Le train

Train pour Karachi, Photographie Patrick Blanchon.

Parti de Quetta la veille au soir, j’ai décidé de prendre le train pour Karachi, cela fait deux mois que je végète dans ma chambre d’hôtel miteuse, j’ai installé un train train dans l’attente d’une réponse du groupe avec lequel je dois traverser la frontière afghane.

Dès que les premières voix lancinantes de femmes envahissent la rue, projetées par les hauts parleurs depuis tôt le matin, je descends dans la grande salle pour prendre mon thé.

J’échange quelques mots brièvement avec les quelques jeunes qui aident à la manœuvre de l’établissement, et une fois le breuvage amer bu je sors pour aller me balader vers le centre ville avec mon Leica à l’épaule.

Il y a un camp de réfugiés le long de la route poussiéreuse, des gamins jouent avec un rien, et les femmes discutent entre elles en préparant le repas à même le sol de terre battue.

Un peu plus loin le centre ville avec le grand bazar dans lequel j’aime m’enfoncer dans les odeurs fortes d’épices et les couleurs bigarrées.

Je termine régulièrement ma promenade par l’intercontinental, perché sur la colline. Je bois un nescafé dans une jolie tasse en porcelaine, puis je reviens vers l’hôtel Osmani.

Le train arrive en gare après un retard d’une demie heure annoncée, je m’engouffre dans la cohue qui grimpe dans les wagons et m’installe près d’une fenêtre.

Enfin quelque chose de neuf à regarder: cette femme entre deux ages qui pèle méticuleusement une orange, va m’occuper pendant une bonne vingtaine de minutes au moins. Je reste fasciné par l’extrême dextérité et l’élégance de ses gestes.

Il y a des conversations qui naissent peu à peu dans le roulis du train qui vient de s’ébranler. Je ne comprends rien à cette langue si rapide et qui me parait parfois presque enfantine, une sorte de gazouillis accéléré.

Je me sens bien emporté à nouveau vers l’inconnu, je continue à observer.

Il y a de nombreuses haltes jusqu’à Karachi. Peu à peu le crépuscule arrive vers 17h30 et les gares sur le trajet ressemblent à des décors holliwoodiens.

De petites baraques éclairées de lampions ou des vendeurs de chapatis gesticulent en souriant. Je n’avais pas remarqué vraiment jusque là mais dans ce pays tout le monde sourit pour un oui ou pour un non. Mais ce sourire n’a sans doute pas du tout la même valeur qu’en France. Du reste en France, quand j’y pense, on ne sourit pas vraiment et c’est bien pour ça que je l’ai quittée il y a 3 mois désormais.

Toutes ces micros histoires que je pourrais m’inventer ici dans le train me paraissent extraordinaires en même temps qu’à aucun moment je n’aurais la force, ni l’envie de saisir mon calepin pour noter quoique ce soit.

Une nouvelle station encore.

Toujours le même rituel. D’abord les vendeurs de thé à la cardamone en premier, il faut qu’il soit brûlant. Un passager tout à l’heure à engueulé un vendeur à un autre arrêt parce que le verre qui lui était servi était tiède.

Après les vendeurs ambulants, les mendiants grimpent, il y en a de toutes sortes, des cul de jatte, des aveugles, des manchots, qui tendent leur sibylle de wagon en wagon. Étrangement aucun ne trébuche et ils traversent mon champ de vision avec une rapidité formidable pour redescendre agilement à la fin sur le quai quelques secondes avant que le train ne s’ébranle à nouveau.

Je m’assoupis enfin quelques heures et au matin je vois cet homme en pleine prière juste devant moi. Je lui souris et sans lui demander je le photographie. Il ne me regarde même pas concentré dans sa connexion et je me souviens tout à coup comme ici au Pakistan comme en Inde le tourisme est considéré comme une sorte de bestiole exotique sans intérêt véritable.

Je regarde se déployer le paysage par la fenêtre, une terre rouge et aride, avec parfois des trouées de verdure et d’eau qui concentre la population. Je vois les hommes travailler dans les champs à mains nues. Ici pas de grosses machines, de tracteurs.

