Ranger

Tu sais, mon père disait : ta tête est comme ta chambre, c'est le même bordel exactement. A l'époque, j'étais gamin je ne comprenais pas vraiment. Comment ma tête pouvait être décorée avec un papier peint à fleurs aussi merdique ? Comment ma tête pouvait avoir une fenêtre qui s'ouvrait sur des champs à perte de vue et des collines ennuyeuses à force de les regarder ? Comment ma tête pouvait-elle être aussi triste que ça ? C'était une drôle de blague. Et même si je rangeais les vêtements posés sur la chaise sur des étagères dans un placard, même si je faisais une jolie pile de mes cahiers et de mes livres dispersés au quatre coins de la chambre et que je les alignais eux aussi convenablement sur le bureau, ça ne changerait pas l'aspect général de cette chambre. Elle serait pour moi aussi triste pas de doute là dessus.

En fait il n'avait peut-être pas totalement tort et je n'avais pas totalement raison. C'est plutôt un mixte des deux, un entre deux encore une fois.

Si mes relations avaient été moins difficiles à l'époque peut-être que tout ce que je regardais n'aurait pas été si ennuyeux et triste, désespérant. Peut-être que le besoin de désordre que j'éprouvais tout le temps n'eut pas été un refuge contre un ordre établi insupportable pour le gamin que j'étais.

Peut-être aurais je été moins humilié, moins battu aurais je été plus doux, plus sage, plus tendre. Mais à la vérité j'avais la dent dure tout comme mon père. Ma révolte se manifestait ainsi par un désordre permanent. Un reflet que j'opposais à son image et qui possédait l'avantage de déclencher le même type toujours de réaction. Dans le fond mon désordre me permettait malgré tout d'entretenir un mode de communication avec mes parents. Sinon j'aurais sombré tout entier dans l'atonisme, le silence, le mutisme total. Ou alors je me serais tué direct.

Copier, interpréter, créer

Il y a dans le gribouillis un plaisir enfantin qui fait revenir à l'origine et que le jugement peu à peu enfoui ou oubli.

Il y a dans la tache un accident qu'on ne sait plus accueillir tant nous sommes assaillis par une idée de propreté et d'ordre qui ne nous regarde pas vraiment.

Car ce qui nous regarde est bien au delà des notions de désordre et d'ordre, de propreté ou de saleté, de juste et faux.

Science sans conscience etc

Dans la volonté de confort que nous recherchons pour lutter contre nos craintes dont les sources seraient autant externes qu'intérieures, nous évitons la notion de jeu que la vie propose. L'aspect ludique, sans tenir compte des enjeux plus ou moins sérieux que nous posons sur celui ci est directement relié à l'aléatoire.

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