vouant à la crucifixion future.

Le profane est hors du temple. L'impie, l'ignorant le non initié. Car c'est là sa place juste. On ne saurait mélanger les torchons et les serviettes sous peine de sombrer dans la catastrophe, dans l'abîme, la géhenne. Dans l'ennui. Un ennui qui serait un point de vue figé avec le monde comme le dit l'excellent Alberto Moravia.

Mais y a t'il eut un temps où le sacrifice n'existait pas ? Un temps où la pensée et l'imagination s’entremêlaient joyeusement sans honte ni pudeur ? Sans avoir ce besoin irrépressible de sacrifice pour sortir d'un piège qu'on aurait confectionné tout seul en secret ?

Quel bonheur cela serait de relire les présocratiques et se baigner à nouveau dans ce fleuve tout en éprouvant cette joie des grandes découvertes. Chose impossible depuis Héraclite. Ainsi il y aurait des naissances voire des renaissances du concept même d'impossibilité. Chaque époque connait les siennes. Mais depuis longtemps très longtemps, trop , il est établi que le sacrifice serait le meilleur véhicule pour atteindre les étoiles symbole imperceptible d'une transcendance toujours réinventée.

On a rien sans rien. Comme une équation mathématique écrite en lettres lumineuses au fronton de la maison familiale. Sans réfléchir qu'on puisse remplacer rien par tout. On a tout sans tout.

En peinture comme dans l'écriture la notion de sacrifice. Faire du sacré dans l'art. C'est ne pas faire n'importe quoi mais quelque chose. C'est encore séparer le bon grain de l'ivraie. Mais qu'est ce que le "bon" grain si ce n'est pas celui qui meurt ? Celui qui par sa mort permet le germe.

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