Enfin nous arrivons en gare de Karachi. Je descends sur le quai il fait une chaleur étouffante.Il me faut trouver une nouvelle chambre d’hôtel, et peut-être arriverais je enfin à écrire toutes ces impressions de voyage que je laisse filer accompagné par la peur de ne pas pouvoir les retenir.

Caroline

« Caroline » Huile sur toile 100x 80 cm Patrick Blanchon traitement numérique.

Une migraine terrible depuis le matin me pousse à trouver une pharmacie avant de passer à l’intercontinental. J’ai passé la nuit à développer mes films dans la petite chambre de l’hôtel et une fois ceux ci accrochés à la ficelle qui traverse la pièce j’ai préféré sortir car les mouches sont affolées depuis l’aube et ne cessent de se cogner à la vitre de la fenêtre.

C’est là juste devant moi que je la vois, de dos, ce sont ses épaules frêles que j’ai remarquées en premier et ensuite la nuque à la peau claire et encore ensuite le chignon brouillon de cheveux roux. Et puis ce chemiser à carreaux aux camaïeux de verts doit aussi y être pour quelque chose… c’est sans doute pour cela que je n’ai pu me retenir de l’aborder.

Elle vient de Birmingham et se rend en Indes où elle a décidé de passer une année. l’autobus qui l’emporte est garé à l’entrée de la ville et tous les voyageurs sont affalés dans le parc voisin, tous jeunes et amateurs de haschisch que l’on trouve facilement ici, à Quetta me raconte t’elle.

Je lui propose de boire un café à l’intercontinental mais elle n’aime que le thé et cependant acquiesce. C’est sous les pales des ventilateurs au plafonnier de la grande salle que j’ai pu remarquer qu’elle avait de beaux yeux verts et un regard bien grave. Et aussitôt j’ai su qu’il ne servirait à rien d’être gentil avec elle.

Nous restâmes un long moment silencieux en nous dévisageant et puis je lui appris que j’allais à Lahore pour quelques jours, que j’allais prendre un train en fin de journée et, comme elle paraissait lasse de ses camarades de voyage, je ne sais pourquoi, je lui proposais de m’accompagner.

Nous nous quittâmes ensuite assez rapidement, je lui laissais juste l’horaire du train et je repartais vers mes occupations en la laissant finir son thé.

C’est quelques stations plus loin, tard dans la nuit, que le train fit de nouveau halte. Alors nous vîmes à nouveau le cortège des mendiants monter dans le wagon et réclamer l’obole aux culpabilités mal adressées. Puis ce fut le tour des vendeurs de thé et de cacahuètes. Et puis juste après avoir savouré un délicieux thé au lait brûlant et graisseux au gout de cardamone elle appuya sa tète contre mon épaule et dit c’est bien d’être là dans la nuit dans ce train.

Dans le bazar

Ici l’air est doré chargé du sable provenant du désert du Baloutchistan voisin. Ici sur le seuil de l’hôtel Osmani, juste devant le central des bus qui viennent d’au delà des montagnes, de Kandahar, ou de Kiber pass, ou encore de Taftan et même parait il de Mirjavé. Il est 8h du matin et le kebabi est déjà à l’ouvrage remplissant son auge de petits morceaux de bois et qui lui fourniront la braise nécessaire pour le repas de midi. Et puis depuis une bonne heure déjà les chants entêtants et sirupeux que versent les hauts parleurs des petites échoppes procurent une légère transe qui donne envie de marcher, de s’éloigner du point névralgique du quartier.

C’est à « l’intercontinental » juché à l’est de la ville que j’ai pris l’habitude d’aller prendre le café soluble du matin. Rahim le jeune afghan vient tout juste de revenir avec mes clopes de la journée achetées au meilleur prix et j’ai déjà avalé un pain tout rond et une théière de ce breuvage noir et amer que tout le monde semble apprécier ici.

La sangle de mon Leica à l’épaule je marche sur la route poudreuse qui conduit à Quetta, observe les divers campements de fortune sur la droite et réalise quelques clichés d’enfants maigres au regard étincelant. Il n’y a guère que des femmes et des enfants d’ailleurs, aucun homme. Ceux ci sont partis depuis des jours courir dans les montagnes tenter de repousser une nouvelle fois l’ennemi.

Cet ennemi qui revient décidément tout le temps pour tenter d’occuper cette terre que nul jamais ne parviendra à contrôler mieux que les afghans.

C’est en revenant du grand hôtel luxueux à un carrefour du bazar que le jeune homme m’aborde.

Eh mister how are you ? where are you from ?

Je lui apprends que je suis français et il parait soulagé un instant.

dans la foulée il m’invite à venir boire un thé chez lui pour me montrer sa collection de cartes postales provenant du monde entier.

J’ai des amis partout m’apprend t’il, hier j’ai reçu une carte de John qui vit en Australie, de Melbourne. J’adore recevoir des cartes postales.

La raison du pourquoi est si vite résolue que j’accepte de le suivre au travers des méandres du bazar.

Nous voici dans la petite pièce qui lui sert de chambre, et sur les murs des centaines de cartes postales sont punaisées. Nous nous sourions car son vocabulaire en anglais et chiche et je ne me sens pas non plus de trop parler farci ce matin. Nous restons donc silencieux à contempler le mur et puis la porte s’ouvre et une jeune fille magnifique nous apporte un plateau avec du thé et des gâteaux et j’apprends vite qu’il s’agit de la sœur du jeune homme qui disparaît presque aussitôt.

Je reste une bonne heure avec mon jeune compagnon et lorsque nous nous quittons il prend bien soin de me noter son nom et son adresse sur un petit morceau de papier que je fourre dans mon portefeuille.

Je prends quelques photos que je promets de lui adresser et nous nous séparons, je dois me rendre à la gare bientôt pour rejoindre Lahore.

Sur le chemin du retour je fais un crochet par l’hôpital car j’ai obtenu l’accord des autorités compétentes afin de réaliser quelques photos de victimes brûlées au napalm.

Me voici dans une nouvelle pièce, baignée de lumière et sur un lit est assis un homme à contre jour. Une fois l’éblouissement passé mes yeux s’habituent à cette masse sombre que représente ce corps délabré assis sur le rebord du lit. Nos regards se croisent et je lis dans ses yeux un étonnement infini recouvrant une fatigue infinie. Il est brûlé de toutes parts et sur ses plaies des linges douteux ont été appliqués. Il n’a plus de sourcils plus de cil, juste des yeux ronds ouverts en grand et qui me jaugent désormais depuis la pénombre.

Le pays des Purs

J’étais parti au hasard sans savoir où j’allais, juste une vague idée de pays à traverser, de nombreux pays, pour enfin parvenir à cet ailleurs qui m’aimantait depuis tant d’années. Et c’est ainsi qu’empruntant l’ancienne route de la soie, j’arrivais par Zahedan à une cinquantaine de kilomètres encore de la frontière sud ouest du pays des purs, le pakistan.

Arrivé depuis quelques heures de Téhéran par le car, je m’étais assis dans une des rares zones d’ombre de la petite gare routière. Il faisait une chaleur écrasante et pas un brin de vent. les façades blanches en pisé augmentaient encore par leur blancheur l’impression tremblante, vibrante de la lumière.

Il devait être aux alentours de 14h et le contraste des ombres et des lumières à son maximum, me rappelait Catania en Sicile et aussi ses larges rues où je ne voyais pas un chat.

Soudain dans un bruit de pétarade un pick-up surgit soulevant des nuées de poussière.Il n’y avait que quelques hommes à l’arrière, sans doute des afghans à leurs costumes, qui allaient remonter le Baloutchistan pour rejoindre Quetta ou plus au nord encore Kandahar. Je me levais aussitôt pour faire signe au chauffeur et lui demandais s’il n’allait pas vers Mirjavé la frontière.

D’un signe négatif de la tête, ce qui ici signifie oui il m’indiqua du pouce la plateforme du véhicule et empoignant mon sac je grimpais, reconnaissant de pouvoir bénéficier de l’air qu’allait produire le déplacement, et surtout d’atteindre la frontière avant la nuit.

Bientôt le pick-up sorti de la petite ville et nous atteignîmes une sorte de piste longeant un mur de grillage qui n’en finissait pas, les derniers kilomètres constituaient un no mans land entre l »Iran et le Pakistan.

Le poste de douane de Mirjavé était occupé par des milliers de mouches contre lesquelles un gros homme en uniforme et en sueur n’essayait même plus de lutter. Un ventilateur ronronnait et le bureau était encombré de papiers en désordre. Dans un angle du local exigu, un homme assis sur une chaise s’était assoupi.

Les formalités de douane furent promptes , nous n’étions que quelques voyageurs à nous retrouver désormais devant le nouveau véhicule qui allait repartir sur la piste et s’engager dans le désert.

Le chauffeur un grand diable de pakistanais à la peau brune et aux blanc des yeux extraordinaire paraissait joyeux et sa bonne humeur détonnait avec la fatigue que je pouvais lire sur le visage de mes nouveaux compagnons de route. Il faisait de grand gestes et nous aida même à enfourner nos sacs dans les cales de son navire étrange tout martelé bosselé de fer blanc. Nous montâmes et aussitôt assis le chauffeur alluma la radio dont il poussa le volume à fond pour nous faire profiter de son enthousiasme musical.

Doucement le soir venait, le soir vient vite dans ces pays et cela me surprit. A 18h il fait déjà sombre voir nuit. Éreinté par le voyage je m’assoupis.

Ce fut un coup de frein qui me réveilla, à moins que ce ne fut l’immobilité du bus.. Lentement autour de moi les passagers bougeaient, se dépliaient dans la faible lueur du plafonnier. Il fallait descendre nous avertissait le chauffeur toujours plus ou moins hilare. Nous nous étions ensablés et il fallait que tous aidions à la manœuvre en poussant.

j’appris que nous venions de dépasser Sin Ran et qu’il nous restait encore bien des heures de route avant d’atteindre Quetta qui se trouve à environ 15 heures de Mirjavé. Inutile de compter les kilomètres dans le désert parfois la piste se resserre, parfois celle ci s’élargit, et de temps en temps on a l’impression qu’elle a presque totalement disparue.

Non sans difficultés nous parvînmes enfin à extraire le bus de son ensablement, à la lueur rougeâtre des feux arrières nous étions une dizaine à ahaner en chœur ce qui resserra un peu les liens entre nous car le bus remit d’aplomb tout le monde partit d’un grand rire de soulagement.

Je ne sais quelle heure de la nuit il devait être, je n’ai jamais porté la moindre montre. En tous cas nous étions bel et bien réveillés et mes compagnons de route se mirent à sortir de leurs sacs de quoi boire et manger et cassèrent la croûte. Bientôt on n’entendit plus que le bruit de papiers froissés et celui de la mastication un peu bruyante de certains.

Le chauffeur en profita pour remettre un brin de musique lancinante et nous nous arrachâmes de cet endroit funeste contents visiblement de repartir.

Comme je n’avais pas eu le temps de faire de provision et que je ne buvais ni ne mangeait l’un des voyageurs un homme entre deux ages me tendit un morceau de pain rond avec un sourire et une gourde d’eau. Je le remerciais et gloutonnement avalais cette nourriture providentielle.

Puis complètement réveillé cette fois j’observais les voyageurs plus attentivement. Ils étaient magnifiques dans la lueur montante de l’aube.Des nez aquilins, des yeux de biches des barbes soignées et leur couvre chef de larges turbans rayés de beige et rose me renvoyaient au souvenir de mes lectures enfantines des Mille et unes Nuits, de Sinbad le marin, et aux exploits bien sur de Marco Polo le Vénitien qui avait peut-être jadis emprunté lui aussi la même route que nous, cette fameuse route de la soie. J’appris bien sur par la suite que le premier occidental à parvenir à Quetta ne le fera qu’en 1828, et c’était un anglais.

Je ne savais rien d’eux, de leurs histoires respectives et ils me semblaient nobles jusqu’au bout des ongles. Leur moindre geste était élégant qu’ils se taillent la barbe avec de petits ciseaux en se regardant dans un miroir, comme c’est la coutume sitôt que l’on est désœuvré, ou bien c’était un chapelet que leurs doigts égrenaient lentement et je voyais leurs lèvres balbutier des prières… cette première rencontre avec ce que je pris pour les habitants du pays des purs, ignorant que j’étais alors me redonna confiance dans ce projet de voyage insensé que j’avais formé d’une façon insouciante.

Enfin, nous parvînmes après un pneu crevé et deux ou trois ensablements encore, à Quetta le lendemain vers 16h.

Fondée en 600 par l’empire Perse Sassanide,Quetta sera annexée par le Califat Rashidun eu VII eme siècle. Par la suite le territoire sera intégré à l’empire Omeyyade et Abasside.
Les Moghols aussi ont occupé la ville. l’empereur Humayun fils de Babur, ce dernier descendant du grand Tamerlan, venu du fin fond des steppes d’asie centrale autrefois conquises par le grand Gengis Khan, laissa son fils Akbar à Quetta agé d’un an lors de sa retraite vers la perse. Il reviendra deux ans plus tard.

C’est dans un nuage de poussière que le bus s’immobilisa sur la grande place du bus stop terminal. Mes compagnons aussitôt descendus du véhicule récupèrerent leurs sacs puis s’égayèrent soudain et je ne les revis plus.

Un premier regard autour de la vaste place me fit découvrir de petites batisses dont les toits étaient plats.Le rez de rue étant la plupart du temps occupé par des échoppes. j’essayais de deviner ce qui était indiqué sur les panneaux, mais rares étaient les traductions en anglais. Enfin j’aperçu un panneau qui semblait m’indiquer un hôtel et je me dirigeais vers celui ci.

Le soir tombait doucement, les cris des enfants m’accompagnaient car ils m’avaient repéré soudain et me demandaient d’où je venais et qui j’étais, parfois l’un d’entre eux m’appelait doctor comme pour guetter l’approbation dans mon regard. Je faisais non de la tête mais dans le pays des purs c’est la signe de l’acquiescement et je ne l’avais pas encore assimilé.

Sayd Bahodine Majrouh

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C’était du temps où je mangeais de la poésie faute de mieux que j’étais tombé sur lui, le voyageur de Minuit qui ensoleilla d’un soleil noir  ma journée ordinairement frustre et chiche, dans la labyrinthique bibliothèque du Centre Georges Pompidou.

Sayd Bahodine Majrouh (1928-1988) est un écrivain afghan qui a rédigé une suite de récits sur ce qu’il appelle les « Ego monstres. » On ne trouve presque plus ses livres désormais que chez les bouquinistes, après vérification, j’en suis déçu pour les lecteurs français.

Il nous reste encore chez Babelio, la possibilité d’acquérir « Les chants d’errance », et c’est à peu près tout.

Assassiné à Peschawar,au Pakistan près de la frontière afghane en 1988, une année après mon départ de Quetta donc , j’aurai toujours en moi le regret de ne l’avoir pas rencontré ailleurs que dans ses textes. Le rencontrer autour d’un verre de thé par exemple même sans beaucoup parler , juste de regard à regard et pas grand chose de plus.

Le fait d’avoir pensé à lui aujourd’hui et de m’être mis en quête de retrouver ses livres en vain m’attriste. Ce qu’on trouvait encore facilement dans les années 80 on ne le trouve plus désormais en 2018. Cela montre la relativité de nos engouements liés à l’époque, à l’air du temps et comment le rouleau compresseur de la postérité écrase et nivelle nos amours anciennes, les réduisant à des souvenirs luisants bijoux démodés enclos dans de minuscules coffres de velours.